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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:30

Aeroplanes--cover.jpgCe disque, le premier qu’enregistre sous son nom le benjamin de l’ONJ, s’ouvre sur une musique évoquant le bourdonnement d’une guêpe : « Tiens, me dit Albertine, il y a un aéroplane, il est très haut, très haut » écrit Marcel Proust dans sa "Recherche". Débordant d’idées, Antonin-Tri Hoang confie ses partitions de papier à Benoît Delbecq. Ensemble, ils parviennent à les faire voler car, privilégiant le son à la technique (Hoang qui n’en manque pas fait l’effort de l’oublier), les deux hommes donnent un souffle réel à une musique en apesanteur portée par les grands vents du jazz et de la musique contemporaine qui se tendent la main sur la crête des nuages. Il fallait le piano de Delbecq pour habiller ces pièces, leur donner la forme sonore et rythmique qu’elles ont fini par acquérir. Son univers sonore si particulier ne s’accorde pourtant pas avec tous. Benoît possède trop de personnalité pour assumer le rôle d’un simple faire valoir. Antonin-Tri ne lui a rien demandé de tel. Bien au contraire, il l’a totalement associé à son projet, lui proposant des esquisses, des partitions inachevées propices aux rêves partagés. Benoît y a ainsi ajouté ses sonorités envoûtantes, modifiant parfois le timbre de son instrument en plaçant entre les cordes métalliques de son instrument des gommes ou des morceaux de bois. Ainsi préparé, son piano peut devenir instrument de percussion, sonner comme un balaphon comme dans Fin de séance qu’il a lui-même composé. Car Benoît Delbecq entretient un rapport très physique avec le son le peaufine, le travaille comme nul autre. Les timbres, les couleurs ont pour lui autant d’importance que les rythmes. Les deux complices jouent de belles séquences mélodiques à l’unisson, improvisent de longues notes tenues, saxophone alto, clarinette basse (Antonin-Tri Hoang pratique ces deux instruments) ou piano pouvant à tout moment infléchir son discours, lui faire prendre une autre direction. Il y a beaucoup de liberté dans ces compositions rigoureuses et sobres. Leur richesse sonore est le fruit d’une commune alchimie, émulation créatrice donnant des ailes à une musique qui vole très haut, très haut, pour embrasser le bleu du ciel.     

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 11:50

Blue-Garros-b.jpg

Juillet : le-va et-vient des vacances. L’amateur de jazz risque de croiser cet été sur sa route un nombre impressionnant de festivals et ne sera pas dépaysé. Il y en a pour tous les goûts, toutes les chapelles, des bleus et des moins bleus sous un ciel qu’on espère bleu. Comme toujours, Jean-Paul peste contre un système qui médiatise trop de musiciens médiocres. Si les festivals programment les vedettes qu’un public peu averti lui réclame, les têtes d’affiche sont loin d'être toutes inintéressantes. Chick Corea, Herbie Hancock, Sonny Rollins, Keith Jarrett, Wayne Shorter, Ahmad Jamal sont aujourd’hui les grands aînés d’un jazz qui, bon gré mal gré, se renouvelle dans la diversité. Jean-Paul reste beaucoup trop élitiste, même s’il n’a pas tout à fait tort. Il compte assister à la « Battle Royal » qui dans le cadre de Jazz à Vienne opposera le Duke Orchestra de Laurent Mignart au Michel Pastre Big Band, recréant ainsi la rencontre Duke Ellington / Count Basie qu’immortalise l’album “First Time !”. Jean-Paul s’est aussi trouvé un festival en Ariège qui lui convient : Jazz à Foix, au pied des Pyrénées. Outre la présence de René Urtreger et d’André Villéger, les programmateurs ont la très bonne idée d’inviter le groupe du pianiste Roger Kellaway. Cela se passe entre le 25 et le 31 juillet. Kellaway joue aussi au Sunside. J'y serai avec Jean-Paul pour applaudir sa musique.

 

Hormis une escapade qui me mènera à Vienne écouter Sonny Rollins (le 11), la formation de John Scofield avec Mulgrew Miller et le « Tribute to Miles » réunissant Herbie Hancock, Wayne Shorter et Marcus Miller (le 12), concerts dont vous recevrez des nouvelles, ce mois de juillet me verra parisien. Le Paris Jazz Festival poursuit au Parc Floral ses concerts du week-end. Ceux de Youn Sun Nah (le 17), du Harold Lopez Nussa Trio (le 24) et la programmation du 31 - Jean-Philippe Viret Quartette à Cordes et « Mozart la Nuit » d’Antoine Hervé - méritent le déplacement. Mais le meilleur festival de jazz de l’hexagone reste toutefois celui qui se déroule toute l’année rue des Lombards, au Duc, au Sunset et au Sunside. Les stars d’hier, d’aujourd’hui, de demain s’y produisent tous les soirs. Ceci est mon dernier édito avant la rentrée de septembre. Comme chaque été, ce blog sommeillera au mois d’août. Merci de suivre le blogueur de Choc.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Enrico-Pieranunzi-copie-1.jpg-Enrico Pieranunzi au Sunside, les 2, 3 et 4 juillet. En trio le premier soir avec Darryl Hall à la contrebasse et Enzo Zirilli à la batterie, le maestro donnera un concert en solo le lendemain dimanche. Les amateurs de piano ne manqueront pas cet exercice dans lequel excelle le pianiste romain. “Parisian Portraits” et “Wandering” comptent parmi les grands opus d’une discographie qu'il élargit aujourd'hui au domaine classique. Après un album entièrement consacré à Domenico Scarlatti, Enrico intègre Bach et Haendel au répertoire de son nouveau disque, chaque pièce de ces compositeurs nés tous les trois en 1685 se voyant précédée ou suivie d’une improvisation. Le 4, c’est en quintette qu’il nous jouera du latin jazz, genre sur lequel il se penche dans “Live in Birdland”  publié l’an dernier. Avec lui le saxophoniste Rosario Giuliani et le trompettiste Diego Urcola rejoindront pour l’occasion Darryl Hall et André Ceccarelli, section rythmique dont le maestro aime à s’entourer.

 

Gretchen-Parlato-cJeaneen-Lund.jpg-Gretchen Parlato au Duc des Lombards les 4, 5 et 6. Avec elle, Taylor Eigsti, pianiste que l’on a récemment pu entendre au Sunside, Alan Hampton à la contrebasse et à la guitare, et Mark Guiliana à la batterie. Chanteuse à la voix suave, un peu traînante, Gretchen possède des vocalises bien à elle, une manière personnelle d’articuler ses textes, d’en étaler les mots. Elle a écrit les paroles et les musiques de plusieurs morceaux de  “The Lost and Found”, nouveau disque aux arrangements soignés dans lequel elle reprend Henya d’Ambrose Akinmusire, Juju de Wayne Shorter, et le mythique Holding Back the Years de Simply Red.

 

Wallace-Roney-b.jpg-Quarante ans après la sortie de “Bitches Brew”, l’un des disques de Miles Davis le plus commenté, l’un des jalons du jazz fusion dont il demeure l’un des principaux manifestes, le trompettiste Wallace Roney en fait revivre la musique sous le nom de Bitches Brew Beyond. Attendu au New Morning le 5 et le 6, le groupe comprend Bennie Maupin à la clarinette basse et au saxophone alto (il joue sur l’album original), Antoine Roney au saxophone soprano et au ténor, Robert Irving au piano, Doug Carn à l’orgue Hammond, Buster Williams à la contrebasse et Al Foster à la batterie. Wallace Roney assurera bien sûr les parties de trompette. 

 

Affiche-Return-to-Forever.jpg-Return to Forever à l’Olympia le 9. Fondé par Chick Corea en 1971, le groupe enregistra quelques-uns des meilleurs disques de l’histoire du jazz rock. Dissout en 1977, reformé pour quelques concerts en 1983, puis en 2009 pour une tournée acoustique dont le double CD “Forever” publié cette année en propose les meilleurs moments, la formation accueille pour une tournée estivale Jean-Luc Ponty. Nul doute que le violon virtuose de ce dernier ne s’intègre parfaitement à la musique, lui apporte des couleurs chatoyantes. Stanley Clarke à la contrebasse et Lenny White à la batterie assurent avec Corea au piano la pérennité du groupe qui a vu passer dans ses rangs des guitaristes éminents. Membre de l’Elektric Band de Corea lors de sa création en 1985, Franck Gambale tient aujourd’hui l’instrument.

 

Kenny Werner-Kenny Werner en solo au Sunside le 11. Le pianiste aime improviser avec son instrument, en faire un confident. Ses choix harmoniques traduisent ses pensées intimes, une sensibilité s’exprimant par ses choix harmoniques, son goût pour les couleurs, les mélodies rêveuses. Face aux épreuves parfois terribles qu’il a traversé (la perte de sa fille), ses musiques, des hymnes à la vie, mettent du baume au coeur. Kenny Werner reste un incorrigible romantique. D’une grande élégance, “New York Love Songs”  (Out Note Records), son plus récent album solo, une évocation poétique et sensible de New York, déborde de tendresse.

 

ECM-copie-1.jpg-Fly au Duc des Lombards du 11 au 13. On attend de ce trio un nouveau disque. Leur précédent et unique album date de 2009. Mark Turner (saxophone ténor), Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) parviennent à rendre parfaitement lisibles leurs compositions complexes et abstraites qui empiètent sur de nouveaux territoires sonores. Leur discours sensible et intimiste ressemble à  une conversation amicale. Trois instruments s’assemblent, mêlent leurs timbres et fascinent par leur capacité à discourir ad libitum sans jamais lasser. Du grand art.

 

Keith Jarrett Trio © Rose Anne Colavito-On ne présente plus Keith Jarrett, l’un des plus grands pianistes de la planète jazz, un artiste qui tire de son robuste instrument des harmonies inouïes. A la tête du même trio depuis trente ans (Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie), Jarrett parcourt le monde y donne des concerts au cours desquels il n’a cesse de relire des standards, leurs mélodies s’accordant à un piano qu’il parvient à faire chanter comme nul autre. Il investit la Salle Pleyel le 12 avec ses complices habituels.

 

Miller-copie-1.jpg-Herbie Hancock, Wayne Shorter et Marcus Miller à l’Olympia le 18 pour un « Tribute to Miles ». A la basse électrique et à la clarinette basse (il joue de nombreux instruments) , Miller assure la direction musicale d’un groupe que renforce le trompettiste Sean Jones et le batteur Sean Reickman, le fils du guitariste Phil Upchurch. On ne sait trop quelle en sera la musique. Miller annonce toutefois une large sélection d’œuvres composées entre les années 50 et 80 avec probablement des séquences acoustiques et électriques, Miles ayant souvent changé de direction musicale.

 

-Tom Harrell et son quintette au Sunside les 18 et 19. Le trompettiste s’entoure des mêmes musiciens depuis cinq ans. Une fine équipe avec laquelle il a enregistré Tom Harrellquatre albums sur HighNote. Il joue souvent du bugle, instrument qui donne une sonorité plus ronde à ses compositions. Influencée par Horace Silver et Phil Woods,  sa musique trempe dans un bop moderne qui ne se refuse pas une instrumentation électrique. Dans "The Time of the Sun," son nouveau disque, le Fender Rhodes de Danny Grissett donne une sonorité inédite à la formation. Wayne Escoffery au saxophone ténor, Ugonna Okegwo à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie la complètent, entourant un trompettiste qui se plaît à sculpter délicatement ses notes et phrase avec une rare souplesse.

 

Dan-Tepfer.jpg-Dan Tepfer en trio au Sunside les 20 et 21 avec Joe Martin à la contrebasse et Ferenc Nemeth à la batterie. Jouant un jazz très ouvert, parfois proche de l’abstraction, le pianiste improvise de longues pièces truffées de dissonances, d’harmonies inattendues, change fréquemment de rythmes et fait ruisseler ses notes avec force et passion. Il tire aussi un maximum de dynamique de son instrument et le fait puissamment sonner. Les tempos souples et relâchés des frères Moutin conviennent parfaitement à sa musique. Avec eux, Dan peut architecturer l’impossible, bousculer les tempos trop rigides et inventer librement. Outre ses propres compositions, I Remember April, Giant Steps, Body and Soul figurent au programme de ses concerts avec aussi Le plat pays de Jacques Brel qu’il interprète magnifiquement.

 

-Charles Lloyd aux arènes de Montmartre le 21 en ouverture de la 7ème édition du festival « Les Arènes du Jazz ». Accompagné de son quartette habituel, le ECM Recordssaxophoniste joue avec plus de cœur que jamais. Il peine à trouver sa sonorité en début de concert, ne souffle pas toujours des notes très justes, mais exprime mieux que hier son chant intérieur, une musique qui lui ressemble, apaisé, spirituelle et mystique. Assujetties aux mélodies, ses notes flottent dans l’espace comme si de grandes ailes les portaient vers le ciel. Discret au piano, Jason Moran guette les bons moments pour jouer les siennes, ajouter des couleurs harmoniques à la musique. Reuben Rogers à la contrebasse et Eric Harland à la batterie assurent un subtil contrepoint rythmique aux vagabondages poétiques de ce grand du saxophone.

 

Roger-Kellaway.jpg-Pianiste méconnu, Roger Kellaway revendique son attachement à ses illustres prédécesseurs – Art Tatum, Oscar Peterson, Bud Powell pour ne citer qu’eux. Accompagnateur de Mark Murphy et de Lenna Horne dans les années 60, membre du quintette  codirigé par Bob Brookmeyer et Clark Terry, Kellaway est aussi un habile arrangeur compositeur. Auteur de musiques pour le New York City Ballet, d’un concerto pour piano et orchestre, de nombreuses partitions de musique de chambre, il a écrit vingt-six musiques de film dont celle de “A Star Is Born”. Prix du Jazz Classique 2007 de l’Académie du Jazz pour son album “Heroes”, Roger Kellaway ne s’est pas produit sur une scène française depuis sa participation à la Grande Parade du Jazz à Nice en 1986. Le Sunside l’accueille les 28 et 29 au sein d’un quartette comprenant Dmitry Baevsky au saxophone alto, Jesper Lundgaard à la contrebasse et Alex Riel à la batterie.

 

Affiche-Jazz-a-Vienne-2011.jpg-Jazz à Foix : www.jazzfoix.com

-Jazz Vienne : www.jazzavienne.com

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr

-Les Arènes du Jazz : www.paris-ateliers.org

 

PHOTOS : Enrico Pieranunzi, Kenny Werner, Dan Tepfer, Roger Kellaway © Pierre de Chocqueuse - Gretchen Parlato © Jeaneen Lund - Fly © Robert Lewis / ECM Records - Keith Jarrett Trio © Rose Anne Colavito / Ecm Records - Charles Lloyd © Dorothy Darr / ECM Records - Wallace Roney, Tom Harrell © Photos X / DR.

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 13:00

Denise-King---Michel-Rosciglione.jpg 

LUNDI 6 juin

Denise King et Olivier Hutman au Duc des Lombards. Avec eux, on peut passer joyeusement l’été. Leur musique donne des forces et met du baume au cœur. On plonge dedans pour rajeunir, se sentir bien, faire le plein de bonheur à la pompe. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse grand soleil, la chanteuse reste égale à elle-même, se cantonne désespérément dans l’excellence. On a presque envie de Olivier-Hutman.jpgla prendre en défaut, de surprendre une note un peu fausse dans cette voix en or qui fait corps avec elle. Rien à faire, Denise la place toujours au bon endroit, fait swinguer les mots et les met sur orbite. Auprès d’elle, le piano d’Olivier s’immerge dans le blues comme s’il prenait un bain dans le Mississippi. Ses notes sont les bulles d’air qui remontent à la surface du fleuve. Elles aèrent des musiques qui s’embrassent sur les lèvres, jazz, blues et soul étroitement mêlés ne formant plus qu’une seule musique. Aucun tour de passe-passe, la magie opère sans trucages. « No Tricks » affirment Denise et Olivier sur la pochette du premier disque qu’ils ont enregistré ensemble, un répertoire de standards et de compositions originales que l’on peine à croire écrites en terre gauloise. Naalaiya est une immense chanson. Waiting for the Sandman en a Denise King & Olivier Hutmanpresque la taille. Leurs refrains entêtants perdurent dans la mémoire comme la flamme d’une veilleuse refusant de s’éteindre. Pour les jouer, Denise et Olivier ont fait appel à leurs complices. Olivier Temime souffle de longs et brûlants chorus de ténor. A la contrebasse, Michel Rosciglione étonne par sa maturité, la justesse de son jeu mélodique. Loin de couvrir le flux musical, Charles Benarroch le rythme délicatement. Au programme : “No Tricks” et ses standards qu’il fait bon écouter, That Old Black Magic, I Got Rythm, Nuages, All Blues, September Song, mais aussi Walk on Bye pour me faire plaisir. Pour la musique qu’ils apportent, on ne les remerciera jamais assez.

 

Rene-Urtreger-copie-1.jpgMERCREDI 8 juin

René Urtreger retrouve le Duc des Lombards, mais avec Sylvain Beuf et Eric Le Lann, des solistes qui furent naguère les siens. Yves Torchinsky (basse) et Eric Dervieu (batterie) lui fournissent l’accompagnement rythmique qui convient à son piano intense et habité. Son batteur joue avec lui depuis trente ans et le rappela, ému, à la fin d’un concert de rêve dont le souvenir n’est pas prêt de s’éteindre. Réunir au bon moment les bonnes personnes et avoir envie de se surpasser génère parfois une musique particulièrement inspirée. René reprend ce répertoire depuis des années, mais parvient toujours à le Eric Le Lannréinventer, donne une nouvelle jeunesse à des thèmes de Parker (Scrapple from the Apple), Monk (‘Round Midnight), Rollins (Doxy) qui font partie de l’histoire. Lui et ses musiciens font oublier leur technique et envoûtent par la poésie de leur geste musicale. Entre leurs mains et leurs oreilles expertes, le bop qui existe depuis plus d’un demi-siècle devient lumineusement limpide. Exposés à  l’unisson par les souffleurs, portés par une rythmique enthousiasmante (la contrebasse ronronne comme un gros matou repu et la grosse cymbale d’Eric danse de joyeux chabadas qui rendent les jambes agiles), les thèmes génèrent, improvisations, commentaires fiévreux et lyriques au cours desquels les musiciens Sylvain-Beuf.jpgse parlent, se répondent, inventent avec bonheur et malice. Les chorus de Beuf furent particulièrement réjouissants. Le saxophoniste possède une sonorité moelleuse et épaisse qui rend son chant très expressif. Le Lann conversa longuement avec lui, mêlant les phrases finement sculptées de sa trompette au timbre suave du ténor. Dervieu s’en donna à cœur joie dans les breaks latins de Love for Sale. Les solos de Torchinsky firent le plein de notes chantantes, René en grande forme dialoguant avec lui, trempant sans modération son piano dans le bop et le swing, une ovation saluant l’éblouissante prestation de son orchestre.

   

Sinne Eeg aJEUDI 9 juin 

Je ne connaissais pas Sinne Eeg avant de découvrir “Don’t Be So Blue” son dernier album. Il m’a donné envie de l’écouter au Sunset. Grande, jolie, un physique de nageuse, la chanteuse danoise impressionne par la justesse de sa voix. Mezzo-soprano, elle dispose d’un large ambitus, swingue avec souplesse et impressionne par la maîtrise de son scat qu’elle possède original et attachant. Sa large tessiture, sa technique vocale très au point lui permet de chanter et de scatter a cappella, mais laisse souvent improviser les musiciens qui l’accompagnent, Morten Toftgard Ramsbøl à la contrebasse, Morten Lund à la batterie et Jacob Christoffersen au piano. Ce dernier fit merveille sur celui du club. Il peut jouer de longues phrases chantantes ou plaquer des accords déjantés, ses doigts Sinne-Eeg-c.jpgn’oublient jamais le blues. Il fournit un accompagnement appréciable à la chanteuse, offre à sa voix des couleurs qu’elle caresse et étire, recouvre d’un voile sensible et intimiste. Sinne Eeg chante avec beaucoup d’émotion les ballades de son répertoire. Sa version de Goodbye (Gordon Jenkins) mit le public en émoi. Célèbre dans les pays scandinaves, elle attire un public nombreux venu écouter ses chansons, celles qu’elle compose elle-même (paroles et musiques) et les standards qu’elle reprend, My Favorite Things, Better than Anything que chante Al Jarreau, Les moulins de mon cœur (The Windmills of your Mind) de Michel Legrand. Interprété en rappel, ses musiciens chantonnant son refrain en choeur, Time to Go, fut un moment de grâce, un magnifique tombé de rideau sur un concert auquel il fallait assister.

Christian McBride-copie-1

 

VENDREDI 10 juin

Christian McBride en trio au Duc des Lombards. Un événement qui n’est pas passé inaperçu. Le Duc est archi-plein pour ce grand de la contrebasse, un instrument qui n’a plus aucun secret pour lui. Attentif à l’attaque de ses notes, les faisant précisément sonner comme il le souhaite, il pratique un jeu très musical, à la fois rythmique et mélodique. Doté d’une articulation très sûre, d’une justesse parfaite, c’est un prodigieux bassiste acoustique qui fait constamment chanter son instrument et s’autorise de longs et stupéfiants chorus. Il faut voir glisser ses doigts sur les cordes pour lier ses notes les unes aux autres. Avec lui, un jeune pianiste enthousiasmant avec lequel il dialogue. Agé de 22 ans, Christian Sands possède des mains immenses ce qui lui permet de couvrir une large surface Christian-Sands.jpgde clavier. Il dialogue souvent avec la contrebasse qui anticipe ses accords malicieux, joue le blues avec une sensibilité remarquable et remplit l’espace sonore par un jeu orchestral qui pallie l’absence d’autres instruments. Ulysses Owen, un batteur un peu sage, complète le trio. Ce dernier n’innove en rien, mais les standards qu’il reprend - I Mean You, In a Mellow Tone, My Favorite Things, Giant Steps - héritent tous de chorus stupéfiants. Ancrées dans le swing et la tradition, ces passionnantes relectures furent gages d’une excellente soirée.

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 00:00

Bill-Carrothers-Vanguard-cover.jpgSitué dans Greenwich Village, le Village Vanguard a vu passer dans ses murs les géants de l’histoire du jazz, le nom de Bill Evans venant immédiatement à l’esprit lorsque l’on évoque ce lieu mythique. Bill Carrothers s’y est produit six soirs de suite en juillet 2009 avec Nicolas Thys à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, une section rythmique que l’on trouve dans d’autres disques du pianiste (1). La même année, en janvier, Carrothers enregistrait à Munich quelques thèmes du répertoire de Clifford Brown, des morceaux du trompettiste, mais aussi des compositions de Richie Powell (le frère cadet de Bud) et quelques standards que Brownie aimait reprendre. Les deux sets du concert du 18 juillet débutent par des thèmes de Clifford, Tiny Capers et Junior’s Arrival dont les tempos rapides favorisent les acrobaties harmoniques. Le pianiste connaît parfaitement le vocabulaire du bop. Il peut jouer beaucoup de notes comme dans Gerkin for Perkin, mais préfère éblouir autrement de ses dix doigts. Il a appris l’importance du silence et s’attache à faire ressortir la profondeur mélodique des morceaux qu’il interprète. Son piano rubato en ralentit souvent les rythmes. Les tempos lents ouvrent les portes du rêve et Bill nous invite à y entrer. Couplé avec Delilah, Joy Spring n’a plus rien d’un morceau de bravoure et Time emprunte des chemins de traverse, des sentiers qui bifurquent, mais conduit au jardin secret du pianiste dans lequel l’harmonie se confronte au silence intérieur, au travail de la mémoire. Une version inhabituellement grave et pesante de Jordu introduit This is Worth Fighting For, un vieux thème de Jimmy Dorsey de 1942. Bill questionne les musiques de l’Amérique, s’intéresse à ses standards oubliés. Bill Carrothers & Nic ThysL’ange du bizarre le pousse à greffer des accords nouveaux sur des pièces anciennes, à y introduire des dissonances inattendues, à jouer un piano sombre et austère qui refuse l’ornement pour aller à l’essentiel. Nicolas Thys et Dré Pallemaerts l’accompagnent depuis trop longtemps pour se laisser surprendre par un pianiste qui laisse souvent ses doigts vagabonder à la recherche d’atmosphères. Bill laisse beaucoup chanter la contrebasse, lui ménage des chorus mélodiques, lui fait longuement introduire Jordan is a Hard Road to Travel, un traditionnel qu’il a enregistré en solo dès 1993 dans “The Blues and the Greys”, un disque consacré à la musique de la guerre civile américaine. Sa version onirique et sensible de Let’s Get Lost est un des sommets du premier des deux disques de ce double CD, le premier qu’édite le label Pirouet. Il correspond au premier set qui s’achève sur Those Were the Days, un tube pour la chanteuse Mary Hopkin en 1968. Malgré la présence de quelques standards - Blue Evening que chantait Ray Eberle au sein du Glenn Miller Orchestra, Days of Wine and Rose magnifiquement interprété en solo - , le second CD contient davantage de morceaux de Carrothers. Construit sur les accords d’I Got Rhythm, le tonique Discombopulated relève du bop, mais le pianiste s’abandonne davantage, joue un piano de plus en plus sensible au fur et à mesure que se déroule la soirée. Bill pense à sa famille, à Peg son épouse (le morceau débute comme La lettre à Elise), à la neige qui, l’hiver, l’isole dans sa maison proche de Mass City, une petite ville du Michigan (Snowbound, Our House). Cette mélancolie qui le gagne, il parvient à la transmettre, la musique réveillant nos propres souvenirs.

 

(1) “Swing Sing Songs”  (2000) et “I Love Paris” (2004).

 

PHOTO Bill Carrothers & Nicolas Thys ©  Pierre de Chocqueuse

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 11:30

Le silence est noirMARDI 31 mai

Troisième anniversaire du label Sans Bruit au Sunside. Ses musiques sont uniquement disponibles sur le site www.sansbruit.fr en téléchargement (MP3 320 ou FLAC qualité CD). On y trouve notamment “After Noir”, un recueil de compositions et d’improvisations de Stéphan Oliva, le pendant de son “Film Noir” produit par Philippe Ghielmetti sur le label Illusions, un album en vente chez Paris Jazz Corner, les bonnes FNAC de la capitale et sur www.illusionsmusic.fr

 

After-Noir--pochette.jpgLe pianiste débuta la soirée en solo, transposant très librement sur son clavier des extraits des deux disques, y ajoutant “Vertigo”  disponible au sein de “Lives of Bernard Herrmann” autre album d’Oliva édité par Sans Bruit. Ecrit par John Lewis et propice à des variations autour du blues, un des thèmes de “Odds Against Tomorrow” ouvrit ce récital largement improvisé. La main gauche assure d’emblée un ostinato pesant, la droite décline d’angoissants accords en noir et blanc. Dans son film “Force of Evil”, le metteur en scène Abraham Polonsky dénonce une société entièrement corrompue. Reprenant sa musique, Stéphan Oliva en restitue le malaise, rend la peur palpable par des basses abyssales. La pédale forte en prolonge les effets. Des notes graves et obsédantes accompagnent la fuite de Sterling Hayden dans “The Asphalt Jungle”. Composé par Dimitri Tiomkin, le thème d’“Angel Face” envoûte comme un parfum capiteux. Jean Simmons le joue à Robert Mitchum pour le séduire et le manipuler. Stéphan poursuivit son exploration du noir avec “Touch of Evil” et une improvisation autour de “The Night of the Hunter” dont la dramaturgie se greffe sur la ritournelle que chantent les STéphan Oliva, n&b (a)enfants poursuivis. Ces séquences particulièrement sombres donnent un relief saisissant à la mélodie exquise de ”The Killer’s Kiss”. Au cours d’une séquence improvisée, le pianiste nous a fait voir la mer, ses vagues que Madame Muir contemple de sa fenêtre en rêvant au retour du Capitaine Gregg. Bernard Herrmann en a écrit la partition. Celle du portrait de Robert Ryan appartient entièrement à Stéphan Oliva qui pose son propre regard sur l’acteur, convoque les émotions qu’il a ressenties en le voyant interpréter des rôles de salaud (“Crossfire” d’Edward Dmytryk),de policier aigri et violent (“On Dangerous Ground” de Nicholas Ray). A un piano crépusculaire et tourmenté dont les notes se bousculent et tournent autour du blues succède le thème délicat et tendre de “The Long Goodbye”. La danse macabre que lui inspire les films noirs d’Akira Kurosawa s’estompe devant la grâce et la beauté de Gene Tierney. Joué en rappel, son portrait lumineux jaillit des nuages comme un arc-en-ciel resplendissant.

 

Jusqu’au 31 juillet, la Cinémathèque française programme des films noirs rares et méconnus. On consultera le programme sur : www.cinematheque.fr

 

Moreau--Angelini--Gargano.jpgBruno Angelini (piano), Mauro Gargano (contrebasse) et Fabrice Moreau (batterie) achevèrent avec bonheur une soirée qui ne pouvait avoir mieux commencé. Sans Bruit propose sur son site le premier album de ce trio dont la musique fait appel à une large palette de couleurs. So, Now ?... contient pour moitié des standards, une musique ouverte et souvent modale que les trois hommes interprétèrent. Bruno Angelini aime l’improvisation pure et sans filet. L’étude de la musique classique lui a donné le sens des nuances, des harmonies séduisantes qu’il apprécie libres et flottantes. La contrebasse chantante de Mauro Gargano assure des rythmes souples et fournit un contrepoint mélodique au piano avec lequel il dialogue. Souvent aux balais, Fabrice Moreau apporte les couleurs sonores, fait bruisser ses cymbales, caresse ses tambours et met en perspective les timbres de sa batterie. Le groupe proposa une relecture inventive de Nefertiti de Wayne Shorter, Some Echoes de Steve Swallow, The Two Lonely People de Bill Evans (Bruno Angelini enseigne à la Bill Evans Academy depuis 1996). Il joua aussi ses propres compositions, des thèmes de Bruno (Adrian danse, Caroline), Mauro (Prélude, Before 1903), et Fabrice, ce dernier reprenant Vert, un thème que l’on trouve dans le dernier disque de Jean-Philippe Viret, un trio dont Fabrice Moreau est bien sûr le batteur.

 

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse, sauf celle extraite du film “The Asphalt Jungle” de John Huston dont la magnifique photographie est de Harold Rosson.     

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 00:00

Richie-Beirach--cover-2.jpgNé à New York, Richie Beirach réside à Leipzig, mais aime le Japon, sa culture raffinée, l’extrême politesse de ses habitants. Il s’y est souvent rendu (vingt-six visites depuis les années 70) et affectionne Tokyo, lieu de rencontre du passé et du futur dont il livre ses impressions intimes sous la forme d’Haïkus, courts poèmes visant à cerner l’évanescence des choses par l’ellipse et l’allusion. La musique, le plus immatériel de tous les arts, relève du domaine du sensible, de l’émotion qui déforme et trahit la mémoire. Infidèle, celle de Beirach embellit et transcende ses visions pianistiques. Le regard affectueux qu’il porte sur le Japon est celui d’un improvisateur imprégné de musique classique européenne. Il passa des années à l’étudier avant de découvrir le jazz, accompagner Stan Getz, Chet Baker et devenir le pianiste du groupe Quest. Il possède suffisamment de métier pour éviter les rapsodies jazzistiques dont raffolent les habitants du pays du soleil levant. Le Japon lui inspire des mélodies magnifiques qu'il s'amuse parfois à faire danser, mais aussi de courtes pièces abstraites comme si à travers l’épure, il cherchait à saisir l’essence de ce pays qu’il admire. Ses phrases ne sont jamais chargées de notes inutiles, et si ses doigts courent sur le clavier dans Bullet Train, c’est pour nous transmettre l’impression de vitesse du Shinkansen, le TGV nippon. Dans Cherry Blossom Time dont il égraine les accords cotonneux, les cordes métalliques de la table d’harmonie du piano répondent aux arpèges qu’il fait pleuvoir comme les étincelles d’un feu de Bengale. Ses visions peuvent être de pures sensations musicales. Comment approcher autrement que par l’abstraction le kabuki, la forme épique du théâtre japonais traditionnel ? Comment traduire autrement que par des clusters martelés dans les graves du clavier la tragédie qui frappa récemment la ville de Sendaï ? Richie Beirach introduit son album par une pièce très brève (trente-sept secondes) censée décrire les néons qui, la nuit, éclairent Tokyo comme en plein jour. Il les réduit à quelques notes diaphanes, à la lumière blanche que le prisme n’a pas encore dispersé en spectre coloré. Les couleurs, le pianiste les réserve aux mélodies exquises qu’il invente et qui traduisent l’aspect romantique et lyrique de sa musique. Butterfly s’envole, porté par les ailes fines et légères du lépidoptère. Dédiée à Toru Takemitsu, le plus grand compositeur « classique » japonais du XXe siècle, Takemitsu San traduit la science harmonique du pianiste qui éblouit dans une pièce grave et poignante. Lament for Hiroshima and Nagasaki met les larmes aux yeux, mais Shibumi reste pour moi le joyau de ce disque inoubliable. Bénéficiant d’harmonies raffinées, sa simplicité, sa tranquillité émouvante me touchent profondément.   

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 10:18

W.-Blanding-c-Ph.-Marchin.JPGLUNDI 24 mai

Originaire de Cleveland et saxophoniste de Wynton Marsalis depuis “From the Plantation to the Penitentiary”, un disque Blue Note de 2006, Walter Blanding s’est produit deux soirs de suite au Duc des Lombards (23 et 24 mai) avec les autres membres du quintette de Wynton. Dan Nimmer au piano, Carlos Henriquez à Walter-Blanding-c-Ph.-Marchin.JPGla contrebasse et Ali Jackson à la batterie. Tout dévoué au trompettiste qui fit une courte apparition sur la scène du club le premier soir, Blanding a fait peu de disques sous son nom. Son plus récent, “The Olive Tree” date de décembre 1999. Sans la trompette de Wynton, il manque au groupe une troisième voix mélodique que le savoir faire des musiciens ne parvient pas complètement à pallier. Au ténor, son principal instrument, Blanding alterne de courtes phrases et de longs jets de notes construites autour du blues (Never Too Late). Le vocabulaire du bop est abondamment utilisé. Le quartette reprend des standards, donne une belle version de Inner Urge, un thème de Joe Henderson. On remarque très vite le piano de Dan Nimmer. Les yeux clos, ce dernier ressemble un peu à Mister Bean. Il phrase comme un guitariste, assure les chorus les plus nombreux, les plus intéressants et apparaît comme le vrai leader du groupe. Après ses chorus, Blanding quitte la scène et laisse la musique se construire en trio. Nimmer improvise de magnifiques lignes de blues, trempe son instrument dans le swing, Dan-Nimmer-c-Ph.-Marchin.JPGmais peut tout aussi bien jouer un piano modal que ne désavouerait pas McCoy Tyner. Dan s’entend bien avec Carlos Henriquez qui apporte de bonnes compositions. Le bassiste a joué avec des pointures de la musique afro-cubaine, Eddie Palmieri, Tito Puente, Celia Cruz, et ses morceaux chaloupés possèdent de chaudes couleurs latines. Quant au drumming d’Ali Jackson, il reste toujours très musical. Ali qui joue également du piano a étudié la batterie avec Elvin Jones et Max Roach. Il sait mettre le feu à la musique, la cadrer, lui donner une tension appréciable.

 

DIMANCHE 29 mai

Craig-Taborn--b-.jpgCraig Taborn en solo au Sunside devant un public clairsemé. On a tendance à oublier qu’il fut le pianiste des débuts fracassants de James Carter et de ses meilleurs albums (“JC on the Set”, “The Real Quietstorm”) avant de travailler avec Tim Berne, Mat Maneri, Roscoe Mitchell et Drew Gress. Craig a peu enregistré sous son nom : une première séance pour DIW records en 1994, puis deux disques en trio et quartette pour le label Thirsty Ear et récemment un solo pour ECM, la sortie d’“Avenging Angel” (une réussite) étant le prétexte de ce concert promotionnel. Plutôt que d’en reprendre les compositions (qualifions-les d’improvisations « compositionnelles »), Taborn préféra travailler sur un nouveau matériel totalement improvisé, exercice délicat qu’il pratique depuis plusieurs années. L’homme a indubitablement un univers et les possibilités sonores de son instrument y sont étroitement associées. Il attache beaucoup d’attention aux timbres, aux harmoniques, à la résonance de son piano. Les pièces qu’il invente Craig-Taborn--c-.jpgsont courtes, structurées, ramassées sur elles-mêmes. La main gauche effleure les basses ; la droite, puissante, martèle souvent le même accord. Répétitif, le premier morceau progresse crescendo, renferme des passages intenses et violents qui s‘apaisent comme la vague après la tempête. La seconde pièce fourmille de dissonances. Un thème s’y dessine, mais Craig ne s’y attarde pas. Il préfère jouer à vive allure un piano heurté, mêler des clusters à des myriades de notes scintillantes et les faire puissamment sonner. A des cadences enflammées succède le tempo lent d’une ballade dont la mélodie brumeuse, légère comme si le vent l’avait sculptée dans un nuage, est exposée obstinément. Associées à des ostinato envoûtants, les esquisses mélodiques se firent plus nombreuses dans le second set, la musique rêveuse, chargée de délicates attentions harmoniques, s’approchant davantage de celle de son disque. Craig Taborn mit aussi davantage de blues dans ses improvisations inspirées et d’un jour ordinaire en fit un dimanche pas comme les autres.

 

PHOTOS : Walter Blanding, Dan Nimmer © Philippe Marchin - Craig Taborn © Pierre de Chocqueuse

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 09:07

John-Taylor--Requiem-cover.jpgLe trio habituel du pianiste augmenté de Julian Argüelles aux saxophones ténor et soprano dans une suite commandée en 2007 par la British University de Yolk qui s’inspire des livres de l’écrivain Kurt Vonnegut disparu en 2007. Pas besoin d’avoir lu “Abattoir 5”, “Le Berceau du chat”, ni de connaître le personnage de Kilgore Trout, auteur de science-fiction raté que l’on retrouve dans plusieurs livres de Vonnegut, notamment dans “Le Breakfast du Champion”, pour rentrer dans ce disque. Si John Taylor aime éclairer d’une lumière tamisée les paysages sonores que décline son piano, il n’est pas seul et les instruments qui l’accompagnent le poussent à adopter un jeu plus rythmique, le contraignent à des improvisations pleines de swing aux couleurs harmoniques non négligeables. Batteur puissant et carré, Martin France pousse le pianiste introspectif à l’action. La contrebasse ronde et attentive de Palle Danielsson l’encourage à multiplier les échanges avec son saxophoniste, son interlocuteur privilégié dans cet album. Plus bavardes que d’habitude, ses improvisations témoignent d’une grande connaissance du bop et de son vocabulaire. Taylor ne manque toutefois pas d’effleurer ses notes pour les rendre légères et aériennes. Car tout en les sculptant fiévreusement dans l’urgence d’une conversation à quatre, il n’oublie jamais de colorer la ligne mélodique de ses phrases souvent abstraites, le recours fréquent à des accords de substitution à des tensions parfois dissonantes apportant une certaine ambiguïté harmonique à sa musique, notamment dans Unstuck in Time. Le pianiste sensible et délicat se fait surtout entendre dans la longue introduction de Requiem for a Dreamer, dialogue entre Kurt Vonnegut et Kilgore Trout son alter ego fictif transposé pour piano et saxophone. John Taylor joue dans “Phaedrus” un disque de 1990, le premier que Julian Argüelles enregistra sous son nom en quartette. Les deux hommes se connaissent depuis de nombreuses années ce qui explique la belle interaction qu’ils développent et la fraîcheur de cet album.    

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 09:41

Instruments.jpgJuin : coup d’envoi des festivals de l’été avec le Paris Jazz Festival qui démarre le samedi 11 au Parc Floral avec le trio du pianiste Thomas Enhco. Malgré certains concerts alléchants, près de la moitié de sa programmation ne me tente pas davantage qu’un match de football. Jean-Paul qui la découvre avec moi crie au scandale, ce qui est très exagéré. Cultivé, connaissant parfaitement l’histoire du jazz, il ne supporte pas que ce dernier puisse absorber de nouveaux rythmes, d’autres musiques. La visière du casque qu’il s’est posé sur la tête l’empêche de regarder autour de lui. Il n’ouvre ses oreilles que pour écouter du hard bop préférant les originaux d’hier aux copies d’aujourd’hui, et les Jazz à FIP animés par Philippe Etheldrède*. Pourtant, malgré la crise, les bons musiciens ne manquent pas. On souhaiterait d’ailleurs les entendre plus souvent dans certains festivals qui ouvrent sans discernement leurs portes à toutes sortes de musiques fantaisistes. Il y en a pour tous les goûts, surtout pour ceux qui n’en ont pas, de loin les plus nombreux. Le goût se cultive, s’éduque, s’affine avec le temps et l’expérience. On prétend que le Français n’a pas l’oreille musicale, mais contrairement aux autres pays, la musique n’est pas ou peu enseignée dans les écoles. Sa découverte passe trop souvent par l’écoute de radios commerciales qui diffuse un caca sonore nauséabond présenté comme éminemment culturel. Pas étonnant que la musique classique (j’y englobe la musique contemporaine qui malgré un déchet conséquent révèle des compositeurs intéressants) et le jazz concernent si peu de monde. Ce maelström de médiocrité impose l’éducation d’un public mélomane. Comment Monsieur et Madame Michu et leurs enfants peuvent-ils comprendre un jazz moderne plus cérébral que sensible alors que le be-bop parkérien leur reste complètement hermétique et qu’ils peinent à reconnaître les instruments d’un orchestre ? Les conservatoires donnent une grande technique aux apprentis musiciens, mais forment mal à l’histoire des musiques qu’ils pratiquent. Edouard Marcel peut slaper les cordes de sa contrebasse avec ses pieds, mais n’a jamais entendu parler de John Kirby et Jimmy Blanton. Il ne joue que des compositions originales qui n’ont ni queue ni tête et son refus d'interpréter des standards dissimule son incapacité à les réinventer. On comprend l’angoisse des Michu lorsque venus écouter du jazz comestible dans un festival (haricot rouge et artichaut), ils tombent sur la musique froide et oppressante d’un Edouard Marcel. Madame risque l’infarctus et Monsieur de se pendre au réverbère le plus proche après avoir assassiné le reste de sa famille. Loin d’adoucir les mœurs, la musique sans âme et sans mémoire n’est pas exempte de danger. Puisse-t-elle se relier au passé pour éviter ces drôles de drames.

*Que vous retrouverez sur FIP le samedi 4 et le dimanche 12 juin à 19h00.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Eddy-Louiss-c-Jean-Francois-Grossin.jpg-Eddy Louiss à Roland Garros le 3 juin. Avec lui, Xavier Cobo au saxophone et à la flûte, Jean-Michel Charbonnel à la contrebasse, François Arnaud à la batterie et un pupitre de violoncelles (Laurent Gardeux, Lucille Gambini, Bastien Mercier, Pablo Tognan et Arthur Lamarre). Des ennuis de santé l’ont tenu à l’écart ces dernières années. Depuis, il est remonté sur scène en mars 2010 et a donné un concert historique à l’Olympia pour fêter ses cinquante ans de carrière. Dans “Taurorque”, son dernier album, on retrouve cette sonorité d’orgue inimitable qui associée à d’autres claviers a beaucoup contribué aux réussites que sont “Sang mêlé” et “Wébé”. Eddy n’a jamais cessé d’élargir son univers musical, de l’ouvrir à d’autres cultures. Les cordes qu’il invite aujourd’hui contribuent à l’enrichir.

L.-Mignard-D.O.jpg

 

-Deux big bands sur la scène du Collège des Bernardins le 6 à partir de 20h30 : celui du CNSM (Conservatoire Nationale Supérieur de Musique et de Danse de Paris) dirigé par François Théberge en première partie, le Duke Orchestra de Laurent Mignard assurant la seconde. Au programme : Early Ellington, du Cotton Club aux années 40.    

 

-Denise King et Olivier Hutman au Duc des Lombards les 6 et 7 juin. Le remède infaillible contre le cafard, la morosité, l’angoisse existentielle qu’apporte le monde moderne. A la source de toutes musiques, la voix qui charme ou fait pleurer. O. Htman & D. KingCelle de Denise King envoûte et transporte aux pays des rêves. Une voix chaude, puissante, capable de jongler avec les paroles des chansons qu’elle interprète, d’en allonger les syllabes, de leur donner une autre vie. Avec elle, Olivier Hutman, le plus afro-américain de nos pianistes, un musicien chez qui parler le langage du blues est parfaitement naturel. Ses notes bleues coulent, ruissèlent et fertilisent sa propre musique. Viana son épouse écrit des textes qui se marient idéalement aux mélodies qu’il compose avec son cœur sans pour autant perdre la tête. Olivier Temime au saxophone ténor, Michel Rosciglioneà la contrebasse et Charles Benarroch à la batterie complètent une formation qui met du baume au coeur.

Vampyr, affiche

 

-Le 7 à 20h30 au cinéma Le Balzac (1, rue Balzac 75008 Paris), l’Orchestre National de Jazz au grand complet improvisera une nouvelle bande-son sur “Vampyr” (“L’étrange aventure de David Gray”), film réalisé par Carl Th. Dreyer en 1932. « Avec “Vampyr”, je voulais créer sur l’écran un rêve éveillé et montrer que l’effroyable ne se trouve pas dans les choses autour de nous, mais dans notre propre subconscient. » Le film n’est pas muet, mais ses dialogues sont très réduits. Suite à des problèmes d’éclairage, la photo se révéla grisâtre. Dreyer qui souhaitait un noir et blanc contrasté la conserva afin d’amplifier l’atmosphère mystérieuse de son film.

 

Sinne-Eeg-c-Jesper-Skoubolling.jpg-Quasiment inconnue en France, la danoise Sinne Eeg est une chanteuse très appréciée dans les pays scandinaves. Influencée par Nancy Wilson, Betty Carter et Sarah Vaughan, elle possède un phrasé élégant et de bonnes chansons, mais séduit surtout par le voile mélancolique qui recouvre sa voix. Distribué par Integral, “Don’t Be So Blue” son nouvel album, le cinquième qu’elle enregistre sous son nom, contient d’excellentes compositions originales - la ballade qui prête son nom à l’album est interprétée avec une émotion intense. Une magnifique version de Goodbye de Gordon Jenkins que Chet Baker aimait reprendre et quelques pièces de Rodgers et Hammerstein que tout le monde connaît (The Sound of Music, My Favorite Things) complètent le disque. Accompagnée par Jacob Christoffsen au piano, Morten Toftgard Ramsbøl à la contrebasse et Morten Lund (le batteur du trio danois de Stefano Bollani), Sinne Eeg en chantera de larges extraits le 9 sur la scène du Sunside.

 

S. Domancich-Le 10 au Triton, 11 bis rue du Coq Français, Les Lilas (concert à 21h00), la pianiste Sophia Domancich présente “Snakes and Ladders” son surprenant dernier album construit autour de chansons. John Greaves et Himiko Paganotti prêtent leurs voix à d’inclassables miniatures sonores proches du rock et de la pop anglaise des années soixante et soixante-dix. Les claviers de Sophia et les guitares de Jef Morin entrecroisent les notes d’une musique aussi envoûtante Christian McBridequ’intimiste.

 

-Le géant de la contrebasse Christian McBride au Duc des Lombards les 10 et 11 juin. Dans “Kind of Brown”, son dernier album sur Mack Avenue Records, il joue en quintette ses compositions, mélange explosif de hard bop et de blues. Au Duc, il les interprétera en trio avec Christian Sands au piano et Ulysses Owen à la batterie.

 

Stéphane Belmondo-Stéphane Belmondo au Café de la Danse le 16, avec son nouveau groupe, véritable all star comprenant Kirk Lightsey au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Billy Hart à la batterie. Au programme, les compositions de son nouvel album “The Same As It Never Was Before” récemment paru sur le prestigieux label Verve, disque dont vous trouverez la chronique enthousiaste dans le numéro de mai de Jazz Magazine / Jazzman.

 

Paul-Abirached-c-Johanna-Benainous.jpg-Paul Abirached mérite d’être connu et le concert qu’il donnera au Sunside le 17 sera pour beaucoup une découverte. “Dream Steps” son premier disque, dix histoires brèves que sa guitare partage avec le piano d’Alain Jean-Marie, la contrebasse de Gilles Naturel et la batterie d’Andrea Michelutti, chante constamment. Paul ne se limite pas au jazz. Dédiée à Jim Hall, au cinéaste Pedro Almodovar, inspirée par une nouvelle de Pasolini ou l’architecture d’Antoni Gaudí (la Sagrada Familia), sa musique relève du folk et du blues. Ses improvisations ne perdent jamais de vue les lignes mélodiques qui structurent ses compositions. Elles n’en sont que plus attachantes.

 

Tangora-c-Violette-Fenwick.jpg-Tangora au Sunset également le 17 juin. « Jazz vocal d’outre-mer », une phrase qui résume bien la musique de cette chanteuse née près de Marseille mais dont le cœur tangue du côté de l’Espagne, de l’Amérique latine et vibre auprès du jazz que son oncle, grand navigateur, lui fit découvrir. Les musiques orientales, africaines et indiennes l’interpellent également. Elle s’exprime aussi bien en français, qu’en espagnol, anglais, portugais et italien et ses onomatopées rythmiques sont très inventives. La batterie de Tony Rabeson et la basse électrique d’Eric Vinceno lui fournissent des tempos métissés de samba, bossa-nova, biguine, rumba afro-cubaine et cumbia colombienne. Le beau piano de Mario Canonge et le steel pan de Duvone Stewart ajoutent des couleurs et le plein soleil. Tangora sort un DVD live et prépare un nouvel album. Nous l’attendons impatiemment.

 

Falzone---Angelini-c-Dario-Villa.jpg-Bruno Angelini (piano) et Giovanni Falzone (trompette) en concert le 17 juin au « Deux Pièces Cuisine », espace de création situé au Blanc-Mesnil, 42 avenue Paul Vaillant Couturier, à 10 minutes de Paris. Les deux hommes ont enregistré en 2007 pour le label Syntonie “Songs 1”, un album entièrement consacré à des thèmes du trompettiste. On attendait désespérément la suite. Elle arrive. Le concert du Blanc-Mesnil sera enregistré. Conçu et écrit par le pianiste qui y achève une résidence de deux ans, “Songs 2” comprendra uniquement ses compositions. Le disque sortira fin 2011 sur le label Abalone.

 

A. Hervé-Consacrée à l’histoire du trombone dans le jazz, la leçon de jazz que donne tous les mois le professeur Antoine Hervé aura lieu le 20 à 19h30, comme d’habitude à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, Auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris. Pour s’époumoner au trombone, un expert de l’instrument, Glenn Ferris. On ne pouvait rêver meilleurs pédagogues.  

 

Kerecki © Olivier Degen-Stéphane Kerecki et John Taylor au Duc des Lombards le 22 pour un duo contrebasse piano très attendu. Vous savez tout le bien que je pense de “Patience” leur récent album chroniqué dans ce blog le 16 mai. Les deux hommes peignent des paysages, privilégient l’harmonie, la couleur, mais aussi les échanges rythmiques dans des compositions écrites par Kerecki. Contrebasse et piano laissent constamment ouvert le discours musical, se racontent des histoires intimistes, expriment le langage poétique qu’ils portent en eux pour le bonheur de nos oreilles.

 

-Le P.G. Project de Pierre Guicquéro au Duc le 23. Je n’ai malheureusement pas trouvé le temps de faire une chronique sur “Bleu Outre Mémoire” (Black & Blue), un album P. Guicquero ©André Hébrardqu’il m’a fait parvenir en février et qui fait entendre un mélange irrésistible de jazz néo-orléanais et de modernité tempéré par le funk, le groove émanant de tous les instruments de l’orchestre, un septette qui enjolive et sert magnifiquement les joyeuses compositions du leader. Avec Pierre au trombone, Julien Silvand (trompette et bugle), Franck Pilandon (saxophones ténor, baryton et soprano), Davy Sladek (saxophone alto, soprano, flûte et clarinette), Bruno Martinez (piano, Fender Rhodes), Dominique Mollet (contrebasse) et Marc Verne (batterie).

 

Akinmusire---Smith-III-c-Ph.-Etheldrede.jpg-Toujours au Duc dont la programmation de juin est particulièrement réjouissante, ne manquez pas le trompettiste Ambrose Akinmusire qui s’y produit les 25, 26 et 27 juin avec son excellent quintette comprenant Walter Smith III au ténor, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie. Produit par Jason Moran, son dernier album fait entendre un groupe de musiciens remarquablement soudé. Akinmusire n’exhibe jamais gratuitement sa technique, mais met de l’amour dans ses notes et compose avec le cœur, faisant ainsi passer les difficultés techniques et métriques que présente sa musique, un jazz moderne imprégné de tradition qui emprunte aux musiques urbaines environnantes.

 

Taylor-Eigsti-c-Devin-DeHaven.jpg-Taylor Eigsti au Sunside le 28. Le pianiste sort un nouvel album sur Concord Jazz “Daylight at Midnight”. Il fait partie de ces jeunes musiciens qui recherchent de nouveaux standards au sein des compositeurs de leur génération et des musiques environnantes qui titillent leur curiosité. Taylor Eigsti écoute tout, assimile tout. Le répertoire de son disque est en partie constitué de mélodies empruntées à la pop, des thèmes de Nick Drake, Rufus Wainwright et quelques autres. Il a découvert les œuvres pianistiques du compositeur catalan Federico Mompou (désormais son compositeur préféré) et la chanteuse Becca Stevens. Elle chante sur cinq des onze morceaux de son disque, joue de l’ukulélé, du charango et sera présente pour ce concert parisien, Harish Raghavan (contrebasse) et Clarence Penn (batterie) complétant la formation.

 

T.Blanchard © Ph. Etheldrède-Terence Blanchard au Duc les 28 et 29. Le trompettiste n’a pas fait que des bons disques, mais parvient toujours à rebondir grâce à sa capacité à faire jouer avec lui de nouveaux talents. Ses nombreuses formations ont accueilli des musiciens aujourd’hui confirmés : Antonio Hart, Kenny Garrett, Edward Simon et plus récemment Lionel Loueke, Aaron Parks, Robert Glasper et Walter Smith III. Le quintette avec lequel il se produit au Duc comprend Brice Winston (Saxophone), Fabian Almazan (Piano), Joshua Crumbly (Contrebasse) et Kendrick Scott (Batterie).

 

 

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

Paris Jazz Festival-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Collège des Bernardins : www.collegedesbernardins.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Cinéma Le Balzac : www.cinemabalzac.com

-Le Triton : www.letriton.com 

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com 

-Au “Deux Pièces Cuisines” www.deuxpiecescuisine.net

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr

 

 

PHOTOS : Eddy Louiss © Jean-François Grossin - Laurent Mignard, Denise King & Olivier Hutman, Stéphane Belmondo, Antoine Hervé © Pierre de Chocqueuse - Sinne Eeg © Jesper Skoubølling - Sophia Domancich © Simon Goubert - Paul Abirached © Johanna Benaïnous - Tangora © Violette Fenwick - Bruno Angelini & Giovanni Falzone © Dario Villa - Stéphane Kerecki & John Taylor © Olivier Degen - Pierre Guicquéro © André Hébrard - Ambrose Akinmusire, Terence Blanchard © Philippe Etheldrède - Taylor Eigsti © Devin DeHaven - Christian McBride © photo X/DR.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 09:27

Stefano-Bollani--a-.jpgMERCREDI 18 mai

Stefano Bollani au Sunside. Label danois basé à Copenhague qui se consacre au jazz scandinave depuis 25 ans, Stunt Records y fait son festival. Cette Scandinavian Touch, le pianiste en bénéficie par l’entremise de la section rythmique danoise qui l’accompagne, Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie. Mi-ritorni--cover.jpgIls se sont rencontrés en 2002 à Copenhague lors de la remise du JAZZPAR Prize à Enrico Rava et ont enregistré trois albums dont deux pour Stunt Records : “Gleda” (2004) disponible en France depuis l’an dernier et “Mi ritorni in mente” (2003) qui sort seulement aujourd’hui, Stunt n’ayant jamais trouvé à placer ses disques dans notre pays avant qu’Integral en assure la distribution. Si “Gleda” est entièrement consacré à des thèmes scandinaves, “Mi ritorni in mente” contient surtout des standards. Les deux disques témoignent de la cohésion d’un trio dont les membres privilégient l’écoute et l’échange. La scène est pour eux le lieu propice à l’expérimentation, à l’aventure. Bollani aime que cette dernière comporte des risques. Il travaille sans filet. Son piano romantique, paisible rivière, peut se gonfler de pluies soudaines. Ses notes roulent alors comme les galets d’un torrent Bollani--Magoni.jpgfurieux. Indépendantes et mobiles, ses mains ne cessent de les tricoter. La gauche assure des basses puissantes qui libèrent la contrebasse d’une fonction purement rythmique et lui donnent l’occasion de s’exprimer en soliste. Il fait de même avec son batteur, assure des cadences qui le laisse libre de colorer le rythme, de se faire instrument mélodique. La pièce de Caetano Veloso qu’il reprend en bénéficie. Il joue ensuite une ballade avec un feeling, un toucher exceptionnel. Ses basses ronronnent comme un gros chat. Quelques mesures plus tard, l’animal est un fauve ramassé sur son clavier pour contraindre ses notes à danser. Sa main droite leur fait courir des cent mètres à grande vitesse. Stefano Bollani a du mal à tempérer sa virtuosité naturelle. Qu’importe. Même saturée de notes, sa ligne mélodique reste toujours musicale (on reconnaîtra sur la Katrine Madsenphoto Petra Magoni venue l'applaudir).

 

Avec le même trio, le pianiste accompagne un peu plus tard la chanteuse Katrine Madsen et développe un jeu plus vertical, ajoute des couleurs à une jolie voix d’alto, une voix de gorge au timbre grave qui émet un très lent vibrato, presque une oscillation vocale qui lui confère un aspect fragile. Elle chante Autumn Leaves, un morceau des Beatles et des titres de son dernier opus, “Simple Life”, et laisse beaucoup de place au pianiste qui harmonise, met moins de feu dans ses notes. Au sous-sol, Eliel Lazo, le joueur de congas, « El Eliel-Lazo.jpgConguero », un élève de l’école de percussion d’Oscar Valdes, transformait le Sunset en piste de danse. Sollicité par l’élite du jazz mondial (Herbie Hancock, Wayne Shorter, Dave Holland, Chucho Valdés et le célèbre Danish Radio Big Band) le vainqueur du prestigieux Percuba International Percussion Prize livrait en petit comité une musique rythmée et sensuelle. Avec lui trois musiciens danois dont le guitariste Mikkel Nordso (10 albums publiés sur Stunt Records) et le contrebassiste cubain Felipe Cabrera que l’on entendra beaucoup cet été avec le jeune et talentueux pianiste Harold López Nussa.

St. Germain Crew 

JEUDI 19 mai

Antoine Hervé et Jean-François Zygel en duo dans l’église de Saint-Germain-des-Prés mise comme chaque année à disposition du festival qu’organise le Capitaine Charbaut et son équipage, Donatienne Hantin (productrice et co-fondatrice du festival), Géraldine Santin et Véronique Tronchot toutes les trois sur la photo et que je salue ici. Depuis le concert décevant de Kenny Barron il y a deux ans, l’église est discrètement  sonorisée. Sa forte résonance naturelle oblige les pianistes à ne pas se servir de la pédale forte et d’adapter leur jeu à une acoustique qui ne perturba nullement Hervé et Zygel, parrains de cette édition 2011 du festival. Si le public vint nombreux les Herve--Zygel-a.jpgapplaudir, les journalistes de jazz manquaient curieusement à l’appel comme si la saine émulation pianistique des deux hommes les laissait indifférents. Ils viennent de sortir leur premier disque chez Naïve (“Double Messieurs”), et y improvisent une musique superbe qui aurait très bien pu être celle dont ils nous régalèrent ce soir-là. Un mélange de jazz et de classique dans lequel on pouvait reconnaître Bach, Mozart, Bartók, Prokofiev, Stravinsky, Gershwin et bien d’autres dans un flux musical rythmé, un cheminement horizontal de thèmes brièvement esquissés et portés par une harmonie constamment inventive. Majestueux et enchanteur, le premier morceau s’étala sur une petite demi-heure. Antoine Hervé et Jean-François Zygel en embellirent la ligne mélodique, au départ quelques notes qui circulent, se transforment, se répètent, changent de rythmes et de couleurs selon leur humeur complice. Comme deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps, ils ont beaucoup d’histoires à échanger. Chacun intervient dans le récit de l’autre, questionne, relance, enjolive, ornemente. Jean-François martèle des basses lourdes et puissantes, peut donner un poids rythmique considérable à Hervé, Zygeldes improvisations basées sur le chant carillonnant de Big Ben ou sur les notes d’une simple comptine. Oncle Antoine relance et fignole la ligne mélodique, ajoute de superbes couleurs, des notes perlées, trilles et pas de danses. I Love You Porgy : la musique tangue comme jouée sur le pont d’un navire. Un air du divin Mozart hérite d’une cadence bartokienne. La Carmen de Bizet effleure de ses pieds un dancing floor de Harlem. La chanson populaire de Petrouchka  « Elle avait une jambe de bois » se dessine sans jamais se totalement se révéler. Les deux pianistes préfèrent tourner autour, leurs instruments célébrant la fête de la semaine grasse en tirant des feux d’artifices de notes multicolores qui brillent comme des étoiles. En rappel, la berceuse de Brahms aux notes limpides, légères et presque silencieuses dont on perçoit intensément la beauté.

 

Gerald Clayton bVENDREDI 20 mai

Un mois après avoir donné un concert au Duc des Lombards avec les Clayton Brothers dont il est le pianiste, Gerald Clayton retrouve le club pour y jouer en trio. Avec lui Joe Sanders son bassiste habituel. A la batterie Clarence Penn remplace Justin Brown indisponible ce qui rend plus fluide le répertoire qu’il emprunte à “Bond, The Paris Sessions”, son excellent dernier album (vous en lirez la chronique dans Jazz Magazine / Jazzman). Avec sa frappe lourde, Brown apporte un aspect funky aux compositions du leader et aux standards que contient le disque, place le groove au cœur du discours musical. Se rapprochant davantage de la ligne mélodique des morceaux, le jeu de Penn est Joe Sanders & G. Claytonmoins heurté. Il a longtemps travaillé avec Betty Carter et au sein de nombreux trios. Il écoute, sert le soliste par un drumming souple et félin. Le blues dans les doigts, le pianiste joue de courtes phrases dont il fait respirer les notes et installe une tension à laquelle participe les deux autres instruments. La contrebasse de Sanders reste toutefois son interlocuteur privilégié. Le rythmicien propose aussi ses propres lignes mélodiques, intervient dans les compositions d’un pianiste dont la modernité du discours reste profondément ancrée dans l’histoire du jazz. Gerald Clayton connaît parfaitement le bop. S’il s’amuse à introduire des dissonances, il n’oublie pas de swinguer. Attentif à ses partenaires, il réagit à leurs propositions avec la fougue de la jeunesse. Les ballades qu’il interprète révèlent la délicatesse de son toucher, la richesse de ses harmonies raffinées que l’on applaudit sans réserves.

Photos & collage © Pierre de Chocqueuse     

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