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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 09:16
ECM : 50 ans d'excellence

1969 : Contrebassiste dans l’orchestre philharmonique de Berlin que dirige alors Herbert von Karajan mais aussi dans le trio de free jazz que dirige Joe Viera, saxophoniste aujourd’hui oublié, Manfred Eicher a quitté Berlin pour Munich. Mal Waldron y habite et se produit dans les clubs de la ville. Associé à Karl Egger, un homme d’affaires qui souhaite comme lui se lancer dans la production de disques, il crée ECM (Edition of Contemporary Music) et enregistre le pianiste en trio le 24 novembre au Tonstudio Bauer de Ludwigsburg. Le titre de l’album : “Free At Last”. Un grand label vient de naître.

 

Fasciné par le piano de Paul Bley, l’album “Now He Sings, Now He Sobs” de Chick Corea, le jazz très libre de Marion Brown et la sonorité de saxophone de Jan Garbarek qu’il a entendue au sein de l’orchestre de George Russell, Manfred Eicher les contacte. Avec quelques autres, ils vont devenir les premiers artistes de son catalogue. Si la plupart d’entre eux sont américains, la culture musicale de Manfred Eicher est largement européenne. La musique de chambre l’a toujours attiré. Rendre le plus perceptible possible la dynamique des instruments, leurs timbres, leurs harmoniques sera son esthétique. Il écrit à Keith Jarrett qui accepte le projet en solo qu’il lui propose. Ce sera “Facing You”, un disque important dans l’histoire du piano jazz. Jarrett l’enregistre à Oslo le 10 novembre 1971,  plus de trois ans avant le “Köln Concert” (24 janvier 1975) qui va lui apporter la gloire.

 

Lorsque je découvre ECM dans les années 70 avec des disques en solo de Chick Corea et de Keith Jarrett, le catalogue s’est déjà beaucoup étoffé. Il abrite alors le premier disque de Return to Forever, “Open, to Love” de Paul Bley, “Conference of the Birds” de Dave Holland et des albums de Gary Burton, Bobo Stenson, Richard Beirach, Steve Kuhn, Ralph Towner, Terje Rypdal et John Abercrombie. ECM était à l’époque distribué en France par Phonogram. Les bureaux se trouvaient boulevard de l’Hôpital, au numéro 24. Travaillant chez Polydor qui appartenait comme Phonogram au groupe PolyGram, j’y passais tous les mois, le sympathique Jacques Sanjuan me remettant les nouveautés du label. Je garde des souvenirs précis de ma découverte de “Bright Size Life” de Pat Metheny et de “My Song” du quartette européen de Keith Jarrett, un disque dont le titre éponyme reste pour moi l’une des plus belles compositions du pianiste.

 

Diversifiant ses activités musicales, Manfred Eicher crée en 1984 ECM New Series, une division d’ECM consacrée à la musique classique et à la musique contemporaine. Des disques de Steve Reich étaient déjà au catalogue. Au fil du temps, le nouveau label va accueillir des œuvres d’Arvo Pärt (“Tabula Rasa” publié en 1984), Tigran Mansurian, Valentin Silvestrov, Giya Kencheli, Gavin Bryars et Erkki-Sven Tüür, compositeurs dont on doit à Manfred Eicher de connaître les musiques.

 

PolyGram ayant été intégré à Universal Music en 1998, ECM est depuis lors distribué en France par la plus grande des trois majors du disque. Responsable du label de 1992 à 2013, Marie-Claude Nouy a beaucoup travaillé à en faire connaître les artistes. ECM qui vient de fêter son 50ème anniversaire possède aujourd’hui, tous genres confondus, un catalogue de plus de 1600 références – “Munich” de Keith Jarrett qui est paru en novembre en est la 1667ème. Habillés de pochettes à l’esthétique sophistiquée et bénéficiant toujours d’une prise de son très soignée (« le plus beau son après le silence »), les grands disques se bousculent. Publiés dans les années 2000, “Restored, Returned” de Tord Gustavsen, “Wislawa” de Tomasz Stanko, “Lift Every Voice” de Charles Lloyd, “New York Days” d’Enrico Rava, “This Is the Day” de Giovanni Guidi, “Black Orpheus” disque testament du pianiste Masabumi Kikuchi et “Nuit blanche” du Tarkovski Quartet de François Couturier, pour n’en citer que quelques-uns, sont de grandes réussites du jazz moderne. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres, sans parler des albums qui n’ont pas encore été enregistrés. La saga ECM ne fait-elle que commencer ?

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

ECM : 50 ans d'excellence

-Yes ! TrioAaron Goldberg (piano), Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) – au New Morning le 3 décembre pour fêter la sortie de “Groove du jour” (Jazz&People), deuxième album d’une formation dont les membres se connaissent depuis vingt-cinq ans. Entre les mains d’Ali Jackson, un simple tambourin suffit parfois à en marquer les temps. Une simplicité rythmique qui n’exclut nullement la sophistication harmonique du matériel thématique. Irriguée par le blues, la musique célèbre le swing et étale les belles couleurs de ses lignes mélodiques. Pianiste virtuose, Aaron Goldberg sait tout aussi bien jouer des notes exquises et délicates. La contrebasse ronde et boisée d’Omer Avital, principal pourvoyeur de thèmes du trio, les chante et leur donne un souple et subtil balancement.

-Thomas Mayeras, ce nom ne me disait rien jusqu’à ce qu’une attachée de presse avisée me fasse parvenir ce disque, son second, qui sort le 6 décembre. J’y découvre un jeune pianiste dont l’impressionnante technique reste constamment au service du swing et du bop. Mayeras ne cherche pas à taire les musiciens qu’il admire et l’inspire, Oscar Peterson, Phineas Newborn, des pianistes aux mains pleines de doigts qui, tout en jouant beaucoup de notes, savent parfaitement les organiser, les faire respirer et chanter. Car derrière ce jazz que l’on peut qualifier aujourd’hui de « classique », c’est bien le blues qui irrigue ces compositions originales rafraichissantes. À peine deux jours de studio ont suffi à les enregistrer. Outre des hommages à Sonny Clark (Dial “T” for Tommy) et à Charlie Parker (Devil’s Care), “Don’t Mention It” (Cristal Records / Sony Music) contient un arrangement très réussi de La Mer de Charles Trenet, un morceau depuis longtemps à son répertoire. Nicola Sabato (contrebasse) et Germain Cornet (batterie), tous les deux épatants, l’accompagnent dans cet album. Le Sunside les accueille le 10 décembre, Alex Gilson (contrebasse) remplaçant Nicola Sabato. Faites-vous donc plaisir.

-Jacky Terrasson le 12 au New Morning. Un « Sunset Hors les Murs » pour accompagner la sortie de “53” (Blue Note), l’un des meilleurs albums d’un pianiste qui, en forme, donne des concerts inoubliables. C’est d‘ailleurs sur scène que Jacky exprime le plus fidèlement son art pianistique, mélange de force et de tendresse, son piano percussif pouvant aussi se faire miel. Quinzième album publié sous son nom, “53” réunit trois trios. Présents sur le disque, Géraud Portal et Lukmil Perez assureront la rythmique. D’autres concerts sont également prévus les 27, 28 et 29 décembre au Sunside (à 19h30 et 22h00 les vendredi 27 et samedi 28 ; 19h00 et 21h30 le dimanche 29). Géraud Portal jouera alors de la basse électrique et Sylvain Romano de la contrebasse.   

-Enrico Pieranunzi à La Seine Musicale le 13 à 20h30. Un concert à marquer d’une pierre blanche. Le Maestro retrouve en effet Marc Johnson à la contrebasse et Joey Baron à la batterie, tous deux membres du trio qui fut le sien à partir des années 80. Le pianiste romain enregistra et tourna beaucoup avec eux. Enregistré en 1986, leur second opus, “Deep Down” (Soul Note) est aujourd’hui un classique pour les amateurs de jazz. Citons aussi “Live in Japan” (Cam Jazz), un double CD enregistré en 2004 qu’Enrico apprécie particulièrement. Ce trio d’une interactivité exceptionnelle, Enrico Pieranunzi en gardait la nostalgie. Bassiste d’Eliane Elias, son épouse, Marc Johnson était depuis plusieurs années indisponible. Les entendre à nouveau jouer ensemble constitue bien un événement.

ECM : 50 ans d'excellence

-Le samedi 14 décembre, entre 14h00 et 24h00, le Triton fête ses vingt ans d’existence avec certains des musiciens qui en ont fait l’histoire (entrée libre). Les citer tous serait fastidieux. Le mieux est de se rendre sur le site du club, mais sachez que vous pourrez écouter en salle 1 : Emmanuel Bex, François Laizeau et Géraldine Laurent (à 15h30), Henri Texier et sa formation (à 16h30), Vincent Courtois, Louis Sclavis et Benjamin Moussay (à 17h30), Sylvain Luc, Michel Portal et Andy Emler (à 18h45) – En salle 2 : Elise Caron et Denis Chouillet (à 14h45), Emmanuel Borghi et Himiko Paganotti (à 15h15), Régis Huby en trio (à 17h15), Didier Malherbe, Loy Ehrlich et Sophia Domancich (à 21h45), Yves Rousseau, Thomas Savy et Sophia Domancich (à 22h15), Michel Benita et Bruno Ruder (à 22h45). De grands moments en perspective !

-Depuis quelques années en décembre, la salle Pleyel accueille You & The Night & The Music, le concert évènement qu’organise chaque année TSF Jazz. Douze artistes ou formations qui ont marqué les douze mois de l’année qui s’achève sont au programme de cette 17ème édition le lundi 16 décembre (20h00), soit 3 heures de musique retransmises en direct sur l’antenne de la radio. L’invité d’honneur est Fred Hersch et l’orchestre de cérémonie le Louis Cole Big Band. Au programme également : Sylvain Luc et Stéphane Belmondo, le trompettiste Théo Croker, le trio du pianiste Eric Legnini, le guitariste Hugo Lippi qui a publié un très bon disque cette année (“Confort Zone” sur le label Gaya), Plume et Géraldine Laurent une des reines du saxophone alto, Laurent Coulondre dont le récent disque consacré à Michel Petrucciani a été unanimement salué par la critique, et l’incontournable Yes ! Trio qui donne quelques jours plus tôt un concert au New Morning. Programme complet sur le site de la radio et sur celui de la salle Pleyel.

-« New Orleans » à la Cité de la musique, salle des concerts, les 18 et 19 décembre (20h30). À l’origine, la musique de la capitale de la Louisiane est souvent une polyphonie à trois voix. La première, celle du cornet, expose le thème. La seconde, confiée à la clarinette, brode des contre-chants, les basses du trombone assurant la troisième. L’instrumentation des Hot Fives de Louis Armstrong (1925 et 1926) comprend aussi un piano et un banjo. Une batterie et un tuba s’ajoutent à celle de son Hot Seven. Tout cela c’était hier car La Nouvelle-Orléans offre depuis quelques années un jazz beaucoup plus contemporain. Sullivan Fortner, le talentueux pianiste de Cécile McLorin Salvant en est originaire. Pour rendre hommage à la musique de sa ville natale, ce dernier a assemblé un septuor franco-américain comprenant Stéphane Belmondo et Kevin Louis (trompettes et bugle), Glenn Ferris (trombone), Jacques Schwarz-Bart (saxophones), Roland Guerin (contrebasse) et Jamison Ross (batterie). Nous en découvrirons ensemble le répertoire.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT EN JANVIER

 

-Que la mise en sommeil de ce blog en janvier, ne vous empêche pas d’écouter le vendredi 3 au Sunside le quartette de la saxophoniste Géraldine Laurent (avec Paul Lays au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie). Même recommandation pour le quartette ASTA (André Ceccarelli (batterie), Sylvain Beuf (saxophones), Thomas Bramerie (contrebasse) et Antonio Faraò (piano), également au Sunside le vendredi 10. J’ai récemment consacré des notices à ces deux formations qui se sont produites en octobre à Paris.

-Double plateau le samedi 18 janvier au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) : le quartette du bassiste Clovis Nicolas comprenant Steve Fishwick (trompette), Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Greg Hutchinson (batterie), suivi de la chanteuse Cécile McLorin Salvant qu’accompagnera le pianiste Sullivan Fortner. Contrebassiste français installé à New York depuis 2002, Clovis Nicolas s’est fait remarqué par ses deux disques publiés sur le label Sunnyside, “Nine Stories” (2014) et “Freedom Suite Ensuite” (2017). Ce dernier est largement consacré à la Freedom Suite de Sonny Rollins. Le saxophoniste l’enregistra en 1958. Quant à Cécile McLorin Salvant, elle se produit désormais sur scène et sur disque avec Sullivan Fortner qui ancre le répertoire varié de la chanteuse dans le blues non sans le moderniser par des lignes mélodiques audacieuses.

-Toujours en janvier, le 27, le saxophoniste Christophe Panzani fête au Studio de l’Ermitage (21h00) la sortie de son album “Les Mauvais tempéraments” (Jazz&People / Pias). Yonathan Avishai, Edouard Ferlet, Leonardo Montana, Tony Paeleman et Eric Legnini qui en sont les pianistes seront présents à la soirée. Eric Legnini excepté, tous jouent dans “Les Âmes perdues”, son opus précédent (un des 13 Chocs 2016 de ce blog), un disque qu’il a imaginé pour ses interprètes, sept pianistes, sept duos piano / saxophone ténor autour de sept de ses compositions.

 

Avec “Les Mauvais tempéraments”, Christophe Panzani s’aventure dans un domaine jamais exploré par les jazzmen. Les « Tempéraments » qu’évoque son titre est un procédé d’accordage des degrés et des intervalles d’une gamme musicale. Celle, tempérée, qui s’est imposée depuis le XIXème siècle étant légèrement fausse par rapport aux résonances naturelles, Christophe Panzani a cherché à retrouver ces rapports naturels qui existent entre les sons. Quatre morceaux de son disque sont interprétés sur des pianos accordés en tempérament Werckmeister III, procédé d’accordage fréquemment utilisé au XVIIème siècle. Ce dernier donne à la musique des sonorités différentes, plus douces, somme toute plus naturelles. Elles conviennent bien à la sensibilité de Christophe, à ses phrases rêveuses, au timbre léger et aérien de son ténor, à la fraîcheur de ses compositions oniriques. Trois de ces quatre morceaux ont également été enregistrés sur des pianos normalement accordés. On écoutera la différence. Nonobstant le fait que les possibilités d’alliage entre le piano et le saxophone ténor se trouvent agrandies, la musique de Christophe Panzani reste d’une grande délicatesse. Un seul ou parfois deux pianistes dialoguent avec lui (à quatre mains ou sur deux pianos) et s’invitent dans un disque pas comme les autres qui interroge et interpelle.

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

-Crédits photos : Manfred Eicher © Marek Vogel / ECM Records – Yes ! Trio © Jean-Marc Lubrano – Jacky Terrasson © Marc Obin – Sullivan Fortner © Pierre de Chocqueuse – ASTA © Jean-Marc Gallet – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton.

-Illustration (“Les Mauvais tempéraments”) : Ludovic Debeurme

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 09:49
Jacky TERRASSON : “53” (Blue Note / Universal)

Grand pianiste – en forme, il donne des concerts inoubliables –, Jacky Terrasson a toujours eu plus de mal à réussir ses albums. Il lui aurait fallu un producteur, quelqu’un capable de lui dire que tel ou tel morceau n’allait pas, de lui donner de précieux conseils afin de le recentrer sur son piano et sa musique. Son enregistrement en duo avec Stéphane Belmondo mis à part, “Take This”, le seul autre disque de Jacky après l'excellent “Gouache” (2012), est même l'un des moins satisfaisants de sa carrière. Et puis nous arrive cet album, l’un de ses meilleurs, un disque varié qui lui ressemble vraiment. Le musicien fougueux et sensible qui enthousiasme avec seulement quelques notes de piano est à nouveau parmi nous.

“53”, l’âge de Jacky Terrasson au moment où il a conçu et enregistré cet album, le quinzième publié sous son nom. Aucun standard mais un recueil de compositions originales en trio réunissant plusieurs rythmiques : Géraud Portal et Ali Jackson ; Sylvain Romano et Gregory Hutcherson ; Thomas Bramerie et Lukmil Perez. Les morceaux sont tous reliés les uns aux autres. On passe sans transition d’un trio à un autre, d’une pièce à une autre. Les compositions sont récentes mais pas toutes. Je me souviens avoir écouté une autre version de La Part des anges avec Jacky et Philippe Gaillot en 2012 au Studio Recall, version dans laquelle Stéphane Belmondo joue du bugle. Comme précédemment, c’est ici une ballade, une pièce intimiste et Géraud Portal (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) soutiennent délicatement un piano rêveur. Mais pourquoi un peu plus loin reprendre ce thème derrière un poème de Charles Baudelaire (Enivrez-Vous) ? Malgré ses parties de piano virtuoses et excitantes, This is Mine, trop racoleur, n’apporte également rien à l’album.

 

Qu’ils soient lents ou rapides, les autres morceaux s’écoutent avec bonheur et sans modération. Alma a été écrit pour “La Sincérité”, un film de Charles Guerin Surville.  Géraud Portal y joue de la basse électrique, sa mélodie est superbe et ses notes exquises. Hommage à Keith Jarrett qu’il admire et respecte, Kiss Jannett for Me déroule lentement son chapelet d’harmonies fines, ses notes bleues, ses phrases gorgées de blues. Ali Jackson y marque le rythme sur sa caisse claire détimbrée. Démarquage de Poinciana dont Jacky reprend partiellement le chorus et dans lequel se retrouve la même tension rythmique, The Call, qui ouvre le disque, est un hommage à Ahmad Jamal. Autre clin d’œil, mais au Pat Metheny inventif de la fin des années 80 lorsque Lyle Mays officiait aux claviers, le joyeux Palindrome fait entendre un étonnant piano. La voix est celle de Philippe Gaillot, l’ingénieur du son de la séance, un excellent musicien également. L’immense Wolfgang Amadeus Mozart fait bien sûr partie des compositeurs admirés par Jacky qui reprend en solo le Lacrimosa de sa messe de Requiem. Mozart en écrivit les huit premières mesures et ne l’acheva pas. Joué par Jacky, un second clavier assure les basses. 

 

Mais Jacky Terrasson aime aussi les pièces au sein desquelles il peut plaquer puissamment ses accords, jouer des grappes de notes enveloppantes, exprimer son jeu très physique. Ritournelle groovy au thème très simple, Babyplum est une fantaisie qui balance et déhanche. Introduit par un solo de batterie de Gregory Hutchinson, Mirror est couplé à Jump!, morceau rapide et nerveux relevant du bop. Autre cavalcade de notes toujours portée par la paire rythmique Sylvain Romano / Gregory Hutchinson qui tire ici son épingle du jeu, What Happens au 6ème (on aimerait s’y trouver) annonce Lys, morceau au subtil parfum brésilien dans lequel Thomas Bramerie improvise à la contrebasse, Jacky nous offrant un chorus aussi audacieux qu’inventif. Si ce dernier fait belle la part des anges, le tendre et mélancolique Résilience, hommage à sa mère qui conclut magnifiquement cet opus, reçoit leur visite. On y perçoit un doux bruissement d’ailes. Comment imaginer coda plus émouvante ?

 

Photos © Marc Obin

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 10:25
Quelques têtes de Jazz en Tête

Des images rapportées du dernier festival Jazz en Tête (21-26 octobre), celles de jazzmen qui nous viennent surtout d'Amérique, celles d'un jazz ancré dans le blues et que fêtent depuis trente-deux ans à Clermont-Ferrand quelques irréductibles auvergnats. Festival pas comme les autres, Jazz en Tête dévoile chaque année de nouvelles têtes, Xavier « Big Ears » Feygerolles, son directeur artistique, laissant traîner partout ses grandes oreilles. Si les musiciens du Messenger Legacy et la chanteuse Cyrille Aimée qui interpréta en quartette de larges extraits de son dernier album, un opus entièrement consacré à Stephen Sondheim, ne nous sont pas inconnus*, chaque nouvelle édition du festival est l'occasion de découvertes. Jazz en Tête 2019 nous révéla ainsi Richie Goods, un bassiste aussi époustouflant à la contrebasse qu’à la basse électrique, mais aussi Jimmy James, l’assourdissant guitariste du Delvon Lamarr Organ Trio et le jeune trompettiste Giveton Gelin qui, accompagné par l’admirable Sullivan Fortner au piano, nous offrit un de ces concerts que la mémoire n'oublie pas. Mais la grande révélation de cette 32ème édition de Jazz en Tête fût de découvrir sur scène la jeune chanteuse Jazzmeia Horn. Accompagnée par un autre grand pianiste, Keith Brown, elle envoûta le public clermontois par sa voix, sa grâce et son charisme.

 

*Dianne Reeves, Ed Cherry, Alain Jean-Marie, le Black Art Collective, formation comprenant le trompettiste Jeremy Pelt et le saxophoniste Wayne Escoffery, étaient également programmés. N’ayant pas assisté à leurs concerts, ils n’apparaissent pas dans ce carrousel de têtes.

Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
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Quelques têtes de Jazz en Tête
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Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête

Crédits Photos : Keith Brown (de dos) avec Rashaan Carter & Jazzmeia Horn © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, avec par ordre d’apparition : Cyrille Aimée, Giveton Gelin, Daniel Desthomas avec Chris Cheek et Xavier Felgeyrolles, Jazzmeia Horn, Brian Lynch, Giveton Gelin Quartet, Bill Pierce, François Nugier & Michel Vasset, Doug Octa Port, Jeremy Bruyère, Sullivan Fortner, Françoise Philippe & Bernard Vasset, Rashaan Carter, Philippe Etheldrède, Jimmy James, Craig Handy, Essiet Okon Essiet, The Goods Project, Baptiste Herbin, Nathalie Raffet & Corine Adellan, Philippe Coutant, Ralph Peterson, Delvon Lamarr, Sybille Soulier, Richie Goods, le quartette de Giveton Gelin avec Baptiste Herbin.

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 09:05
Jazz au Nord

Novembre. Comme l’an dernier, ma chaudière ronronne m’apportant une agréable chaleur. La pluie de ces derniers jours a rafraichi l’atmosphère, un mauvais temps annonçant les frimas de l’hiver. Se serrant les uns contre les autres pour offrir moins de prise au vent, les frileux se couvriront de leurs premiers vêtements chauds, se frapperont les mains l’une contre l’autre, se frictionneront au gant de crin pour se réchauffer. Les mélomanes s’engouffreront dans les clubs de jazz pour y écouter une musique capable de faire fondre glaciers et icebergs, une musique plus efficace contre le froid que le tricot de flanelle, le grog au citron et au miel, le whisky du capitaine.

 

Au Nord de l’Europe, les descendants des Vikings le savent bien. Ils ne soufflent plus dans des cornes de brume, mais dans des saxophones et des trompettes, jouent un jazz moderne qualifié de classique car profondément ancré dans le blues et le swing. Lors de la dernière remise de Prix de l’Académie du Jazz à La Seine Musicale, “Beat”, un disque de Snorre Kirk (1*), fut à deux doigts de remporter le Grand Prix 2018, récompense attribuée au meilleur album. Ceux qui comme moi eurent la chance d’assister au concert que le batteur danois donna l’an dernier le 15 novembre à la Maison du Danemark, d’entendre une musique dans laquelle, en petite formation, Duke Ellington, Count Basie et Wynton Marsalis se donnent la main, vécurent un moment inoubliable. Enthousiasmé, Sylvain Siclier lui consacra un article dithyrambique dans le Monde. Batteur mais aussi compositeur et arrangeur, Snorre Kirk amenait avec lui un sextette épatant.

 

Découvert avec “Blue Interval, un album qu’il enregistra en trio en 2013, Magnus Hjorth, pianiste de nationalité suédoise, subjugue l’auditeur avec peu de notes, son approche minimaliste du jazz allant de pair avec un toucher d’une rare finesse. Largement consacré à la musique de Ben Webster, “The Sound The Rhythm” du saxophoniste Jan Harbeck a fait l’objet d’une chronique récente dans ce blog. Lui aussi norvégien d’adoption, le cornettiste suédois Tobias Wiklund modernise avec humour le répertoire de Louis Armstrong. Décerné par Franck Bergerot, son disque “Where the Spirits Eat” a obtenu la mention « Révélation ! », l'équivalent d'un Choc, dans le numéro de juillet de Jazz Magazine. Tous sont membres de la formation de Snorre Kirk.

 

Mais savez-vous que l’un des meilleurs bassistes de la planète jazz est le danois Thomas Fonnesbæk ? On écoutera pour s’en convaincre les trois albums en duo qu’il a enregistrés avec la chanteuse Sinne Eeg (2*) et les pianistes Enrico Pieranunzi (“Blue Waltz” en 2018) et Justin Kauflin (“Synesthesia” en 2017). À l’exception de ce dernier publié sur Storyville, tous ces disques ont été édités par la firme danoise Stunt Records (3*) qui depuis sa création en 1983 enregistre aussi les jazzmen étrangers qui passent à Copenhague. Stefano Bollani, Enrico Pieranunzi et Aaron Parks y ont ainsi gravé d'excellents albums.

 

Le label munichois ECM possède également dans son catalogue de nombreux enregistrements de musiciens scandinaves, le plus célèbre étant le saxophoniste norvégien Jan Garbarek. Si le guitariste Eivind Aarset et le trompettiste Nils Petter Molvær, eux aussi norvégiens, proposent un jazz résolument moderne, les pianistes Bobo Stenson qui donna en janvier dernier un concert mémorable au Studio 104 de Radio France, et Tord Gustavsen ancrent davantage leur musique dans la tradition du jazz. Stan Getz qui s’installa à Stockholm en 1958, Dexter Gordon, Kenny Drew et Horace Parlan qui vécurent un temps au Danemark, leur transmirent une musique dont ils conservent la mémoire et qu’ils jouent aussi bien, voire mieux, que bien des musiciens américains. Avec eux, loin des métissages incongrus, comment peut-on perdre le Nord ?

 

Le Nordic Jazz Comets organise le 2 décembre prochain au Pan Piper (2-4 impasse Lamier 75011 Paris) une soirée consacrée au futur du jazz nordique. Avec le groupe danois Røgsignal (17h45), le quartette Kaisa’s Machine de la bassiste finlandaise Kaisa Mäensivu (18h30), le duo islandais du saxophoniste Tumi Arnason et du batteur Magnus Trygvason Eliassen (20h30), le trio norvégien du violoniste Erlend Apneseth (21h15) et le sextette suédois Fartyg 6 (22h00).

 

1* Intitulé “Tangerine Rhapsody” et enregistré en quartette avec le saxophoniste Stephen Riley, le prochain disque de Snorre Kirk paraîtra sur Stunt Records le 24 janvier 2020.

2* Son disque “Face the Music” (Stunt) a reçu le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2014.

3* Una Volta Music (UVM) assure sa distribution en France.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Organisé par le FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers de Paris), et toujours parrainé par le pianiste Bojan Z, la 17ème édition du festival Jazzycolors se déroulera du 30 octobre au 30 novembre. Dix-neuf concerts sont prévus dans onze centres et instituts culturels étrangers de la capitale, mais aussi à l’Église Danoise et à l’ambassade de Bulgarie. Des musiciens de dix-huit pays que je suis loin de tous connaître. Quelques noms interpellent comme celui de la batteuse Marilyn Mazur qui se produira en trio le 21 novembre (20h00) à l’Église Danoise de Paris, un concert présenté par la Maison du Danemark. Ceux qui aiment The Bad Plus, ne manqueront pas le Vein Trio du pianiste suisse Michael Arbenz le 6 novembre (20h00) au Centre Culturel Suisse. Le guitariste hongrois Gábor Gadó et le trompettiste belge Laurent Blondiau nous sont également familiers. Ils seront au Centre Wallonie-Bruxelles le 20 (20h00). Un autre concert très attendu est celui que donnera en quartette la pianiste allemande Julia Hülsmann, une artiste ECM, au Goethe-Institut le 14 à 20h00. Je lui consacre une notice un peu plus loin. On consultera le programme complet de cette manifestation sur le site de la FICEP.     

Jazz au Nord

-Le trio ORBITStéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie) – au Sunside le 6 novembre (21h00). Le répertoire de leur album publié en mai sur le label Yolk Music, a été choisi en pensant spécifiquement au batteur – entendu au sein des groupes de Fred Hersch et de Kenny Werner –, aux timbres de son instrument, aux couleurs qu’il pose sur la musique. Caressant les peaux de ses tambours, le métal de ses cymbales, il les frotte, les gratte, en tire des sons qu’il courbe, plie et module à volonté. Quant à la musique, des compositions anciennes d’Oliva et Boisseau, elle fait entendre des échanges aussi fluides qu’énergiques et permet aussi au trio d’exprimer un jeu plus libre et plus abstrait, une musique bouillonnante et toujours en mouvement.

-Le nonette de la pianiste Leïla Olivesi le 6 (21h00) au Studio de l’Ermitage pour la sortie de sa “Suite Andamane” (Attention Fragile / L’autre distribution), son cinquième disque qui réunit Quentin Ghomari (trompette), Glenn Ferris (trombone), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Baptiste Herbin (saxophone alto), Jean-Charles Richard (saxophones soprano et baryton), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Magnifiquement arrangés, riches de couleurs chatoyantes, les quatre mouvements de cette suite confirment le talent de compositrice de la pianiste qui a rassemblé autour d’elle un aréopage de musiciens exceptionnels pour un voyage à travers l’Afrique, l’Amérique et l’Asie. Pour compléter l’album, une ré-harmonisation inventive de Satin Doll que Duke Ellington aurait sûrement salué, et des « Travel Songs », chansons que Leïla partage avec Chloé Cailleton qui prête sa voix à des textes de Karine Leno Ancellin (Acacia Tree, SkypeTear), Djamila Olivesi (Les Amants) ou de Leïla elle-même (Black Widow relevé par la guitare stridente de Manu Codjia), la musique étant alors jouée en quintette (Geri’s House, hommage à la pianiste Geri Allen disparue en 2017) et même en septuor (Acacia Tree).

-Joe Lovano (saxophones), Marilyn Crispell (piano) et Carmen Castaldi (batterie) au New Morning le 7 (21h00).  Sous le nom de “Trio Tapestry”, le label ECM a sorti en début d’année leur premier album, un disque inattendu et un peu à part dans la longue discographie du saxophoniste, les compositions interprétées étant toutes construites sur la technique des douze tons enseignée par Gunther Schuller avec lequel Lovano travailla. Au saxophone ténor, ce dernier souffle de longues notes apaisées et les fait respirer. Il utilise aussi des gongs et joue du tarogató, un instrument hongrois ressemblant à une clarinette. Confié à Marilyn Crispell, experte en harmonies raffinées, le piano fait entendre des images, des couleurs. Carmen Castaldi, le batteur, strie l’espace de sonorités et joue librement avec les timbres. Souple et léger, son tissu percussif profite à la musique, à la tapisserie sonore enveloppante et souvent distendue que tisse le trio.

-Musicien à découvrir, Alexis Valet nous invite à écouter la musique de son nouveau disque le 7 au Studio de l’Ermitage (21h00). Un opus réunissant Adrien Sanchez (saxophone ténor), Simon Chivallon (piano), Damien Varaillon (contrebasse) et Stéphane Adsuar (batterie). L’occasion de fêter une double sortie d’albums, les premiers que sort le collectif Déluge sur son propre label, celui d’Alexis Valet, vibraphoniste et compositeur talentueux, et “Le JarDin” du saxophoniste Julien Dubois, un opus électrique. Bordelais installé à Paris et devenu un familier des clubs de jazz de la rue des Lombards, Alexis Valet a sorti deux EP avant d’enregistrer ce disque de jazz acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions. Stephon Harris, Warren Wolf et Steve Nelson, vibraphonistes qu’il admire, inspirent les effets stellaires de son jeu, ses grooves hypnotiques. Les rythmes souvent impairs de l’album génèrent peu de swing mais n’entravent pas non plus son flux musical, long ruban de notes colorées que déroule les solistes. Le mariage toujours heureux du piano et du vibraphone, le chant du saxophone ténor, la douce mélancolie de la trompette d’Hermon Mehari dans Krysna, une splendeur, enrichissent beaucoup la musique. Outre ce dernier, Alexis Valet a invité le guitariste Romain Pilon et le flûtiste Magic Malik et composé des morceaux pour leurs instruments. Leurs timbres étoffent cet enregistrement réussi possédant une réelle cohésion sonore.

-Ambrose Akinmusire et son quartette à l’Espace Sorano de Vincennes le 9 (20h30). Avec Sam Harris (piano), Matt Brewer (contrebasse) et Justin Brown, le trompettiste surprend par sa musique inattendue et inventive, des compositions ouvertes qu’il ne cesse d’allonger, de transformer au grès de ses concerts. Publié en 2018, enregistré avec des cordes et mêlant rap, chant et spoken word, son disque le plus récent, “Origami Harvest” (Blue Note), son disque le plus récent témoigne de la conscience politique de l’artiste, un afro-américain courageux s’interrogeant sur une Amérique qui assassine trop souvent ses jeunes Noirs. Il faut être parfaitement bilingue pour en saisir le message, mais le patchwork musical emporte l’adhésion.

-Le 9 également, Pablo Campos reprendra le répertoire de “People Will Say” (JazzTime records 2018) au Duc des Lombards (19h30 et 21h45). Chanteur – il a étudié le chant avec Marc Thomas – mais aussi pianiste, il bénéficie sur ce premier album de la section rythmique de Bill Charlap ce qui donne du poids à la musique, essentiellement de larges extraits du Great American Songbook, des thèmes de Jerome Kern, Cole Porter, Arthur Schwartz, Richard Rogers et Nat « King » Cole, sa principale influence. En quartette avec César Poirier (saxophone alto & clarinette), Viktor Nyberg (contrebasse) et Philip Maniez (batterie), il nous dévoilera également ses nouvelles compositions.  

-Tim Hagans en quintette au Sunset les 9 et 10 novembre (à 21h00 le samedi 9, à 20h00 le dimanche 10) avec Marek Konarski aux saxophones, Carl Winther au piano, le bassiste finlandais Johnny Åman et le batteur Anders Mogensen. On a un peu perdu de vue ce trompettiste aux attaques franches et à la sonorité mordante qui se produit rarement sur des scènes françaises. Il a peu sorti d’albums sous son nom ces dernières années. Enregistré avec le NDR Bigband, “Faces Under the influence” (2017) reste son album le plus récent. Les labels Pirouet et Palmetto (“The Moon is Waiting” en 2011) abritent son travail, mais c’est pour Blue Note que Tim Hagans a gravé son meilleur opus, “No Words” en 1993. Autour d’une rythmique comprenant Scott Lee à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, il réunit le saxophoniste Joe Lovano, le guitariste John Abercrombie et le pianiste Marc Copland. Un must !

-Emmet Cohen en trio au Duc des Lombards le 14 (19h30 et 21h45) avec Yasushi Nakamura (contrebasse) et Bryan Carter (batterie). On l’a entendu l’an dernier en trio sur la scène du Sunside dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. Pianiste et compositeur de jazz américain diplômé de la Manhattan School of Music et de l’université de Miami, Emmet Cohen a récemment remporté le Grand Prix de l’American Pianists Association après en avoir été deux fois finaliste. Une récompense décernée auparavant à Sullivan Fortner, Aaron Parks, Dan Tepfer et Aaron Diehl. Attaché à la tradition du jazz, il l’enseigne à la Young Arts Foundation et dans le cadre d’un programme pour les jeunes au Lincoln Center. Pianiste, mais aussi organiste à résidence au Smoke, célèbre club de jazz de Harlem, membre des trios de Christian McBride et du batteur Ali Jackson, il a joué et enregistré avec Ron Carter, Jimmy Cobb et Bryan Lynch. Un musicien à découvrir.

-Également le 14 (à 20h00), la pianiste allemande Julia Hülsmann est attendue au Goethe-Institut de Paris avec les membres de son quartette dans le cadre du festival Jazzy Colors. Une belle occasion de découvrir la musique d’une artiste ECM qui sort prochainement son septième album sur le label munichois. Elle a enregistré plusieurs opus en trio avec Marc Muellbauer (contrebasse) et Heinrich Köbberling (batterie) qui l’accompagnent depuis dix-sept ans, mais c’est “A Clear Midnight”, un disque de 2014 largement consacré à Kurt Weill mettant en vedette le chanteur Theo Bleckmann qui a focalisé l’attention sur elle, sur son piano nerveux et sensible. Julia Hülsmann a depuis modifié sa formation, le saxophoniste berlinois Uli Kempendorff la rejoignant dans “Not Far From Here”, son nouveau disque, mais aussi sur scène. Sa présence change quelque peu la sonorité du groupe, donne de l’énergie à la musique. Ce dernier souffle des phrases impétueuses et acérées, mais ensoleille aussi les mélodies ou les rend brumeuses et fantomatiques lorsque le contexte l’exige. Chaque membre du répertoire signe des compositions originales, Julia Hülsmann en apportant cinq. Trois d’entre-elles – Weit Weg, Streiflicht et No Game – sont des pièces qu’elle a d’abord jouées en solo avant de les adapter pour le quartette. Enregistré en mars à La Buissonne, ce disque, l’un des meilleurs de la pianiste, contient également deux versions de This Is Not America, bande-son du film de John Schlesinger “The Falcon and the Snowman” que David Bowie co-signa avec Pat Metheny et Lyle Mays.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) sorti en début d’année qui réunit neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D. Ces disques ont tous été enregistrés dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. Les musiciens en fêtèrent la sortie au Sunside en février au cours de deux soirées mémorables. Dans le cadre du festival Pianomania, le Sunside les convie à nouveau à jouer leur musique le 15 et le 16 novembre (20h00), Laurent Coulondre et René Urtreger qui n’ont pas participé au coffret remplaçant les musiciens indisponibles. Le programme de ces deux soirées sera le suivant :

Alain Jean-Marie, Laurent Coulondre et Pierre Christophe le 15.

René Urtreger, Laurent Coq et Frank Amsallem le 16.

En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Du piano toute la journée le 17 aux Bouffes du Nord dans le cadre du festival Pianomania. Le site du théâtre donne des informations. Je vous en communique le programme, rien que des pianistes. Le matin, de 11h00 à 13h30 : Armel Dupas, Pierre Christophe, Sophia Domancich et Thomas Enhco. L’après-midi, de 15h00 à 19h00 : Edouard Ferlet, Alain Jean-Marie, Franco d’Andrea, Bojan Z, Fred Nardin et Juliette. Le soir, de 20h30 à 23h00 : Philippe Cassard, Baptiste Trotignon et des invités surprise. 

-Double concert à La Seine Musicale le 18 (20h00) dans le cadre du festival Pianomania avec le trio du pianiste Jason Moran et Kenny Barron en solo. Ce dernier, l’un des grands pianistes de la tradition du jazz, ne dédaigne pas s’ouvrir à des formes musicales contemporaines, tenter des expériences qui lui sont inconnues. Sa grande connaissance des subtilités harmoniques le lui permet. En solo, son jeu raffiné ancré dans le blues génère constamment du swing. Avec Greg Osby son premier employeur, ou Charles Lloyd qu’il a magnifiquement accompagné, Jason Moran ne joue pas le même piano qu’avec Tarus Mateen (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie) ses musiciens depuis bientôt vingt ans. Avec eux, le pianiste nous fait parcourir l’histoire du jazz, du stride de Fats Waller que le pianiste célèbre à sa manière dans un de ses enregistrements pour Blue Note, au jazz moderne et protéiforme qui se joue aujourd’hui. Réinventées par le trio, habillées de neuf, ces musiques se parent d’habits neufs et se font intemporelles.

-Eddie Gomez en quintette au Sunside le 22 et le 23 novembre (21h00) avec Marco Pignataro et Renato D’Aiello (saxophone ténor), Teo Ciavarella (piano) et Alfonso Vitale (batterie). Longtemps membre du trio de Bill Evans – il joue dans “You Must Believe in Spring, chef d’œuvre posthume du pianiste –, cofondateur du groupe Steps Ahead avec le saxophoniste Michael Brecker, le contrebassiste, l’un des grands virtuoses de l’instrument, se produit peu sur des scènes françaises. Il est venu au Sunside en février 2013 avec Marco Pignataro, l’un des deux saxophonistes de sa formation. Eddie Gomez, c’est une basse ronde et mélodique qui chante souvent des harmoniques et improvise brillamment. L’un des concerts à ne pas manquer ce mois-ci.

-Yonathan Avishai a publié en début d’année un magnifique album en trio sur ECM. Il est aussi le pianiste de la formation du trompettiste Avishai Cohen. Sous le nom de ce dernier et sur le même label, deux albums en témoignent. Toujours sur ECM, ils ont récemment fait paraître ensemble “Playing the Room”, un duo trompette / piano intimiste dans lequel ils reprennent des standards (Crescent de John Coltane, Azalea de Duke Ellington, Dee Dee d’Ornette Coleman, Sir Duke de Stevie Wonder) et interprètent chacun une composition originale. Les plus chanceux d’entre vous en découvriront la musique le 26 novembre à la synagogue Copernic, 24 rue Copernic 75116 Paris (20h30).

-Elle se nomme Dominique Fils-Aimé et s’est fait remarquée l’an dernier sur la scène musicale canadienne avec “Nameless”, premier album d’une trilogie dont le deuxième, “Stay Tuned !” sort en France le 15 novembre sur le label Modulor. Quinze chansons brûlantes dans lesquelles la chanteuse revient sur la lutte pour les droits civiques des années 60 en Amérique et rend hommage aux grandes figures afro-américaines de l’époque, à Nina Simone, Joséphine Baker, Lena Horne, Malcom X et Martin Luther King. Plus proche de la soul music et du gospel que du jazz et comprenant quinze chansons originales son disque séduit d’emblée par ses arrangements a minima très soignés, les instruments servant d’écrin aux riches harmonies vocales de la chanteuse qui sont mises en avant, cette dernière assurant magnifiquement toutes les voix. Révélation Jazz Radio-Canada 2019-2020, Dominique Fils-Aimé  sera en concert à Paris le 29 novembre au Centre Culturel Canadien (20h00) avec Simon Denizart (claviers, piano), Étienne Miousse (guitare), Danny Trudeau (basse électrique) et Michel Medrano Brindis (batterie). Une voix veloutée et chaude à découvrir.

-FICEP - Jazzycolors : www.ficep.info/jazzycolors

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Espace Sorano : http://www.espacesorano.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Goethe Institut : www.goethe.de/paris

-Bouffes du Nord : www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/piano-mania

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Synagogue Copernic : www.copernic.paris/fr/activites/concerts

-Centre Culturel Canadien : www.canada-culture.org/event/dominique-fils-aime

 

Crédits photos : Affiche Jazzycolors 2019 © Stéphane Roqueplo – ORBIT Trio © Sébastien Toulorge – Trio Tapestry © Jazz Dock – Ambrose Akinmusire © Christie Hemm Klok – Tim Hagans © All About Jazz – Emmet Cohen © Mark Sheldon – Julia Hülsmann Quartet © Dovile Sermokas / ECM Records – Kenny Barron © Philippe Lévy-Stab – Avishai Cohen & Jonathan Avishai © Francesco Scarponi / ECM Records – Fjords norvégiens & Pablo Campos © photos X/D.R.

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 09:15
Enrico RAVA / Joe LOVANO : “Roma” (ECM / Universal)

On ne présente plus les deux leaders de cette rencontre. En novembre 2018, le trompettiste italien Enrico Rava, 80 ans cette année, s’associa au saxophoniste américain d’origine sicilienne Joe Lovano le temps d’une brève tournée européenne. Avec eux, le jeune Giovanni Guidi qui fut l’un des pianistes de Rava et une section rythmique comprenant le bassiste Dezron Douglas et le batteur Gerald Cleaver. Le 10, le quintet se produisit à Rome, dans l’Auditorium Parco Della Musica. C’est ce moment enthousiasmant qui nous est ici proposé.

Naguère l’un des pionniers du free jazz transalpin, Enrico Rava est aujourd’hui un musicien lyrique qui privilégie la mélodie et souffle sur elle de la douceur. Avec le temps, le musicien fougueux s’est souvenu de Miles Davis, de ce concert que ce dernier donna à Turin en 1957 alors qu’il jouait du dixieland au trombone, concert qui le décida à devenir trompettiste. Hier tout feu tout flamme, Rava se consacre aujourd’hui à rendre les plus belles possibles ses phrases mélodiques. Deux de ses compositions ouvrent cet enregistrement live, des pièces dans lesquelles il ne joue que du bugle. Interiors, une pièce modale et crépusculaire qu’il a précédemment enregistrée pour ECM en 2008 (“New York Days” le contient), lui permet de sculpter de longues phrases chantantes, de tenir longtemps ses notes.

Dans Secrets, morceau que Rava composa dans les années 80, le bugle souffle les couleurs éclatantes d’une mélodie diaprée et porte la musique au delà des nuages. On y perçoit nettement le rôle essentiel que tient ici la section rythmique, contrebasse et batterie galvanisant les solistes. Musicien dont la sonorité suave et chaleureuse fait merveille dans les ballades, Joe Lovano peut aussi muscler son jeu, tremper son saxophone dans les accords du bop, dans les méandres du chant coltranien qu’il admire.

Hommage à Ornette Coleman et à Dewey Redman, tous deux originaires de Fort Worth (Texas), la composition de Lovano portant ce nom, une des trois qu’il signe ici, est un blues funky de 24 mesures qu’il a plusieurs fois enregistré – en trio avec Dave Holland et Ed Blackwell en 1991, au Village Vanguard avec le trompettiste Tom Harrell en 1994 –, ne nous en donnant jamais les mêmes versions. Le thème de ce Fort Worth, une ritournelle, est ici longuement exposé à l’unisson par les souffleurs. Porté par la rythmique, par la walking basse ronronnante de Dezron Douglas, musicien sur lequel il va falloir compter, la musique s’emballe, les échanges se font plus nombreux entre les instruments. Giovanni Guidi y impose un piano flamboyant. C’est le meilleur des jeunes pianistes italiens. Il a lui-même constitué la section rythmique du quintette et apporte des couleurs attrayantes à une musique qu’il joue très librement. Son piano raffiné est aussi très dynamique comme en témoigne le jeu percussif et martelé qu’il adopte dans Drum Song. Que ce soit dans Divine Timing, une pièce modale et abstraite que Lovano a spécialement écrite pour cet ensemble dans laquelle le flux sonore se distend, ou dans Interiors, morceau au tempo ralenti qui fait une large place au silence, Giovanni Guidi surprend constamment.

Première pièce d’un medley de trois morceaux, Drum Song fit l’objet d’un enregistrement par le Us Five de Joe Lovano en 2008. L’orchestration en est ici bien différente. Accompagné seulement par la rythmique, le saxophoniste joue du tarogató, un instrument hongrois en bois, à anche simple, dont la sonorité évoque une clarinette, avant de reprendre son ténor pour nous offrir une version particulièrement lyrique de Spiritual (John Coltrane), Giovanni Guidi, seul au piano, concluant ce concert par un Over the Rainbow d’une grande intensité poétique, son sens profond des couleurs et de la nuance imprégnant la musique.

 

Photos © Roberto Cifarelli / ECM Records

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 09:14
Franck AMSALLEM : “Gotham Goodbye” (Jazz&People / Pias)

Il fait peu parler de lui, pas assez au regard de son talent, sa déjà longue carrière. Né à Oran, élevé à Nice, Franck Amsallem vécut vingt ans aux Etats-Unis où il s’installa en 1982. Diplômé du Berklee College of Music de Boston deux ans plus tard, il poursuivit ses études à la Manhattan School of Music de New York obtenant un Master de composition jazz avec Bob Brookmeyer. Le jazz, Franck en connaît la grammaire et le vocabulaire. Mettant son piano au service des autres avant de créer sa propre musique, il a beaucoup joué de standards dans les nombreux clubs de jazz de la ville, apprenant à bien les connaître pour les ré-harmoniser, les réinventer à sa manière. Gagner sa vie comme musicien de jazz à New-York l’obligea à compter parmi les meilleurs, à jouer avec les meilleurs. Gerry Mulligan, Charles Lloyd, Joe Chambers (qui tient la batterie sur l’un de ses albums), Roy Hargrove et beaucoup d’autres le sollicitèrent comme pianiste. Gary Peacock et Bill Stewart l’accompagnent sur “Out A Day”, son premier disque enregistré en 1990. Car Franck Amsallem sait mettre en valeur les lignes mélodiques d’un thème qu’il soit de lui ou fasse partie de l’inusable Great American Song Book, bible des musiciens de jazz. Appréciant les belles mélodies, il accompagne avec finesse les chanteurs et les chanteuses qui le lui demandent. Phrasant comme un instrumentiste, il les chante également et leur a consacré deux albums. “Sings Vol.II a été l’un de mes Chocs de l’année 2014. Vous en trouverez la chronique dans ce blog.

Ces thèmes, Franck Amsallem les garda en mémoire lorsqu’il retrouva Paris en 2004, vingt ans après avoir quitté la capitale. Fort de son expérience new-yorkaise, il devint une figure familière des clubs parisiens, du Sunside, du Duc des Lombards. Ce dernier l’accueillit en juillet 2016 avec les musiciens de ce nouvel album, Irving Acao au saxophone ténor, Viktor Nyberg à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie. Après avoir enregistré un disque en piano solo en septembre 2016 – publié en début d’année le coffret “At Barloyd’s” (Jazz&People) le contient –, il sort enfin avec eux un album de ses compositions, “Gotham Goodbye”, un adieu à New York, à une mégalopole dont il n’a pas oublié la musique, du jazz moderne que le blues et de solides racines irriguent, du jazz habité par le rythme comme à ses plus beaux jours.

De nationalité cubaine, Irving Acao se plaît à enrouler ses phrases sensuelles autour des thèmes et possède un son bien à lui au saxophone ténor. Ce familier d’un autre club de la rue des Lombards, le Baiser Salé, ensorcèle par une sonorité chaude, chaleureuse qui donne un aspect solaire à la musique. La section rythmique est européenne. Le bassiste suédois Victor Nyberg vit depuis longtemps en France. Ancien élève du CSNM de Paris, il a également appris son métier en Amérique, à la North Texas University. Ses racines européennes lui apportent aussi un précieux bagage harmonique comme en témoigne A Night in Ashland, une ballade qu’il introduit conjointement avec le piano. Des ballades, il y en a plusieurs dans ce disque. Franck Amsallem improvise avec bonheur sur leurs belles mélodies. La partie de piano de Last Night When We Were Young, seul standard de l’album, est d’une rare élégance. Confiées au saxophone, les notes enveloppantes d’In Memoriam évoquent le générique d’une célèbre série TV. Je vous laisse deviner laquelle. Hamsa et son rythme chaloupé, son doux balancement, est également très séduisant. Batteur très demandé (Flash Pig, le défunt Gil Evans Paris Workshop), Gautier Garrigue officie aux tambours. Qu’il les martèle ou qu’il en caresse tendrement les peaux, il donne constamment du swing aux pièces toujours chantantes de l’album et ce malgré des métriques parfois impaires et inhabituelles. From Twelve to Four, un blues au tempo plutôt rapide, en témoigne. Ne manquez surtout pas cet opus que met en valeur sa pochette, une magnifique photo en noir et blanc de Philippe Lévy-Stab.

 

-Concert de sortie le 29 octobre au Sunside (21h00).

 

Photos © Philippe Lévy-Stab (pochette & Portrait) & Leonard Courtaux (quartet).

 

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 12:13
Laurent COULONDRE : “Michel On My Mind” (New World / L’autre distribution)

Michel, c’est bien sûr Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans, en 1999. Laurent Coulondre n’en a que dix cette année-là. Il joue du piano et de la batterie mais ne connaît pas encore la musique de Michel. Il la découvre avec “Michel Plays Petrucciani” (Blue Note) qu’il écoute en boucle, sans jamais s’en lasser, un disque que lui offrent ses parents. Devenu pianiste de jazz, elle n’a jamais cessé de faire tourner sa tête et chavirer son cœur. En novembre 2018, à l’occasion d’une carte blanche au Bal Blomet, il interprète pour la première fois en public le répertoire qui sera celui de ce disque, un « tribute » à son musicien préféré. Il est également présent au piano et à l’orgue Hammond (un B3 avec pédalier et cabine Leslie) lors d’une soirée hommage organisée par l’Académie du Jazz à la Seine Musicale le 9 février 2019. Réuni par François Lacharme, cet All Stars de onze musiciens s’est également produit cet été à Marciac. Joués lors de ces deux soirées, Looking Up, September Second, Rachid et Little Peace in C figurent dans “Michel On My Mind”, son nouvel album.

Car entre-temps, Laurent Coulondre a cassé sa tirelire, créé son label, New World Production, et enregistré ce disque, en trio avec Jérémy Bruyère à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie. Au programme : onze compositions de Michel et une d’Eddy Louiss (Les Grelots). Deux thèmes de Laurent s’y ajoutent, la révélation d’un compositeur. Le répertoire de l’album provient des albums Blue Note (entre 1985 et 1993) et Dreyfus Jazz (entre 1994 et 1998) de Michel Petrucciani. Laurent ne reprend aucun des morceaux que ce dernier enregistra pour Owl Records, sa première maison de disques. Ce sont eux qui révélèrent l’immense pianiste qu’il était, l’attachement à la mélodie de ce musicien énergique qui martelait puissamment ses notes pour mieux les faire sonner.

 

Sans avoir la virtuosité de Michel, Laurent Coulondre parvient pourtant à faire constamment chanter sa musique. Ces morceaux, il s’est attaché à préserver leur groove, à mettre en évidence leur aspect solaire, et n’a pas trop cherché à les arranger autrement.  D’une grande délicatesse harmonique, Michel On My Mind, le thème qu’il lui dédie et qui donne son nom à l’album, témoigne de la compréhension qu’il a de sa musique. En la jouant comme il le fait, avec générosité et gourmandise, il reste parfaitement lui-même. Ne devient-on pas ce que l’on est en imitant les autres ? Dynamisée par la parfaite osmose de ses musiciens, la musique de ce disque met en joie. Les trois morceaux empruntés à “Music” – Memories of Paris, Looking Up et Bite –, sont irrésistibles. Colors et le tonique She Did It Again que Michel enregistra avec Gary Peacock et Roy Haynes (l’album “Michel Plays Petrucciani”) bénéficient d’un merveilleux piano. Laurent Coulondre fait danser ses notes. Toujours utilisé à bon escient, son orgue tisse des nappes sonores qui enchantent. J’arrête là, les compliments. Ce disque, je vais beaucoup l’écouter.

Laurent COULONDRE : “Michel On My Mind” (New World / L’autre distribution)

Outre le CD déjà disponible, un double vinyle de “Michel On My Mind” doit paraître le 18 octobre avec quatre morceaux supplémentaires.

Concert de sortie le 10 octobre au Bal Blomet (20h30).

 

Photos © Vincent Le Gallic (trio) & Marc Ribes

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 10:15
Des inédits très inégaux

Octobre. L’automne et les couleurs fauves de ses arbres dont les feuilles, bientôt, se ramasseront à la pelle. On se régale avec les premières noix, les châtaignes que certains imbéciles confondent avec les marrons d’Inde, fruits non comestibles du marronnier. Puissent les pluies d’octobre nous apporter ceps, girolles et autres délicieux champignons. Seuls les connaisseurs en feront la cueillette.

 

Comme chaque année en octobre, les clubs de Paris et de la région parisienne s’associent pour fêter le jazz. À Clermont-Ferrand, se prépare fiévreusement Jazz en Tête, un festival de jazz 100% jazz que les vrais connaisseurs n’ont pas l’habitude de manquer. Les disques se font également plus nombreux après une accalmie estivale laissant quelque répit au journaliste saturé de musique. On sort à tour de bras des albums souvent autoproduits ou abrités par de petits labels indépendants. Les Majors ne veulent plus prendre de risques. Elles préfèrent consacrer leurs budgets à promouvoir des enregistrements de célébrités d’hier et d’aujourd’hui plutôt que de miser et accompagner de nouveaux talents, les faire suivre par des directeurs artistiques qui ont encore de grandes oreilles.

 

Des bandes inédites de Miles Davis et de John Coltrane viennent ainsi d’être commercialisées. Annoncé à grand renfort de publicité, “Rubberband” pose problème. En octobre 1985, le trompettiste enregistra onze titres à Los Angeles avant de les abandonner pour travailler avec Marcus Miller sur “Tutu”. Ces morceaux, Warner Music les sort aujourd’hui, dénaturés, remis au goût du jour par de nombreux ajouts qui accentuent l’aspect résolument commercial de cette musique, plus proche du funk que du jazz, musique qui, à l’époque, n’intéressait plus Miles Davis.

 

“Blue World” de John Coltrane est d’une autre tenue. Après “Both Direction At Once”, un album studio de bonne facture publié l’an dernier, Universal, via son label Impulse, met en vente des faces inédites que le saxophoniste enregistra avec son quartette en juin 1964 pour servir de bande-son à un film de Gilles Groulx, un obscur cinéaste canadien : “Le Chat dans le sac”. Rien de vraiment neuf, car Coltrane reprend sans trop les développer cinq vieux thèmes de son répertoire, Naima étant le plus célèbre. Présenté comme une nouvelle composition, Blue World est un démarquage de Out of This World d’Harold Arlen déjà enregistré par le saxophoniste. En outre, si la durée de l’album est à peine de 37 minutes, ce dernier offre 2 prises de Naima et 3 prises de Village Blues. C’est peu pour une curiosité bénéficiant d’un si grand battage médiatique.

 

La musique est bonne mais quitte à choisir, on écoutera plutôt “Getz at The Gate” (Verve), double CD de Stan Getz enregistré en 1961 qu’Universal a sorti en catimini en juin et dont vous lirez la chronique dans ce blog à la date du 8 juillet, ou le “Live in Tokyo’91” du Barney Wilen Quartet (Elemental Music), réunissant Olivier Hutman, Gilles Naturel et Peter Gritz. Ce ne sont pas les meilleurs albums de ces deux saxophonistes, mais ces deux concerts aux minutages généreux (139 minutes pour le Getz, 136 pour le Wilen) donnent à entendre de l’excellente musique.

 

Au moment d’écrire ces lignes, j’apprends la disparition d’Eglal Farhi à l’âge de 97 ans. Elle était l’âme du New Morning qu’elle avait ouvert en 1981. Je l’ai souvent rencontrée mais la connaissais mal. C’était une grande Dame. Cet édito lui est dédié.  

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Le Trio Viret au Studio de l’Ermitage le 2 octobre (21h00). Antoine Banville en a été le premier batteur. Fabrice Moreau l’a rejoint en 2008 et il fête aujourd’hui ses vingt ans d’existence. Ces dernières années, Jean-Philippe Viret a travaillé avec un quatuor à cordes au sein duquel sa contrebasse a remplacé le second violon. Hommage à François Couperin, “Les Idées heureuses”, l’un de mes Chocs 2017, reste une remarquable réussite. Quant au pianiste Édouard Ferlet, c’est Jean-Sébastien Bach qui a beaucoup occupé son temps. Nos trois musiciens se sont retrouvés à Montreuil, à la Générale, en février 2019 et leurs deux concerts ont été enregistrés en vue d’un nouvel album, le premier du trio depuis cinq ans. Il s’intitule “Ivresse”, vient de paraître sur le label Mélisse, et les compositions exigeantes et lyriques de ce jazz de chambre dont les belles mélodies racontent des histoires, font souvent tourner la tête. Toujours à l’affût de l’inattendu, les trois hommes dialoguent, improvisent et créent une musique enivrante.

-Antoine Paganotti est l’un des deux batteurs de la formation du bassiste Nicolas Moreaux dont Pierre Perchaud est le guitariste. Ils se produiront en quartette au Baiser Salé le 9 à 21h30. Francesco Geminiani le quatrième homme porte le nom d’un célèbre musicien du XVIIIème siècle. La musique que joue ce saxophoniste ténor né en Italie et installé à New York est toutefois beaucoup plus moderne que celle, baroque, de son illustre homonyme. “Colorsound” (Auand Records), un album enregistré en trio en 2015 en témoigne. Les curieux l’écouteront avant de découvrir le musicien en concert.

-Tom Harrell (trompette & bugle) avec Danny Grissett (piano), Ugonna Okegwa (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie) au Duc des Lombards le 9 et le 10 (19h30 et 21h45). On écoutera “Infinity” (HighNote), son dernier album publié en mars, mais aussi “The Crystal Paperweight” (Abeat Records / UMV), disque de la chanteuse Ann Malcolm arrangé par Tom Harrell présent à la trompette dans un répertoire consacré à ses propres compostions. Le trompettiste tient aussi une place importante dans “Common Practice”, premier album ECM du pianiste Ethan Iverson (The Bad Plus) après un opus en duo avec le saxophoniste Mark Turner l’an dernier.

-Le pianiste Laurent Coulondre fête le 10 au Bal Blomet (20h30) la sortie de son disque hommage à Michel Petrucciani. Avec lui Jérémy Bruyère (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) qui l’accompagnent dans “Michel On My Mind”, un opus particulièrement réussi dont vous trouverez prochainement la chronique dans ce blog. Au programme, des compositions de Michel, un thème d’Eddy Louiss que Laurent interprète à l’orgue et deux originaux de sa plume.

-Comme chaque année à la même époque, à l’initiative de l’association Paris Jazz Club, les clubs de jazz de Paris et de la région parisienne font leur festival. 180 concerts, 450 musiciens et 25 clubs pour les accueillir entre le 11 et le 26 octobre, c’est ce qu’offre la 8ème édition de Jazz sur Seine, incontournable rendez-vous de l'automne culturel. Pour 40 euros, un « pass » à utiliser dans trois lieux différents donne accès à trois concerts. Une « offre découverte » (10 euros) est également proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires. Organisée avec le soutien de l’ADAMI, une soirée Showcases (entrée libre selon les places disponibles) se déroulera le mardi 15 octobre dans six clubs du quartier des Halles afin de découvrir dix-huit groupes de la nouvelle scène jazz française. Développé par Paris Jazz Club, un volet d’actions culturelles (master-classes, atelier de musicothérapie par le jazz, ateliers pour enfants) est également proposé. Faisant l’objet de notices, les concerts ci-dessous signalés Jazz sur Seine (JsS) rentrent dans le cadre de cette manifestation.

-Le 11 au Triton, accompagné de Jean-Philippe Viret qui dialogue constamment avec lui à la contrebasse, et de Philippe Soirat, batteur au drive subtil, le pianiste Emmanuel Borghi invite le saxophoniste Pierrick Pédron à rejoindre son trio. Loin de la musique de Magma dont il fut le pianiste, ou de celle de son épouse Himiko dans laquelle il s’implique activement, ce fin mélodiste nous invite à partager avec lui le répertoire de “Secret Beauty” (Assai Records), un disque de 2018, son jardin acoustique et secret, terres harmoniques qu’il fait bon arpenter (JsS).

-Le pianiste Kevin Hays et le guitariste Lionel Loueke en duo à l’Espace Sorano de Vincennes le 12 octobre (20h30). Le premier a déjà une longue carrière derrière lui. Outre de nombreux albums sous son nom, il a enregistré un disque en duo avec Brad Mehldau et possède un impressionnant bagage harmonique. Le second s’est surtout fait connaître auprès d’Herbie Hancock et sa guitare percussive, africaine et libre ne ressemble à aucune autre. Distribué en France par UVM, “Hope”, le disque qu’ils ont réalisé ensemble à New York pour le label anglais Edition Records fait entendre une musique acoustique aussi riche qu’imprévisible (JsS).

Des inédits très inégaux

-Soirée Showcases le 15 dans six clubs du quartier des Halles toujours dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. L’entrée est libre selon la disponibilité des places. On consultera la programmation complète sur le site. Je ne connais pas tous les artistes qui se produiront ce soir là au Sunset, Sunside, Baiser Salé, Duc des Lombards, Klub et à la Guinness Tavern, mais ne manquez pas si possible au Sunside le Tropical Jazz Trio (Alain-Jean Marie, Patrice Caratini et Roger Raspail) (à 20h00), la formation de la pianiste Leïla Olivesi (à 21h00) et le quartette Flash Pig (à 22h00). Au Sunset (20h30) le guitariste Hugo Lippi dont un magnifique album, “Comfort Zone”,  vient de faire paraître sur le label Gaya. Au Duc des Lombards la chanteuse Lou Tavano (à 20h30) et au Baiser Salé le trio réunissant Julie Saury, Carine Bonnefoy et Felipe Cabrera ((à 20h00).

-Franck Avitabile en trio au Duc des Lombards le 19 (19h30 et 21h45) avec Diego Imbert (contrebasse) et Laurent Bataille (batterie). On ne l’a guère entendu ces derniers mois sur une scène parisienne. Participant en février dernier au concert hommage à Michel Petrucciani organisé par l’Académie du Jazz à la Seine Musicale, il joua ce soir là un merveilleux piano, nous rassurant sur son art. Musicien sensible et exigeant, Franck Avitabile pare de belles harmonies ses propres compositions et celles des autres, des morceaux de Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans, mais aussi de Boris Vian et de Serge Gainsbourg au programme de ce concert (JsS).

-Le violoniste Mathias Lévy au Sunset le 19 (21h00) avec Jean-Philippe Viret à la contrebasse et Sébastien Giniaux à la guitare. Avec quelques invités bien choisis (Vincent Peirani et Vincent Ségal), ils l’accompagnent dans son nouvel album “Unis Vers” (Harmonia Mundi / Pias), un disque enregistré après un hommage à Stéphane Grappelli dont Mathias joue sur le violon fabriqué par le luthier Pierre Hel en 1924 et offert par Grappelli au Musée National de la Musique. Un disque de compositions personnelles qui échappe à toute classification, mélange de musiques anciennes et contemporaines dont les meilleurs moments enchantent (Ginti Tihai, Rêve d’éthiopiques, Home de l’être écrit par Viret), mais dans lequel le violoniste brouille les pistes, nous fait passer d’un univers à un autre. Loin du jazz manouche de ses débuts, Mathias Lévy qui fait merveilleusement chanter son instrument s’essaye à la musique classique improvisée, musique libre, intrigante et trempée dans la modernité qu’il fait bon écouter (JsS).

-L’autre festival qui interpelle en octobre c’est Jazz en Tête, un festival clermontois qui fête cette année ses 32 ans d’existence. L’amateur de jazz oublie rarement de s’y rendre. On y court, on s’y précipite en avion, en train (en avance car le Téoz qui assure la liaison Paris-Clermont est célèbre pour ses retards), en moto, à bicyclette et en trottinette (la gendarmerie a récemment arrêté quelques imprudents qui empruntaient l’autoroute pour y arriver plus vite). Car Jazz en Tête est un festival de Jazz pas comme les autres, un des seuls, voir le seul, à ne programmer que du jazz. La plupart des formations qui s’y produisent nous viennent de la grande Amérique. Découvreur de talents, Xavier « Big Ears » Felgeyrolles a été le premier a y présenter les trompettistes Roy Hargrove, Marquis Hill et Ambrose Akinmusire, le saxophoniste Walter Smith III, les pianistes Robert Glasper et Sullivan Fortner, le guitariste Lionel Loueke, le chanteur Gregory Porter pour n’en citer que quelques-uns.

Déplacé l’an dernier à l’Opéra-Théâtre, le festival retrouve une Maison de la Culture rénovée pour six soirées festives du lundi 21 au samedi 26 octobre. On consultera le programme complet sur le site de Jazz en Tête. Ne manquez pas les chanteuses Dianne Reeves (le 23), Cyrille Aimée attendue dans le répertoire de son dernier disque consacré au compositeur Stephen Sondheim (le 24) et Jazzmeia Horn (le 26). Lauréate de la prestigieuse Thelonious Monk Competition en 2015, cette dernière vient de faire paraître un album remarquable sur le label Concord Jazz, “Love & Liberation”. Sullivan Fortner tient le piano dans quatre morceaux. On le retrouvera le même soir au sein du quartette de Giveton Gelin, trompettiste adoubé par le regretté Roy Hargrove.

-Sunset Hors les Murs du quartette ASTA au Bal Blomet le 22 (20h30). ASTA, l’acronyme des prénoms d’André Ceccarelli (batterie), Sylvain Beuf (saxophones), Thomas Bramerie (contrebasse) et Antonio Faraò (piano). Beuf et Faraò avaient participé à l’enregistrement de “West Side Story”, un disque de 1997 publié sous le nom du batteur. Ce dernier en reprend ce mois-ci le répertoire avec d’autres musiciens pour des concerts au Baiser Salé. Quant à ASTA, André l’a conduit au Studio de Meudon et le quartette y a enregistré onze compositions originales. Intitulé “Passers of Time”, l’album sort sur Bonsaï Records. Vous en découvrirez la musique au Bal Blomet (JsS).

-Sunset Hors les Murs de Géraldine Laurent au New Morning le 25 (à 21h00). Avec elle, Paul Lay au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Il y a quatre ans, en février 2015, Géraldine enregistrait avec ces mêmes musiciens l’album “At Work”. Depuis, la formation a beaucoup tourné, ses membres apprenant à mieux se connaître pour aller plus loin, se dépasser ensemble. “Cooking” (Gazebo / L’autre distribution), le nouveau disque de Géraldine, en témoigne. Bien présente, la rythmique donne du poids à ces compositions originales qui se créent et se recréent au moment d’être jouées. Rejoint par la basse ronde de Yoni Zelnik qui donne à la musique un swing appréciable, Donald Kontomanou martèle les peaux de ses tambours et fouette énergiquement ses cymbales. Paul Lay joue un piano très libre et ne cesse de surprendre par les dédales harmoniques de son jeu expressif. Et bien sûr il y a Géraldine qui souffle fiévreusement dans son saxophone alto. Si ses notes nous parviennent souvent brûlantes, elle met aussi beaucoup de tendresse dans les longues phrases contemplatives de ses ballades, dans les mélancoliques Broadwalk et Day Off, purs diamants taillés avec amour par son souffle (JsS). 

Des inédits très inégaux

-C’est en 1997 que le batteur André Ceccarelli nous livra sur BMG sa propre version du célèbre “West Side Story” de Leonard Bernstein. Un album enregistré avec Sylvain Beuf au saxophone ténor, Antonio Faraò au piano, Rémi Vignolo à la contrebasse (il n’avait pas encore adopté la batterie) et quelques invités parmi lesquels Dee Dee Bridgewater, Richard Galliano et Biréli Lagrène. André propose de nous faire revivre son disque au Baiser Salé les 25 et 26 octobre (deux concerts par soir, 19h30 et 21h30). Avec lui pour cette relecture très attendue, trois musiciens italiens, Rosario Giuliani aux saxophones, Julian Oliver Mazzariello au piano et le chanteur Walter Ricci, le batteur assurant la rythmique avec Diego Imbert à la contrebasse et le percussionniste François Constantin (JsS).

-Franck Amsallem au Sunside le 29 (21h00) avec les musiciens de “Gotham Goodbye” (Jazz&People), un disque dont vous découvrirez ce mois-ci la chronique dans ce blog. Après avoir participé au coffret “At Barloyd’s” (9 CD(s), neuf pianistes), Franck s’est rendu au studio Sextan pour y enregistrer cet album avec Irving Acao au saxophone, Viktor Nyberg à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie. Bien qu’attaché à la tradition du jazz, à son répertoire qu’il connaît bien, il n’y reprend qu’un seul standard (Last Night When We Were Young) préférant jouer ses propres compositions, des morceaux finement écrits et ciselés pour ce nouveau quartette. Son merveilleux piano y dialogue avec le saxophone ténor d’Acao, un poids lourd de l’instrument qui apporte beaucoup de chaleur à la musique.

-Dan Tepfer (piano) et Leon Parker (batterie) se sont produits au Sunside l’an dernier en mai. Ils aiment jouer ensemble et se tendre des pièges, leurs improvisations libres se nourrissant des lignes mélodiques inventives du premier, des rythmes variés du second, davantage un percussionniste qu’un batteur, son instrument réduit à l’essentiel – une cymbale, une caisse claire, une grosse caisse, un seul tom lorsqu’il le juge nécessaire – assurant le tempo comme une section rythmique à lui seul. Ils remettent ça, toujours au Sunside, le 30 octobre à 21h00, fins prêts pour de nouvelles aventures, inventer spontanément de la musique et nous la faire partager.

-Fred Hersch au Bal Blomet le 2 novembre (20h30). Avec lui John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie), musiciens avec lesquels il joue depuis dix ans. Un coffret de 6 CD(s) retraçant l’histoire du trio doit sortir prochainement. En attendant, on ne manquera pas ce concert qui peut se révéler enthousiasmant. Car Fred Hersch est aujourd’hui l’un des grands pianistes de la planète jazz. La délicatesse de son toucher, ses choix harmoniques, les couleurs dont il pare ses morceaux font la différence. Brad Mehldau qui fut son élève lui doit beaucoup. Comme lui, ses deux mains jouent souvent plusieurs lignes mélodiques en même temps. La gauche, autonome, dialogue avec la droite, comme si deux pianistes conversaient entre eux, déroulaient de longues tapisseries de notes. Pour son album “Solo” (Palmetto), Fred Hersch a reçu en 2015 le Grand Prix de l’Académie du Jazz. En  2017, le Prix in Honorem de l’Académie Charles Cros lui a été attribué pour l’ensemble de sa carrière. Enfin, son trio a été récemment désigné « Groupe de Jazz 2019 » par le magazine Down Beat.

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Baiser Salé : www.lebaisersale.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Jazz sur Seine : www.parisjazzclub.net

-Le Triton : www.letriton.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédits Photos : John Coltrane © Jim Marshall LLC – Nicolas Moreaux & Pierre Perchaud © Jean-Baptiste Millot – Tom Harrell © Salvatore Corso – Laurent Coulondre, Jérémy Bruyère et André Ceccarelli © Vincent Le Gallic – Lionel Loueke & Kevin Hayes © Jordan Kleinman – Franck Avitabile © Pierre de Chocqueuse – Jazzmeia Horn © Emmanuel Afolabi – Franck Amsallem © Philippe Lévy-Stab – Fred Hersch Trio © John Abbott – Emmanuel Borghi, ASTA, Dan Tepfer & Leon Parker © Photos X/D.R. 

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 14:49
Prolongation estivale

Cher(e)s Ami(e)s,

La curiosité vous a poussé à ouvrir ce blog pour venir aux nouvelles. Vous attendez sa réouverture annoncée, étonnés de le voir inactif. Je vous ai certes donné rendez-vous en septembre, mais l’été se prolonge, le ciel est encore clair et les étoiles scintillent. C’est encore une belle saison bien éclairée par la lumière. En montagne, les marmottes profitent des beaux jours. Alexandre Vialatte nous apprend que c’est en septembre que se cueillent le téton de Vénus et la coucourelle angélique. On flâne entre deux rives, on emprunte des sentiers qui bifurquent, on redémarre très lentement. Il vous faudra donc patienter jusqu’aux premiers jours d’octobre pour découvrir concerts et disques qui interpellent, les bonnes surprises jazzistiques de cette rentrée que je ne manquerai pas de vous faire partager.

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 09:15
Temps de vacance(s)

Cher(e)s lecteurs et lectrices, comme chaque été, je vous abandonne à vos vacances pour prendre les miennes. Mon blog sommeillera donc jusqu’à la mi-septembre. J’avais envisagé il y a un an d’en ralentir le rythme, de moins écrire. L’actualité qui galope comme un cheval de course ne m’en a pas laissé le temps. Difficile de ne pas parler des bons disques lorsqu’ils paraissent, de ne pas signaler les concerts à ne pas manquer. En été, les journées plus longues permettent de réécouter les must de sa discothèque et d’autres musiques, de lire, de fréquenter les salles obscures garanties fraîches en cas de canicule, de visiter les expositions que l’on n’a pas encore vues. L’été, c’est aussi moins de courriels dans les boîtes de réception de nos ordinateurs, moins de CD(s) dans les boîtes à lettres. On délaisse la ville pour les excursions en montagne et la fraîcheur de ses lacs, les bains de mer et ses plages de sable ou de galets multicolores que polissent les va-et-vient des marées, les promenades en campagne au petit matin avant que les arbres ne secouent la nuit et que ne se montre le bleu du ciel. J'arrête ici d'écrire des mots qui font voir des images. Passez tous un bel été et rendez-vous en septembre.

 

Photo : Galets multicolores © BdC 

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