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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 10:25

Laurent Mignard (b)                                                                                                                                           Laurent Mignard

JEUDI 18 février

Espace artistique et culturel (films, concerts, débats, conférences) et lieu de rencontres, l’Entrepôt (7/9 rue Francis de Pressensé 75014 Paris) abrite depuis quelques mois La Maison du Duke, association fondée en septembre 2009, dont le but est de fédérer les amateurs de jazz autour de l’œuvre de Duke Ellington.

Un samedi matin par mois (de 10h30 à 12h30), y est organisé un cycle de conférences thématiques autour de Duke Ellington. Les prochaines auront lieu le 13 mars (Mélodie et contrepoint par François Théberge), le 10 avril (les trompettistes chez Ellington par François Biensan) et le 29 mai (Le Duke et ses Suites par Claude Carrière, président d’honneur de l’association).

Un soir par trimestre, le Duke Orchestra sous la direction de Laurent Mignard y donne une répétition publique suivie d’un concert commenté (le prochain, le 15 avril aura pour thème les « Duke Ladies »). Reconnu comme le meilleur orchestre “ellingtonien“ en activité par les responsables de la Duke Ellington Music Society, le Duke Orchestra vient d’obtenir le grand prix du Hot Club de France pour “Duke Ellington is Alive“, son premier enregistrement. 

Fred CoudercAntonin-Tri Hoang








 Fred Couderc                                                               Antonin-Tri Hoang

Venu nombreux, le public s’y presse le 18 février pour écouter la “Far East Suite“, une des dernières œuvres importantes du Duke. Devant son pupitre encombré de partitions, Laurent Mignard fait répéter les quinze membres de l’orchestre afin de revoir une dernière fois en détail les difficultés que posent les morceaux, d’en Ph; Milanta & P-Y Sorinreprendre les passages délicats, de choisir les bons tempos et de donner une meilleure fluidité aux sections. Julie Saury indisponible, François Laudet tient à la batterie. Au saxophone alto et à la clarinette (l’instrument occupe une position centrale dans Bluebird of Delhi), Antonin-Tri Hoang, l’un des jeunes musiciens de l’ONJ de Daniel Yvinec, remplace provisoirement Aurélie Tropez.

Comprenant neuf morceaux, la “Far East Suite“ fut crée en 1966, à la suite d’une tournée de l’orchestre d’Ellington au Moyen-Orient en 1963 et d’une autre au Japon en 1964, cette dernière donnant lieu au fameux Ad Lib on Nippon que le Duke orchestra reprend dans son album. Impressions de voyage,

Philippe Milanta & Pierre-Yves Sorin

la musique subit l’influence d’autres cultures, se teinte de nouvelles couleurs harmoniques, notamment dans Tourist Point of View grâce à l’emploi d’un mode mineur, et surtout dans Blue Pepper, un blues, la pièce la plus orientale de cette suite, la contrebasse de Pierre-Yves Sorin assurant un bourdon sur le premier temps de chaque mesure.

Didier DesboisClaude CarrièreAvant d’interpréter cette “Far East Suite“ savamment commentée par Claude Carrière, le Duke Orchestra attaque Rockin’ in Rhythm, morceau de bravoure flamboyant introduit en trio par la section rythmique. Les solistes de l’orchestre ont maintes occasions de déployer leur verve et de le faire avec brio. Fred

 

  Didier Desbois                                  Claude Carrière

Couderc improvise brillamment au ténor dans Tourist Point of View et Mount Harissa, morceau dédié à notre Dame du Liban dans lequel Philippe Milanta au piano émerveille. Ajoutons les chorus d’alto de Didier Desbois  dans Isfahan et Blue Pepper, celui de Philippe Chagne au baryton dans Agra, courte pièce écrite pour l’instrument d’Harry Carney, et l’appel à la prière d’Amad confié au trombone de Jean-Louis Damant.

Nicolas MontierFrançois LaudetNicolas Montier                                                               François Laudet

Au service de la musique pendant tout le concert, Nicolas Montier s’est réservé pour le rappel, une longue et magnifique version de Diminuendo And Crescendo in Blue, variations sur le blues écrites en 1937 qui permettent d’apprécier son immense talent au ténor. Introduit par le piano de Philippe Milanta, la composition réserve bien des surprises. On y goûte la très belle ligne mélodique que dessinent les anches, les effets de growl que François Biensan tire de sa trompette et la magnifique reprise du thème par les quatre clarinettes. De la musique de répertoire, certes (une des seules a véritablement s’y prêter), mais du jazz, du grand, joué par de talentueux musiciens qui vous transportent au septième ciel.

Pour adhérer à l’association, soutenir ses activités et bénéficier de ses avantages : http://www.maisonduduke.com
Photos © Pierre de Chocqueuse  
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 12:04

The Queen & the Duke

Mars : Jean-Paul a enfin trouvé le Tony Williams qu’il recherchait, 3€ dans un dépôt vente d’Albertville, le CD coincé entre George Moustaki et André Rieu dans une boîte à chaussures poussiéreuse. Il est actuellement sur la piste d’un des très rares exemplaires de l’édition originale de la “Queen Suite“ enregistrée à titre privé par Duke Ellington et son orchestre en 1959 et édité sur Pablo dans les années 70. On a longtemps cru que seule la Reine d’Angleterre en détenait une copie. Jean-Paul prétend que le Duke et Norman Granz en possédaient également une et qu’il en existe un quatrième exemplaire. Plusieurs voyages en Suisse et en Amérique l’ont conforté dans cette certitude. Il est donc prêt à mettre plusieurs milliers d’euros dans une rareté qui intéresse pas mal de monde. Les marchands japonais sont sur le coup. Jean-Paul se croit suivi, surveillé. Je pense qu’il affabule. Il m’a présenté Bernard, un informaticien et pianiste de jazz de passage à Paris. Chauve, le regard chafouin, un triple menton reposant sur un tronc massif, de courtes jambes boudinées et des pieds minuscules, Bernard prétend travailler pour une des plus importantes sociétés d’électronique de la planète. Il s’est récemment rendu à l’Olympia écouter Pat Metheny jouer de ses guitares et des instruments qu’il pilote par ordinateur. Bernard me dit en posséder de plus sophistiqués. Son employeur (il m’a demandé d’en taire le nom) en fabrique. L’Orchestrion : de la roupie de sansonnet, affirme-t-il. Bernard expérimente depuis peu un orchestre d’une quinzaine de robots musiciens qu’il anime avec ses boutons. Les débuts furent difficiles. Sa musique n’attirait pas grand monde (mauvaise langue, Jean-Paul prétend que Bernard manque totalement d’inspiration) jusqu’au jour où, lors d’un concert privé donné à Londres, ses machines, détraquées, jouèrent librement une musique « neuve, totalement livrée à elle-même, cacophonique, violente et sans structures » (ce sont ses propres mots). Un célèbre critique parisien en vacances cria au génie. Persuadé d’en être un, Bernard pense faire carrière à Paris, sponsorisé par son employeur qui mise sur de l’argent à gagner. Il voit grand Bernard. Il imagine déjà un orchestre de taille symphonique entièrement robotisé jouant de la musique aléatoire. « De toute manière, les gens sont sourds » prétend-il « On peut leur donner à entendre n’importe quoi. Free jazz, musique contemporaine, où se trouve la différence ? ». Bernard est heureux. « Terminés les conflits d’ego avec d’autres musiciens, les cachets à répartir entre les membres de l’orchestre, les grèves des intermittents du spectacle » affirme-t-il en ricanant. Des orchestres sans musiciens : on n’arrête pas le progrès.

QUELQUES CONCERTS EN MARS

B.Mehldau Suntory Hall-S’il compose une bonne partie de son répertoire, Brad Mehldau est d’abord un improvisateur, d’où l’intérêt des concerts qu’il donne en solo, aventures qu’il fait partager en temps réel avec son public. C’est justement au piano que le théâtre du Châtelet l’accueille le 3 mars, quelques jours avant la sortie de son nouveau disque. Produit par Jon Brion (“Largo“) et intitulé “Highway Rider“, ce double CD rassemble quinze pièces très diverses dont certaines enregistrées avec les cordes d’un orchestre de chambre. Outre Larry Grenadier, Jeff Ballard et Joshua Redman le plus souvent au soprano ce qui est inhabituel, un second batteur, Matt Chamberlain, officie dans quelques morceaux.

-
Quest
au Sunside le 7 et le 8. Deux soirées pour écouter un saxophone incandescent répondre à un piano romantique et rêveur, découvrir une musique à la fois puissante et tendre arbitrée par une section rythmique mobile et inventive. Dave Liebman aux saxophones (soprano et ténor), Richie Beirach au piano, Ron McClure à la contrebasse et Billy Hart à la batterie ont leurs propres engagements et donnent peu de concerts ensemble. Constitué au début des années 80 (avec Al Foster à la batterie) et reformé en 2005, le groupe est une véritable légende. On se précipitera.


Chassy + images-Guillaume de Chassy au cinéma Le Balzac (1, rue Balzac, 75008 Paris) le 9. La première partie du concert sera consacrée à “Pictorial Music“, nouveau disque en solo de Guillaume inspiré par les images du réalisateur et plasticien Antoine Carlier. (sortie le 26 mars sur Bee Jazz). Avec "Shift", le pianiste dialoguera ensuite en temps réel sur des séquences cinématographiques proposées par Carlier qui, présent sur scène avec sa banque d’images animées, improvise lui aussi en fonction de la musique.


SF Collective group-On ne manquera pas le 15 la visite au New Morning du SF Jazz Collective. Fondé en 2004 par le saxophoniste Joshua Redman, le groupe rassemble chaque année pour quelques concerts des musiciens de jazz pour le moins célèbres. Après Redman et Joe Lovano, Mark Turner officie au ténor. Le trompettiste Avishai Cohen remplace Dave Douglas (et avant lui Nicholas Payton). Les autres membres de la formation sont Miguel Zenon au saxophone alto, Robin Eubanks au trombone, Edward Simon au piano, Matt Penman à la contrebasse et Eric Harland à la batterie. Le SF Jazz Collective propose un répertoire de compositions originales autour de l’œuvre d’un musicien. Après Ornette Coleman, John Coltrane, Herbie Hancock, Thelonious Monk, Wayne Shorter et McCoy Tyner, c’est la musique d’Horace Silver qui est aujourd’hui à l’honneur.


-L’incontournable leçon de jazz de l’Oncle Antoine (Hervé) à l’Auditorium St Germain (19h30) le 16. Ce mois-ci : le blues vu du piano.


J. Terrasson New trio-Jacky Terrasson au Sunside du 16 au 18 avec les musiciens de son nouveau trio. Ben Williams à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie n’ont aucun lien de parenté, mais se complètent et poussent Jacky à jouer son meilleur piano. Les trois hommes donnèrent un concert mémorable l’été dernier à Marciac. On attend beaucoup de ces trois soirées parisiennes, prélude à la sortie du nouveau disque de Jacky, “Push“ , parution fin A. Andersen trio (b)avril sur le label Concord.


-Le contrebassiste Arild Andersen au Duc des Lombards le 18 avec Tommy Smith au saxophone ténor et Paolo Vinaccia à la batterie, musiciens qui l’entourent dans “Live at Belleville“, magnifique album de 2008 enregistré pour ECM, musique forte, intense saupoudrée d’effets électroniques. Le trio alterne morceaux de bravoure fiévreux (Smith soufflant des phrases brûlantes) et compositions oniriques, la belle contrebasse mélodique d’Andersen plongeant la musique dans un bain de lyrisme.


Herb Geller, color-Nul doute que les quatre concerts que s’apprête à donner Herb Geller au Duc des Lombards les 19 et 20 mars constituent des événements. Légende de la West Coast (il fut membre des orchestres d’Howard Rumsey, Shorty Rogers, Bill Holman, Shelly Manne dans les années 50), le saxophoniste ne s’était plus produit à Paris depuis des années. En quartette, l’altiste peut encore nous surprendre.


-Beaucoup de concerts alléchants le 20. A 17h30, le sextette de Sylvain Beuf en donne un (gratuit, mais dans la limite des places disponibles) dans le studio Charles Trenet de la Maison de Radio France.

Mike Mainieri

- Le vibraphoniste Mike Mainieri est attendu le même soir au New Morning avec Northern Lights, groupe au sein duquel le norvégien Bugge Wesseltoft tient le piano. Au saxophone, Bendik Hofseth, lui aussi norvégien remplaça en 1987 Michael Brecker au sein de Steps. Le Suédois Lars Danielsson est également célèbre. Ses disques en quartette avec Dave Liebman, Bobo Stenson et Jon Christensen, sa contribution à des enregistrements de John Scofield, Jack DeJohnette, Mike Stern, Charles Lloyd, l’ont fait connaître à un large public. Le batteur Audun Kleive complète ce super groupe Visuel Beejazz festscandinave.


- Toujours le 20, Daniel Yvinec et Guillaume de Chassy donnent en quartette un concert au Sunside (avec Antonin Tri Hoang au saxophone alto et Fabrice Moreau à la batterie) dans le cadre de la seconde édition du festival Bee Jazz, du 19 au 23 mars, au Sunside et au Sunset. Consultez les programmes des deux clubs.        


James Moody N&B-La carrière de James Moody donne envie de l’écouter. Sa présence dans les formations de Dizzy Gillespie, Max Roach, Kenny Barron et le groupe qu’il constitua en 1953 avec Eddie Jefferson suffisent à nous convaincre que le saxophoniste (et flûtiste) est un grand musicien. Il se produit au Duc les 22 et 23 avec Kirk Lightsey au piano, Wayne Dockery à la contrebasse et François Laudet à la batterie. On ne peut que se laisser tenter.

K. Mahogany

-Kevin Mahogany et Cyrus Chestnut au Duc des Lombards les 24 et 25. Le premier est un grand chanteur, auteur en 1997 d’un album exceptionnel, “Another Time, Another Place“. Le second fut le pianiste de Wynton Marsalis, Freddie Hubbard et James Carter. Il a également travaillé avec Jon Hendricks et sait parfaitement adapter son jeu de piano aux voix qu’il accompagne. Une rencontre pour le moins prometteuse.

sylvainBeuf 3

-On retrouve le sextette de Sylvain Beuf le 31 au New Morning pour fêter la sortie le 23 mars de “Joy“ (Such Prod/Harmonia Mundi), nouvel album (excellent) du saxophoniste enregistré live au Jazz Club de Dunkerke. Avec lui, Denis Leloup au trombone, Pierrick Pedron au saxophone alto, Jean-Yves Jung au piano, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie.


Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com

                                       Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com

                       Cinéma Le Balzac : http://www.cinemabalzac.com

                                                            New Morning : http://www.newmorning.com

               Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr

                                        Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

Maison de Radio France : http://www.radiofrance.fr/

CREDITS PHOTOS : Duke Ellington & Elisabeth II, Brad Mehldau, SF Jazz Collective, Herb Geller, James Moody, Sylvain Beuf  © photos X/DR - Guillaume de Chassy & Antoine Carlier © Paul Briault - Jacky Terrasson New Trio, Arild Andersen Trio © Pierre de Chocqueuse.
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 09:57

C. Scott BandMardi 16 février

Le Christian Scott Band au New Morning. Deux petits sets, mais une musique forte, puissante, beaucoup plus tonique que celle que le trompettiste propose dans “Yesterday You Said Tomorrow“, son dernier disque, son meilleur à ce jour. Moins raffinées sur le plan sonore, les compositions qu’il contient gagnent en dynamique Christian Scott NMet intensité, le concert favorisant les échanges et les morceaux de bravoure, malgré une mise en place parfois approximative et quelques fausses notes. The Eraser de Radiohead l’introduit. Milton Fletcher a “préparé“ son piano et Scott posé une sourdine sur le pavillon de son instrument coudé afin d’en tirer une sonorité feutrée plus proche du souffle et de la voix humaine. Angola, LA & The 13th Amendment place au premier plan la section rythmique, la batterie de Jamire Williams ponctuant avec énergie un long solo de guitare fiévreux. Le tempo de The Eye of the Hurricane, une composition d’Herbie Hancock, est plus rapide. A un chorus acrobatique de trompette succède une longue improvisation du pianiste dont le jeu en accords (blockchords fréquemment dissonants), ajoute du mystère à la musique. Christian Scott prend Matthew Stevens (C. Scott Band)son temps pour présenter avec humour ses musiciens. Il enchaîne avec Rumor, un extrait de “Live at Newport“, un thème conjointement exposé par la guitare et le chant délicat de la trompette. Introduit longuement par la batterie, il contient de nombreux changements de rythmes, un chorus de piano construit sur une répétition d’accords. Les musiciens attaquent le deuxième set avec K.K.P.D. (Klux Klux Police Department), une charge violente contre le racisme ordinaire que professe la police des états du sud de l’Amérique. Williams martèle puissamment ses tambours ; la contrebasse de Kris Funn gronde comme un volcan réveillé après un long sommeil ; la guitare joue des accords hendrixiens. Dans The Last Broken Heart, une des ballades du nouvel opus, la trompette se fait tendre, sensuelle. Scott s’accorde une pause, puise des forces pour nous offrir en rappel une version brûlante de Rewind That, son morceau fétiche, très marqué par le rock.
Photos © Pierre de Chocqueuse
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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 10:06

K. Asbjornsen BandJEUDI 11 février

Kristin Asbjørnsen au New Morning. La chanteuse fait sensation au sein du K. Asbjornsennouveau groupe de Tord Gustavsen, dans “Restored, Returned“ (ECM), magnifique opus du pianiste norvégien. Bien qu’ayant suivi une formation jazz au conservatoire de Trondheim, la musique qu’elle propose reste beaucoup plus proche du folk et de la world music. Tord Gustavsen fait partie des musiciens qui l’accompagnent. En duo avec le trompettiste Per Willy Aaserud, il assure la première partie de son concert. The Child Within pour piano et saxophone dans le disque de Tord, Way In, pièce largement improvisée dans laquelle il adopte un jeu de piano orchestral et Left Over Lullaby n°3 vont séduire des oreilles attentives. Mais c’est surtout une version sobre et dépouillée de Vicar Street, morceau figurant dans “Being There“ le précédent enregistrement en trio du pianiste, qui fascina le public clairsemé du New Morning. Mélodieuse et profonde, sa musique s’inspire d’anciens cantiques. Le blues la nourrit, ses compositions n’étant pas très éloignés T. Gustavsen bdes gospels afro-américains que chante Kristin Asbjørnsen. Cette dernière leur a consacré un album entier. Elle en chante de magnifiques (Rain, Oh lord), compose ses propres chansons et leur offre des orchestrations singulières. Guitares acoustiques et électriques, pedal steel, contrebasse ou basse électrique, batterie mais aussi Konting et dozo n’goni, instruments africains de la famille du luth, l’instrumentation diffère selon les morceaux. Certains se rapprochent du folk ; d’autres de la world music ; d’autres encore de la musique de chambre (If This Is the K. Asbjornsen bEnding, Lose), le piano et le violoncelle accompagnant alors la voix rauque, presque cassée, mais chaude et sensuelle de Kristin. A l’aise dans les graves, elle peut monter sans problème dans l’aigu pour s’offrir des vocalises. Pieds nus, elle déplace son corps avec grâce, tourne, virevolte et ensorcelle par sa voix unique. Le délicieux Don’t Hide Your Face From Me (une des plus belles plage du disque) bénéficie du beau piano de Gustavsen qui improvise également dans Afloat, s’offre quelques duos avec la chanteuse (One Day My Heart Will Break) et ajoute de belles couleurs à la musique. L’album de Kristin s’intitule “The Night Shines Like The Day“. Ce n’est pas un disque de jazz, mais avec le piano de Tord et la trompette de Nils Petter Molvaer, il s’écoute avec beaucoup de plaisir.
                           Photos de Kristin
Asbjørnsen et de Tord Gustavsen  © Pierre de Chocqueuse
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 09:52
Greg Reitan, coverJ'ai déjà dit tout le bien que je pensais de Greg Reitan lors de la sortie de “Some Other Time“, son précédent CD dont vous trouverez la chronique dans ce blog à la date du 24 juin 2009. Enregistré six mois après ce premier opus, en septembre et octobre 2008, “Antibes“ lui ressemble beaucoup. Le pianiste conserve le même trio. Jack Daro à la contrebasse et Dean Koba à la batterie jouent avec Greg depuis de longues années. La démo qu’ils enregistrèrent en 1995 leur permit cette année-là de se placer parmi les finalistes de la Great American Jazz Piano Competition. Compositeur travaillant pour le cinéma et la télévision, auteur d’un concerto pour clarinette, Greg Reitan est aussi un pianiste de jazz dont le toucher fin et délicat est au service d’harmonies raffinées. Il en brode de nombreuses sur les thèmes qu’il compose, des mélodies qu’il dévoile mesure après mesure, comme pour mieux nous surprendre. Le morceau Antibes repose sur une progression d’accords influencés par la musique de Bach. Reitan joue de longues phrases élégantes, qu’il fait subtilement respirer. Sa main gauche apporte d’heureuses couleurs à la partition. Le rythme est vif, mais pas trop rapide, contrebasse et batterie introduisant de légères variations de tempo. Le pianiste cite à plusieurs reprises My Foolish Heart dans Waltz for Meredith, écrite à l’intention de son épouse. Reposant sur des constructions d’accords, One Step Ahead et September sont moins évidents sur un plan mélodique, mais Reitan sait utiliser son piano pour raconter une histoire et la mener à bien, même à grande vitesse, ce qu’il fait dans la première de ces pièces. On peut leur préférer Late Summer Variations, morceau en solo largement improvisé et le très beau Salinas qui sert de pont au précédent. Comme dans son premier disque, le pianiste reprend des standards et en donne des versions personnelles et sensibles. Naguère chanté par Billie Holiday (l’album “Lady in Satin“ en renferme une version), et abordé sur un tempo très lent, For Heaven’s Sake flotte dans un grand bain d’harmonies brumeuses et conserve son mystère. Bill Evans est bien sûr à l’honneur dans une pudique relecture de Re: Person I Knew. Si Fall de Wayne Shorter est souvent enregistré, Time Remembers Once de Denny Zeitlin et Sympathy de Keith Jarrett n'ont pas souvent été repris, la composition de ce dernier s'inspirant très librement du 4e prélude de Frédéric Chopin. Enfin, Reitan joue avec simplicité et douceur la mélodie de In The Wee Small Hours of the Morning immortalisé en 1955 par Frank Sinatra, de jolies notes pour conclure un disque réussi.  
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 10:48

François Couturier bLUNDI 8 février

François Couturier en solo à la Maison de la Poésie. La salle de 150 places convient bien à sa musique intimiste. Sur scène, un Steinway de concert n’attend que le pianiste. Ce dernier vient de sortir un nouveau disque. Intitulé “Un jour si blanc“, il se présente comme le second volet d’une trilogie. Son titre porte le nom d’un poème écrit par le père du cinéaste Andreï Tarkovski : « Dix-sept impressions intimes (...) peuplé(es) des grands artistes qui me sont le plus proches : Rimbaud, Miró, Kandinsky, Klee, Schubert, Bach bien sûr, et Andreï Tarkovski…». Un univers intensément poétique qui s’éloigne du jazz, ce dernier restant toutefois présent dans le phrasé du pianiste, les longues lignes mélodiques qu’il improvise. François Couturier (piano)Le swing se fait rare dans cette musique austère sur laquelle souffle un grand vent d’hiver. Musique du silence, blanche et immaculée, véritable “Pays de Neige“ pour reprendre le titre d’un merveilleux roman de Yasunari Kawabata, elle possède la spiritualité du zen. En rappel, François Couturier improvise sur La Neige, une pièce de Tôru Takemitsu, compositeur de nombreuses musiques de films parfois influencé par l’impressionnisme de Claude Debussy. Inspiré par la musique classique européenne dont il emprunte le vocabulaire harmonique, François Couturier aurait très bien pu sortir ce disque sur le catalogue ECM New Series sans que personne ne trouve à redire. Sur scène, comme sur disque, il improvise sur un choral de Bach, esquisse dans Lune de miel des phrases d’un grand lyrisme. Par les soirs bleus d'été fait penser à une oeuvre d’Erik Satie. Les cadences martelées de certains morceaux évoquent certaines sonates de Serge Prokofiev. Contrairement à un compositeur “classique“, François ne fige pas les mélodies qu’il écrit. Bien au contraire, elles lui F. Couturier, coverservent à improviser au gré de ses idées, à transmettre les émotions qu’il garde en mémoire. Son piano évoque ainsi constamment des images, celles d’un film aux scènes très contrastées. Les magnifiques couleurs harmoniques de ses mélodies voisinent avec des pages orageuses et abstraites. Au doux balancement que murmure de jolies notes perlées succède le grondement des graves du clavier (Clair-obscur). Le pianiste se fait peintre et décrit précisément avec ses notes les paysages variés qu’il imagine. La plupart sont des miniatures qui se suffisent à elles-mêmes. François Couturier prend aussi son temps pour décliner ses mélodies. Intitulées Sensation, Un jour si blanc, Par les soirs bleus d'été, elles plongent plus profondément l’auditeur dans le rêve.

 

Franck, Aldo, Lionel, Stéphane aMARDI 9 février

Publié chez Dreyfus Jazz, “Origine“ réunit onze compositions d’Aldo Romano. Arrangées par Lionel Belmondo, elles ont été confiées à l’ensemble Hymne au Soleil qui rassemble bugle, flûte, clarinette ou clarinette basse, cor, cor anglais, basson et tuba. A cela s’ajoute une section rythmique (Aldo bien sûr en est le batteur), un piano, un saxophone alto (Géraldine Laurent sur le CD), le soprano, le ténor et les flûtes que joue Lionel. C’est donc un orchestre conséquent qui s’est produit plusieurs soirs au Sunside. Comme le disque, le concert s’ouvre par un arrangement particulièrement envoûtant de Silenzio, relecture instrumentale de Sans un mot, naguère chanté par Aldo. L’instrumentation, inhabituelle pour un orchestre de jazz, lui confère une gravité majestueuse. Thomas Savy s’autorise un long solo de clarinette basse.  Au Franck, Aldo, Lionel, Stéphane bbugle, Stéphane Belmondo reste le principal soliste d’une formation qui, sur scène, allonge les morceaux par de longues improvisations qui donnent de l’ampleur à la musique. Les frères Belmondo, mais aussi Franck Avitabile (pour ces concerts, il remplace Eric Legnini au piano) se partagent la plupart des chorus. Franck en prend un magnifique dans Pasolini et pousse l’audace d’en doubler le tempo. Aldo en composa le thème à la mort du cinéaste. Il l’avait rencontré à Rome dans l’appartement qu’Elsa Morante partageait avec ses nombreux chats. Enregistré par Jean-Pierre Mas et Césarius Alvim (“Rue de Lourmel“), puis par Michel Petrucciani (“Estate“), Pasolini repose sur une mélodie évidente. Cette denrée (une mélodie n’est-elle pas une sorte de nourriture Aldo origine covercéleste, un don du ciel) qui aujourd’hui se fait rare dans le jazz, Aldo nous en apporte depuis toujours de très belles, d’où le réel bonheur que l'on éprouve à l’écoute de certaines plages de son disque. Outre le formidable Silenzio, “Origine“ contient de superbes ballades (Touch of a Woman, Dream and Waters, cette dernière souvent reprise et initialement enregistrée pour Owl Records en 1991 avec Paolo Fresu à la trompette et le regretté Michel Graillier aux synthétiseurs) et de beaux hommages à Michel Petrucciani et Elis Regina. On en oublie presque les faiblesses de l’album, les arrangements moins réussis de Starless Night, Jazz Messengers et Il Camino, ce dernier thème perdant la magie que lui confère le bandonéon de Michel Portal dans “Il Piacere“. Photos de François Couturier et celles réunissant Franck Avitabile, Aldo Romano, Lionel et Stéphane Belmondo © Pierre de Chocqueuse 
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:48

Junko Onishi, coverSes admirateurs attendaient ce CD depuis très longtemps. Célèbre au Japon et reconnue aux Etats-Unis, Junko Onishi n’avait plus rien enregistré sous son nom depuis “Fragile“, un opus complaisant de 1998, très différent des autres albums de sa discographie. Sa prestation en mai dernier au Duc des Lombards au côté de Nicolas Folmer nous rassura. La pianiste tenait une forme éblouissante. Enregistré en 2009 à New York avec Yosuke Inoue à la contrebasse et Gene Jackson à la batterie, “Musical Moments“ confirme son retour. Outre trois compositions originales, il contient trois compositions d’Eric Dolphy et quelques standards. Le contrebassiste Reginald Veal et le batteur Herlin Riley entourent la pianiste dans un pot-pourri de plus de seize minutes enregistré live au Blue Note de Tokyo en septembre 2008. Dans Hat and Beard dédié à Thelonious Monk et premier titre d’“Out to Lunch“ disque enregistré par Dolphy en 1964, Onishi improvise librement sur une étrange ritournelle, ses doigts souples et mobiles jouant de longues phrases dissonantes. Gene Jackson frappe puissamment ses tambours, entretient un énergique flux rythmique par une polyrythmie agressive. Toujours de Dolphy et seconde plage d’“Out to Lunch“, Something Sweet, Something Tender convient bien au piano de Junko qui imprime au thème un léger balancement, la longueur de ses phrases aux harmonies travaillées permettant à ses complices d’intervenir tant sur un plan mélodique que rythmique. Extrait d’“Outward Bound“, un album Prestige du saxophoniste, et feu d‘artifice pyrotechnique aux notes étincelantes tiré sur tempo très rapide, G.W. contraste vivement avec les trois standards enregistrés en solo. Ils mettent en lumière une autre facette de Junko Onishi, celle d’une pianiste virtuose profondément attachée au blues et à la tradition. Junko apprécie autant le bop moderne, cohérent malgré ses audaces, de Dolphy que la musique de Duke Ellington dont elle reprend magnifiquement Mood Indigo et Do Nothin’ Till You Hear From Me avec une rythmique qu’elle connaît bien, celle de ses fameux enregistrements au Village Vanguard de 1994. Ses propres compositions ne manquent pas d’intérêt. Abordé sur un tempo très rapide, Back in the Days révèle la technique éblouissante de la pianiste. Mitraillant et fouettant caisses et cymbales, le batteur cogne malheureusement un peu fort. On peut préférer Bittersweet. Reposant sur les notes que joue la contrebasse, Onishi adopte un jeu en accords et fugue quelques mesures avant de changer de direction harmonique, remplacer sa pluie de notes par des accords en mineur qui ne manquent pas d’intriguer. Musical Moments étonne également par l’originalité de ses longues lignes mélodiques. Les mains virevoltantes de la pianiste y ajoutent de petites notes inattendues puisées dans une imagination fertile que l’on retrouve intacte après de longues années.

Accompagnée par Yosuke Inoue à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie, Junko Onishi donnera un concert le 25 février à la Maison de la Culture du Japon, 101 bis quai Branly 75015 Paris.

 

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 12:45
Christian Scott, coverNeveu du saxophoniste Donald Harrison, Christian Scott s’affirme comme un trompettiste de jazz avec lequel il faut compter. Ce quatrième enregistrement pour Concord est son plus abouti. « C’est la première fois que je travaille aussi dur sur un album » confie-t-il dans le dossier de presse qui l’accompagne. Enregistré par Rudy Van Gelder dans son célèbre studio d’Englewood Cliffs, “Yesterday you Said Tomorrow“ s’ouvre sur un accord de guitare électrique, l’instrument participant à une véritable mise en rythme de la musique. Jamire Williams fouette ses cymbales et martèle ses tambours. Christian Scott esquisse une brève mélodie puis improvise “sous la mitraille“. On est d’emblée séduit par la sonorité chaude et moelleuse de sa trompette. Le souffle se fait souvent chuchotement, le son devient respiration et se rapproche de la voix humaine. « J’essaye d’imiter la voix de ma mère lorsqu’elle chantait » a-t-il déclaré dans un entretien avec un journaliste. La branche d’embouchure inversée du modèle de trompette qu’il utilise, une Getzen Katrina, lui permet d’obtenir une sonorité plus douce. Jenacide repose sur les accords obsédants du piano de Milton Fletcher dont le jeu bluesy et élégant éclaire Isadora, une des ballades de ce nouvel opus, et After Hall semble construit autour de la contrebasse de Kris Funn. On notera le jeu en blockchords du pianiste avant la coda. Le jazz de Christian Scott se nourrit de rock, de funk et de hip-hop. Le trompettiste parvient à fondre toutes ces influences au sein d’une musique qui possède une véritable dimension orchestrale. « J’ai voulu créer une toile de fond musicale faisant référence à la musique des années 60 que j’aimais, le second quintette de Miles Davis, le quartette de John Coltrane, le groupe de Charles Mingus et la musique créé par Bob Dylan et Jimi Hendrix. » Outre The Eraser, une ballade brumeuse de Thom Yorke de Radiohead, seule reprise du disque, certains morceaux ressemblent à des chansons sans paroles, la guitare de Matthew Stevens leur donnant une coloration rock moins prononcée que par le passé. Dans Roe Effect, elle égraine les accords d’un thème chanté par la trompette. Le disque bénéficie également d’un important travail sur le son. Dans The Eraser, des objets placés sur les cordes métalliques du piano modifient sa sonorité. Une guitare volontairement sale, brouillée comme les ondes d’un émetteur radio, introduit An Unending Repentance. Soigneusement arrangé, “Yesterday you Said Tomorrow“ s’ouvre à des métriques inattendues (plusieurs types de mesures cohabitent parfois au sein d’un même morceau) et innove sur le plan du rythme. Le jazz bouge et Christian Scott est de ceux qui le font évoluer.
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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 12:48
Eli Degibri-copie-1MERCREDI 20 janvier

« Mon professeur de français me haïssait. J’ai étudié votre langue pendant trois ans avant de prendre du recul avec elle. » Décontracté, Eli Degibri plaisante facilement avec le public du Sunside. Au regard des pochettes de ses disques, je le voyais plus grand. Je ne suis pas le premier à le lui dire et lui-même ne sait pas trop pourquoi. Il accepte volontiers que je le prenne en photo avec Aaron Goldberg, son pianiste. Eli est un saxophoniste ténor puissant et expressif qui sait mettre une bonne dose de tendresse dans les ballades qu’il interprète au soprano. Il a enregistré trois albums et son jazz moderne aux compositions soignées interpelle. Né en Israël, il vit aux Etats-Unis depuis 1997. Un  an d’études au Berklee College of Music de Boston, puis le programme du Thelonious Monk Institute of Jazz Performance qu’il suit au New England Conservatory of Music de la même ville le mettent sur la sellette. Il joue pendant trois ans avec Herbie Hancock puis intègre le groupe du batteur Al Foster. Au Sunside, ses amis musiciens l’accompagnent. Ben Street indisponible, Thomas Bramerie le remplace sans difficulté à la contrebasse. Son Eli Degibri & Aaron Goldbergsolide métier lui permet de se sentir parfaitement à l’aise dans des contextes musicaux très variés. Les autres membres du quartette qui l’entoure connaissent ses compositions. A la batterie, Jonathan Blake impose la singularité d’une polyrythmie foisonnante. Eli joue souvent avec Aaron Goldberg qui développe avec autorité et savoir-faire les thèmes qui lui sont confiés : Pum-Pum, In the Beginning qui est aussi le titre de l’un des albums d’Eli, mais aussi Sue, un morceau fiévreux et énergique et Jealous Eyes, une ballade récente dans laquelle Aaron développe des voicings inventifs et fluides.

 

M. Copland, R. Del FraLUNDI 25 janvier

Marc Copland au Sunside, en duo avec Riccardo Del Fra dont la belle contrebasse accompagne souvent de grands musiciens. Marc est l’un d’entre eux, non pour sa virtuosité tapageuse (les cascades de notes perlées à la Oscar Peterson ne sont pas indispensables à son univers musical poétique), mais pour l’approche différente du piano qu’il propose, Marc se souciant davantage de la sonorité qu’il peut tirer de l’instrument que de l’habileté avec laquelle il peut en jouer. Celui du Sunside n’est pas idéal pour un pianiste qui attache une si grande importance à la couleur et à la dynamique de ses notes, mais Copland s’en accommode. Son fameux jeu de pédales R. Del Framodifie leurs résonances et change le son de l’instrument. Au cours du premier morceau interprété, il trouve les nuances qu’il recherche et parvient à jouer sa musique, un piano aux harmonies brumeuses et oniriques. Avec Riccardo, une vraie conversation peut alors s’installer. Rencontre oblige, contrebasse et piano dialoguent et inventent, le plus souvent sur des standards. Les notes scintillent, tintinnabulent. La palette sonore s’enrichit de nouveaux timbres, s’ouvre à d’inépuisables variations harmoniques, les ostinato de piano laissant du champ libre à une contrebasse désireuse de chanter. In a Sentimental Mood bénéficie de nouvelles harmonies qui transforment le thème. On Your Own Sweet Way de Dave Brubeck se voit jouer de manière très personnelle, de même que Round Midnight au sein duquel la contrebasse esquisse un léger rythme de samba. Couplé avec I’m a Fool to Want You, Someday My Prince Will Come fut un autre grand moment de la soirée, confiée à deux complices en parfaite osmose, la musique acquérant une profondeur et une sensibilité peu communes.


JEUDI 28 janvier

J.L. LongnonAvec Jean-Loup Longnon vous êtes toujours sûr de passer une excellente soirée. Le trompettiste, arrangeur, compositeur avait envahi le Sunset à la tête d’un rutilant big band. Imaginez dans une cave de taille moyenne une formation de dix-sept musiciens portant le swing à ébullition. Bien que surchargée d’harmonies savantes, la musique n’est jamais difficile à suivre. Attaché à la tradition du jazz et à son courant mainstream, Jean-Loup Longnon place au premier plan la mobilité des instruments au sein d’arrangements fluides et linéaires qui favorisent le swing et la mélodie. Plutôt que chercher à innover, Jean-Loup privilégie la clarté et la respiration de la masse Frederic Delestré orchestrale. Trompettes, trombones, anches, les sections sont des voix bien distinctes qui croisent et mêlent leurs lignes mélodiques chantantes, constituent de subtils alliages de timbres et de couleurs et mettent les solistes en valeur. Pierre Guicquero nous offre ainsi un solo de trombone mémorable dans Two notes blues. Ludovic Alainmat fait merveille au piano dans Stephanie’s dream et invité à se joindre à l’orchestre Louis Mazetier plonge un court moment la musique dans le stride. Au sein de ce jubilatoire maelström sonore que co-dirige le batteur Frederic Delestré (photo de droite), Jean-Loup Longnon en est l’acteur le plus brillant. Tout en maintenant une grande tension entre ses notes, le trompettiste contrôle parfaitement l’aigu de son instrument. L’articulation est parfaite et la phrase, aérée par des notes tenues, J.L. LONGNON Bandconstamment fluide. Pas besoin de micro pour l’imposant personnage. Sa voix puissante et grave porte loin. Il chante le célèbre On est pas là pour se faire engueuler, morceau dans lequel il s’offre un scat éblouissant, véritable histoire contée avec force onomatopées. Il plaisante aussi avec un très nombreux public tassé comme sardines en boîte et présente avec humour chaque pièce qu’il interprète. Toutes proviennent de son nouvel album dont il conseille vivement l’achat. Intitulé “Encore du Bop“ et disponible sur www.integralmusic.fr , il contient des compositions originales mais aussi des arrangements très réussis de Que reste t’il de nos amours ? , L’important J.L. Longnon, coverc’est la rose et une version afro-cubaine inattendue du fameux Curé de Camaret, pièce qui hérite de beaucoup de soleil. Comme le dit si bien Jean-Loup dans une interview accordée récemment à Jazz Magazine/Jazzman : « le curé de Camaret se décide enfin à aller à la plage ». Avec ses riffs de cuivres, ses tutti de trompettes, ses jolies lignes de saxophones à la Four Brothers, l’orchestre balance une musique festive qui se déguste avec gourmandise en concert.
Photos © Pierre de Chocqueuse 
         
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:39
Fred Hersch Plays Jobim, coverAdmiré par ses confrères – Brad Mehldau reconnaît son influence sur son propre piano -, mais mal-aimé du grand public, Fred Hersch reste l’un des plus grands pianistes de jazz que possède l’Amérique. Sa venue au Duc des Lombards en juillet n’a pas attiré grand monde et pourtant ses apparitions sont d’autant plus précieuses qu’elles se font rares. Séropositif depuis 1986, il se ménage après une grave évolution de sa maladie en 1998. Le virus du sida attaquant son cerveau, il reste deux mois dans le coma, son état nécessitant une trachéotomie. Il s’en sort, mais ne peut plus bouger ses doigts, ni tenir un stylo. Hersch s’est pourtant vite remis au piano, se montrant plus fort que jamais sur le plan créatif malgré un handicap technique qu’il s’est empressé de gérer. Deux disques de lui sont sortis l’an dernier sur l’excellent label Sunnyside de François Zalacain. On peut sans trop de difficulté se procurer en import dans les (rares) bons magasins de la capitale le très inventif “Live at Jazz Standard“, un concert de mai 2008 de son Pocket Orchestra, formation réunissant trompette, piano et percussions autour de la voix et des vocalises de la chanteuse Jo Lawry. Distribué par Naïve, “Plays Jobim“, en solo, est régulièrement disponible depuis novembre. Probablement enregistré en 2001, il devait à l’origine faire partie de “Songs Without Words“, coffret Nonesuch de trois CD qui obtint cette année-là le Grand Prix de l’Académie du Jazz. Parvenant à donner de nouvelles couleurs harmoniques à des chansons souvent reprises, recourant au contrepoint pour développer plusieurs lignes mélodiques au sein d’un même morceau (O Grande Amor), Fred Hersch excelle surtout dans les pièces lentes de ce disque. Il faut se laisser imprégner par la magnifique version de Por Toda Minha Vida, son ouverture, et se laisser doucement bercer par les  harmonies chantantes de Luiza, Corcovado, Modinha, pièce couplée avec Olha Maria dans lesquelles il s’abandonne à des variations inattendues. Ses improvisations sont si intimes et profondes que plusieurs écoutes sont nécessaires pour en goûter toute la poésie. “Plays Jobim“ comporte quelques faiblesses. La présence d’un percussionniste dans Briga Nunca Mais ne s’impose pas, et dans Meditaçao le pianiste un peu raide adopte un jeu heurté et sec qui ne pas en valeur la mélodie. Ailleurs, Hersch se montre en complète affinité avec les musiques du compositeur brésilien. Se les réappropriant, il les joue comme s’il n’allait plus jamais toucher un piano, sa maladie le poussant à s’immerger complètement dans sa musique. Qu’il consacre un disque entier à Thelonious Monk, à Billy Strayhorn ou comme ici à Antonio Carlos Jobim, Hersch impose son propre univers pianistique, sa fabuleuse technique et sa grande connaissance de l’histoire du jazz lui permettant de créer une musique profondément sensible et personnelle.
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