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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 15:53

Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

JEUDI 8 janvier
Premier concert public du Pierre Christophe Quartet au Sunside. Olivier Zanot au saxophone alto rejoint Raphaël Dever et Mourad Benhammou, les musiciens réguliers du pianiste. Le groupe conserve son thème générique, Gerald’s Tune, un thème de Jaki Byard, mais s’essaye à un nouveau répertoire, des compositions originales de Pierre qui souhaite les enregistrer avant l’été. Inclus dans l’album “Byard & More“, Jaki’in, mais oui et Two Burgers for my Diet profitent de nouveaux arrangements. Le premier donne à Olivier Zanot l’occasion d’improviser sur une grille de blues. Le tempo est  vif, le piano accompagne et ponctue par des grappes de notes, plaque de longs accords et en contrôle la résonance. On y trouve des clins d’œil au ragtime et une bonne dose d’humour. Le second est une pièce à tiroirs, un assemblage de plusieurs thèmes aux rythmes acrobatiques, aux démarrages foudroyants, une marche sarcastique dont on perçoit le rire. Pierre Christophe aime bien ce genre de compositions hybrides, mélange étrange de styles et d’époques jazzistiques. Relaxing at Battery Park, un morceau qui dormait depuis longtemps dans un de ses cartons, en offre un bon exemple. Son thème appartient au bop, mais les musiciens improvisent sur des modes, recherchent une certaine couleur sonore. Le swing y est omniprésent ; le blues, le mode original, y révèle son visage. L’écriture d’Elevation, traduit ce retour aux origines africaines du jazz. La section rythmique assure un confortable appui aux solistes. Porté par une contrebasse qui tient un rôle de bourdon, le saxophone chante en apesanteur et le piano développe un jeu orchestral qui porte les couleurs du blues. Si Grumpy Old Folks possède un aspect monkien – son vague rythme de valse ne manque pas d’intriguer - , Lost Childhood suggère des images. La contrebasse l’anime et l’alto donne une belle suavité à un thème qui pourrait servir à un film. Son découpage, la douceur du saxophone soufflant de longues phrases mélancoliques, une certaine alchimie avec le piano, évoquent l’association de Dave Brubeck avec Paul Desmond. Saxophone et piano s’épaulent, se répondent et enchantent.

VENDREDI 9 janvier

Je parle peu de théâtre dans ce blog. Grâce à Phil Costing, mon mentor dans ce domaine, je vois pourtant des pièces et parfois de très bonnes. Phil a des connaissances encyclopédiques et une expérience dont il me fait profiter. Comme moi avec le jazz, il recherche la surprise, prend des risques et m‘entraîne dans ses découvertes. Nous en sortons parfois sceptiques. Les derniers spectacles que nous avons vus ne furent guère convaincants. “Couteau de nuit“ de Nadia Xerri-L. aux Abbesses pourrait s’appeler “Couteau d’ennui“ ; “La Jeune fille de Cranach“ de Jean-Paul Wenzel à la Maison des métallos assoupit comme un somnifère ; “Lacrimosa“ de Régis Jauffret, mal lu par l’auteur au théâtre du Rond Point, endort plus vite qu’une piqûre anesthésiante. Malgré leurs qualités d’écriture, ces dramaturgies nous sont étrangères, apparaissent trop lointaines pour nous concerner. Les auteurs ressassent leurs propres problèmes sans parvenir à les universaliser, à les faire fructifier, à positiver leurs souffrances. Loin d’être des guides, ils semblent plus désemparés encore que leur public en attente d’une nourriture intellectuelle porteuse d’espoir et de réflexion.
Ce soir, Phil me conduit à l’Odéon, On peut y voir “Gertrude (Le Cri)“ jusqu’au 8 février. Dramaturge, auteur d’une cinquantaine de pièces, mais aussi poète, peintre et metteur en scène, son auteur Howard Barker, est une des grandes voix du théâtre britannique. Dans “Gertrude“, il reprend des personnages d’"Hamlet" que Shakespeare a volontairement laissés dans l’ombre et leur fait vivre une autre histoire.
Remariée avec Claudius, le frère de son mari assassiné, Gertrude, la mère d’Hamlet, a bien été son amant avant le meurtre de son époux. Assistant au meurtre de ce dernier, elle pousse un cri de plaisir, un cri qu’elle va chercher à faire résonner tout le long de la pièce dans l’excès et la transgression, dans l’amour fou qu’elle éprouve pour Claudius, le meurtrier de son mari. Les décors de Giorgio Barbierio Corsetti ne manquent pas de trouvailles, d’idées plutôt heureuses, mais bien qu’écrite dans une prose vive, colorée, mordante, la pièce est trop longue. Il faut tenir 2 heures 30 environ sans entracte et ce n’est pas facile.
L’histoire, complexe, hermétique, nous est expliquée dans le programme que l’on nous remet à l’entrée. On la comprend mieux après l’avoir lue, ce qui conduit à se demander si l’on doit connaître une pièce avant d’aller la voir ? Je n’ai nul besoin d’avoir lu le scénario d’un film avant de le découvrir dans un cinéma. Une pièce comme un film doivent être compréhensibles. On saisit mal les intentions d’un auteur dont « le théâtre invente un monde qui n’a pas à imiter une réalité, ni à contribuer à la changer, pas plus qu’il n’a à dénoncer, confirmer, consoler, distraire ou éduquer. » Ou Howard Barker veut-il en venir ? Que souhaite t’il montrer ? On suit ses personnages sans trop comprendre ce qu’ils font, ce qui les agite. Hamlet est présenté comme un pauvre type mal élevé, capricieux, infantile et torturé. Anne Alvaro, une grande actrice, se dénude inutilement. Les dialogues sont brillants, crus, ironiques, cruels, les mots bite, cul, couille, vagin utilisés à profusion.
« Plus un artiste se limite, moins il est utile à ses frères humains. Plus il ose, plus il explore, plus il est immoral, mieux il sert. » Howard Barker provoque, entraîne dans les vertiges de son histoire malsaine et la mise en scène de Giorgio Barbierio Corsetti épouse les outrances du récit sans parvenir à choquer. Il en faut davantage aujourd’hui. Que les acteurs et les actrices s’entretuent réellement par exemple. Dans quelques années peut-être…Dieu merci, nous n’en sommes pas encore là. http://www.theatre-odeon.fr/

LUNDI 12 janvier

Remise des prix de l’Académie du Jazz dans le Grand Foyer du théâtre du Châtelet. Je vous en ai longuement rendu compte dans ce blog mercredi dernier. Voici une nouvelle photo de nos deux lauréats du Prix Django Reinhardt. Géraldine Laurent et Médéric Collignon expriment en pleine action leur bonheur.

MERCREDI 14 janvier
Antonio Faraò présente “Woman’s Perfume“, son dernier album, au Duc des Lombards. Avec Dominique Di Piazza et André Ceccarelli, mais aussi Olivier Temime qui apporte des couleurs nouvelles à l’orchestre. Le pianiste joue de très larges extraits de ce disque, des musiques écrites par Armando Trovajoli pour des films, et quelques compositions originales, des pièces tendres, lyriques aux harmonies raffinées. Comme ces accords un peu magiques que Faraò invente. Il assemble merveilleusement ses notes, les fait scintiller comme des petites lumières. Elles forment des bouquets de notes colorées, notes perlées ou jouées une à une, toujours chantantes grâce à un merveilleux toucher. Antonio Faraò a du rythme dans les doigts, de la poésie dans le cœur, et l’on se laisse bercer par ses voicings, la cohérence de son jeu en accords, l’élégance de ses phrases qui soulèvent et emportent. A la basse électrique, Dominique Di Piazza fournit des graves ronds et palpables, fait sonner de riches harmoniques. Au saxophone ténor, Olivier muscle la musique, la tire un peu vers le hard bop. Antonio lui demande de jouer aussi du soprano, un instrument dont il est difficile de dompter le son, mais convenant bien aux ballades nombreuses du répertoire. Dédé aime les morceaux vifs qu’il rythme, impérial, sur sa grande cymbale . Son tempo millimétré, son grand sens de la mise en place impressionnent. En fin de set, Nicolas Folmer monte sur scène pour confier du bop à sa trompette, souffler des notes aussi chaudes que des braises, s’envoler dans de longs et acrobatiques chorus dessinant des arcs-en-ciel. C’est beau le jazz la nuit.

VENDREDI 16 janvier
Charles mort ou vif“ que je n’avais pas revu depuis le début des années 70 conserve toute sa magie. Alain Tanner le tourna au lendemain de mai 1968 avec de petits moyens – 16 mm gonflé en 35, son direct. Avec Michel Soutter et Claude Goretta, le cinéaste a monté une structure indépendante, le Groupe 5, et propose un autre cinéma, engagé, utopiste, exigeant.  Le film raconte l’éveil de Charles Dé, homme d’affaire à la tête d’une importante entreprise familiale horlogère. Charles n’est pas heureux. Il étouffe sous le poids de son statut social. Son fils le harcèle pour qu’il développe sa société, prenne des risques pour gagner plus d’argent. Après une interview-vérité avec une équipe de télévision, Charles disparaît, rompt avec un monde d’affairistes dont il ne veut plus appartenir. Il rencontre Paul (Marcel Robert) et Adeline (Marie-Claire Dufour), des marginaux, et s’installe chez eux dans une ferme de la campagne vaudoise. Grâce à l’intelligence et l’humour des dialogues, le film n’est jamais ennuyeux. François Simon campe un Charles sensible et attachant, mal à l’aise dans une Suisse frileuse accrochée à ses banques pour laquelle toute idée nouvelle et généreuse est synonyme de peste, une Suisse domestiquée au décor d’opérette. « Nous avons maintenant la certitude que nos montagnes ne sont porteuses d’aucune vérité ni d’aucune vertu » déclare Charles désabusé. Le cinéaste nous montre son personnage prendre peu à peu conscience du système dans lequel il refuse d’être enfermé. « Je n’ai jamais eu besoin de lunettes » confie-il à son fils après les avoir détruites. « Pourquoi en portais-tu ? » questionne ce dernier. « Pour-y voir moins clair » répond Charles qui déclare un peu plus tard : « Chacun se définit par ce qu’il fait. La seule chose qui me reste à faire, c’est de bien me défaire. » Grand prix du Festival International de Locarno, ce premier long-métrage d'Alain Tanner propose un autre modèle de vie et de société qu'il nous est toujours permis d'atteindre et de construire. Quarante ans plus tard, en pleine crise, il fait bon y réfléchir.

Photos ©Pierre de Chocqueuse, sauf les trois photos qui illustrent "Gertrude (Le cri)" ©Alain Fonteray. Merci à Lydie Debièvre et Camille Hurault du Théâtre de l'Odéon.

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 12:46

Lundi soir 12 janvier, dans le grand foyer du théâtre du Châtelet, l’Académie du Jazz remettait ses récompenses annuelles devant un parterre, de journalistes, musiciens, directeurs de maisons de disques et représentants du ministère de la culture.
Présidée par François Lacharme, la cérémonie débuta à 19 heures et fut suivie d’un cocktail animé au cours duquel tous purent étancher leur soif.
Attribué à “Jazz Covers“ ouvrage rassemblant plus de 650 pochettes de disques, le Prix du Meilleur Livre de Jazz fut le premier décerné. Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet, le remis à Joaquim Paulo, collectionneur Portugais et auteur de l’ouvrage qui avait spécialement fait le voyage de Lisbonne.
Auteur d’un des plus beaux disques de 2008, le contrebassiste norvégien Arild Andersen s’était également déplacé pour recevoir le Prix du Jazz Européen, le label ECM se voyant également récompensé en la personne de Norma Winstone, récipiendaire cette année du Prix du Jazz Vocal. Lorsqu'
André Francis lui remit son prix, Arild découvrit qu'André était la voix qui naguère présentait les concerts du Festival d’Antibes, la voix qui intoduit le Miles Davis Quintet dans l'album "Miles Davis in Europe". Très ému, il improvisa à la contrebasse sur l’un de ses morceaux.
Présente elle aussi, Norma reçut son prix des mains de MC Solaar et nous chanta What’s New, Enrico Pieranunzi l’accompagnant au piano.
Ce dernier se vit remettre le Prix du Meilleur Inédit pour  “Yellow & Blue“, enregistré à Lausanne en 1990 avec Marc Johnson à la contrebasse. Immense pianiste, Enrico joua magnifiquement la première pièce de l’album, Je ne sais quoi, puis avec Jean-François Zygel, nous offrit une improvisation acrobatique à quatre mains.
Hervé Sellin et son (presque) tentet nous joua un extrait de “Marciac - New York express“, meilleur disque enregistré par un musicien français. Invité surprise, Alain Goraguer lui remit son prix avant d’interpréter en quartette le thème du film “J’irai cracher sur vos tombes“ adapté du livre de Boris Vian. Xavier Cherrier du groupe Chanson plus bifluorée lut un texte de ce dernier et Nicole Bertold, animatrice infatigable de la fond’action Vian, nous parla de Boris dont on célèbre cette année le cinquantième anniversaire de la disparition.
Absents, Daniel Humair, Joachim Kühn et Tony Malaby ne purent se partager le Grand Prix de l’Académie du Jazz pour “Full Contact“, une production du label Bee Jazz. En Afrique du Sud, le batteur avait envoyé une bande-son dans laquelle, au sein même du fameux parc Kruger, il remerciait l’Académie. Mohamed Gastli de Bee Jazz se vit confier le précieux trophée.
L’événement tant attendu de cette soirée inoubliable fut bien sûr l’attribution du Prix Django Reinhardt. Cinq finalistes et deux lauréats ex-aequo, Médéric Collignon et Géraldine Laurent, un troisième et dernier tour de scrutin académique n’ayant pu les départager. Accompagnés par la contrebasse de Bruno Rousselet et la batterie de Karl Jannuska, Médéric à la trompette de poche et Géraldine au saxophone alto soufflèrent quelques notes brûlantes autour d’Art Deco, un thème de Don Cherry. Assoiffés par deux heures d’émotion, les invités prirent les bars d’assaut. La fête ne faisait que commencer.

De gauche à droite et de bas en haut sur les photos: François Lacharme - Arild Andersen à la contrebasse - Norma Winstone reçevant son prix - Enrico Pieranunzi au piano - Alain Goraguer - Médéric Collignon et Géraldine Laurent lauréats du Prix Django Reinhardt.


Pas de fête sans l'infatigable Marcel Zanini. Jean-Louis Chautemps tient également une forme éblouissante.


François Lacharme, un président content en compagnie de Jean-François Zygel. A gauche, la charmante Lou Mollgaard, attachée de presse des éditions Taschen, discute avec Joaquim Paulo, auteur de "Jazz Covers" livre primé par l'Académie.


Glenn Ferris et Enrico Pieranunzi échangent quelques verres. Guillaume de Chassy sans Daniel Yvinec. Ils sortent prochainement un album ensemble. A droite, Hervé Sellin pense déjà à son prochain disque et à un autre prix.

Toujours Jean-Louis Chautemps qui aime bien mes photos. A ses côtés Franck Bergerot, rédacteur en chef de Jazz Magazine, Glenn Ferris sans verre ni trombone et Laurent de Wilde, Prix Django Reinhardt de l'Académie du Jazz en 1993. Chautemps l'a obtenu en 1965. Heureux et amoureux, Médéric Collignon, Prix Django Reinhardt 2008, embrasse Céline sur la photo de droite.

N'oublions pas Emmanuel Fouquet, infatigable barman patenté, présentant les excellents vins du Gard qu'il sert et ressert sans se tromper ni les couper. Le rouge, Arpège, une cuvée de 2006, possède un arôme de sous-bois. De nombreux fruits rouges le parfume. Chorus, un blanc de noir fruité de 2007, se boit divinement bien en apéritif. Le vigneron propriétaire, Philippe Briday, possède le domaine Combe de la Belle http://www.combedelabelle.com On l'applaudit des deux mains.

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Médéric Collignon & Géraldine Laurent.
Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) : Daniel Humair, Joachim Kühn, Tony Malaby « Full Contact » (Bee Jazz / Abeille Musique).
Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Hervé Sellin tentet « Marciac – New York express » (Cristal / Abeille Musique).
Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) : Arild Andersen.
Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit privilégiant un Travail Editorial Exceptionnel : Enrico Pieranunzi, Marc Johnson « Yellow & Blue Suites » (Challenge / Intégral Distribution).
Prix du Jazz Classique : Harry Allen « Hits by Brits » (Challenge / Intégral Distribution).
Prix du Jazz Vocal : Norma Winstone « Distances » (ECM/Universal).
Prix Soul : David Sanborn « Here & Gone » (Decca / Universal).
Prix Blues : Big James  « Thank God I Got the Blues » (Jamot Music / www.bigjames.com).
Prix du livre de Jazz : Joaquim Paulo « Jazz Covers » (Taschen).

Photos ©Pierre de Chocqueuse

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 17:10

Pitié!“ est un spectacle, un ballet pour dix danseurs proche d’un opéra, une transposition moderne de la "Passion selon Saint Matthieu" de Jean Sébastien Bach. L’audition de la partition originale dure quatre heures. Associé au chorégraphe Alain Platel, le saxophoniste Fabrizio Cassol l’a réduite, n’essaye pas de la faire sonner comme une musique occidentale, mais la mêle aux sons du jazz, la teinte de blues et de gospel, y introduit des influences maliennes et africaines. Sa relecture préserve ses principaux arias et chorals, mais change certaines mélodies. Une nouvelle instrumentation les colore autrement. Egalement modifié, le récit accorde un rôle important à Marie la mère du Christ, absente dans l’oeuvre de Bach, et s’attache à exprimer sa douleur, ce qui donne un poids émotif important à la nouvelle partition.
S’appuyant sur une tradition ésotérique selon laquelle le Christ est à la fois une âme masculine et féminine, Cassol choisit pour tenir le rôle la voix androgyne d’un jeune contre-ténor congolais, Serge Kakudji. Marie est confiée à une soprano et Marie-Madeleine, l’âme sœur, à une mezzo. Magic Malik, l’ange, joue de la flûte et son chant de tradition orale diffère des autres vocalistes. Plus lyriques que baroques, leurs voix ont du caractère, un timbre spécifique.
Outre le groupe Aka Moon (Michel Hatzigeorgiou à la basse électrique, Stéphane Galland à la batterie, lui-même au saxophone alto), Cassol utilise un orchestre de dimensions modestes. Trompette (celle «féminine» d’Airelle Besson représente l’intuition), violon, violoncelle, accordéon enveloppent les récitatifs traités comme des chansons. La mélodie initiale et la polyphonie à trois voix d’Erbarme Dich, vibrant appel à la miséricorde, sont préservées. Les parties instrumentales (le Prélude, les prologues de certaines arias), offrent quelques solos, des contrepoints mélodiques. Les deux violons brodent un joli dialogue dans Ich will dir mein Herze schenken ; Sanne van Hek s’offre un chorus de trompette dans Gerne wil ich mich ; l’accordéon de Philippe Thuriot tient un grand rôle dans Tränen et l’étonnant Sturm donne à plusieurs instrumentistes la possibilité d’improviser. Après Erbarme Dich, l’une des arias les plus célèbres de l’œuvre, sa pièce centrale, l’univers de Bach est laissé de côté au profit d’une approche plus africaine de la musique dont l’écoute se révèle fascinante. Ja ! freilich relève du gospel et la polyphonie du chœur final est transposée pour sept instruments mélodiques. Une version pas comme les autres d’un chef-d’œuvre de l’art lyrique.

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:41

La réunion attendue de Bebo et Chucho Valdés, le père et le fils. Deux pianos. Chucho utilise celui que l’on entend dans le haut-parleur de droite. Il est aujourd’hui beaucoup plus célèbre que son père, un très vieux monsieur né en 1918, nonagénaire depuis octobre. Seul survivant des grands pianistes afro-cubains des années 40 et 50, arrangeur et pianiste du fameux Tropicana, club légendaire des années pré-castristes de la Havane, Bebo connaît tous les rythmes et les danses de Cuba, le mambo, le son, le bembé, la rumba et ses nombreuses variantes. En 1952 à Miami, il participe à l’enregistrement de “Cubano“, un disque de jazz afro-cubain produit par Norman Granz dont je reproduis la pochette. Bebo tient le piano de la formation, le André’s All Stars. Il crée la même année le rythme batanga, un dérivé du mambo qui offre de larges espaces aux solistes et fait le lien entre l’Afrique et Cuba. Le mambo, il le popularise en 1957  à la tête d’un nouvel orchestre Sabor de Cuba dont Chucho est alors le pianiste. Trois ans plus tard, il quitte Cuba, réside au Mexique, gagne l’Espagne et pour finir s’installe en Suède en 1963 où il se fait peu à peu oublier. Une poignée d’albums parmi lesquels “Lagrimas Negras“ réalisé avec le chanteur de flamenco Diego El Cigala et un film, “Calle 54“, réalisé par le cinéaste espagnol Fernando Trueba, mettent fin dans les années 90 à un long purgatoire musical. Une version de The Peanut Vendor pour un album de Paquito D’Rivera en 1995 et La comparsa à deux pianos pour “Calle 54“ en mars 2000 constituaient ses seuls enregistrements avec Chucho. “Juntos para Siempre“ répare cette lacune. Il s’ouvre sur une composition de Chucho dédiée à Bebo, une pièce romantique dans laquelle l’influence de Debussy s'accorde à un joyeux feu d’artifice de rythmes. Les deux hommes reprennent plusieurs boléros dont le célèbre Tres palabras d’Osvaldo Farrés (l’auteur du fameux Quizás, Quizás, Quizás qu’interprètent Nat King Cole et Doris Day). Perdido et Tea for Two ancrent cette rencontre dans le jazz. Chucho délaisse ici les cadences infernales, les tourbillons de trilles, adopte un jeu sobre et lyrique et instaure avec son père un dialogue serein. Bebo offre une pièce à son fils et ajoute au programme Rareza del siglo écrit dans les années 40 pour l’orchestre de Julio Cueva au sein duquel il officiait au piano. Une joyeuse conga conclut un disque d’une grande fraîcheur musicale. Père et fils cajolent leurs plus belles notes et nous offrent un grand bain de tendresse.

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 11:02

Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

VENDREDI 26 décembre
Récemment réédité par ECM en pochette cartonnée, “The Call“ de Charles Lloyd me touche. Comme Stan Getz, Lloyd joue des mélodies très simples et y met tant de lyrisme qu’il émeut. Souhaitant atteindre la conscience des gens, les “éveiller“, il choisit ses standards pour leur pouvoir émotionnel, mais compose aussi quantité de thèmes mélodieux et les enregistre souvent plusieurs fois. Nocturne l’ouverture de “The Call“ apparaît dans “Lift Every Voice“ et Figure In Blue est repris dans “The Water is Wide“. Publié en 2000, ce disque rencontra un beau succès. Brad Mehldau y tient magnifiquement le piano et Lloyd joue en état de grâce. Keith Jarrett et Michel Petrucciani firent un bout de chemin avec lui, preuve d’un goût très sûr quant au choix de ses pianistes. Comme dans “Voice in the Night“ enregistré sans piano mais avec John Abercrombie à la guitare, le saxophoniste retrouve son vieux complice Billy Higgins qui assure un cha-bada limpide et régulier sur la cymbale de rythme. Quatre mois avant le décès de ce dernier, ils enregistreront ensemble une musique profondément ancrée dans les traditions africaines et les musiques du monde. “The Water is Wide“ débute par une version inoubliable de Georgia et se poursuit par le titre éponyme de l’album, un traditionnel qui met les larmes aux yeux. Le saxophoniste exprime encore plus ses sentiments dans “Lift Every Voice“, recueil de mélodies mémorables, de gospels à couper le souffle. Amazing Grace, Deep River, Wayfaring Stranger, Go Down Moses, You are so Beautiful, on frissonne à l’écoute de cette musique intensément spirituelle. Hymn to the Mother s’étale comme les vagues de cet océan Pacifique qu’il contemple depuis sa résidence californienne de Big Sur. Construit sur des modes, le morceau se développe comme un raga et dure un bon quart d’heure. A la guitare, Abercrombie joue des micro-intervalles et adopte la sonorité d’un sitar. Lloyd fait appel à Billy Hart pour rythmer ce double album. Son jeu de cymbale est aussi précis que celui de Higgins, mais sa frappe plus lourde donne de l‘épaisseur aux compositions, les muscle davantage. Hart est également le batteur de “The Call“ et du magnifique et presque introuvable “Canto“ (l’indispensable Vladimir l’importe en quantité restreinte à la Fnac Montparnasse) qui mérite d’être redécouvert. Bobo Stenson au piano et Anders Jormin complètent le quartette du saxophoniste qui souffle des vagues de notes colorées et tendres ressemblant à des prières. Les longues plages de ces deux albums gravés en 1993 et 1996 reflètent un véritable travail de groupe, une approche réellement collective de la musique. Stenson éblouit par un jeu modal raffiné. L’influence de John Coltrane se discerne dans The Blessing, Song, Tales of Rumi et Canto, mais Lloyd est un Coltrane apaisé qui console par la douceur de sa musique. Brother On the Rooftop, la dernière plage de “The Call“, possède un aspect plus âpre. Lloyd tord davantage ses notes et tisse un climat passionnel exacerbé. Il me manque plusieurs de ses disques. Puisse 2009 m’en amener quelques-uns.


LUNDI 29 décembre
René Urtreger au Duc des Lombards, mon dernier concert de l’année. Je retrouve avec plaisir un grand monsieur du Jazz qui joue le bop qu’il affectionne et défend depuis toujours. Beaucoup d’Anglais dans la salle. Parlant mal leur langue, René ne sait trop quoi leur dire. Il a envie de les remercier, de leur serrer la main, mais se sent comme un crabe mutilé de ses pinces. René a déjà joué un set et cette « deuxième mi-temps » se déroule on ne peut mieux. Les chorus s’enchaînent, fluides malgré les difficultés techniques que posent les thèmes (Love for Sale de Cole Porter, Half Nelson et So What de Miles Davis, CTA de Jimmy Heath) des standards que les boppers affectionnent. Les musiciens les jouent autrement, en modernisent le vocabulaire. A la contrebasse, Yves Torchinsky commente, prend des initiatives harmoniques. Eric Dervieu préserve un précieux cha-bada et rythme subtilement la musique. La trompette de Nicolas Folmer époustoufle. Chet Baker ressuscite dans les ballades, mais l’on entend Dizzy Gillespie et Clifford Brown lorsque le tempo se fait rapide et que les notes sculptées par les lèvres gardent intact leur pouvoir mélodique. La flûte d’Hervé Meschinet semble séduite par Roland Kirk. L’air entre dans l’instrument et se change en notes aux couleurs apaisantes. A l’alto, il souffle des aigus suaves, des accords généreux, ceux de Body and Soul son morceau. En grande forme, René multiplie les hommages, à Charlie Parker, à Bud Powell (Un Poco Loco joué en trio dans le registre grave du clavier) et même à Count Basie, un moment fort et poétique. La contrebasse ronronne comme un gros chat heureux, la batterie mène la danse, le piano de René chante de petites notes joyeuses et tendres. Les doigts agiles effleurent les touches. Gorgées de swing et de lyrisme, ses voicings rivalisent d’élégance. Sa musique a du cœur. Lui aussi. Chapeau René !


MARDI 30 décembre
L’Esprit de la Ruche“ (“El espiritu de la colmena“), l’un des plus beaux films du cinéma espagnol existe enfin en DVD (Carlotta). Victor Erice le tourne avec un très petit budget en 1973, deux ans avant la mort de Franco. Erice pratique l’ellipse et minimise les dialogues. Les bruits et les sons suggèrent les images qu’il ne montre pas. Agacée, la censure envisage de l’interdire pour « obscurantisme illogique », mais persuadée de son insuccès en autorise finalement la sortie. Présenté au festival de Saint-Sébastien, il remporte la Coquille d’Or, sa plus haute récompense. L’histoire se passe en 1940, peu de temps après la guerre civile. Un cinéma ambulant projette le “Frankenstein“ de James Whale (1931) dans la salle des fêtes d’un petit village de Castille. Une petite fille Ana (Ana Torrent qui deviendra l’héroïne de “Cría Cuervos“ de Carlos Saura) visionne le film pour la première fois avec les gens du village. Caméra à la main, Luis Cuadrado le directeur de la photographie filme ses réactions, le regard qu’elle pose sur le monstre et la mort qu’elle découvre. On assiste à la naissance d’une conscience par les images traumatiques d’un film. Ana ne joue pas. Vivant intensément son rôle, elle imagine ce qu’on lui cache et croit à ce qu’elle voit, à la réalité du monstre. Interviewé dans les suppléments, Victor Erice raconte qu’apercevant l’acteur grimé qui doit jouer la créature, Ana se réfugie dans les bras d’un adulte et se met à pleurer. La mort, Ana la découvre également dans les propos que son père lui tient sur certains champignons vénéneux « Il n’y a aucun remède pour celui qui y goûte. Il meurt sans tarder. » Erice filme toujours frontalement. Il aime la symétrie des rails, des pièces en enfilade, les plans fixes qui offrent de l’espace et des lignes de fuite aux acteurs. L’intérieur du cadre fait l’objet d’un soin particulier. On rentre dans des tableaux de Vermeer et de Zurbarán. Dans “La vie des abeilles“, Maurice Maeterlinck écrit « esprit de la ruche » pour évoquer les abeilles obéissant à leur reine. Dans le film d’Erice, la ruche est aussi la vieille demeure dans laquelle se déroule la vie des personnages. Les vitres y sont en nid d’abeille. L’image a la couleur du miel.


VENDREDI 2 janvier
Picasso et les maîtres au Grand Palais : on s’y bouscule dans la journée. Les nocturnes restent accessibles pour ceux qui n’ont pas réservé. Une demi-heure d’attente dans le froid pour se procurer un billet et contempler les quelques 210 œuvres exposées reste supportable. Si les  toiles réunies sont exceptionnelles, l’accrochage choque l’œil. Volontairement. Placer côte à côte Les demoiselles des bords de la Seine peint par Courbet en 1857 et le même tableau revu par Picasso en 1950 trouble le regard. Ils ne vont pas ensemble. Paradoxalement, l’intérêt de cette exposition réside dans ces contrastes parfois violents entre des peintures de styles et d’époques différentes. Dès son plus jeune âge, Picasso peint comme un adulte. Ses premiers portraits impressionnent. Réalisé à l’âge de 18 ans, son Portrait de face de Carles Casagemas éblouit et sa Buveuse d’absinthe de 1901 est déjà un chef-d’oeuvre. Après ses peintures noires influencées par Goya, Greco et Vélasquez, débute la période bleue. On contemple avec ravissement son Portrait de Benet Soler de 1903. Mais très vite sa peinture se transforme. Il peint une Fernande à la mantille noire de toute beauté et aborde le cubisme – Portrait d’Ambroise Vollard, Homme à la guitare - , pour revenir à une peinture plus conventionnelle au début des années 20 – Grande baigneuse (1921), Olga (1923), un des plus beaux Picasso de cette exposition. Son Nu au Fauteuil Rouge (1929) est un nouveau combat contre les formes. « La peinture est plus forte que moi, elle me fait faire ce qu’elle veut. » Picasso détourne, transpose, dénature, pastiche avec humour les peintres qu’il admire et qui guident son travail : « Je peins contre les tableaux qui comptent pour moi, mais aussi avec ce qui leur manque. » Les maîtres de Picasso se suffisent à eux-mêmes. Face à lui d’extraordinaires peintures du Greco (Saint Martin et le Mendiant, Saint Jérôme en cardinal), de Goya (La comtesse del Carpio, La Maja Desnuda) et de Vélasquez (Portrait du nain Sebastian de Morra). Les maîtres, ce sont aussi Manet (Matador saluant, Olympia), Gauguin (Portrait à la palette), Renoir, Cézanne (La baigneuse aux bras écartés), mais aussi Delacroix, Ingres (Odalisque en grisaille), Chardin (Le Gobelet d’argent), Cranach (Portrait de femme) et d’admirables tableaux de Francisco De Zurbarán parmi lesquels son célèbre Agnus Dei, prêté par le musée du Prado. Toutes ces toiles sont visibles jusqu’au 2 février. On se précipitera. (http://rmn.fr/)

Photos©Pierre de Chocqueuse. La photo d'Ana Torrent est une image du film.

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 16:01

JANVIER : Un mois difficile. Les jours rallongent. La nuit tombe vite et le soleil d’hiver n’a pas sa vigueur et son rayonnement habituel. Une vague de froid est annoncée. Couvrez-vous mais sortez. Les clubs ne manquent pas de lumière. La bonne musique réchauffe. Ce blogdechoc n’a pas vocation d’annoncer les concerts de tout le monde. Vous les trouverez dans Jazzman et Jazz Magazine.

Ecouter Stéphane Belmondo jouer du bugle est toujours un plaisir. Il se produit le 1er janvier au Sunside avec son Wonderland Quartet. Les buveurs d’eau minérale trouveront le chemin du club. Pour les autres, ce sera probablement plus difficile.
Au Sunside le 2, David Linx retrouve son complice Diederick Wiesel et invite Christophe Walemme et Stéphane Huchard à les rejoindre.
Le 8, Pierre Christophe, lauréat du Prix Django Reinhardt 1987, investit les lieux avec son quartette. Ancré dans la tradition, son piano n’en est pas moins moderne et délectable.
Le 9, au Swan Bar (165 bd du Montparnasse, 75006 Paris), Alexis Tcholakian donne un concert en trio. Musicien discret et timide, il n’en reste pas moins un des meilleurs disciples de Bill Evans. Les amateurs de subtilités harmoniques se précipiteront.
Le lundi 12, c’est encore la rue des Lombards que l’amateur de jazz arpentera. Pianiste délicat et économe, Edouard Ferlet joue “L’écharpe d’Iris“ au Duc. Publié en 2007, le disque a séduit la critique. Piano, violoncelle, saxophones ou flûte, batterie discrète, ce jazz de chambre au fort parfum de terroir charme et séduit l’oreille. Un peu plus loin au Sunside, Emmanuel Bex et Alain Jean-Marie célèbrent Michel Petrucciani disparu il y a 10 ans le 6 janvier 1999. Un hommage qui se poursuivra jusqu’au 17 janvier, le Sunside accueillant Yacine Malek (le 13), Aldo Romano (du 15 au 17) avec des invités différents chaque soir. Consulter le programme. Le film “Lettre à Michel Petrucciani“ de Frank Cassenti (45 minutes) sera diffusé avant chaque concert.

Les 13 et 14, le piano enchanteur d’Antonio Faraò va transformer le Duc des Lombards en plateau de cinéma. En quartette avec Olivier Temime au saxophone ténor, Dominique Di Piazza à la basse électrique et le grand Dédé Ceccarelli à la batterie, le pianiste italien vient jouer son nouvel album consacré à Armando Trovajoli, compositeur de musiques de films et jazzman.
Chanteuse napolitaine, Maria Pia De Vito a consacré un très bel album à Joni Mitchell en 2005. Elle se produit au Duc des Lombards avec Huw Warren, un pianiste gallois, le 16 janvier. Attendez-vous à une surprise.
Le 17, Radio France met à la disposition du rutilant big band de Laurent Mignard sa salle Charles Trenet. Au programme Duke Ellington une valeur sûre.
Tel un phoenix, le Quatuor de Saxophones ressuscite au Duc le lundi 19. François Jeanneau, Jean-Louis Chautemps, Thomas de Pourquery et Jean-Charles Richard sur une même scène, on ne perdra pas une seule de leurs notes.
J'aime beaucoup le piano d’Edouard Bineau. Découvert par Jean-Jacques Pussiau, il a enregistré deux superbes albums en trio pour ce dernier puis, en duo avec Sébastien Texier, un hommage au Facteur Cheval. Son piano en apesanteur ouvre grandes les portes de l’imaginaire. Il donne deux concerts au Duc le jeudi 22 janvier avec Gildas Boclé et Arnaud Lechantre. Soyez au rendez-vous.
Le 23, la Dynamo de Banlieues Bleues (9, rue Gabrielle-Josserand à Pantin) propose une répétition publique de l’Orchestre National de Jazz (direction artistique Daniel Yvinec) autour du projet “Robert Wyatt“.

Ronnie Lynn Patterson en trio occupe le Sunside le 24. Il joue avec son cœur et met du baume au nôtre.
On se bousculera au Sunside pour Jacky Terrasson les 26, 27 et 28 janvier. Pianiste au jeu très physique, Jacky entretient une tension permanente pendant ses concerts et nous surprend toujours.
Le 29, Kurt Elling comblera de sa belle voix de ténor le public du New Morning. Il pose depuis longtemps des mots sur des chorus de jazz et peut chanter pendant des heures sans jamais nous lasser.
Avec Lionel Loueke, c’est une guitare à la sonorité neuve qui pimentera le Baiser Salé les 30 et 31 janvier. Utilisant toutes sortes de pédales, il nous offre des sons venus d’ailleurs et improvise au plus près de ses racines africaines.


-Sunset/Sunside http://www.sunset-sunside.com/
-Duc des Lombards http://www.ducdeslombards.com/
-Baiser Salé http://www.lebaisersale.com/
-Swan Bar http://swanbar.fr/
-La Dynamo de Banlieues Bleues http://www.banlieuesbleues.org/

Peu de disques en janvier. Le 8, Winter & Winter publie le premier album du Refuge Trio, qui réunit Theo Bleckmann (chant), Gary Versace (piano, claviers, accordéon) et John Hollenbeck (batterie, percussions, vibraphone). - “Compass“, très bel album de Joshua Redman dans lequel le saxophoniste s’essaye à la formule inhabituelle du double trio (deux batteries et deux contrebasses) sera dans les bacs des disquaires le 12 janvier. - Le même jour, ECM édite “Concertos“ un disque du trompettiste Mike Mantler dans lequel un certain nombre de solistes se voient tour à tour confrontés à un orchestre de chambre. - Il faudra patienter jusqu’au 26, pour découvrir “New York Days“, nouvel enregistrement ECM du trompettiste Enrico Rava en quintette avec Mark Turner au saxophone ténor, Stefano Bollani au piano, Larry Grenadier à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. Sachez seulement qu’il est formidable. - Le 29 janvier, Abeille Musique met en vente un excellent nouvel album de Tony Malaby (“Warblepeck“ sur Songlines, un label canadien) avec John Hollenbeck au marimba et Fred Lonberg-Holm au violoncelle, ainsi que le troisième volet des “New York Trio Recordings“ de Marc Copland avec Drew Gress à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie (Pirouet). Les nouveautés se faisant rares, on en profite pour sortir les vieux albums de sa discothèque. Jazzman consacre une bonne partie de son numéro de janvier à Billie Holiday qui s’éteignit à New York en juillet 1959 et Jazz Magazine accorde 22 pages à Charles Mingus disparu il y a trente ans. Ecoutez leurs disques. A propos de Mingus, Franck Bergerot et Thierry Quénum semblent avoir oublié “Charles Mingus and Friends in Concert“ (Columbia) et “Pre-Bird“ (Mercury) dans leur « Meilleur de Mingus ». Mais je pinaille, car ce dossier est formidable. Bonne année à tous et à toutes.
"Tempête de neige", Stéphane Belmondo, Alexis Tcholakian, Jacky Terrasson, Photos©Pierre de Chocqueuse

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 14:43

Pianiste new-yorkais d’origine indienne, Vijay Iyer a longtemps poursuivi des études de mathématique et de physique. Découvert en Europe avec Steve Coleman, il a depuis enregistré une bonne dizaine d’albums mal distribués que peu de gens connaissent. Dans “Tragicomic“, Vijay destine sa musique difficile à un public plus large. Associées au nombre d’or, ses recherches portent sur l’harmonie (la gamme tempérée dodécaphonique directement liée au nombre d’or) et les rythmes, son propre héritage culturel déterminant leur choix. Ses compositions baignent ainsi dans ceux de la musique Carnatique de l’Inde du Sud, une musique beaucoup plus intellectuelle que sensuelle. Si Andrew Hill et Cecil Taylor inspirent son piano moderne, le jeu modal de McCoy Tyner est perceptible dans Macaca Please et The Weight of Things, la pièce qui ouvre l’album. Egalement d’origine indienne, Rudresh Mahanthappa, le saxophoniste de cette séance, a écouté John Coltrane. Ses phrases brûlantes maintiennent une urgence permanente. Les aigus de son alto vrillent les tympans profanes, questionnent l’harmonie jusqu’au-boutiste. Le pianiste profite de cette tension pour cultiver un lyrisme inhabituel. Le chant de l’Inde du Sud transparaît dans des thèmes aux notes suspendues et aux forts parfums mélodiques (Age of Everything, Threnody). Dans les plages en trio avec Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, un jeu ludique s’installe entre des musiciens qui prennent plaisir à se surprendre. Construite avec peu de notes, Becoming, une ballade toute simple, parvient à faire rêver.

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 17:33

Comme le montre cette photo, c’est devant des caméras de télévision que nos Pères Noël rouges de colère en sont venus aux mains. Les cris et les coups plurent jusqu’à l’intervention de la police impuissante à rattraper les traîneaux des fuyards tirés par des rennes en apesanteur capables de parcourir le ciel à des vitesses considérables.  

Parmi les nombreux cadeaux commandés à Santa Claus par les parents des enfants sages, figure toujours en bonne place le recueil de chansons de Noël que Diana Krall enregistra en 2005. “Christmas Songs“ bénéficie des couleurs somptueuses d’un grand orchestre, le Clayton/Hamilton Jazz Orchestra. Même le nunuche Jingle Bells déménage. En tenue de soirée sur la pochette de son disque, la chanteuse scate et tient une forme éblouissante. Sa voix rauque, parfois juvénile (Santa Claus is Coming to Town, d’une actualité pour le moins frappante) magnifie ces mélodies qui ont probablement bercé son enfance. On se délecte à l’écoute de The Christmas Song, le seul morceau en quartette de l’album. La guitare d’Anthony Wilson donne de l’élégance à Winter Wonderland. Celle de Russell Malone joue un rôle essentiel dans Christmas Time is Here. Autres perles, Let it Snow et Santa Claus is Coming to Town permettent d’apprécier l'assurance de Diana au piano, chaque morceau mettant en valeur un ou plusieurs instruments au cours d’improvisations concises, contrepoints brillants à des arrangements qui le sont tout autant. Confiés à John Clayton et à Johnny Mandel, ces derniers anesthésient vos soucis, chassent la bile et mettent de bonne humeur. La musique idéale de votre réveillon.

Un film à voir ou à revoir en cette période de fêtes. John Huston le réalisa en 1987, peu de temps avant sa mort. Je le considère comme l’un des plus important de sa carrière, probablement son plus profond bien que le ton y soit léger et l’ambiance à la fête. Dans une vieille maison de Dublin, le 24 décembre 1904, les vieilles demoiselles Morkan reçoivent. Une soirée joyeuse au cours de laquelle se révèlent les blessures, la fragilité des convives. Adapté de “The Dead“ la plus longue et la dernière nouvelle des “Dubliners“ de James Joyce, “Gens de Dublin“ est un grand film sensible sur le temps qui passe, la vie qui défile et la mort qui attend. Pour donner poids et véracité au récit de Joyce, Huston offre des acteurs irlandais à sa fille Anjelica et s’efface derrière une caméra qui scrute, observe et saisit les émotions, les gestes et les regards furtifs de ses personnages vieillissants. Admirable et bouleversant.




JOYEUX NOEL 
à tous et à toutes.







Installé à Trafalgar Square, près de la colonne Nelson, ce sapin est celui qu’offre chaque année la Norvège à la ville de Londres.
Photos ©Pierre de Chocqueuse


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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 18:17

Ce dimanche, suivez les pérégrinations du blogueur de Choc dans les rues, les musées et les disquaires de Londres. En raison des fêtes, la semaine du Blogueur de Choc ne reprendra qu’en janvier. Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 15 décembre
Une journée à Londres. J’y traînais souvent dans les années 70, envoyé en mission par Best, le concurrent de Rock & Folk afin d’y couvrir des concerts de rock. Au début des années 80, travaillant pour le Billboard, je traversais la Manche plusieurs fois par an pour rendre compte de mes activités à la direction européenne du journal qui y avait ses bureaux. J’y fis la connaissance de Mike Hennessey. Très cultivé, fin connaisseur du jazz, il est l’auteur d’un excellent livre sur Kenny Clarke (“Klook, the Story of Kenny Clarke“) qui n’a jamais été traduit. Nous avions sympathisé, et mes séjours londoniens s’accompagnaient en général d’une soirée au Ronnie Scott. Mike y avait sa table. Un concert d’Elvin Jones m’est resté en mémoire. Ma dernière visite remontait à 1981. La ville possédait un aspect bariolé. D’honorables gentlemen en habit côtoyaient des hippies à longs cheveux, des skinheads au visage criblé d’épingles à nourrice et aux cheveux coupés à l’iroquoise. Un monde excentrique dans lequel le Britannique conservait un flegme imperturbable, un humour très particulier, pince-sans-rire et plein de traits d’esprit.


Depuis septembre 2007, la gare de Saint Pancras accueille L’Eurostar. Construite au XIXe siècle, elle a été récemment restaurée de même que sa façade en brique, celle de l’ancien Midland Grand Hotel, impressionnant bâtiment néogothique victorien. Offert chaque année par la Norvège pour remercier Londres de son soutien lors de la première guerre mondiale, un sapin de 20 mètres trône près de la colonne Nelson à Trafalgar Square. Pas de pluie, mais un vent froid et humide remonte la Tamise. Des Français et des caméras de surveillance absolument partout. Peu de voitures, mais de très nombreux taxis toujours fabriqués sur le même modèle, l’Austin FX4 ou « taxi noir » qui fait toujours partie du paysage urbain. Les autobus rouges à impériale circulent presque les uns derrière les autres. N’étant pas accessible aux personnes handicapées, le plus célèbre d’entre eux, le Routemaster, a été malheureusement retiré de la circulation en 2003.


Les Horse Guards de Whitehall font toujours le bonheur des touristes. Passé Westminster Bridge, les berges ont été aménagées, transformées en promenade. Installés pour les fêtes, de petits chalets de bois proposent leurs horreurs, made in China pour la plupart. Le Tate Modern expose de grandes toiles de Mark Rothko. Le Shakespeare’s Globe Theater exhibe son architecture de style élisabéthain. Non loin de là, Borough Market, le plus vieux marché couvert de Londres étale ses produits. Bouchers, poissonniers, fromagers y sont installés depuis que les Romains construisirent un premier pont sur la Tamise. Le lundi, la plupart de ses échoppes sont malheureusement fermées. Dans le même quartier s’élève l’Eglise Collégiale de Saint Saviour et Sainte Mary Overie, un édifice du treizième siècle devenu cathédrale en 1905. Pas de visite possible sans déranger les employés de la Barclay’s Bank qui assistent à un office de Noël spécialement célébré pour eux avec chorale, cuivres et enfants de chœur à profusion. On imagine mal Vuitton ou Cardin offrir des messes à leur personnel dans nos églises parisiennes. Les Anglais portant chapeau melon et parapluie ont disparu de la City. Les John Steed et les
traditions se perdent au Royaume-Uni gagné par la mondialisation.

Déjeuner dans un très beau pub de Fleet Street, l’ancienne Old Bank of England ouverte jusqu’au rachat du bâtiment par des brasseurs de bière qui le transforma en pub. C’est dans ses très vieilles caves que le barbier Sweeney Todd (récemment porté à l’écran sous les traits de Johnny Deep) hachait menu ses victimes transformées en tartes par Madame Lovett sa complice. Cette macabre découverte n’empêche pas de se restaurer. Un jeune Français courageux devenu londonien m’avoue travailler entre dix et douze heures par jour. Les Anglais déjeunent rarement au restaurant. Ils achètent des sandwichs qu’ils avalent tout en continuant à manipuler les ordinateurs de leurs bureaux. Ils sont bien payés, mais les loyers chers, et les très nombreuses pintes de bières qu’ils engloutissent pénalisent une bonne partie de leur budget.

Annie Leibovitz
expose ses photos (les années 1990-2005) à la National Portrait Gallery jusqu’au 1er février 2009. Outre les nombreux clichés de rock stars qu’elle fit pour Rolling Stone, elle photographia des danseurs (Mikhail Baryshnikov), des acteurs et des actrices (Brad Pitt, Nicole Kidman, Demi Moore enceinte) et la Reine d’Angleterre. Un reportage sur Sarajevo au début des années 90, un autre sur l’élection d’Hillary Clinton au Sénat, des autoportraits et des photos de ses trois filles et de sa famille complètent l’exposition. Les collections permanentes recèlent quelques trésors. Au deuxième étage, la galerie Tudor contient d’admirables portraits de la Reine Elisabeth I, d’Henri VIII, de Cromwell et une étonnante peinture anamorphique du Roi Edouard VI. Les tableaux sont loin d’être de qualité égale, mais c’est avec émotion que je découvre des portraits de Roger Fry et celui de l’écrivain Lytton Strachey peint par Dora Carrington (1993-1932). Scénariste et auteur de théâtre, Christopher Hampton nous a magnifiquement raconté leur platonique relation passionnée dans “Carrington“ un film de 1995, une grande réussite. Emma Thompson et Jonathan Pryce en sont les principaux interprètes. Fry et Stachey, mais aussi Virginia Woolf, sa sœur Vanessa Bell et E.M. Foster, faisaient partie du Groupe de Bloomsbury, réunion d’artistes et d’intellectuels qui vivaient dans ce quartier du centre de Londres.


La nuit est tombée sur Piccadilly Circus et ses immeubles couverts de néons appellent à la consommation. Les magasins de disques interpellent. Je cherche sans succès des CD de Mike Westbrook, John Dankworth, Michael Gibb (“In the Public interest“ un enregistrement Polydor de 1973 en big band avec Gary Burton, Steve Swallow et les frères Brecker). Les albums Deram de Mike Westbrook (le formidable “Celebration“) John Surman et Michael Gibbs réédités par Universal il y a quelques années sont devenus introuvables. Si les disques Fontana de Tubby Hayes encombrent les bacs, ceux de John Dankworth manquent cruellement. On déplore l’absence de “What the Dickens !“, “The Zodiac Variations“ (avec de prestigieux invités américains parmi lesquels Clark Terry, Bob Brookmeyer, Lucky Thompson, Phil Woods et Zoot Sims) et “The $1.000.000 Collection“, trois albums des années 60 qui comptent parmi ses grandes réussites. On peut en trouver quelques morceaux mêlés à des extraits de ses enregistrements antérieurs pour Esquire et Parlophone dans un coffret de 4 CD que Dankworth partage avec son épouse, la chanteuse Cleo Laine (“I Hear Music, A Celebration of the Life and Work of Cleo Laine & John Dankworth“). Seuls les disques hatOLOGY de Mike Westbrook sont disponibles. Mes copies étant usées, je recherche “Pier Rides“ et “A Little Westbrook Music“ qui ne semblent pas exister en CD. Je n’ai guère plus de succès avec Gordon Beck. Le “Beck-Matthewson-Humair Trio" de 1972 (Dire Records) est curieusement disponible, mais les premiers opus du pianiste pour le label Major Minor font défaut. De même que le premier album de Kenny Wheeler avec le John Dankworth Orchestra, “Windmill Tilter“, un enregistrement Fontana de 1968 absent de ma discothèque.


Les Anglais délaisseraient-ils leur patrimoine jazzistique que les Français connaissent mal ? Le trompettiste Ian Carr publia une passionnante histoire du jazz britannique en 1973, “Music Outside“ (Latimer). J’en reproduis la jaquette. Neil Ardley, Graham Collier, Bob Downes, Michael Garrick, Joe Harriott, Don Rendell, Stan Tracey n’évoquent plus grand chose. On connaît Ronnie Scott grâce à son club de jazz, mais beaucoup moins ses disques. Si Ian Shaw s’est fait un nom en Grande-Bretagne, les musiciens britanniques les plus célèbres semblent avoir du mal à enregistrer chez eux. John Surman et Norma Winstone ont depuis longtemps trouvé refuge chez ECM ; John Taylor et Kenny Wheeler voient leurs albums édités par Cam Jazz, label italien qui accueille aussi Martial Solal.


Alléché par son prix (moins de 5 livres), j’achète “Soundtrack“ de Charles Lloyd, un vieux disque Atlantic. Le morceau le plus long, Forest Flower’69, m’évoque un autre Londres, celui des Beatles et des Rolling Stones. Le mythique Carnaby Street n’est pas loin de Regent Street illuminé pour les fêtes. De luxueux magasins aux enseignes prestigieuses vendent exactement les mêmes articles qu’à Paris. Les soldes ont commencé, mais même à 50 pour cent de son prix, un pull de marque à 300 livres n’est guère abordable. Carnaby Street est bien éclairé. D’énormes baudruches suspendues dans les airs invitent les touristes à parcourir sa voie piétonne, à entrer dans ses boutiques. L’Eurostar m’attend à Saint Pancras. Le métro londonien, le « tube », long cigare étroit, qui circule dans un tunnel à peine plus large, y mène à vive allure. Je m'endors épuisé dans le train du retour.

Photos ©Pierre de Chocqueuse

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 09:46

Enfant de la banlieue, Issam Krimi a eu ses années rock. Lycéen, la guitare électrique remplaça un temps ses cours de piano classique. Il revint à l’instrument et poursuivit son étude au CNR de La Courneuve. Si des leçons de musicologie à l’université de Paris 8 lui firent découvrir John Cage, Henri Dutilleux, Gyorgy Ligeti et Luciano Berio, le jazz de Miles Davis, Herbie Hancock, Weather Report, Brad Mehldau fait également partie de la culture de ce jeune pianiste de 28 ans, de même que la pop, l’électro ou le rock de Nirvana et de Radiohead. Antoine Hervé, qui fut l’un de ses professeurs de piano, produisit en 2005 son premier album “Eglogues 3“. Aujourd’hui sort “Post Jazz“ un disque d’une fausse simplicité malgré le souhait d’Issam de créer une véritable musique populaire. Il s’ouvre par un morceau très rentre-dedans dont la batterie gonflée à l’hormone de croissance sonore évoque The Bad Plus, E.S.T. ou la musique du trio de Neil Cowley. Cette impression de redite s’estompe vite derrière les visions musicales du compositeur. Produit comme un disque de rock, soigneusement travaillé en studio avec la complicité d’un ingénieur du son compétent (Pierre Luzy), “Post Jazz“ frappe par son éclectisme et l’habileté de sa construction. Toutes sortes de musiques s’y rencontrent et forment un patchwork sonore inclassable. Le saxophone ténor d’Alban Darche souffle de vrais chorus de jazz. Le piano bruine des notes inattendues (Caudalie) ou égraine une jolie mélodie romantique (L’oubli des lèvres). Le violoncelle d’Olivier Koundouno confère un lyrisme sombre à des thèmes qui pourraient illustrer bien des films. Excellent pianiste, Issam Krimi ne se met pas en avant dans ce travail d’écriture ouvert et audacieux. La musique circule, valorisée par un habillage habile, des sonorités travaillées. La dernière plage, Aspasie perdue, rassemble quantité d’idées aussi bien écrites qu’improvisées. Le moment fort d’un album qui en contient beaucoup.

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