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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 11:30

Logo-Jazz-en-Tete.jpgDepuis 24 ans le festival Jazz en Tête fait le bonheur d’un public qui souhaite écouter du jazz dans un festival de jazz. La salle de la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand dans laquelle se déroulent les concerts comprend une vaste Malia-a.jpgscène abondamment éclairée. On peut y faire de superbes photos - demandez à Philippe Etheldrède : avec son Instamatic Kodak équipé d’un flash cube, il en réussit de très bonnes - ou traîner backstage dans les loges mises à la disposition des invités. Entrouvrant la porte de l’une d’elles, je suis surpris par les ronflements qui en sortent. Un repaire de marmottes en pleine hibernation ? Non, tout simplement Jean-Paul, Jacques des Lombards et Bajoues Profondes qui sommeillent. Musiciens et journalistes occupent d’autres loges, fraternisent. L'infatigable Denis Maillet trouve des solutions à tout. L’attachée de presse Sybille Soulier chouchoute ses journalistes. Dodo, une jeunette, court partout. Malia fait provision d’eau minérale avant de monter sur scène. Le photographe Michel Vasset immortalise en noir et blanc. Maître d’œuvre du festival, son directeur artistique Xavier “big ears” Felgeyrolles a fort à faire. Il faut gérer l’imprévu, les Xavier-Felgeyrolles-.jpgproblèmes inattendus. L’avion qui conduit Vijay Iyer et ses musiciens d’Istanbul à Clermont a pris trop de retard pour qu’un soundcheck soit possible. Ils n’arriveront que tardivement. Charles Lloyd accepta d’assurer la première partie, de donner un concert plus long afin que le public n’ait pas à attendre. Apprécié des musiciens et des journalistes, le festival fidélise un public enthousiaste. Malgré leur arthrite galopante, Monsieur et Madame Michu font chaque année le voyage. Ils savent qu’ils vont y entendre du jazz, une musique qu’ils ont appris à connaître et à aimer, une musique qui malgré sa grande diversité repose sur des règles, un vocabulaire qui lui appartient en propre. Xavier Felgeyrolles a conçu Jazz en Tête « comme une plongée annuelle et profonde dans le jazz de chez jazz », un jazz que Xavier associe étroitement au swing « triomphe de la vie sur la candeur lénifiante des sirops, l’ombre de cette petite chose que n’ont pas les autres musiques musicales, un antidote plus que centenaire à la poussière quotidienne. » Nicolas Caillot G. Porter ©Ph. Etheldrèderemplace aujourd'hui Daniel Desthomas à la tête de l’association Jazz en Tête. Son équipe a permis aux Michu d’applaudir les jazzmen qu’ils rêvaient écouter et d’en découvrir d‘autres, tout aussi talentueux. Après Ambrose Akinmusire, Walter Smith III et Robert Glasper qu’ils ont entendus pour la première fois à Clermont, la présence cette année de Gregory Porter, chanteur dont on va beaucoup parler et que je suis allé écouter au Duc des Lombards, les fait déjà bien saliver. Rester plus de deux jours m’étant impossible, Philippe Etheldrède m’a gentiment fait parvenir une photo criante de vérité de ce dernier. Quel talent ce Philippe ! Mais ils ont tous le jazz en tête !

 

MARDI 18 octobre

J. Terrasson & B.E. TravisJacky Terrasson reste un habitué de Jazz en Tête. Normal, il compte parmi les meilleurs pianistes de la planète jazz et parvient à mettre son énergie, son sens inné du rythme au service d’harmonies aux couleurs rutilantes. On attendait Justin Jacky Terrasson-copie-1Faulkner à la batterie. Corey Fonville le remplaça. Ce jeune virginien que l’on a entendu auprès de Joe Locke, Jeremy Pelt, Richie Cole et Cyrus Chestnut prend visiblement plaisir à jouer avec Burniss (avec deux s) Earl Travis, un spécialiste de la basse électrique. Il ne joua que de la contrebasse, le funk saupoudrant une musique chantante privilégiant l’harmonie, contrebasse et batterie se mettant au service d’un jazz plus mélodique que musclé, Jacky conservant la dynamique de son piano. Au cours d’une longue introduction en solo, il utilisa son instrument de manière percussive  – cordes pincées, tirées, notes martelées – prélude à un Sister Cheryl Corey-Fonville.jpg(Tony Williams) époustouflant. Dans Smile, un des thèmes qu’il affectionne, il fit tourner un ostinato permettant au batteur de montrer son savoir faire. Il étala la richesse et la diversité de son piano dans les ballades - articulation parfaite, toucher limpide, notes effleurées, caressées, art maîtrisé de la nuance - , cette première partie de concert s’achevant sur une version vitaminée de Caravan, Jacky aimant reprendre des standards pour les moderniser. Malia rejoignit le trio sur scène pour la suite du programme. Originaire du Malawi, elle s’elle fait connaître par des enregistrements qui relèvent de la soul music et met Malia-b.jpgaujourd’hui sa voix grave et sensuelle au service du jazz. Sa légère raucité fait merveille dans les ballades qu’elle interprète avec feeling, How Long Has This Been Going Home ? de Gershwin, Then You’ve Never Been Blue que popularisèrent Judy Garland et Ella Fitzgerald. Jacky trempe ses notes dans le blues, en joue peu, mais les place toujours aux bons endroits pour servir de tremplin à la voix, optimiser le chant. Malia aime Billie Holiday et Nina Simone, chante My Baby Just Cares for Me et Don’t Explain. Une version enlevée et funky de Workin’, le tube de Nat Adderley, s’enrichit d’un solo de contrebasse énergique. Malia peut poser sa voix en toute confiance. Un trio merveilleux l’accompagne.

 

MERCREDI 19 octobre

Charles-Lloyd.jpgCharles Lloyd : le mouvement de vigne de son saxophone s’enroulant autour des mélodies que lui dicte son imaginaire me reste en mémoire. S’il souffle des ragas de petit matin, son mysticisme passe aussi par des moments intenses. Il peut tordre le cou à ses notes comme s’il désespérait de leur imperfection. Son chant autorise tous les possibles : cris de rage, de douleur qu’apaise une immense tendresse. Charles laisse beaucoup de place à ses musiciens. Jason Moran son pianiste cultive les dissonances, joue un piano abstrait mais sait aussi rester à l’écoute de l’autre, se montrer lyrique, ses phrases ouvertes accueillant les tourbillons de notes Reuben RogersJason MoranEric Harlandspiralées que Lloyd place entre deux prières. Ce dernier dispose d’une des meilleurs rythmiques du moment. A la contrebasse, Reuben Rogers assure un contrepoint mélodique aux solistes, guide leurs échanges sans jamais rechercher C.-Lloyd-.jpgl’exhibition. Une réelle complicité existe entre lui et Eric Harland. Tous deux s’accordent à varier les tempos, à tisser une grande variété de rythmes pour enrichir le flux sonore. Styliste de l'instrument, le batteur pratique un drumming foisonnant, une polyrythmie savante et souple qui loin de fermer la musique lui ouvre des perspectives, l’engage sur des sentiers qui bifurquent. Superbe version de Go Down Moses dans laquelle Lloyd porte haut un chant profondément spirituel et met son âme à nu.

 

Vijay-Iyer-Band.jpgLa musique de Vijay Iyer est certes plus difficile à saisir. Lui aussi possède une section rythmique d’exception. Elle lui permet de prendre des risques, de développer un jeu constamment inventif. Vijay utilise des modes indiens, les Vijay IyerMarcus Gilmorerythmes carnatiques de l’Inde du Sud, joue un piano souvent percussif. Ses répétitions de notes hypnotisent. Le pianiste reste pourtant profondément lyrique. Influencée par Thelonious Monk, Cecil Taylor et Andrew Hill, sa musique Iyer--Crump--Gilmore.jpgl’est aussi par Duke Ellington et se situe dans la tradition du jazz. Son répertoire comprend de nombreux standards qu’il traite de manière personnelle. Clusters, dissonances, intervalles inhabituels, les notes s’échappent de son piano comme un torrent furieux. Contrebasse et batterie installent une tension constante, dynamisent une musique savante qui fait parler le groove. Stephan Crump joue beaucoup de notes sur sa contrebasse. Marcus Gilmore multiplie les rythmes impairs et fractionnés. Une polyrythmie souple et mobile conduit Vijay Iyer à repenser le vocabulaire pianistique pour le plonger dans la modernité.

 

PHOTOS  © Pierre de Chocqueuse - Gregory Porter © Philippe Etheldrède. 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 09:45

E.-Rava--Tribe-cover.jpgApôtre du free jazz dans les années 70, Enrico Rava utilisait le cri, la démesure paroxystique comme moyen d’expression. Privilégiant la mélodie, il préfère aujourd’hui souffler de la douceur, arrondir ses notes brumeuses pour les rendre plus belles. Trois ans après “New York Days”, un enregistrement new- yorkais qui compte parmi les grands opus de sa discographie, le trompettiste retrouve son groupe transalpin, mais sans Stefano Bollani qui possède son propre trio et donne des concerts en duo avec Chick Corea. Pour le remplacer, Enrico a engagé un jeune musicien qu’il suit depuis longtemps. Il l’a connu âgé de 12 ans et l’a vu travailler son piano sans relâche. « Pour continuer d’inventer j’ai besoin de me mettre en situation d’être surpris. Giovanni Guidi est comme Bollani ou Petrella : il m’étonne constamment. » On ne le serait pas moins à l’écoute de ce pianiste au toucher délicat qui possède un sens profond des couleurs, économise ses notes pour les placer aux bons endroits, et enrichit les thèmes par ses nuances. Rava reprend ici de vieux thèmes de son répertoire. Cinq des douze morceaux que contient l'album ont été précédemment gravés pour ECM, Label Bleu et Soul Note. Les trois premiers s’enchaînent parfaitement, comme s’ils avaient été conçus ainsi. Le mélancolique Amnesia introduit Garbage Can Blues qui, confié à un trio (piano, contrebasse, batterie), sert de prélude à Choctow. Émule de Paul Motian, son jeu mélodique allant de pair avec un travail sur les timbres de l'instrument, Fabrizio Sferra marque le temps sur la grande cymbale. Associée à la contrebasse complice de Gabriele Evangelista qui assure souvent une simple pédale, sa batterie rythme les dialogues de Rava et de Gianluca Petrella au trombone. Le thème de Cornettology relève du bop, mais très vite, le morceau bifurque, s’ouvre aux improvisations collectives des solistes, le ralentissement du rythme harmonique leur donnant une grande liberté. Invitée dans F. Express, la guitare de Giacomo Ancillotto en souligne la ligne mélodique. Tears For Neda nous tire effectivement des larmes. Son tempo est lent ; de ses notes chagrines coulent des pleurs. Une série de courtes compositions complètent l’album. Song Tree évoque le Miles Davis de Lonely Fire. Autre pièce modale et lente, Paris Baguette subjugue par la magie de son lyrisme, la trompette de Rava servant le cantabile avec une grande variété d’inflexions. Un des disques les plus attachants de l’année.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:21

Micros-insectes.jpg

Novembre : malgré un budget réduit, le festival Jazz en Tête parvient à faire venir les meilleurs jazzmen de la planète. Il ne dure que 5 jours, en est à sa 24ème édition et rassemble tous ceux qui souhaitent entendre du jazz dans un festival de jazz. Ce n’est pas si fréquent. Lors de leur périple estival, les Michu ont maintes fois frôlé la crise cardiaque, la viole de gambe des Carpates ou le Bongo Balalaïka Techno Jazz Band leur ôtant tout moral. Certains de le retrouver à Clermont-Ferrand, Monsieur et Madame Michu ont fait le déplacement et occupent les premiers rangs de la Maison de la Culture. Leurs fauteuils sont si confortables qu’ils ne remarquent pas les lascars qui les entourent, Jean-Paul descendu de Paris pour Jacky Terrasson et son ami Bajoues Profondes, râleur impénitent. Lorsqu’il ne rêve pas à ses prochaines émissions de Jazz à FIP, à celle qu’il prépare pour le 13 novembre, Philippe Etheldrède prend des photos. Entre deux critiques acerbes, Jean-Paul ronfle. Les Michu se tassent sur leurs sièges, de peur de déranger. Bajoues Profondes n’aime pas la musique qu’il entend, regrette Count Basie et Duke Ellington, Stan Getz et Dizzy Gillespie. « C’était mieux avant » explique-t-il aux Michu qui apprécient, réclament des rappels. Ils se rendront aux jam-sessions qui se tiennent en face, dans l’hôtel où je loge avec les musiciens. Quant à Bajoues Profondes, le ciel est en train de l’exaucer. Par sa délicieuse attachée de presse, Agnès Thomas, Sony Music vient de me faire parvenir un très bon disque Oscar-Peterson--cover.jpgd’Oscar Peterson en solo, “Unmistakable”. Grâce à un système de reproduction haute résolution, le piano, un Bösendorfer Impérial magnifiquement accordé, joue tout seul la musique d’Oscar. L’ordinateur contrôle le clavier, les pédales, l’instrument restituant avec une richesse stupéfiante des concerts inédits du pianiste. Si Jean-Paul reste sceptique, Bernard jubile. Ses robots deviennent réalités. Correctement informé, l’ordinateur fournira demain des nouvelles compositions de Charlie Parker, Charles Mingus ou Miles Davis. Confiés à des machines intelligentes, les instruments pourront les jouer comme si leurs auteurs étaient toujours vivants. Ne vient-on pas d’annoncer que la médecine était en mesure de régénérer nos vieilles cellules, leur donner une nouvelle jeunesse, rendre à nos vieilles peaux leur souplesse primitive ? Manipulation génétique, manipulation sonore, le progrès nous tombe dessus à la vitesse d’un TGV. Pour du bon jazz éternellement ?  

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Fred Hersch

 

-Fred Hersch au Sunside les 3 et 4 novembre. Avec lui le trio qui a enregistré “Whirl“, l’un des meilleurs disques de l’an passé (Choc Jazz Magazine / Jazzman du mois de septembre 2010). John Herbert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie connaissent bien les tours de passe-passe du pianiste, l’un des meilleurs de la planète jazz, et sont parfaitement aptes à y répondre. Les amateurs ne manqueront pas ces soirées prometteuses.

Deborah-Tanguy-b.jpg

 

-Le 7 à 19h30, Antoine Hervé consacre sa leçon de jazz à Ella Fitzgerald. Avec Deborah Tanguy qui enseigne le chant depuis de nombreuses années pour célébrer Ella. Sa photo passe bien dans mon blog. Oncle Antoine ne m’en voudra sûrement pas de ne pas mettre la sienne ce mois-ci. Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris.

 

-Une photo de Philippe Etheldrède prise à Clermont-Ferrand lors du récent festival Jazz en Tête. Gregory Porter y donna son premier concert sur le sol G. Porter©Ph. Etheldrèdefrançais. On pourra l’écouter au Duc des Lombards, le 7 et le 8 avec Chip Crawford au piano, Aaron James à la contrebasse et Andrew Atkinson à la batterie. Nouveau venu du jazz vocal, Porter envoûte par sa voix de baryton chaude et puissante. Joe Williams, Jimmy Witherspoon, Sam Cooke et Marvin Gaye ont influencé le chanteur dont le jazz se teinte de soul et de gospel. Pour vous en convaincre, écoutez “Water”, (Motéma / Integral), une vraie réussite !

 

S.-SwallowcPhilippe-Etheldrede.jpg-Steve Swallow (basse électrique, faut-il le préciser) en quintette au New Morning le 9. Avec Carla Bley à l’orgue, Chris Cheekau saxophone ténor, Steve Cardenas à la guitare et Jorge Rossy à la batterie. Ce dernier joua longtemps avec Brad Mehldau qui tient le piano dans “Blues Cruise”, un excellent disque de Chris Cheek. On reste donc en famille, avec d’excellents musiciens constituant une formation inédite qui ne peut que surprendre.

 

Kenny-Werner-b.JPG-Depuis quelques années Kenny Werner mène à bien des projets très différents. Un disque surprenant pour Blue Note en 2007, des enregistrements live en trio et en quintette, des travaux en grand orchestre, notamment avec le Metropole Jazz Orchestra et le Brussels Jazz Orchestra (le récent “Institute of Higher Learning”, Choc Jazz Magazine / Jazzman ce mois-ci), sans oublier “New York – Love Songs” en solo, premier disque de la série Jazz and the City, le pianiste ne chôme pas. Le Duc des Lombards l’accueille le 11 et le 12. En trio avec Johannes Weidenmueller à la contrebasse et Dan Weiss à la batterie.

 

Sonny-Rollins.jpg-Sonny Rollins à l’Olympia le 14 (20h00). Je l’ai écouté à Vienne l’été dernier. Le colosse souffle toujours des notes volcaniques et n’a rien perdu de son énergie. S’il se déplace avec difficulté, il possède toujours un son énorme et des idées mélodiques intarissables. Il fait confiance à sa section rythmique pour encadrer et faire tourner sa musique. Depuis deux ans le batteur Kobie Watkins assure un drumming inventif. L’inusable Bob Cranshaw semble avoir retrouver sa contrebasse et les congas de Sammy Figueroa rythment les nombreux calypsos qu’affectionne le ténor. Peter Bernstein complète la formation à la guitare. Il parvient à placer quelques chorus lorsque Rollins, qui n’aime guère passer la main, éprouve le besoin de récupérer des marathoniennes improvisations qu’il pousse jusqu’au vertige.

 

Pascal Schumacher-Le quartette de Pascal Schumacher à l’Institut Hongrois de Paris le 15 (20h00) dans le cadre du Festival JazzyColors, et au Duc des Lombards le 17. Franz von Chossy au piano, Christophe Devisscher à la contrebasse et Jens Düppe à la batterie accompagnent le vibraphoniste luxembourgeois qui se fit connaître en 2002 par ses concerts au Sounds Jazz Club de Bruxelles. Avant d’entamer une brillante carrière sous son nom, Jef Neve fut longtemps le pianiste de la formation. “Bang My Can” leur dernier album est plus proche du rock, mais sur scène, le groupe joue aussi d’anciens morceaux et séduit par la richesse de ses timbres, sa musique très soignée.

 

Dan-Tepfer.jpg-Dan Tepfer en solo au Sunside le 21 à l’occasion de la parution de l’album “Goldberg Variations / Variations” (Sunnyside), improvisations autour des célèbres “Variations Goldberg” de Bach que Dan découvrit à l'âge de onze ans jouées par Glenn Gould. Elles ont toujours été proches de lui. Il les reprend avec transparence, traduit les émotions qu’elles expriment, mais y ajoute sa propre voix, son propre vocabulaire harmonique. Les pièces rapides nécessitent beaucoup de virtuosité, mais ce sont dans les mouvements lents, lorsque Dan joue son propre piano, qu’il exprime le mieux son attachement à Bach et à sa musique.

 

Voice Messengers © Laurent Mignaux-Véritable big-band au sein duquel les cuivres et les saxophones sont assurés par les voix, les Voice Messengers retrouvent une scène parisienne après trois ans d’absence, celle du Théâtre de l’Européen qui les accueille les 21 et 22. La formation comprend les chanteuses Chloé Cailleton, Rose Kroner, Amélie Payen et Solange Vergara. Les chanteurs sont Sylvain Belgarde, Larry Browne, Manu Inacio et Vincent Puech. Gilles Naturel à la contrebasse et François Laudet à la batterie assurent la section rythmique. Au piano Thierry Lalo signe les arrangements, mais aussi les musiques de quelques poèmes de Guillaume Apollinaire, Charles Baudelaire et Oscar Milosz. Le répertoire comprend également des compositions de Jean-Loup Longnon, Glenn Ferris, Tom Harrell et des standards dont le fameux Stolen Moments d’Oliver Nelson. Leur album “Lumières d’automne” a reçu en 2007 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz.   

 

Michel-El-Malem-c-Fred-Monneron.jpg-Ne manquez pas le concert que donnera le saxophoniste Michel El Malem au Sunside le 24. “Reflets” son second album est une des bonnes surprises de la rentrée. Pour jouer ses compositions, Michel garde les musiciens qui l’accompagnent dans “First Step”  son disque précédent - Michel Felberbaum à la guitare, Marc Buronfosse à la contrebasse, Luc Isenmann à la batterie - , mais introduit un cinquième élément dans le groupe, Marc Copland. Son piano apporte d’autres couleurs, enrichit un discours musical au sein duquel règne l’échange, l’écoute mutuelle, le saxophoniste (ténor et soprano) privilégiant la clarté de la ligne mélodique à la virtuosité.     

 

Larry-Willis-c-Mapleshade-Records.jpg-Larry Willis au Duc des Lombards les 25 et 26. Né en 1942, il étudie le chant avant d’apprendre le piano en autodidacte et de jouer dans les clubs de jazz de New York avec Eddie Gomez et Al Foster. Larry a alors 17 ans. Deux ans plus tard, le saxophoniste Jackie McLean l’engage dans sa formation. Il tient le piano dans “Right Now !” (1965), sa première apparition sur un disque. Plus de 300 albums suivront. Lee Morgan, Dizzy Gillespie, Woody Shaw, Stan Getz, Carmen McRae, Shirley Horn feront appel à ses services, le pianiste enregistrant beaucoup pour les labels Audioquest, Steeplechase, Evidence et Mapleshade dont il assume la direction musicale depuis 1992. Les apparitions du pianiste sur des scènes françaises sont rares. L’écouter au Duc en trio avec Steve Novosel à la contrebasse et le jeune Billy Williams à la batterie est une opportunité qui ne se refuse pas.

 

Ricky-Lee-Jones-c-Dave-Barnum.jpg-Publié en 1981, “Pirates” interpelle par sa pochette, une superbe photographie de Brassaï. Le disque contient huit chansons inspirées confiées à des musiciens de la scène rock californienne (les guitaristes Dean Parks et Steve Lukather) mais aussi à des jazzmen. Randy Brecker, David Sanborn et Tom Scott assurent les vents. Russell Ferrante, Donald Fagen (Steely Dan), et Rob Mounsey jouent des claviers. La section rythmique se voit confiée à Chuck Rainey et Steve Gadd et les arrangements de Skeletons et The Returns à Ralph Burns. Rickie Lee Jones, vingt-sept ans à l'époque, signe l’un des meilleurs albums d’une carrière qui l’a souvent vu flirter avec le jazz. “Girl at her Volcano” (1983) contient une reprise émouvante de My Funny Valentine et “Pop Pop” (1991) bénéficie de la contrebasse de Charlie Haden, Joe Henderson soufflant du ténor dans Dat Dere et Bye Bye Blackbird. Avec ses musiciens, la chanteuse interprétera “Pirates” le 27 Salle Pleyel.

 

Bill-Frisell-858-Quartet-cMichael-Wilson.jpg-Jazz, rock, blues, country music, Bill Frisell touche à tout et surprend par la diversité de ses projets. Son 858 Quartet est un quartette à cordes au sein duquel il joue bien sûr de la guitare. Jenny Scheinman au violon, Eyvind Kang à l'alto et Hank Roberts qui tient le violoncelle complètent la formation dont l’album “Sign of Life” s’est fait remarqué. Frisell a depuis sorti un nouveau disque consacré aux chansons de John Lennon. Au sein du 858 Quartet, il mélange les genres, mais exprime une musique profondément enracinée dans le sol de l’Amérique. Le groupe sera au New Morning le 28.

 

Harold-Mabern-c-David-Katzenstein.jpg-Harold Mabern en trio au Sunside les 28, 29 et 30 novembre avec John Weber à la contrebasse et Joe Farnsworth à la batterie. Lui aussi joue rarement à Paris. Originaire de Memphis comme Phineas Newborn son mentor, il pratique un piano virtuose aux notes abondantes, joue de longues lignes mélodiques élégantes. Très actif dans les années hard bop, Mabern travailla avec Donald Byrd, Miles Davis, Lee Morgan, Freddie Hubbard, Sonny Rollins, Jay Jay Johnson et fut membre du Jazztet que co-dirigeaient Art Farmer et Benny Golson.

 

Affiche Jazzycolors-Faire découvrir des artistes peu connus en dehors de leur pays d’origine, c’est le projet du  festival Jazzycolors qu’organise 16 centres culturels étrangers. Pendant trois semaines, du 8 au 30 novembre, ces derniers proposent 17 concerts dans divers lieux de la capitale parmi lesquels l’ambassade du Portugal, l’Institut Hongrois et le Goethe Institut. Placé sous la présidence de Daniel Humair lors de sa création en 2002, le festival est parrainé par Bojan Z depuis 2008. Confié à ce dernier, le concert d’inauguration aura lieu le 8 au centre culturel de Serbie. Les musiciens qui se produisent cette année ne nous sont pas tous inconnus.  Christian Muthspiel, Jordan Officer, Pascal Schumacher et la pianiste Julia Hülsmann font déjà parler d’eux. Renseignements : www.jazzycolors.net

Sunside.jpg 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com 

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr 

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com 

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com 

-Théâtre de l’Européen : www.leuropeen.info 

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.fr 

 

PHOTOS :Micros insectes, Fred Hersch, Sonny Rollins, Pascal Schumacher, Dan Tepfer, Sunset / Sunside  © Pierre de Chocqueuse - Gregory Porter, Steve Swallow © Philippe Etheldrède - Kenny Werner © Kenny Werner 2011 - The Voice Messengers © Laurent Mignaux - Michel El Malem © Fred Monneron -  Larry Willis © Mapleshade Records - Ricky Lee Jones © Dave Barnum - Bill Frisell 858 Quartet © Michael Wilson - Harold Mabern © David Katzenstein - Deborah Tanguy,  © X/D.R. 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 15:54

R.-Bottlang--Teatro-Museo--cover.jpgAu début des années 80, dans le petit bureau qu’il occupait rue Liancourt, Jean-Jacques Pussiau me fit écouter “In Front”, le premier disque en solo de René Bottlang qu’il s’apprêtait à sortir sur Owl Records, l’opus 22 de son label. Un deuxième album “At the Movies” allait suivre deux ans plus tard. Je perdis de vue le pianiste suisse et sa musique pour la retrouver en 2003 avec “Solongo” publié par l’AJMI (Association pour le Jazz et la Musique Improvisée) que préside Jean-Paul Ricard. Revenant d’un long séjour en Mongolie, René y dévoile d’autres rythmes, une musique inspirée par ses rencontres avec des musiciens traditionnels, sa découverte d’un autre monde. Après “Trilongo” et “Artlongo”, l’AJMI édite aujourd’hui un nouvel enregistrement de René. Un disque que le pianiste partage avec deux musiciens aussi curieux que lui. On ne présente plus Barre Phillips, le premier contrebassiste qui a osé publier un disque solo entièrement improvisé (“Journal Violone”  en 1968). Quant à Christian Lété, s’il accompagna Claude Nougaro et pendant dix ans Charles Aznavour, il a été le batteur de l’ONJ de Claude Barthelemy, a joué avec moult jazzmen et n’a jamais cessé de constituer des groupes, le dernier en date avec Claude Terranova et Tony Bonfils. “Teatro Museo”  procède d’une autre démarche. Avec Barre Phillips et Christian Lété, René Bottlang converse en toute liberté, choisit de jouer une musique ouverte et collective. Rien ne semble avoir été prémédité dans ce disque qui prend le temps de respirer, de s’écouter. On y entend des cordes, du bois, du métal, des peaux vibrer et résonner. La musique est ici sons et matières. Sa nature tellurique touche à quelque chose de profond, de primitif dans ces improvisations entre trois instruments qui s’épaulent, inventent, parlent ensemble d’une même voix. Dans A l’écoute, Travellers, Sur un bateau jusqu’à une île, Post-Composum, l’harmonie structure le jeu collectif. Plus abstraites, les autres plages s’organisent davantage autour du rythme. Dans Handscript et Off to the Side, les mains frappent, percutent les instruments et participent au processus créatif. Au départ, You, Me and You n’est qu’un simple ostinato joué par le piano. Il déclanche des commentaires abondants, un foisonnement mélodique et rythmique pour le moins télépathique. Introduit par quelques notes obsédantes, Teatro Museo génère une improvisation collective fascinante et témoigne de la remarquable interaction d’un trio pas comme les autres.    

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 09:40

Philippe-Aerts.jpgTrois jours de concerts à l’Abbaye de Neumünster, dans le Grund, l’un des vingt-quatre quartiers de la ville de Luxembourg. Naguère mal famé, c’est aujourd’hui un endroit branché qui regorge de cafés, de bonnes adresses et de bons restaurants. Situé dans le profond ravin où Neumünster la nuitcoule l’Alzette, rivière associée à la Mélusine de la légende, le Grund n’est qu’à quelques minutes de la ville haute. On la rejoint à pied par le Bisserwee, rue de l’époque romaine ou par l'ascenseur qui mène à la place Saint-Esprit. Impliquée dans de nombreux échanges culturels, l’Abbaye de Neumünster s’ouvre aux scènes limitrophes, accueille les musiciens des pays voisins, l’Allemagne, la Belgique et la France. Transformée en Centre Culturel en 2004, elle abrite depuis 2007 l’Autumn Leaves Festival. Les concerts se déroulent Neumünster, parvis la nuitdans la brasserie et pour les plus importants dans la salle Robert Krieps (283 places) de l’autre côté du parvis balisé la nuit comme un aérodrome. Invités et musiciens logent dans un troisième édifice aux murs épais qui servit longtemps de prison. Ancien ministre de la culture et de la justice, Robert Krieps y fut enfermé par les nazis. Le bâtiment a été complètement restauré, les cellules voûtées transformées en studios et en Neumünster, corridorsappartements. Invité par Raymond Horper, directeur administratif et financier de l’abbaye et secrétaire du JAIL (Jazz in Luxembourg), j’occupe l’une des plus grandes et malgré sa salle de bain et son confort moderne, l’endroit reste austère et chargé d’un muet écho martial, comme s’il conservait la mémoire de son sombre passé.

 

 VENDREDI 14 octobre

Le quartette du vibraphoniste luxembourgeois Pascal Schumacher ouvrit les festivités festivalières. La formation existe depuis 2002. Outre Pascal, elle comprend le pianiste allemand Franz von Chossy, le belge Christophe Devisscher à la contrebasse et le batteur allemand Jens Düppe. Peu connue en France, elle a enregistré six albums. Moins réussi que “Silbergrau” enregistré en P. Schumacher & Ch. Devisscher2007 avec Jeff Neve au piano, l’ambitieux “Bang My Can”, le dernier en date, souffre d'une trop grande dispersion musicale. Ce travail d'écriture qui s'écarte parfois du jazz donna lieu à une prestation très soignée sur un plan formel. Pascal Schumacher cherche à mélanger les genres et n’y réussit qu’imparfaitement. Souvent basée sur de longs crescendos, sa musique cinématique emprunte au rock des rythmes binaires qui l’alourdissent sans pour autant la rendre originale. Le vibraphoniste envisage pourtant de manière personnelle le son de son instrument. Couplé à des effets électroniques, son vibra captive par ses timbres cristallins. Franz von Chossy n’a pas la personnalité d’un Jeff Neve auquel il succède, mais son piano met en valeur le vibraphone de Pascal, en prolonge avec bonheur les travaux. Avec un contrebassiste à la sonorité ample et profonde, un batteur subtil rythmant en douceur les phases contrapuntiques de la musique qui s’inspire souvent de l’indémodable Jean-Sébastien, le groupe a assurément la capacité technique de satisfaire ses ambitions. 

 

Al-Foster.jpgUn peu plus vieux chaque année, Al Foster n’a pourtant rien perdu de sa technique, pratique même un jeu moins économe, comme si son énergie, plus grande que par le passé, témoignait d’une jeunesse retrouvée. Le batteur dispose de la contrebasse ronronnante du fidèle Doug Weiss, d’un pianiste très capable, Adam Birnbaum, qui s’efface pour mieux servir la musique et surtout d’un saxophoniste qui sait raconter une histoire, cisèle ses notes et met la pression au bon moment. Marcus Strickland (car c’est de lui dont il s’agit) remplaça Eli Degibri à Luxembourg, la musique, du hard bop, y Marcus Stricklandgagnant en plénitude jazzistique, en finesse harmonique. Le programme annonçait un « tribute to Joe Henderson ». Il n’en fut rien. Al débuta par une version de So What, laissant le soin à ses musiciens de personnaliser et moderniser le répertoire. Jouant ses propres compositions parmi lesquelles un calypso naguère enregistré par Blue Mitchell, le batteur nous donna une version réjouissante de Chameleon, le tube funky d’Herbie Hancock. Le quartette nous régala aussi de quelques ballades, pain béni pour Strickland dont les notes peuvent acquérir la douceur du velours. Le sourire jusqu’aux oreilles, Al, aux balais, marquait les temps avec gourmandise, comme un jeune homme espiègle.

 

C’est dans la brasserie de l’Abbaye transformée en club que Bassdrumbone se produisit peu après. Tromboniste véloce, Ray Anderson tire une Ray Andersongrande variété de sons de l'instrument, étrangle ses notes, les fait chanter et gronder. Mark Elias à la contrebasse offre à cette musique collective de sacrés coups d’archet. Complétant le trio, Gerry Hemingway rythme et commente une musique mouvante et ouverte, presque entièrement improvisée. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques, propose de longues séquences fébriles, alternance de moments calmes, de temps forts, de secousses inattendues. Une formation à découvrir sur scène, à saisir dans le feu de l’action. Elle existe depuis 1977 et ses membres, soudés comme les trois doigts de la main gauche de Django, s’autorisent une aventure musicale d’une grande diversité.

 

SAMEDI 15 octobre

Stefano-Bollani.jpgUne soirée « italienne » pour la nombreuse communauté transalpine résidant à Luxembourg. Une aubaine pour les amateurs de piano qui purent applaudir en première partie de programme le trio danois de Stefano Bollani  avec Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie, la meilleure paire rythmique scandinave. Ils se sont rencontrés en 2002 à Copenhague lors de la remise du JAZZPAR Prize à Enrico Rava et ont enregistré trois albums. Le plus connu, le dernier en date, n’est pas le meilleur. “Mi ritorni in mente” (2003) et “Gleda” (2004) reflètent mieux la cohésion, la musicalité généreuse de la formation qui occupe la scène de la salle Robert Krieps. Pour imaginer une musique plus ouverte, les trois hommes décident au dernier moment de leur répertoire. Jesper-Bodilsen.jpgL’improvisation est plus spontanée. La musique vit et respire grâce à la qualité de leurs échanges. Le piano semble se nourrir des accords, des harmonies de la contrebasse qui se plaît à faire chanter les thèmes. Le dialogue est tout aussi fertile avec le batteur. A l’occasion, le piano, mais aussi le tabouret du pianiste se transforment en instruments percussifs. Du premier, Bollani pince les cordes métalliques de la table d’harmonie, en martèle le coffrage. Son avant-bras droit traumatise le clavier. Sa main gauche fait jaillir des graves puissantes. Avec les pieds du second, il martèle le sol pour en tirer des rythmes. Il chante aussi, reprend Billie Jean de Michael Jackson, en donne une version lente et envoûtante, invente des mots, des onomatopées. Il joue des Morten-Lund.jpgvalses, du stride, du blues, pratique un piano rubato et espiègle. Ses cascades de notes arpégées donnent le vertige. Certes, Bollani en fait trop, mais lorsqu’il parvient à contrôler son trop plein d’énergie, à la mettre au service de la musique, et à s’effacer derrière elle pour lui laisser la première place, il fait réellement des miracles. Le pianiste fougueux et virtuose excelle ainsi dans les ballades dont il effleure les notes et fait couler le miel. Son toucher élégant et sensible, le poids émotionnel qu’il leur donne nous rend précieux une large partie de son répertoire. Une longue improvisation de rêve en solo, Dom de iludir de Caetano Veloso en rappel, le trio souvent en état de grâce nous offrit des moments de grand bonheur.

 

Stefano-di-Battista.jpgStefano di Battista a du succès, des fans et plaît aux femmes. “Woman’s Land” son dernier disque leur est consacré, des portraits de femmes réelles (Coco Chanel, Anna Magnani), virtuelles (Lara Croft) ou fictives (Molly Bloom, l'épouse de Leopold Bloom dans l’Ulysse de Joyce correspondant à la Pénélope de “L’Odyssée”). Soigneusement arrangée, la musique bénéficie de trois instruments mélodiques qui sur scène dialoguent fréquemment et disposent d’un vaste espace de liberté pour s’exprimer. C’est d’ailleurs les solos que l’on admire dans ces compositions parfois Jonathan-Kreisberg.jpgcomplaisantes qui se nourrissent de nombreux emprunts. Le thème de Coco Chanel fait penser à du Nino Rota, le funky Valentina Tereskova (la première femme cosmonaute) ressemble à du John Barryet Molly Bloom, une valse, est un habile démarquage de My Favorite Things, dont Stefano cita explicitement la mélodie au soprano. Ce dernier tire de l’instrument des sons sensuels et voluptueux, sait raconter des histoires mélodiques et séduisantes. Si le piano d’Olivier Mazzariello est surtout décoratif, Jonathan Kreisberg, le guitariste, impressionne par sa vélocité, la richesse de ses timbres, de ses effets sonores (notamment dans Anna Magnani et Coco Chanel, son instrument sonnant alors comme un banjo). Si la musique de Stefano di Battista manque un peu de profondeur, elle embrasse dans la joie et la bonne humeur de larges pans de l’histoire du jazz. Ella Jeff-Ballard.jpg(Fitzgerald) et Lara Croft relèvent du hard bop. Coco Chanel nous ramène aux années du stride et du charleston et Madame Lily Devalier (qui travailla sur les essences des parfums) sent bon le blues. La section rythmique pousse les solistes à se surpasser. Bien que trop discret, Francesco Puglisi fournit un gros travail à la contrebasse. Batteur puissant et instinctif, Jeff Ballard dynamise une musique qui passe bien en concert.

 

Mdungu.jpgRetour à la brasserie pour une toute autre musique, un appel à la danse pour les insomniaques et noctambules invétérés. Créé en 2003 par le saxophoniste Thijs van Milligen, Mdungu rassemble neuf musiciens de quatre pays, Hollande, Luxembourg, Espagne et Gambie. Influencé par l’Afrique, ses danses et ses transes, porté par des saxophones musclés alto, ténor et baryton), des guitares électriques saturées et outre un batteur, comprenant deux percussionnistes, le groupe déménage, balance joyeusement une musique funky, propose ska, reggae, jive, puise ses influences jusqu’en Afrique du Sud (marabi, mbaqanga) et mêle les genres dans un pandémonium torride et bon enfant.

 

DIMANCHE 16 octobre

Ivan-Paduart-Trio.jpgPas facile de réunir un public attentif un dimanche matin à 11h30 dans une brasserie où sont encore servis des petits-déjeuners à des amateurs de jazz qui sortent à peine de leur lit. Par la richesse de sa musique, la qualité de son swing, le trio d’Ivan Paduart parvint pourtant à éveiller l’intérêt des plus endormis. Méconnu en France, il a pourtant joué avec Tom Harrell, Toots Thielemans, Philip Catherine, Claude Nougaro, Rick Margitza, Bob Malach, Fay Claassen et David Linx. Sa rencontre avec Michel Herr en 1985 le persuada de devenir pianiste de jazz. Ivan Paduart compose et arrange ses musiques, des compositions impressionnistes d’une grande Philippe-Aerts--b-.jpgrichesse harmonique. Son piano aux notes délicates doit beaucoup à Bill Evans, il admire beaucoup Fred Hersch et consacra un disque entier à ses compositions. Le lieu dans lequel le trio se produit de si bon matin ne dispose que d’un piano droit ce qui n’est pas idéal pour un musicien de cette envergure. Très vite on n’entend plus l’instrument, mais seulement le pianiste, qui captive par sa musique solaire que sert un toucher délicat. Pour accompagner son univers poétique, deux complices de longue date, Philippe Aerts dont les lignes précises de sa contrebasse servent idéalement sa musique et Dré Pallemaerts, batteur expérimenté que les amateurs qui fréquentent les clubs de jazz parisiens connaissent bien. Ivan a enregistré avec eux en 2003 “Blue Landscapes”, une de ses grandes réussites. Souhaitons l'écouter plus souvent.

 

Mario-Stantchev.jpgJe retrouve la salle Robert Krieps pour le concert gratuit d’un quartette réunissant trois musiciens d’origine bulgare, le pianiste Mario Stantchev, le flûtiste Theodosii Spassov et le batteur Boris Dinev. Bien connu de la scène jazz luxembourgeoise, Rom Heck le quatrième homme se sert hélas d’une basse électrique, et son jeu funky trop influencé par Jaco Pastorius ne convient guère à la musique bulgare mâtinée de jazz qui nous est proposée. Spassov joue du kaval, une flûte à huit trous, et instaure de plaisants dialogues avec Stantchev, pianiste installé dans le sud de la France qui possède un solide métier et beaucoup d’expérience. Monotone, peu varié sur le plan des timbres, ce folklore jazzistique ne m’a guère convaincu.

 

Die-Enttauschung.jpgLe temps m’a manqué pour assister à l’intégralité du concert que donnait le groupe allemand Die Enttäuschung à la brasserie. Axel Dörner (trompette), Rudi Mahall (clarinette basse), Jan Roder (contrebasse) et Uli Jennessen (batterie) jouent le jazz qu’Ornette Coleman et Don Cherry pratiquait au début des années 60, une musique libre, mais structurée et organisée. Si elle n’est pas neuve, elle reste toutefois plus moderne qu’une bonne partie du jazz qui se crée aujourd’hui. J’ai entendu du rire, de l’humour dans ces comptines allègres, ces mélodies changeantes comme un ciel d’Ecosse, ces improvisations collectives au sein desquelles les couinements, râles et dissonances des souffleurs sont étroitement liés à un flux musical pour le moins tempétueux.

Photos © Pierre de Chocqueuse       

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:00

Diego-Imbert-Next-Move--cover.jpgAyant choisi la contrebasse pour exprimer sa musique, Diego Imbert compose et arrange ses propres morceaux pour un quartette au personnel stable qui vit le jour en 2007. Garant du tempo, il stabilise le flux musical, lui donne une forte assise rythmique. La solidité et la logique de ses lignes de basse vont de pair avec l’attention qu’il porte aux mélodies, ces dernières guidant et inspirant son travail. Enregistré en octobre 2008, “A l’ombre du saule pleureur” mêlait déjà écriture et improvisation au sein de compositions ouvertes réservant de grands espaces de liberté aux solistes. Le groupe eut l’occasion de donner de nombreux concerts et ses membres apprirent à mieux se connaître, développant ensemble une véritable complicité dont tombent aujourd’hui des fruits réellement mûrs. Nul hasard donc si les rythmes, les mélodies et les improvisations s’agencent ici avec une remarquable fluidité. “Next Move” n’est que le second opus de la formation et pourtant la prise de risque, l’interactivité qui y règne font croire qu’elle existe depuis très longtemps. Se réservant de courts intermezzos, Diego écrit pour le bugle d’Alex Tassel, le saxophone ténor de David El-Malek, la batterie de Franck Agulhon, mais c’est ensemble que les protagonistes de cette aventure mettent les mains dans une pâte sonore qu’ils soulèvent et portent à bonne cuisson. Les compositions soignées séduisent par leurs couleurs, leurs justes proportions (équilibre parfait entre écriture et improvisation). Approchant les dix-huit minutes, la suite en quatre parties qui ouvre l’album est représentative de la musique qu’on y entend. Portés par le drumming foisonnant du batteur, les thèmes se voient exposés à l’unisson par des solistes qui développent des contre-chants, recherchent le dialogue tout en soignant l’aspect purement sonore de leur discours. De sombres nuages semblent traverser un troisième mouvement de forme chorale qui génère une improvisation collective gourmande des quatre instruments. Une certaine mélancolie se dégage de la plupart des ballades. November Rain se pare de couleurs automnales. Next Move et Snow ouvrent les portes du rêve, cette dernière pièce s’achevant par un solo de batterie inattendu. Les morceaux rapides sont tout aussi convaincants. Franck Agulhon fait danser ses tambours dans le funky Fifth Avenue. Les accords du bop propulsent vers les sommets des gratte-ciel l’énergique Electric City. La liberté insolente avec laquelle le tandem Alex Tassel / David El-Malek abordent le bref et allègre Shinjuku n’est pas très éloignée de celle que s’accordent Don Cherry et Gato Barbieri dans “Complete Communion”, le saxophoniste soufflant toutefois des phrases plus tranquilles et apaisées que celles, véhémentes, du ténor argentin. Quant à Diego Imbert, c’est souvent Dave Holland qu’il évoque par ses basses justes et précises, sa musique généreuse qui se passe de piano.

 

Pour fêter la sortie de leur album, Diego Imbert, Alex Tassel, David El-Malek et Franck Agulhon donneront un concert au New Morning jeudi prochain 27 octobre.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 09:00

Collage-ViancPdC.jpgExposition Boris Vian à la Bibliothèque Nationale de France (Galerie François 1er) du 18 octobre au 15 janvier 2012). Peu connu de son vivant, sauf par les amateurs de jazz et les lecteurs de Jazz Hot qui suivaient attentivement sa « revue de presse », Boris Vian (1920-1959) se fit connaître du grand public lorsque l’éditeur Jean-Jacques Pauvert réédita son “Écume des jours” en 1963. Diplômé de l’École Centrale, Boris préféra se consacrer à l’écriture, à l’invention d’un langage poétique dont bénéficièrent ses romans. Le scandale que provoqua la parution de “J’irai cracher sur vos tombes” publié sous le pseudonyme de Vernon Boris Vian D.RSullivan fut nuisible à sa carrière d’écrivain. L’échec de son roman “L’Arrache-cœur” en 1953 la lui fit interrompre au profit de la chanson. Directeur artistique chez Philips à partir de 1955, il y créa « Jazz pour tous » (collection de 30cm) et « Petits jazz pour tous », série de 45 tours. Car le jazz fut la grande passion de Boris. S’il cessa de jouer de la trompette en 1955, il écrivit de nombreux textes et articles sur le sujet. Outre Jazz Hot dont il tint la revue de presse de décembre 1947 à juillet 1958, il collabora à Combat, Arts, Spectacles, Les Cahiers du Disque. Rédacteur en chef de Jazz News à partir de son numéro 3 (mars 1949), B. Vian, Chansons possibles, coveril rédige presque entièrement le huitième numéro sous les pseudonymes de Michel Delaroche, Docteur Gédéon Molle, Andy Blackshick, S. Culape. La revue cessera de paraître en juin 1950 après une onzième et ultime livraison.

 

Manuscrits - ceux de “J’irai cracher sur vos tombes”, du “Conte de fées à l’usage des moyennes personnes”, de “Trouble dans les Andains”, de la traduction du “Jeune homme à la trompette” de Dorothy Baker (“Young Man with a Horn”) - , éditions originales, peintures, revues, affiches et photographies nourrissent cette exposition dont la scénographie par son implantation en forme de fleurs de nénuphars fait COUV-VIAN.jpgréférence à “L’Écume des jours”. Son parcours audiovisuel est également d’une grande diversité. On peut y voir sur grand écran des extraits d’émissions de radio et de télévision provenant des archives de l’Ina, “La vie jazz, film documentaire de Philippe Kohly, “L’Écume des jours” de Charles Belmont ou “L’Herbe rouge” de Pierre Kast.

 

Richement illustré, le catalogue de l’exposition supervisé par Anne Mary, conservateur du département des Manuscrits de la BnF (une coédition BnF - Gallimard, 192 pages, 39 euros) comprend un long texte d’Alain Tercinet que les amis du jazz connaissent bien.

 

Ouverture du mardi au samedi de 10h à 19h, et le dimanche de 13h à 19h. Fermée lundi et jours fériés.

 

Logo-Vogue--b-.jpgL’exposition « Vogue » se poursuit jusqu’au 13 novembre à la BnF. Fondée en 1947 par trois amateurs de jazz, Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, Léon Cabat et Albert Ferreri, la maison de disque connut son premier succès avec Les oignons de Sidney Bechet, plus d’un million d'exemplaires vendus. Vogue diffusa en France les premiers disques microsillons et s'illustra dans tous les genres musicaux. Jazz (Claude Luter, Martial Solal, Henri Renaud), musiques ethniques (les trésors ethnomusicologiques du Musée de l'Homme), chanson française (premiers disques de Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Jacques Dutronc et Antoine), musique classique et musique pop. Cette saga prendra fin au milieu des années 80 avec l’arrivée du CD, support optique dont le succès contraindra la maison de disques à fermer son usine de pressage de Villetaneuse.

 

Mezz-Mezzrow--cover-P.-Merlin.jpgSeize panneaux dont quatre consacrés au jazz racontent cette histoire. Pochettes de disques (Pierre Merlin en signa de magnifiques), affiches, catalogues, photographies rares ou inédites (l'orchestre de Duke Ellington enregistrant salle Wagram avec un orchestre symphonique, des clichés d'André Berg) en constituent l’essentiel. S’y ajoutent des archives sonores et audiovisuelles : interviews d’artistes et du personnel de Vogue et images de scopitones, petits films diffusés dans les années 60 sur des juke-boxes associant l'image au son.

 

Allée Julien Cain. Du mardi au samedi de 10h à 20h, dimanche de 13h à 19h, et le lundi de 14h à 20h. Exposition fermée le lundi matin et jours fériés. Entrée libre.

 

Photos : Hommage à Boris Vian (collage), Pierre de Chocqueuse - Photo en largeur de B. Vian © D.R. / Archives Cohérie Boris Vian, Paris 2011.

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:30

Denny-Zeitlin---Labyrinth--cover.jpgEnregistré en juillet 2008 et juin 2010, “Labyrinth” rassemble les meilleurs moments de deux concerts donnés par Denny Zeitlin au Ernie Shelton’s House de Sebastopol (Californie), un petit club intime (moins d’une centaine de places) qu’il apprécie pour la qualité de son public. Le pianiste (73 ans aujourd’hui) conserve intacts ses moyens techniques. Il articule parfaitement ses notes, contrôle leurs attaques et leurs résonances au sein d’un jeu dynamique qui met en valeur une main gauche puissante et espiègle. L’histoire du jazz reste présente dans sa musique. Le blues et ses ambiguïtés harmoniques, ses notes bleues qui oscillent entre les modes majeur et mineur, la teinte de façon particulière. Zeitlin aime aussi les intervalles distendus, les tensions dissonantes (septièmes majeures, quartes augmentées) souvent recherchées pour elles-mêmes. Son harmonie n’est pas toujours linéaire. Dans Footprints qui ouvre le disque, il tourne autour du thème, le segmente, en isole les huit premières mesures. Fruit d’une réflexion personnelle, le morceau de Wayne Shorter devient prétexte à des variations inattendues. Dancing in the Dark bénéficie d’une nouvelle jeunesse harmonique tandis que Sail Away et People Will Say We’re In Love inspirent à l’interprète de longues improvisations lyriques. Ce dernier joue un piano rubato et rêveur, s’attarde sur les mélodies qu’il décante et transforme, en fait ressortir les belles notes. Celles de As Long as There’s Music, presque une valse, sonnent avec beaucoup d’autorité. La composition de Jule Styne hérite de basses puissantes. Une main gauche virevoltante pose les arpèges et les notes perlées. Ce n’est pas la première fois que Zeitlin nous en offre une version enregistrée. Le chaloupé Brazilian Steet Dance a également fait l’objet d’enregistrements en solo, en trio et en duo. Slipstream et Labyrinth datent des années 60 et furent gravés pour Columbia. Cette dernière pièce, la plus longue de l’album, fascine par ses chausse-trapes. Le pianiste s’amuse à se tendre des pièges, explore sans jamais se perdre tout le registre de son clavier, utilise sa table d’harmonie comme un miroir sonore déformant. Il aime terminer ses concerts par des prestissimo éblouissants. Slipstream nous y prépare, un thème que Lazy Bird écrit par John Coltrane surpasse en pure virtuosité.

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:46

Abbaye-de-Neumunster--ensemble-.JPGSituée dans le Grund, au cœur des vieux quartiers de la ville de Luxembourg, l’Abbaye de Neumünster est une ancienne abbaye bénédictine dont les premières pierres furent posées en 1606. Sécularisée à la Révolution française, elle servit d’hospice militaire et même de prison d’état pendant 200 ans jusqu’en 1984. Aujourd’hui transformée en Centre Culturel de Rencontre, des expositions y sont organisées. Outre une salle de conférence, elle abrite une salle de 300 places qui accueille deux festivals de jazz : Piano Plus… et à la mi-octobre le Autumn Leaves Festival. Dans la vaste brasserie de cet impressionnant ensemble architectural, j’ai rencontré Raymond Horper secrétaire de JAIL (Jazz in Luxembourg) une A.S.B.L. qui organise ces manifestations et bien d’autres. Je lui cède la parole.

 

Abbaye-de-Neumunster-b.jpg« Nous avons ouvert le Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster en 2004 et choisi d’y privilégier le jazz, une musique métissée bien connue des luxembourgeois qui reflète bien la devise du lieu : “dialogue des cultures, culture du dialogue”. Dans les années 70 de nombreux musiciens volaient sur Icelander qui assurait une liaison aérienne New York/Luxembourg via Reijavik. Avant d’entreprendre leurs tournées européennes, ils donnaient ici leurs premiers concerts, au Melusina, club qui existe toujours, mais programme aujourd’hui très peu de jazz.

 

« Nous avons commencé par nos Apero Jazz, concerts gratuits qui se déroulent ici même dans l’Abbaye tous les dimanches matin, quarante-cinq fois par an. Puis nous avons créé le festival Autumn Leaves en 2007, l’étalant sur une période de deux mois, avec des concerts tous les vendredis soir en octobre et novembre, soit huit soirées consacrées au jazz. Cette formule a bien marché, mais l’ambiance n’était pas celle que nous recherchions. Au bout de deux ans, nous avons recentré Raymond Horper-bcette manifestation sur un week-end de trois jours à la mi-octobre. L’année suivante, en 2008, nous avons créé le festival Piano Plus… qui se déroule sur deux mois, en février et mars, depuis 2010. L’Abbaye a la chance de posséder un Steinway extraordinaire, 3/4 de queue d’une qualité sonore exceptionnelle. Deux de nos amis pianistes l’ont choisi chez Steinway à Hambourg et ont eu beaucoup de chance de découvrir ce modèle. Jacky Terrasson, Joachim Kühn ne me contrediront pas. Piano Plus… a été créé autour de ce piano associé pour des duos à un autre instrument, à un chanteur, une chanteuse, ou même à un autre piano, tels les pianistes Joachim Kühn et Michael Wollny qui sont venus cette année. La Salle Robert Krieps contient 283 places. Elle porte le nom d’un ancien ministre de la culture et de la justice qui y fut interné durant l’occupation nazie. Il a fermé la prison et classé le site monument national. Nous en avons fait ce Centre Culturel.

 

Abbaye de Neumünster-d« Je ne suis pas moi-même un spécialiste du jazz. Je m’occupe surtout de l’administratif, de l’organisation, de l’encadrement et des finances. J’ai mon mot à dire sur la programmation mais c’est mais c’est Marco Reusch, le président de JAIL (Jazz au Luxembourg) qui s’en charge à 90%. Il assurait la programmation jazz du Melusina à sa grande époque et s’implique dans le jazz depuis très longtemps. C'est grâce à ses nombreux contacts que nous organisons nos manifestations. Le Luxembourg est un petit pays cosmopolite qui possède un grand nombre de musiciens talentueux et parfois confirmés. Je pense notamment au trompettiste Ernie Hammes et au vibraphoniste Pascal Schumacher qui doit se produire avec son quartette lors de notre prochain Autumn Leaves Festival. Cela ne nous empêche pas de rechercher ailleur s des jazzmen prometteurs.  Nous faisons beaucoup d’échanges avec de nombreuses écoles de musique, à Cologne, Metz, Nancy, Bruxelles. Ils nous envoient des musiciens qui eux-mêmes invitent leurs amis étrangers à les rejoindre, à se produire ici. Ce mélange de nationalité est pour nous une chance formidable. »

 

Autumn Leaves Festival 2011, du 14 au 16 octobre 2011.

Vendredi 14 : Pascal Schumacher Quartet (20h) – Al Foster Quartet “Tribute to Joe Henderson” ( 21h30) – Bassdrumbone avec Ray Anderson (23h).

Samedi 15 : Stefano Bollani Trio (20h) – Stefano Di Battista “Woman’s Land”  (21h30) – Mdungu (23h).

Dimanche 16 : Nino de Sopranino a Seng Famill (11h) – Ivan Paduart Trio (11h30) – Mario Stantchev, Theodosii Spassov, Boris Dinev, Rom Heck (14h30) – Die Enttäuschung Quartet (16h).

 

Les concerts ont lieu à l’Abbaye de Neumünster 28, rue Münster, Luxembourg-Grund. Ceux du dimanche sont gratuits.  

 

Programme détaillé téléchargeable sur www.jail.lu

 

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse, sauf la gde photo en largeur de l'Abbaye © X/D.R.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 12:15

Coucher-de-soleil-sur-capitale.jpgOctobre: Bernard, l’homme du jazz conceptuel, m’en veut de ne pas annoncer les concerts du nouveau groupe dont il s’occupe, le Tarzan et Jane Jungle Electo Jazz Band. Son Tarzan joue de la guitare électrique et des synthés numériques. Jane, la chanteuse, est muette. « Elle ne risque pas de chanter faux » ricane Bernard qui promet la sortie prochaine d’un premier album. Il rejoindra la pluie de disques qui se déverse chez les rares disquaires qui subsistent. On solde ainsi toute l’année. Les occasions abondent, le volume des retours impressionne. Quant au net, sa toile propose des millions de références à prix sacrifiés. La grande braderie est permanente et Jean-Paul en profite. Ne vient-il pas d’acquérir le coffret Mosaïc Select de Gerry Mulligan à moins de dix euros. Philippe Etheldrède en fait une crise de jalousie. Lors de sa prochaine émission sur FIP, le mardi 11, il invite Xavier Felgeyrolles, fondateur et directeur artistique de Jazz en Tête pour parler de son festival. Vous n’y trouverez pas les nouvelles stars pour malentendants lancés par une publicité tapageuse et dont les médias font largement écho. La bonne musique, il faut aller la chercher, la repérer dans les petits clubs, les piles de disques inutiles. Chaque rentrée réserve son lot de surprises. Il y a certes les valeurs sûres, les musiciens que vous suivez depuis longtemps et dont les œuvres répondent à l’attente de votre imaginaire. Plus excitants sont les disques inattendus qui transportent, donnent envie d’applaudir des deux mains. Je n’avais jamais entendu parler de Dress Code avant que son pianiste me fasse passer un lien pour écouter son album. Autre découverte, le CD que sort dans quelques semaines Michel El Malem, saxophoniste qui m’était complètement inconnu. Le pianiste en est Marc Copland. Il joue bien sûr un immense piano, mais ce n’est pas seulement grâce à lui que “Reflets” (Arts & Spectacles) est un enregistrement à marquer d’une pierre blanche. Les compositions, les arrangements, l’interaction entre les musiciens sont de tout premier ordre. La musique se vit là intensément ce qui la rend profondément attachante.

 

Godard, Monteverdi coverDans un registre très différent, on peut dire la même chose du nouvel enregistrement de Michel Godard effectué à l’Abbaye de Noirlac près de Bourges. Dans “Monteverdi, a trace of grace” (Carpe Diem), jazzmen et musiciens du baroque se tendent les mains pour célébrer celui qui pendant trente ans fut à Venise le maître de chapelle de Saint-Marc, charge prestigieuse et enviée entre toutes. Ce n'est pas du jazz, mais souvent en état de grâce, Guillemette Laurens (mezzo-soprano), Gavino Murgia (saxophone et chant), Fanny Paccoud (violon), Bruno Helstroffer (théorbe), Steve Swallow (basse électrique) et Michel Godard (serpent) nous offrent une musique très pure et très belle.

 

Antoine HervéQUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Reprise le lundi 3 à 20h00 de la leçon de Jazz d’Antoine Hervé à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, (auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris). Ce mois-ci Oncle Antoine racontera et commentera au piano la belle histoire de Stéphane Grappelli et du swing manouche. Didier Lockwood l’aidera à traduire la magie de la musique de son illustre confrère, violoniste lyrique à la sonorité sensuelle et élégante qui fut jusqu’à sa mort un ambassadeur du jazz français.

 

Wyhiwyg--cover.jpg-“Wyhiwyg”, le disque autoproduit que le pianiste Michel Van Der Esch m’a fait parvenir donne envie d’en écouter les morceaux sur scène. Le Sunset l’accueille le 5 avec son trio (Olivier Rivaux à la contrebasse et David Pouradier Duteil à la batterie). Michel enseigna le rythme et le solfège à la Jazz School München” fut professeur de piano au conservatoire du 5ème arrondissement de Paris et dirigea une classe d’orchestre à l’E.N.S.M. d’Evry. S’il interprète ses compositions, il met surtout les standards à l’honneur dans un répertoire qui célèbre avec bonheur Thelonious Monk, Bud Powell, Stan Getz et Charles Mingus.

 

Sachal-Vasandani.jpg-Sachal Vasandani a un faux air de John Travolta dans  La fièvre du samedi soir. On l’a entendu chanter au Sunside en juillet 2008. Il possède une voix superbe de ténor léger et revient pour quatre concerts au Duc des Lombards les 7 et 8 octobre. Avec lui le pianiste Jeb Patton et le contrebassiste David Wong, des musiciens avec lesquels il travaille depuis dix ans. Le batteur Peter Van Nostrand complète la formation. Produit par John Clayton, “Hi-Fly” son enregistrement le plus récent pour Mack Avenue bénéficie de la trompette d’Ambrose Akinmusire. Sachal y invite également Jon Hendricks qu’il admire. Son répertoire très varié comprend des compositions personnelles, des standards et des thèmes empruntés à la pop, tel Lose is a Losing Game, un des grands tubes d’Amy Winehouse.

 

Harold-Lopez-Nussa.jpg-Le pianiste Harold López-Nussa au Duc des Lombards les 10 et 11 avec son trio habituel, Felipe Cabrera à la contrebasse et son frère, Ruy Adrián López-Nussa, à la batterie. Le concours de piano qu’il remporte à Montreux en 2005 le fait connaître du public français. Il lui permet d’enregistrer en solo “Sobre el Atelier” mais ce sont ses disques en trio qui confirment la maturité de ce jeune musicien : “Herencia” qui mêle compositions personnelles et standards, et “El Pais de Las Maravillas”, album aux harmonies travaillées, aux danses ensoleillées. Harold joue désormais un piano moins virtuose pour davantage exprimer ses sentiments.

 

Enrico-Pieranunzi.jpg-Enrico Pieranunzi au foyer du Théâtre du Châtelet le 12 (20h00). Au programme Bach, Scarlatti et Haendel dont les pièces se verront suivies ou précédées d’improvisations. Lors d’un séjour à Venise, Scarlatti s’était lié d’amitié avec Haendel. Comme le grand Jean-Sébastien Bach, ils étaient nés en 1685, d’où l’idée de les associer sur un album paru avant l’été sur Cam Jazz. Le maestro romain entretient depuis longtemps des rapports étroits avec la musique classique européenne. Son disque sur Scarlatti publié il y a trois ans fit sensation. Avant de se consacrer au jazz, il mena une carrière de concertiste dans sa jeunesse et enseigna le piano classique aux élèves du conservatoire de Frosinone. Les amateurs de musique baroque et de jazz ne manqueront pas ce rendez-vous.

 

Jacky-Terrasson.jpg-Jacky Terrasson au Duc des Lombards pour 8 concerts (20h00 et 22h00) du 12 au 15. Avec lui, le batteur Justin Faulkner, adepte d’un jeu polyrythmique complexe et efficace qui l’oblige souvent à tenir des tempos déraisonnables, à jouer un piano très physique. Burniss Earl Travis le contrebassiste nous est moins familier. Souvent associé à Justin Brown, le batteur du trio de Gerald Clayton, il fait partie de cette « hip hop generation » qui nourrit le jazz de rythmes asymétriques. Jackie a l’habitude de demander à ses batteurs et bassistes avec qui ils veulent jouer et ce n’est pas un hasard si Burniss rejoint aujourd’hui son trio. La scène apporte une autre dimension à sa musique. Ancrée dans le blues, dans le rythme, il n’oublie jamais de la faire respirer, de la rendre lyrique. Sa main gauche assure des basses puissantes. La dextre, légère, ornemente, couvre d’or les notes essentielles. Un vrai bonheur !

 

Sinne-Eeg.jpg-Sinne Eeg au Sunside le 13. On l’a entendue chanter en juin au Sunset. Sa voix très juste de mezzo-soprano se fait miel avec les mots qu’elle caresse et étire. La chanteuse danoise impressionne par la maîtrise de son scat, par l’émotion qu’elle place dans les ballades de son répertoire. Très capable de s’exprimer a cappella, elle laisse beaucoup improviser les musiciens qui l’accompagnent, Morten Toftgard Ramsbøl à la contrebasse, Morten Lund à la batterie et Jacob Christoffersen au piano. Ce dernier va pouvoir disposer d’un bien meilleur piano que celui du Sunset pour mettre de belles couleurs sur les musiques de la dame. Abritant grands standards et compositions qu’elle écrit elle-même (paroles et musiques), “Don’t Be So Blue”, son cinquième album, est une vraie réussite.

 

Benjamin-Sanz-5tet-c-Frederique-Plas.jpg-Benjamin Sanz : son nom ne me disait rien avant de recevoir son disque “Mutation majeure” que l’on pourrait croire enregistré dans les années 60. Pâte sonore épaisse et colorée, marquée par de fortes racines africaines, la musique séduit par son lyrisme, ses audaces habilement tempérées. Dans cette œuvre réellement collective, le batteur Benjamin Sanz cède volontiers la première place à ses collègues pour mieux insuffler la pulsion, cadrer souplement les tempos. Les deux souffleurs Rasul Siddik (trompette) et Boris Blanchet (saxophone ténor) s’entendent comme larrons en foire, mêlent et démêlent judicieusement les timbres de leurs instruments. Matthieu Jérôme au piano et Idriss Mlanao à la contrebasse complètent la formation qui s’offre des compositions originales d’une réjouissante fraîcheur. On les écoutera au Studio de l’Ermitage le 14.

 

Dress-Code.JPG-Autre découverte, celle de Dress Code qui fête la sortie de son album “Far Away” au Sunside le 17. Mis sur pied en 2006 à l’occasion d’une résidence à Coutances, le quintette réunit Olivier Lainey (trompette) Yacine Boulares (saxophones), Benjamin Rando (piano), Simon Tailleu (contrebasse) et Cédrick Bec (batterie). Originaires du sud de la France, Tailleu et Bec constituent la rythmique de l’excellent sextette du trompettiste Christophe Leloil. Les deux souffleurs se rencontrèrent en 2001 au festival de Marciac et ont l’habitude de travailler ensemble. Le piano élégant de Benjamin Rando assure le lien entre la rythmique et les solistes dont il s’intègre avec beaucoup d’aisance. Leurs compositions originales aux arrangements très soignés évoquent parfois la musique du second quintette de Miles Davis et recèlent de passionnants chorus.

 

Gilles-Naturel-b-c-G.-Naturel.jpg-Gilles Naturel au Sunside les 26 et 27. Après “Belleville” (2007) dans lequel il invite le saxophoniste Lenny Popkin, c’est à la tête d’un “Contrapuntic Jazz Band”  qu’il nous révèle ses dons d’arrangeur. Contrebassiste recherché, accompagnateur de Benny Golson qui signe les notes de livret de l’album, disponible sur le marché français depuis le 26 septembre, Gilles Naturel pratique avec bonheur la fugue et le contrepoint et signe un opus délicieusement « west coast ». Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Bastien Stil (tuba), Guillaume Naturel (saxophone ténor) entrelacent leurs lignes mélodiques que rythme le drumming éclairé du batteur Nasheet Waits.

 

Roy-Haynes-c-Philippe-Etheldrede-3.jpg-On ne présente plus Roy Haynes, l’un des géants de la batterie, 85 ans en mars dernier et une vitalité presque intacte. S’il n’a aucun besoin de publicité pour remplir le Duc des Lombards qui l’accueille du 26 au 29, le groupe de jeunes musiciens qui l’accompagne mérite d’être cité. Baptisé non sans humour Fountain of Youth, il réunit Jaleel Shaw au saxophone alto, Martin Bejerano au piano et David Wong à la contrebasse, ce dernier par ailleurs membre de la formation de Sachal Vasandani. On les écoutera dans “Roy-Alty”, le nouveau disque du batteur qui invite Chick Corea, Roy Hargrove et Marcus Strickland, opus dédié à Francis Dreyfus disparu l’an dernier.

 

Diego-Imbert.jpg-Impressionnant le nouveau disque de Diego Imbert, le second que le contrebassiste enregistre avec David El-Malek au saxophone, Alexandre Tassel au bugle et Franck Agulhon à la batterie. On se précipitera au New Morning le 27 pour écouter live ces compositions très écrites et soignées sur le plan de la forme. La solide contrebasse mélodique du leader guide, structure et laisse les solistes prendre des risques. On pense à Dave Holland qui joue toujours les notes justes derrière ses musiciens. David El-Malek et Alexandre Tassel dialoguent, soufflent les thèmes à l’unisson, donnent des couleurs et du volume à la musique et parviennent à nous faire oublier l’absence d’un piano. Quant à Franck Agulhon, il transporte par une polyrythmie puissante et tempétueuse.

 

-Le Tourcoing Jazz Festival fête ses 25 ans. Le Stéphane Belmondo Quartet (également programmé au Duc des Lombards les 23 et 24), le Monty Alexander Trio, Stefano Di Battista, Youn Sun Nah et surtout Tourcoing Jazz Fest, affichel'immense Sonny Rollins (le 29 au Théâtre de Roubaix) comptent parmi les nombreux musiciens de cette manifestation attendue. Du 15 au 29 octobre. Renseignements: www.tourcoing-jazz-festival.com   

 

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com 

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com 

-New Morning : www.newmorning.com 

 

PHOTOS : Coucher de soleil sur la capitale, Antoine Hervé, Sachal Vasandani, Harold López-Nussa, Enrico Pieranunzi, Jacky Terrasson, Sinne Eeg, Diego Imbert © Pierre de Chocqueuse - Benjamin Sanz Quintet © Frédéric Plas - Dress Code © X/D.R. - Gilles Naturel © G. Naturel - Roy Haynes © Philippe Etheldrède. 

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