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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:57

Laurent-de-Wilde.jpg- L espace Daniel-Sorano 16 rue Charles Pathé à Vincennes, confie au pianiste Laurent de Wilde la programmation artistique de la première édition de « Sorano Jazz ». Huit concerts en trio sont prévus entre octobre 2011 à mai 2012 le premier samedi de chaque mois sauf en octobre, celui du samedi 8 se voyant assuré par Laurent et ses musiciens (Jérôme Regard et Donald Kontomanou),. - Dans “Die Nacht / La Nuit”, une émission de 52 minutes réalisée par Paul Ouazan et diffusée sur Arte le mardi 25 octobre autour de minuit, Laurent raconte Charles Mingus et explique avec passion la musique du contrebassiste qu’il interprète avec Bruno Rousselet (contrebasse) et Donald Kontomanou, lui rendant un hommage aussi beau que sincère. - Enfin, en janvier 2012, Laurent sera à New York pour enregistrer un disque en trio très attendu avec Ira Coleman et Clarence Penn.

 

Greg-Reitan-Daybreak-cover.jpg-Naïve met en circulation de nombreux disques du catalogue Sunnyside. Enregistré live, “Labyrinth” le nouvel album solo du pianiste Denny Zeitlin convient à toute bonne discothèque. On attendra octobre pour se procurer “If The Past Seems So Bright” du saxophoniste Jeremy Udden découvert en 2009 avec un opus publié sur Fresh Sound New Talent dont je vous ai parlé dans ce blog en juin 2009. Jazz blues teinté de folk et de country music, la musique que propose Udden bénéficie d’une instrumentation inhabituelle. Pump organ, banjo, piano wurlitzer, guitares acoustiques et électriques la rendent très séduisante. En novembre, nous disposerons des nouveaux disques de Dan Goldberg--cover.jpgTepfer qui s’attaque aux “Variations Goldberg” et fait suivre les siennes à celles de Bach, Greg Reitan (probablement le plus abouti de ses trois enregistrements pour Sunnyside) et du Ron Carter Big Band arrangé par Robert M. Freedman (17 musiciens) avec Mulgrew Miller au piano. Naïve annonce également la parution des nouveaux disques de David Linx (“Rock My Boat” le 13 septembre), de Bill Frisell sur Savoy (“Plays John Lennon”) et de Palatino, “Back in Town” avec Paolo Fresu (tp & bugle), Glenn Ferris (tb), Michel Benita (b), Aldo Romano (dm) le 24 novembre.     

Jamie Cullum BBC

 

-Tous les dimanches de 11h00 à 12h00, à partir du 9 octobre, TSF Jazz diffusera l’émission que le chanteur et pianiste Jamie Cullum produit pour la station londonienne BBC Radio 2.

 

  Jazz-en-Tete-Fest-2011--affiche.jpg-24ème édition du festival « Jazz En Tête » à Clermont-Ferrand. La manifestation porte bien son nom. N’y cherchez pas l’orchestre des pygmées Babongo, le Soubassophone Country Band du Dr Petiot ou les trompes tibétaines de Mount Lhasa. Clermont place pendant 5 jours - du 18 au 22 octobre - le jazz, le vrai, en tête et en fête, les concerts se poursuivant tard dans la nuit par des jam-sessions mémorables. Cette année, Jacky Terrasson invite Malia à rejoindre son trio. En quartette, Charles Lloyd y soufflera des notes tendres et gorgées de soleil. Le quintette du trompettiste Jeremy Pelt célébrera la tradition et les amateurs de jazz moderne se réjouiront de la présence du trio du pianiste Vijay Iyer. Quant aux curieux, ils ne manqueront pas le jazz soul du chanteur Gregory Porter, baryton qui revendique l'héritage de Joe Williams, Jimmy Witherspoon, Sam Cooke et Marvin Gaye. Renseignements et programme détaillé sur www.jazzentete.com

 

Portraits-Legendaires--jaquette.jpg-Les éditions Tana mettent en librairie le 29 septembre “Portraits Légendaires du Jazz”. Un beau et grand livre (260 x 290 mm), épais (224 pages) rempli de nombreuses photographies noires et blanches reproduites pleines pages, quelques doubles les mettant particulièrement en valeur. 70 portraits de musiciens y sont proposés. Responsable à l’Irma du Centre d’information du jazz, son auteur Pascal Anquetil a du écarter bien des jazzmen qu’il apprécie probablement autant, voire davantage que certains de ceux qu’il propose de nous faire connaître. Car loin d’être un panorama du jazz actuel, cet ouvrage porte sur les musiciens incontournables de son histoire. Treize sont aujourd’hui vivants et choisir les plus jeunes n’a pas été simple. Diana Krall, Brad Mehldau, oui. La présence de John Zorn me semble beaucoup plus contestable, mais respectons l’enthousiasme de Pascal qui d’une plume alerte et passionnée se livre à des « exercices d’admirations » qui donnent envie d’écouter la musique de ceux dont il brosse des portraits attachants.

 

-Sous titré « sur la route avec Manfred Eicher », “Sounds and Silence” un documentaire des cinéastes suisses Norbert Wiedmer et Peter Guyer, nous montre quelques-uns des artistes du label ECM au travail. On suit ainsi en studio, Sounds of Silence, DVD coveren concert ou chez eux Arvo Pärt (qui suit l’enregistrement d’une de ses œuvres dans une église d’Estonie), Eleni Karaindrou, Dino Saluzzi et Anja LechnerMarilyn Mazur, Anouar Brahem, le  groupe Ronin de Nik BärtschKim Kashkashian et quelques autres. Au centre de ce documentaire, Manfred Eicher lui-même que les réalisateurs ont suivi cinq ans dans ses très nombreux déplacements. On le voit participer au mixage de disques qu’il produit, choisir les pochettes, prendre le temps d’écouter. On rentre dans l’intimité d’un producteur musicien qui entend ce qui ne va pas et prodigue ses judicieux conseils. Peu d’artistes de jazz dans ce film dont Eicher a supervisé la bande-son avec un soin quasi maniaque. Nominé pour le Schweizer Film Prize, “Sounds and Silence” a fait le tour des grands festivals et a remporté le “Berner Film Prize“ en  2009. ECM commercialise le DVD depuis le 26 septembre.

 

Trophées Sunside, logo-Les Trophés du Sunside qui fêtaient leur dixième édition se sont déroulés sur trois soirées du 5 au 7 septembre. Neuf formations étaient en compétition face à un jury composé cette année de Michel Contat (Télérama), Pierrette de Vineau (Paris Jazz Festival), Pierre Darmon (label Bonsaï), Frédéric Charbaut (Festival Jazz à St. Germain), Benjamin Tanguy (Jazz à Vienne) et Agnès Minetto (responsable technique Sunset et Sunside). Palmarès :

Chloe-Cailleton-Trio.jpg1er prix de groupe (à l’unanimité) Chloe Cailleton Trio (Chloe Cailleton chant, Armel Dupas piano, Ronan Courty contrebasse)

2ème prix de groupe Flash Pig

1er prix de soliste au batteur Ariel Tessier (Paul Jarret Quintet)

2ème prix de soliste au contrebassiste Ronan Courty (Chloe Cailleton Trio)

Un prix de composition a également été décerné à Word Out, trio dont les membres sont Jim Funnell, Oliver Degabriele et Thibault Perriard.

 

-En 1996, à la tête de son Jazz Orchestra, Bill Mobley enregistrait au Smalls un double album dans lequel se distinguaient de prestigieux invités parmi lesquels les BILL-MOBLEY-Live-at-Smoke--pte---cover.jpgpianistes Donald Brown, Harold Mabern, Mulgrew Miller et James Williams ainsi que le saxophoniste Billy Pierce. Il y a deux ans, le patron d’un autre club new-yorkais, le Smoke, proposait à Mobley d’y diriger un big band tous les lundis. Bill releva le défi. Le label Space Time (distribution Socadisc) qui fête cet automne ses quinze ans d’existence sort le 30 octobre prochain un nouveau double album de sa musique. Un opus enregistré live l’après-midi du 21 avril, deux sets au cours desquels, outre Mobley qui joue magnifiquement de la trompette et signe les arrangements, de nombreux musiciens de l’orchestre prennent des chorus sur des compositions de James Williams, David Raskin, Tony Williams, George Gershwin et de Bill Mobley.      

Wadada-Leo-Smith.jpg

 

-Deuxième saison pour Bleu Indigo (jazz au musée) qui revient occuper le théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du Quai Branly avec une nouvelle série de concerts « ni tout à fait jazz, ni tout à fait musique du monde » valorisant les musiques hybrides à travers des rencontres inédites. Six jazz sessions seront proposées par l’ethnologue Alexandre Pierrepont entre le 22 octobre et le 2 juin.  Le concert d’ouverture le samedi 22 octobre sera assuré par le trompettiste Wadada Leo Smith et le batteur Louis Moholo. Toutes les infos sur www.quaibranly.fr

 

Keith-Jarrett--cover.jpg-ECM mettra en vente le 17 octobre un CD réunissant Chick Corea et Stefano Bollani enregistré au théâtre Mancinelli d’Orvieto en décembre 2010. “Orvieto”, c’est son nom, réjouira les amateurs de joutes pianistiques. Le 7 novembre doit paraître “Rio”, double album live de Keith Jarrett enregistré à Rio de Janeiro en avril 2011. Le pianiste n’avait joué qu’une seule fois au Brésil dans les années 80. Au programme : une quinzaine de courtes pièces lyriques et plutôt mélodiques. “Tribe”, le nouvel opus du trompettiste Enrico Rava en quintette sortira également le 7 novembre. Avec lui le tromboniste Gianluca Petrella, souvent présent à ses côtés et un jeune pianiste impressionnant de musicalité, Giovanni Guidi (il est né en 1985) dont on suivra attentivement la carrière.

Duke-Dressed-Ellington.jpg

-Quelques conférences à ne pas manquer : "Duke Ellington et la batterie" par François Laudet le 3 octobre – "Duke Ellington pianiste" par Philippe Milanta le 7 novembre – "Duke Ellington et le sacré" par Laurent Mignard le 5 décembre. Le lieu : le Collège des Bernardins qui, le 12 décembre, accueillera le Duke Orchestra pour un "Ellington Christmas". - 20 rue de Poissy 75005 Paris www.collegedesbernardins.fr

 

Agglo-au-rythme-du-jazz--affiche.jpg-Le festival de Nîmes Métropole (“L’Agglo au rythme du jazz”) se déroulera du 30 septembre au 22 octobre. Christian Escoudé, Stacey Kent, Alain Jean-Marie, Eddy Louiss, Chucho Valdés, Stéphane Belmondo, Tineke Postma en sont les têtes d’affiche. On ne manquera pas les expositions, celle de Guy Le Querrec consacrée à Miles Davis (Nîmes, Mur Foster de Carré d’Art, tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h) et celles que proposent Philippe Baudoin et Isabelle Marquis au Château de Générac “Les coulisses du jazz” et “Duke Ellington Panorama” (du mercredi au dimanche, de 14h à 18h). Programme et renseignements : www.nimes-metropole.fr

 

PHOTOS: Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse - Chloe Cailleton Trio, Wadada Leo Smith, Duke Ellington © Photo X/D.R.

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 11:00

M. Davis Live in Europe 1967, cover1967 : une année très riche pour Miles Davis sur le plan musical. Depuis que Wayne Shorter l’a rejoint en septembre 1964, le trompettiste possède un quintette régulier dont les membres le poussent à toutes les audaces. Avec eux, il enregistre de nouveaux morceaux, transforme et modernise en concert son ancien répertoire, le rend méconnaissable et neuf. « On pouvait garder un thème pendant un an, vous ne le reconnaissiez pas en fin d’année » raconte Miles dans son autobiographie. Sa santé revenue, Miles a repris la route. Tendue vers l’aigu, se passant de sourdine, sa sonorité ample et ronde semble plus brillante que jamais. Avec Shorter au saxophone ténor, Herbie Hancock au piano, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie, sa musique atteint une sophistication qu’elle n’a jamais encore possédée. Le quintette se produit à Chicago, Philadelphie, Boston et au Village Vanguard de New York, le saxophone de Joe Henderson s’ajoutant parfois à la formation. Après avoir entrepris une tournée sur la « côte ouest » en avril, le quintette de retour à New York enregistre en mai, juin et juillet de nouvelles compositions publiées dans “Sorcerer” (séances des 16, 17 et 24 mai) et “Nefertiti” (séances des 7, 13, 22, 23 juin et 19 juillet). Certains titres injustement écartés verront le jour beaucoup plus tard (notamment les trois compositions de Shorter que contient l’album “Water Babies”). Après de nouvelles dates en Californie, le groupe se rend en octobre en Europe. Organisée par George Wein et baptisée Newport Jazz Festival in Europe, la tournée réunit Thelonious Monk, Archie Shepp, Sarah Vaughan, Herbie Mann. Le musicien le plus âgé est le banjoïste Elmer Snowden, 67 ans. Le plus jeune, Tony Williams, en a seulement 21. Dix-sept villes sont visitées. Deux formations se produisent à chaque concert ce qui assure une rotation. Obligé certains soirs de partager la scène avec un Archie Shepp professant un free jazz radical « je n’arrivais pas à entrer dans ce qu’il faisait » (1), Miles ne garde pas un très bon souvenir de la tournée : « Il y avait trop de groupes, et ça a été rapidement la merde. »

 

Miles-Davis.jpgColumbia édite aujourd’hui en coffret (3 CD + 1 DVD) les concerts que Miles Davis et son quintette donnèrent à Anvers (28 octobre 1967), Copenhague (2 novembre) et Paris (6 novembre). Ceux filmés à Stockholm (31 octobre) et Karlsruhe (7 novembre) ont été précédemment inclus en 2009 dans le coffret “Miles Davis : The Complete Columbia Album Collection”  (70 CD). Il en existe des pirates. Le matériel audio présenté ici n’est pas non plus totalement inédit. Bien qu’illégalement édités, on trouve depuis longtemps les concerts d’Anvers et de Paris, mais ce dernier est pour la première fois publié dans sa totalité, bien complet de ses premiers morceaux, Agitation et Footprints. Il n’existait pas d’enregistrements publics officiels de cette période avant cette édition de bonne qualité sonore. Les bandes et les films proviennent des radios ou télévisions belge, française, danoise, allemande et suédoise.

 

Miles-Davis---Wayne-Shorter.jpgAu Plugged Nickel de Chicago, en décembre 1965, le quintette joue encore All Blues, If I Were a Bell, Four, Milestones, Stella by Starlight, So What, My Funny Valentine. Deux ans plus tard, le même groupe a enregistré quatre albums studio, renouvelant partiellement son matériel thématique. Il conserve ‘Round Midnight (joué à Anvers, Copenhague, Paris et Karlsruhe), On Green Dolphin Street (Anvers et Paris), I Fall in Love Too Easily (Paris et Karlsruhe), Walkin’ (Paris) et Agitation joué à tous ses concerts jusqu’en 1969. Enregistré en janvier 1965, il figure sur “ESP”, album dans lequel Miles n’a pas encore retrouvé son aisance à la trompette. Depuis quelques mois, il conçoit ses programmes comme des suites musicales et enchaîne ses morceaux : « Ma musique s‘étirait de gamme en gamme, je n’avais pas envie d’en briser le climat par des arrêts ou des pauses. Je passais directement au titre suivant. » Bien que sa sonorité tende déjà vers l’aigu, Wayne Shorter n’a pas encore adopté le soprano. Herbie-Hancock-copie-1.jpgIl composa Footprints à la demande du trompettiste qui souhaitait un nouveau morceau, et l’enregistra en février 1966 pour Blue Note (l’album“Adam’s Apple qu’il publia sous son nom). Le quintette en grava le 25 octobre une version profondément remaniée. “Miles Smiles” le renferme, avec Gingerbread Boy, une composition de Jimmy Heath provenant de la même séance. Le groupe les reprend sur scène ainsi que Riot et Masqualero inclus respectivement dans “Nefertiti” et “Sorcerer”. No Blues, un thème riff très bref qui permet à tous les musiciens d’improviser, complète un répertoire que Miles et ses hommes n’ont de cesse de transformer. Masqualero est presque méconnaissable. Au sein d’un même morceau, les mesures deviennent floues et incertaines, les mouvements mélodiques s’étirent ou se compriment. Enregistré à Anvers, Riot est survitaminé. Même constat pour ‘Round Midnight et On Green Dolphin Street exposés au feu de la mitraille de Tony Williams. La version enregistrée avec Bill Evans en 1958 permet de mesurer le chemin M.-Davis-Quintet-Live-Europe-1967--coffret.jpgparcouru. Pourtant au sein de cette agitation (le morceau porte bien son titre), les cinq musiciens parviennent à préserver leur espace sonore, à isoler leurs instruments des autres pour mieux organiser leurs chorus. Les faces plus sereines enregistrées à Paris Salle Pleyel en témoignent, notamment I Fall in Love Too Easily et On Green Dolphin Street. Le trompettiste écoute davantage sa rythmique, s’arrête plus souvent sur des notes tenues qui donnent de la respiration à ses phrases. Le piano d’Herbie lui offre aussi beaucoup d’espace : « Il m’arrivait de ne lui faire jouer aucun accord, juste un solo dans le médium, et je laissais la basse ancrer le tout. Ça sonnait d’enfer. » De bonne qualité (surtout celles de Copenhague), les images du DVD reflète bien l’interaction quasi télépathique qui règne au sein du groupe. En grande condition physique, contrôlant parfaitement sa sonorité, Miles n’intervient qu’à bon escient et laisse ses partenaires constamment inventer. Renouvelée par des métriques variées, par la densité polyrythmique que lui apportent une contrebasse et une batterie émancipées, cette musique ouverte reste disciplinée malgré sa tension. Modes et couleurs se substituent au fardeau des accords et rendent l’aventure fascinante.

 

(1) Les citations de cet article sont empruntées au livre de Miles Davis avec Quincy Troupe : “Miles, l’autobiographie” (Presses de la Renaissance, 1989).

 

PHOTOS : X /D.R.

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 00:00

Malia, gdeMERCREDI 7 septembre

Malia au Duc des Lombards : ses disques baignent dans les eaux de la soul, mais la chanteuse séduit et attire les jazzmen. Laurent de Wilde l’a invitée en 2003 sur “Stories” un album  de fusion aussi varié que réussi. André Manoukian a composé des musiques pour ses textes et produit “Young Bones”, son troisième album. Jacky Terrasson semble également l’apprécier puisqu’il l’invite à rejoindre son trio le 22 octobre sur la scène de la Maison de la Culture de Malia - bClermont-Ferrand dans le cadre du festival Jazz en Tête. Malia possède une voix grave, un peu cassée, envoûtante. Auprès d’elle au piano, Alexandre Saada lui fournit un tapis de notes, assure un piano orchestral qui lui permet de se passer d’autres instruments mélodiques. Elle n’a plus qu’à confier sa voix à ses musiciens, à la section rythmique experte que constituent Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Laurent Seriès à la batterie, et porter l’émotion au cœur de la musique. Malia reprend les chansons fétiches de la grande Nina Simone et ses chansons s’y prêtent. Bien que dénuée de l’intensité poignante de l’originale enregistrée par Nina le 21 mars 1964, sa version de Wild is a Wind trouve une interprète sensible qui ne cherche pas à imiter cette dernière. Malia reste elle-même. Elle ne possède pas la voix, le vibrato, le charisme de Nina Simone, mais parvient à insuffler son propre feeling à Baltimore, Feeling Good, Don’t Explain, Ne me quitte pas (Malia chante If you Go Away, sa version anglaise), sans oublier les inoubliables Four Women (introduit par les harmonies magnifiques du piano) et My Baby Just Cares for Me, méga tube de la diva Simone.

 

SAMEDI 10 septembre

Brad Mehldau 2Brad Mehldau à la Cité de la Musique dans le cadre du festival Jazz à la Villette. En solo le pianiste prend des risques, parfois trop. Seul avec lui-même, il expérimente, construit dans la durée de longues fresques sonores aux architectures grandioses qui témoignent d’une volonté de remettre son art en question, d’aller toujours plus loin dans le dépassement, comme si improviser était un défi permanent à sa créativité. Brad est un pianiste exceptionnel. Un sens du tempo phénoménal lui permet de combiner avec logique plusieurs rythmes qui, loin de se télescoper, se complètent et s’additionnent. Cette polyrythmie se greffe sur une harmonie occidentale au sein de laquelle le blues et la spécificité de ses intervalles diminués trouvent assurément leur place. De nombreuses lignes mélodiques nourrissent le discours musical. La main gauche martèle de solides ostinato, mais peut aussi bien solliciter la partie supérieure du clavier. La dextre ornemente, croise pour trouver des basses puissantes. Brad Mehldau joue beaucoup de notes. Il les empile, leur donne de l’épaisseur par l’emploi fréquent de la pédale de résonance. Ses  longs développements fascinent par leur construction rigoureuse. Des morceaux aux improvisations plus courtes parsèment son récital. Le pianiste récupère, joue alors avec beaucoup de sensibilité quelques mélodies délicieuses qu’il harmonise avec tendresse. Simples pauses avant de rebâtir de nouvelles tours de Babel sonores dont il pose longuement les fondations. Un public attentif ovationna sa prestation, obtint cinq rappels, Brad nous faisant oublier celle, décevante, donnée au Théâtre du Châtelet le 3 mars 2010. Outre quelques compositions originales et l’Intermezzo opus 76 # 4 de Brahms, il joua We’re Gonna Take It des Who, Hey Joe de Jimi Hendrix dans une version lente et marquée par le blues, n’oublia pas Radiohead (Jigsaw Falling Into Place) et reprit quelques standards, (I Concentrate on You et From This Moment On de Cole Porter, Countdown de John Coltrane, In Walked Bud de Monk). Brad Mehldau salue, remercie son public, mais ne lui indique jamais ce qu’il va jouer. C’est grâce à Geneviève Peyregne qui lui organise ses tournées que je vous en communique les titres. Qu’elle soit ici remerciée. Brad improvisa un bon quart d’heure sur La mémoire et la mer de Léo Ferré, parvenant à donner à sa mélodie une intensité surnaturelle. Un des grands concerts qu’il m’a été donné d’écouter cette année.

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:16

Leszek-Mozdzer--Komeda-cover.jpgKomeda : un titre énigmatique pour l’amateur de jazz qui n’est point cinéphile. C’est le nom de scène que s’était choisi Krzysztof Trzcinski, compositeur de musiques de films et jazzman né en Pologne en 1931, décédé en 1969 à Varsovie à l’âge de 38 ans. Médecin laryngologue à ses débuts, excellent pianiste - il pratiquait l’instrument depuis l’enfance - , Komeda se passionna pour le jazz moderne. Le sextette qu’il constitua en 1956 fut la première formation polonaise à en jouer. Trempant le bop dans une esthétique européenne, il parvient à l’enraciner dans la tradition musicale polonaise. Compositeur lyrique, il excella à créer des atmosphères poétiques et cinématographiques. Komeda signa ainsi de nombreuses B.O. dont celles des premiers films de son compatriote Roman Krzysztof KomedaPolanski. La plus célèbre est celle de “Rosemary’s Baby”. Son générique, une valse berceuse sur laquelle Mia Farrow vocalise, reste familière à l’amateur de jazz grâce aux versions que nous en ont données Stéphan Oliva (en solo) et le trompettiste Tomasz Stanko. Membre du quintette de Komeda, ce dernier participa en 1965 à l’enregistrement de l’album “Astigmatic”, l’un des plus importants opus jazzistiques du compositeur. Lullaby for Rosemary, coverPour lui rendre hommage, Stanko enregistra pour ECM un album entier de ses oeuvres en 1997, “Litania”, préservant ainsi sa mémoire. Le pianiste Marcin Wasilewski fit de même en 2004 avec le Simple Acoustic Trio (1). Leur disque, “Lullaby for Rosemary” (Not Two Records), n’a jamais été distribué en France. Il contient Sleep Safe and Warm (le thème principal de “Rosemary Baby”), et des morceaux que reprend aujourd’hui Leszek Mozdzer dans son premier enregistrement en solo pour le label ACT. 

 

L.-Mozdzer-1-c-Przemek-Krzakiewicz.jpgNé en 1971, Mozdzer jouit aujourd’hui en Pologne d’un statut de pop star qui peut inspirer méfiance. Depuis 1994, le très sérieux magazine Jazz Forum l’a toutefois élu chaque année meilleur pianiste polonais ce qui est une solide référence. L’écoute attentive de l’album le confirme. Bien que venu tardivement au jazz, Mozdzer compte de très nombreux enregistrements comme sideman et a gravé une quinzaine d’albums sous son nom. Pianiste virtuose possédant une technique impressionnante, il se fit connaître en 1994 par ses improvisations sur des thèmes de Chopin. S’il n’a pas encore le métier de son compatriote Vladyslav Sendecki dont la musique, moins chargée, gagne en profondeur, Mozdzer hypnotise par la richesse de son langage harmonique, ses nombreuses notes perlées, ses cascades d’arpèges élégantes aux couleurs dignes d’un arc-en-ciel, et nous fait redécouvrir les musiques de Komeda sur un mode très personnel. T. Stanko, Litania coverBeaucoup plus rapide que l’original, sa version de Svantetic devient un exercice de pure virtuosité. Mozder en a supprimé l’introduction, un émouvant choral traité comme un lamento par  Stanko qui, dans “Litania”, accentue l’aspect plaintif de la composition (2). Komeda la dédia à son ami Svante Foerster, poète et écrivain suédois. Leszek Mozdzer gomme également le côté tragique de Night-time, Daytime Requiem, une pièce de 1967 dédié à John Coltrane qu’il préfère onirique, son approche impressionniste la chargeant de mystère. Son adaptation pour piano reste toutefois un tour de force, Mozdzer parvient à unifier les différentes parties de l’œuvre, une des plus longues que Komeda composa pour le jazz. Il fait de même avec The Law and the Fist, partition que Komeda composa en 1964 pour “Prawo i Pesc” (“La loi et le poing”), un film de Jerzy Hoffman, sa transcription enrichie de nombreuses variations Krzysztof Komeda, Astigmatic coverpianistiques accentuant le romantisme de cette belle page d’écriture musicale. Sa version de Sleep Safe and Warm convainc moins que celle d’Oliva qui en a pénétré l’essence et mis à nu la beauté. Mozdzer est plus à l’aise dans Ballad for Bernt, Cherry et Crazy Girl initialement interprétés par un quartette comprenant saxophone, piano, contrebasse et batterie, de vrais morceaux de jazz que Roman Polanski utilisa en 1961 dans son premier long-métrage “Le couteau dans l’eau” (3). Egalement repris par Stanko, Ballad for Bernt apparaît particulièrement réussi. Les notes lumineuses et élégantes du pianiste, aussi pétillantes qu’une eau gazeuse, bercent la pièce d’une lumière tamisée. Cherry est beaucoup plus vif, presque acrobatique, et Crazy Girl éblouit par les harmonies scintillantes que Mozdzer fait surgir de ses doigts. Le disque se termine sur une délicieuse version de Moja Ballada, un thème que Komeda écrivit en 1958. Les jazzmen aiment le reprendre et la version décontractée et sensible qu’en donne Leszek Mozdzer est tout simplement magnifique. 

 

(1) Slawomir Kurkiewicz (contrebasse) et Michal Miskiewicz (batterie) complètent le groupe devenu le Marcin Wasilewski Trio (3 albums enregistrés sur ECM).

 

(2) Komeda joue cette longue pièce (15’50) avec son quintette dans l’album “Astigmatic”.

 

(3) Le réalisateur Jerzy Skolimowsky dont certains films ressortent dans les salles parisiennes - “Deep End”, “Travail au Noir”, “Le départ” (musique de Komeda jouée par Don Cherry) - travailla avec Polanski sur le “Couteau dans l’eau”. Avec le cinéaste Andrzej Wajda, il écrira le scénario des “Innocents Charmeurs” (“Niewinni Czarodzieje”), film que ce dernier réalisa. Krzysztof Komeda en composa la musique.

 

PHOTOS : Krzysztof Komeda © X/D.R. - Leszek Mozdzer © Przemek Krzakiewicz / ACT Records

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 10:02

Ben Williams, coverS’il a beaucoup joué avec le saxophoniste Marcus Strickland qu’il invite dans cet album, Ben Williams s’est fait connaître comme le contrebassiste de Jacky Terrasson. Lauréat de la prestigieuse Thelonious Monk Competition en 2009, il aime les basses chaudes et boisées. Tel un conteur, il tient et développe des discours mélodiques qui sont en soi de vraies histoires. Enregistré à New York en juin 2010, “State of Art” traduit son intérêt pour de nombreux genres musicaux. S’il admire et respecte les vieux standards, Ben aime aussi le funk, le hip hop, et dans les notes de livret du CD avoue avoir été inspiré par Stevie Wonder et Michael Jackson dont il reprend des titres, confie être davantage en phase avec la musique des années 90 qu’avec celle des années 40. Très varié, “State of Art”  fait entendre un contrebassiste sûr de lui et révèle un arrangeur talentueux. Le disque bénéficie d’une production très soignée, les instruments mis en valeur par un mixage servant les musiques proposées. Malheureusement, Ben n’a pu s‘empêcher d’inviter un rappeur, John Robinson, dans The Lee Morgan Story. Bien qu’amélioré par des « obbligatos » (commentaires improvisés) de trompette de Christian Scott, le morceau reste très éloigné de mes conceptions esthétiques. Sans cette regrettable faute de goût et un banal et survitaminé Mr. Dynamite, cet opus serait presque parfait. Il contient de bonnes compositions souvent exposées par Strickland au ténor ou au soprano. On goûtera particulièrement ses solos dans Part-Time Lover, Things Don’t Exist et Dawn of a new Day dont le tempo médium et chaloupé assoit confortablement la musique. Les premières plages de l’album sont résolument funky avec Gerald Clayton au Fender Rhodes. Home, une tournerie irrésistible, confirme pour ceux qui en douteraient que chez Ben Williams le groove est parfaitement naturel. Mais très vite, les spécificités du jazz s’imposent à l’auditeur, les chorus des musiciens s’intégrant parfaitement dans les orchestrations diversifiées du leader. A la guitare, Matthew Stevens tient un rôle important dans Part-Time Lover, se révèle inspiré dans Dawn of a New Day et November, morceau porté à incandescence par les percussions d’Etienne Charles. Au piano, Gerald Clayton impressionne dans Little Susie, un thème accrocheur de Michael Jackson brillamment réarrangé. Comme dans Things Don’t Exist, un quatuor à cordes en renforce le motif mélodique. Jaleel Shaw y brille au soprano et November doit beaucoup à sa partie d’alto. Dans cet album que rythme avec souplesse et à-propos Jamire Williams à la batterie, la contrebasse tient une place importante. Ben s’y affirme comme soliste. L’intro de Little Susie lui est entièrement confiée. “State of Art” se referme sur une étonnante version modale de Moonlight in Vermont. Contrebasse et guitare y mêlent subtilement leurs cordes, le piano lui donnant une nouvelle dimension onirique.        

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 10:30

Cowbells-orchestra.jpgSeptembre : la rentrée pour les petits comme pour les grands. Depuis quelques années et s’il est parisien l’amateur de jazz l’effectue à la Villette. Hier abattoirs, aujourd’hui Cité de la Musique, on s’y perd un peu, comme ces vaches de bêtes qui s’apprêtent à offrir un concert de cloches dans le cadre d’un festival de jazz éclectique et pluriel dont la réputation ne cesse de grandir auprès d’un public hétéroclite qui écoute aussi bien du jazz que du rock, du hip hop que du reggae, du funk que du ska. Les frontières tombent entre les styles musicaux au bénéfice de nouveaux métissages pas toujours convaincants. Ce festival, Jean-Paul le trouve peu à son goût. Il préfère écouter Jazz à Fip avec Philippe Etheldrède le dimanche 4, du « vrai jazz » qui trouve grâce à ses yeux. La Villette, ce n’est pas pour lui malgré Tom Harrell et Roy Hargrove, musiciens dont il possède des disques. Pour ma part, Brad Melhdau me tente. Le pianiste donne deux concerts en solo qui me parlent davantage que les novateurs du hip-hop, des musiques improvisées, de la pop ou du funk que propose un festival qui, dans sa volonté louable de mélanger les genres, restreint la place accordée au jazz. La rentrée donc, avec son flot de disques manquant singulièrement de feeling et d’originalité, mais aussi son lot de bonnes surprises et de découvertes, de nouveaux talents se révélant chaque année. Les Trophées du Sunside qui fêtent leur dixième édition permettent d’en repérer quelques-uns. Du 5 au 7 septembre, neuf formations seront en compétition, trois par soirée. L’entrée est gratuite. Montrez-vous donc curieux.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

Prysm-au-Sunside.jpg-Prysm avec Pierre de Bethmann les 1er et 2 septembre au Sunside. Mis en sommeil en 2001, peu après l’enregistrement de son quatrième album, Prysm s’est reformé en 2009 pour des concerts à l’opéra de Lyon auxquels participèrent Rosario Giuliani au saxophone alto, et le guitariste Manu Codjia, concerts qui firent l’objet d’un cinquième disque publié en mars dernier,“Five” (Plus loin Music). Codjia s’ajoutera au trio le 2. La veille, Prysm se fera également quartette avec Stéphane Guillaume aux saxophones. Est-il besoin de préciser que Pierre de Bethmann assure les claviers (piano et Fender Rhodes) et que Christophe Wallemme (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) complètent la formation depuis sa création ? De belles soirées en perspective.

 

S.-Kerecki-band---T.-Malaby.jpg-Stéphane Kerecki et les membres de son trio retrouvent Tony Malaby au Sunset le 2. “Houria”, le disque qu’ils ont enregistré ensemble, accorde une large place à l’improvisation collective, propose un langage incantatoire et instinctif intensément spirituel. Le groupe joue de nombreuses ballades, peaufine de délicates miniatures, mais aussi des morceaux fiévreux et intenses. Par ses lignes de contrebasse, Kerecki assoit le tempo, balise la musique pour ses partenaires. Malaby grogne et rugit, dialogue avec Matthieu Donarier également aux saxophones, leurs notes libres et sauvages trempant dans le lyrisme. Quant à Thomas Grimmonprez, il tisse une habile toile percussive, martèle ses tambours de guerre et rythme leurs danses joyeuses et primitives.

 

Chuck-Israels-a.jpg-Chuck Israels au Sunside le 3 pour un « Tribute to Bill Evans ». Pendant un peu plus de trois ans, Chuck fut le contrebassiste de son trio, succédant au grand Scott LaFaro disparu à l’âge de vingt-cinq ans dans un accident de la route. S’il possède un jeu moins technique et plus économe que ce dernier, il le compense par sa grande capacité à coller et sentir la musique. Musicien au swing solide et souple, au phrasé élégant, il se plaît à improviser de belles lignes mélodiques. Très demandé comme bassiste, il joua avec George Russell, Cecil Taylor, Eric Dolphy, Stan Getz, Jay Jay Johnson et Gary Burton avant de se consacrer à la composition et à l’enseignement. En 1959 à Paris, il accompagna Bud Powell, souvent au Chat Qui Pêche. Il retrouve la capitale au sein d’un trio comprenant Kirk Lightsey au piano et Karl Jannuska à la batterie. Ses apparitions sont rares. On ne manquera pas ce concert événement.

 

Aldo-Romano.jpg-Si vous êtes libre l'après-midi du dimanche 4, ne manquez pas Aldo Romano et son « Tribute to Don Cherry » à la Cité de la Musique (16h30), dans le cadre du festival Jazz à la Villette. Avec Fabrizio Bosso à la trompette, Géraldine Laurent au saxophone alto et Henri Texier à la contrebasse, le batteur interprète des compositions du cornettiste et de larges extraits de “Complete Communion”, des ritournelles simples et chantantes qui n’ont pas pris de rides, un disque Blue Note que Don signa en 1965. Avec son groupe, Aldo reprend aussi des morceaux d’Ornette Coleman, grand pourvoyeur de thèmes, en donne des relectures personnelles tout en parvenant à conserver l’esprit Jeff-Ballard-c-Lourdes-Delgado.jpgdes originaux. On peut les découvrir dans “Complete Communion to Don Cherry” album publié l’an dernier sur Dreyfus Jazz.

Le guitariste Lionel Loueke, le saxophoniste Miguel Zenón et Jeff Ballard le batteur de Fly et de Brad Mehldau (en photo), assureront la première partie. Le trio « ose relire Monk, le folklore iranien ou même Stevie Wonder » annonce le communiqué de presse. Nous irons vérifier sur place.

 

malia-Malia en quartette au Duc des Lombards les 6, 7 et 8 avec Alexandre Saada au piano, Jean-Daniel Botta à la contrebasse et Laurent Seriès à la batterie. Originaire du Malawi, de père anglais, la chanteuse a découvert le jazz avec Billie Holiday. Enregistré en 2002, entre jazz et soul, “Yellow Daffodils” son premier album la fait remarquer. Suivent “Echoes of Dreams” en 2004 et “Young Bones” en 2007. Laurent de Wilde l’admire et la fait chanter If I Could, un des titres de son album “Stories”. Au Duc, elle présentera son nouveau projet, un hommage à Nina Simone.

 

-Trois trompettistes sur une même scène, celle de la Grande Halle de la Villette le 8. Une initiative de l’un d’entre eux, Stéphane Belmondo, qui aime les S. Belmondo arencontres, les joutes musicales amicales. Tom Harrell et Roy Hargrove sont donc invités à pousser leurs tutti, à innover, émerveiller. Chacun possède son propre style. Harrell sculpte avec ses lèvres des phrases swinguantes et ciselées. Hargrove trempe son instrument dans le funk, le groove épousant son jeu comme une seconde peau. Mélodiste inspiré, Stéphane préfère le bugle à la trompette. La sonorité en est plus douce, plus suave. La section rythmique qui accompagne notre trio de souffleurs est celle de son dernier album Verve, “The Same as It Never Was Before”. Kirk Lightsey au piano (et à la flûte dans l’intro d’Habiba), Sylvain Romano et Billy Hart donnent une véritable épaisseur sonore à la musique, un post-bop moderne trempé dans un grand bain de blues.

 

Brad Mehldau-1 © Ph. Etheldrède-Brad Mehldau en solo pour deux concerts à la Cité de la Musique le 9 et le 10, deux des temps forts de Jazz à la Villette. Le pianiste possède une réelle stature et aime prendre des risques. L’exercice périlleux du solo lui en offre. Parfois, la belle mécanique de son jeu se dérègle et les improvisations ambitieuses auxquelles il se livre en pâtissent (le concert qu’il donna au Théâtre du Châtelet en mars 2010 ne convainquit que partiellement). Ses amoncellements et agrégats de notes manquent parfois de simplicité, mais Mehldau est bien un des grands du piano. Il s’en sert pour raconter des histoires, parvient à les rendre sensibles et musicales. Brad renouvelle fréquemment son répertoire mélodique constitué de standards, de thèmes pop et de compositions originales. Il s’y appuie pour leurs offrir ses propres harmonies, ouvrir les portes d’un vaste monde sonore qu’il se plaît à explorer.

Eddie Daniels © Paul Gitelson

 

-L’un des meilleurs clarinettistes de la planète jazz, le grand Eddie Daniels, est attendu au Sunset le 13 pour une jam session gratuite. Une initiative de la maison Vandoren réputée pour ses anches et ses becs. Michael Cheret (saxophones), Ludovic de Preissac (piano), Manuel Marchès (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie) accompagneront Daniels qui jouera également du saxophone ténor. Né à New York en 1941, ce dernier fut un des plus brillants solistes du big band de Thad Jones et Mel Lewis. Avec le pianiste Roger Kellaway qui a donné deux concerts au Sunside fin juillet, Daniels a récemment enregistré “A Duet of One”, disque qui manqua de peu le Grand Prix de l’Académie du Jazz en 2009.

 

Anne-Ducros-c-Ari-Rossner-b.jpg-C’était il y a un an, Anne Ducros sortait un album consacré à Ella Fitzgerald avec un orchestre de quarante-cinq musiciens, dix morceaux arrangés superbement par Ivan Jullien. La pochette d’“Ella, My Dear” : une superbe photo d’Anne, en robe de soirée rouge, étendue place de la Concorde sur un canapé, n’est pas prête d’être oubliée. Sa musique aussi. Il faut l’entendre chanter divinement Stardust,Come Rain Come Shine, Laura et écouter la fluidité de son scat dans les deux medley qu’elle interprète. Ces morceaux, Anne les reprendra probablement au Sunside le 17. Avec elle, un simple quartette : Benoît de Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie. Sa voix chaude et sensuelle n’aura aucun mal à séduire le public du club. Elle sait tenir ses notes, les aérer, les faire vibrer. La qualité de son scat traduit un métier qu’elle exerce avec passion dans une Michel Rosciglioneconstante bonne humeur.

 

-Michel Rosciglione au Sunside le 21. Je l’ai découvert auprès de Denise King et d’Olivier Hutman qu’il accompagne souvent sur scène, sa contrebasse leur offrant de réjouissants solos mélodiques. Michel vient de publier un beau disque, “Moon and Sand” (Tosky Records). Avec lui Vincent Bourgeyx, pianiste sous-estimé aux choix harmoniques constamment judicieux, et Rémi Vignolo, aujourd’hui batteur, pour rythmer délicatement la musique, essentiellement des standards, certains célèbres, d’autres moins, les compositions du regretté Kenny Kirkland semblant tout particulièrement inspirer le trio.

 

Paul Lay- Paul Lay prépare un nouvel album, son second. Bien que déçu par le précédent, j’apprécie beaucoup ce pianiste au toucher délicat, à la sensibilité généreuse dont les choix harmoniques correspondent aux miens et me mettent en joie. Paul joue ainsi très bien les standards et transcende les mélodies qu’il reprend. J’attends aussi de découvrir les siennes sur scène, dans l’espace de liberté qu’il partage avec ses musiciens et que lui offrent Simon Tailleu à la contrebasse et Elie Duris à la batterie. Le trio se produira au Sunside le 25. Une belle occasion de faire intimement connaissance avec son piano.

 

-Après avoir tourné cet été en quartette avec Mulgrew Miller (voir mon compte rendu du festival de Vienne sur ce blog à la date du 12 juillet), John Scofield est J. Scofield battendu le 26 au New Morning avec son Rythmn & Blues Quartet, groupe comprenant Nigel Hall « un excellent pianiste, mais surtout le chanteur le plus étonnant que j’ai eu l’occasion d’écouter depuis Donny Hathaway » clame le guitariste à qui veut bien l’entendre. Compagnon de route de Leo Nocentelli (des Meters), Andy Hess fut le bassiste des Black Crowes avant de rejoindre le groupe Gov’t Mule en 2003. Membre du Dirty Dozen Brass Band mais aussi du Piety Street Band de Scofield, Terence Higgins est un des meilleurs batteurs de la Nouvelle-Orléans. Il a joué avec Allen Toussaint, Dr. John, Fats Domino, joue un funk jazz épicé et assure des tempos délicieusement groovy.

 

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com  

-Jazz à la Villette : www.jazzalavillette.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com 

 

PHOTOS : Cowbells Orchestra, Prysm, Stéphane Kerecki Trio + Tony Malaby, Aldo Romano, Stéphane Belmondo, Michel Rosciglione, Paul Lay, John Scofield © Pierre de Chocqueuse  - Jeff Ballard © Lourdes Delgado - Brad Mehldau © Philippe Etheldrède - Eddie Daniels © Paul Gitelson - Anne Ducros © Ari Rossner / Plus Loin Music - Chuck Israels, Malia © Photos X/DR.

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 11:00

Farniente-b.jpgUne quarantaine de comptes-rendus de concerts, une trentaine d’albums chroniqués depuis janvier. Fatigué, le blogueur lève le pied et met son blog en sommeil jusqu’en septembre. Non sans vous avoir entretenu de quelques concerts que Paris abrita en juillet.

 

E.-Pieranunzi.jpgCelui qu’Enrico Pieranunzi donna en solo au Sunside le 3 fut époustouflant. Le club vient d’acquérir un nouveau piano, un Yamaha série C, et le maestro le fit divinement chanter, faisant alterner compositions personnelles, standards et pièces du répertoire classique (Bach, Scarlatti) qu’il mêla à des improvisations brillantes et inspirées. Le 4, c’est en compagnie de son Latin Jazz Quintet qu’il mit le feu au club. Parmi ses musiciens – Rosario Giuliani (as) Darryl Hall (b), André Ceccarelli (dm) – la découverte d’un excellent trompettiste Diego Urcola pour pimenter la musique et la rendre torride.

Jean-Luc Ponty

 Return to Forever à l’Olympia le 9. Occasion de retrouver Chick Corea, Chick CoreaStanley Clarke et Lenny White qui, en mars 1975, s'y étaient déjà produits. RTF jouait alors une musique très électrique et si les morceaux qui le rendirent célèbre sont toujours à son répertoire, le groupe en donne aujourd’hui des versions beaucoup plus acoustiques. Sorceress, No Mystery, The Romantic Warrior, Le Concerto d’Aranjuez couplé avec La Fiesta réjouirent ainsi nos oreilles attentives. Ces thèmes, Jean-Luc Ponty les sert idéalement. Son violon leur donne d’autres couleurs, les enveloppe de sonorités nouvelles qui nous les font redécouvrir. Jean-Luc Ponty bRenaissance, une de ses célèbres compositions, fut très applaudie, de même que ses chorus, souvent enthousiasmants. Un peu en retrait malgré des interventions judicieuses au piano, Corea préfère laisser Clarke et Ponty improviser, ce dernier exhibant sa virtuosité à la contrebasse. Quant à Frank Gambale, il se contente de mêler la sonorité de sa guitare à la musique du groupe dont il RTF--the-complete-Columbia.jpgest le maillon faible sans trop s’y investir, ce qui n’est pas plus mal. J’en profite pour vous signaler la parution d’un coffret de 5 CD réunissant toutes les faces que Return to Forever enregistra pour Columbia. “The Complete Columbia Albums Collection” contient “Romantic Warrior” (1976), l’un des chefs-d’œuvre du groupe et de nombreux morceaux live souvent de qualité.

 

 Charles LloydJeudi dernier 21 juillet, Charles Lloyd nous offrit une prestation rêveuse dans les arènes de Montmartre épargnées par la pluie. Lloyd laisse beaucoup jouer les musiciens de son quartette  – Jason Moran au piano, Reuben Rogers à la contrebasse, Eric Harland à la batterie – qui fournissent une trame rythmique souple et distendue à sa musique, lui donnent du mouvement, la portent vers des hauteurs inattendues. Moran & Lloyd

Harland pratique une constante polyrythmie. Moran cultive l’abstraction, égrène les notes vertigineuses d’un piano singulier. Véritable boussole du groupe, la contrebasse de Rogers lui permet de ne pas perdre le Nord, la tonalité, le tempo, de s’asseoir sur une terre ferme. Lloyd est l’âme de cette musique ouverte et généreuse. Il enroule ses notes autour des mélodies, émeut dans les nombreuses ballades de son répertoire. Elles révèlent la richesse de son univers intérieur, la poétique de son art. Rabo de Nube, Go Down Moses, Caroline No furent ainsi transfigurés par le chant lyrique et apaisé du saxophoniste dont la musique spirituelle et sensible nous est infiniment précieuse.

 

Il ne me reste qu’à prendre la route des vacances, à en souhaiter de très bonnes à ceux et à celles d’entre-vous qui en prennent. Rendez-vous début septembre dans ce blogdechoc avec un nouvel édito, des disques et des concerts qui interpellent.

 

On-the-holiday-road--jpgPHOTOS & MONTAGES PHOTOS  © Pierre de Chocqueuse

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 10:55

Vienne--th.-antique.jpg

Lundi 11 juillet

Chaude journée à Vienne. Son théâtre antique (7000 places) accueille Sonny Rollins attendu à 20h30. Grâce à Jean-Pierre Vignola que je salue ici, je retrouve avec plaisir la ville et son festival dont j’étais un habitué dans les années Sonny Rollins c80. Ayant obtenu ma carte d’accréditation au bureau de presse, j’assiste au réglage de balances de ce dinosaure du jazz, quatre-vingt-un ans le 7 septembre prochain. Rollins marche avec difficulté, comme un gros ours fatigué pesant ses lourdes pattes sur un sol qui ne paraît pas stable. Le dos courbé, il arpente la grande scène en tous sens, se redresse pour souffler avec assurance dans son ténor. Il possède toujours un son énorme et des idées mélodiques qui semblent ne jamais se tarir. Ce n’est plus un soundcheck, mais un concert d’une heure trente au cours duquel le colosse souffle une pluie de notes brûlantes et affirme une énergie intacte. Rollins laisse tourner une section rythmique très au point qui sert parfaitement sa musique. Depuis bientôt deux ans, un batteur fougueux rythme ses nombreux calypsos, son bop mâtiné de rythmes latins. A la batterie, Kobie Watkins assure des tempos musclés et solides sur lesquels se greffent les congas de Sammy Figueroa. La contrebasse ronronnante de l’inusable Bob Cranshaw – que l’on a l’habitude d’entendre à la basse électrique –  et la guitare de Peter Bernstein complètent la trame rythmique. Ce dernier aimerait bien jouer S. Rollins Banddavantage sa musique, exposer ses propres idées. Il en aura l’occasion lors du concert – trois heures de musique, avec une pause de vingt minutes – lorsque Rollins, fatigué, aura besoin que ses musiciens le relayent, l’aident à mener à bien ses travaux d’hercule. Joués en rappel, Don’t Stop the Carnival et Tenor Madness lui seront partiellement confiés. Pourtant le saxophoniste n’aime guère passer la main. Il la garde même le plus longtemps possible. Ses chorus généreux laissent peu de place à d’autres que les siens. Il ne laisse jamais longtemps s’envoler les instruments qui l’accompagnent et dialogue parcimonieusement avec eux. Arc bouté sur son ténor, Rollins recherche l’exploit technique, va jusqu’au bout de lui-même dans un répertoire familier dans lequel il parvient toujours à surprendre.

 

MARDI 12 juillet

John-Scofield-band.jpgJournée caniculaire. Voilé depuis le milieu de la journée, le ciel pèse sur nos têtes comme une chape de plomb chauffée à blanc. La pluie s’annonce, mais tarde à tomber. L’orage n’éclatera pas avant minuit, au cours du rappel que Marcus John-Scofield.jpgMiller, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Sean Jones et Sean Reickman accordent à un public qui les ovationne. Le quartette de John Scofield assure la première partie de leur “Tribute to Miles”. Guitariste confirmé, il a joué avec ce dernier, remplaçant Mike Stern en 1982 dans la formation du trompettiste. Scofield possède une sonorité bien à lui, raccordant son instrument à divers effets afin d’obtenir une sonorité légèrement réverbérée. Construisant ses phases avec un grand sens du rythme, tirant de ses cordes des inflexions percussives, il les trempe dans le blues et la soul. Dans sa jeunesse, il a appartenu à des formations de rhythm and blues et la soul reste présente au sein des nombreux albums qu’il a Mulgrew Miller-copie-1enregistré. Le blues aussi, et ce n’est pas un hasard si John Scofield s’entend si bien avec Mulgrew Miller, pianiste chez qui cet idiome fondateur est parfaitement naturel. Intégré au vocabulaire du bop, il nourrit un piano qui swingue et rappelle d’illustres aînés. Art Tatum, Bud Powell, Oscar Peterson se font ainsi entendre dans une musique raffinée, des lignes mélodiques élégantes qui donnent des couleurs à la musique de John et lui procure une assise rythmique non négligeable. Outre une intelligente répartition des chorus, les deux hommes dialoguent, échangent des idées, le pianiste jouant souvent au plus près de la contrebasse de Scott Colley, et de la batterie de Bill Stewart, grand technicien de l’instrument qui ponctue, relance et fait chanter ses cymbales.

 

Herbie-Hancock.jpgSean Reickman, le batteur du “Tribute to Miles”, concert auquel nous assistons ensuite après un rapide changement de plateau n’a pas ce talent. Il en a d’autres, donne une assise funky à la musique, lui fournit un groove appréciable, mais les rythmes ternaires ne font pas son affaire. Il joue depuis longtemps avec Marcus Miller un jazz funk qui n’est pas trop pour moi et je me suis bien sûr demandé quelle serait la musique de ce concert réunissant deux légendes de l’histoire du jazz à de jeunes musiciens talentueux, Miller, star confirmé, étant lui-même un des grands de la basse électrique depuis la disparition de Jaco Pastorius, son modèle et inspirateur avec Stanley Clarke. Contre toute attente, le concert fut une bonne surprise. Les arrangements sobres et pertinents du bassiste mirent en valeur la musique, pot-pourri de quelques grands succès du trompettiste au cours de différentes époques de sa carrière. Avec Marcus-Miller.jpgHerbie Hancock au piano acoustique et Wayne Shorter au ténor et au soprano, la musique de Miles revivait comme par magie, la trompette de Sean Jones, un peu en retrait pour ne pas rompre le charme, s’intégrant parfaitement au dispositif orchestral. Marcus ponctuait par des notes funky les phrases colorées des solistes, un sax fluide soufflant des myriades de notes bleues, un piano confié à un génial créateur d’harmonies. Herbie rajoutant des couleurs, de l’épaisseur sonore avec son Korg, donnant un aspect électro-acoustique à la musique. Les morceaux défilèrent enchaînés les uns aux autres : Bitches Brew actualisé, Sunday My Prince Will Come embellit par des nappes de synthés, Footprints confié à Shorter particulièrement inspiré. Les derniers disques de Miles ne sont pas tous convaincants. Le trompettiste qui cherchait à séduire un large public fit trop de concessions. De cette période datent Jean-Pierre Wayne-Shorter.jpget Time After Time, des mélodies mièvres et racoleuses que Miller habille de nouveaux arrangements. Après une séquence bop et acoustique, vint enfin la pluie et Tutu en rappel, John Scofield rejoignant la formation dans un final logiquement confié à la basse électrique de Miller, principal responsable de cette célébration.

PHOTOS © Pierre de Chocqueuse

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 00:00

CD-covers-ete-2011.jpgCertains se noient dans des verres d’eau, d’autres sous des piles de CD. Les écouter prend du temps. Les chroniquer encore plus. Les meilleurs d’entre eux font l’objet des pages d’écriture de ce blog ou de papiers dans Jazz Magazine / Jazzman. Pas tous. Trop de bons disques sortent parfois le même mois et le temps me manque pour vous en parler. J’ai donc décidé d’en repêcher quelques-uns. Si les chroniques que je leur consacre sont plus brèves que d’habitude, ils méritent autant d’attention que les autres. J’aurai eu mauvaise conscience de mettre ce blog en sommeil pour l’été sans vous les avoir conseillés. Bonne écoute à tous et à toutes. Votre blogueur de Choc.

 

Keith Brown, coverKeith BROWN

Sweet & Lovely 

(Space Time Records/Socadisc) 

 

Premier album pour Keith Brown, jeune pianiste originaire du Tennessee et fils de Donald Brown, pianiste et compositeur à la discographie imposante. Pour le produire, Xavier « grandes oreilles » Felgeyrolles, noctambule invétéré que l’on rencontre souvent dans les clubs de la rue des Lombards, a cassé sa tirelire, un cochon rose en porcelaine. Son label abrite quelques-uns des meilleurs jazzmen américains, mais les esgourdes de Xavier ont sonné comme les trompettes qui mirent à mal les murailles de Jéricho le jour où le jeune saxophoniste (alto et soprano) Baptiste Herbin a croisé son chemin. Il rejoint Keith sur deux plages qui ne dévoilent pas sa vraie valeur. Stéphane Belmondo a davantage de métier dans celles dans lesquelles il est convié, mais c’est avec le trio qui l’accompagne, Essiet Okon Essiet à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, que Keith Brown révèle la grande qualité de son jeu, un piano trempé dans le blues et la tradition du jazz qui procure un plaisir immédiat dans Meudon by Night, Just Friends et You don’t Know What Love Is, une pièce en solo débordante de feeling. (Paru le 15 avril).

 

Sinne-Eeg--cover.jpgSinne EEG  

“Don't Be so Blue

(Red Dot Music/Integral distribution)

 

Les amateurs de jazz vocal auraient bien tort de passer à côté de cet album, le cinquième de son auteur, une chanteuse danoise fêtée dans les pays scandinaves, mais encore ignorée du public français. Sinne Eeg impressionne par son physique de sportive de haut niveau, mais cette mezzo soprano possède surtout une voix très juste, sa large tessiture lui permettant d'aborder le scat de manière très originale. Enregistré en quartette avec un pianiste qui sait lui choisir les harmonies les plus délicates (Jacob Christoffersen) et une section rythmique comprenant le batteur le plus réputé du royaume du Danemark (Morten Lund), celui là même qui accompagne Stefano Bollani dans plusieurs de ses disques, “Don’t Be so Blue” s’écoute avec un plaisir sans cesse renouvelé. Outre le fait qu’elle compose d’excellents morceaux, Dame Eeg reprend avec bonheur des standards et nous livre une version particulièrement émouvante de Goodbye, un thème de Gordon Jenkins, une mélodie que Benny Goodman adorait. (Paru le 23 mai).

 

PG-Project--cover.jpgPierre GUICQUERO PG Project 

“Bleu Outre Mémoire”

(Black & Blue/Socadisc)

 

Avec ses Be-Bop Stompers, Pierre Guicquéro joue des standards de bop à la sauce néo-orléanaise, mais c’est à la tête de son PG Project, formation de sept musiciens comprenant quatre souffleurs que Pierre, tromboniste et auvergnat, donne vie à ses propres compositions. Des morceaux festifs et joyeux, comme en témoigne le titre Bleu Outre Mémoire qui donne son nom à l’album. Confiés aux voix mélodiques des cuivres et des anches, ils s’enracinent dans l’histoire du jazz. Le blues, le jazz néo-orléanais tendent la main à un hard bop funky et convivial dont la virtuosité est toujours musicale. Pierre est aussi un arrangeur plein de ressources qui mêle habilement les timbres des instruments dont il dispose. Outre son trombone, le PG Project comprend un trompettiste qui joue du bugle et deux saxophonistes qui pratiquent plusieurs instruments ce qui diversifie les combinaisons et les couleurs sonores. Une excellente section rythmique avec piano (Bruno Martinez) complète le groupe dont les notes bleues de leur disque n’oublient pas de swinguer. (Paru le 4 avril).

 

Gretchen-Parlato--cover.jpgGretchen PARLATO

The Lost and Found 

(ObliqSound/Naïve)

 

In a Dream” son album précédent a placé sur orbite cette chanteuse, lauréate de la fameuse Thelonious Monk International Competition en 2004. Co-produit par le pianiste Robert Glasper au Fender Rhodes dans In a Dream Remix, ce nouveau disque est pourtant beaucoup plus réussi. Gretchen Parlato a un style, une manière de phraser qui n’est pas habituelle. Une voix juvénile et transparente psalmodie d’étranges vocalises, chuchote les paroles des chansons qu’elle interprète, les étale avec nonchalance. Gretchen chante les siennes, reprend des morceaux de ses musiciens, et propose des versions très originales de Blue in Green (Miles Davis) Juju (Wayne Shorter) et Holding Back the Years (Simply Red). Organisés autour des nappes sonores des claviers confiés à Taylor Eigsti – les quelques chorus qu’il s’offre au piano acoustique retiennent l’attention – , les arrangements minimalistes de l’album renforcent l’aspect hypnotique de la musique. Cette simplicité sied à la chanteuse qui nous offre un disque pour le moins envoûtant. (Paru le 3 mai).

 

Pieranunzi-Plays--cover.jpgEnrico PIERANUNZI

 Plays Bach, Handel & Scarlatti 

(Cam Jazz/Harmonia Mundi)

 

Enrico Pieranunzi entretient depuis longtemps des rapports étroits avec la musique de tradition savante européenne. Il en a beaucoup joué dans sa jeunesse, menant une carrière de concertiste et enseignant le piano classique aux élèves du conservatoire de Frosinone. Il y a trois ans, le maestro enregistra un disque de sonates de Domenico Scarlatti, le « maestro al cembalo » de son temps. Enrico en reprend quelques-unes au piano. Aux  versions qu‘il nous donne s’ajoute celles qu’il a sélectionnées pour ce nouveau disque et qu’il interprète sur un Steinway et un piano-forte. A Venise, Scarlatti s’était lié d’amitié avec Haendel. Ils étaient nés en 1685, comme Bach, d’où l’idée de leur consacrer cet enregistrement. De Bach, Enrico nous livre des chorales admirables (BWV 402 et BWV 122/6 Das neugeborne Kindelein Le petit enfant nouveau-né écrite pour le premier dimanche après Noël). De Haendel il reprend la Sarabande en mi mineur HWV 438. Chaque pièce de ces trois compositeurs se voit précédée ou suivie d’une improvisation, Enrico passant de l’écrit à l’improvisé avec un brio, une facilité déconcertante. (Paru le 19 mai).

 

Taborn---Avenging-Angel--cover.jpgCraig TABORN

“Avenging Angel”

(ECM/Universal)

 

Craig Taborn s’est fait connaître auprès de James Carter qu’il accompagne dans ses premiers et meilleurs albums. On trouve surtout son piano dans des enregistrements de musiciens qui recherchent l’aventure de la modernité. Il a fait peu de disques sous son nom et “Avenging Angel”, le premier qu’il enregistre pour ECM dépasse largement le cadre du jazz. Treize pièces improvisées en constituent le programme. Certaines d’entre-elle plongent dans un univers sonore abstrait dont le fil conducteur mène toujours quelque part. D’autres, romantiques et tonales, séduisent par leurs couleurs, leurs notes rêveuses et hypnotiques. Sa musique est étroitement liée aux possibilités de l’instrument sur lequel il joue. Il utilise ainsi comme « pure source sonore » le Stenway D mis à sa disposition pendant cette séance de deux jours au cours de laquelle d’autres morceaux furent enregistrés. Attachant beaucoup d’attention aux timbres, aux harmoniques de son piano, Craig captive par sa capacité à le faire sonner, obtenant avec peu de notes un tissu orchestral riche et diversifié. (Paru le 6 juin).

 

Tristano-bachCage--cover.jpgFrancesco TRISTANO

“bachCage 

(Deutsche Grammophon/Universal)

 

Né en 1981, diplômé de la Julliard School de New York, lauréat du 6ème concours international de piano XXe siècle d’Orléans, Francesco Tristano est un des rares concertistes classiques qui se permet d’improviser. Son adaptation des Quatre Saisons et l’album qu’il consacre aux toccatas de Girolamo Frescobaldi contiennent des pièces et des interludes improvisés. Si ses compositions mâtinées d’electro sont moins évidentes, le pianiste est un formidable interprète du répertoire du XXe siècle. On lui doit un enregistrement très convaincant des œuvres pour piano de Luciano Berio. Dans “bachCage”, Bach rencontre John Cage né en 1912, leurs œuvres s’éclairant mutuellement. Entre la Partita n°1 en si bémol majeur du premier que jouait si bien Dinu Lipatti, The Seasons de Cage, et une version inouïe d’In a Landscape, l’un des plus beaux morceaux composés par ce dernier, Tristano ose de courtes et brillantes incises de sa propre musique. Le disque fascine aussi par sa prise de son. Enregistré avec de très nombreux micros, il a bénéficié de multiples procédés de modification du son au cours de sa postproduction. (Paru le 9 mai).

 

Double-Messieurs--cover.jpgJean-François ZYGEL -

Antoine HERVE

“Double Messieurs”

(Naïve Classique)

 

Pas évident les duos de piano. Plus difficile que le solo, l’exercice demande une attention de tous les instants. Il faut aussi très bien connaître son partenaire, surtout lorsqu’il s’amuse à pimenter le jeu collectif par des notes liftées qu’il s’agit de saisir au vol, faire rebondir en permanence un dialogue créatif. Jean-François Zygel et Antoine Hervé se rencontrèrent dans la classe de répétition de Marie-Louise Lemitre qui préparait au Conservatoire de Paris, « une main de fer dans un gant de velours » qui dispensait une formation solide. On le constate dans le programme de ce CD enregistré dans six villes françaises entre octobre 2009 et août 2010, un florilège de moments inspirés dans lequel le swing chaloupe des lignes mélodiques souvent empruntées à des thèmes classiques. Les cascades de notes perlées ludiques et romantiques, les acrobaties malicieuses de ces improvisations aux cadences infernales achèvent de convaincre. (Paru le 7 avril).

 

De Wilde, colors, coverLAURENT DE WILDE

 “Colors of Manhattan” - “Open Changes”

(Gazebo/L’autre distribution)

 

Deux des albums que Laurent de Wilde avait enregistré pour IDA Records au début des années 90 sont ressortis en digipack. “Colors of Manhattan” (1990) rassemble un exceptionnel quartette autour du pianiste. A la trompette ou au bugle, Eddie Henderson souffle des notes bleues et colorées dans un  répertoire dont on savoure la douceur des ballades. Ira Coleman à la contrebasse et Lewis Nash à la batterie servent idéalement les solistes, le piano élégant de Laurent ponctuant avec douceur les propos du trompettiste. Inoubliable version onirique de Fleurette Africaine. En trio De Wilde, Open Changes, coveravec Ira Coleman et Billy Drummond (batterie), “Open Changes” (1992) est davantage centré sur le piano de Laurent qui pose sur des standards ses propres harmonies. A l’exemple d’Ahmad Jamal, sa principale inspiration d’alors avec Herbie Hancock, il choisit d’épurer son jeu, parvient à nous éblouir avec peu de notes. Il leur donne de l’oxygène, les aère par ses silences. Les couleurs de ses voicings, la finesse de son touché achèvent de nous convaincre qu’il s’agit bien du plus bel opus en trio du pianiste. (Parus le 20 juin)

Photo montage avec demoiselle © Pierre de Chocqueuse

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:30

Aeroplanes--cover.jpgCe disque, le premier qu’enregistre sous son nom le benjamin de l’ONJ, s’ouvre sur une musique évoquant le bourdonnement d’une guêpe : « Tiens, me dit Albertine, il y a un aéroplane, il est très haut, très haut » écrit Marcel Proust dans sa "Recherche". Débordant d’idées, Antonin-Tri Hoang confie ses partitions de papier à Benoît Delbecq. Ensemble, ils parviennent à les faire voler car, privilégiant le son à la technique (Hoang qui n’en manque pas fait l’effort de l’oublier), les deux hommes donnent un souffle réel à une musique en apesanteur portée par les grands vents du jazz et de la musique contemporaine qui se tendent la main sur la crête des nuages. Il fallait le piano de Delbecq pour habiller ces pièces, leur donner la forme sonore et rythmique qu’elles ont fini par acquérir. Son univers sonore si particulier ne s’accorde pourtant pas avec tous. Benoît possède trop de personnalité pour assumer le rôle d’un simple faire valoir. Antonin-Tri ne lui a rien demandé de tel. Bien au contraire, il l’a totalement associé à son projet, lui proposant des esquisses, des partitions inachevées propices aux rêves partagés. Benoît y a ainsi ajouté ses sonorités envoûtantes, modifiant parfois le timbre de son instrument en plaçant entre les cordes métalliques de son instrument des gommes ou des morceaux de bois. Ainsi préparé, son piano peut devenir instrument de percussion, sonner comme un balaphon comme dans Fin de séance qu’il a lui-même composé. Car Benoît Delbecq entretient un rapport très physique avec le son le peaufine, le travaille comme nul autre. Les timbres, les couleurs ont pour lui autant d’importance que les rythmes. Les deux complices jouent de belles séquences mélodiques à l’unisson, improvisent de longues notes tenues, saxophone alto, clarinette basse (Antonin-Tri Hoang pratique ces deux instruments) ou piano pouvant à tout moment infléchir son discours, lui faire prendre une autre direction. Il y a beaucoup de liberté dans ces compositions rigoureuses et sobres. Leur richesse sonore est le fruit d’une commune alchimie, émulation créatrice donnant des ailes à une musique qui vole très haut, très haut, pour embrasser le bleu du ciel.     

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