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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 15:54

R.-Bottlang--Teatro-Museo--cover.jpgAu début des années 80, dans le petit bureau qu’il occupait rue Liancourt, Jean-Jacques Pussiau me fit écouter “In Front”, le premier disque en solo de René Bottlang qu’il s’apprêtait à sortir sur Owl Records, l’opus 22 de son label. Un deuxième album “At the Movies” allait suivre deux ans plus tard. Je perdis de vue le pianiste suisse et sa musique pour la retrouver en 2003 avec “Solongo” publié par l’AJMI (Association pour le Jazz et la Musique Improvisée) que préside Jean-Paul Ricard. Revenant d’un long séjour en Mongolie, René y dévoile d’autres rythmes, une musique inspirée par ses rencontres avec des musiciens traditionnels, sa découverte d’un autre monde. Après “Trilongo” et “Artlongo”, l’AJMI édite aujourd’hui un nouvel enregistrement de René. Un disque que le pianiste partage avec deux musiciens aussi curieux que lui. On ne présente plus Barre Phillips, le premier contrebassiste qui a osé publier un disque solo entièrement improvisé (“Journal Violone”  en 1968). Quant à Christian Lété, s’il accompagna Claude Nougaro et pendant dix ans Charles Aznavour, il a été le batteur de l’ONJ de Claude Barthelemy, a joué avec moult jazzmen et n’a jamais cessé de constituer des groupes, le dernier en date avec Claude Terranova et Tony Bonfils. “Teatro Museo”  procède d’une autre démarche. Avec Barre Phillips et Christian Lété, René Bottlang converse en toute liberté, choisit de jouer une musique ouverte et collective. Rien ne semble avoir été prémédité dans ce disque qui prend le temps de respirer, de s’écouter. On y entend des cordes, du bois, du métal, des peaux vibrer et résonner. La musique est ici sons et matières. Sa nature tellurique touche à quelque chose de profond, de primitif dans ces improvisations entre trois instruments qui s’épaulent, inventent, parlent ensemble d’une même voix. Dans A l’écoute, Travellers, Sur un bateau jusqu’à une île, Post-Composum, l’harmonie structure le jeu collectif. Plus abstraites, les autres plages s’organisent davantage autour du rythme. Dans Handscript et Off to the Side, les mains frappent, percutent les instruments et participent au processus créatif. Au départ, You, Me and You n’est qu’un simple ostinato joué par le piano. Il déclanche des commentaires abondants, un foisonnement mélodique et rythmique pour le moins télépathique. Introduit par quelques notes obsédantes, Teatro Museo génère une improvisation collective fascinante et témoigne de la remarquable interaction d’un trio pas comme les autres.    

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 09:40

Philippe-Aerts.jpgTrois jours de concerts à l’Abbaye de Neumünster, dans le Grund, l’un des vingt-quatre quartiers de la ville de Luxembourg. Naguère mal famé, c’est aujourd’hui un endroit branché qui regorge de cafés, de bonnes adresses et de bons restaurants. Situé dans le profond ravin où Neumünster la nuitcoule l’Alzette, rivière associée à la Mélusine de la légende, le Grund n’est qu’à quelques minutes de la ville haute. On la rejoint à pied par le Bisserwee, rue de l’époque romaine ou par l'ascenseur qui mène à la place Saint-Esprit. Impliquée dans de nombreux échanges culturels, l’Abbaye de Neumünster s’ouvre aux scènes limitrophes, accueille les musiciens des pays voisins, l’Allemagne, la Belgique et la France. Transformée en Centre Culturel en 2004, elle abrite depuis 2007 l’Autumn Leaves Festival. Les concerts se déroulent Neumünster, parvis la nuitdans la brasserie et pour les plus importants dans la salle Robert Krieps (283 places) de l’autre côté du parvis balisé la nuit comme un aérodrome. Invités et musiciens logent dans un troisième édifice aux murs épais qui servit longtemps de prison. Ancien ministre de la culture et de la justice, Robert Krieps y fut enfermé par les nazis. Le bâtiment a été complètement restauré, les cellules voûtées transformées en studios et en Neumünster, corridorsappartements. Invité par Raymond Horper, directeur administratif et financier de l’abbaye et secrétaire du JAIL (Jazz in Luxembourg), j’occupe l’une des plus grandes et malgré sa salle de bain et son confort moderne, l’endroit reste austère et chargé d’un muet écho martial, comme s’il conservait la mémoire de son sombre passé.

 

 VENDREDI 14 octobre

Le quartette du vibraphoniste luxembourgeois Pascal Schumacher ouvrit les festivités festivalières. La formation existe depuis 2002. Outre Pascal, elle comprend le pianiste allemand Franz von Chossy, le belge Christophe Devisscher à la contrebasse et le batteur allemand Jens Düppe. Peu connue en France, elle a enregistré six albums. Moins réussi que “Silbergrau” enregistré en P. Schumacher & Ch. Devisscher2007 avec Jeff Neve au piano, l’ambitieux “Bang My Can”, le dernier en date, souffre d'une trop grande dispersion musicale. Ce travail d'écriture qui s'écarte parfois du jazz donna lieu à une prestation très soignée sur un plan formel. Pascal Schumacher cherche à mélanger les genres et n’y réussit qu’imparfaitement. Souvent basée sur de longs crescendos, sa musique cinématique emprunte au rock des rythmes binaires qui l’alourdissent sans pour autant la rendre originale. Le vibraphoniste envisage pourtant de manière personnelle le son de son instrument. Couplé à des effets électroniques, son vibra captive par ses timbres cristallins. Franz von Chossy n’a pas la personnalité d’un Jeff Neve auquel il succède, mais son piano met en valeur le vibraphone de Pascal, en prolonge avec bonheur les travaux. Avec un contrebassiste à la sonorité ample et profonde, un batteur subtil rythmant en douceur les phases contrapuntiques de la musique qui s’inspire souvent de l’indémodable Jean-Sébastien, le groupe a assurément la capacité technique de satisfaire ses ambitions. 

 

Al-Foster.jpgUn peu plus vieux chaque année, Al Foster n’a pourtant rien perdu de sa technique, pratique même un jeu moins économe, comme si son énergie, plus grande que par le passé, témoignait d’une jeunesse retrouvée. Le batteur dispose de la contrebasse ronronnante du fidèle Doug Weiss, d’un pianiste très capable, Adam Birnbaum, qui s’efface pour mieux servir la musique et surtout d’un saxophoniste qui sait raconter une histoire, cisèle ses notes et met la pression au bon moment. Marcus Strickland (car c’est de lui dont il s’agit) remplaça Eli Degibri à Luxembourg, la musique, du hard bop, y Marcus Stricklandgagnant en plénitude jazzistique, en finesse harmonique. Le programme annonçait un « tribute to Joe Henderson ». Il n’en fut rien. Al débuta par une version de So What, laissant le soin à ses musiciens de personnaliser et moderniser le répertoire. Jouant ses propres compositions parmi lesquelles un calypso naguère enregistré par Blue Mitchell, le batteur nous donna une version réjouissante de Chameleon, le tube funky d’Herbie Hancock. Le quartette nous régala aussi de quelques ballades, pain béni pour Strickland dont les notes peuvent acquérir la douceur du velours. Le sourire jusqu’aux oreilles, Al, aux balais, marquait les temps avec gourmandise, comme un jeune homme espiègle.

 

C’est dans la brasserie de l’Abbaye transformée en club que Bassdrumbone se produisit peu après. Tromboniste véloce, Ray Anderson tire une Ray Andersongrande variété de sons de l'instrument, étrangle ses notes, les fait chanter et gronder. Mark Elias à la contrebasse offre à cette musique collective de sacrés coups d’archet. Complétant le trio, Gerry Hemingway rythme et commente une musique mouvante et ouverte, presque entièrement improvisée. Le groupe n’hésite pas à prendre des risques, propose de longues séquences fébriles, alternance de moments calmes, de temps forts, de secousses inattendues. Une formation à découvrir sur scène, à saisir dans le feu de l’action. Elle existe depuis 1977 et ses membres, soudés comme les trois doigts de la main gauche de Django, s’autorisent une aventure musicale d’une grande diversité.

 

SAMEDI 15 octobre

Stefano-Bollani.jpgUne soirée « italienne » pour la nombreuse communauté transalpine résidant à Luxembourg. Une aubaine pour les amateurs de piano qui purent applaudir en première partie de programme le trio danois de Stefano Bollani  avec Jesper Bodilsen à la contrebasse et Morten Lund à la batterie, la meilleure paire rythmique scandinave. Ils se sont rencontrés en 2002 à Copenhague lors de la remise du JAZZPAR Prize à Enrico Rava et ont enregistré trois albums. Le plus connu, le dernier en date, n’est pas le meilleur. “Mi ritorni in mente” (2003) et “Gleda” (2004) reflètent mieux la cohésion, la musicalité généreuse de la formation qui occupe la scène de la salle Robert Krieps. Pour imaginer une musique plus ouverte, les trois hommes décident au dernier moment de leur répertoire. Jesper-Bodilsen.jpgL’improvisation est plus spontanée. La musique vit et respire grâce à la qualité de leurs échanges. Le piano semble se nourrir des accords, des harmonies de la contrebasse qui se plaît à faire chanter les thèmes. Le dialogue est tout aussi fertile avec le batteur. A l’occasion, le piano, mais aussi le tabouret du pianiste se transforment en instruments percussifs. Du premier, Bollani pince les cordes métalliques de la table d’harmonie, en martèle le coffrage. Son avant-bras droit traumatise le clavier. Sa main gauche fait jaillir des graves puissantes. Avec les pieds du second, il martèle le sol pour en tirer des rythmes. Il chante aussi, reprend Billie Jean de Michael Jackson, en donne une version lente et envoûtante, invente des mots, des onomatopées. Il joue des Morten-Lund.jpgvalses, du stride, du blues, pratique un piano rubato et espiègle. Ses cascades de notes arpégées donnent le vertige. Certes, Bollani en fait trop, mais lorsqu’il parvient à contrôler son trop plein d’énergie, à la mettre au service de la musique, et à s’effacer derrière elle pour lui laisser la première place, il fait réellement des miracles. Le pianiste fougueux et virtuose excelle ainsi dans les ballades dont il effleure les notes et fait couler le miel. Son toucher élégant et sensible, le poids émotionnel qu’il leur donne nous rend précieux une large partie de son répertoire. Une longue improvisation de rêve en solo, Dom de iludir de Caetano Veloso en rappel, le trio souvent en état de grâce nous offrit des moments de grand bonheur.

 

Stefano-di-Battista.jpgStefano di Battista a du succès, des fans et plaît aux femmes. “Woman’s Land” son dernier disque leur est consacré, des portraits de femmes réelles (Coco Chanel, Anna Magnani), virtuelles (Lara Croft) ou fictives (Molly Bloom, l'épouse de Leopold Bloom dans l’Ulysse de Joyce correspondant à la Pénélope de “L’Odyssée”). Soigneusement arrangée, la musique bénéficie de trois instruments mélodiques qui sur scène dialoguent fréquemment et disposent d’un vaste espace de liberté pour s’exprimer. C’est d’ailleurs les solos que l’on admire dans ces compositions parfois Jonathan-Kreisberg.jpgcomplaisantes qui se nourrissent de nombreux emprunts. Le thème de Coco Chanel fait penser à du Nino Rota, le funky Valentina Tereskova (la première femme cosmonaute) ressemble à du John Barryet Molly Bloom, une valse, est un habile démarquage de My Favorite Things, dont Stefano cita explicitement la mélodie au soprano. Ce dernier tire de l’instrument des sons sensuels et voluptueux, sait raconter des histoires mélodiques et séduisantes. Si le piano d’Olivier Mazzariello est surtout décoratif, Jonathan Kreisberg, le guitariste, impressionne par sa vélocité, la richesse de ses timbres, de ses effets sonores (notamment dans Anna Magnani et Coco Chanel, son instrument sonnant alors comme un banjo). Si la musique de Stefano di Battista manque un peu de profondeur, elle embrasse dans la joie et la bonne humeur de larges pans de l’histoire du jazz. Ella Jeff-Ballard.jpg(Fitzgerald) et Lara Croft relèvent du hard bop. Coco Chanel nous ramène aux années du stride et du charleston et Madame Lily Devalier (qui travailla sur les essences des parfums) sent bon le blues. La section rythmique pousse les solistes à se surpasser. Bien que trop discret, Francesco Puglisi fournit un gros travail à la contrebasse. Batteur puissant et instinctif, Jeff Ballard dynamise une musique qui passe bien en concert.

 

Mdungu.jpgRetour à la brasserie pour une toute autre musique, un appel à la danse pour les insomniaques et noctambules invétérés. Créé en 2003 par le saxophoniste Thijs van Milligen, Mdungu rassemble neuf musiciens de quatre pays, Hollande, Luxembourg, Espagne et Gambie. Influencé par l’Afrique, ses danses et ses transes, porté par des saxophones musclés alto, ténor et baryton), des guitares électriques saturées et outre un batteur, comprenant deux percussionnistes, le groupe déménage, balance joyeusement une musique funky, propose ska, reggae, jive, puise ses influences jusqu’en Afrique du Sud (marabi, mbaqanga) et mêle les genres dans un pandémonium torride et bon enfant.

 

DIMANCHE 16 octobre

Ivan-Paduart-Trio.jpgPas facile de réunir un public attentif un dimanche matin à 11h30 dans une brasserie où sont encore servis des petits-déjeuners à des amateurs de jazz qui sortent à peine de leur lit. Par la richesse de sa musique, la qualité de son swing, le trio d’Ivan Paduart parvint pourtant à éveiller l’intérêt des plus endormis. Méconnu en France, il a pourtant joué avec Tom Harrell, Toots Thielemans, Philip Catherine, Claude Nougaro, Rick Margitza, Bob Malach, Fay Claassen et David Linx. Sa rencontre avec Michel Herr en 1985 le persuada de devenir pianiste de jazz. Ivan Paduart compose et arrange ses musiques, des compositions impressionnistes d’une grande Philippe-Aerts--b-.jpgrichesse harmonique. Son piano aux notes délicates doit beaucoup à Bill Evans, il admire beaucoup Fred Hersch et consacra un disque entier à ses compositions. Le lieu dans lequel le trio se produit de si bon matin ne dispose que d’un piano droit ce qui n’est pas idéal pour un musicien de cette envergure. Très vite on n’entend plus l’instrument, mais seulement le pianiste, qui captive par sa musique solaire que sert un toucher délicat. Pour accompagner son univers poétique, deux complices de longue date, Philippe Aerts dont les lignes précises de sa contrebasse servent idéalement sa musique et Dré Pallemaerts, batteur expérimenté que les amateurs qui fréquentent les clubs de jazz parisiens connaissent bien. Ivan a enregistré avec eux en 2003 “Blue Landscapes”, une de ses grandes réussites. Souhaitons l'écouter plus souvent.

 

Mario-Stantchev.jpgJe retrouve la salle Robert Krieps pour le concert gratuit d’un quartette réunissant trois musiciens d’origine bulgare, le pianiste Mario Stantchev, le flûtiste Theodosii Spassov et le batteur Boris Dinev. Bien connu de la scène jazz luxembourgeoise, Rom Heck le quatrième homme se sert hélas d’une basse électrique, et son jeu funky trop influencé par Jaco Pastorius ne convient guère à la musique bulgare mâtinée de jazz qui nous est proposée. Spassov joue du kaval, une flûte à huit trous, et instaure de plaisants dialogues avec Stantchev, pianiste installé dans le sud de la France qui possède un solide métier et beaucoup d’expérience. Monotone, peu varié sur le plan des timbres, ce folklore jazzistique ne m’a guère convaincu.

 

Die-Enttauschung.jpgLe temps m’a manqué pour assister à l’intégralité du concert que donnait le groupe allemand Die Enttäuschung à la brasserie. Axel Dörner (trompette), Rudi Mahall (clarinette basse), Jan Roder (contrebasse) et Uli Jennessen (batterie) jouent le jazz qu’Ornette Coleman et Don Cherry pratiquait au début des années 60, une musique libre, mais structurée et organisée. Si elle n’est pas neuve, elle reste toutefois plus moderne qu’une bonne partie du jazz qui se crée aujourd’hui. J’ai entendu du rire, de l’humour dans ces comptines allègres, ces mélodies changeantes comme un ciel d’Ecosse, ces improvisations collectives au sein desquelles les couinements, râles et dissonances des souffleurs sont étroitement liés à un flux musical pour le moins tempétueux.

Photos © Pierre de Chocqueuse       

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:00

Diego-Imbert-Next-Move--cover.jpgAyant choisi la contrebasse pour exprimer sa musique, Diego Imbert compose et arrange ses propres morceaux pour un quartette au personnel stable qui vit le jour en 2007. Garant du tempo, il stabilise le flux musical, lui donne une forte assise rythmique. La solidité et la logique de ses lignes de basse vont de pair avec l’attention qu’il porte aux mélodies, ces dernières guidant et inspirant son travail. Enregistré en octobre 2008, “A l’ombre du saule pleureur” mêlait déjà écriture et improvisation au sein de compositions ouvertes réservant de grands espaces de liberté aux solistes. Le groupe eut l’occasion de donner de nombreux concerts et ses membres apprirent à mieux se connaître, développant ensemble une véritable complicité dont tombent aujourd’hui des fruits réellement mûrs. Nul hasard donc si les rythmes, les mélodies et les improvisations s’agencent ici avec une remarquable fluidité. “Next Move” n’est que le second opus de la formation et pourtant la prise de risque, l’interactivité qui y règne font croire qu’elle existe depuis très longtemps. Se réservant de courts intermezzos, Diego écrit pour le bugle d’Alex Tassel, le saxophone ténor de David El-Malek, la batterie de Franck Agulhon, mais c’est ensemble que les protagonistes de cette aventure mettent les mains dans une pâte sonore qu’ils soulèvent et portent à bonne cuisson. Les compositions soignées séduisent par leurs couleurs, leurs justes proportions (équilibre parfait entre écriture et improvisation). Approchant les dix-huit minutes, la suite en quatre parties qui ouvre l’album est représentative de la musique qu’on y entend. Portés par le drumming foisonnant du batteur, les thèmes se voient exposés à l’unisson par des solistes qui développent des contre-chants, recherchent le dialogue tout en soignant l’aspect purement sonore de leur discours. De sombres nuages semblent traverser un troisième mouvement de forme chorale qui génère une improvisation collective gourmande des quatre instruments. Une certaine mélancolie se dégage de la plupart des ballades. November Rain se pare de couleurs automnales. Next Move et Snow ouvrent les portes du rêve, cette dernière pièce s’achevant par un solo de batterie inattendu. Les morceaux rapides sont tout aussi convaincants. Franck Agulhon fait danser ses tambours dans le funky Fifth Avenue. Les accords du bop propulsent vers les sommets des gratte-ciel l’énergique Electric City. La liberté insolente avec laquelle le tandem Alex Tassel / David El-Malek abordent le bref et allègre Shinjuku n’est pas très éloignée de celle que s’accordent Don Cherry et Gato Barbieri dans “Complete Communion”, le saxophoniste soufflant toutefois des phrases plus tranquilles et apaisées que celles, véhémentes, du ténor argentin. Quant à Diego Imbert, c’est souvent Dave Holland qu’il évoque par ses basses justes et précises, sa musique généreuse qui se passe de piano.

 

Pour fêter la sortie de leur album, Diego Imbert, Alex Tassel, David El-Malek et Franck Agulhon donneront un concert au New Morning jeudi prochain 27 octobre.

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 09:00

Collage-ViancPdC.jpgExposition Boris Vian à la Bibliothèque Nationale de France (Galerie François 1er) du 18 octobre au 15 janvier 2012). Peu connu de son vivant, sauf par les amateurs de jazz et les lecteurs de Jazz Hot qui suivaient attentivement sa « revue de presse », Boris Vian (1920-1959) se fit connaître du grand public lorsque l’éditeur Jean-Jacques Pauvert réédita son “Écume des jours” en 1963. Diplômé de l’École Centrale, Boris préféra se consacrer à l’écriture, à l’invention d’un langage poétique dont bénéficièrent ses romans. Le scandale que provoqua la parution de “J’irai cracher sur vos tombes” publié sous le pseudonyme de Vernon Boris Vian D.RSullivan fut nuisible à sa carrière d’écrivain. L’échec de son roman “L’Arrache-cœur” en 1953 la lui fit interrompre au profit de la chanson. Directeur artistique chez Philips à partir de 1955, il y créa « Jazz pour tous » (collection de 30cm) et « Petits jazz pour tous », série de 45 tours. Car le jazz fut la grande passion de Boris. S’il cessa de jouer de la trompette en 1955, il écrivit de nombreux textes et articles sur le sujet. Outre Jazz Hot dont il tint la revue de presse de décembre 1947 à juillet 1958, il collabora à Combat, Arts, Spectacles, Les Cahiers du Disque. Rédacteur en chef de Jazz News à partir de son numéro 3 (mars 1949), B. Vian, Chansons possibles, coveril rédige presque entièrement le huitième numéro sous les pseudonymes de Michel Delaroche, Docteur Gédéon Molle, Andy Blackshick, S. Culape. La revue cessera de paraître en juin 1950 après une onzième et ultime livraison.

 

Manuscrits - ceux de “J’irai cracher sur vos tombes”, du “Conte de fées à l’usage des moyennes personnes”, de “Trouble dans les Andains”, de la traduction du “Jeune homme à la trompette” de Dorothy Baker (“Young Man with a Horn”) - , éditions originales, peintures, revues, affiches et photographies nourrissent cette exposition dont la scénographie par son implantation en forme de fleurs de nénuphars fait COUV-VIAN.jpgréférence à “L’Écume des jours”. Son parcours audiovisuel est également d’une grande diversité. On peut y voir sur grand écran des extraits d’émissions de radio et de télévision provenant des archives de l’Ina, “La vie jazz, film documentaire de Philippe Kohly, “L’Écume des jours” de Charles Belmont ou “L’Herbe rouge” de Pierre Kast.

 

Richement illustré, le catalogue de l’exposition supervisé par Anne Mary, conservateur du département des Manuscrits de la BnF (une coédition BnF - Gallimard, 192 pages, 39 euros) comprend un long texte d’Alain Tercinet que les amis du jazz connaissent bien.

 

Ouverture du mardi au samedi de 10h à 19h, et le dimanche de 13h à 19h. Fermée lundi et jours fériés.

 

Logo-Vogue--b-.jpgL’exposition « Vogue » se poursuit jusqu’au 13 novembre à la BnF. Fondée en 1947 par trois amateurs de jazz, Charles Delaunay, directeur de la revue Jazz Hot, Léon Cabat et Albert Ferreri, la maison de disque connut son premier succès avec Les oignons de Sidney Bechet, plus d’un million d'exemplaires vendus. Vogue diffusa en France les premiers disques microsillons et s'illustra dans tous les genres musicaux. Jazz (Claude Luter, Martial Solal, Henri Renaud), musiques ethniques (les trésors ethnomusicologiques du Musée de l'Homme), chanson française (premiers disques de Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Jacques Dutronc et Antoine), musique classique et musique pop. Cette saga prendra fin au milieu des années 80 avec l’arrivée du CD, support optique dont le succès contraindra la maison de disques à fermer son usine de pressage de Villetaneuse.

 

Mezz-Mezzrow--cover-P.-Merlin.jpgSeize panneaux dont quatre consacrés au jazz racontent cette histoire. Pochettes de disques (Pierre Merlin en signa de magnifiques), affiches, catalogues, photographies rares ou inédites (l'orchestre de Duke Ellington enregistrant salle Wagram avec un orchestre symphonique, des clichés d'André Berg) en constituent l’essentiel. S’y ajoutent des archives sonores et audiovisuelles : interviews d’artistes et du personnel de Vogue et images de scopitones, petits films diffusés dans les années 60 sur des juke-boxes associant l'image au son.

 

Allée Julien Cain. Du mardi au samedi de 10h à 20h, dimanche de 13h à 19h, et le lundi de 14h à 20h. Exposition fermée le lundi matin et jours fériés. Entrée libre.

 

Photos : Hommage à Boris Vian (collage), Pierre de Chocqueuse - Photo en largeur de B. Vian © D.R. / Archives Cohérie Boris Vian, Paris 2011.

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:30

Denny-Zeitlin---Labyrinth--cover.jpgEnregistré en juillet 2008 et juin 2010, “Labyrinth” rassemble les meilleurs moments de deux concerts donnés par Denny Zeitlin au Ernie Shelton’s House de Sebastopol (Californie), un petit club intime (moins d’une centaine de places) qu’il apprécie pour la qualité de son public. Le pianiste (73 ans aujourd’hui) conserve intacts ses moyens techniques. Il articule parfaitement ses notes, contrôle leurs attaques et leurs résonances au sein d’un jeu dynamique qui met en valeur une main gauche puissante et espiègle. L’histoire du jazz reste présente dans sa musique. Le blues et ses ambiguïtés harmoniques, ses notes bleues qui oscillent entre les modes majeur et mineur, la teinte de façon particulière. Zeitlin aime aussi les intervalles distendus, les tensions dissonantes (septièmes majeures, quartes augmentées) souvent recherchées pour elles-mêmes. Son harmonie n’est pas toujours linéaire. Dans Footprints qui ouvre le disque, il tourne autour du thème, le segmente, en isole les huit premières mesures. Fruit d’une réflexion personnelle, le morceau de Wayne Shorter devient prétexte à des variations inattendues. Dancing in the Dark bénéficie d’une nouvelle jeunesse harmonique tandis que Sail Away et People Will Say We’re In Love inspirent à l’interprète de longues improvisations lyriques. Ce dernier joue un piano rubato et rêveur, s’attarde sur les mélodies qu’il décante et transforme, en fait ressortir les belles notes. Celles de As Long as There’s Music, presque une valse, sonnent avec beaucoup d’autorité. La composition de Jule Styne hérite de basses puissantes. Une main gauche virevoltante pose les arpèges et les notes perlées. Ce n’est pas la première fois que Zeitlin nous en offre une version enregistrée. Le chaloupé Brazilian Steet Dance a également fait l’objet d’enregistrements en solo, en trio et en duo. Slipstream et Labyrinth datent des années 60 et furent gravés pour Columbia. Cette dernière pièce, la plus longue de l’album, fascine par ses chausse-trapes. Le pianiste s’amuse à se tendre des pièges, explore sans jamais se perdre tout le registre de son clavier, utilise sa table d’harmonie comme un miroir sonore déformant. Il aime terminer ses concerts par des prestissimo éblouissants. Slipstream nous y prépare, un thème que Lazy Bird écrit par John Coltrane surpasse en pure virtuosité.

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:46

Abbaye-de-Neumunster--ensemble-.JPGSituée dans le Grund, au cœur des vieux quartiers de la ville de Luxembourg, l’Abbaye de Neumünster est une ancienne abbaye bénédictine dont les premières pierres furent posées en 1606. Sécularisée à la Révolution française, elle servit d’hospice militaire et même de prison d’état pendant 200 ans jusqu’en 1984. Aujourd’hui transformée en Centre Culturel de Rencontre, des expositions y sont organisées. Outre une salle de conférence, elle abrite une salle de 300 places qui accueille deux festivals de jazz : Piano Plus… et à la mi-octobre le Autumn Leaves Festival. Dans la vaste brasserie de cet impressionnant ensemble architectural, j’ai rencontré Raymond Horper secrétaire de JAIL (Jazz in Luxembourg) une A.S.B.L. qui organise ces manifestations et bien d’autres. Je lui cède la parole.

 

Abbaye-de-Neumunster-b.jpg« Nous avons ouvert le Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster en 2004 et choisi d’y privilégier le jazz, une musique métissée bien connue des luxembourgeois qui reflète bien la devise du lieu : “dialogue des cultures, culture du dialogue”. Dans les années 70 de nombreux musiciens volaient sur Icelander qui assurait une liaison aérienne New York/Luxembourg via Reijavik. Avant d’entreprendre leurs tournées européennes, ils donnaient ici leurs premiers concerts, au Melusina, club qui existe toujours, mais programme aujourd’hui très peu de jazz.

 

« Nous avons commencé par nos Apero Jazz, concerts gratuits qui se déroulent ici même dans l’Abbaye tous les dimanches matin, quarante-cinq fois par an. Puis nous avons créé le festival Autumn Leaves en 2007, l’étalant sur une période de deux mois, avec des concerts tous les vendredis soir en octobre et novembre, soit huit soirées consacrées au jazz. Cette formule a bien marché, mais l’ambiance n’était pas celle que nous recherchions. Au bout de deux ans, nous avons recentré Raymond Horper-bcette manifestation sur un week-end de trois jours à la mi-octobre. L’année suivante, en 2008, nous avons créé le festival Piano Plus… qui se déroule sur deux mois, en février et mars, depuis 2010. L’Abbaye a la chance de posséder un Steinway extraordinaire, 3/4 de queue d’une qualité sonore exceptionnelle. Deux de nos amis pianistes l’ont choisi chez Steinway à Hambourg et ont eu beaucoup de chance de découvrir ce modèle. Jacky Terrasson, Joachim Kühn ne me contrediront pas. Piano Plus… a été créé autour de ce piano associé pour des duos à un autre instrument, à un chanteur, une chanteuse, ou même à un autre piano, tels les pianistes Joachim Kühn et Michael Wollny qui sont venus cette année. La Salle Robert Krieps contient 283 places. Elle porte le nom d’un ancien ministre de la culture et de la justice qui y fut interné durant l’occupation nazie. Il a fermé la prison et classé le site monument national. Nous en avons fait ce Centre Culturel.

 

Abbaye de Neumünster-d« Je ne suis pas moi-même un spécialiste du jazz. Je m’occupe surtout de l’administratif, de l’organisation, de l’encadrement et des finances. J’ai mon mot à dire sur la programmation mais c’est mais c’est Marco Reusch, le président de JAIL (Jazz au Luxembourg) qui s’en charge à 90%. Il assurait la programmation jazz du Melusina à sa grande époque et s’implique dans le jazz depuis très longtemps. C'est grâce à ses nombreux contacts que nous organisons nos manifestations. Le Luxembourg est un petit pays cosmopolite qui possède un grand nombre de musiciens talentueux et parfois confirmés. Je pense notamment au trompettiste Ernie Hammes et au vibraphoniste Pascal Schumacher qui doit se produire avec son quartette lors de notre prochain Autumn Leaves Festival. Cela ne nous empêche pas de rechercher ailleur s des jazzmen prometteurs.  Nous faisons beaucoup d’échanges avec de nombreuses écoles de musique, à Cologne, Metz, Nancy, Bruxelles. Ils nous envoient des musiciens qui eux-mêmes invitent leurs amis étrangers à les rejoindre, à se produire ici. Ce mélange de nationalité est pour nous une chance formidable. »

 

Autumn Leaves Festival 2011, du 14 au 16 octobre 2011.

Vendredi 14 : Pascal Schumacher Quartet (20h) – Al Foster Quartet “Tribute to Joe Henderson” ( 21h30) – Bassdrumbone avec Ray Anderson (23h).

Samedi 15 : Stefano Bollani Trio (20h) – Stefano Di Battista “Woman’s Land”  (21h30) – Mdungu (23h).

Dimanche 16 : Nino de Sopranino a Seng Famill (11h) – Ivan Paduart Trio (11h30) – Mario Stantchev, Theodosii Spassov, Boris Dinev, Rom Heck (14h30) – Die Enttäuschung Quartet (16h).

 

Les concerts ont lieu à l’Abbaye de Neumünster 28, rue Münster, Luxembourg-Grund. Ceux du dimanche sont gratuits.  

 

Programme détaillé téléchargeable sur www.jail.lu

 

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse, sauf la gde photo en largeur de l'Abbaye © X/D.R.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 12:15

Coucher-de-soleil-sur-capitale.jpgOctobre: Bernard, l’homme du jazz conceptuel, m’en veut de ne pas annoncer les concerts du nouveau groupe dont il s’occupe, le Tarzan et Jane Jungle Electo Jazz Band. Son Tarzan joue de la guitare électrique et des synthés numériques. Jane, la chanteuse, est muette. « Elle ne risque pas de chanter faux » ricane Bernard qui promet la sortie prochaine d’un premier album. Il rejoindra la pluie de disques qui se déverse chez les rares disquaires qui subsistent. On solde ainsi toute l’année. Les occasions abondent, le volume des retours impressionne. Quant au net, sa toile propose des millions de références à prix sacrifiés. La grande braderie est permanente et Jean-Paul en profite. Ne vient-il pas d’acquérir le coffret Mosaïc Select de Gerry Mulligan à moins de dix euros. Philippe Etheldrède en fait une crise de jalousie. Lors de sa prochaine émission sur FIP, le mardi 11, il invite Xavier Felgeyrolles, fondateur et directeur artistique de Jazz en Tête pour parler de son festival. Vous n’y trouverez pas les nouvelles stars pour malentendants lancés par une publicité tapageuse et dont les médias font largement écho. La bonne musique, il faut aller la chercher, la repérer dans les petits clubs, les piles de disques inutiles. Chaque rentrée réserve son lot de surprises. Il y a certes les valeurs sûres, les musiciens que vous suivez depuis longtemps et dont les œuvres répondent à l’attente de votre imaginaire. Plus excitants sont les disques inattendus qui transportent, donnent envie d’applaudir des deux mains. Je n’avais jamais entendu parler de Dress Code avant que son pianiste me fasse passer un lien pour écouter son album. Autre découverte, le CD que sort dans quelques semaines Michel El Malem, saxophoniste qui m’était complètement inconnu. Le pianiste en est Marc Copland. Il joue bien sûr un immense piano, mais ce n’est pas seulement grâce à lui que “Reflets” (Arts & Spectacles) est un enregistrement à marquer d’une pierre blanche. Les compositions, les arrangements, l’interaction entre les musiciens sont de tout premier ordre. La musique se vit là intensément ce qui la rend profondément attachante.

 

Godard, Monteverdi coverDans un registre très différent, on peut dire la même chose du nouvel enregistrement de Michel Godard effectué à l’Abbaye de Noirlac près de Bourges. Dans “Monteverdi, a trace of grace” (Carpe Diem), jazzmen et musiciens du baroque se tendent les mains pour célébrer celui qui pendant trente ans fut à Venise le maître de chapelle de Saint-Marc, charge prestigieuse et enviée entre toutes. Ce n'est pas du jazz, mais souvent en état de grâce, Guillemette Laurens (mezzo-soprano), Gavino Murgia (saxophone et chant), Fanny Paccoud (violon), Bruno Helstroffer (théorbe), Steve Swallow (basse électrique) et Michel Godard (serpent) nous offrent une musique très pure et très belle.

 

Antoine HervéQUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Reprise le lundi 3 à 20h00 de la leçon de Jazz d’Antoine Hervé à la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, (auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris). Ce mois-ci Oncle Antoine racontera et commentera au piano la belle histoire de Stéphane Grappelli et du swing manouche. Didier Lockwood l’aidera à traduire la magie de la musique de son illustre confrère, violoniste lyrique à la sonorité sensuelle et élégante qui fut jusqu’à sa mort un ambassadeur du jazz français.

 

Wyhiwyg--cover.jpg-“Wyhiwyg”, le disque autoproduit que le pianiste Michel Van Der Esch m’a fait parvenir donne envie d’en écouter les morceaux sur scène. Le Sunset l’accueille le 5 avec son trio (Olivier Rivaux à la contrebasse et David Pouradier Duteil à la batterie). Michel enseigna le rythme et le solfège à la Jazz School München” fut professeur de piano au conservatoire du 5ème arrondissement de Paris et dirigea une classe d’orchestre à l’E.N.S.M. d’Evry. S’il interprète ses compositions, il met surtout les standards à l’honneur dans un répertoire qui célèbre avec bonheur Thelonious Monk, Bud Powell, Stan Getz et Charles Mingus.

 

Sachal-Vasandani.jpg-Sachal Vasandani a un faux air de John Travolta dans  La fièvre du samedi soir. On l’a entendu chanter au Sunside en juillet 2008. Il possède une voix superbe de ténor léger et revient pour quatre concerts au Duc des Lombards les 7 et 8 octobre. Avec lui le pianiste Jeb Patton et le contrebassiste David Wong, des musiciens avec lesquels il travaille depuis dix ans. Le batteur Peter Van Nostrand complète la formation. Produit par John Clayton, “Hi-Fly” son enregistrement le plus récent pour Mack Avenue bénéficie de la trompette d’Ambrose Akinmusire. Sachal y invite également Jon Hendricks qu’il admire. Son répertoire très varié comprend des compositions personnelles, des standards et des thèmes empruntés à la pop, tel Lose is a Losing Game, un des grands tubes d’Amy Winehouse.

 

Harold-Lopez-Nussa.jpg-Le pianiste Harold López-Nussa au Duc des Lombards les 10 et 11 avec son trio habituel, Felipe Cabrera à la contrebasse et son frère, Ruy Adrián López-Nussa, à la batterie. Le concours de piano qu’il remporte à Montreux en 2005 le fait connaître du public français. Il lui permet d’enregistrer en solo “Sobre el Atelier” mais ce sont ses disques en trio qui confirment la maturité de ce jeune musicien : “Herencia” qui mêle compositions personnelles et standards, et “El Pais de Las Maravillas”, album aux harmonies travaillées, aux danses ensoleillées. Harold joue désormais un piano moins virtuose pour davantage exprimer ses sentiments.

 

Enrico-Pieranunzi.jpg-Enrico Pieranunzi au foyer du Théâtre du Châtelet le 12 (20h00). Au programme Bach, Scarlatti et Haendel dont les pièces se verront suivies ou précédées d’improvisations. Lors d’un séjour à Venise, Scarlatti s’était lié d’amitié avec Haendel. Comme le grand Jean-Sébastien Bach, ils étaient nés en 1685, d’où l’idée de les associer sur un album paru avant l’été sur Cam Jazz. Le maestro romain entretient depuis longtemps des rapports étroits avec la musique classique européenne. Son disque sur Scarlatti publié il y a trois ans fit sensation. Avant de se consacrer au jazz, il mena une carrière de concertiste dans sa jeunesse et enseigna le piano classique aux élèves du conservatoire de Frosinone. Les amateurs de musique baroque et de jazz ne manqueront pas ce rendez-vous.

 

Jacky-Terrasson.jpg-Jacky Terrasson au Duc des Lombards pour 8 concerts (20h00 et 22h00) du 12 au 15. Avec lui, le batteur Justin Faulkner, adepte d’un jeu polyrythmique complexe et efficace qui l’oblige souvent à tenir des tempos déraisonnables, à jouer un piano très physique. Burniss Earl Travis le contrebassiste nous est moins familier. Souvent associé à Justin Brown, le batteur du trio de Gerald Clayton, il fait partie de cette « hip hop generation » qui nourrit le jazz de rythmes asymétriques. Jackie a l’habitude de demander à ses batteurs et bassistes avec qui ils veulent jouer et ce n’est pas un hasard si Burniss rejoint aujourd’hui son trio. La scène apporte une autre dimension à sa musique. Ancrée dans le blues, dans le rythme, il n’oublie jamais de la faire respirer, de la rendre lyrique. Sa main gauche assure des basses puissantes. La dextre, légère, ornemente, couvre d’or les notes essentielles. Un vrai bonheur !

 

Sinne-Eeg.jpg-Sinne Eeg au Sunside le 13. On l’a entendue chanter en juin au Sunset. Sa voix très juste de mezzo-soprano se fait miel avec les mots qu’elle caresse et étire. La chanteuse danoise impressionne par la maîtrise de son scat, par l’émotion qu’elle place dans les ballades de son répertoire. Très capable de s’exprimer a cappella, elle laisse beaucoup improviser les musiciens qui l’accompagnent, Morten Toftgard Ramsbøl à la contrebasse, Morten Lund à la batterie et Jacob Christoffersen au piano. Ce dernier va pouvoir disposer d’un bien meilleur piano que celui du Sunset pour mettre de belles couleurs sur les musiques de la dame. Abritant grands standards et compositions qu’elle écrit elle-même (paroles et musiques), “Don’t Be So Blue”, son cinquième album, est une vraie réussite.

 

Benjamin-Sanz-5tet-c-Frederique-Plas.jpg-Benjamin Sanz : son nom ne me disait rien avant de recevoir son disque “Mutation majeure” que l’on pourrait croire enregistré dans les années 60. Pâte sonore épaisse et colorée, marquée par de fortes racines africaines, la musique séduit par son lyrisme, ses audaces habilement tempérées. Dans cette œuvre réellement collective, le batteur Benjamin Sanz cède volontiers la première place à ses collègues pour mieux insuffler la pulsion, cadrer souplement les tempos. Les deux souffleurs Rasul Siddik (trompette) et Boris Blanchet (saxophone ténor) s’entendent comme larrons en foire, mêlent et démêlent judicieusement les timbres de leurs instruments. Matthieu Jérôme au piano et Idriss Mlanao à la contrebasse complètent la formation qui s’offre des compositions originales d’une réjouissante fraîcheur. On les écoutera au Studio de l’Ermitage le 14.

 

Dress-Code.JPG-Autre découverte, celle de Dress Code qui fête la sortie de son album “Far Away” au Sunside le 17. Mis sur pied en 2006 à l’occasion d’une résidence à Coutances, le quintette réunit Olivier Lainey (trompette) Yacine Boulares (saxophones), Benjamin Rando (piano), Simon Tailleu (contrebasse) et Cédrick Bec (batterie). Originaires du sud de la France, Tailleu et Bec constituent la rythmique de l’excellent sextette du trompettiste Christophe Leloil. Les deux souffleurs se rencontrèrent en 2001 au festival de Marciac et ont l’habitude de travailler ensemble. Le piano élégant de Benjamin Rando assure le lien entre la rythmique et les solistes dont il s’intègre avec beaucoup d’aisance. Leurs compositions originales aux arrangements très soignés évoquent parfois la musique du second quintette de Miles Davis et recèlent de passionnants chorus.

 

Gilles-Naturel-b-c-G.-Naturel.jpg-Gilles Naturel au Sunside les 26 et 27. Après “Belleville” (2007) dans lequel il invite le saxophoniste Lenny Popkin, c’est à la tête d’un “Contrapuntic Jazz Band”  qu’il nous révèle ses dons d’arrangeur. Contrebassiste recherché, accompagnateur de Benny Golson qui signe les notes de livret de l’album, disponible sur le marché français depuis le 26 septembre, Gilles Naturel pratique avec bonheur la fugue et le contrepoint et signe un opus délicieusement « west coast ». Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Bastien Stil (tuba), Guillaume Naturel (saxophone ténor) entrelacent leurs lignes mélodiques que rythme le drumming éclairé du batteur Nasheet Waits.

 

Roy-Haynes-c-Philippe-Etheldrede-3.jpg-On ne présente plus Roy Haynes, l’un des géants de la batterie, 85 ans en mars dernier et une vitalité presque intacte. S’il n’a aucun besoin de publicité pour remplir le Duc des Lombards qui l’accueille du 26 au 29, le groupe de jeunes musiciens qui l’accompagne mérite d’être cité. Baptisé non sans humour Fountain of Youth, il réunit Jaleel Shaw au saxophone alto, Martin Bejerano au piano et David Wong à la contrebasse, ce dernier par ailleurs membre de la formation de Sachal Vasandani. On les écoutera dans “Roy-Alty”, le nouveau disque du batteur qui invite Chick Corea, Roy Hargrove et Marcus Strickland, opus dédié à Francis Dreyfus disparu l’an dernier.

 

Diego-Imbert.jpg-Impressionnant le nouveau disque de Diego Imbert, le second que le contrebassiste enregistre avec David El-Malek au saxophone, Alexandre Tassel au bugle et Franck Agulhon à la batterie. On se précipitera au New Morning le 27 pour écouter live ces compositions très écrites et soignées sur le plan de la forme. La solide contrebasse mélodique du leader guide, structure et laisse les solistes prendre des risques. On pense à Dave Holland qui joue toujours les notes justes derrière ses musiciens. David El-Malek et Alexandre Tassel dialoguent, soufflent les thèmes à l’unisson, donnent des couleurs et du volume à la musique et parviennent à nous faire oublier l’absence d’un piano. Quant à Franck Agulhon, il transporte par une polyrythmie puissante et tempétueuse.

 

-Le Tourcoing Jazz Festival fête ses 25 ans. Le Stéphane Belmondo Quartet (également programmé au Duc des Lombards les 23 et 24), le Monty Alexander Trio, Stefano Di Battista, Youn Sun Nah et surtout Tourcoing Jazz Fest, affichel'immense Sonny Rollins (le 29 au Théâtre de Roubaix) comptent parmi les nombreux musiciens de cette manifestation attendue. Du 15 au 29 octobre. Renseignements: www.tourcoing-jazz-festival.com   

 

-Auditorium St Germain : www.mpaa.fr 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com 

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com 

-New Morning : www.newmorning.com 

 

PHOTOS : Coucher de soleil sur la capitale, Antoine Hervé, Sachal Vasandani, Harold López-Nussa, Enrico Pieranunzi, Jacky Terrasson, Sinne Eeg, Diego Imbert © Pierre de Chocqueuse - Benjamin Sanz Quintet © Frédéric Plas - Dress Code © X/D.R. - Gilles Naturel © G. Naturel - Roy Haynes © Philippe Etheldrède. 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:57

Laurent-de-Wilde.jpg- L espace Daniel-Sorano 16 rue Charles Pathé à Vincennes, confie au pianiste Laurent de Wilde la programmation artistique de la première édition de « Sorano Jazz ». Huit concerts en trio sont prévus entre octobre 2011 à mai 2012 le premier samedi de chaque mois sauf en octobre, celui du samedi 8 se voyant assuré par Laurent et ses musiciens (Jérôme Regard et Donald Kontomanou),. - Dans “Die Nacht / La Nuit”, une émission de 52 minutes réalisée par Paul Ouazan et diffusée sur Arte le mardi 25 octobre autour de minuit, Laurent raconte Charles Mingus et explique avec passion la musique du contrebassiste qu’il interprète avec Bruno Rousselet (contrebasse) et Donald Kontomanou, lui rendant un hommage aussi beau que sincère. - Enfin, en janvier 2012, Laurent sera à New York pour enregistrer un disque en trio très attendu avec Ira Coleman et Clarence Penn.

 

Greg-Reitan-Daybreak-cover.jpg-Naïve met en circulation de nombreux disques du catalogue Sunnyside. Enregistré live, “Labyrinth” le nouvel album solo du pianiste Denny Zeitlin convient à toute bonne discothèque. On attendra octobre pour se procurer “If The Past Seems So Bright” du saxophoniste Jeremy Udden découvert en 2009 avec un opus publié sur Fresh Sound New Talent dont je vous ai parlé dans ce blog en juin 2009. Jazz blues teinté de folk et de country music, la musique que propose Udden bénéficie d’une instrumentation inhabituelle. Pump organ, banjo, piano wurlitzer, guitares acoustiques et électriques la rendent très séduisante. En novembre, nous disposerons des nouveaux disques de Dan Goldberg--cover.jpgTepfer qui s’attaque aux “Variations Goldberg” et fait suivre les siennes à celles de Bach, Greg Reitan (probablement le plus abouti de ses trois enregistrements pour Sunnyside) et du Ron Carter Big Band arrangé par Robert M. Freedman (17 musiciens) avec Mulgrew Miller au piano. Naïve annonce également la parution des nouveaux disques de David Linx (“Rock My Boat” le 13 septembre), de Bill Frisell sur Savoy (“Plays John Lennon”) et de Palatino, “Back in Town” avec Paolo Fresu (tp & bugle), Glenn Ferris (tb), Michel Benita (b), Aldo Romano (dm) le 24 novembre.     

Jamie Cullum BBC

 

-Tous les dimanches de 11h00 à 12h00, à partir du 9 octobre, TSF Jazz diffusera l’émission que le chanteur et pianiste Jamie Cullum produit pour la station londonienne BBC Radio 2.

 

  Jazz-en-Tete-Fest-2011--affiche.jpg-24ème édition du festival « Jazz En Tête » à Clermont-Ferrand. La manifestation porte bien son nom. N’y cherchez pas l’orchestre des pygmées Babongo, le Soubassophone Country Band du Dr Petiot ou les trompes tibétaines de Mount Lhasa. Clermont place pendant 5 jours - du 18 au 22 octobre - le jazz, le vrai, en tête et en fête, les concerts se poursuivant tard dans la nuit par des jam-sessions mémorables. Cette année, Jacky Terrasson invite Malia à rejoindre son trio. En quartette, Charles Lloyd y soufflera des notes tendres et gorgées de soleil. Le quintette du trompettiste Jeremy Pelt célébrera la tradition et les amateurs de jazz moderne se réjouiront de la présence du trio du pianiste Vijay Iyer. Quant aux curieux, ils ne manqueront pas le jazz soul du chanteur Gregory Porter, baryton qui revendique l'héritage de Joe Williams, Jimmy Witherspoon, Sam Cooke et Marvin Gaye. Renseignements et programme détaillé sur www.jazzentete.com

 

Portraits-Legendaires--jaquette.jpg-Les éditions Tana mettent en librairie le 29 septembre “Portraits Légendaires du Jazz”. Un beau et grand livre (260 x 290 mm), épais (224 pages) rempli de nombreuses photographies noires et blanches reproduites pleines pages, quelques doubles les mettant particulièrement en valeur. 70 portraits de musiciens y sont proposés. Responsable à l’Irma du Centre d’information du jazz, son auteur Pascal Anquetil a du écarter bien des jazzmen qu’il apprécie probablement autant, voire davantage que certains de ceux qu’il propose de nous faire connaître. Car loin d’être un panorama du jazz actuel, cet ouvrage porte sur les musiciens incontournables de son histoire. Treize sont aujourd’hui vivants et choisir les plus jeunes n’a pas été simple. Diana Krall, Brad Mehldau, oui. La présence de John Zorn me semble beaucoup plus contestable, mais respectons l’enthousiasme de Pascal qui d’une plume alerte et passionnée se livre à des « exercices d’admirations » qui donnent envie d’écouter la musique de ceux dont il brosse des portraits attachants.

 

-Sous titré « sur la route avec Manfred Eicher », “Sounds and Silence” un documentaire des cinéastes suisses Norbert Wiedmer et Peter Guyer, nous montre quelques-uns des artistes du label ECM au travail. On suit ainsi en studio, Sounds of Silence, DVD coveren concert ou chez eux Arvo Pärt (qui suit l’enregistrement d’une de ses œuvres dans une église d’Estonie), Eleni Karaindrou, Dino Saluzzi et Anja LechnerMarilyn Mazur, Anouar Brahem, le  groupe Ronin de Nik BärtschKim Kashkashian et quelques autres. Au centre de ce documentaire, Manfred Eicher lui-même que les réalisateurs ont suivi cinq ans dans ses très nombreux déplacements. On le voit participer au mixage de disques qu’il produit, choisir les pochettes, prendre le temps d’écouter. On rentre dans l’intimité d’un producteur musicien qui entend ce qui ne va pas et prodigue ses judicieux conseils. Peu d’artistes de jazz dans ce film dont Eicher a supervisé la bande-son avec un soin quasi maniaque. Nominé pour le Schweizer Film Prize, “Sounds and Silence” a fait le tour des grands festivals et a remporté le “Berner Film Prize“ en  2009. ECM commercialise le DVD depuis le 26 septembre.

 

Trophées Sunside, logo-Les Trophés du Sunside qui fêtaient leur dixième édition se sont déroulés sur trois soirées du 5 au 7 septembre. Neuf formations étaient en compétition face à un jury composé cette année de Michel Contat (Télérama), Pierrette de Vineau (Paris Jazz Festival), Pierre Darmon (label Bonsaï), Frédéric Charbaut (Festival Jazz à St. Germain), Benjamin Tanguy (Jazz à Vienne) et Agnès Minetto (responsable technique Sunset et Sunside). Palmarès :

Chloe-Cailleton-Trio.jpg1er prix de groupe (à l’unanimité) Chloe Cailleton Trio (Chloe Cailleton chant, Armel Dupas piano, Ronan Courty contrebasse)

2ème prix de groupe Flash Pig

1er prix de soliste au batteur Ariel Tessier (Paul Jarret Quintet)

2ème prix de soliste au contrebassiste Ronan Courty (Chloe Cailleton Trio)

Un prix de composition a également été décerné à Word Out, trio dont les membres sont Jim Funnell, Oliver Degabriele et Thibault Perriard.

 

-En 1996, à la tête de son Jazz Orchestra, Bill Mobley enregistrait au Smalls un double album dans lequel se distinguaient de prestigieux invités parmi lesquels les BILL-MOBLEY-Live-at-Smoke--pte---cover.jpgpianistes Donald Brown, Harold Mabern, Mulgrew Miller et James Williams ainsi que le saxophoniste Billy Pierce. Il y a deux ans, le patron d’un autre club new-yorkais, le Smoke, proposait à Mobley d’y diriger un big band tous les lundis. Bill releva le défi. Le label Space Time (distribution Socadisc) qui fête cet automne ses quinze ans d’existence sort le 30 octobre prochain un nouveau double album de sa musique. Un opus enregistré live l’après-midi du 21 avril, deux sets au cours desquels, outre Mobley qui joue magnifiquement de la trompette et signe les arrangements, de nombreux musiciens de l’orchestre prennent des chorus sur des compositions de James Williams, David Raskin, Tony Williams, George Gershwin et de Bill Mobley.      

Wadada-Leo-Smith.jpg

 

-Deuxième saison pour Bleu Indigo (jazz au musée) qui revient occuper le théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du Quai Branly avec une nouvelle série de concerts « ni tout à fait jazz, ni tout à fait musique du monde » valorisant les musiques hybrides à travers des rencontres inédites. Six jazz sessions seront proposées par l’ethnologue Alexandre Pierrepont entre le 22 octobre et le 2 juin.  Le concert d’ouverture le samedi 22 octobre sera assuré par le trompettiste Wadada Leo Smith et le batteur Louis Moholo. Toutes les infos sur www.quaibranly.fr

 

Keith-Jarrett--cover.jpg-ECM mettra en vente le 17 octobre un CD réunissant Chick Corea et Stefano Bollani enregistré au théâtre Mancinelli d’Orvieto en décembre 2010. “Orvieto”, c’est son nom, réjouira les amateurs de joutes pianistiques. Le 7 novembre doit paraître “Rio”, double album live de Keith Jarrett enregistré à Rio de Janeiro en avril 2011. Le pianiste n’avait joué qu’une seule fois au Brésil dans les années 80. Au programme : une quinzaine de courtes pièces lyriques et plutôt mélodiques. “Tribe”, le nouvel opus du trompettiste Enrico Rava en quintette sortira également le 7 novembre. Avec lui le tromboniste Gianluca Petrella, souvent présent à ses côtés et un jeune pianiste impressionnant de musicalité, Giovanni Guidi (il est né en 1985) dont on suivra attentivement la carrière.

Duke-Dressed-Ellington.jpg

-Quelques conférences à ne pas manquer : "Duke Ellington et la batterie" par François Laudet le 3 octobre – "Duke Ellington pianiste" par Philippe Milanta le 7 novembre – "Duke Ellington et le sacré" par Laurent Mignard le 5 décembre. Le lieu : le Collège des Bernardins qui, le 12 décembre, accueillera le Duke Orchestra pour un "Ellington Christmas". - 20 rue de Poissy 75005 Paris www.collegedesbernardins.fr

 

Agglo-au-rythme-du-jazz--affiche.jpg-Le festival de Nîmes Métropole (“L’Agglo au rythme du jazz”) se déroulera du 30 septembre au 22 octobre. Christian Escoudé, Stacey Kent, Alain Jean-Marie, Eddy Louiss, Chucho Valdés, Stéphane Belmondo, Tineke Postma en sont les têtes d’affiche. On ne manquera pas les expositions, celle de Guy Le Querrec consacrée à Miles Davis (Nîmes, Mur Foster de Carré d’Art, tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h) et celles que proposent Philippe Baudoin et Isabelle Marquis au Château de Générac “Les coulisses du jazz” et “Duke Ellington Panorama” (du mercredi au dimanche, de 14h à 18h). Programme et renseignements : www.nimes-metropole.fr

 

PHOTOS: Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse - Chloe Cailleton Trio, Wadada Leo Smith, Duke Ellington © Photo X/D.R.

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 11:00

M. Davis Live in Europe 1967, cover1967 : une année très riche pour Miles Davis sur le plan musical. Depuis que Wayne Shorter l’a rejoint en septembre 1964, le trompettiste possède un quintette régulier dont les membres le poussent à toutes les audaces. Avec eux, il enregistre de nouveaux morceaux, transforme et modernise en concert son ancien répertoire, le rend méconnaissable et neuf. « On pouvait garder un thème pendant un an, vous ne le reconnaissiez pas en fin d’année » raconte Miles dans son autobiographie. Sa santé revenue, Miles a repris la route. Tendue vers l’aigu, se passant de sourdine, sa sonorité ample et ronde semble plus brillante que jamais. Avec Shorter au saxophone ténor, Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie, sa musique atteint une sophistication qu’elle n’a jamais encore possédée. Le quintette se produit à Chicago, Philadelphie, Boston et au Village Vanguard de New York, le saxophone de Joe Henderson s’ajoutant parfois à la formation. Après avoir entrepris une tournée sur la « côte ouest » en avril, le quintette de retour à New York enregistre en mai, juin et juillet de nouvelles compositions publiées dans “Sorcerer” (séances des 16, 17 et 24 mai) et “Nefertiti” (séances des 7, 13, 22, 23 juin et 19 juillet). Certains titres injustement écartés verront le jour beaucoup plus tard (notamment les trois compositions de Shorter que contient l’album “Water Babies”). Après de nouvelles dates en Californie, le groupe se rend en octobre en Europe. Organisée par George Wein et baptisée Newport Jazz Festival in Europe, la tournée réunit Thelonious Monk, Archie Shepp, Sarah Vaughan, Herbie Mann. Le musicien le plus âgé est le banjoïste Elmer Snowden, 67 ans. Le plus jeune, Tony Williams, en a seulement 21. Dix-sept villes sont visitées. Deux formations se produisent à chaque concert ce qui assure une rotation. Obligé certains soirs de partager la scène avec un Archie Shepp professant un free jazz radical « je n’arrivais pas à entrer dans ce qu’il faisait » (1), Miles ne garde pas un très bon souvenir de la tournée : « Il y avait trop de groupes, et ça a été rapidement la merde. »

 

Miles-Davis.jpgColumbia édite aujourd’hui en coffret (3 CD + 1 DVD) les concerts que Miles Davis et son quintette donnèrent à Anvers (28 octobre 1967), Copenhague (2 novembre) et Paris (6 novembre). Ceux filmés à Stockholm (31 octobre) et Karlsruhe (7 novembre) ont été précédemment inclus en 2009 dans le coffret “Miles Davis : The Complete Columbia Album Collection”  (70 CD). Il en existe des pirates. Le matériel audio présenté ici n’est pas non plus totalement inédit. Bien qu’illégalement édités, on trouve depuis longtemps les concerts d’Anvers et de Paris, mais ce dernier est pour la première fois publié dans sa totalité, bien complet de ses premiers morceaux, Agitation et Footprints. Il n’existait pas d’enregistrements publics officiels de cette période avant cette édition de bonne qualité sonore. Les bandes et les films proviennent des radios ou télévisions belge, française, danoise, allemande et suédoise.

 

Miles-Davis---Wayne-Shorter.jpgAu Plugged Nickel de Chicago, en décembre 1965, le quintette joue encore All Blues, If I Were a Bell, Four, Milestones, Stella by Starlight, So What, My Funny Valentine. Deux ans plus tard, le même groupe a enregistré quatre albums studio, renouvelant partiellement son matériel thématique. Il conserve ‘Round Midnight (joué à Anvers, Copenhague, Paris et Karlsruhe), On Green Dolphin Street (Anvers et Paris), I Fall in Love Too Easily (Paris et Karlsruhe), Walkin’ (Paris) et Agitation joué à tous ses concerts jusqu’en 1969. Enregistré en janvier 1965, il figure sur “ESP”, album dans lequel Miles n’a pas encore retrouvé son aisance à la trompette. Depuis quelques mois, il conçoit ses programmes comme des suites musicales et enchaîne ses morceaux : « Ma musique s‘étirait de gamme en gamme, je n’avais pas envie d’en briser le climat par des arrêts ou des pauses. Je passais directement au titre suivant. » Bien que sa sonorité tende déjà vers l’aigu, Wayne Shorter n’a pas encore adopté le soprano. Herbie-Hancock-copie-1.jpgIl composa Footprints à la demande du trompettiste qui souhaitait un nouveau morceau, et l’enregistra en février 1966 pour Blue Note (l’album“Adam’s Apple qu’il publia sous son nom). Le quintette en grava le 25 octobre une version profondément remaniée. “Miles Smiles” le renferme, avec Gingerbread Boy, une composition de Jimmy Heath provenant de la même séance. Le groupe les reprend sur scène ainsi que Riot et Masqualero inclus respectivement dans “Nefertiti” et “Sorcerer”. No Blues, un thème riff très bref qui permet à tous les musiciens d’improviser, complète un répertoire que Miles et ses hommes n’ont de cesse de transformer. Masqualero est presque méconnaissable. Au sein d’un même morceau, les mesures deviennent floues et incertaines, les mouvements mélodiques s’étirent ou se compriment. Enregistré à Anvers, Riot est survitaminé. Même constat pour ‘Round Midnight et On Green Dolphin Street exposés au feu de la mitraille de Tony Williams. La version enregistrée avec Bill Evans en 1958 permet de mesurer le chemin M.-Davis-Quintet-Live-Europe-1967--coffret.jpgparcouru. Pourtant au sein de cette agitation (le morceau porte bien son titre), les cinq musiciens parviennent à préserver leur espace sonore, à isoler leurs instruments des autres pour mieux organiser leurs chorus. Les faces plus sereines enregistrées à Paris Salle Pleyel en témoignent, notamment I Fall in Love Too Easily et On Green Dolphin Street. Le trompettiste écoute davantage sa rythmique, s’arrête plus souvent sur des notes tenues qui donnent de la respiration à ses phrases. Le piano d’Herbie lui offre aussi beaucoup d’espace : « Il m’arrivait de ne lui faire jouer aucun accord, juste un solo dans le médium, et je laissais la basse ancrer le tout. Ça sonnait d’enfer. » De bonne qualité (surtout celles de Copenhague), les images du DVD reflète bien l’interaction quasi télépathique qui règne au sein du groupe. En grande condition physique, contrôlant parfaitement sa sonorité, Miles n’intervient qu’à bon escient et laisse ses partenaires constamment inventer. Renouvelée par des métriques variées, par la densité polyrythmique que lui apportent une contrebasse et une batterie émancipées, cette musique ouverte reste disciplinée malgré sa tension. Modes et couleurs se substituent au fardeau des accords et rendent l’aventure fascinante.

 

(1) Les citations de cet article sont empruntées au livre de Miles Davis avec Quincy Troupe : “Miles, l’autobiographie” (Presses de la Renaissance, 1989).

 

PHOTOS : X /D.R.

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 00:00

Malia, gdeMERCREDI 7 septembre

Malia au Duc des Lombards : ses disques baignent dans les eaux de la soul, mais la chanteuse séduit et attire les jazzmen. Laurent de Wilde l’a invitée en 2003 sur “Stories” un album  de fusion aussi varié que réussi. André Manoukian a composé des musiques pour ses textes et produit “Young Bones”, son troisième album. Jacky Terrasson semble également l’apprécier puisqu’il l’invite à rejoindre son trio le 22 octobre sur la scène de la Maison de la Culture de Malia - bClermont-Ferrand dans le cadre du festival Jazz en Tête. Malia possède une voix grave, un peu cassée, envoûtante. Auprès d’elle au piano, Alexandre Saada lui fournit un tapis de notes, assure un piano orchestral qui lui permet de se passer d’autres instruments mélodiques. Elle n’a plus qu’à confier sa voix à ses musiciens, à la section rythmique experte que constituent Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Laurent Seriès à la batterie, et porter l’émotion au cœur de la musique. Malia reprend les chansons fétiches de la grande Nina Simone et ses chansons s’y prêtent. Bien que dénuée de l’intensité poignante de l’originale enregistrée par Nina le 21 mars 1964, sa version de Wild is a Wind trouve une interprète sensible qui ne cherche pas à imiter cette dernière. Malia reste elle-même. Elle ne possède pas la voix, le vibrato, le charisme de Nina Simone, mais parvient à insuffler son propre feeling à Baltimore, Feeling Good, Don’t Explain, Ne me quitte pas (Malia chante If you Go Away, sa version anglaise), sans oublier les inoubliables Four Women (introduit par les harmonies magnifiques du piano) et My Baby Just Cares for Me, méga tube de la diva Simone.

 

SAMEDI 10 septembre

Brad Mehldau 2Brad Mehldau à la Cité de la Musique dans le cadre du festival Jazz à la Villette. En solo le pianiste prend des risques, parfois trop. Seul avec lui-même, il expérimente, construit dans la durée de longues fresques sonores aux architectures grandioses qui témoignent d’une volonté de remettre son art en question, d’aller toujours plus loin dans le dépassement, comme si improviser était un défi permanent à sa créativité. Brad est un pianiste exceptionnel. Un sens du tempo phénoménal lui permet de combiner avec logique plusieurs rythmes qui, loin de se télescoper, se complètent et s’additionnent. Cette polyrythmie se greffe sur une harmonie occidentale au sein de laquelle le blues et la spécificité de ses intervalles diminués trouvent assurément leur place. De nombreuses lignes mélodiques nourrissent le discours musical. La main gauche martèle de solides ostinato, mais peut aussi bien solliciter la partie supérieure du clavier. La dextre ornemente, croise pour trouver des basses puissantes. Brad Mehldau joue beaucoup de notes. Il les empile, leur donne de l’épaisseur par l’emploi fréquent de la pédale de résonance. Ses  longs développements fascinent par leur construction rigoureuse. Des morceaux aux improvisations plus courtes parsèment son récital. Le pianiste récupère, joue alors avec beaucoup de sensibilité quelques mélodies délicieuses qu’il harmonise avec tendresse. Simples pauses avant de rebâtir de nouvelles tours de Babel sonores dont il pose longuement les fondations. Un public attentif ovationna sa prestation, obtint cinq rappels, Brad nous faisant oublier celle, décevante, donnée au Théâtre du Châtelet le 3 mars 2010. Outre quelques compositions originales et l’Intermezzo opus 76 # 4 de Brahms, il joua We’re Gonna Take It des Who, Hey Joe de Jimi Hendrix dans une version lente et marquée par le blues, n’oublia pas Radiohead (Jigsaw Falling Into Place) et reprit quelques standards, (I Concentrate on You et From This Moment On de Cole Porter, Countdown de John Coltrane, In Walked Bud de Monk). Brad Mehldau salue, remercie son public, mais ne lui indique jamais ce qu’il va jouer. C’est grâce à Geneviève Peyregne qui lui organise ses tournées que je vous en communique les titres. Qu’elle soit ici remerciée. Brad improvisa un bon quart d’heure sur La mémoire et la mer de Léo Ferré, parvenant à donner à sa mélodie une intensité surnaturelle. Un des grands concerts qu’il m’a été donné d’écouter cette année.

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse

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