Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 10:50

Il serait dommage d'ignorer ces trois enregistrements tardivement publiés. Contrairement à mon précédent « repêchage », ils ne sont pas à mettre entre toutes les mains. J’en entends déjà certains râler. Philippe Etheldrède risque d’en faire une congestion. Jean-Paul fâché ne m’adresse plus la parole. Les Puristes du jazz ne vont pas apprécier. J'attends leurs commentaires. Ce sont mes dernières chroniques de disques avant la mise en sommeil de ce blog pour les fêtes. Ne manquez pas vers le 20 mes Chocs 2011 pour le clore en beauté.  

 

J.-Udden--Plainville-cover.jpgJeremy UDDEN’s Plainville : “If the Past Seems So Bright” (Sunnyside/Naïve)

Saxophoniste de jazz dont la sonorité diaphane évoque l’alto de Lee Konitz, Jeremy Udden qui joue aussi du soprano et de la clarinette propose une musique inclassable dans laquelle jazz, blues, rock, folk et country se mélangent pour évoquer les vastes plaines de la grande Amérique. Plainville dont le groupe tire son nom est une bourgade rurale de la Nouvelle-Angleterre dans laquelle Udden passa sa jeunesse. C’est aussi le nom du précédent disque de la formation publié en 2009 sur le label Fresh Sound New Talent. Certains titres sonnent très rock, d’autres baignent dans un folk jazz mélodique. On pense aux premiers disques de Neil Young, au Band qui accompagna Bob Dylan et dont les premiers opus “Music from Big Pink” et “The Band” ne sont pas si éloignés de l’univers champêtre proposé par Udden. Les instruments inhabituels qu’utilise Pete Rende - orgue à pompe, piano Wurlitzer - confèrent une sonorité particulière à la musique. Brandon Seabrook la nourrit de ses guitares parfois électriques. Son banjo lui donne un fort aspect rural. Avec Eivind Opsvik à la contrebasse et R.J. Miller au jeu volontairement minimaliste à la batterie, Plainville possède un son unique, l’instrumentation du groupe se voyant renforcée par d’autres guitares acoustiques, les voix amies de Nathan Blehar et de Justin Keller. Les puristes du jazz pousseront de grands cris. Les curieux endosseront leurs caches poussières pour écouter ces images sonores typiquement américaines.

 

Kevin-Hays-Variations--cover.jpgKevin HAYS : “Variations” (Pirouet/Codaex)

Les amateurs de jazz risquent de diversement accueillir ces “Variations”, de courtes sonates qui relèvent davantage de la musique classique que du jazz. Kevin Hays est pourtant un jazzman authentique qui a accompagné Benny Golson, James Moody et Sonny Rollins. Trois albums Blue Note dont l’un en trio avec Ron Carter et Jack DeJohnette l’ont placé au premier rang des pianistes de sa génération (il est né en 1968). Son bagage technique impressionnant lui a permis d’enregistrer du Brahms et du Webern. Publié récemment, “Modern Music” (Nonesuch Records) le fait entendre en duo avec Brad Mehldau dans un programme constitué d’œuvres de Steve Reich, Philip Glass et Patrick Zimmerli. Saxophoniste de jazz devenu compositeur, ce dernier est à l’origine de ce disque dont il est co-producteur. Hays s’enferma deux jours dans un studio du New Jersey et enregistra de nombreuses improvisations, l’équivalent de quatre heures de musique. 24 d’entre-elles ont été sélectionnées pour ce disque qui débute et se conclut par des variations autour de la première des quatre fugues pour piano de Robert Schumann opus 72. Un CD organisé en trois parties contenant chacune huit pièces, toutes différentes malgré plusieurs versions d’un même morceau. Le pianiste développe un tempo, un ostinato ou part d’un motif mélodique pour improviser. Les exercices rythmiques restent toutefois minoritaires. Hays préfère diversifier ses couleurs harmoniques pour traduire ses sentiments. On passe tour à tour de l’obscurité à la lumière, mais contrairement à “Open Range”, un enregistrement en solo de 2004 inspiré par une retraite qu'il effectua au Nouveau-Mexique, les pièces sombres sont ici plus nombreuses, la ville de New York souvent sous les nuages lui dictant une musique plus dépouillée, mais tout aussi profonde.

 

Theo-Bleckmann--Hello-Earth--cover.jpgTheo BLECKMANN : “Hello Earth !” (Winter & Winter/Abeille)

Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann a longtemps travaillé au sein du groupe vocal qui entoure Meredith Monk. La musique contemporaine est davantage son domaine que le jazz bien que Peace (Ornette Coleman) et Misterioso (Thelonious Monk) figurent au répertoire du Refuge Trio dont il est l’un des membres. Après avoir chanté Charles Ives avec le groupe Kneebody, mais aussi Robert Schumann, Hanns Eisler et Kurt Weill, il consacre son nouveau disque à des reprises de chansons de Kate Bush, une des rares pop stars possédant un univers. Avec sa voix de ténor léger, ses orchestrations pour le moins singulières, Bleckmann a aussi le sien. Il retrouve ici son vieux complice John Hollenbeck qui assure batterie et percussions. Henry Hey aux claviers, Caleb Burhans, à la guitare et au violon électrique et Skúli Sverrisson à la basse électrique complètent une formation qui soigne les timbres des morceaux qu'elle reprend, enveloppe les thèmes de sonorités inédites, les pare d’autres couleurs. Violin, un rock speedé mis à part, Bleckmann fait volontairement flotter les sons. La mise en boucle des voix et la spatialisation des instruments, notamment dans And Dream of Sheep et This Woman’s Work rendent la musique profondément onirique. Les albums très personnels que Kate Bush publia dans les années 80 ne sont pas exempts de défauts. Leurs boîtes à rythme donnent un aspect mécanique à certaines compositions. Le chanteur évite ce piège, modifie les tempos, les rend souples, les étire jusqu’à totalement repenser les harmonies de la chanteuse. Running Up That Hill hérite ainsi d’un long prologue onirique, le martèlement rythmique de la pièce surgissant beaucoup plus tard. Seule l’introduction de Saxophone Song relève du jazz dans ce disque inventif d’une fraîcheur étonnante.   

Partager cet article
Repost0
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 00:00

Publiés cet automne, ces deux disques ne méritent pas l'oubli. Jean-Paul peut sans danger les offrir à Monsieur Michu. Merci d’y prêter attention.

 

Roy Haynes, Roy-Alty coverRoy HAYNES : “Roy-Alty” (Dreyfus Jazz/Sony)

À 86 ans, Roy Haynes n’est plus un tout jeune homme. Batteur préféré de Charlie Parker, il a été de l’aventure du bop et garde le jazz en mémoire. Rien d’étonnant donc à ce que ses disques restent ancrés dans son histoire. Reconnaissable à sa sonorité mate et contrastée, sa batterie bat le blues et le bop et place le groove au cœur de la musique. Attaché aux standards et à la tête de son Fountain of Youth Band au sein duquel David Wong remplace John Sullivan à la contrebasse, Roy reprend These Foolish Things, joue Thelonious Monk, Sonny Rollins et Miles Davis. Son disque contient aussi de grandes versions de Tin Tin Deo et Passion Dance, un thème de McCoy Tyner. Le batteur a toujours aimé s’entourer de jeunes musiciens et en a découvert un grand nombre. Après avoir gardé quinze ans à ses côtés le pianiste David Kikoski, il travaille depuis quelques années avec Martin Bejerano qui donne de belles couleurs à sa musique. Au saxophone alto, Jaleel Shaw n’a pas encore la notoriété d’un Kenny Garrett ou d’un Marcus Strickland qui l’ont précédé dans la formation du batteur, mais il possède un réel talent de soliste. Pinky, une ballade, témoigne de son inspiration. Cet album est aussi l’occasion pour Roy Haynes d’inviter Roy Hargrove et son vieux complice Chick Corea qui tient une forme éblouissante. Outre une version brillante de Off Minor, les deux hommes nous surprennent dans All the Bars are Open, une improvisation modale que Roy colore de ses timbres.

 

Greg Reitan Daybreak coverGreg REITAN : “Daybreak” (Sunnyside/Naïve)

Pour nous montrer qu’il est capable d’enfiler des notes comme d’autres des perles, Greg Reitan introduit son disque par un court morceau virtuose. Il peut multiplier l’exercice, mais la pure technique ne l’intéresse pas. Sa musique n’est pas une voiture de course lancée à vive allure ; elle n’a pas besoin de vitesse pour révéler sa profondeur. Après “Some Other Time”  et “Antibes”, le pianiste poursuit sa quête musicale avec le même trio, Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie. S’il nous confie quelques bonnes compositions personnelles, la plus réussie étant The Bells of Soledad, une sorte de valse inspirée par une visite à la Nuestra Señora de la Soledad, mission du district de Monterey, il préfère reprendre des standards, les retravailler à sa manière, y greffer ses propres harmonies pour en laisser des versions aussi personnelles que neuves. Ils constituent un matériel inépuisable pour un pianiste inventif au toucher fin et délicat qui surprend par la fraîcheur de ses idées, la qualité de son langage mélodique. On pense à Bill Evans, à Vince Guaraldi qu’il admire et dont il interprète Great Pumpkin Waltz après avoir enregistré en 2008 Star Song, une autre de ses compositions. Greg aime aussi célébrer Wayne Shorter et Bill Evans. Après Re: Person I Knew (sur “Antibes”), Blue in Green s’ajoute à son répertoire, de même que Toy Tune de Shorter. Chelsea Bridge de Billy Strayhorn dont il réharmonise les premières notes du thème et Lament, probablement la plus belle pièce de J.J. Johnson, complètent un disque d’une rare élégance que couronne une magnifique version de Blue In Green longuement introduite en solo.

Partager cet article
Repost0
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 10:00

cluedo b  Décembre : hospitalisé depuis une semaine, Monsieur Michu garde le lit. Un malaise cardiaque provoqué par l’écoute d’un CD qu’un voisin malfaisant lui a fait parvenir en est la cause. Monsieur Michu récupère. A son chevet, Madame le ravitaille en macarons. Il a bonne mine et je le soupçonne de planquer sous son lit une bouteille de Jackie McLean, un whisky hors d'âge revigorant. Jean-Paul a tenu à rendre visite à cette « victime de la musique qui tue » (ce sont ses propres termes). La police recherche le coupable. Les auteurs du disque ont été identifiés. Il s’agit de quatre jeunes terroristes qui sous le nom d’Infernal Quartet explorent de nouveaux territoires musicaux. Lesquels ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, le but étant de créer un mur du son et de porter la transe au cœur même des foyers. Le cœur fragile au sein du sien, Monsieur Michu n’aurait jamais dû recevoir ce disque dont les timbres stridents et agressifs rappellent ceux des vieilles roulettes de dentiste bruyamment douloureuses de ma jeunesse. Déjà échaudé par les cacophonies festivalières de l’été, le pauvre homme n’a pas résisté à la violence de ces musiques pseudo modernes qui célèbrent le bruit, musiques improvisées n’obéissant à aucune règle, n’appartenant à aucune tradition, mais qui s’implantent sur les ondes et dans les festivals. On vit une époque formidable. Plus besoin d’utiliser clef anglaise, corde, matraque, chandelier, ou revolver pour envoyer ad patres Mademoiselle Rose, le Colonel Moutarde, Madame Pervenche ou Monsieur Michu. Faites-leur parvenir par la poste un de ces disques dont l’écoute terrasse presque à coup sûr. Grâce aux soins qu’il reçoit et à la sympathie dont lui témoigne son entourage, Monsieur Michu va mieux. Il sera rentré chez lui pour écouter Jazz à Fip qu’animera le dimanche 11 Philippe Etheldrède décidément fâché avec le jazz qui se fait aujourd’hui. Certes, le swing et le blues présentent des vertus curatives, mais on ne saurait dire que les derniers disques en solo de Fred Hersch, Bill Carrothers et Richie Beirach en soient dépourvus. Les offrir pour Noël à Monsieur Michu devrait également améliorer son état.

Après vous avoir communiqué mes Chocs de l’année, ce blog sommeillera vers le 20 et ce jusqu’aux premiers jours de janvier. Merci de suivre le blogueur de choc.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT


Aaron Goldberg

-Aaron Golberg en trio au Sunside les 1, 2 et 3 décembre avec Reuben Rogers (contrebasse) et Eric Harland (batterie). Membres du quartette de Charles Lloyd, ces derniers travaillent avec Goldberg depuis une dizaine d’années et assurent la section rythmique de ses disques. On les entend notamment dans “Unfolding” et “Home” (2010), deux de ses meilleurs opus. Natif de Boston, le pianiste s’est récemment fait remarquer dans “Bienestan”, album enregistré en sextette avec Guillermo Klein. Mais c’est davantage en trio que l’ex-partenaire de Joshua Redman nous régale de son art, nous révèle sa grande sensibilité harmonique.

 

Mauro Gargano

-Installé à Paris depuis 1998, Mauro Gargano joue une belle et profonde contrebasse aux harmonies inventives que l’on n’oublie pas. S’il se produit souvent avec Nicolas Folmer, René Urtreger, Christophe Marguet, Philippe Le Baraillec, Bruno Angelini et joue avec de nombreuses formations, c’est avec la sienne que Mauro se produira au Sunset le 2 et fêtera la sortie de “Mo’Avast” (Note Sonanti), son premier disque pour lequel il cherche un distributeur pour la France. Avec lui Francesco Bearzatti, poids lourd du saxophone ténor (et clarinettiste), Stéphane Mercier, saxophoniste belge, un alto avec lequel il travaille depuis 2003, et Fabrice Moreau à la batterie. Le quartette propose une musique ouverte qui laisse beaucoup de place aux solistes, leurs improvisations énergiques se voyant habilement encadrées par une rythmique soucieuse de couleurs et de mélodies chantantes, celles d’un compositeur inspiré.

 

Nicolas-Folmer.jpg-Attendus au Duc des Lombards le 2 et le 3, Nicolas Folmer et Daniel Humair en profiteront pour enregistrer un CD dont la sortie est prévue en mars 2012. Leur formation, un quartette que complètent Alfio Origlio au piano et Laurent Vernerey à la contrebasse, porte le nom de Daniel HumairNicolas Folmer & Daniel Humair Project. Cela fait un an que le batteur et le trompettiste ont commencé à jouer ensemble. Ils se sont découvert des affinités musicales et poursuivent aujourd’hui une association qui se révèle fructueuse sur le plan musical. Leurs concerts en témoignent d’où leur préférence pour un disque live, reflet fidèle de leurs prestations scéniques.

 

Andre-Hodeir.jpg-Le 3 à 17h30, au studio Charles Trenet de Radio France, Patrice Caratini et son Jazz Ensemble rendront hommage à André Hodeir décédé le mardi 1er novembre. Au programme : des œuvres que ce dernier composa dans les années 50 pour le Jazz Group de Paris. André en avait confié les partitions à Patrice et Xavier Prevost qui avait depuis longtemps programmé ce concert pour son émission “Jazz sur le Vif” espérait la présence du compositeur. C’est donc sans André Hodeir, mais en pensant à lui que l’on écoutera ses musiques (On a Scale, Bicinum, Tension détente, Paradoxe I, Evanescence) jouées par une formation de onze musiciens qui outre Patrice à la contrebasse comprend Claude Egea (trompette), André Villéger (saxophone alto), Mathieu Donarier (saxophone ténor), Pierre-Olivier Govin (saxophone baryton) et Alain Jean-Marie (piano).

 

M.-Copland.jpg-Dave Liebman partagera la scène du Sunside avec Marc Copland le 6. Le saxophoniste joue plus souvent avec Richie Beirach, son partenaire au sein de Quest, groupe longtemps mis en sommeil et aujourd’hui réactivé. Enregistré sous leurs deux noms, “Unspoken” (Out Note) est l’une des bonnes surprises de l‘année. Liebman fait toutefois merveille avec Copland. Les deux hommes ont gravé en 2002 un double CD Dave Liebmanfascinant pour hatOLOGY, “Bookends”, dont je recommande l’acquisition. Copland possède son style propre et cultive un piano aux notes transparentes et tintinnabulantes qui ne ressemble à aucun autre. Liebman tempère aujourd’hui son ardeur. La férocité de son langage expressionniste s’est beaucoup émoussée au bénéfice d’un jeu mélodique qui se fait plus abordable.

 

Antonio-Farao-b.jpg-Habitué du Duc des Lombards – il s’y produit souvent avec Dominique Di Piazza et André Ceccarelli - , Antonio Faraò y est attendu les 8, 9 et 10 pour nous faire goûter son phrasé fluide, les couleurs solaires de son piano et nous jouer la musique raffinée de son nouveau disque. Intitulé “Domi” (Cristal Records), ce dernier fait part belle aux ballades, nombreuses au sein d’un répertoire consacré à de nouvelles compositions et qu’interprète un presque nouveau trio. “le Bel Antonio” (les cinéphiles comprendront) choisit avec discernement ses partenaires. Dédé reste derrière ses tambours et Darryl Hall à la contrebasse remplace Di Piazza pour épauler acoustiquement et idéalement son piano.

 

Antoine-Herve-copie-1.jpg-La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris) accueille Antoine Hervé le lundi 12 décembre à 19h30 pour une nouvelle leçon de jazz consacrée au pianiste Dave Brubeck. Oncle Antoine nous l’annonce très axée sur les rythmes asymétriques qu’affectionnait Brubeck, leader du quartette qui créa Take Five, composition de Paul Desmond son magnifique saxophoniste. Le 13, Antoine donne un concert en solo dans la ville de Le Perreux sur Marne - 20h30 auditorium Maurice Ravel, 62 avenue George Clemenceau. S’ils le peuvent, les amateurs de piano s’y précipiteront.

 

L. Mignard©Pascal Bouclier-Laurent Mignard et son Duke Orchestra fêtent Noël le 12 à 20h00 au Collège des Bernardins avec des standards, de la musique sacrée, des inédits, des chansons arrangées par Duke Ellington pour le film “Paris Blues” et son album “Midnight in Paris” (Columbia 1962). Ce concert de Noël affichant déjà complet, le Duke Orchestra vous invite à l’écouter le mardi 27 au conservatoire de Clamart (2 séances gratuites à 17h30 et 21h00). La formation en profitera pour enregistrer live son deuxième album qui s’intitulera “Ellington French Touch”. Réservations : info@jazzaclamart.fr

TSJ Jazz 2011

 

-Nuit TSF Jazz à l’Olympia le 12. “You & the Night & the Music” réunit douze formations dont celles de Gretchen Parlato,Mario Canonge, Stéphane Belmondo (avec Kirk Lightsey et Gregory Porter), Stefano di Battista (en duo avec Yaron Herman). A la tête du Nice Jazz Orchestra, le saxophoniste Pierre Bertrand se voit confier l’orchestre de cérémonie et André Ceccarelli est l’invité d’honneur de la manifestation.

 

Bill-Carrothers.jpg-Toujours le 12, Bill Carrothers retrouve le Duc des Lombards pour deux concerts (20h00 et 22h00). Avec Nicolas Thys (contrebasse) et Dré Pallemaerts (batterie), musiciens qui l’accompagnent dans le double CD “A Night at the Village Vanguard” publié cette année. Imprévisible, changeant de répertoire au gré de sa fantaisie, le pianiste peut tout aussi bien se pencher sur les thèmes que jouait Clifford Brown que sur les musiques de l’histoire de l’Amérique, ses hymnes qu’il affectionne. Bill peut aussi regarder son passé, se remémorer Excelsior, la petite ville de sa jeunesse. L’album qu’il lui a récemment consacré sur le label Out Note est l’un des plus émouvants de l’année.

G.-Parlato-c-Ph.-Etheldrede.jpg

 

-Gretchen Parlato au Duc le 13 avec une formation comprenant le talentueux pianiste Taylor Eigsti, le guitariste Alan Hampton, le bassiste Derrick Hodge et le batteur Justin Browne. La chanteuse possède une voix singulière qui psalmodie et étale avec nonchalance d’étranges vocalises. Elle soigne aussi les orchestrations de ses musiques, des morceaux de ses musiciens, mais aussi de Miles Davis (Blue in Green), Wayne Shorter (Juju), Ambrose Akinmusire (Henya) et Robert Glasper qui a co-produit son dernier album. Leurs arrangements minimalistes renforcent son aspect hypnotique.

 

 

-Découvert par Xavier « big ears » Felgeyrolles, le saxophoniste Baptiste Herbin impressionne par la maîtrise de son instrument, le saxophone alto qu’il étudia avec Jean-Jacques Rulhmann et Julien Lourau. Installé à Paris depuis B. Herbin © Ph. Etheldrède2005, cet habitué de la rue des Lombards est de toutes les jam-sessions. Il connaît le vocabulaire du bop, joue des lignes de blues qui sortent les plus sourds de leur sommeil, mais aussi de la salsa, de la musique malgache (avec l’Ouranos Quartet que dirige le guitariste Dimitri Dourantonis) et pratique un éclectisme musical réjouissant. Le Duc des Lombards l’accueille le 19 avec un septet comprenant Yoann Loustalot à la trompette, Michael Cheret au saxophone ténor, Fred Couderc au saxophone baryton, Alain Jean-Marie au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie. Au programme : la musique d’Oliver Nelson (1932-1975), saxophoniste, compositeur et arrangeur dont le disque le plus célèbre “The Blues and the Abstract Truth” (un enregistrement en septet) réunit Eric Dolphy, Freddie Hubbard et Bill Evans. Nul doute que Baptiste et ses complices reprendront Stolen Moments la plus célèbre composition de Nelson, un cadeau de Noël à ne pas manquer.      

 

Mario Canonge a-S’il invite des amis musiciens pour donner des couleurs chatoyantes à ses musiques - Irving Acao, Manu Codjia participent à “Mitan” son dernier album, le quinzième qu’il enregistre sous son nom - , le pianiste antillais Mario Canonge joue en trio des musiques créoles et métissées, mais aussi du jazz qu’il aime rythmé et mélodique. Le Sunside lui en offre la possibilité pendant trois soirs, les 19, 20 et 21 décembre. Avec lui Felipe Cabrera, le bassiste d’Harold López-Nussa, un musicien cubain à même de comprendre la tonalité caraïbe de sa musique. Egalement d’origine cubaine (il est né à La Havane en 1970), Lukmil Perez Herrera son batteur vit et travaille à Paris depuis 1999. Nul doute que dynamisée par une telle rythmique, sa musique donne envie d’embrasser le soleil.

Duc des Lombards

 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Maison de Radio France : www.radiofrance.fr

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr

-Collège des Bernardins : www.collegedesbernardins.fr

-Olympia : www.olympiahall.com

 

PHOTOS : Aaron Goldberg, Mauro Gargano, Nicolas Folmer, Daniel Humair, Dave Liebman, Marc Copland, Antonio Faraò, Antoine Hervé, Bill Carrothers © Pierre de Chocqueuse - Laurent Mignard © Pascal Bouclier – Gretchen Parlato, Baptiste Herbin © Philippe Etheldrède - Mario Canonge © Enzo Productions.

Partager cet article
Repost0
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 00:00

Delbecq-Houle--cover.jpgBenoît Delbecq travaille avec François Houle depuis 1996. Lorsque la distance le lui permet. Directeur artistique du Vancouver Creative Music Institute et grand clarinettiste, ce dernier joue aussi bien Mozart que Messiaen, du jazz que du classique. C’est à l’occasion de quelques concerts donnés en France en janvier 2011 que cet album, leur troisième, a été rendu possible. “Dice Thrown” leur précédent, date de 2002. Neuf ans donc que Delbecq et Houle n’ont pas joué ensemble, et pourtant les premières mesures de The Mystery Song donnent l’impression qu’ils ne se sont jamais quittés tant la musique se fait inventive et fluide. Duke Ellington l’écrivit pour le danseur à claquettes Eddie Rector au début des années 30, lorsque avec son orchestre, il faisait les beaux soirs du Cotton Club de Harlem. Il le grava pour le label Victor, le 17 juin 1931. Son étrange mélodie chromatique jouée pianissimo par les cuivres ressort ici encore plus mystérieuse. Les notes graves du Bösendorfer 225 se marient à la clarinette dont les aigus, tels des cris de mouettes rieuses, renforcent l’envoûtement. L’autre reprise de cet opus est Clichés de Steve Lacy, un extrait de “Prospectus”, disque de 1982 que le label hatOLOGY réédita en 1999. Benoît a placé dans certaines cordes de son instrument des morceaux de bois ou des gommes qui en modifient le timbre. Il fait de même dans Pour Pee Wee. Simple jeu de miroirs et de résonances, Le bois debout, la pièce la plus courte de l’album, introduit Because She Hoped, composition très lente, presque austère, dont la structure, le fil conducteur reste mélodique. Le morceau privilégie les timbres, les couleurs et abrite des échanges spontanés. Le concombre de Chicoutimi  (dédié au hockeyeur Georges Vezina) et Binoculars semblent également improvisés. Les instruments s’écoutent, se complètent, se lâchent. La musique coule, se déplace avec aisance, le piano se faisant liquide dans un Binoculars onirique. Ando nous entraîne sur des terres africaines. Benoît le joue en solo dans “Circles and Calligrams”, en trio dans “The Sixth Jump”. Son piano préparé devient instrument de percussion, sonne comme un balaphon. Les notes graves font office de tambours. La clarinette se glisse et y trouve naturellement sa place. Les deux dernières plages ont été enregistrées live au Petit Faucheux. Elles s’étalent dans la durée, la scène étant propice aux longs développements. Nancali donne son titre à leur premier album. On mesure le travail accompli : une plus grande expérience, une profonde connaissance de la musique de l’autre. Celle de Benoît est un univers sonore. La clarinette de François s’y intègre avec beaucoup de naturel. Son chant en parfait la musique.

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 11:00

Bandeau-Mingus.jpg-Obtenir 45.000 $ en 40 jours, tel est l’objectif ambitieux que s’est fixé Orangethenblue pour terminer un documentaire sur Charles Mingus, ce dernier vu à travers les yeux de son petit fils, Kevin Ellington Mingus, le réalisateur de ce film. Filmé sur les lieux mêmes où vécu le contrebassiste - Los Angeles, New York, Cuernavaca, mais aussi Rishikesh (Inde du Nord) où coule le Gange, fleuve sacré dans lequel reposent ses cendres - “Mingus on Mingus” laissera la parole aux témoins. Des interviews de Buddy Collette (disparu en septembre 2010), Sonny Rollins, Michael Cuscuna, Henry Grimes, Joni Mitchell, Amiri Baraka, Ornette Coleman ont déjà été réalisés. D’autres, de Paul Bley, Lee Konitz, Ted Curson, n’attendent que votre contribution généreuse pour exister. Une vidéo explicative vous est proposée sur http://kck.st/vCCn8N Pour de plus amples informations sur ce projet, rendez-vous sur le site d’Orangethenblue : www.orangethenblue.com

 

Jazz-Icons-series5.jpg-Créé en 2006 et déjà riche de 30 DVD (4 coffrets de 9, 7, 7 et 7 DVD), la collection Jazz Icons s’enrichit aujourd’hui de 6 nouvelles références pour la première fois entièrement constituées d’images provenant de l’Ina. Réunis en coffret (le 5ème de la série, les DVD n'étant pas vendus séparément), ils sont dès à présent disponibles sur www.mosaicrecords.com/jazzicons/ au prix de 99,98$. Ajouter 40,00 $ pour une livraison UPS (réception sous 4 à 8 jours) ou 20,00 $ par avion (Standard Air Mail). Compter 2 à 4 semaines pour la livraison. Attention, ces DVD sont en NTSC non zonés. Leur contenu est le suivant : 

Thelonious Monk seul au piano dans un studio de l’ORTF en décembre 1969. Monk joue du Monk : Reflection, Epistrophy, Ugly Beauty, ‘Round MidnightBernard Lion filme et immortalise en couleurs Jazz Icons5 J. Coltrane(durée 65 minutes).

John Coltrane et son quartette filmés par Jean -Christophe Averty au festival d’Antibes Juan-les-Pins en 1965. Au programme douze minutes de A Love Supreme (la première partie et la moitié de la seconde), mais aussi Naima, Ascension et Impressions (durée 52 minutes).

Art Blakey et ses Jazz Messengers au Théâtre des Champs-Elysées le 15 novembre 1959. Averty y a installé ses caméras et filme un nouveau visage, celui de Wayne Shorter. Agé de 26 ans, ce dernier rejoint une formation qui, outre Blakey, comprend le trompettiste Lee Morgan, le pianiste Walter Davis Junior et le bassiste Jimmy Merritt (durée 83 minutes).

Jazz-Icons5-F.-Hubbard.jpgJohnny Griffin en concert à l’ORTF le 7 juillet 1971 pour l’émission «Classiques du Jazz» réalisé par Marc Pavaux. Au piano : René Urtreger. Quelques semaines plus tard, le 29 août, Bernard Lion filme le saxophoniste au festival de Châteauvallon. Dizzy Gillespie rejoint ce dernier sur scène dans A Night in Tunisia et Hot House (durée 55 minutes). 

Freddie Hubbard au studio 104 de la Maison de la radio, le 25 mars 1973. Pour le label CTI, le trompettiste vient alors de graver quelques best sellers parmi lesquels les excellents “Red Clay” et “Straight Life” . Il reprend ce dernier avec les musiciens de son quintette. Junior Cook au ténor et à la flûte et George Cables au piano électrique en sont les deux autres solistes (durée 50 minutes).

Jazz-Icons5-R.-Kirk.jpg

Roland Kirk filmé par Marc Pavaux au Grand Palais pour «Jazz 3» le 8 mars 1972. Multi instrumentiste, Kirk joue simultanément de plusieurs instruments. Saxophone ténor, clarinette, diverses flûtes, mais aussi stritch et manzello sont ceux qu’il affectionne. Un quintette dont Ron Burton est le pianiste l’accompagne dans un programme comprenant Blue Train, Lester Leaps in, Soul Eyes et Inflated Tears, l’un des grands tubes de sa carrière (durée 75 minutes).

 

Informations détaillées sur www.jazzicons.com/news.html

 

Péniche L'improviste

-Ancrée à Paris sur le canal de l’Ourcq, la péniche L’improviste a fait peau neuve pour accueillir le jazz à son bord. L’objectif de Jean-Luc Durban le responsable du lieu est d’essayer de programmer trois concerts par semaine à des prix raisonnables. Pouvant contenir 80 personnes assises, sa salle de concert a déjà abrité le trio du guitariste Manu Codjia et le Christophe Marguet Quintet. Il est encore temps de réserver votre soirée du 23 novembre pour y écouter le trio du saxophoniste Sébastien Texier. Péniche L’improviste : face au 35 quai de L’Oise, 75019 Paris. www.improviste.fr 

TSJ Jazz 2011

-Nuit du Jazz TSF à l’Olympia le lundi 12 décembre à 20h00. Sous l’appellation de “You & the Night & the Music”, la manifestation réunit les 12 orchestres qui, pour la radio, a marqué les 12 mois de l’année. L’orchestre de cérémonie est cette année confié au Nice Jazz Orchestra placé sous la direction de Pierre Bertrand. Le batteur André Ceccarelli en est l’invité d’honneur. Egalement au programme : Tigran Hamasyan, Gregory Privat, Gretchen Parlato, Mario Canonge, Stéphane Belmondo (avec Kirk Lightsey et Gregory Porter), Giovanni Mirabassi, Stefano di Battista (en duo avec Yaron Herman), Pierrick Pedron et d’autres bonnes surprises. www.olympiahall.com

 

 

Carla Bley-Du lundi 21 au vendredi 25 novembre, de 18h00 à 19h00, Alex Dutilh consacrera son émission Open Jazz (France Musique) à Carla Bley. Cette dernière lui a accordé « la plus longue interview » de sa carrière, et la nuit du samedi 26 au dimanche 27 lui sera presque entièrement consacrée (de 1h à 7h) avec la diffusion de son opéra “Escalator Over the Hill” qui, enregistré entre 1968 et 1971, lui permit d’effectuer une synthèse passionnante des musiques de l’époque.

 

-Depuis le 31 octobre, la chanteuse China Moss possède sa propre émission sur Jazz Radio. Intitulée “Made in China”, elle est diffusée du lundi au vendredi de 20h00 à 21h00. www.jazzradio.fr

 

Hodeir, Solal-Le samedi 3 décembre à 17h30, au studio Charles Trenet de Radio France, Patrice Caratini et son Jazz Ensemble - Onze musiciens dont Claude Egea (tp), André Villéger (as), Mathieu Donarier (ts), Pierre-Olivier Govin (bs), Alain Jean-Marie (p) - reprendront des œuvres qu’André Hodeir (en photo avec Martial Solal) composa dans les années 50 pour le Jazz Group de Paris. Caratini avait rencontré Hodeir en janvier 2011 à l’occasion de son 90ème anniversaire, lui faisant part de son projet de jouer sur scène sa musique et ce dernier lui avait confié ses partitions. Depuis plusieurs mois, Xavier Prevost projetait d’organiser ce concert dans le cadre de son émission “Jazz sur le Vif”, concert où il espérait la présence du compositeur. Le mardi 1er novembre, nous apprenions la mort du créateur d’“Anna Livia Plurabelle”, de “Bitter Ending”. André Hodeir fut aussi musicologue (“Hommes et problèmes du jazz” en 1954) romancier et violoniste de jazz. Ce concert du 3 décembre sera diffusé sur France Musique le samedi 17 décembre à 23 heures dans l’émission de Xavier Prevost “Le bleu, la nuit” . En outre, le mardi 13 décembre, Arnaud Merlin consacrera son émission “Le matin des musiciens”  à André Hodeir, invitant Patrice Caratini à « analyser et décrypter son langage ».

Visuel-Ray-Charles-copie-1.png

 

-L’Ina et Reelin’ In The Years (société de production californienne) se sont associés pour publier en DVD haute définition les premiers concerts de Ray Charles en France. Tournés en 1961 par Jean-Christophe Averty au festival d’Antibes Juan-les-Pins, ces films 16mm ont été remontés et synchronisés avec les bandes sons du concert puis remasterisés afin d’obtenir une qualité optimum. D’une durée de 105 minutes, “Live in France 1961” permet ainsi de redécouvrir le « Genius » dans ses plus grands tubes (What’d I Say, Georgia On My Mind, Hallelujah I Love Her So…). Eagle Rock, distribution Naïve. Prix indicatif : 16, 90€

A.-Herve-DVD-Jobim.jpg

 

 -Les leçons de Jazz d’Antoine Hervé en DVD dès janvier 2012. “Antonio Carlos Jobim et la bossa-nova”  (avec comme invité le chanteur Rolando Faria, sortie le 24 janvier) sera suivi de “Wayne Shorter, jazzman extra-terrestre”  (le 21 février, avec Jean-Charles Richard aux saxophones) et de “Oscar Peterson, maître du swing”  (Mars 2012, en trio avec François et Louis Moutin). RV Production, distribution Harmonia Mundi.

 

CREDITS PHOTOS :  André Hodeir & Martial Solal © Pierre de Chocqueuse - Carla Bley © Watt Records - Péniche L'Improviste © X/D.R.

Partager cet article
Repost0
17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 09:30

Beirach--Unspoken-cover.jpgMembres fondateurs de Quest, groupe renaissant aujourd’hui de ses cendres, Dave Liebman et Richie Beirach ont enregistré cinq disques en duo. “Chant”  le précédent date de 1989. Plus de vingt ans le sépare donc de ce sixième opus qui témoigne du chemin parcouru. Si Beirach pratique sensiblement le même piano, Liebman se montre moins agressif, assume un jeu plus mélodique. Au soprano, il affectionne le registre aigu de l’instrument, monte même jusqu’au suraigu à la fin de Transition qu’il enrobe pourtant d’un baume apaisant. Au ténor, il possède un son ample, volumineux. Il peut violenter ses notes jusqu’au cri (Awk Dance, l’introduction de Prayer for Michael), mais leur fait souvent chanter des mélodies. Celle de All The Things You Are qu’il aborde au soprano se voit conséquemment enrichie par les inventions harmoniques de Beirach. Ce dernier a choisi de mettre au répertoire Invention (l’Adagio pour cordes de la seconde suite de “Gayaneh”) d’Aram Khatchaturian, adagio (une andante dans la version intégrale du ballet) que Stanley Kubrick utilise dans “2001 : A Space Odyssey”. Construit sur une simple phrase, Ballad 1 captive par la profondeur harmonique de ses dialogues. Composé dans les années 70, Awk Dance est plus sombre. Le pianiste plaque des accords dans les graves, donne une consistance quasi matérielle au morceau. Dans Waltz for Lenny (qui figure dans un vieux disque Owl de Liebman) il surprend par l’étendu de son vocabulaire pianistique, ses accords percussifs et inattendus, l’usage de la pédale forte lui permettant de multiplier les effets sonores. New Life est plus abstrait. Le piano assure un contrepoint mélodique à un soprano parfois rêveur. Morceau préféré de Jean-louis Chautemps auteur de l’un des deux textes du livret - « peut-être le chef-d’œuvre de ce CD » écrit-il -, Tender Mercies est une prière d’une grande richesse harmonique que Liebman joue à la flûte. Hymn for Mom et Prayer for Michael concluent l’album. Le saxophoniste composa le premier à la disparition de sa mère en 2005. Le piano de Beirach lui apporte densité et mystère. Dans Prayer for Michael, hommage de Liebman à Michael Brecker décédé en 2007, le ténor pleure des flots de notes paroxystiques. Contre la mort qui frappe son vieil ami, il crie haut et fort sa colère.    

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 11:30

Logo-Jazz-en-Tete.jpgDepuis 24 ans le festival Jazz en Tête fait le bonheur d’un public qui souhaite écouter du jazz dans un festival de jazz. La salle de la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand dans laquelle se déroulent les concerts comprend une vaste Malia-a.jpgscène abondamment éclairée. On peut y faire de superbes photos - demandez à Philippe Etheldrède : avec son Instamatic Kodak équipé d’un flash cube, il en réussit de très bonnes - ou traîner backstage dans les loges mises à la disposition des invités. Entrouvrant la porte de l’une d’elles, je suis surpris par les ronflements qui en sortent. Un repaire de marmottes en pleine hibernation ? Non, tout simplement Jean-Paul, Jacques des Lombards et Bajoues Profondes qui sommeillent. Musiciens et journalistes occupent d’autres loges, fraternisent. L'infatigable Denis Maillet trouve des solutions à tout. L’attachée de presse Sybille Soulier chouchoute ses journalistes. Dodo, une jeunette, court partout. Malia fait provision d’eau minérale avant de monter sur scène. Le photographe Michel Vasset immortalise en noir et blanc. Maître d’œuvre du festival, son directeur artistique Xavier “big ears” Felgeyrolles a fort à faire. Il faut gérer l’imprévu, les Xavier-Felgeyrolles-.jpgproblèmes inattendus. L’avion qui conduit Vijay Iyer et ses musiciens d’Istanbul à Clermont a pris trop de retard pour qu’un soundcheck soit possible. Ils n’arriveront que tardivement. Charles Lloyd accepta d’assurer la première partie, de donner un concert plus long afin que le public n’ait pas à attendre. Apprécié des musiciens et des journalistes, le festival fidélise un public enthousiaste. Malgré leur arthrite galopante, Monsieur et Madame Michu font chaque année le voyage. Ils savent qu’ils vont y entendre du jazz, une musique qu’ils ont appris à connaître et à aimer, une musique qui malgré sa grande diversité repose sur des règles, un vocabulaire qui lui appartient en propre. Xavier Felgeyrolles a conçu Jazz en Tête « comme une plongée annuelle et profonde dans le jazz de chez jazz », un jazz que Xavier associe étroitement au swing « triomphe de la vie sur la candeur lénifiante des sirops, l’ombre de cette petite chose que n’ont pas les autres musiques musicales, un antidote plus que centenaire à la poussière quotidienne. » Nicolas Caillot G. Porter ©Ph. Etheldrèderemplace aujourd'hui Daniel Desthomas à la tête de l’association Jazz en Tête. Son équipe a permis aux Michu d’applaudir les jazzmen qu’ils rêvaient écouter et d’en découvrir d‘autres, tout aussi talentueux. Après Ambrose Akinmusire, Walter Smith III et Robert Glasper qu’ils ont entendus pour la première fois à Clermont, la présence cette année de Gregory Porter, chanteur dont on va beaucoup parler et que je suis allé écouter au Duc des Lombards, les fait déjà bien saliver. Rester plus de deux jours m’étant impossible, Philippe Etheldrède m’a gentiment fait parvenir une photo criante de vérité de ce dernier. Quel talent ce Philippe ! Mais ils ont tous le jazz en tête !

 

MARDI 18 octobre

J. Terrasson & B.E. TravisJacky Terrasson reste un habitué de Jazz en Tête. Normal, il compte parmi les meilleurs pianistes de la planète jazz et parvient à mettre son énergie, son sens inné du rythme au service d’harmonies aux couleurs rutilantes. On attendait Justin Jacky Terrasson-copie-1Faulkner à la batterie. Corey Fonville le remplaça. Ce jeune virginien que l’on a entendu auprès de Joe Locke, Jeremy Pelt, Richie Cole et Cyrus Chestnut prend visiblement plaisir à jouer avec Burniss (avec deux s) Earl Travis, un spécialiste de la basse électrique. Il ne joua que de la contrebasse, le funk saupoudrant une musique chantante privilégiant l’harmonie, contrebasse et batterie se mettant au service d’un jazz plus mélodique que musclé, Jacky conservant la dynamique de son piano. Au cours d’une longue introduction en solo, il utilisa son instrument de manière percussive  – cordes pincées, tirées, notes martelées – prélude à un Sister Cheryl Corey-Fonville.jpg(Tony Williams) époustouflant. Dans Smile, un des thèmes qu’il affectionne, il fit tourner un ostinato permettant au batteur de montrer son savoir faire. Il étala la richesse et la diversité de son piano dans les ballades - articulation parfaite, toucher limpide, notes effleurées, caressées, art maîtrisé de la nuance - , cette première partie de concert s’achevant sur une version vitaminée de Caravan, Jacky aimant reprendre des standards pour les moderniser. Malia rejoignit le trio sur scène pour la suite du programme. Originaire du Malawi, elle s’elle fait connaître par des enregistrements qui relèvent de la soul music et met Malia-b.jpgaujourd’hui sa voix grave et sensuelle au service du jazz. Sa légère raucité fait merveille dans les ballades qu’elle interprète avec feeling, How Long Has This Been Going Home ? de Gershwin, Then You’ve Never Been Blue que popularisèrent Judy Garland et Ella Fitzgerald. Jacky trempe ses notes dans le blues, en joue peu, mais les place toujours aux bons endroits pour servir de tremplin à la voix, optimiser le chant. Malia aime Billie Holiday et Nina Simone, chante My Baby Just Cares for Me et Don’t Explain. Une version enlevée et funky de Workin’, le tube de Nat Adderley, s’enrichit d’un solo de contrebasse énergique. Malia peut poser sa voix en toute confiance. Un trio merveilleux l’accompagne.

 

MERCREDI 19 octobre

Charles-Lloyd.jpgCharles Lloyd : le mouvement de vigne de son saxophone s’enroulant autour des mélodies que lui dicte son imaginaire me reste en mémoire. S’il souffle des ragas de petit matin, son mysticisme passe aussi par des moments intenses. Il peut tordre le cou à ses notes comme s’il désespérait de leur imperfection. Son chant autorise tous les possibles : cris de rage, de douleur qu’apaise une immense tendresse. Charles laisse beaucoup de place à ses musiciens. Jason Moran son pianiste cultive les dissonances, joue un piano abstrait mais sait aussi rester à l’écoute de l’autre, se montrer lyrique, ses phrases ouvertes accueillant les tourbillons de notes Reuben RogersJason MoranEric Harlandspiralées que Lloyd place entre deux prières. Ce dernier dispose d’une des meilleurs rythmiques du moment. A la contrebasse, Reuben Rogers assure un contrepoint mélodique aux solistes, guide leurs échanges sans jamais rechercher C.-Lloyd-.jpgl’exhibition. Une réelle complicité existe entre lui et Eric Harland. Tous deux s’accordent à varier les tempos, à tisser une grande variété de rythmes pour enrichir le flux sonore. Styliste de l'instrument, le batteur pratique un drumming foisonnant, une polyrythmie savante et souple qui loin de fermer la musique lui ouvre des perspectives, l’engage sur des sentiers qui bifurquent. Superbe version de Go Down Moses dans laquelle Lloyd porte haut un chant profondément spirituel et met son âme à nu.

 

Vijay-Iyer-Band.jpgLa musique de Vijay Iyer est certes plus difficile à saisir. Lui aussi possède une section rythmique d’exception. Elle lui permet de prendre des risques, de développer un jeu constamment inventif. Vijay utilise des modes indiens, les Vijay IyerMarcus Gilmorerythmes carnatiques de l’Inde du Sud, joue un piano souvent percussif. Ses répétitions de notes hypnotisent. Le pianiste reste pourtant profondément lyrique. Influencée par Thelonious Monk, Cecil Taylor et Andrew Hill, sa musique Iyer--Crump--Gilmore.jpgl’est aussi par Duke Ellington et se situe dans la tradition du jazz. Son répertoire comprend de nombreux standards qu’il traite de manière personnelle. Clusters, dissonances, intervalles inhabituels, les notes s’échappent de son piano comme un torrent furieux. Contrebasse et batterie installent une tension constante, dynamisent une musique savante qui fait parler le groove. Stephan Crump joue beaucoup de notes sur sa contrebasse. Marcus Gilmore multiplie les rythmes impairs et fractionnés. Une polyrythmie souple et mobile conduit Vijay Iyer à repenser le vocabulaire pianistique pour le plonger dans la modernité.

 

PHOTOS  © Pierre de Chocqueuse - Gregory Porter © Philippe Etheldrède. 

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 09:45

E.-Rava--Tribe-cover.jpgApôtre du free jazz dans les années 70, Enrico Rava utilisait le cri, la démesure paroxystique comme moyen d’expression. Privilégiant la mélodie, il préfère aujourd’hui souffler de la douceur, arrondir ses notes brumeuses pour les rendre plus belles. Trois ans après “New York Days”, un enregistrement new- yorkais qui compte parmi les grands opus de sa discographie, le trompettiste retrouve son groupe transalpin, mais sans Stefano Bollani qui possède son propre trio et donne des concerts en duo avec Chick Corea. Pour le remplacer, Enrico a engagé un jeune musicien qu’il suit depuis longtemps. Il l’a connu âgé de 12 ans et l’a vu travailler son piano sans relâche. « Pour continuer d’inventer j’ai besoin de me mettre en situation d’être surpris. Giovanni Guidi est comme Bollani ou Petrella : il m’étonne constamment. » On ne le serait pas moins à l’écoute de ce pianiste au toucher délicat qui possède un sens profond des couleurs, économise ses notes pour les placer aux bons endroits, et enrichit les thèmes par ses nuances. Rava reprend ici de vieux thèmes de son répertoire. Cinq des douze morceaux que contient l'album ont été précédemment gravés pour ECM, Label Bleu et Soul Note. Les trois premiers s’enchaînent parfaitement, comme s’ils avaient été conçus ainsi. Le mélancolique Amnesia introduit Garbage Can Blues qui, confié à un trio (piano, contrebasse, batterie), sert de prélude à Choctow. Émule de Paul Motian, son jeu mélodique allant de pair avec un travail sur les timbres de l'instrument, Fabrizio Sferra marque le temps sur la grande cymbale. Associée à la contrebasse complice de Gabriele Evangelista qui assure souvent une simple pédale, sa batterie rythme les dialogues de Rava et de Gianluca Petrella au trombone. Le thème de Cornettology relève du bop, mais très vite, le morceau bifurque, s’ouvre aux improvisations collectives des solistes, le ralentissement du rythme harmonique leur donnant une grande liberté. Invitée dans F. Express, la guitare de Giacomo Ancillotto en souligne la ligne mélodique. Tears For Neda nous tire effectivement des larmes. Son tempo est lent ; de ses notes chagrines coulent des pleurs. Une série de courtes compositions complètent l’album. Song Tree évoque le Miles Davis de Lonely Fire. Autre pièce modale et lente, Paris Baguette subjugue par la magie de son lyrisme, la trompette de Rava servant le cantabile avec une grande variété d’inflexions. Un des disques les plus attachants de l’année.

Partager cet article
Repost0
3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:21

Micros-insectes.jpg

Novembre : malgré un budget réduit, le festival Jazz en Tête parvient à faire venir les meilleurs jazzmen de la planète. Il ne dure que 5 jours, en est à sa 24ème édition et rassemble tous ceux qui souhaitent entendre du jazz dans un festival de jazz. Ce n’est pas si fréquent. Lors de leur périple estival, les Michu ont maintes fois frôlé la crise cardiaque, la viole de gambe des Carpates ou le Bongo Balalaïka Techno Jazz Band leur ôtant tout moral. Certains de le retrouver à Clermont-Ferrand, Monsieur et Madame Michu ont fait le déplacement et occupent les premiers rangs de la Maison de la Culture. Leurs fauteuils sont si confortables qu’ils ne remarquent pas les lascars qui les entourent, Jean-Paul descendu de Paris pour Jacky Terrasson et son ami Bajoues Profondes, râleur impénitent. Lorsqu’il ne rêve pas à ses prochaines émissions de Jazz à FIP, à celle qu’il prépare pour le 13 novembre, Philippe Etheldrède prend des photos. Entre deux critiques acerbes, Jean-Paul ronfle. Les Michu se tassent sur leurs sièges, de peur de déranger. Bajoues Profondes n’aime pas la musique qu’il entend, regrette Count Basie et Duke Ellington, Stan Getz et Dizzy Gillespie. « C’était mieux avant » explique-t-il aux Michu qui apprécient, réclament des rappels. Ils se rendront aux jam-sessions qui se tiennent en face, dans l’hôtel où je loge avec les musiciens. Quant à Bajoues Profondes, le ciel est en train de l’exaucer. Par sa délicieuse attachée de presse, Agnès Thomas, Sony Music vient de me faire parvenir un très bon disque Oscar-Peterson--cover.jpgd’Oscar Peterson en solo, “Unmistakable”. Grâce à un système de reproduction haute résolution, le piano, un Bösendorfer Impérial magnifiquement accordé, joue tout seul la musique d’Oscar. L’ordinateur contrôle le clavier, les pédales, l’instrument restituant avec une richesse stupéfiante des concerts inédits du pianiste. Si Jean-Paul reste sceptique, Bernard jubile. Ses robots deviennent réalités. Correctement informé, l’ordinateur fournira demain des nouvelles compositions de Charlie Parker, Charles Mingus ou Miles Davis. Confiés à des machines intelligentes, les instruments pourront les jouer comme si leurs auteurs étaient toujours vivants. Ne vient-on pas d’annoncer que la médecine était en mesure de régénérer nos vieilles cellules, leur donner une nouvelle jeunesse, rendre à nos vieilles peaux leur souplesse primitive ? Manipulation génétique, manipulation sonore, le progrès nous tombe dessus à la vitesse d’un TGV. Pour du bon jazz éternellement ?  

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Fred Hersch

 

-Fred Hersch au Sunside les 3 et 4 novembre. Avec lui le trio qui a enregistré “Whirl“, l’un des meilleurs disques de l’an passé (Choc Jazz Magazine / Jazzman du mois de septembre 2010). John Herbert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie connaissent bien les tours de passe-passe du pianiste, l’un des meilleurs de la planète jazz, et sont parfaitement aptes à y répondre. Les amateurs ne manqueront pas ces soirées prometteuses.

Deborah-Tanguy-b.jpg

 

-Le 7 à 19h30, Antoine Hervé consacre sa leçon de jazz à Ella Fitzgerald. Avec Deborah Tanguy qui enseigne le chant depuis de nombreuses années pour célébrer Ella. Sa photo passe bien dans mon blog. Oncle Antoine ne m’en voudra sûrement pas de ne pas mettre la sienne ce mois-ci. Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris.

 

-Une photo de Philippe Etheldrède prise à Clermont-Ferrand lors du récent festival Jazz en Tête. Gregory Porter y donna son premier concert sur le sol G. Porter©Ph. Etheldrèdefrançais. On pourra l’écouter au Duc des Lombards, le 7 et le 8 avec Chip Crawford au piano, Aaron James à la contrebasse et Andrew Atkinson à la batterie. Nouveau venu du jazz vocal, Porter envoûte par sa voix de baryton chaude et puissante. Joe Williams, Jimmy Witherspoon, Sam Cooke et Marvin Gaye ont influencé le chanteur dont le jazz se teinte de soul et de gospel. Pour vous en convaincre, écoutez “Water”, (Motéma / Integral), une vraie réussite !

 

S.-SwallowcPhilippe-Etheldrede.jpg-Steve Swallow (basse électrique, faut-il le préciser) en quintette au New Morning le 9. Avec Carla Bley à l’orgue, Chris Cheekau saxophone ténor, Steve Cardenas à la guitare et Jorge Rossy à la batterie. Ce dernier joua longtemps avec Brad Mehldau qui tient le piano dans “Blues Cruise”, un excellent disque de Chris Cheek. On reste donc en famille, avec d’excellents musiciens constituant une formation inédite qui ne peut que surprendre.

 

Kenny-Werner-b.JPG-Depuis quelques années Kenny Werner mène à bien des projets très différents. Un disque surprenant pour Blue Note en 2007, des enregistrements live en trio et en quintette, des travaux en grand orchestre, notamment avec le Metropole Jazz Orchestra et le Brussels Jazz Orchestra (le récent “Institute of Higher Learning”, Choc Jazz Magazine / Jazzman ce mois-ci), sans oublier “New York – Love Songs” en solo, premier disque de la série Jazz and the City, le pianiste ne chôme pas. Le Duc des Lombards l’accueille le 11 et le 12. En trio avec Johannes Weidenmueller à la contrebasse et Dan Weiss à la batterie.

 

Sonny-Rollins.jpg-Sonny Rollins à l’Olympia le 14 (20h00). Je l’ai écouté à Vienne l’été dernier. Le colosse souffle toujours des notes volcaniques et n’a rien perdu de son énergie. S’il se déplace avec difficulté, il possède toujours un son énorme et des idées mélodiques intarissables. Il fait confiance à sa section rythmique pour encadrer et faire tourner sa musique. Depuis deux ans le batteur Kobie Watkins assure un drumming inventif. L’inusable Bob Cranshaw semble avoir retrouver sa contrebasse et les congas de Sammy Figueroa rythment les nombreux calypsos qu’affectionne le ténor. Peter Bernstein complète la formation à la guitare. Il parvient à placer quelques chorus lorsque Rollins, qui n’aime guère passer la main, éprouve le besoin de récupérer des marathoniennes improvisations qu’il pousse jusqu’au vertige.

 

Pascal Schumacher-Le quartette de Pascal Schumacher à l’Institut Hongrois de Paris le 15 (20h00) dans le cadre du Festival JazzyColors, et au Duc des Lombards le 17. Franz von Chossy au piano, Christophe Devisscher à la contrebasse et Jens Düppe à la batterie accompagnent le vibraphoniste luxembourgeois qui se fit connaître en 2002 par ses concerts au Sounds Jazz Club de Bruxelles. Avant d’entamer une brillante carrière sous son nom, Jef Neve fut longtemps le pianiste de la formation. “Bang My Can” leur dernier album est plus proche du rock, mais sur scène, le groupe joue aussi d’anciens morceaux et séduit par la richesse de ses timbres, sa musique très soignée.

 

Dan-Tepfer.jpg-Dan Tepfer en solo au Sunside le 21 à l’occasion de la parution de l’album “Goldberg Variations / Variations” (Sunnyside), improvisations autour des célèbres “Variations Goldberg” de Bach que Dan découvrit à l'âge de onze ans jouées par Glenn Gould. Elles ont toujours été proches de lui. Il les reprend avec transparence, traduit les émotions qu’elles expriment, mais y ajoute sa propre voix, son propre vocabulaire harmonique. Les pièces rapides nécessitent beaucoup de virtuosité, mais ce sont dans les mouvements lents, lorsque Dan joue son propre piano, qu’il exprime le mieux son attachement à Bach et à sa musique.

 

Voice Messengers © Laurent Mignaux-Véritable big-band au sein duquel les cuivres et les saxophones sont assurés par les voix, les Voice Messengers retrouvent une scène parisienne après trois ans d’absence, celle du Théâtre de l’Européen qui les accueille les 21 et 22. La formation comprend les chanteuses Chloé Cailleton, Rose Kroner, Amélie Payen et Solange Vergara. Les chanteurs sont Sylvain Belgarde, Larry Browne, Manu Inacio et Vincent Puech. Gilles Naturel à la contrebasse et François Laudet à la batterie assurent la section rythmique. Au piano Thierry Lalo signe les arrangements, mais aussi les musiques de quelques poèmes de Guillaume Apollinaire, Charles Baudelaire et Oscar Milosz. Le répertoire comprend également des compositions de Jean-Loup Longnon, Glenn Ferris, Tom Harrell et des standards dont le fameux Stolen Moments d’Oliver Nelson. Leur album “Lumières d’automne” a reçu en 2007 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz.   

 

Michel-El-Malem-c-Fred-Monneron.jpg-Ne manquez pas le concert que donnera le saxophoniste Michel El Malem au Sunside le 24. “Reflets” son second album est une des bonnes surprises de la rentrée. Pour jouer ses compositions, Michel garde les musiciens qui l’accompagnent dans “First Step”  son disque précédent - Michel Felberbaum à la guitare, Marc Buronfosse à la contrebasse, Luc Isenmann à la batterie - , mais introduit un cinquième élément dans le groupe, Marc Copland. Son piano apporte d’autres couleurs, enrichit un discours musical au sein duquel règne l’échange, l’écoute mutuelle, le saxophoniste (ténor et soprano) privilégiant la clarté de la ligne mélodique à la virtuosité.     

 

Larry-Willis-c-Mapleshade-Records.jpg-Larry Willis au Duc des Lombards les 25 et 26. Né en 1942, il étudie le chant avant d’apprendre le piano en autodidacte et de jouer dans les clubs de jazz de New York avec Eddie Gomez et Al Foster. Larry a alors 17 ans. Deux ans plus tard, le saxophoniste Jackie McLean l’engage dans sa formation. Il tient le piano dans “Right Now !” (1965), sa première apparition sur un disque. Plus de 300 albums suivront. Lee Morgan, Dizzy Gillespie, Woody Shaw, Stan Getz, Carmen McRae, Shirley Horn feront appel à ses services, le pianiste enregistrant beaucoup pour les labels Audioquest, Steeplechase, Evidence et Mapleshade dont il assume la direction musicale depuis 1992. Les apparitions du pianiste sur des scènes françaises sont rares. L’écouter au Duc en trio avec Steve Novosel à la contrebasse et le jeune Billy Williams à la batterie est une opportunité qui ne se refuse pas.

 

Ricky-Lee-Jones-c-Dave-Barnum.jpg-Publié en 1981, “Pirates” interpelle par sa pochette, une superbe photographie de Brassaï. Le disque contient huit chansons inspirées confiées à des musiciens de la scène rock californienne (les guitaristes Dean Parks et Steve Lukather) mais aussi à des jazzmen. Randy Brecker, David Sanborn et Tom Scott assurent les vents. Russell Ferrante, Donald Fagen (Steely Dan), et Rob Mounsey jouent des claviers. La section rythmique se voit confiée à Chuck Rainey et Steve Gadd et les arrangements de Skeletons et The Returns à Ralph Burns. Rickie Lee Jones, vingt-sept ans à l'époque, signe l’un des meilleurs albums d’une carrière qui l’a souvent vu flirter avec le jazz. “Girl at her Volcano” (1983) contient une reprise émouvante de My Funny Valentine et “Pop Pop” (1991) bénéficie de la contrebasse de Charlie Haden, Joe Henderson soufflant du ténor dans Dat Dere et Bye Bye Blackbird. Avec ses musiciens, la chanteuse interprétera “Pirates” le 27 Salle Pleyel.

 

Bill-Frisell-858-Quartet-cMichael-Wilson.jpg-Jazz, rock, blues, country music, Bill Frisell touche à tout et surprend par la diversité de ses projets. Son 858 Quartet est un quartette à cordes au sein duquel il joue bien sûr de la guitare. Jenny Scheinman au violon, Eyvind Kang à l'alto et Hank Roberts qui tient le violoncelle complètent la formation dont l’album “Sign of Life” s’est fait remarqué. Frisell a depuis sorti un nouveau disque consacré aux chansons de John Lennon. Au sein du 858 Quartet, il mélange les genres, mais exprime une musique profondément enracinée dans le sol de l’Amérique. Le groupe sera au New Morning le 28.

 

Harold-Mabern-c-David-Katzenstein.jpg-Harold Mabern en trio au Sunside les 28, 29 et 30 novembre avec John Weber à la contrebasse et Joe Farnsworth à la batterie. Lui aussi joue rarement à Paris. Originaire de Memphis comme Phineas Newborn son mentor, il pratique un piano virtuose aux notes abondantes, joue de longues lignes mélodiques élégantes. Très actif dans les années hard bop, Mabern travailla avec Donald Byrd, Miles Davis, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Sonny Rollins, Jay Jay Johnson et fut membre du Jazztet que co-dirigeaient Art Farmer et Benny Golson.

 

Affiche Jazzycolors-Faire découvrir des artistes peu connus en dehors de leur pays d’origine, c’est le projet du  festival Jazzycolors qu’organise 16 centres culturels étrangers. Pendant trois semaines, du 8 au 30 novembre, ces derniers proposent 17 concerts dans divers lieux de la capitale parmi lesquels l’ambassade du Portugal, l’Institut Hongrois et le Goethe Institut. Placé sous la présidence de Daniel Humair lors de sa création en 2002, le festival est parrainé par Bojan Z depuis 2008. Confié à ce dernier, le concert d’inauguration aura lieu le 8 au centre culturel de Serbie. Les musiciens qui se produisent cette année ne nous sont pas tous inconnus.  Christian Muthspiel, Jordan Officer, Pascal Schumacher et la pianiste Julia Hülsmann font déjà parler d’eux. Renseignements : www.jazzycolors.net

Sunside.jpg 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com 

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr 

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com 

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com 

-Théâtre de l’Européen : www.leuropeen.info 

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr 

 

PHOTOS :Micros insectes, Fred Hersch, Sonny Rollins, Pascal Schumacher, Dan Tepfer, Sunset / Sunside  © Pierre de Chocqueuse - Gregory Porter, Steve Swallow © Philippe Etheldrède - Kenny Werner © Kenny Werner 2011 - The Voice Messengers © Laurent Mignaux - Michel El Malem © Fred Monneron -  Larry Willis © Mapleshade Records - Ricky Lee Jones © Dave Barnum - Bill Frisell 858 Quartet © Michael Wilson - Harold Mabern © David Katzenstein - Deborah Tanguy,  © X/D.R. 

Partager cet article
Repost0
31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 15:54

R.-Bottlang--Teatro-Museo--cover.jpgAu début des années 80, dans le petit bureau qu’il occupait rue Liancourt, Jean-Jacques Pussiau me fit écouter “In Front”, le premier disque en solo de René Bottlang qu’il s’apprêtait à sortir sur Owl Records, l’opus 22 de son label. Un deuxième album “At the Movies” allait suivre deux ans plus tard. Je perdis de vue le pianiste suisse et sa musique pour la retrouver en 2003 avec “Solongo” publié par l’AJMI (Association pour le Jazz et la Musique Improvisée) que préside Jean-Paul Ricard. Revenant d’un long séjour en Mongolie, René y dévoile d’autres rythmes, une musique inspirée par ses rencontres avec des musiciens traditionnels, sa découverte d’un autre monde. Après “Trilongo” et “Artlongo”, l’AJMI édite aujourd’hui un nouvel enregistrement de René. Un disque que le pianiste partage avec deux musiciens aussi curieux que lui. On ne présente plus Barre Phillips, le premier contrebassiste qui a osé publier un disque solo entièrement improvisé (“Journal Violone”  en 1968). Quant à Christian Lété, s’il accompagna Claude Nougaro et pendant dix ans Charles Aznavour, il a été le batteur de l’ONJ de Claude Barthelemy, a joué avec moult jazzmen et n’a jamais cessé de constituer des groupes, le dernier en date avec Claude Terranova et Tony Bonfils. “Teatro Museo”  procède d’une autre démarche. Avec Barre Phillips et Christian Lété, René Bottlang converse en toute liberté, choisit de jouer une musique ouverte et collective. Rien ne semble avoir été prémédité dans ce disque qui prend le temps de respirer, de s’écouter. On y entend des cordes, du bois, du métal, des peaux vibrer et résonner. La musique est ici sons et matières. Sa nature tellurique touche à quelque chose de profond, de primitif dans ces improvisations entre trois instruments qui s’épaulent, inventent, parlent ensemble d’une même voix. Dans A l’écoute, Travellers, Sur un bateau jusqu’à une île, Post-Composum, l’harmonie structure le jeu collectif. Plus abstraites, les autres plages s’organisent davantage autour du rythme. Dans Handscript et Off to the Side, les mains frappent, percutent les instruments et participent au processus créatif. Au départ, You, Me and You n’est qu’un simple ostinato joué par le piano. Il déclanche des commentaires abondants, un foisonnement mélodique et rythmique pour le moins télépathique. Introduit par quelques notes obsédantes, Teatro Museo génère une improvisation collective fascinante et témoigne de la remarquable interaction d’un trio pas comme les autres.    

Partager cet article
Repost0