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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:48
Un triplé enivrant

Trois disques, tous différents, tous méritant des oreilles attentives. Prix du Jazz Européen 2019 de l’Académie du Jazz, le saxophoniste Daniel Erdmann joue dans les deux premiers, un hommage à Sophie Scholl, jeune résistante honteusement suppliciée par les nazis en 1943, et un album du violoncelliste Vincent Courtois autour de l’œuvre de Jack London. L’auteur du troisième, John Greaves, tient un rôle important dans “Oakland”, lecture musicale que Courtois, conjointement à son disque, consacre à “Martin Eden”, l’un des grands livres de London. Fermant la boucle, le violoncelliste joue également dans le disque de John, musicien inclassable et précieux, depuis longtemps de bien des aventures.

Daniel ERDMANN / Bruno ANGELINI : “La dernière nuit”  (AE001*)

Composée et interprétée par Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Bruno Angelini (piano), la musique de ce disque accompagne une évocation de Sophie Scholl créée sous sa forme théâtrale au Goethe-Institut de Paris en septembre 2018, la comédienne Olivia Kryger incarnant cette dernière. Sophie Scholl (1921-1943) fut exécutée par les nazis avec son frère Hans pour avoir imprimé et diffusé des tracts hostiles au régime et à la guerre. Écrit par Alban Lefranc, un écrivain français résidant à Berlin, le texte, un monologue, décrit le flot de pensées et d’images qui la traverse, ses craintes et ses espoirs, “La dernière nuit” étant celle qu’elle passa à Munich, à la prison de Stadelheim, avant son exécution le 22 février 1943. C’est en allant voir en 2006 le beau film que lui a consacré Marc Rothemund, “Sophie Scholl, les derniers jours” que j’ai découvert le grand courage de cette résistante chrétienne à la foi inébranlable, figure emblématique du réseau « La Rose Blanche » condamnée à mort pour avoir refusé de nier ses convictions.

Pour sa dernière nuit, Daniel Erdmann et Bruno Angelini ont conçu une musique généreuse, forte et entière qui lui ressemble, une musique traduisant ses états d’âme en ces derniers instants, expression d’une large palette de sentiments, la joie, l’angoisse, l’espoir de vaincre la peur et d’entrer sereinement dans la mort. Le portrait de Sophie Scholl qu’ils en donnent est celui d’une âme sereine et apaisée. Privilégiant la lumière, leurs compositions d’une grande douceur posent sur le visage juvénile de l’héroïne de subtiles couleurs harmoniques, créant ainsi une œuvre intensément lyrique et poétique. Évitant tout pathos, la musique – une dizaine de thèmes presque toujours mélodiques sur lesquels se greffent des improvisations particulièrement inspirées –, se fait délicate et légère, pure comme l’est cette jeune fille qui va bientôt mourir. C’est bien la voix intérieure de Sophie Scholl que font entendre les notes tendres et émouvantes du piano, le souffle si expressif du saxophone. En communion avec elle, et en état de grâce, Daniel Erdmann et Bruno Angelini nous font intimement partager ses pensées.

 

*Disque uniquement disponible sur les plateformes numériques et le site de Bruno Angelini www.brunoangelini.com. L’intégralité du texte d’Alban Lefranc est également disponible, en français et en Allemand, sur le site de Bruno.

Vincent COURTOIS “Love of Life” (La Buissonne / Pias)

Si Jack London (1876-1916) ne connut pas une fin de vie aussi dramatique que celle de Sophie Scholl – un empoisonnement du sang provoqué par une urémie fut la cause probable de sa mort –, il n’eut pas moins une existence difficile avant de devenir célèbre. Tour à tour employé dans une conserverie de saumon, pilleur d’huîtres, chasseur de phoques, pelleteur de charbon, vagabond, chercheur d’or (le Klondike lui inspira quatre romans et six volumes de nouvelles), l’écrivain ne rencontra véritablement le succès qu’en 1903 avec “L’Appel de la forêt” (“Call of the Wild”) et les grandes étendues blanches de ses romans d’aventure.

Vincent Courtois ne cache pas avoir découvert Jack London tardivement, en 2016, par la lecture de ses “Contes des mers du sud” (“South Sea Tales”) puis de “Martin Eden”, roman partiellement autobiographique écrit en 1909. Subjugué par la puissance évocatrice de ses récits, le violoncelliste entreprit avec Robin Fincker (saxophone ténor et clarinette) et Daniel Erdmann (saxophone ténor), une tournée américaine les menant sur les terres de l’écrivain dans la Sonoma Valley où il s’y fit construire un ranch, incendié en 1913 avant qu’il n’ait pu l’habiter. La photo de couverture de l'album a été prise près des ruines de sa demeure, à quelques mètres de sa tombe sur laquelle nos trois musiciens improvisèrent. Gérard de Haro, l’ingénieur du son du studio La Buissonne, l'enregistra à Oakland, ville dans laquelle Jack London vécut, étudia, milita dans les rangs socialistes et s’initia à la littérature.

Excepté Am I Blue, un standard de 1929 qu’interprétèrent Dinah Washington, Ray Charles et même Eddie Cochran, tous les morceaux ont pour noms des titres de romans et de nouvelles de l’écrivain, Martin Eden* étant l'un d'entre eux. Car, contrairement au disque précédent de Vincent Courtois consacré à des relectures des bandes-son de quelques films, ce n’est plus l’image qui influence la musique, mais les histoires de Jack London, ses récits inspirant mélodies et cadences au violoncelliste, principal pourvoyeur de thème du trio. Les cordes pincées de son instrument joué comme une guitare introduisent le thème majestueux et lent de Love of Life, une nouvelle que Jack London écrivit en 1907 et qui donne son nom à l’album.

Détailler le contenu de ses treize morceaux serait long et fastidieux. Mais comment ne pas évoquer la cadence hypnotique de The Road, celle très « panthère rose » de Goliah (signé Daniel Erdmann), celles hallucinantes de The Sea-Wolf (de Robin Fincker) et de South of the Slot ? Comment passer sous silence les nombreux moments pendant lesquels, ses cordes frottées par l’archet, le violoncelle donne volume et puissance à la musique ? Sa tessiture est grande. Il possède des basses profondes et chante dans les aigus. Souvent lyrique, toujours intense, ce disque offre une combinaison de timbres que l’on entend rarement dans le jazz. La richesse de leurs sonorités impressionne. On se laisse emporter dans un tourbillon de notes fiévreuses dont on sort tout ébloui.

 

*Sous le nom d’“Oakland”, le texte de “Martin Eden” fait également d’une lecture musicale par Pierre Baux et John Greaves, la musique étant assurée par le trio.       

John GREAVES : “Life Size” (Manticore / Believe)

Il est pour le moins curieux que cet album, le seizième de John Greaves, activiste d’une musique inclassable, soit passé inaperçu lors de sa sortie probable en mai dernier. J’ai même longtemps douté de son existence, invisible qu’il était dans les bacs des disquaires. Jusqu’au moment où, il y a deux mois, j’en découvris un par hasard chez Gibert, dans les « G divers » du rayon jazz. La presse a également été peu réactive. Une courte chronique dans Citizen Jazz, rien dans les Dernières Nouvelles du Jazz, rien non plus dans Jazz Magazine comme si la rédaction ne l’avait pas reçu. Ce disque ne mérite pas l’étrange silence qui le recouvre. La présence de John au sein du trio de Vincent Courtois pour une lecture de “Martin Eden” me donne enfin l’occasion d’en parler.

Un triplé enivrant

Faisant appel à une instrumentation très variée, guitares acoustiques et électriques, hautbois (Camillo Mozzoni), violons, alto et violoncelle (Vincent Courtois) colorant une palette sonore des plus riches, “Life Size”, album à la beauté stupéfiante, réunit une brochette impressionnante de musiciens. John Greaves n’est pas seul à assurer les parties vocales de l’album qui se déclinent en français, en anglais et en italien. Trois chanteuses l’accompagnent. La soprano Valérie Gabail fait merveille dans cet Air de la lune dont la mélodie semble portée par les ailes d'un ange, et dans Hôtels, une chanson écrite sur un texte de Guillaume Apollinaire. Outre une voix magnifique, la jeune Annie Barbazza joue également du piano et de la guitare acoustique. Avec John, elle reprend l’émouvant How Beautiful You Are que Peter Blegvad (Slapp Happy) enregistra en 1983 sur son premier disque solo. Quant à Himiko Paganotti, sa voix envoûtante semble sortir d’un brouillard cotonneux. Nous la connaissons par ses disques qui, comme ceux de John, reflètent un univers qui lui est personnel. Les deux pôles de leur monde fusionnent comme par magie dans La lune blanche, morceau flottant entre ciel et terre sur lequel Sophia Domancich joue du piano préparé. Dans God Song, une chanson de Robert Wyatt, la guitare électrique de Jakko Jakszyk (King Crimson) se mêle aux stridences des cordes du violoncelle. Autre reprise de choix, Kew Rhône is Real, étonnant monologue parlé que Tom Waits aurait très bien pu interpréter. Enregistré en Italie et publié sur Manticore, label créé par Greg Lake, le bassiste d’Emerson, Lake & Palmer dans les années 70, ce disque d’une insoupçonnable richesse, tant mélodique que sonore, demande à sortir de l’oubli.

 

Né le 23 février 1950, John Greaves aura 70 ans dans quelques jours. Cette chronique lui est dédiée.

 

Photos : Vincent Courtois / Daniel Erdmann / Robin Fincker © Loïc Vincent – Vincent Courtois au violoncelle © Pierre de Chocqueuse – John Greaves © Franz Soprani – Sophie et Hans Scholl © Photo X/D.R.

    

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 14:21
Les Prix de l'Académie

Incontournable rendez-vous médiatique et jazzistique que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des Prix de l'Académie du Jazz s’est tenue le 27 janvier au Pan Piper, une salle de concerts que l’amateur de jazz parisien connaît bien. Devant un parterre d’invités et d’amis œuvrant dans les métiers de la musique, du cinéma et des spectacles  – musiciens et académiciens, producteurs et responsables de maisons de disques, partenaires et sponsors*, journalistes, photographes, attaché(e)s de presse, organisateurs de concerts –, dix prix furent décernés ce soir-là dont le prestigieux Prix Django Reinhardt que tous les musiciens de jazz français souhaitent bien sûr obtenir.

 

Mon compte-rendu de cette soirée de gala, très riche sur le plan musical, privilégie aussi l’image. Prenez-le temps de faire défiler mon carrousel jazzistique et de découvrir les photos qu’Antoine Piechaud et moi-même avons prises pendant les répétitions, en coulisses et après le concert lors des agapes qui suivirent. Outre les lauréats, vous y trouverez sans doute des visages familiers et peut-être le vôtre. Que la fête commence.   

 

*La Fondation BNP Paribas, la SACEM, la SPEDIDAM, le Conseil des Vins de Saint-Émilion, le Pan Piper, mais aussi le Goethe Institut qui accueille en amont depuis quelques années nos fiévreux et passionnants débats.

 

LA CÉRÉMONIE

Les Prix de l'Académie

19h05 : à tout seigneur, tout honneur, François Lacharme ouvrit la cérémonie, et après quelques mots de bienvenue, remit le Prix du Jazz Classique à Gisèle Larrivé dite Gigi qui supervisa le travail de réédition exceptionnel qu’entreprit pendant plus de trente ans Michel Pfau sur Albert Ammons (1907-1949) le roi du boogie-woogie, la manière la plus africaine de jouer le blues au piano. Michel Pfau ne vit malheureusement pas son projet aboutir. Il décéda avant la parution de “Complete Work Albert Ammons” (coffret de 9 CD(s) auquel s’ajoute un DVD) qui regroupe tous les enregistrements du pianiste et contient un livre de 192 pages comprenant sa biographie et sa discographie complète. Appelé sur scène, Jean-Paul Amouroux expliqua ce qu’est le style boogie-woogie, puis l’un des groupes finalistes, les Three Blind MiceMalo Mazurié (trompette), Félix Hunot (guitare) et Sébastien Girardot (contrebasse) – nous donnèrent une version chaleureuse de Viper Mad de Sydney Bechet en guise d’intermède musical.

Les Prix de l'Académie

2019 ne fut pas très riche en littérature jazzistique. Le centenaire de la naissance de Boris Vian que nous fêtons cette année (il est né à Ville-d’Avray le 10 mars 1920) donna fort heureusement matière à deux ouvrages que la commission livres de l’Académie estima judicieux de primer ensemble. Richement illustré, “Boris Vian 100 ans” (Éditions Heredium) de Nicole Bertolt et Alexia Guggemos est un peu le livre officiel de ce centenaire qui verra pleuvoir de nombreuses manifestations autour de l’écrivain. Dans leur “Anatomie du Bison” (Éditions des Cendres), Christelle Gonzalo et François Roulmann nous font suivre presque au jour la vie de l’écrivain qui fut membre de l’Académie et dont les écrits sur le jazz restent célèbres.  

 

Prélude à une « Nuit Boris Vian » que l’Académie du Jazz organisera au Pan Piper le 27 mars, Natalie Dessay vint un peu plus tard confirmer son talent de lectrice sur Quand l’amateur de jazz écrit, un texte de Vian publié dans “Jazz 1954”, plaquette « présentée par l’Académie du Jazz » comme mentionne la couverture de ce petit ouvrage (20 pages) aujourd’hui recherché.

Également attribué par une commission, le Prix du Meilleur Inédit récompensa “Live in Tokyo‘91”, un double CD de Barney Wilen enregistré sur un Sony DAT au Keystone Corner de Tokyo, aujourd’hui le Harajuku Keynote. C’est grâce au fils de Barney, Patrick Wilen que nous avons aujourd’hui ce concert. Barney y est accompagné par Olivier Hutman au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Peter Gritz à la batterie. En l’absence du saxophoniste, décédé trop tôt en 1996, ses trois musiciens vinrent recevoir le prix des mains de François Lacharme et nous firent l’honneur d’interpréter No Problem de Duke Jordan, un des titres emblématiques de cette résurrection sonore et l’un des thèmes préférés de Barney. Plaisir d’entendre Gilles Naturel toujours impérial à la contrebasse et le merveilleux piano blues d’Olivier Hutman, un ami apprécié.    

Les Prix de l'Académie

N’ayant pu se déplacer, Jontavious Willis et Mavis Staples, lauréat(e)s des Prix Blues et Soul pour leurs albums “Spectacular Class” et “Live in London”, exprimèrent leurs vifs remerciements à l’Académie dans les petits films qu’ils avaient envoyés.

Ce qui laissa du temps au pianiste / organiste Laurent Coulondre, Prix du Disque Français 2019 pour “Michel On My Mind”, superbe hommage à Michel Petrucciani, d’interpréter deux morceaux de son album après avoir reçu son trophée. Accompagné par les musiciens de son disque, Jérémy Bruyère à la contrebasse et l’inégalable André Ceccarelli à la batterie, Laurent mena son mini concert tambour battant. Sa version de She Did It Again, une composition de Michel que contient son album Blue Note “Promenade with Duke” (1993) et dans laquelle Caravan est longuement cité enthousiasma l’auditoire.

Présidée par Arnaud Merlin qui programme de grands musiciens au Studio 104 de Radio France dans le cadre de son émission Jazz sur le Vif, la Commission du Jazz Européen (dont j’ai l’honneur d’être membre) trouve toujours à récompenser des musiciens qui le méritent, des musiciens pas toujours connus du grand public, leur musique, parfois difficile, exigeant des oreilles ouvertes et attentives. Choisir Daniel Erdmann, primé cette année, fut une excellente idée. Membre du trio Das Kapital, capable de souffler des notes brûlantes et dissonantes et d’en murmurer d’autres apaisées et lyriques, le saxophoniste allemand a récemment enregistré un magnifique album en duo avec le pianiste Bruno Angelini dont vous lirez prochainement la chronique dans ce blog. Après avoir reçu son trophée, rejoint par Vincent Courtois au violoncelle avec lequel il travaille depuis plusieurs années, Daniel nous interpréta une composition d’un grand souffle poétique intitulée Les frigos. Elle apparaît dans “A Short Moment of Zero G”, un album BMC du Velvet Revolution publié en 2016, Théo Ceccaldi (violon) et Jim Hart (vibraphone) complétant le trio.

Les Prix de l'Académie

 

 

Après un hommage aux membres de l’Académie du Jazz disparus l’an dernier, Jean-Pierre Daubresse et André Francis qui était non seulement le doyen mais aussi l’un des membres fondateur de l’Académie (une courte bande audio retrouvée à l’INA, premières minutes de l’émission « Aimer le jazz » diffusée sur les ondes en mai 1948, André n’a pas encore vingt-trois ans, nous fit entendre sa voix), le Prix du Jazz Vocal fut décerné à la chanteuse Leïla Martial pour son album “Warm Canto”.

Les Prix de l'Académie

Un prix qui témoigne de l’éclectisme de l’Académie du Jazz dont le collège, faut-il le rappeler, reste très largement composé de journalistes. “Warm Canto” n’est nullement un disque de jazz, musique que Leïla Martial réinvente. Découverte par Jean-Jacques Pussiau qui publia son premier enregistrement, elle possède son propre univers musical, invente avec ses musiciens, Pierre Tereygeol (guitare acoustique) et Eric Perez (batterie, voix) un monde sonore qui n’appartient qu’à elle. Sa prestation fut unanimement appréciée car sur scène, la chanteuse, tout feu tout flamme, ensorcelle par ses onomatopées rythmiques, son énergie, et donne le meilleur d’elle-même. Assis près de moi, Bertrand Tavernier enthousiasmé voulait immédiatement se rendre chez un disquaire pour acheter l’album. Vu l’heure tardive, 20h30 passé, je lui conseillai prudemment d’attendre le lendemain.

Puis vint le moment tant attendu, celui de dévoiler le Prix Django Reinhardt, le plus prestigieux de l’Académie, un prix doté d’une somme de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas représenté par Jean-Jacques Goron, son Délégué Général. Hugo Lippi le remporta devant Théo Ceccaldi et Leïla Olivesi dont la “Suite Andamane” fut également l’un des trois albums finalistes du Prix du Disque Français. Avec Fred Nardin, Prix Django Reinhardt 2016 au piano, Fabien Marcoz à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie, le guitariste joua deux morceaux dont le Manoir de mes rêves de Django qui introduit “Comfort Zone” son dernier album enregistré à New-York avec Nardin et une section rythmique américaine. Propulsée par un (re)bondissant « Poinciana Beat », cher à Ahmad Jamal, la musique de Manoir de mes rêves se fit légère et délicate, pour ne plus peser que son poids de poésie.

Les Prix de l'Académie

Bien qu’impatient d’aller féliciter Leïla Martial, le cinéaste Bertrand Tavernier avait été invité à remettre le prix du meilleur disque de jazz de l’année, le Grand Prix de l’Académie du Jazz qu’il n’est évidemment pas facile d’obtenir, une pluie de bons disques s’abattant chaque année sur la tête des journalistes composant le collège électoral. Onze albums étaient encore en compétition au dernier tour de scrutin, “Groove du Jour” du Yes! Trio l’emportant pour finir sur “Star People Nation” de Theo Croker et “Playing the Room” d’Avishai Cohen et Yonathan Avishai.

 

Monté sur scène pour remettre le trophée à Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson, respectivement pianiste, bassiste et batteur du Yes! Trio, Bertrand Tavernier qui, faut-il le rappeler, est un fin connaisseur du jazz – il a souvent confié les musiques de ses films à des jazzmen – se livra à un échange d’anecdotes fusantes et drôles avec François Lacharme, prenant le temps de décacheter l’enveloppe révélant le vainqueur afin de raconter des histoires savoureuses sur d’autres remises de prix. Très fiers d’avoir reçu leur trophée des mains d’un cinéaste qu’ils admirent – “Autour de Minuit” remporta un Oscar et “Dans la brume électrique” (“In the Electric Mist”) fut tourné aux États-Unis avec des acteurs américains. Tommy Lee Jones en est l’acteur principal –, le Yes! Trio joua deux morceaux de son disque(Escalier, son ouverture, et C’est clair), nos trois grands musiciens achevant ainsi de rendre cette soirée inoubliable.  

Les Prix de l'Académie

 

LE PALMARÈS 2019

Prix Django Reinhardt

HUGO LIPPI

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

YES! TRIO « Groove du jour »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Disque Français :

LAURENT COULONDRE « Michel On My Mind »

(New World Production / L’Autre Distribution)

Prix du Musicien Européen :

DANIEL ERDMANN

Prix du Meilleur Inédit :

BARNEY WILEN QUARTET « Live In Tokyo ’91 »

(Elemental Music / Distrijazz)

Prix du Jazz Classique :

ALBERT AMMONS « Complete Work Albert Ammons (1907-1949)

Boogie Woogie King »

(Cafe Society / eurenie@gmail.com)

Prix du Jazz Vocal :

LEÏLA MARTIAL « Warm Canto »

(Laborie Jazz / Socadisc)

Prix Soul :

MAVIS STAPLES « Live in London »

(Anti- / Pias)

Prix Blues :

JONTAVIOUS WILLIS « Spectacular Class »

(Kind of Blue Music / www.jontaviouswillis.com)

Prix du Livre de Jazz :

NICOLE BERTOLT & ALEXIA GUGGÉMOS « Boris Vian 100 ans »

(Éditions Heredium)

CHRISTELLE GONZALO & FRANÇOIS ROULMANN

« Anatomie du Bison – Chrono-bio-bibliographie de Boris Vian »

(Éditions des Cendres)

 

 

BEFORE & AFTER

Avec par ordre d’entrée en scène (70 photos) : Aaron Goldberg & André CeccarelliAndré CayotAgnès ThomasClaude Carrière & Claudette de San IsidoroLaurent Coulondre  André VillegerBertrand TavernierVincent Courtois  François LacharmeJacques Pauper & Hugo Lippi Chantal Goron & Marie MifsudAlain TomasJuliette PoitrenaudFrancis Capeau & Sylvie DurandFred Nardin & Hugo LippiJean Szlamowicz & Sarah ThorpeGilles Coquempot & Bruno PfeifferLeïla Martial Gilles PetardJean-Jacques Goron & Frédéric CharbautPierre de Chocqueuse & Leïla OlivesiAxelle & Louis Moutin – Hervé CocotierOmer Avital, Vincent Bessières & Hélène LifarHervé RiesenBertrand Tavernier & François LacharmeMarie-Claude Nouy & Flavien PiersonJean-Michel Proust & Hugo LippiVéronique Coquempot, Sylvie Durand & Gilles CoquempotIsabelle Marquis & André VillegerJean-Louis Chautemps Juliette Poitrenaud & Françoise PhilippePatrick Martineau Jean-Jacques Goron, Agnès Thomas & Mathilde FavreLaurent CarrierPatrice Caratini & Jacqueline CapeauPierre de BethmannPierre-Henri ArdonceauMélanie Dahan & Marc BenhamMichele Hendricks & Claude CarrièreSara LazarusBénédicte de Chocqueuse & Aaron GoldbergVincent Bessières & François LacharmeAndré CeccarelliPierre CunyJean-Louis LemarchandGlenn Ferris & Olivier HutmanHervé SellinMathilde FavreMarc SénéchalGilles Petard & Jean-François PitetJean-Jacques GoronSophie LouvetJacques Pauper, Ali Jackson & Aaron Goldberg Pierre ChristopheSolenne Amalric & Stéphane MaraisXavier FelgeyrollesStéphane Portet & Jean-Charles DoukhanRamona Horvath & Nicolas Rageau Pierre de Chocqueuse & Bertrand TavernierMélanie Dahan & Sarah ThorpeLionel EskenaziPhilippe Baudoin Fred Nardin & Leïla MartialDidier PennequinSylvie Durand & Gilles CoquempotPierre MégretStéphane Kerecki – Laurent de Wilde – Yes! Trio.   

Les Prix de l'Académie
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Crédits Photos :

La Cérémonie : Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf : François Lacharme, Yes! Trio & Bertrand TavernierFrançois Lacharme & Gisèle LarrivéThe Three Blind MiceFrançois Lacharme & Natalie DessayOlivier Hutman, Gilles Naturel & Peter GritzLaurent Coulondre, André Ceccarelli & Jérémy BruyèreFrançois Lacharme & Leïla MartialEric Perez, Pierre Tereygeol & Leïla MartialHugo Lippi & Jean-Jacques Goron © Antoine Piechaud.

Before & After : Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf : Laurent CoulondreAxelle & Louis Moutin Bertrand Tavernier & François LacharmeVéronique Coquempot, Sylvie Durand & Gilles CoquempotJean-Louis LemarchandGlenn Ferris & Olivier HutmanHervé SellinGilles Petard & Jean-François PitetPhilippe BaudoinFred Nardin & Leïla MartialPierre MégretLaurent de WildeYes ! Trio © Antoine Piechaud.

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 09:56
Boris Vian toujours à flot

Marcher, l’exercice est devenu familier aux parisiens, pris en otage par une poignée d’irréductibles « ératépistes » en colère. Pas de métros, presque pas d’autobus entre le 5 décembre et la mi-janvier. Inquiet de devoir zigzaguer à ses risques et périls sur une trottinette électrique, le parisien d’âge mûr s’est donc deux mois durant transformé en marcheur, sport auquel le manifestant lambda, parfois porteur d’un gilet jaune, est depuis longtemps rôdé. Les jambes lourdes, pressé de rentrer chez lui, de tremper ses pieds enflés dans des bains chaud de gros sel, il a délaissé clubs de jazz et magasins de disques, et a même oublié de profiter des soldes.

 

Les disquaires parisiens, Boris Vian, s’y rendait souvent à pied. Il est en visite chez l’un d’entre eux sur la photo de Jean-Pierre Leloir qui illustre le carton d’invitation de la remise des prix 2019 de l’Académie du Jazz. Lors de cette cérémonie qui s’est tenue le 27 janvier dernier au Pan Piper et dont vous trouverez prochainement un compte rendu complet dans ce blog, Boris Vian ne fut pas oublié. Marginalisé de son vivant, l’auteur de “L’Écume des jours” aurait sans doute été surpris d’une célébrité post-mortem concernant aussi bien lui-même que son œuvre. Membre de l’Académie du Jazz (Jean-Pierre Leloir l’était également), l’écrivain aurait eu 100 ans le 10 mars 2020 si une crise cardiaque ne l’avait emporté.

 

Jusqu’à sa disparition, le 23 juin 1959, Boris Vian écrivit, rédigea des textes pour des pochettes de disques, dirigea des séances d’enregistrement, donna des conférences, enregistra ses propres chansons et les chanta dans des cabarets parisiens, fournit des articles à Jazz Hot dont il tint la revue de presse de décembre 1947 à juillet 1958, et à de nombreux autres journaux. Deux ouvrages importants et complémentaires ont été publiés sur lui l’an dernier. La commission Livres de l’Académie du Jazz a judicieusement choisi de les primer.

 

Conçu par Alexia Guggemos et Nicole Bertolt, mandataire et directrice du patrimoine Boris Vian, “Boris Vian 100 ans” (Éditions Heredium), beau livre anniversaire accompagnant les célébrations officielles de ce centenaire, se décline par centaines : 100 dates à rebrousse-poil, 100 citations ou aphorismes, 100 livres / disques, 100 noms de ceux qui ont compté, mais aussi 100 objets parfois insolites photographiés par Alexia Guggemos dans l’appartement que Vian et son épouse occupaient Cité Véron. Devant une telle richesse iconographique que met en valeur une mise en page très soignée, on pardonnera aux auteurs la confusion quasiment surréaliste de la page 231 que je vous laisse le soin de découvrir.

 

Chrono-bio-bibliographie, “Anatomie du Bison” (Éditions des Cendres) associe étroitement l’œuvre et la vie de Boris Vian (alias Bison Ravi, son anagramme et l’un de ses pseudonymes) que l’on suit parfois au jour le jour, une vie de jazz et de verbe, en phase avec le bouillonnement artistique parisien et germanopratin de l’après-guerre. Ouvrage de référence comprenant plusieurs index aussi pratiques que détaillés, il bénéficie également d’une importante iconographie, documents rares et souvent inédits provenant de la collection personnelle des deux auteurs, Christelle Gonzalo et François Roulmann.

 

Collaborateurs des “Œuvres romanesques complètes” de Boris Vian dans la Pléiade, ces derniers exercent tous les deux le métier de libraire. Dans le 4ème arrondissement, 2 rue de l’Ave Maria, Christelle Gonzalo vend des livres, des plans et des documents anciens sur Paris et son histoire. Un peu plus loin, 12 rue Beautreillis, François Roulmann propose des vieux livres sur la musique et ses instruments et de la littérature. Je lui ai récemment acheté “La Fontaine des Lunatiques” d’André de Richaud, une édition originale avec envoi. Un grand livre, disponible chez Grasset dans la collection Les Cahiers Rouges. Mais, contrairement à Boris Vian, toujours vivant dans les mémoires, qui s’intéresse encore à cet auteur oublié ?

 

-Une soirée Boris Vian sera organisée par l'Académie du Jazz au Pan Piper le 23 mars. Vous en serez informé.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Boris Vian toujours à flot

-Le 4 février (20h00), la Maison de la Poésie – Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) propose un Ciné-concert autour de “Martin Eden”, film réalisé en 1914 par Hobart Bosworth, et roman dont le personnage principal possède de nombreux points communs avec son auteur, Jack London, qui le publia en 1909. Vincent Courtois (violoncelle), Robin Fincker (clarinette et saxophone ténor) et Daniel Erdmann (saxophone ténor) pour la musique, John Greaves et Pierre Baux pour les textes, Thomas Costberg assurant l’éclairage du spectacle, nous feront revivre ce douloureux récit, le plus incontournable des écrits de London. Inspiré par l’œuvre et la vie de ce dernier et enregistré à Oakland (Californie du Nord) après un voyage du trio Courtois / Fincker / Erdmann sur les terres de l’écrivain, “Love of Life” (La Buissonne) fait entendre une musique puissante et forte, un tourbillon de notes parfois brûlantes illustrant la vie tumultueuse de Jack London, personnage dont la vie fut aussi un roman. Chronique prochaine de l’album dans le blogdeChoc.  

-Ayant carte blanche au Sunside pour jouer avec les musiciens de son choix, le trompettiste Nicolas Folmer y invite le 7 février Daniel Humair, batteur appréciant les métriques souples et ouvertes, les rencontres qui permettent d’explorer et d’inventer d’autres formes de jazz. Il y a quelques années, des concerts au Duc des Lombards donnèrent naissance à un quartette qui, outre Nicolas Folmer et Daniel Humair, comprenait Alfio Origlio (piano) et Laurent Vernerey (contrebasse). Deux albums pour Cristal Records furent enregistrés, “Lights” en 2012 et “Sphere” en 2014, Alfio Origlio se voyant alors remplacé au piano par Emil Spanyi. Ce dernier complètera la formation au Sunside, ainsi que Philippe Bussonnet à la contrebasse. Attendons-nous à des chorus inventifs, à une musique inattendue et surprenante privilégiant interaction et jeu collectif.

-Diego Imbert et son quartette sans piano au Sunset le samedi 8 (21h30). Comprenant Alex Tassel au bugle, David El-Malek au saxophone ténor, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, la formation qui existe depuis 2007 a enregistré trois albums : “A l’ombre du saule pleureur” (2009), “Next Move” – l’un des treize Choc de ce blogdeChoc en 2011 –, et “Colors” composé et enregistré en 2013 mais publié en 2015. Un coffret, “L’Intégrale” (Trebim Music / L’Autre Distribution), les réunit depuis décembre. La musique ouverte de ce pianoless quartet offre de grands espaces de liberté aux solistes, les deux souffleurs, saxophone ténor et bugle, improvisant d’habiles contrechants mélodiques. Discrète, la contrebasse soutient le rythme, entretient un dialogue actif et souvent mélodique avec les autres instruments.

-Omer Avital et Yonathan Avishai au Sunside, les 11 et 12 février (21h00). Compositeur inspiré, le premier est le bassiste du Yes ! Trio dont l’album “Groove du jour” (Jazz&People) vient d’obtenir le grand prix de l’Académie du Jazz. Après deux albums pour Jazz&People, le second voit désormais ses disques publiés sur ECM. Parus l’an dernier, “Playing the Room”, un duo avec le trompettiste Avishai Cohen, et “Joys and Solitudes” enregistré avec Yoni Zelnik et Donald Kontomanou, les musiciens de son trio, l’un de mes Chocs de l’année 2019, témoignent de la grande sensibilité de ce pianiste qui fait respirer ses phrases, joue peu de notes mais sait bien les choisir pour mieux les faire chanter.

-Le 13 (à 21h00), avec Carl-Henri Morisset (piano) remarqué dans le quartette de Pierrick Pédron, et Benjamin Henocq (batterie), Darryl Hall fêtera au Sunside la sortie de “Swingin’ Back” (Space Time Records / Socadisc), le second disque de sa très longue carrière, un opus enregistré à la suite d’un accident de santé qui l’empêcha de jouer, de parler, de marcher pendant plusieurs mois. Les quinze plages de ce “Swingin’ Back” attestent que, loin d’avoir perdu ses moyens, Darryl maîtrise mieux que jamais son instrument. Au cœur de ce projet, sa contrebasse souvent mélodique porte la musique, lui donne un swing appréciable. Reprendre Curação Vagabundo de Caetano Veloso, Libera Me de Gabriel Fauré ou le thème de la Panthère Rose (Pink Panther) d’Henry Mancini témoignent de l’éclectisme de Darryl, globe-trotter invétéré de la planète jazz. Avec lui, se font entendre les deux fils de Donald Brown. Les doigts trempés dans le blues, Keith, le pianiste, fait merveille dans les nombreuses plages en trio de l’album, piano et contrebasse se partageant les chorus. Outre quelques compositions originales, “Swingin’ Back” renferme également des thèmes de Joe Henderson (Inner Urge), Dizzy Gillespie et George Shearing (son célèbre Lullaby of Birdland). Trois duos avec le saxophoniste Baptiste Herbin et deux autres avec la chanteuse italienne Chiara Pancaldi complètent avec bonheur un opus très réussi.

-Récemment associé au saxophoniste Joe Lovano à l’occasion d’une brève tournée européenne (on écoutera “Roma”, l’enregistrement d’un de leurs concerts, publié l’an dernier par ECM), Enrico Rava retrouve au Sunside le 14 (19h30 et 21h30) et le 15 (19h00 et 21h30) son vieux complice le batteur Aldo Romano, comme lui un compositeur de mélodies solaires et raffinées. Ayant depuis plusieurs années adopté le bugle, Rava lui fait chanter des notes délicates, s’attache à rendre les plus belles possibles ses improvisations lyriques au sein desquelles il privilégie la douceur. Ses pièces modales et lentes sont les tendres paysages de son imaginaire. Comme toujours lorsque Enrico Rava et Aldo Romano jouent ensemble à Paris, Baptiste Trotignon (piano) et Darryl Hall (contrebasse) seront avec eux sur la scène du Sunside.

Boris Vian toujours à flot

-Oded Tzur au Café de la Danse le samedi 15 (ouverture des portes à 19h30 et début du concert à 20H15) qui se produit dans le cadre d’une vaste tournée internationale avec son groupe : Nitai Hershkovits (piano) Petros Klampanis (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie). Né à Tel Aviv, Oded Tzur habite New York et est l’un des élèves d’Hariprasad Chaurasia, l’un des maîtres du bansurî, une flûte en bambou de l’Inde du Nord. Il sort sur ECM un premier album pour le moins intrigant. “Here Be Dragons” (parution le 14 février) propose une musique modale puissamment onirique. Certaines pièces sont de courts ragas dont la dimension spirituelle est évidente. D’autres des miniatures que se réservent les solistes, la sonorité de Tzur au saxophone ténor, bien qu’évoquant celle de Charles Lloyd, lui étant très personnelle. Sous ma plume, on lira une chronique plus développée de son disque dans le numéro de mars de Jazz Magazine.

-Robinson Khoury au New Morning le 19 (21h00) avec Mark Priore (piano), Manu Codjia (guitare), Etienne Renard (contrebasse) et Elie Martin-Charrière (batterie). Tous jouent dans “Frame of Mind” (Gaya / L’Autre Distribution), son premier album dont c’est le concert de sortie. Virtuose de l’instrument qu’il pratique, le trombone, Khroury en fait clairement entendre la voix. Vocalisant le discours instrumental, il maîtrise parfaitement les effets de growl. Utilisant une sourdine wa wa (dans Ask Me Know de Thelonious Monk qui, contrairement à ce qu’indique la pochette, n’est pas la sixième mais la huitième plage), il tire de son trombone des sons rauques aux inflexions expressives. Ses compositions aux arrangements très travaillés accueillent le blues, la guitare électrique de Manu Codjia contribuant à leur modernité et leur apportant beaucoup. Écrit pour deux trombones, Velouté d’arpèges truffé se savoure sans modération. Quant à Alizée, sa mélodie bénéficie de la riche palette sonore de l’ensemble Octotrip (composé de trombones et de tubas) associé à une section rythmique. Récemment nommé tromboniste soliste du prestigieux Metropole Orkest (Pays-Bas), Robinson Khoury est assurément un des grands de l’instrument. Ce disque remarquable, le premier qu’il fait paraître sous son nom, en témoigne. 

-Alexis Valet (vibraphone) et le quartette Cyclic EpisodeTony Tixier (piano) Luca Fattorini (contrebasse) et Francesco Ciniglio (batterie) – au Sunset le 20 (20h30). Le groupe s’est constitué au lendemain d’un concert donné le 2 janvier dernier au Caveau des Oubliettes. Nicolas Moreaux en est le bassiste. Indisponible, Luca Fattorini le remplace pour ce concert. Mariage heureux d’un vibraphone et d’un piano arbitré par une contrebasse et une batterie, l’instrumentation fut chère à Bobby Hutcherson, disparu en 2016. Mais c’est une composition d’un autre artiste Blue Note, Sam Rivers, qui donne son nom à une formation qui joue ses propres compositions mais aussi des standards. Vibraphoniste à suivre, Alexis Valet a récemment fait paraître un disque acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions Avec le saxophoniste Ben Van Gelder, le pianiste Tony Tixier anime Scopes, un quartette qui a publié un album de jazz moderne interpellant sur le label Whirlwind l’an dernier. Leur association ne peut qu’être fructueuse.

-Ne manquez pas le concert évènementiel que donnera John Surman le samedi 22 février au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) dans le cadre de l'émission Jazz sur le Vif qu'anime Arnaud Merlin. Figure majeure du jazz européen, le saxophoniste et poly-instrumentiste britannique a composé et enregistré beaucoup de musique. Figure marquante de l’avant-garde à ses débuts, il s’est peu à peu assagi, écrivant des pièces pour ballets (Portrait of a Romantic) et la bande-son d’un film imaginaire sur le Devonshire dont il est originaire. Pour ce concert parisien, il sera accompagné par le contrebassiste Chris Laurence qui travaille avec lui depuis plus de vingt-cinq ans et le Trans4mation String QuartetRita Manning et Patrick Kiernan (violons), Bill Hawkes (alto) et Nick Cooper (violoncelle) – quatuor à cordes avec lequel il a enregistré deux albums sur ECM. Jérôme Sabbagh (saxophone) & le Greg Tuohey GroupGreg Tuohey (guitare), Joe Martin (contrebasse), Kush Abadey (batterie) – assureront la première partie.

 

-Felipe Cabrera (contrebasse) au Duc des Lombards le 25 et le 26 (19h30 et 21h45) avec le 25 Irving Acao (saxophone ténor), Leonardo Montana (piano) et Lukmil Perez (batterie). Le 26, Inor Sotolongo (congas, percussions) et Carlos Miguel Hernandez (chant) s’ajouteront à la formation. Natif de la Havane, Felipe Cabrera accompagna pendant quinze ans (de 1984 à1999) le pianiste Gonzalo Rubalcaba. Installé depuis à Paris, il a beaucoup joué avec des musiciens latino et africains et de nombreux jazzmen, sa solide formation musicale lui permettant d’être parfaitement à l’aise avec eux. C’est aussi un compositeur inspiré comme en témoigne ses disques, mélange de musiques à la fois populaires et savantes. Après le magnifique “Night Poems” (Absilone) en duo avec Leonardo Montana en 2014, il a publié à l’automne dernier “Mirror” (MDC / New Tracks) un album autobiographique d’une grande richesse et d’une grande précision d’écriture qui reflète les étapes de sa vie entre Paris et la Havane. Cet opus dont la principale source d’inspiration est l’Afrique – il débute et se termine par un salut à Elegua, divinité des chemins dans le panthéon afro-cubain –, Felipe Cabrera l’interprétera en quartette au Duc le 25 et nous plongera le 26 dans l’ambiance survoltée des jam sessions cubaines (Descargas).

-Maison de la Poésie : www.maisondelapoesieparis.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Collage Boris Vian © Pierre & Bénédicte de Chocqueuse – Pierre Baux, John Greaves, Robin Fincker, Vincent Courtois, Daniel Erdmann © Ouest-France – Yonathan Avishai & Omer Avital © Jacob Khrist – Darryl Hall © Philippe Levy-Stab – Oded Tzur Quartet © Caterina di Perri / ECM Records – Robinson Khoury © Amy Gibson – Alexis Valet © Fatiha Berrak – John Surman © Ann Odebey – Felipe Cabrera © Karen Paulina Biswell – Nicolas Folmer & Daniel Humair, Diego Imbert © Photo X/D.R.

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 11:30

   Bonne et Heureuse année  2020

                                               Happy New Year

                      Felice anno nuovo - Frohes neues Jahr - Feliz año nuevo - Feliz ano novo

                             Et que le swing vous accompagne !

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 10:10
Interruption hivernale

21 décembre :  le soleil vient d’entrer dans le solstice d’hiver par la porte du Capricorne. Il se cache, voilé par des nuages et des rideaux de pluie. La terre se trouvant plus loin, il réchauffe moins les marcheurs, plus nombreux que d’habitude. Privés de bus et de rames de métro, les parisiens arpentent les rues de la capitale sans trop baguenauder. On a hâte de rentrer chez soi, de reposer ses jambes, ses pieds fatigués. Dans quelques jours les fêtes, mais le cœur n’y est pas. On souhaite réunir sa famille à Noël autour du sapin, ses amis au nouvel an, mais pourront-ils se déplacer ?

 

Ces désagréments n’ont pas affecté ce blog, décembre étant un temps de pause, un moment pour lire, écouter, rêver, l’actualité du jazz, réduite en cette période de l’année, laissant un répit appréciable. Comme je vous l’ai annoncé l’an dernier à l’occasion de son dixième anniversaire, j’ai poursuivi l’aventure de ce blogdeChoc avec moins de chroniques et de plus longues pauses entre-elles. Mes vacances estivales se sont ainsi prolongées jusqu’à fin du mois de septembre, sans protestations de votre part ce qui m’encourage à récidiver et à mettre ce blog un peu plus longtemps en sommeil. Rendez-vous début février avec les concerts du mois et le traditionnel compte rendu en images de la remise des prix de l’Académie du Jazz qui se déroulera fin janvier au Pan Piper.

 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année. N’oubliez-pas de décorer votre sapin de CD(s) multicolores, d’offrir des disques de jazz à vos amis. Puissent mes récents Chocs de l’année vous inspirer des idées de cadeaux. Que votre enthousiasme pour le jazz reste intact et vous mette toujours du baume au cœur.  

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 09:41
Chocs 2019 : 13 disques qui rendent heureux

Décembre : 13 disques enthousiasmants, 13 Chocs, pas un de plus, un choix subjectif correspondant à mes goûts et ce depuis les dix ans que ce palmarès existe. Les sélectionner n’est jamais facile. Il y en a beaucoup d’autres que j’apprécie, des disques dont la musique au-delà des notes parvient à envoûter. Il m'a été difficile de ne pas inclure “Changes” de Russ Lossing, un album du pianiste presque entièrement consacré à des standards, “Confort Zone” du guitariste Hugo Lippi, “53” de Jacky Terrasson et “The Sound The Rhythm”, un enregistrement en quartette du saxophoniste danois Jan Harbeck largement consacré au répertoire de Ben Webster.

 

Mais mon plus grand regret reste l’absence de “Characters On A Wall” un disque de Louis Sclavis reçu trop tard pour que j’en fasse une chronique. Les compositions qu’il contient répondent à des œuvres picturales de l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest, le clarinettiste imaginant une musique dans laquelle rythme et émotion, couleur et élégance cohabitent. C’est aussi la première fois que Louis Sclavis enregistre pour ECM un album dont l’instrumentation est celle d’un disque de jazz classique : piano (Benjamin Moussay), contrebasse (Sarah Murcia) et batterie (Christophe Lavergne) accompagnant ses clarinettes.   

 

ECM est toutefois loin d’être oublié dans ce palmarès. Le label vient de fêter son cinquantième anniversaire et a publié cette année de grands disques. Comme l’an dernier, les productions européennes représentent plus de 50% de cette sélection compte tenu que Dan Tepfer est un pianiste franco-américain et que “Groove du Jour” du Yes ! Trio est une production française. Enfin, mon intérêt pour le piano me conduit à privilégier des grands de l’instrument. J’en assume l’entière responsabilité et vous invite à les découvrir. Puissent ces 13 disques vous apporter autant de joie qu’ils m’en donnent.

11 nouveautés…

 

Franck AMSALLEM :

“Gotham Goodbye”

(Jazz&People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 18 octobre

“Gotham Goodbye” est un adieu à New York, une ville que Franck Amsallem habita pendant 20 ans et dont le jazz moderne qu’elle engendre le marqua profondément. Enregistré avec le saxophoniste cubain Irving Acao et une section rythmique européenne, le bassiste suédois Victor Nyberg et le batteur français Gautier Garrigue, ce disque de compositions originales rassemble des ballades et des morceaux rapides aux métriques parfois impaires et inhabituelles. Seul standard de l’album, Last Night When We Were Young renferme une partie de piano d’une rare élégance. Jouant un magnifique piano, Franck Amsallem improvise sur les belles mélodies qu’il nous donne à entendre, les phrases sensuelles et chaudes d’Irving Acao leur donnant un brillant peu commun.

Yonathan AVISHAI :

“Joys and Solitudes”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°713 - février (Choc)

Deux albums pour le label Jazz&People, un enregistrement en duo avec le trompettiste Avishai Cohen, et ce disque sorti en début d’année suffisent à placer le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai parmi les musiciens les plus attachants de l’instrument. Avec lui, point de cascades d’arpèges, de surabondance de notes, de virtuosité démonstrative, mais un piano aux couleurs souvent ellingtoniennes, un jeu économe qui place le silence au cœur de la musique. En trio avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), musiciens avec lesquels il partage la simplicité de son approche musicale, Yonathan Avishai nous séduit par l’élégance des lignes mélodiques de son piano, les phrases tranquilles et chantantes de ses mélodies et sa version de Mood Indigo dont il nous offre une superbe relecture.

Chick COREA & The Spanish Heart Band : “Antidote”

(Concord Jazz / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 15 juillet

Dans “Antidote”, Chick Corea célèbre à nouveau ses origines latines, un héritage qu’il revendique et qui nourrit depuis longtemps ses visions musicales. L’un de ses albums s’intitule “My Spanish Heart” et Spain, l’une de ses plus célèbres compositions, s’inspire du “Concerto d’Aranjuez” de Joaquín Rodrigo. “Antidote” est aussi un hommage à Paco de Lucía (1947-2014) qui modernisa la guitare flamenca. “Touchstone”, un album de Corea, les a réuni en1982. Il contient The Yellow Nimbus, une danse ici réorchestrée. Enregistré avec des musiciens dont certains nous sont familiers – le flûtiste espagnol Jorge Pardo, le tromboniste Steve Davis, le batteur David Gilmore, le chanteur panaméen Rubén Blades – cet album solaire contient aussi quelques-uns des plus beaux arrangements du pianiste.

Laurent COULONDRE :

“Michel On My Mind”

(New World Production / L’Autre distribution)

Chronique dans le blog de Choc le 9 octobre

Michel, c’est bien sûr Michel Petrucciani. Sa musique n’a jamais cessé de faire chavirer le cœur de Laurent Coulondre. Enregistré en trio avec Jérémy Bruyère à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie, ce « tribute » au pianiste disparu en 1999 rassemble onze de ses compositions, un thème d’Eddy Louiss et deux originaux de Laurent. Ce dernier a choisi de conserver les arrangements initiaux de Michel pour mieux en faire chanter les notes. Empruntés à l’album “Music”, Memories of Paris, Looking Up et Bite bénéficient d’un merveilleux piano et c’est à l’orgue Hammond que Laurent Coulondre interprète Les Grelots d’Eddy Louiss. Enfin, Michel On My Mind qui donne son nom à l’album est joué avec une telle générosité qu’il met constamment en joie.

Giovanni GUIDI :

“Avec le temps”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°714 - mars (Choc)

 Dédiés à Léo Ferré et à Tomasz Stanko, Avec Le temps et Tomasz, pièces lentes et majestueuses qui encadrent le disque, font entendre Giovanni Guidi en trio avec Thomas Morgan à la contrebasse et João Lobo à la batterie, la section rythmique de deux des trois albums que le pianiste enregistra pour ECM. Leurs phrases chantantes révèlent la délicatesse de toucher d’un grand pianiste. Souvent riches en dissonances, en harmonies inattendues, les autres morceaux en quintette mettent en valeur le guitariste Roberto Cecchetto (Ti Stimo et sa mélodie inoubliable) et le saxophoniste Francesco Bearzatti dont le ténor inventif apporte beaucoup à une musique ouverte que structure magnifiquement le piano raffiné du leader.   

Joachim KÜHN :

“Melodic Ornette Coleman”

(ACT / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 25 mars

Instrumentiste controversé, Ornette Coleman n’en reste pas moins un compositeur important. Joachim Kühn, l’un des rares pianistes qui enregistra avec lui, reprend aujourd’hui des œuvres jamais publiées du saxophoniste que les deux hommes jouaient en concert. Ornette apportait les mélodies et Joachim, choisissait leurs accords, se basant sur des sons et non sur des notes pour les mettre en forme. Excepté Lonely Woman dont nous avons ici deux versions, c’est dans ces morceaux que Kühn a puisé le répertoire de ce disque enregistré à Ibiza. La Méditerranée, le bleu du ciel, la nature luxuriante de l’île semblent avoir eu une influence positive sur son jeu, son piano adamantin et virtuose, nourri par une longue pratique de la musique classique, s’ouvrant à la douceur.  

Enrico RAVA / Joe LOVANO :

“Roma”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 28 octobre

L’enregistrement d’un concert donné à Rome en novembre 2018 par le trompettiste italien Enrico Rava et le saxophoniste américain d’origine sicilienne Joe Lovano. Réunie par Giovanni Guidi, le meilleur des jeunes pianistes italiens, la section rythmique comprend le bassiste Dezron Douglas et le batteur Gerald Cleaver, tous deux américains. Au bugle, soufflant de longues phrases chantantes, Rava privilégie la mélodie. S’il fait merveille dans les ballades, Lovano trempe son saxophone ténor dans les accords du bop, nous offre une version particulièrement lyrique de Spiritual (John Coltrane) et donne de l’énergie à la musique, Guidi apportant à cette dernière des couleurs attrayantes, la jouant très librement. Il est seul au piano pour un Over the Rainbow d’une grande intensité poétique.

Nick SANDERS Trio :

“Playtime 2050”

(Sunnyside / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc le 9 avril

Aussi singulière soit-elle, cette musique ne tombe pas du ciel. Elle possède une grammaire, un vocabulaire et porte le poids du passé. Le jazz, Nick Sanders l’a étudié avec Ran Blake au New England Conservatory of Music de Boston. Danilo Perez, Jason Moran et Fred Hersch, qui a produit ses deux premiers disques, furent ses autres professeurs. Jouant aussi de la batterie, il introduit souvent ruptures et décalages rythmiques dans ses compositions. Enregistré avec ses musiciens habituels, le bassiste Henry Fraser et le batteur Connor Baker qui lui permettent de structurer un discours souvent imprévisible et de proposer un piano différent, “Playtime 2050” témoigne une fois encore de sa capacité à jouer une musique neuve possédant sa propre logique.

Mario STANTCHEV :

“Musica Sin Fin”

(Cristal / Believe Digital)

Chronique dans le blog de Choc le 16 avril

Depuis sa sortie en avril, “Musica Sin Fin” passe et repasse sur ma platine CD comme si ses trente-cinq minutes de musique n’allaient jamais s’arrêter et que la musique inoubliable du morceau qui donne son nom à l’album allait durer éternellement. Comment quitter ce disque de piano dont on adopte si bien la musique, des miniatures sonores d’une quasi perfection qui naviguent avec bonheur entre le classique et le jazz, la gaieté et la mélancolie. Ses douze morceaux en solo sont si enveloppants qu’il est bien difficile d’en abandonner l’écoute. Pianiste en pleine possession de son art, Mario Stantchev fait chanter son instrument et raconte des histoires dépourvues de fioritures et de notes inutiles. Un must tout simplement.

Dan TEPFER :

“Natural Machines”

(Sunnyside / Socadisc) 

Chronique dans le blog de Choc le 14 juin

L’instrument : un Disklavier, piano à queue relié et piloté par un ordinateur portable, soit une sorte de piano mécanique au sein duquel un programme informatique remplace les rouleaux mécaniques jadis utilisés. Celui qu’a créé Dan Tepfer, pianiste mais aussi astrophysicien de formation, permet de réagir en temps réel à ses improvisations. Des algorithmes analysent ce qu’il joue et renvoient une réponse au piano dont les touches s’activent d’elles-mêmes. La note jouée en actionne une autre sans que son doigt n’ait besoin de se poser sur le clavier. L’instrument peut jouer la même note une octave plus basse, le pianiste dialoguant ainsi avec lui-même. Enregistrés en une seule prise et ne posant aucune difficulté d'écoute, les onze morceaux de “Natural Machines”, disque insolite et neuf, sont remarquables d'invention et de musicalité.

YES ! Trio :

“Groove du jour”

(Jazz&People / Pias)

Chronique dans Jazz Magazine n°722 - novembre (Choc)

Deuxième album d’un trio dont les membres se connaissent depuis vingt-cinq ans, “Groove du jour” célèbre le swing et étale les belles couleurs d’une musique aux lignes mélodiques irriguées par le blues. Par sa technique, sa vivacité, Aaron Goldberg impressionne. Les doigts de ce pianiste virtuose courent souvent sur le clavier, mais Aaron nous séduit davantage encore lorsqu’il joue des notes délicates et les fait respirer. La contrebasse ronde et boisée d’Omer Avital, principal pourvoyeur de thèmes de la formation, les chante et leur donne un souple et subtil balancement. Entre les mains d’Ali Jackson, un simple tambourin suffit parfois à marquer les temps. Retrouvant le chemin des studios, Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson réussissent un disque enthousiasmant.

…et 2 inédits

 

Paul BLEY, Gary PEACOCK, Paul MOTIAN :

“When Will the Blues Leave”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°717 - juin (Choc)

Il existe peu d’albums réunissant Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian. Enregistré en 1998 pour ECM, “Not Two, Not One” est l’un d’entre eux. Il fut suivi par une tournée l’année suivante. Le concert qu’il donnèrent en mars 1999 à Lugano fut par bonheur capté par des micros. Si la plupart des thèmes nous sont familiers, il se révèle comme une des pièces maîtresse de la discographie du pianiste. Ce dernier jouait déjà When Will the Blues Leave en 1958 au Hillcrest Club de Los Angeles avec Ornette Coleman. Moor et Mazatlan datent des années 60. Mais ces nouvelles versions aux harmonies différentes sont loin de ressembler à celles déjà existantes. En osmose, les trois hommes prennent des risques et dialoguent en toute liberté. La musique inattendue qu’ils nous livrent réserve des moments inoubliables.

Stan GETZ Quartet :

“Getz at The Gate”

(Verve / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 8 juillet

Enregistrées le 26 novembre 1961 par Verve, sa compagnie de disques, lors du dernier des quatre concerts qu’il donna au Village Gate de New-York, ces faces inédites – près de 2h20 de musique et une excellente prise de son – témoignent du désir de Stan Getz de jouer un jazz plus moderne, John Coltrane venant de le détrôner dans les référendums des magazines. Son pouvoir de séduction reste intact dans les ballades, la sonorité moelleuse et suave de son saxophone ténor fait toujours battre les cœurs, mais le saxophoniste adopte aussi un jeu plus dur, souffle des notes agressives. Avec Steve Kuhn au piano, John Neves à la contrebasse et Roy Haynes à la batterie, il attaque ses notes avec une puissance inhabituelle, Getz, bopper tout feu tout flamme, se montrant ici plus proche de Charlie Parker que de Lester Young.

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 09:16
ECM : 50 ans d'excellence

1969 : Contrebassiste dans l’orchestre philharmonique de Berlin que dirige alors Herbert von Karajan mais aussi dans le trio de free jazz que dirige Joe Viera, saxophoniste aujourd’hui oublié, Manfred Eicher a quitté Berlin pour Munich. Mal Waldron y habite et se produit dans les clubs de la ville. Associé à Karl Egger, un homme d’affaires qui souhaite comme lui se lancer dans la production de disques, il crée ECM (Edition of Contemporary Music) et enregistre le pianiste en trio le 24 novembre au Tonstudio Bauer de Ludwigsburg. Le titre de l’album : “Free At Last”. Un grand label vient de naître.

 

Fasciné par le piano de Paul Bley, l’album “Now He Sings, Now He Sobs” de Chick Corea, le jazz très libre de Marion Brown et la sonorité de saxophone de Jan Garbarek qu’il a entendue au sein de l’orchestre de George Russell, Manfred Eicher les contacte. Avec quelques autres, ils vont devenir les premiers artistes de son catalogue. Si la plupart d’entre eux sont américains, la culture musicale de Manfred Eicher est largement européenne. La musique de chambre l’a toujours attiré. Rendre le plus perceptible possible la dynamique des instruments, leurs timbres, leurs harmoniques sera son esthétique. Il écrit à Keith Jarrett qui accepte le projet en solo qu’il lui propose. Ce sera “Facing You”, un disque important dans l’histoire du piano jazz. Jarrett l’enregistre à Oslo le 10 novembre 1971,  plus de trois ans avant le “Köln Concert” (24 janvier 1975) qui va lui apporter la gloire.

 

Lorsque je découvre ECM dans les années 70 avec des disques en solo de Chick Corea et de Keith Jarrett, le catalogue s’est déjà beaucoup étoffé. Il abrite alors le premier disque de Return to Forever, “Open, to Love” de Paul Bley, “Conference of the Birds” de Dave Holland et des albums de Gary Burton, Bobo Stenson, Richard Beirach, Steve Kuhn, Ralph Towner, Terje Rypdal et John Abercrombie. ECM était à l’époque distribué en France par Phonogram. Les bureaux se trouvaient boulevard de l’Hôpital, au numéro 24. Travaillant chez Polydor qui appartenait comme Phonogram au groupe PolyGram, j’y passais tous les mois, le sympathique Jacques Sanjuan me remettant les nouveautés du label. Je garde des souvenirs précis de ma découverte de “Bright Size Life” de Pat Metheny et de “My Song” du quartette européen de Keith Jarrett, un disque dont le titre éponyme reste pour moi l’une des plus belles compositions du pianiste.

 

Diversifiant ses activités musicales, Manfred Eicher crée en 1984 ECM New Series, une division d’ECM consacrée à la musique classique et à la musique contemporaine. Des disques de Steve Reich étaient déjà au catalogue. Au fil du temps, le nouveau label va accueillir des œuvres d’Arvo Pärt (“Tabula Rasa” publié en 1984), Tigran Mansurian, Valentin Silvestrov, Giya Kencheli, Gavin Bryars et Erkki-Sven Tüür, compositeurs dont on doit à Manfred Eicher de connaître les musiques.

 

PolyGram ayant été intégré à Universal Music en 1998, ECM est depuis lors distribué en France par la plus grande des trois majors du disque. Responsable du label de 1992 à 2013, Marie-Claude Nouy a beaucoup travaillé à en faire connaître les artistes. ECM qui vient de fêter son 50ème anniversaire possède aujourd’hui, tous genres confondus, un catalogue de plus de 1600 références – “Munich” de Keith Jarrett qui est paru en novembre en est la 1667ème. Habillés de pochettes à l’esthétique sophistiquée et bénéficiant toujours d’une prise de son très soignée (« le plus beau son après le silence »), les grands disques se bousculent. Publiés dans les années 2000, “Restored, Returned” de Tord Gustavsen, “Wislawa” de Tomasz Stanko, “Lift Every Voice” de Charles Lloyd, “New York Days” d’Enrico Rava, “This Is the Day” de Giovanni Guidi, “Black Orpheus” disque testament du pianiste Masabumi Kikuchi et “Nuit blanche” du Tarkovski Quartet de François Couturier, pour n’en citer que quelques-uns, sont de grandes réussites du jazz moderne. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres, sans parler des albums qui n’ont pas encore été enregistrés. La saga ECM ne fait-elle que commencer ?

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

ECM : 50 ans d'excellence

-Yes ! TrioAaron Goldberg (piano), Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) – au New Morning le 3 décembre pour fêter la sortie de “Groove du jour” (Jazz&People), deuxième album d’une formation dont les membres se connaissent depuis vingt-cinq ans. Entre les mains d’Ali Jackson, un simple tambourin suffit parfois à en marquer les temps. Une simplicité rythmique qui n’exclut nullement la sophistication harmonique du matériel thématique. Irriguée par le blues, la musique célèbre le swing et étale les belles couleurs de ses lignes mélodiques. Pianiste virtuose, Aaron Goldberg sait tout aussi bien jouer des notes exquises et délicates. La contrebasse ronde et boisée d’Omer Avital, principal pourvoyeur de thèmes du trio, les chante et leur donne un souple et subtil balancement.

-Thomas Mayeras, ce nom ne me disait rien jusqu’à ce qu’une attachée de presse avisée me fasse parvenir ce disque, son second, qui sort le 6 décembre. J’y découvre un jeune pianiste dont l’impressionnante technique reste constamment au service du swing et du bop. Mayeras ne cherche pas à taire les musiciens qu’il admire et l’inspire, Oscar Peterson, Phineas Newborn, des pianistes aux mains pleines de doigts qui, tout en jouant beaucoup de notes, savent parfaitement les organiser, les faire respirer et chanter. Car derrière ce jazz que l’on peut qualifier aujourd’hui de « classique », c’est bien le blues qui irrigue ces compositions originales rafraichissantes. À peine deux jours de studio ont suffi à les enregistrer. Outre des hommages à Sonny Clark (Dial “T” for Tommy) et à Charlie Parker (Devil’s Care), “Don’t Mention It” (Cristal Records / Sony Music) contient un arrangement très réussi de La Mer de Charles Trenet, un morceau depuis longtemps à son répertoire. Nicola Sabato (contrebasse) et Germain Cornet (batterie), tous les deux épatants, l’accompagnent dans cet album. Le Sunside les accueille le 10 décembre, Alex Gilson (contrebasse) remplaçant Nicola Sabato. Faites-vous donc plaisir.

-Jacky Terrasson le 12 au New Morning. Un « Sunset Hors les Murs » pour accompagner la sortie de “53” (Blue Note), l’un des meilleurs albums d’un pianiste qui, en forme, donne des concerts inoubliables. C’est d‘ailleurs sur scène que Jacky exprime le plus fidèlement son art pianistique, mélange de force et de tendresse, son piano percussif pouvant aussi se faire miel. Quinzième album publié sous son nom, “53” réunit trois trios. Présents sur le disque, Géraud Portal et Lukmil Perez assureront la rythmique. D’autres concerts sont également prévus les 27, 28 et 29 décembre au Sunside (à 19h30 et 22h00 les vendredi 27 et samedi 28 ; 19h00 et 21h30 le dimanche 29). Géraud Portal jouera alors de la basse électrique et Sylvain Romano de la contrebasse.   

-Enrico Pieranunzi à La Seine Musicale le 13 à 20h30. Un concert à marquer d’une pierre blanche. Le Maestro retrouve en effet Marc Johnson à la contrebasse et Joey Baron à la batterie, tous deux membres du trio qui fut le sien à partir des années 80. Le pianiste romain enregistra et tourna beaucoup avec eux. Enregistré en 1986, leur second opus, “Deep Down” (Soul Note) est aujourd’hui un classique pour les amateurs de jazz. Citons aussi “Live in Japan” (Cam Jazz), un double CD enregistré en 2004 qu’Enrico apprécie particulièrement. Ce trio d’une interactivité exceptionnelle, Enrico Pieranunzi en gardait la nostalgie. Bassiste d’Eliane Elias, son épouse, Marc Johnson était depuis plusieurs années indisponible. Les entendre à nouveau jouer ensemble constitue bien un événement.

ECM : 50 ans d'excellence

-Le samedi 14 décembre, entre 14h00 et 24h00, le Triton fête ses vingt ans d’existence avec certains des musiciens qui en ont fait l’histoire (entrée libre). Les citer tous serait fastidieux. Le mieux est de se rendre sur le site du club, mais sachez que vous pourrez écouter en salle 1 : Emmanuel Bex, François Laizeau et Géraldine Laurent (à 15h30), Henri Texier et sa formation (à 16h30), Vincent Courtois, Louis Sclavis et Benjamin Moussay (à 17h30), Sylvain Luc, Michel Portal et Andy Emler (à 18h45) – En salle 2 : Elise Caron et Denis Chouillet (à 14h45), Emmanuel Borghi et Himiko Paganotti (à 15h15), Régis Huby en trio (à 17h15), Didier Malherbe, Loy Ehrlich et Sophia Domancich (à 21h45), Yves Rousseau, Thomas Savy et Sophia Domancich (à 22h15), Michel Benita et Bruno Ruder (à 22h45). De grands moments en perspective !

-Depuis quelques années en décembre, la salle Pleyel accueille You & The Night & The Music, le concert évènement qu’organise chaque année TSF Jazz. Douze artistes ou formations qui ont marqué les douze mois de l’année qui s’achève sont au programme de cette 17ème édition le lundi 16 décembre (20h00), soit 3 heures de musique retransmises en direct sur l’antenne de la radio. L’invité d’honneur est Fred Hersch et l’orchestre de cérémonie le Louis Cole Big Band. Au programme également : Sylvain Luc et Stéphane Belmondo, le trompettiste Théo Croker, le trio du pianiste Eric Legnini, le guitariste Hugo Lippi qui a publié un très bon disque cette année (“Confort Zone” sur le label Gaya), Plume et Géraldine Laurent une des reines du saxophone alto, Laurent Coulondre dont le récent disque consacré à Michel Petrucciani a été unanimement salué par la critique, et l’incontournable Yes ! Trio qui donne quelques jours plus tôt un concert au New Morning. Programme complet sur le site de la radio et sur celui de la salle Pleyel.

-« New Orleans » à la Cité de la musique, salle des concerts, les 18 et 19 décembre (20h30). À l’origine, la musique de la capitale de la Louisiane est souvent une polyphonie à trois voix. La première, celle du cornet, expose le thème. La seconde, confiée à la clarinette, brode des contre-chants, les basses du trombone assurant la troisième. L’instrumentation des Hot Fives de Louis Armstrong (1925 et 1926) comprend aussi un piano et un banjo. Une batterie et un tuba s’ajoutent à celle de son Hot Seven. Tout cela c’était hier car La Nouvelle-Orléans offre depuis quelques années un jazz beaucoup plus contemporain. Sullivan Fortner, le talentueux pianiste de Cécile McLorin Salvant en est originaire. Pour rendre hommage à la musique de sa ville natale, ce dernier a assemblé un septuor franco-américain comprenant Stéphane Belmondo et Kevin Louis (trompettes et bugle), Glenn Ferris (trombone), Jacques Schwarz-Bart (saxophones), Roland Guerin (contrebasse) et Jamison Ross (batterie). Nous en découvrirons ensemble le répertoire.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT EN JANVIER

 

-Que la mise en sommeil de ce blog en janvier, ne vous empêche pas d’écouter le vendredi 3 au Sunside le quartette de la saxophoniste Géraldine Laurent (avec Paul Lays au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie). Même recommandation pour le quartette ASTA (André Ceccarelli (batterie), Sylvain Beuf (saxophones), Thomas Bramerie (contrebasse) et Antonio Faraò (piano), également au Sunside le vendredi 10. J’ai récemment consacré des notices à ces deux formations qui se sont produites en octobre à Paris.

-Double plateau le samedi 18 janvier au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) : le quartette du bassiste Clovis Nicolas comprenant Steve Fishwick (trompette), Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Greg Hutchinson (batterie), suivi de la chanteuse Cécile McLorin Salvant qu’accompagnera le pianiste Sullivan Fortner. Contrebassiste français installé à New York depuis 2002, Clovis Nicolas s’est fait remarqué par ses deux disques publiés sur le label Sunnyside, “Nine Stories” (2014) et “Freedom Suite Ensuite” (2017). Ce dernier est largement consacré à la Freedom Suite de Sonny Rollins. Le saxophoniste l’enregistra en 1958. Quant à Cécile McLorin Salvant, elle se produit désormais sur scène et sur disque avec Sullivan Fortner qui ancre le répertoire varié de la chanteuse dans le blues non sans le moderniser par des lignes mélodiques audacieuses.

-Toujours en janvier, le 27, le saxophoniste Christophe Panzani fête au Studio de l’Ermitage (21h00) la sortie de son album “Les Mauvais tempéraments” (Jazz&People / Pias). Yonathan Avishai, Edouard Ferlet, Leonardo Montana, Tony Paeleman et Eric Legnini qui en sont les pianistes seront présents à la soirée. Eric Legnini excepté, tous jouent dans “Les Âmes perdues”, son opus précédent (un des 13 Chocs 2016 de ce blog), un disque qu’il a imaginé pour ses interprètes, sept pianistes, sept duos piano / saxophone ténor autour de sept de ses compositions.

 

Avec “Les Mauvais tempéraments”, Christophe Panzani s’aventure dans un domaine jamais exploré par les jazzmen. Les « Tempéraments » qu’évoque son titre est un procédé d’accordage des degrés et des intervalles d’une gamme musicale. Celle, tempérée, qui s’est imposée depuis le XIXème siècle étant légèrement fausse par rapport aux résonances naturelles, Christophe Panzani a cherché à retrouver ces rapports naturels qui existent entre les sons. Quatre morceaux de son disque sont interprétés sur des pianos accordés en tempérament Werckmeister III, procédé d’accordage fréquemment utilisé au XVIIème siècle. Ce dernier donne à la musique des sonorités différentes, plus douces, somme toute plus naturelles. Elles conviennent bien à la sensibilité de Christophe, à ses phrases rêveuses, au timbre léger et aérien de son ténor, à la fraîcheur de ses compositions oniriques. Trois de ces quatre morceaux ont également été enregistrés sur des pianos normalement accordés. On écoutera la différence. Nonobstant le fait que les possibilités d’alliage entre le piano et le saxophone ténor se trouvent agrandies, la musique de Christophe Panzani reste d’une grande délicatesse. Un seul ou parfois deux pianistes dialoguent avec lui (à quatre mains ou sur deux pianos) et s’invitent dans un disque pas comme les autres qui interroge et interpelle.

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

-Crédits photos : Manfred Eicher © Marek Vogel / ECM Records – Yes ! Trio © Jean-Marc Lubrano – Jacky Terrasson © Marc Obin – Sullivan Fortner © Pierre de Chocqueuse – ASTA © Jean-Marc Gallet – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton.

-Illustration (“Les Mauvais tempéraments”) : Ludovic Debeurme

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 09:49
Jacky TERRASSON : “53” (Blue Note / Universal)

Grand pianiste – en forme, il donne des concerts inoubliables –, Jacky Terrasson a toujours eu plus de mal à réussir ses albums. Il lui aurait fallu un producteur, quelqu’un capable de lui dire que tel ou tel morceau n’allait pas, de lui donner de précieux conseils afin de le recentrer sur son piano et sa musique. Son enregistrement en duo avec Stéphane Belmondo mis à part, “Take This”, le seul autre disque de Jacky après l'excellent “Gouache” (2012), est même l'un des moins satisfaisants de sa carrière. Et puis nous arrive cet album, l’un de ses meilleurs, un disque varié qui lui ressemble vraiment. Le musicien fougueux et sensible qui enthousiasme avec seulement quelques notes de piano est à nouveau parmi nous.

“53”, l’âge de Jacky Terrasson au moment où il a conçu et enregistré cet album, le quinzième publié sous son nom. Aucun standard mais un recueil de compositions originales en trio réunissant plusieurs rythmiques : Géraud Portal et Ali Jackson ; Sylvain Romano et Gregory Hutcherson ; Thomas Bramerie et Lukmil Perez. Les morceaux sont tous reliés les uns aux autres. On passe sans transition d’un trio à un autre, d’une pièce à une autre. Les compositions sont récentes mais pas toutes. Je me souviens avoir écouté une autre version de La Part des anges avec Jacky et Philippe Gaillot en 2012 au Studio Recall, version dans laquelle Stéphane Belmondo joue du bugle. Comme précédemment, c’est ici une ballade, une pièce intimiste et Géraud Portal (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) soutiennent délicatement un piano rêveur. Mais pourquoi un peu plus loin reprendre ce thème derrière un poème de Charles Baudelaire (Enivrez-Vous) ? Malgré ses parties de piano virtuoses et excitantes, This is Mine, trop racoleur, n’apporte également rien à l’album.

 

Qu’ils soient lents ou rapides, les autres morceaux s’écoutent avec bonheur et sans modération. Alma a été écrit pour “La Sincérité”, un film de Charles Guerin Surville.  Géraud Portal y joue de la basse électrique, sa mélodie est superbe et ses notes exquises. Hommage à Keith Jarrett qu’il admire et respecte, Kiss Jannett for Me déroule lentement son chapelet d’harmonies fines, ses notes bleues, ses phrases gorgées de blues. Ali Jackson y marque le rythme sur sa caisse claire détimbrée. Démarquage de Poinciana dont Jacky reprend partiellement le chorus et dans lequel se retrouve la même tension rythmique, The Call, qui ouvre le disque, est un hommage à Ahmad Jamal. Autre clin d’œil, mais au Pat Metheny inventif de la fin des années 80 lorsque Lyle Mays officiait aux claviers, le joyeux Palindrome fait entendre un étonnant piano. La voix est celle de Philippe Gaillot, l’ingénieur du son de la séance, un excellent musicien également. L’immense Wolfgang Amadeus Mozart fait bien sûr partie des compositeurs admirés par Jacky qui reprend en solo le Lacrimosa de sa messe de Requiem. Mozart en écrivit les huit premières mesures et ne l’acheva pas. Joué par Jacky, un second clavier assure les basses. 

 

Mais Jacky Terrasson aime aussi les pièces au sein desquelles il peut plaquer puissamment ses accords, jouer des grappes de notes enveloppantes, exprimer son jeu très physique. Ritournelle groovy au thème très simple, Babyplum est une fantaisie qui balance et déhanche. Introduit par un solo de batterie de Gregory Hutchinson, Mirror est couplé à Jump!, morceau rapide et nerveux relevant du bop. Autre cavalcade de notes toujours portée par la paire rythmique Sylvain Romano / Gregory Hutchinson qui tire ici son épingle du jeu, What Happens au 6ème (on aimerait s’y trouver) annonce Lys, morceau au subtil parfum brésilien dans lequel Thomas Bramerie improvise à la contrebasse, Jacky nous offrant un chorus aussi audacieux qu’inventif. Si ce dernier fait belle la part des anges, le tendre et mélancolique Résilience, hommage à sa mère qui conclut magnifiquement cet opus, reçoit leur visite. On y perçoit un doux bruissement d’ailes. Comment imaginer coda plus émouvante ?

 

Photos © Marc Obin

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 10:25
Quelques têtes de Jazz en Tête

Des images rapportées du dernier festival Jazz en Tête (21-26 octobre), celles de jazzmen qui nous viennent surtout d'Amérique, celles d'un jazz ancré dans le blues et que fêtent depuis trente-deux ans à Clermont-Ferrand quelques irréductibles auvergnats. Festival pas comme les autres, Jazz en Tête dévoile chaque année de nouvelles têtes, Xavier « Big Ears » Feygerolles, son directeur artistique, laissant traîner partout ses grandes oreilles. Si les musiciens du Messenger Legacy et la chanteuse Cyrille Aimée qui interpréta en quartette de larges extraits de son dernier album, un opus entièrement consacré à Stephen Sondheim, ne nous sont pas inconnus*, chaque nouvelle édition du festival est l'occasion de découvertes. Jazz en Tête 2019 nous révéla ainsi Richie Goods, un bassiste aussi époustouflant à la contrebasse qu’à la basse électrique, mais aussi Jimmy James, l’assourdissant guitariste du Delvon Lamarr Organ Trio et le jeune trompettiste Giveton Gelin qui, accompagné par l’admirable Sullivan Fortner au piano, nous offrit un de ces concerts que la mémoire n'oublie pas. Mais la grande révélation de cette 32ème édition de Jazz en Tête fût de découvrir sur scène la jeune chanteuse Jazzmeia Horn. Accompagnée par un autre grand pianiste, Keith Brown, elle envoûta le public clermontois par sa voix, sa grâce et son charisme.

 

*Dianne Reeves, Ed Cherry, Alain Jean-Marie, le Black Art Collective, formation comprenant le trompettiste Jeremy Pelt et le saxophoniste Wayne Escoffery, étaient également programmés. N’ayant pas assisté à leurs concerts, ils n’apparaissent pas dans ce carrousel de têtes.

Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
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Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête

Crédits Photos : Keith Brown (de dos) avec Rashaan Carter & Jazzmeia Horn © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, avec par ordre d’apparition : Cyrille Aimée, Giveton Gelin, Daniel Desthomas avec Chris Cheek et Xavier Felgeyrolles, Jazzmeia Horn, Brian Lynch, Giveton Gelin Quartet, Bill Pierce, François Nugier & Michel Vasset, Doug Octa Port, Jeremy Bruyère, Sullivan Fortner, Françoise Philippe & Bernard Vasset, Rashaan Carter, Philippe Etheldrède, Jimmy James, Craig Handy, Essiet Okon Essiet, The Goods Project, Baptiste Herbin, Nathalie Raffet & Corine Adellan, Philippe Coutant, Ralph Peterson, Delvon Lamarr, Sybille Soulier, Richie Goods, le quartette de Giveton Gelin avec Baptiste Herbin.

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 09:05
Jazz au Nord

Novembre. Comme l’an dernier, ma chaudière ronronne m’apportant une agréable chaleur. La pluie de ces derniers jours a rafraichi l’atmosphère, un mauvais temps annonçant les frimas de l’hiver. Se serrant les uns contre les autres pour offrir moins de prise au vent, les frileux se couvriront de leurs premiers vêtements chauds, se frapperont les mains l’une contre l’autre, se frictionneront au gant de crin pour se réchauffer. Les mélomanes s’engouffreront dans les clubs de jazz pour y écouter une musique capable de faire fondre glaciers et icebergs, une musique plus efficace contre le froid que le tricot de flanelle, le grog au citron et au miel, le whisky du capitaine.

 

Au Nord de l’Europe, les descendants des Vikings le savent bien. Ils ne soufflent plus dans des cornes de brume, mais dans des saxophones et des trompettes, jouent un jazz moderne qualifié de classique car profondément ancré dans le blues et le swing. Lors de la dernière remise de Prix de l’Académie du Jazz à La Seine Musicale, “Beat”, un disque de Snorre Kirk (1*), fut à deux doigts de remporter le Grand Prix 2018, récompense attribuée au meilleur album. Ceux qui comme moi eurent la chance d’assister au concert que le batteur danois donna l’an dernier le 15 novembre à la Maison du Danemark, d’entendre une musique dans laquelle, en petite formation, Duke Ellington, Count Basie et Wynton Marsalis se donnent la main, vécurent un moment inoubliable. Enthousiasmé, Sylvain Siclier lui consacra un article dithyrambique dans le Monde. Batteur mais aussi compositeur et arrangeur, Snorre Kirk amenait avec lui un sextette épatant.

 

Découvert avec “Blue Interval, un album qu’il enregistra en trio en 2013, Magnus Hjorth, pianiste de nationalité suédoise, subjugue l’auditeur avec peu de notes, son approche minimaliste du jazz allant de pair avec un toucher d’une rare finesse. Largement consacré à la musique de Ben Webster, “The Sound The Rhythm” du saxophoniste Jan Harbeck a fait l’objet d’une chronique récente dans ce blog. Lui aussi norvégien d’adoption, le cornettiste suédois Tobias Wiklund modernise avec humour le répertoire de Louis Armstrong. Décerné par Franck Bergerot, son disque “Where the Spirits Eat” a obtenu la mention « Révélation ! », l'équivalent d'un Choc, dans le numéro de juillet de Jazz Magazine. Tous sont membres de la formation de Snorre Kirk.

 

Mais savez-vous que l’un des meilleurs bassistes de la planète jazz est le danois Thomas Fonnesbæk ? On écoutera pour s’en convaincre les trois albums en duo qu’il a enregistrés avec la chanteuse Sinne Eeg (2*) et les pianistes Enrico Pieranunzi (“Blue Waltz” en 2018) et Justin Kauflin (“Synesthesia” en 2017). À l’exception de ce dernier publié sur Storyville, tous ces disques ont été édités par la firme danoise Stunt Records (3*) qui depuis sa création en 1983 enregistre aussi les jazzmen étrangers qui passent à Copenhague. Stefano Bollani, Enrico Pieranunzi et Aaron Parks y ont ainsi gravé d'excellents albums.

 

Le label munichois ECM possède également dans son catalogue de nombreux enregistrements de musiciens scandinaves, le plus célèbre étant le saxophoniste norvégien Jan Garbarek. Si le guitariste Eivind Aarset et le trompettiste Nils Petter Molvær, eux aussi norvégiens, proposent un jazz résolument moderne, les pianistes Bobo Stenson qui donna en janvier dernier un concert mémorable au Studio 104 de Radio France, et Tord Gustavsen ancrent davantage leur musique dans la tradition du jazz. Stan Getz qui s’installa à Stockholm en 1958, Dexter Gordon, Kenny Drew et Horace Parlan qui vécurent un temps au Danemark, leur transmirent une musique dont ils conservent la mémoire et qu’ils jouent aussi bien, voire mieux, que bien des musiciens américains. Avec eux, loin des métissages incongrus, comment peut-on perdre le Nord ?

 

Le Nordic Jazz Comets organise le 2 décembre prochain au Pan Piper (2-4 impasse Lamier 75011 Paris) une soirée consacrée au futur du jazz nordique. Avec le groupe danois Røgsignal (17h45), le quartette Kaisa’s Machine de la bassiste finlandaise Kaisa Mäensivu (18h30), le duo islandais du saxophoniste Tumi Arnason et du batteur Magnus Trygvason Eliassen (20h30), le trio norvégien du violoniste Erlend Apneseth (21h15) et le sextette suédois Fartyg 6 (22h00).

 

1* Intitulé “Tangerine Rhapsody” et enregistré en quartette avec le saxophoniste Stephen Riley, le prochain disque de Snorre Kirk paraîtra sur Stunt Records le 24 janvier 2020.

2* Son disque “Face the Music” (Stunt) a reçu le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2014.

3* Una Volta Music (UVM) assure sa distribution en France.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Organisé par le FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers de Paris), et toujours parrainé par le pianiste Bojan Z, la 17ème édition du festival Jazzycolors se déroulera du 30 octobre au 30 novembre. Dix-neuf concerts sont prévus dans onze centres et instituts culturels étrangers de la capitale, mais aussi à l’Église Danoise et à l’ambassade de Bulgarie. Des musiciens de dix-huit pays que je suis loin de tous connaître. Quelques noms interpellent comme celui de la batteuse Marilyn Mazur qui se produira en trio le 21 novembre (20h00) à l’Église Danoise de Paris, un concert présenté par la Maison du Danemark. Ceux qui aiment The Bad Plus, ne manqueront pas le Vein Trio du pianiste suisse Michael Arbenz le 6 novembre (20h00) au Centre Culturel Suisse. Le guitariste hongrois Gábor Gadó et le trompettiste belge Laurent Blondiau nous sont également familiers. Ils seront au Centre Wallonie-Bruxelles le 20 (20h00). Un autre concert très attendu est celui que donnera en quartette la pianiste allemande Julia Hülsmann, une artiste ECM, au Goethe-Institut le 14 à 20h00. Je lui consacre une notice un peu plus loin. On consultera le programme complet de cette manifestation sur le site de la FICEP.     

Jazz au Nord

-Le trio ORBITStéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie) – au Sunside le 6 novembre (21h00). Le répertoire de leur album publié en mai sur le label Yolk Music, a été choisi en pensant spécifiquement au batteur – entendu au sein des groupes de Fred Hersch et de Kenny Werner –, aux timbres de son instrument, aux couleurs qu’il pose sur la musique. Caressant les peaux de ses tambours, le métal de ses cymbales, il les frotte, les gratte, en tire des sons qu’il courbe, plie et module à volonté. Quant à la musique, des compositions anciennes d’Oliva et Boisseau, elle fait entendre des échanges aussi fluides qu’énergiques et permet aussi au trio d’exprimer un jeu plus libre et plus abstrait, une musique bouillonnante et toujours en mouvement.

-Le nonette de la pianiste Leïla Olivesi le 6 (21h00) au Studio de l’Ermitage pour la sortie de sa “Suite Andamane” (Attention Fragile / L’autre distribution), son cinquième disque qui réunit Quentin Ghomari (trompette), Glenn Ferris (trombone), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Baptiste Herbin (saxophone alto), Jean-Charles Richard (saxophones soprano et baryton), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Magnifiquement arrangés, riches de couleurs chatoyantes, les quatre mouvements de cette suite confirment le talent de compositrice de la pianiste qui a rassemblé autour d’elle un aréopage de musiciens exceptionnels pour un voyage à travers l’Afrique, l’Amérique et l’Asie. Pour compléter l’album, une ré-harmonisation inventive de Satin Doll que Duke Ellington aurait sûrement salué, et des « Travel Songs », chansons que Leïla partage avec Chloé Cailleton qui prête sa voix à des textes de Karine Leno Ancellin (Acacia Tree, SkypeTear), Djamila Olivesi (Les Amants) ou de Leïla elle-même (Black Widow relevé par la guitare stridente de Manu Codjia), la musique étant alors jouée en quintette (Geri’s House, hommage à la pianiste Geri Allen disparue en 2017) et même en septuor (Acacia Tree).

-Joe Lovano (saxophones), Marilyn Crispell (piano) et Carmen Castaldi (batterie) au New Morning le 7 (21h00).  Sous le nom de “Trio Tapestry”, le label ECM a sorti en début d’année leur premier album, un disque inattendu et un peu à part dans la longue discographie du saxophoniste, les compositions interprétées étant toutes construites sur la technique des douze tons enseignée par Gunther Schuller avec lequel Lovano travailla. Au saxophone ténor, ce dernier souffle de longues notes apaisées et les fait respirer. Il utilise aussi des gongs et joue du tarogató, un instrument hongrois ressemblant à une clarinette. Confié à Marilyn Crispell, experte en harmonies raffinées, le piano fait entendre des images, des couleurs. Carmen Castaldi, le batteur, strie l’espace de sonorités et joue librement avec les timbres. Souple et léger, son tissu percussif profite à la musique, à la tapisserie sonore enveloppante et souvent distendue que tisse le trio.

-Musicien à découvrir, Alexis Valet nous invite à écouter la musique de son nouveau disque le 7 au Studio de l’Ermitage (21h00). Un opus réunissant Adrien Sanchez (saxophone ténor), Simon Chivallon (piano), Damien Varaillon (contrebasse) et Stéphane Adsuar (batterie). L’occasion de fêter une double sortie d’albums, les premiers que sort le collectif Déluge sur son propre label, celui d’Alexis Valet, vibraphoniste et compositeur talentueux, et “Le JarDin” du saxophoniste Julien Dubois, un opus électrique. Bordelais installé à Paris et devenu un familier des clubs de jazz de la rue des Lombards, Alexis Valet a sorti deux EP avant d’enregistrer ce disque de jazz acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions. Stephon Harris, Warren Wolf et Steve Nelson, vibraphonistes qu’il admire, inspirent les effets stellaires de son jeu, ses grooves hypnotiques. Les rythmes souvent impairs de l’album génèrent peu de swing mais n’entravent pas non plus son flux musical, long ruban de notes colorées que déroule les solistes. Le mariage toujours heureux du piano et du vibraphone, le chant du saxophone ténor, la douce mélancolie de la trompette d’Hermon Mehari dans Krysna, une splendeur, enrichissent beaucoup la musique. Outre ce dernier, Alexis Valet a invité le guitariste Romain Pilon et le flûtiste Magic Malik et composé des morceaux pour leurs instruments. Leurs timbres étoffent cet enregistrement réussi possédant une réelle cohésion sonore.

-Ambrose Akinmusire et son quartette à l’Espace Sorano de Vincennes le 9 (20h30). Avec Sam Harris (piano), Matt Brewer (contrebasse) et Justin Brown, le trompettiste surprend par sa musique inattendue et inventive, des compositions ouvertes qu’il ne cesse d’allonger, de transformer au grès de ses concerts. Publié en 2018, enregistré avec des cordes et mêlant rap, chant et spoken word, son disque le plus récent, “Origami Harvest” (Blue Note), son disque le plus récent témoigne de la conscience politique de l’artiste, un afro-américain courageux s’interrogeant sur une Amérique qui assassine trop souvent ses jeunes Noirs. Il faut être parfaitement bilingue pour en saisir le message, mais le patchwork musical emporte l’adhésion.

-Le 9 également, Pablo Campos reprendra le répertoire de “People Will Say” (JazzTime records 2018) au Duc des Lombards (19h30 et 21h45). Chanteur – il a étudié le chant avec Marc Thomas – mais aussi pianiste, il bénéficie sur ce premier album de la section rythmique de Bill Charlap ce qui donne du poids à la musique, essentiellement de larges extraits du Great American Songbook, des thèmes de Jerome Kern, Cole Porter, Arthur Schwartz, Richard Rogers et Nat « King » Cole, sa principale influence. En quartette avec César Poirier (saxophone alto & clarinette), Viktor Nyberg (contrebasse) et Philip Maniez (batterie), il nous dévoilera également ses nouvelles compositions.  

-Tim Hagans en quintette au Sunset les 9 et 10 novembre (à 21h00 le samedi 9, à 20h00 le dimanche 10) avec Marek Konarski aux saxophones, Carl Winther au piano, le bassiste finlandais Johnny Åman et le batteur Anders Mogensen. On a un peu perdu de vue ce trompettiste aux attaques franches et à la sonorité mordante qui se produit rarement sur des scènes françaises. Il a peu sorti d’albums sous son nom ces dernières années. Enregistré avec le NDR Bigband, “Faces Under the influence” (2017) reste son album le plus récent. Les labels Pirouet et Palmetto (“The Moon is Waiting” en 2011) abritent son travail, mais c’est pour Blue Note que Tim Hagans a gravé son meilleur opus, “No Words” en 1993. Autour d’une rythmique comprenant Scott Lee à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, il réunit le saxophoniste Joe Lovano, le guitariste John Abercrombie et le pianiste Marc Copland. Un must !

-Emmet Cohen en trio au Duc des Lombards le 14 (19h30 et 21h45) avec Yasushi Nakamura (contrebasse) et Bryan Carter (batterie). On l’a entendu l’an dernier en trio sur la scène du Sunside dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. Pianiste et compositeur de jazz américain diplômé de la Manhattan School of Music et de l’université de Miami, Emmet Cohen a récemment remporté le Grand Prix de l’American Pianists Association après en avoir été deux fois finaliste. Une récompense décernée auparavant à Sullivan Fortner, Aaron Parks, Dan Tepfer et Aaron Diehl. Attaché à la tradition du jazz, il l’enseigne à la Young Arts Foundation et dans le cadre d’un programme pour les jeunes au Lincoln Center. Pianiste, mais aussi organiste à résidence au Smoke, célèbre club de jazz de Harlem, membre des trios de Christian McBride et du batteur Ali Jackson, il a joué et enregistré avec Ron Carter, Jimmy Cobb et Bryan Lynch. Un musicien à découvrir.

-Également le 14 (à 20h00), la pianiste allemande Julia Hülsmann est attendue au Goethe-Institut de Paris avec les membres de son quartette dans le cadre du festival Jazzy Colors. Une belle occasion de découvrir la musique d’une artiste ECM qui sort prochainement son septième album sur le label munichois. Elle a enregistré plusieurs opus en trio avec Marc Muellbauer (contrebasse) et Heinrich Köbberling (batterie) qui l’accompagnent depuis dix-sept ans, mais c’est “A Clear Midnight”, un disque de 2014 largement consacré à Kurt Weill mettant en vedette le chanteur Theo Bleckmann qui a focalisé l’attention sur elle, sur son piano nerveux et sensible. Julia Hülsmann a depuis modifié sa formation, le saxophoniste berlinois Uli Kempendorff la rejoignant dans “Not Far From Here”, son nouveau disque, mais aussi sur scène. Sa présence change quelque peu la sonorité du groupe, donne de l’énergie à la musique. Ce dernier souffle des phrases impétueuses et acérées, mais ensoleille aussi les mélodies ou les rend brumeuses et fantomatiques lorsque le contexte l’exige. Chaque membre du répertoire signe des compositions originales, Julia Hülsmann en apportant cinq. Trois d’entre-elles – Weit Weg, Streiflicht et No Game – sont des pièces qu’elle a d’abord jouées en solo avant de les adapter pour le quartette. Enregistré en mars à La Buissonne, ce disque, l’un des meilleurs de la pianiste, contient également deux versions de This Is Not America, bande-son du film de John Schlesinger “The Falcon and the Snowman” que David Bowie co-signa avec Pat Metheny et Lyle Mays.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) sorti en début d’année qui réunit neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D. Ces disques ont tous été enregistrés dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. Les musiciens en fêtèrent la sortie au Sunside en février au cours de deux soirées mémorables. Dans le cadre du festival Pianomania, le Sunside les convie à nouveau à jouer leur musique le 15 et le 16 novembre (20h00), Laurent Coulondre et René Urtreger qui n’ont pas participé au coffret remplaçant les musiciens indisponibles. Le programme de ces deux soirées sera le suivant :

Alain Jean-Marie, Laurent Coulondre et Pierre Christophe le 15.

René Urtreger, Laurent Coq et Frank Amsallem le 16.

En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Du piano toute la journée le 17 aux Bouffes du Nord dans le cadre du festival Pianomania. Le site du théâtre donne des informations. Je vous en communique le programme, rien que des pianistes. Le matin, de 11h00 à 13h30 : Armel Dupas, Pierre Christophe, Sophia Domancich et Thomas Enhco. L’après-midi, de 15h00 à 19h00 : Edouard Ferlet, Alain Jean-Marie, Franco d’Andrea, Bojan Z, Fred Nardin et Juliette. Le soir, de 20h30 à 23h00 : Philippe Cassard, Baptiste Trotignon et des invités surprise. 

-Double concert à La Seine Musicale le 18 (20h00) dans le cadre du festival Pianomania avec le trio du pianiste Jason Moran et Kenny Barron en solo. Ce dernier, l’un des grands pianistes de la tradition du jazz, ne dédaigne pas s’ouvrir à des formes musicales contemporaines, tenter des expériences qui lui sont inconnues. Sa grande connaissance des subtilités harmoniques le lui permet. En solo, son jeu raffiné ancré dans le blues génère constamment du swing. Avec Greg Osby son premier employeur, ou Charles Lloyd qu’il a magnifiquement accompagné, Jason Moran ne joue pas le même piano qu’avec Tarus Mateen (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie) ses musiciens depuis bientôt vingt ans. Avec eux, le pianiste nous fait parcourir l’histoire du jazz, du stride de Fats Waller que le pianiste célèbre à sa manière dans un de ses enregistrements pour Blue Note, au jazz moderne et protéiforme qui se joue aujourd’hui. Réinventées par le trio, habillées de neuf, ces musiques se parent d’habits neufs et se font intemporelles.

-Eddie Gomez en quintette au Sunside le 22 et le 23 novembre (21h00) avec Marco Pignataro et Renato D’Aiello (saxophone ténor), Teo Ciavarella (piano) et Alfonso Vitale (batterie). Longtemps membre du trio de Bill Evans – il joue dans “You Must Believe in Spring, chef d’œuvre posthume du pianiste –, cofondateur du groupe Steps Ahead avec le saxophoniste Michael Brecker, le contrebassiste, l’un des grands virtuoses de l’instrument, se produit peu sur des scènes françaises. Il est venu au Sunside en février 2013 avec Marco Pignataro, l’un des deux saxophonistes de sa formation. Eddie Gomez, c’est une basse ronde et mélodique qui chante souvent des harmoniques et improvise brillamment. L’un des concerts à ne pas manquer ce mois-ci.

-Yonathan Avishai a publié en début d’année un magnifique album en trio sur ECM. Il est aussi le pianiste de la formation du trompettiste Avishai Cohen. Sous le nom de ce dernier et sur le même label, deux albums en témoignent. Toujours sur ECM, ils ont récemment fait paraître ensemble “Playing the Room”, un duo trompette / piano intimiste dans lequel ils reprennent des standards (Crescent de John Coltane, Azalea de Duke Ellington, Dee Dee d’Ornette Coleman, Sir Duke de Stevie Wonder) et interprètent chacun une composition originale. Les plus chanceux d’entre vous en découvriront la musique le 26 novembre à la synagogue Copernic, 24 rue Copernic 75116 Paris (20h30).

-Elle se nomme Dominique Fils-Aimé et s’est fait remarquée l’an dernier sur la scène musicale canadienne avec “Nameless”, premier album d’une trilogie dont le deuxième, “Stay Tuned !” sort en France le 15 novembre sur le label Modulor. Quinze chansons brûlantes dans lesquelles la chanteuse revient sur la lutte pour les droits civiques des années 60 en Amérique et rend hommage aux grandes figures afro-américaines de l’époque, à Nina Simone, Joséphine Baker, Lena Horne, Malcom X et Martin Luther King. Plus proche de la soul music et du gospel que du jazz et comprenant quinze chansons originales son disque séduit d’emblée par ses arrangements a minima très soignés, les instruments servant d’écrin aux riches harmonies vocales de la chanteuse qui sont mises en avant, cette dernière assurant magnifiquement toutes les voix. Révélation Jazz Radio-Canada 2019-2020, Dominique Fils-Aimé  sera en concert à Paris le 29 novembre au Centre Culturel Canadien (20h00) avec Simon Denizart (claviers, piano), Étienne Miousse (guitare), Danny Trudeau (basse électrique) et Michel Medrano Brindis (batterie). Une voix veloutée et chaude à découvrir.

-FICEP - Jazzycolors : www.ficep.info/jazzycolors

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Espace Sorano : http://www.espacesorano.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Goethe Institut : www.goethe.de/paris

-Bouffes du Nord : www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/piano-mania

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Synagogue Copernic : www.copernic.paris/fr/activites/concerts

-Centre Culturel Canadien : www.canada-culture.org/event/dominique-fils-aime

 

Crédits photos : Affiche Jazzycolors 2019 © Stéphane Roqueplo – ORBIT Trio © Sébastien Toulorge – Trio Tapestry © Jazz Dock – Ambrose Akinmusire © Christie Hemm Klok – Tim Hagans © All About Jazz – Emmet Cohen © Mark Sheldon – Julia Hülsmann Quartet © Dovile Sermokas / ECM Records – Kenny Barron © Philippe Lévy-Stab – Avishai Cohen & Jonathan Avishai © Francesco Scarponi / ECM Records – Fjords norvégiens & Pablo Campos © photos X/D.R.

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