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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:00
Christophe PANZANI : “Les âmes perdues” (Jazz & People / Harmonia Mundi)

C’est dans “Fall Somewhere”, un disque de Nicolas Moreaux, grand créateur de paysages sonores, que j’ai découvert Christophe Panzani. Renfermant un long dialogue inspiré entre son saxophone et celui de Bill McHenry, Far, une grande page lyrique, m‘a particulièrement ému. Car au ténor, Panzani possède une sonorité bien particulière. Le timbre en est doux, léger, aérien, une sonorité d’alto, Christophe préférant le registre aigu de l’instrument. On pense à Lee Konitz, mais aussi à Jeremy Udden, altiste américain avec lequel Moreaux a enregistré l’an dernier sur Sunnyside le très beau “Belleville Project”.

Christophe PANZANI : “Les âmes perdues” (Jazz & People / Harmonia Mundi)

Christophe Panzani n’est pas l’homme d’une seule formation. Multi-instrumentiste – il pratique également le soprano, la flûte et la clarinette basse –, il est Avec Andy Sheppard l’un des deux saxophonistes ténor que l’on peut entendre dans “Appearing Nightly”, un disque en big band de Carla Bley enregistré au New Morning en 2006. Il joue également dans le quintette du pianiste Florian Pellissier, dans Pasta Project qu’il anime avec l’accordéoniste Vincent Peirani. Avec le pianiste Tony Paeleman, il co-dirige The Watershed, groupe comprenant Pierre Perchaud et le batteur Karl Jannuska. Je ne vais pas détaillé ici les nombreuses activités musicales auxquels se livre le saxophoniste, “Les âmes perduesque publie Jazz & People, premier label de jazz participatif français que dirige Vincent Bessières, étant la vraie raison de cette chronique. Car Christophe Panzani m’a instantanément séduit par le lyrisme, la volupté de son souffle. C’est qu’il s’exprime en poète, chante avec bonheur la ligne mélodique des musiques qu’il invente. Celles de ce disque, son premier en leader, il les a toutes imaginées pour ses interprètes, des musiciens amis, sept pianistes chez lesquels il s’est rendu, parcourant la France (Paris, Tours, Poitiers) et l’Allemagne (Cologne) avec son matériel d’enregistrement, ses micros et son saxophone ténor.

Christophe PANZANI : “Les âmes perdues” (Jazz & People / Harmonia Mundi)

L’aidant dans cette tâche, Tony Paeleman a enregistré ses duos avec Edouard Ferlet et Dan Tepfer, se chargeant également de la prise de son d’Étrangement calme, morceau que Christophe lui a attribué et dans lequel il se contente d’assurer un long ostinato, de rythmer le chant suave et ensorcelant du ténor. Le piano occupe également une place modeste dans Le rêve d’Icare. Loin de toute exhibition, Yonathan Avishai y pose les accords graves et sombres sur lesquels se développe le chant mélancolique de Christophe. Confié à Edouard Ferlet et Dan Tepfer (respectivement dans Sisyphe et Le Jardin aux sentiers qui bifurquent), l’instrument dialogue et révèle ses possibilités harmoniques, Dan offrant même un contrepoint virtuose aux notes diaphanes que murmure le ténor. Vouloir comparer les jeux respectifs de nos sept pianistes reste toutefois parfaitement inutile. Chacun apporte sa sensibilité, sa musicalité, son toucher, et joue sur son propre piano ce qui donne un éclairage spécifique à chaque morceau. Leonardo Montana surprend par la vivacité de son discours. Je découvre Laia Genc, une pianiste allemande dont je ne sais rien de la musique. Ses harmonies riches et colorées semblent particulièrement inspirer les tendres rêveries du saxophone. J’ignorais que Guillaume Poncelet, le trompette de l’ONJ de Daniel Yvinec jouait du piano de manière aussi délicate. Christophe lui a réservé Traduire Eschyle et sa mélodie est un autre grand moment de pur bonheur. Ils sont nombreux, s’enchaînent, s’additionnent. 43 minutes de musique au total, le timing parfait d’un disque qui interpelle aussi par son visuel, un étonnant portrait de Christophe Panzani par le dessinateur Ludovic Debeurme.

Concerts de sortie le vendredi 1er juillet (19h30 et 21h30) au Duc des Lombards avec les pianistes Yonathan Avishai, Laia Genc, Leonardo Montana et Tony Paeleman.

 

Photos © Philippe Marchin

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 11:02
Dave LIEBMAN & Richie BEIRACH : “Balladscapes” (Intuition)

Ces deux-là se fréquentent depuis si longtemps qu’ils sont tous les deux capables, comme par télépathie, de prévoir le discours de l’autre, la musique gagnant en fluidité et en cohérence. Ensemble, ils ont constitué des groupes, Lookout Farm et Pendulum dans les années 70, puis Quest au début des années 80, qui se reformera plusieurs fois, nous laissant un dernier album en 2013 sur Enja, “Natural Selection” (1988) restant pour moi leur plus bel opus. En duo, Dave Liebman et Richie Beirach ont également enregistré de nombreux disques. Le plus récent, “Unspoken” (Out Note) date de 1989. Car Beirach réside à Leipzig. Il enseigne, possède son propre trio, et a moins l’occasion de rencontrer Liebman, très occupé lui aussi.

Dave LIEBMAN & Richie BEIRACH : “Balladscapes” (Intuition)

La riche palette harmonique de Richie Beirach doit beaucoup à ses dix ans de piano classique. Son vocabulaire s’étend aux intervalles distendus, aux accords percussifs qui peuvent surprendre chez un musicien au toucher subtil, au phrasé délicat. Outre une grande liberté tonale, il cultive une esthétique raffinée qui tempère les improvisations souvent aventureuses de Dave Liebman, un saxophoniste au tempérament de feu assumant aujourd’hui un jeu beaucoup plus mélodique. Affectionnant le registre aigu du soprano, son instrument de prédilection bien qu’il joue aussi du ténor et de la flûte, il évite ici les suraigus, s’abstient de crier mais non de verser des larmes (ce qu’il fait dans une reprise émouvante de Sweet Pea au ténor) pour se concentrer sur les thèmes, des standards parfois anciens – For All We Know date de 1934 – dont il fait chanter les mélodies. Ses improvisations bénéficient du soutien sans faille d’un piano tout aussi capable de plaquer de solides accords que d’assurer un contrepoint mélodique aérien.

Balladscapes” s’ouvre sur Siciliana, une sonate de Jean-Sébastien Bach que les jazzmen apprécient. Également au répertoire, Moonlight in Vermont, Lazy Afternoon, This is New et Day Dream bénéficient d’interprétations aussi inspirées que lyriques. Cosigné par Duke Ellington et Billy Strayhorn, Day Dream est abordé au ténor par Liebman. Sa sonorité ample, volumineuse, donne du caractère, du relief au morceau. Le saxophoniste joue ici beaucoup plus de ténor que dans ses autres albums. L’instrument est également mis en valeur dans un medley renfermant Welcome et Expression, deux morceaux de John Coltrane, des prières qui apaisent et donnent du baume au cœur. Liebman et Beirach reprennent aussi quelques-unes de leurs compositions. DL est un ancien thème du pianiste précédemment enregistré en duo et avec Quest. Composé par les deux hommes, Kurtland est longuement introduit en solo et au ténor par Liebman. Le piano joue également sa partie en solo, les deux instruments se rejoignant pour conclure. Déjà enregistré lui aussi, le majestueux Master of the Obvious de Liebman est une autre pièce maîtresse de ce disque. Un soprano rêveur en chante les notes, tout comme il poétise autrement Zingaro, morceau d’Antonio Carlos Jobim qui, introduit à la flûte, n’a plus rien de brésilien. Car ces ballades sont des paysages sonores, des terres que l’on parcourt lentement, au rythme de la musique, à petits pas pour ne pas la quitter trop vite, pour encore et encore l’écouter.

Photo X/D.R.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 15:21
Brad MEHLDAU Trio : “Blues and Ballads” (Nonesuch / Warner)

Blues and Ballads est le premier disque en trio de Brad Mehldau depuis bientôt quatre ans, depuis “Where Do You Start”, Grand Prix de l’Académie du Jazz en 2012. Le pianiste s’est toutefois rappelé à nous l’an dernier avec “10 Years Solo Live”, un coffret de 4 CD(s) renfermant les meilleurs moments de ses concerts en solo, exercice dans lequel il excelle et prend des risques. Effectuées en temps réel, ses longues et babéliennes improvisations plongent alors l’auditeur dans le rêve, l’éternité d’un instant qui semble indéfiniment durer, le souvenir d’un moment unique qu'il a toujours souhaité retrouver. En trio, Brad est plus sage, surtout dans ce disque, le plus facile qu’il nous ait donné à entendre depuis longtemps. Non qu’il cherche à simplifier son jeu, mais jouer avec une contrebasse et une batterie tempère son piano aventureux, l’oblige à freiner ses ambitions, à mieux structurer son discours.

Brad MEHLDAU Trio : “Blues and Ballads” (Nonesuch / Warner)

Comme son titre l’indique, ce disque contient des blues et des ballades. Brad les joue avec une sensibilité énorme, ajoute des harmonies raffinées aux intervalles diminués qui constituent la spécificité du blues. Ce ne sont plus ceux des temps difficiles que les Noirs chantaient dans les plantations du Sud. La tristesse qu’ils véhiculaient s’est perdue, comme son histoire aujourd'hui trop oubliée. Composé par Buddy Johnson en 1945 et popularisé par son orchestre (sa sœur Ella en était la chanteuse), Since I Fell for You résume bien la démarche artistique du pianiste qui aère constamment son discours, trouve des harmonies adéquates pour chaque mélodie et privilégie la beauté de la note. Les tempos sont lents. La contrebasse de Larry Grenadier assure un discret contrepoint mélodique. La batterie de Jeff Ballard donne relief et souplesse à de longues phrases que Brad étire, improvise à partir des thèmes qu’il reprend.

Brad MEHLDAU Trio : “Blues and Ballads” (Nonesuch / Warner)

Des standards dont une version de I Concentrate on You (Cole Porter) teintée de samba, Cheryl de Charlie Parker abordé énergiquement sur tempo medium, deux morceaux de Paul McCartney, And I Love Her qu’il écrivit en 1964 lorsqu’il était l’un des Beatles, étant le plus célèbre, constituent le répertoire de l’album. Brad Mehldau les joue avec une infinie tendresse avant de les confronter à son propre langage, à son jeu ambidextre qui lui permet de jouer simultanément plusieurs thèmes, de converser avec lui-même, de répondre par des basses puissantes au questionnement mélodique de sa main droite. La section rythmique préfère alors se taire, écouter un piano inventif et porteur d’émotion. Pendant trois bonnes minutes, il est seul à réinventer These Foolish Things (Remind Me of You), à nous en offrir une version aussi dépouillée que subtile. Il fait de même dans My Valentine, un morceau de Paul McCartney que contient “Kisses on the Bottom publié en 2012. Dans la version originale arrangée par Alan Broadbent, naguère le pianiste du défunt Quartet West, le solo est confié à la guitare acoustique d’Eric Clapton. Ici, Brad reprend la mélodie en solo, la passe au prisme de ses propres harmonies avant de la retremper en trio dans le blues. And I Love Her est l’un des sommets de l’album. Ce n’est pas la première fois que le pianiste nous propose cette chanson que Paul composa pour le film “A Hard Day’s Night. Le coffret “10 Years Solo Live”, en contient une version en solo. Avec Grenadier et Ballard, il ne s’éloigne jamais du thème lorsqu’il improvise, mais la qualité de ses voicings, ses phrases qui ondulent comme des vagues, son élégant balancement rythmique, soulèvent l’enthousiasme. Le pianiste peut aussi adopter un jeu beaucoup plus simple. Dans Little Person, une chanson que Jon Brion, composa pour le film “Synecdoche, New York”, il joue la mélodie, l’effleure avec délicatesse et respect. Car c’est un Brad Mehldau serein et inspiré qui s’exprime tout au long de ce disque. Ses phrases chantantes, les belles couleurs harmoniques qu’il pose sur de grandes mélodies procurent beaucoup de joie.

Photos © Michael Wilson.

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 09:20
Noblesse oblige

Juin : publiées aux Etats-Unis en 1973, les mémoires de Duke Ellington, “Music Is My Mistress, m’enchantent. Slatkine & Cie, une courageuse maison d’édition, les éditent pour la première fois en français. Éminent spécialiste de l’œuvre ellingtonienne, Claude Carrière en a rédigé la préface. Christian Bonnet qui préside La Maison du Duke, en a remanié une ancienne traduction, des centaines d’heures de relectures, de corrections afin de rendre l’ouvrage parfaitement lisible. Il l’est, et l’on s’y plonge avec bonheur, goûtant l’humour, la verve poétique de ses pages.

Noblesse oblige

On découvre un Duke Ellington inattendu, un humaniste, mais aussi un bon vivant qui consacre un chapitre entier de son livre à ses papilles gustatives. L’homme aime la bonne cuisine, les bons vins ce qui ne l’empêche pas d’être profondément croyant. Parcourant le monde, reçu par des chefs d’État, des rois et des reines, il va de réception en réception non sans s’inquiéter de sa ligne et de sa santé, donnant les noms de ses médecins qu’il réveille parfois en pleine nuit. De nombreuses pages sont consacrées à ses voyages, aux tournées de son orchestre à travers le monde. Duke Ellington revient sur son apprentissage, sa jeunesse à Washington, sa découverte de New York. Il dresse des portraits flatteurs des membres de sa famille, de ses amis, des musiciens de sa formation mais aussi de tous ceux qu’il admire. La musique bien sûr y tient une place importante. Elle n’a pas de frontières, se juge « à l’aune de l’oreille humaine ». La sienne n’a jamais cessé d’évoluer, de se sophistiquer, provoquant l’incompréhension d’une partie de son public. En 1950, lors d’un concert qu’il donne avec son orchestre au Palais de Chaillot, il joue sa Liberian Suite lorsqu’un jeune homme l’interpelle : « Monsieur Ellington, nous sommes venus écouter Ellington. Ceci n’est pas du Ellington ! ».

Noblesse oblige

Qu’est-ce que le jazz ? Où commence-t-il ? Où s’arrête-t-il ? Duke Ellington n’a pas été le seul à se poser des questions qui sont toujours d’actualité. Pour René Urtreger, le jazz est une musique savante associant le cerveau, le cœur et les tripes. Née de la rencontre de l’Afrique et de l’Europe en terre américaine, elle s’est progressivement affranchie de ses racines populaires et africaines, s’est débarrassée du swing, de sa sensualité pour s’intellectualiser. Le pianiste regrette qu’aujourd’hui, les musiciens noirs jouent comme les blancs, comme des musiciens classiques. Dans “Le Roi René, publié chez Odile Jacob, il se confie avec franchise à Agnès Desarthe qui nous livre le vrai roman de sa vie tumultueuse. Très jeune, il joue avec les plus grands dans les clubs parisiens, avec Buck Clayton et Don Byas, avec Miles Davis pour la musique d’“Ascenseur pour l’échafaud. Puis vinrent la drogue « pour annuler la peur de jouer », la chute après l’ascension, les années yéyés auprès de Claude François et la relève en 1977 alors qu’il est en bas de l’échelle, qu’il a abandonné le jazz pendant presque quinze ans. Si certains le croient « conservé dans le be-bop comme un fossile dans l’ambre », le Roi René n’a jamais aussi bien joué que ces dernières années. « Je sais d’où je viens. Je connais très bien mes racines et la source de mon jeu. C’est justement ça qui me permet de m’en affranchir, d’aller voir ailleurs si j’y suis. Je ne renie pas, je ne trahis pas. J’évolue ».

Noblesse oblige

Venu nombreux au Théâtre du Châtelet assister à la soirée du 60ème anniversaire de l’Académie du Jazz le 8 février dernier, le public s’est vite aperçu de la modernité de son piano. Doyen de l’octette qui réunissait des lauréats du Prix Django Reinhardt, René Urtreger assura brillamment la première partie d’un concert au cours duquel l’Académie décerna les prix les plus importants de son palmarès 2015. Le Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) revint à un autre pianiste, Fred Hersch, pour “Solo” édité sur le label Palmetto. Absent, il ne put récupérer son trophée. Sur cette photo de Philippe Marchin prise mardi dernier (le 31 mai), François Lacharme qui préside l’Académie du Jazz le lui remet sur la scène du Duc des Lombards, sous les applaudissements de votre serviteur, secrétaire général (et non pas perpétuel) de cette Académie.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Noblesse oblige

-Un rendez-vous trimestriel à ne pas manquer, celui de retrouver le temps d’un brunch au Petit Journal Montparnasse le Duke Orchestra. Premières mignardises le dimanche 5 juin (de 11h30 à 14h30). En cuisine, ils s’activent déjà : les poulets rôtissent, les œufs sont brouillés, les oranges pressés. C’est le temps des cerises, tartes et clafoutis vous attendent. Et puis, il y a l’orchestre, la meilleure formation ellingtonienne de la planète jazz. Laurent Mignard en assure la direction. Avec lui : André Villéger, Aurélie Tropez, Fred Couderc, Olivier Defaÿs, Philippe Chagne (saxophones et clarinettes), Benjamin Belloir, Sylvain Gontard, Jérôme Etcheberry, Richard Blanchet (trompettes), Bastien Ballaz, Michaël Ballue, Jerry Edwards (trombones), Philippe Milanta (piano), Bruno Rousselet (contrebasse) et Julie Saury (batterie). Réservation obligatoire au 06 37 58 17 93.

Noblesse oblige

-Le 6 à 20 h 30, à la Petite Halle de la Villette (211 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris), le Secours Populaire organise pour la seconde année consécutive un concert avec des musiciens venant d’univers musicaux différents. Le pianiste André Manoukian est le maître d’œuvre de ce second « Secours Pop Live ». La chanteuse China Moses, le guitariste Sylvain Luc, le percussionniste argentin Minino Garay, le cornettiste Médéric Collignon, le pianiste Florian Pellissier, le chanteur Djeuhdjoah, le batteur Cyril Atef et quelques autres participeront à la soirée, se mettant ensemble pour dialoguer et échanger, s’ouvrir aux cultures musicales du monde, et tout cela pour une bonne cause.

Noblesse oblige

-On retrouve le Petit Journal Montparnasse le 8 pour un unique concert parisien de Sinne Eeg. Mezzo-soprano au large ambitus, la chanteuse danoise compose d’excellentes chansons et s’entoure de très bons musiciens. Impressionnante a cappella, elle aime aussi se faire accompagner par la seule contrebasse de Thomas Fonnesbæk qui lui donne le tempo et joue ses propres lignes mélodiques. En témoigne le disque qu’ils ont enregistré ensemble l’an dernier. Jacob Christoffersen au piano et Morten Lund, batteur très demandé au Danemark, entourent également la chanteuse. Tous ont participés à “Face the Music” (Stunt Records). Prix du Jazz Vocal 2014 de l’Académie du Jazz, cet album de Sinne Eeg a obtenu la même année un Danish Music Award.

Noblesse oblige

-Bien connu des mélomanes, un piano Fazioli équipant sa salle de concert, l'Institut Culturel Italien de Paris (Hôtel de Galliffet, 50 rue de Varenne 75007 Paris) programme en juin du classique, de la musique contemporaine et du jazz. Le 9 à 20h00, le pianiste Giovanni Guidi y est attendu en solo pour une « conversation avec lui-même » inspirée de Bill Evans. Successeur de Stefano Bollani au sein de l’orchestre d’Enrico Rava, il est l’auteur de plusieurs albums parus chez Cam Jazz dont le remarquable “We Don't Live Here Anymore” enregistré à New York avec Gianluca Petrella, Michael Blake, Thomas Morgan et Gerald Cleaver. Privilégiant les pièces modales et lentes, “This is the Day”, son dernier disque en trio pour ECM, est l’un des 13 Chocs de l’année 2015 de ce blog. Un second concert est prévu le 20 juin, toujours à 20h00. Giovanni Guidi sera alors accompagné par le contrebassiste Matteo Bortone, élu meilleur nouveau talent 2015 par la revue Musica Jazz. Ces concerts sont gratuits, mais il est indispensable de réserver vos places sur le site web de l’Institut.

Noblesse oblige

-Madeleine & Salomon au New Morning le 15 (20h30). Madeleine, c’est Clotilde Rullaud. Elle chante et joue de la flûte. Salomon, c’est Alexandre Saada. Son piano interpelle par ses couleurs, ses harmonies, ses notes économes et bien choisies. Ils se sont rapprochés à l’occasion d’une tournée en Asie et viennent de sortir leur premier disque. Hommage poétique délicatement minimaliste aux chanteuses américaines engagées qui osèrent affirmer leur féminité, “A Woman’s Journey” puise ses thèmes dans un large répertoire. Des pièces de Nina Simone, le Strange Fruit que chantait Billie Holiday y côtoient des compositions de Marvin Gaye et de Janis Joplin. Des « protest songs » qui nous sont moins familiers complètent l’album récemment commenté dans ce blog. De courts films oniriques constitués d'images d'archives accompagneront la musique d’un concert événement.

Noblesse oblige

-20ème édition du Festival Vocal au Sunside / Sunset du 15 juin au 7 juillet. Du jazz bien sûr, mais aussi bien d’autres musiques sont au programme de cette manifestation. Les têtes d’affiche en sont Anne Ducros (en trio avec Robert Kaddouch au piano et Gilles Nicolas à la contrebasse) le 17 et Dee Alexander (en quartette avec Miguel delaCerna au piano, Junius Paul à la contrebasse et Ernie Adams à la batterie) le 25. Originaire de Chicago, cette dernière possède une voix chaude et émouvante qu’elle met au service d‘un vaste répertoire de standards. Edité l’an dernier sur le label Blujazz, “Songs My Mother Loves”, disque dans lequel Oliver Lake joue du saxophone alto, en témoigne. On consultera le site du club pour tout savoir sur les autres concerts de ce festival.

Noblesse oblige

-Manuel Rocheman au Duc des Lombards le 22 avec Mathias Allamane à la contrebasse et Matthieu Chazarenc à la batterie. Après “The Touch of Your Lips, un hommage à Bill Evans qu’il a enregistré avec eux en 2009, et dans lequel il renouvelle son jeu de piano, il garde le même trio dans “misTeRIO” (Bonsaï Records), un nouveau disque renfermant de nouvelles compositions. Très travaillées, ces dernières mettent en valeur un pianiste virtuose dont la fluidité de jeu nous fait oublier une technique impressionnante. Manuel n’est pourtant pas avare de notes. Elles fusent nombreuses, brillent d’or pur, trouvent leur place dans des phrases élégamment rythmées. Il fait chanter des harmonies chatoyantes et le trio qui l’accompagne sert merveilleusement sa musique.

Noblesse oblige

-Pour venir en aide aux victimes des villages sinistrés du Népal, l’un des dix pays les plus pauvres de la planète, l’association à but humanitaire Partage dans le Monde (30, rue Claude Decaen, 75012 Paris) organise le 26 juin au New Morning (19h00) sa troisième édition de « Jazz pour le Népal ». Son objectif : réunir des fonds pour offrir aux plus démunis des consultations médicales gratuites, reconstruire les écoles détruites par de récents séismes, installer l’eau potable dans des villages reculés. Fédéré par le pianiste Nicola Sergio, des musiciens indiens, des jazzmen, et des personnalités éminentes de la musique classique ont accepté de soutenir cette manifestation caritative et d’y participer. Accompagné par Jean-Charles Richard (saxophone), Antoine Gramont (violoncelle), Arnaud Cuisinier (contrebasse) et Luc Isenmann (batterie), Nicola Sergio assurera en quintette la partie jazz du concert. Gaëtane Prouvost (violon) et Claude Collet (piano) joueront des œuvres du répertoire classique et associé à Luc Isenmann, Narendra Bataju (sitar) de la musique indienne.

Noblesse oblige

-La 23ème édition du Paris Jazz Festival, se tiendra au Parc Floral de Paris du 11 juin au 31 juillet. Huit week-ends pour découvrir et écouter toutes sortes de musiques. La Belgique est à l’honneur les 25 et 26 juin. Aka Moon, le groupe du batteur Stéphane Galland (le 25) n’est pas ma tasse de thé, mais ne manquez pas le 26 le Brussels Jazz Orchestra, l’un des meilleurs orchestres de jazz européen que dirige son directeur artistique, le saxophoniste Franck Vaganée. Ce rutilant big band de seize musiciens (Nathalie Loriers y tient le piano) qui nous visite très rarement ne sera pas seul à occuper l’espace Delta du Parc Floral (à 16h00 précisément). Il invite David Linx dans un programme consacré à Jacques Brel qui à partir du 10 juin sera disponible en album. Très soignés, les arrangements mettent en valeur une voix qui relève un défi : jazzifier les grandes chansons de Brel, les faire revivre différemment. Le même jour, mais à 14h30, toujours à l’espace Delta, le pianiste Yvan Paduart se produira en trio avec Philippe Aerts à la contrebasse et Hans Van Oosterhoot à la batterie. Je n’aime pas trop ses disques de jazz fusion, mais Yvan Paduart est un grand pianiste et “Crush, enregistré en 2008 avec le Metropole Orchestra, un grand disque.

Noblesse oblige

-Le quartette de Branford Marsalis avec Kurt Elling les 27 et 28 juin (20h30) sur la scène du New Morning dans le cadre du festival « All Stars » qu’organise le club. Maître souffleur, Branford continue de nous surprendre par la diversité de ses projets. Après avoir consacré un album au chef d’œuvre de John Coltrane, “A Love Supreme”, et effectué l’an dernier une tournée de 20 concerts à travers l’Amérique pour jouer de la musique baroque, le saxophoniste vient d’intégrer à son quartette le chanteur Kurt Elling. Enregistré avec lui à la Nouvelle-Orléans “Upward Spiral” (Okeh / Sony Music), un album, mélangeant standards et chansons, est en vente depuis le 10 juin. Justin Faulkner remplace désormais Jeff “Tain” Watts à la batterie au sein d’une formation comprenant toujours Joey Calderazzo au piano et Eric Revis à la contrebasse. Tous se sont impliqués dans le choix du répertoire qui comprend des morceaux de Sting (Practical Arrangement), d’Antonio Carlos Jobim, de Sonny Rollins (Doxy) et des pièces arrangées par le groupe.

Noblesse oblige

-Le 30, Randy Weston est lui aussi attendu au New Morning, toujours dans le cadre de son All Stars Festival. Avec lui les musiciens de son African Rhythms Quintet, Billy Harper (saxophone ténor), Tk Blue (saxophone alto et flûte), Alex Blake (contrebasse) et Neil Clarke (batterie, percussions). A 90 ans (il est né à Brooklyn le 6 avril 1926), le pianiste reste une des dernières légendes du piano jazz. Admirateur de Thelonious Monk, il posséda un club de jazz à Tanger et composa quelques thèmes qui sont devenus des standards. Influencé par l’Afrique, par sa rencontre avec les Gnawas du Maroc, il joue un piano énergique, percussif et trempé dans le blues, le registre grave de l’instrument étant abondamment sollicité. Avec le journaliste Willard Jenkins, Randy Weston a également écrit ses mémoires, “African Rhythms, autobiographie traduite en français en 2014 chez Présence Africaine.

Noblesse oblige

-Saxophoniste très demandé – il joue dans de nombreuses formations, notamment celles de Florian Pellissier et de Nicolas Moreaux Christophe Panzani est attendu le 1er juillet au Duc des Lombards à l’occasion de la sortie de son premier disque sous son nom. “Les âmes perdues” (Jazz & People) contient sept morceaux, sept duos enregistrés par ses soins au domicile de sept pianistes avec lesquels il dialogue et partage sa musique. Au Duc, ils seront quatre à jouer avec lui ses compositions : Yonathan Avishai qui a signé l’an dernier avec “Modern Times” un album remarqué en trio ; Laia Genc, une pianiste allemande à découvrir ; Léonardo Montana souvent associé à Triphase, la formation d’Anne Paceo et auteur d’un opus en duo avec le bassiste cubain Felipe Cabrera ; Tony Paleleman accompagnateur régulier de l’accordéoniste Vincent Peirani.

-Petit Journal Montparnasse : www.petitjournalmontparnasse.com

-Petite Halle de la Villette : www.spf75.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Institut Culturel Italien de Paris : www.iicparigi.esteri.it

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Partage dans le Monde : www.partagedanslemonde.com

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

 

Crédits Photos : Fred Hersch, Christophe Panzani © Philippe Marchin Giovanni Guidi © Andrea Boccalini – Madeleine & Salomon © Alexandre Saada – Dee Alexander © Claude-Aline Nazaire – Manuel Rocheman Trio © Karine Mahiout – Randy Weston © Carol Friedman – Duke Ellington, Sinne Eeg, David Linx & The Brussels Jazz Orchestra, Kurt Elling & Branford Marsalis © Photos X/D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 09:11
Tandem chic pour big band choc

Thad JONES / Mel LEWIS Orchestra : “All My Yesterdays”

(Resonance Records / Socadisc)

1966 : chargé des programmes de jazz de WKCR-FM, la station de radio de la Columbia University de Manhattan, George Klabin, 19 ans, aujourd’hui Président des disques Resonance, est aussi un ingénieur du son amateur. Fréquentant les clubs de New York et de ses environs, il enregistre les concerts auxquels il assiste et avec la permission des musiciens, les diffuse lors de ses émissions. Le jeune homme s’est lié d’amitié avec Alan Grant qui possède une émission journalière sur WABC-FM, une grosse radio new yorkaise, et apprécie son travail. Grant le contactera à deux reprises (7 février et 21 mars 1966) pour qu’il enregistre au Village Vanguard les premiers concerts du nouvel orchestre de Thad Jones & Mel Lewis dans le but d’intéresser une maison de disque.

 

Édité à l’occasion du 50ème anniversaire de la naissance de l’orchestre, “All My Yesterdays” (Resonance Records), un coffret de 2 CD(s), le second, 77 minutes environ, étant beaucoup plus long que le premier, réunit enfin la totalité exploitable de ces concerts (une édition pirate très incomplète en existait). Un copieux livret de 88 pages renfermant des interviews des survivants de l’orchestre et illustré de nombreuses photos l’accompagne. Préfacé par Zev Feldman (Executif Vice Président et General Manager de Resonance) et George Klabin, il contient également une étude sur les débuts de l’orchestre par Chris Smith, une interview de Jim McNeely qui rejoignit la formation en 1978.

Tandem chic pour big band choc

Le 7 février 1966, un lundi, George Klabin installe donc son matériel au Vanguard, un matériel léger mais d’excellente qualité, et occupe deux petites tables proches de la scène. Il dispose de six micros (Neumann U67, Beyer, AKG et Electro Voice), un pour chaque section (trombones, trompettes et saxophones), un pour la contrebasse, et le dernier pour Thad Jones qui fait face à l’orchestre, le dirige et prend quelques solos. Un magnétophone 2 pistes stéréo et une table de mixage complètent son « studio mobile » avec lequel il enregistre pour la première fois un big band de 18 musiciens.

Tandem chic pour big band choc

Trompettiste chez Count Basie de 1954 à 1963, Thad Jones l’a alors quitté pour jouer avec George Russell et intégrer le Concert Jazz Band de Gerry Mulligan. A la dissolution de ce dernier en 1964, il monte un quintette avec Pepper Adams et travaille pour les studios jusqu’à ce que Basie le contacte en 1965 pour lui confier le répertoire de son prochain album. Thad qui a souvent écrit des arrangements pour son orchestre lui propose alors des morceaux plus ambitieux : The Second Race, The Little Pixie, Low Down, Big Dipper, Back Bone, All My Yesterdays mais aussi Ah, That’s Freedom que son frère Hank à composé. Basie les essaye mais les refuse : trop compliqués, trop modernes et atypiques pour son big band. Pour les jouer, il s’associe avec Mel Lewis, le batteur du Concert Jazz Band (il fut aussi le batteur de Stan Kenton, Woody Herman et Benny Goodman) qui depuis longtemps souhaite créer son ensemble. Recruter des musiciens n’est pas un problème mais ils font souvent partie de plusieurs formations ce qui complique les répétitions et nécessite des remplaçants. Ces dernières débutent en décembre 1965 aux Studios A & R. Le Thad Jones / Mel Lewis Orchestra vient de naître.

Tandem chic pour big band choc

Le lundi 7 février, Thad Jones et Mel Lewis portent donc leur formation sur les fonts baptismaux. Le monde du jazz en émoi connaît déjà son existence et pour son tout premier concert le Village Vanguard affiche complet. George Klabin ne perd rien de la musique. L’absence de balance l’oblige à régler le volume de son magnétophone au cours des premiers morceaux. Heureusement, il y a deux sets et les compositions vont être jouées deux fois. 75 % de ce qu’il enregistre est ainsi exploitable. Le son est même étonnamment bon. Il sera meilleur encore le 21 mars. L’orchestre a besoin de davantage de matériel et Thad pense qu’il peut encore mieux jouer. Pour ce concert, Klabin installe quatre autres micros et apporte une seconde table de mixage. La batterie a désormais son propre microphone. Klabin connaît les arrangements et sait quand débute les solos ce qui lui permet aussi de mieux enregistrer la musique.

Mais qu’a-t-il de différent des autres cet orchestre ? Il réunit des jeunes – Jimmy Owens, Danny Stiles, Joe Farrell, Garnett Brown, Eddie Daniels –, des moins jeunes plus expérimentés – Snooky Young, Bill Berry, Jimmy Nottingham, Jerome Richardson, Jerry Dodgion, Pepper Adams, Marv « Doc » Holladay, Bob Brookmeyer, Jack Rains, Hank Jones, Sam Herman, Richard Davis –, des chrétiens et des juifs, des blancs et des noirs, ce qui est encore inhabituel à cette époque en Amérique. La musique qu’il propose est surtout beaucoup plus moderne que celle de la plupart des big band de l’époque.

Tandem chic pour big band choc

Au sein d’un même morceau, le Thad Jones / Mel Lewis Orchestra peut se transformer en trio, quartette, octette s’il est rejoint par une des sections, ou en une formation plus importante. Thad qui le dirige avec les mains, peut décider l’accélération d’un tempo, de changer un morceau en cours d’exécution, la musique, constamment « in progress » n‘étant jamais figée. Son étonnante vitalité, son groove, sa flexibilité éclatent dans ce répertoire sophistiqué que les musiciens n’ont découvert que quelques jours avant ces enregistrements. Le trompettiste essaye ses arrangements, en confie les solos aux musiciens qu’il estime les plus aptes à les jouer. Ils peuvent étirer une simple ligne de blues ou jouer ensemble des intervalles inhabituels, des lignes mélodiques compliquées. Obéissant aux ordres et dirigés par signes, ils alternent souplesse et rigueur au sein d’un vrai travail d’équipe. Co-leader de la formation, Mel Lewis fait de même. Il observe scrupuleusement les tempos demandés, réagit très vite au besoin d’autres rythmes, prend ici un solo dans Back Bone et Once Around et adapte son jeu à la taille de l’orchestre. Batteur puissant, il sait aussi tempérer le flux sonore, mettre en valeur, les sections, les instruments qu’il est chargé d’accompagner. Mel entend tout et donne puissance et finesse à un big band qui est aussi le sien.

Le matériel thématique comprend donc de nombreuses compositions de Thad Jones. De celles que le trompettiste destinait à Basie, The Second Race sera intégré plus tardivement au répertoire. Les autres, dont le fameux The Little Pixie, sont bien sûr joués ici. Morceau oh combien associé à la formation, il contient de longs chorus de Hank Jones, de Jerome Richardson (à l’alto), mais aussi de Thad qui phrase avec élégance, sculpte chacune de ses notes – il le fait aussi dans Low Down dont il est le seul soliste –, et réaffirme quel grand instrumentiste il était. Repris par toutes les sections, Big Dipper, une sorte de blues à rallonge (ses dix premières mesures en relèvent) dans lequel Jimmy Nottingham assure la trompette solo, sonne magnifiquement, et All My Yesterdays brille par l’orchestration somptueuse qui l’habille.

Tandem chic pour big band choc

Ces morceaux ne figurent pas dans “Presenting Thad Jones / Mel Lewis & The Jazz Orchestra”, premier disque que la formation enregistre en studio les 4, 5 et 6 mai 1966 pour le label Solid States. Thad préfère y inclure Don’t Ever Leave Me, le vitaminé Once Around dans lequel le baryton de Pepper Adams entretient la tension, Willow Weep For Me (l’arrangement est de Bob Brookmeyer) et Mean What You Say introduit par le piano élégant de Hank Jones et suivi par un chorus ébouriffant de Thad. Ces thèmes, les musiciens semblent les avoir parfaitement assimilés au Vanguard le 21 mars. The Little Pixie, Ah, That’s Freedom et les autres morceaux que joue l’orchestre – le drolatique Mornin’ Reverend au sein duquel une cloche à vache marque le tempo, Lover Man arrangé par Joe Farrell qui prend ici un chorus de ténor inoubliable – nous seront révélés par l’enregistrement que Phil Ramone, l’ingénieur du son des premiers albums Solid State de la formation, en fera dans ce même club le 28 avril 1967. A cette date, le Thad Jones / Mel Lewis Orchestra fait partie de l’histoire.

Tandem chic pour big band choc

Notes

-Lors du concert du 21 mars, Pepper Adams remplace Marv « Doc » Holladay au baryton ; Snooky Young indisponible, Dany Stiles prend sa place dans les trompettes et Tom McIntosh occupe le siège de Bob Brookmeyer chez les trombones.

 

-Thad Jones quitta la formation en 1978 pour s’installer à Copenhague. Rebaptisé The Mel Lewis Orchestra, l’orchestre continua à se produire au Village Vanguard tous les lundis sous la direction du batteur. Mel Lewis disparut en 1990, quatre ans après Thad Jones. Le Vanguard Jazz Orchestra lui succéda. Il perpétue le souvenir du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra en se produisant tous les lundis dans le club new-yorkais.

 

-En France, le Vintage Orchestra, formation de seize musiciens que dirige le saxophoniste Dominique Mandin, reprend les arrangements que Thad Jones écrivit pour son orchestre. Depuis février 2015, il se produit une fois par mois au Sunside / Sunset. Prochain concert le 13 juin au Sunset.

 

PHOTOS : Chuck Stewart – Raymond Ross Archives  / CTS Images – Ray Avery / CTS Images.

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 09:19
Un duo bien assorti

MADELEINE & SALOMON : “A Woman's Journey

(Tzig’Art / Promised Land / Socadisc)

Un duo bien assorti

Flûtiste de formation, Clotilde Rullaud se décida tardivement à chanter. Sarah Lazarus l’initia au jazz vocal, lui apprit à improviser. Clotilde étudia aussi le chant classique et, renseignée par la chanteuse ethno musicologue Martina Catella, s’intéressa aux différentes techniques de chant existantes de part le monde. Elle avait publié un premier disque avec le guitariste Hugo Lippi lorsque Olivier Hutman me la présenta en 2008, l’année de la parution d’“In Extremis”, son second album, un opus plus ambitieux réalisé avec des musiciens talentueux – Olivier au piano, Dano Haider à la guitare, Antoine Paganotti à la batterie. Inclassable, ouvert à toutes sortes de musiques, à l’Afrique comme à l’Amérique du Sud, à la musique française, La noyée de Serge Gainsbourg se retrouvant au même programme que le Pie Jesus de Maurice Duruflé, “In Extremis” me déconcerta malgré la voix originale de Clotilde, son feeling, son groove, son franc sourire et sa franchise que j’apprécie.

Un duo bien assorti

Après de solides études de piano classique, Alexandre Saada passa à d’autres musiques, intégra un groupe de rock pour y jouer de l’orgue, se consacra au jazz, aux musiques improvisées, prolongeant sa formation auprès de Daniel Goyone, de Michel Petrucciani. Je fis sa connaissance chez Paris Jazz Corner, le disquaire de la rue de Navarre. Il me remit son premier disque, une autoproduction intitulée “Eveil” enregistré en trio dans les années 2000. Un opus fait à la va vite, un peu bancal mais plein de bonnes idées, la découverte d’un piano sensible aux harmonies riches, aux notes bien choisies. Après “Panic Circus”, un intermède coloré, recueil de chansons pop passées à la moulinette d’un jazz électrique, Alexandre m’impressionna par ses albums solo, recueils de miniatures aux notes économes, aux harmonies travaillées intégrant avec bonheur le silence à la musique. Des disques évoquant des paysages brumeux de petit matin, mais aussi des figures amis dans “Portraits”, le dernier de ses trois opus en solo. “Present”, un disque improvisé de 2009 dans lequel il renoue avec ses racines classiques, et “Continuation to the End”, quatorze photographies sonores d’instants mémorisés enregistrés chez lui sur son propre piano, témoignent de la profondeur de son univers poétique.

Se connaissant depuis longtemps, Clotilde et Alexandre se sont rapprochés à l’occasion d’une tournée en Asie. Se découvrant des goûts communs pour la poésie, ils ont décidé de s’associer pour partager leur commune approche minimaliste de la musique. Une invitation du Melbourne Recital Center (Australie) les incita à repenser l’American Songbook, à lui donner une dimension politique plus engagée. Ce travail est aujourd’hui un disque, leur premier qu’ils publient sous leurs prénoms d’emprunts : Madeleine et Salomon.

Un duo bien assorti

Hommage à des chanteuses militantes qui affirmèrent leur féminité et surent porter un regard personnel sur la société dans laquelle elles vivaient, “A Woman’s Journey” s’ouvre sur une composition de Nina Simone chantée à capella. Les paroles sont celles d’un poème très célèbre de William Waring Cuney (1906-1976). Clotilde, une mezzo, la chante dans le registre grave, sa voix se rapprochant ainsi de celle de Nina, une voix de contralto, Images (il manque le s, les images du poème étant plurielles) acquérant ici la dimension mystique d’un chant religieux. La voix de Clotilde reste grave dans une magnifique version de All the Pretty (Little) Horses (le Little de la chanson a ici disparu), une berceuse que tous les américains connaissent, mais qu’un piano inspiré enrichit ici de mémorables couleurs harmoniques. De Nina Simone, le duo reprend aussi Four Women, un des morceaux le plus poignant de son répertoire. Introduit à la flûte par Clotilde qui le chante avec autant d’émotion que de conviction, il contient un bref passage onirique, une rêverie pianistique de l’imprévisible Alexandre qui en pose sobrement les accords. De Strange Fruit, une chanson courageuse pour l’époque (1939), qui colla à la peau noire de Billie Holiday, Clotilde, bénéficiant des accords lumineux du piano, en donne une version dépouillée, murmurée comme si on cherchait à bâillonner la chanteuse, comme si le poème de Lewis Allen (alias Abel Meeropol) continuait à déranger l’Amérique bien pensante. Plus loin, Save the Children, un extrait de “What’s Going On”, le chef-d’œuvre de Marvin Gaye, fait entendre un arrangement inattendu, le re-recording permettant de multiplier flûtes et pianos, de créer plusieurs voix. Elles sont ainsi plusieurs à chanter Les Fleurs, morceau popularisé par le pianiste Ramsey Lewis en 1968 et que Minnie Ripperton reprit deux ans plus tard dans “Come to My Garden”, son premier disque.

Car loin de reprendre que des titres célèbres, Madeleine & Salomon puisent leur matériel thématique dans un vaste répertoire. L’amateur de jazz connaît Little Girl Blue, une chanson de 1935 co-signée Richard Rogers (pour la musique) et Lorenz Hart (pour les paroles), un standard bénéficiant ici de la riche palette harmonique dont dispose Alexandre. Janis Joplin la chanta. Mais, de cette dernière, l’amateur de jazz point trop curieux a-t-il déjà entendu Mercedes Benz ? Swallow Song de Mimi et Richard Farina lui est-il familier ? La sœur de Joan Baez et son mari l’enregistrèrent en 1965 dans “Reflections in a Crystal Wind”, leur second album et la cadence soutenue que lui donne le piano, celle d’une chevauchée fantasque et fantastique, est ici renversante.

Élargi à la soul et à la folk music, le répertoire de ce disque (qui contient aussi At Seventeen, une chanson de Janis Ian particulièrement cruelle et désabusée), provoque la surprise. J’écoute pour la première fois No Government, un protest song de Philip Anthony Johnson qu’interpréta Nicolette Suwoton, une chanteuse d’origine nigériane née à Glasgow et installée à Londres. Je découvre également High School Drag, un poème « beat » sur la guerre froide écrit par Mel Welles, un obscur scénariste de Série B. L’actrice Phillipa Fallon le récite dans le film “High School Confidential” (1958). Ces deux morceaux, Madeleine & Salomon les entremêlent, n’en font qu’un, les paroles de High School Drag semblant sortir d’un mégaphone. Alexandre les rythme avec un piano préparé qui rend ses notes métalliques. Le duo tire également de l’oubli The End of Silence d’Elaine Brown, membre actif du Black Panther Party qui en chanta son hymne. Embellie par les harmonies du piano, la voix d’abord lointaine et récitante, se fait puissante comme celle d’une afro-américaine adressant une prière à l’église.

Dans tous ces morceaux, Alexandre Saada, assure un piano aussi délicat que minimaliste, juste ce qu’il faut pour valoriser la voix, embrasser ses murmures. Nonchalamment, son piano tranquille émerveille. Le souffle, l’âme passent au premier plan dans ce disque artisanal et surnaturel qui baigne dans une atmosphère envoûtante. Vous faites partie de moi (I’ve Got You Under my Skin de Cole Porter adapté en français par Joséphine Baker) est même volontairement fragile. Une voix sensible la porte et nous offre son cœur.

Alexandre Saada et Clotilde Rullaud (Madeleine & Salomon) se produiront au New Morning le 15 juin à 20h30. Accompagnant la musique, de courts films oniriques constitués d'images d'archives seront projetés pendant leur concert.

 

Photos © Alexandre Saada

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 09:06
À voix basse

Jean-Christophe CHOLET - Matthieu MICHEL “Whispers”

(La Buissonne / Harmonia Mundi)

 

Pianiste de formation classique, Jean-Christophe Cholet compose pour la danse, le théâtre, pour des orchestres symphoniques ou d’harmonie. Avec Heiri Känzig à la contrebasse et Marcel Papaux à la batterie, il possède le sien depuis 2002, un trio inventif et d’une rare cohésion avec lequel il a déjà enregistré sept albums que l’on peine à trouver dans les bacs des disquaires. Il donne de nombreux concerts en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Italie, mais je ne l’ai jamais vu sur une scène parisienne. L’écoute fortuite de “Beyond the Circle”, un disque de 2008, me fit découvrir sa musique, son piano raffiné qui privilégie l’harmonie, la couleur, la beauté de la note. La sortie de “Connex” en 2011 me donna l’occasion de rédiger une chronique enthousiaste.

À voix basse

Enregistré avec le trompettiste Matthieu Michel, un complice de vingt ans, le jazz de chambre apaisé de “Whispers” nous ouvre les portes des rêves. Matthieu ne joue ici que du bugle. Plus doux que celui d’une trompette, son timbre est mieux adapté à une conversation intime, à une musique qui semble naître de la brume, jaillir du silence, se chante, mais aussi se murmure, se chuchote (Whisper). Dès la première plage, Fair, le piano se fait mélancolique. Un bugle subtil à la sonorité ouatée répond à ses accords. Le dialogue entre les deux instruments s’instaure un peu plus tard, en douceur. He’s Gone, une composition de Charlie Mariano leur en donne l’occasion. Le tempo est lent, les harmonies magnifiques. Disposant d’un toucher élégant, Jean-Christophe Cholet fait magnifiquement sonner le piano du Studio La Buissonne. Peu de notes, mais de l’espace pour les faire respirer, pour goûter leurs nuances. On ne s’attend pas à ce qu’un accordéon introduise Rêve, le morceau suivant. L’instrument de Didier Ithursarry renforce l’aspect crépusculaire de la musique, lui ajoute grâce et mystère. De la couleur aussi. Rythmé par les tambours de Ramon Lopez qui s’invite aussi à ces agapes, Rêve est plus vif, plus tendu. Dans l’inquiétant Junction Point, également en quartette, le rythme n’est que foisonnement, ponctuation sonore. Il est souvent suggéré, esquissé. Le swing n’a pas vraiment sa place dans cet album poétique qui sort de l’ordinaire et ne se laisse pas facilement classifier.

Jazz ? Musique improvisée ou contemporaine ? Qu’importe, car la musique s’impose, majestueuse dans sa simplicité, son absence d’artifice. Dans The Fairground, un duo piano / batterie, Ramon Lopez ne se préoccupe pas des barres de mesure. Il aère et colore le tempo, fait bruisser ses cymbales et parler ses tambours. Il n'a pas besoin d'être toujours présent. Les plages que se réservent les deux leaders se suffisent à elles-mêmes. Zemer et Le tour de Marius, le plus long morceau de l'album, contiennent de magnifiques échanges mélodiques entre le piano et le bugle. Dialogue feutré entre le bugle et l’accordéon, Onnance éblouit par sa lumière, sa profonde sérénité. Ne manquez pas la plage cachée de ce disque habité. De la musique tout simplement.

Photo © Jean-Baptiste Millot

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 08:57
Un Bill tombé du ciel

Printemps 2013 : Zev Feldman de Resonance Records rencontre à Brême un des fils du producteur et ingénieur du son allemand Hans Georg Brunner-Schwer (1927-2004), fondateur des disques MPS. À la question : « possédez-vous des bandes inédites ? », le jeune Mr. Brunner-Schwer lui répond que sa famille détient un enregistrement studio d’une excellente qualité sonore, un inédit de Bill Evans en trio avec Eddie Gomez à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Après de longues négociations, l’intégralité de cette séance du 20 juin 1968, voit aujourd’hui le jour non sans créer le buzz, mettre en émoi le monde du jazz. Bill Evans est un pianiste immense. Ses albums, sa participation et son influence sur “Kind of Blue, le chef-d’œuvre de Miles Davis en 1959, ont fait de lui une icône incontournable.

Un Bill tombé du ciel

Si la parution de “Some Other Time, the Lost Sessions from the Black Forest est bien sûr un événement, le disque ne possède toutefois pas la sérénité que le pianiste affiche dans “You Must Believe in Spring, un opus publié en 1981, un an après sa mort. Ici, Gomez bavarde et DeJohnette, à l’essai, ne joue pas son drumming habituel. C’est un bon disque de Bill (les mauvais n’existent pas) en quête de la formation la plus apte à jouer sa musique, un disque de transition qui envoie au tapis bien des pianistes d’aujourd’hui. De quoi donner du grain à moudre aux amateurs de jazz tournés vers le passé qui refusent les nouveautés et s’effraient de l’audace. Comme si l’histoire s’était close à la fin des années 60, jouer un autre jazz après l’âge d’or des décennies précédentes restant inconcevable. Les musiciens n’ont pourtant jamais été aussi nombreux. Surmédiatisés, plébiscités par un public peu averti, les plus remuants occupent l’espace musical, les scènes des grands festivals. Les meilleurs, les nouveaux grands du jazz, peinent à se produire dans de petits clubs, à trouver de petites salles. C’est là que nous aimons les entendre. Le bonheur d’écouter chez nous un inédit de Bill Evans, ne doit pas nous dispenser d’aller les applaudir.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Un Bill tombé du ciel

-Kenny Werner les 2 et 3 mai au Duc des Lombards en trio avec Johannes Weidenmueller à la contrebasse et Ari Hoenig à la batterie, des musiciens qui le suivent depuis plus de quinze ans. Les deux albums produits par Jean-Jacques Pussiau et enregistrés au Sunset en novembre 2000 en témoignent. C’est également avec eux que le pianiste a enregistré avec eux son disque le plus récent. Publié l’an dernier, “The Melody réunit d’anciennes compositions de Werner ainsi que des standards qui lui sont familiers. Improvisateur à l’imagination féconde, il accorde la plus grande importance à la visibilité de la ligne mélodique qui cimente ses morceaux. Rythmicien énergique et véloce, il n’exhibe jamais gratuitement sa technique, mais sert constamment la musique.

Un Bill tombé du ciel

-Le 6 à 19h30, Leïla Olivesi nous convie à assister dans l’auditorium du 13ème arrondissement, 16-18, rue Nicolas Fortin, à la création de sa “Suite Andamane, une œuvre réunissant pour la circonstance le Chœur Hector Berlioz, le Big Band et l’Orchestre Symphonique de ce même arrondissement. Réservation obligatoire au 01 42 38 33 77 ou par courriel (voir la liste des liens). La pianiste nous donne également rendez-vous le vendredi 27 mai au Sunside avec les musiciens d’“Utopia, son dernier disque, Manu Codjia (guitare) Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) invitant le saxophoniste Jean-Charles Richard à participer à la fête.

Un Bill tombé du ciel

-Billy Hart retrouve le Duc des Lombards les 12, 13 et 14 mai pour trois soirées et six concerts. Batteur à la frappe sèche, à la sonorité épaisse et aux ponctuations énergiques, il aime prendre des risques dans le cadre des compositions ouvertes qu’il signe avec son groupe. Avec lui, Mark Turner au saxophone ténor, Ethan Iverson au piano et Ben Street à la contrebasse. Le quartette a enregistré deux albums pour ECM : “All Our Reasons” et “One Is The Other”. Tempérées par le lyrisme, les improvisations souvent abstraites du ténor et les harmonies flottantes du pianiste offrent un vaste champ d’investigation, tant harmonique que rythmique, à cette formation pas comme les autres.

Un Bill tombé du ciel

-Le 14 au Sunside, Olivier Robin nous donnera à entendre le contenu de “Jungle Box”, un album distribué par Socadisc dont il a composé l’intégralité du répertoire, du hardbop intemporel et réjouissant modernisé par les musiciens talentueux qui l’entourent. Le disque réunit Julien Alour (trompette et bugle), David Prez (saxophone ténor), Vincent Bourgeyx (piano) et Damien Varaillon (contrebasse). Ils seront tous au Sunside, Olivier Robin assurant avec eux le swing et la batterie.

Un Bill tombé du ciel

-Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva (piano) au Sunside le 17, soit dix jours avant la sortie de leur nouvel album sur le label Vision Fugitive. Comme son nom l’indique, “Gershwin” est consacré au célèbre compositeur dont les œuvres, fréquemment reprises par les jazzmen, ont fait le tour du monde. Ce nouvel opus de nos deux complices n’est toutefois pas un hommage comme les autres. Les mélodies de George Gershwin se parent d’harmonies nouvelles, sont prétextes à des improvisations qui, tout en respectant le matériel thématique abordé, en diffractent la musique. Plongée dans un bain de silence, cette musique capiteuse et sensuelle prend son temps pour nous séduire, retient son souffle pour se faire désirer.

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FESTIVAL JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS

(16ème édition du 19 au 31 mai - Avec le soutien de la fondation BNP Paribas)

 

Un Bill tombé du ciel

-Sur la photo, Jacky Terrasson pose avec Donatienne Hantin, directrice générale du festival et Frédéric Charbaut son directeur artistique. Ce dernier nous a concocté une programmation conséquente et éclectique dont je vous livre l'essentiel. Chargé le 19 du concert d'ouverture, le pianiste a conçu un programme inédit consacré au compositeur Maurice Ravel. “Round About Ravel” réunit un quintette comprenant Stéphane Belmondo (trompette et bugle), Lionel Belmondo (saxophones et arrangements), Thomas Bramerie (contrebasse), Simon Goubert (batterie) et Jacky au piano. S’y ajoute un quatuor à cordes. Le lieu : le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas, 92 rue d’Assas dans le 6e (à 21h00).

Un Bill tombé du ciel

Si vous avez un peu de temps et que vous êtes dans le quartier ce jour-là (le 19), commencez par vous rendre au Café les Éditeurs, 4 Carrefour de l’Odéon. Entre 17h30 et 18h30, dans le cadre des désormais célèbres « Jazz & Bavardages » que propose chaque année le festival, Laurent de Wilde y parlera de son livre “Les fous du son” et rencontrera, souhaitons le lui, un large public. Publié chez Grasset, son gros bouquin de 560 pages nous fait rencontrer des inventeurs au comportement excentrique, des drôles de machines sonores. Cette passionnante épopée du son se lit comme un roman.

Un Bill tombé du ciel

-Le concert que le pianiste suisse Nik Bärtsch donnera le 21 à la Maison des Océans (195 rue Saint-Jacques, Paris 5e à 21h00), sera assurément un des temps forts du festival. Avec lui, Mobile, une formation acoustique comprenant Sha à la clarinette basse, Kaspar Rast et Nicolas Stocker se partageant batteries et percussions. Rejoint par un quatuor à cordes, le groupe vient de faire paraître chez ECM, “Continuum”, un mélange subtil de jazz et de musique répétitive dont les grands moments sont à mon humble avis la première et les deux dernières plages (Modul 29_14, Modul 44 et Modul 8_11).

Un Bill tombé du ciel

-Ne manquez pas non plus le 24 au Musée de Cluny (6, place Paul-Painlevé, Paris 5e – deux concerts 19h00 et 21h00) le trio que Stéphane Belmondo a constitué avec Thomas Bramerie et le guitariste Jesse Van Ruller pour saluer la mémoire de Chet Baker, son mentor, le trio se penchant sur la période SteepleChase du trompettiste, lorsque Chet jouait avec le guitariste Doug Raney et le contrebassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen. Publié en 2015 chez Naïve, le disque s’intitule “Love for Chet”. Comme titre, on ne pouvait trouver mieux.

Un Bill tombé du ciel

-Enfin le 27, à la Maison des Cultures du Monde (20h30, 101 boulevard Raspail, Paris 6e à 20h30), on peut se laisser tenter par un trio inédit réunissant Kevin Hays (un grand pianiste américain trop rarement programmé), le batteur Jeff Ballard et Michel Portal, invité spécial du festival à l'occasion de ses 80 ans. Si vous l’appréciez, ce dernier se produira au sein de diverses formations au cours du festival, avec notamment Yaron Herman (le 23), Émile Parisien et Vincent Peirani (le 31). On consultera le programme pour en connaître davantage.

Un Bill tombé du ciel
Un Bill tombé du ciel

-Hors festival, le 30 et le 31, Fred Hersch est attendu avec son trio au Duc des Lombards. C’est un des concerts du mois. Un géant du piano qui se produit dans une petite salle, le cas est malheureusement fréquent. Mal distribués, ses disques ne bénéficient d’aucune promotion mais n’échappent pas aux oreilles des critiques avisés. “Solo” son dernier disque, s’est vu ainsi récompensé par le Grand Prix de l’Académie du Jazz 2015. Mais c’est en trio, qu’il jouera au Duc des Lombards, avec John Hebert, son bassiste habituel, Nasheet Waits, batteur très demandé (il joue notamment sur les derniers albums des trompettistes Ralph Alessi et Avishai Cohen) remplaçant Eric McPherson à la batterie.

Un Bill tombé du ciel

tonnant fourre-tout musical au sein duquel toutes sortes de musiques se font entendre, le festival Villette Sonique a la bonne idée d’inviter le 1er juin le saxophoniste Kamasi Washington à y participer. Révélé l’an dernier par “The Epic”, un ahurissant coffret de 3 CD(s) paru sur un label d’électro et de hip-hop instrumental, le saxophoniste très engagé politiquement souffle des notes brûlantes et torturées, évoque John Coltrane et Pharoah Sanders, mais tient aussi un discours étonnamment lyrique. Jouée par des formations différentes et parfois gigantesques rassemblant chœurs et cordes, sa musique exubérante et colorée emprunte à tant de genres musicaux (gospel, soul, free, funk) qu’elle en devient inclassable et personnelle. Concert à la Cité de la Musique, Philharmonie 2 (20h30). Personnel non communiqué.

Un Bill tombé du ciel

-Ian Shaw à Paris le 2 juin (20h00), au Club de l’Étoile (81 boulevard Gouvion Saint-Cyr, Paris 17e) qui a été entièrement rénové. On attendait depuis longtemps qu’il remonte sur une scène parisienne. La sortie d’un album sur le label Jazz Village lui en offre l’opportunité. Shaw est un phénomène : humoriste, pianiste, il possède une voix souple et agile qui lui permet de chanter du jazz sans avoir besoin de forcer son talent. Très à l’aise sur tempo rapide, il met beaucoup de lui-même dans les ballades qu’il reprend. “The Theory of Joy” en contient d’inoubliables. Il y a Brother, une chanson écrite à la mémoire de son frère Gareth disparu deux ans avant sa naissance, mais aussi Where Are We Now, une chanson de David Bowie qu’il interprète magnifiquement. Ian Shaw fera le voyage jusqu’à nous avec les musiciens de son disque : Barry Green au piano, Mick Hutton à la contrebasse et Dave Ohm à la batterie.

-Réservation Leïla Olivesi “Suite Andamane” : andamane@leilaolivesi.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Festival Villette Sonique : www.villettesonique.com

-Club de l’Étoile : www.jazzclub-paris.com

 

Crédits Photos : Bill Evans © David Redfern  Leïla Olivesi © Solène Person – Billy Hart Quartet © John Rogers / ECM – Olivier Robin, Stéphane Belmondo Trio © Philippe Marchin – Stephan Oliva & Jean-Marc Foltz © Maxim François – Fred Charbaut / Donatienne Hantin & Jacky Terrasson, Laurent de Wilde © Pierre de Chocqueuse – Nik Bärtsch Mobile © Christian Senti – Fred Hersch © Vincent Soyez – Kamasi Washington © Mike Park – Ian Shaw © Tim Francis – Kenny Werner Trio, Kevin Hays © Photo X/D.R.

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 09:31
Deux STUNT(s) sinon rien !

Depuis sa création en 1983, le label danois Stunt Records engendre rencontres et enregistrements de qualité. Après la récente “Suite of Time de Hank Ulrik célébrant le 75ème anniversaire de la Grundtvig Church à Copenhague (vous pouvez en lire la chronique dans ce blog), Stunt, distribué en France par Una Volta Music, met en circulation deux autres disques épatants qu’il me faut recommander.

Aaron PARKS - Thomas FONNESBÆK - Karsten BAGGE :

“Groovements (Stunt Records / Una Volta Music)

Deux STUNT(s) sinon rien !

Été 2014 : artiste en résidence au Danemark, le pianiste Aaron Parks rencontre le bassiste Thomas Fonnesbæk et le batteur Karsten Bagge. Le peu de temps qu’ils passent ensemble leur permet de se découvrir une même sensibilité artistique. Pour la partager, une séance d’enregistrement est organisée à Vanløsse, l’un des quartiers de Copenhague, une seule journée de studio qui fait naître les dix morceaux que contient cet album. Des compositions des trois musiciens, quelques standards, une version inattendue de I’m on Fire, un thème de Bruce Springsteen, et une improvisation collective très travaillée en constituent le répertoire. Né en 1983, Aaron Parks a fait ses classes auprès du trompettiste Terence Blanchard. Quatre albums confidentiels aujourd’hui recherchés, un enregistrement pour Blue Note, un autre en solo pour ECM constituent l’essentiel de sa discographie. Il est aussi le pianiste de James Farm, quartette au sein duquel le saxophoniste Joshua Redman officie (deux albums publiés à ce jour). Très demandé en studio, digne successeur de Niels-Henning Ørsted Pedersen (NHOP) et de Jesper Lundgaard, deux musiciens danois qui ont beaucoup servi l’instrument, Thomas Fonnesbæk force l’admiration dans le dernier disque de sa compatriote, la chanteuse Sinne Eeg, un duo voix / contrebasse qui compte parmi les grandes réussites du genre. Possédant une fermeté d’attaque impressionnante, une sonorité ample et puissante, Fonnesbæk apporte une seconde voix mélodique à la musique. Moins connu, mais rythmant à l’occasion les efforts d’un trio réunissant Kevin Hayes au piano et Scott Colley à la contrebasse, Karsten Bagge impose son jeu foisonnant, sa puissance de feu percussive. Arbitré par sa batterie, les chorus se succèdent, s’entremêlent, la contrebasse, très présente, enrichissant de commentaires pertinents le discours inspiré du piano. Le modèle est bien sûr Brad Mehldau qui fait suivre ses mélodies de variations inattendues, de plongées vertigineuses dans l’inconnu. Sans prendre les mêmes risques, Parks soigne la mise en couleurs de ses morceaux, développe de surprenantes lignes mélodiques, des voicings élégants. Nous sommes le 12 août 2014 à Copenhague, et Tit Er Jeg Glad, une page romantique de Carl August Nielsen, le plus célèbre compositeur danois, donne naissance à un des grands moments de l’album, sa plage la plus chantante. J’ajoute pour vous convaincre que le trio revisite avec talent Bolivia de Cedar Walton et que, cerise sur le gâteau, You and the Night and the Music, standard si fréquemment repris, se refait une jeunesse. Ce disque intelligent contient son poids de bonne musique. À vous maintenant d’en profiter.

Deux STUNT(s) sinon rien !

Scott HAMILTON - Karin KROG : “The Best Things in Life”

(Stunt Records / Una Volta Music)

Deux STUNT(s) sinon rien !

Invité l’an dernier à enregistrer un album pour fêter le centenaire de la naissance de Billie Holiday, le saxophoniste Scott Hamilton eut la bonne idée de demander à Karin Krog de joindre sa voix au projet. Une idée risquée au regard des derniers disques, peu convaincants, de la chanteuse norvégienne qui, dans un répertoire attractif adaptée à sa voix chaleureuse, déploie ici technique et métier. Karin Krog n’est pas seule à nous étonner. Pianiste surestimé, Jan Lundgren pratique ici un jeu sobre, élégant, qui sert constamment la musique, notamment dans l’instrumental We Will Be Together Again, une des ballades préférées de la chanteuse. Il est seul à l’accompagner dans How Am I To Know, une chanson de 1929 associée à Billie Holiday, mais aussi à Ava Gardner et Rosemary Clooney. Pris sur un tempo plutôt rapide, The Best Things in Life, une des rares pièces de l’American Songbook que Scott Hamilton n’avait jamais interprété, ouvre le disque. Une section rythmique irréprochable – Hans Backenroth à la contrebasse et Kristian Leth à la batterie – encadre la voix. Le saxophone ténor assure les obbligatos avant de souffler les notes en apesanteur de son chorus, de faire chanter son instrument. Sa sonorité ample et chaleureuse fait merveille dans les ballades de l’album, We Will Be Together Again déjà cité et I Must Have That Man que Billie Holiday popularisa. Karin Krog les chante avec assurance et justesse. Elle pratique l’art de la vocalese qui consiste à chanter des solos de musiciens sur lesquels ont été placées des paroles. Des improvisations de Stan Getz et de Lars Gullin dans Don’t Get Scared se prêtent ainsi au timbre de sa voix espiègle et séduisante. Elle fait de même dans Sometimes I’m Happy, reprenant avec des mots le chorus de contrebasse que s’offre Slam Stewart dans une ancienne version de ce morceau, un chorus à l’archet que Hans Backenroth, un fan de Stewart, joue fidèlement à ses côtés. De facture classique, la musique de ce disque n’est certes pas nouvelle, mais le bonheur qu’éprouvent ses interprètes à la jouer et le swing réjouissant qu’ils insufflent à leurs morceaux, la rendent très séduisante.

Crédits photos : Aaron Parks © Bill Douthart / ECM Records - Scott Hamilton / Karin Krog Band © Tore Sætre / Wikimedia.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 09:06
Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Donné au Bunka Kaikan Recital Hall de Tokyo en 2012, ce récital en solo de Masabumi Kikuchi reste le dernier concert de sa carrière. Le pianiste devait s’éteindre à New York le 6 juillet 2015. Son loft lui permettait d’accueillir de jeunes musiciens avec lesquels il aimait improviser. Parmi eux, Thomas Morgan assure la contrebasse dans “Sunrise, un album ECM que Masabumi enregistra en septembre 2009. Également décédé, Paul Motian en est le batteur. Publié en 2012, il permit à Kikuchi de rejouer au Japon, de nous faire cadeau de ce “Black Orpheus” après une longue carrière américaine qui le vit travailler avec Gil Evans, et plus longuement avec Motian et Gary Peacock, cofondateurs avec lui en 1990 de Tethered Moon, dont le trio, trop novateur pour l’époque, resta confidentiel. Quelques disques de Motian – je pense au remarquable “On Broadway Vol.5” (Winter & Winter), un des sommets de l’œuvre du batteur – jalonnent la discographie du pianiste qui pour le label Verve, grava plusieurs disques en solo, aussi envoûtants que méconnus. L’exercice lui était depuis longtemps familier. Il lui permettait d’inventer son propre univers musical, de larguer les amarres, de tendre vers l’inconnu.

Car, avec le temps, Masabumi Kikuchi, affectueusement surnommé Poo par ses amis, avait acquis une solide expérience. Il s’asseyait derrière son instrument sans trop savoir quoi jouer et laissait la musique jaillir, son piano fendant des flots comme la proue d’un navire, bravant ses propres tempêtes, vagues de notes donnant le mal de mer à des oreilles frileuses. À la croisée de plusieurs cultures, la modernité de sa musique doit beaucoup à l’écoute des grandes œuvres pianistiques du XXème siècle. Lui reprochant son manque de swing, son piano rubato, les puristes du jazz crient bien sûr au scandale.

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Intitulés Tokyo et numérotés de I à IX, les neuf morceaux improvisés de “Black Orpheus possèdent tous leur propre logique. Une pièce sur deux est sombre, abstraite, voire atonale, comme si le brouillard qui envahit parfois la capitale nippone en brouillait la lecture. Les tempos ne sont jamais rapides et les rares mélodies disparaissent sous des accords tumultueux, des flots de notes martelées qu’accompagnent de nombreuses dissonances. Au sein d’une même improvisation, tension et détente cohabitent. Le tempo y est instable, les harmonies flottantes. Un morceau très lent peut se gonfler de notes ou une pièce agitée se transformer en véritable méditation sonore, la musique se faisant alors murmure (Tokyo Part VII) pour s’évaporer comme de l’eau au soleil. C’est toutefois dans les parties lentes que le pianiste se relâche. Il abandonne alors son toucher percussif pour faire sonner délicatement les harmonies de mélodies rêveuses, un peu comme si après le noir d’un long tunnel, il accédait à la lumière.

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Placée au centre de l’album, sa tendre et pudique version de Manhã De Carnaval, thème du film de Marcel Camus “Orfeu Negro (“Black Orpheus) que l’on doit à Luiz Bonfá, apparaît ainsi comme un moment de grâce, une source inattendue à laquelle s’abreuver. Posant délicatement ses notes, ses longs silences lui donnant le temps de faire sonner leurs harmoniques, révéler leurs couleurs, Kikuchi aborde le thème avec une pudeur exquise. Il fait de même avec Little Abi, une ballade qu’il écrivit pour sa fille, probablement sa composition la plus célèbre et qu’il joue en rappel. Il l’enregistra une première fois en 1977 avec Elvin Jones dans “Hollow Out un disque Philips, puis la reprit avec Tethered Moon. “Triangle, un des premiers albums du trio, nous en offre une version développée. Celle de “Black Orpheus” reste toutefois la plus sensible. Tokyo part 9, une plage lente, mystérieuse, nous y prépare. Peu à peu le toucher du pianiste se fait miel. Des doigts de velours effleurent délicatement les touches, les marches et les feintes, exposent et font chanter un thème aux couleurs lumineuses. Carguant les voiles de son piano, Masabumi Kikuchi est arrivé au port.

Photos de Masabumi Kikuchi © Hiroyuki Ito / New York Times & John Rogers.

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