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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 09:03

BBNE-b.jpg

VENDREDI 18 juin

Il est rare que je me déplace en banlieue parisienne pour assister à des concerts, mais Enghien n’est qu’à un quart d’heure de la gare du Nord et Agnès Thomas sait se montrer très convaincante lorsqu’elle défend un artiste, un groupe ou un projet. Vision d’un artiste défendant un projet à la tête d’un groupe, le Big Band Numérique d’Enghien est issu de la politique volontariste et culturelle d’une ville qui encourage la création de nouvelles pratiques numériques et accompagne N. Genest & J.R. Guédonson développement. Mis sur pied en 2009 à l’initiative de son école de musique que dirige Dominic Théodosis-Capsambélis et confié à Jean-Rémy Guédon, le BBNE donnait son premier vrai concert le 18 juin dernier dans le cadre de la cinquième édition du Festival International des Arts Numériques d’Enghien-Les-Bains. Un “son et images“ donné en plein air dans le Jardin des Roses au bord du lac après le coucher du soleil. On découvre sur scène quelques jazzmen dont le travail nous est familier. Nicolas Genest (trompette et bugle) et Jean-Rémy Guédon (saxophone ténor et flûte) assurent les vents. Yves Rousseau (contrebasse) et Antoine Banville (batterie) forment l’ossature de la section rythmique. L’orchestre réunit une douzaine de musiciens au A. Tangorrasein duquel se font entendre deux violons et un violoncelle. Annick Tangorra en est la chanteuse. Comme pour d’autres projets ( son Sade notamment), Jean-Rémy Guédon a travaillé à partir de textes, s’inspirant de ceux de René Depestre, poète et romancier haïtien proche du courant surréaliste dans sa jeunesse. Né en 1926, il obtint en 1988 le Prix Renaudot pour son roman “Hadriana dans tous mes rêves“ et vit aujourd'hui à Lézignan-Corbières, un petit village de l'Aude. Ses écrits ont inspiré à Jean-Rémy des compositions aux arrangements soignés dotées d’une grande variété de rythmes et dont on admire la large palette de couleurs. Ceux des îles sont bien sûr à l’honneur dans cette musique métissée qui relève du jazz, de la world (Afrique et Caraïbes) et sur laquelle on a bien du mal à coller une étiquette. Un important dispositif numérique la complète, techniciens et musiciens assurant un travail complémentaire. Le Vdjing, mixage vidéo en haute définition réalisé en temps réel, fournit de très belles images. Mêlé aux instruments acoustiques de l’orchestre, à la voix chaude d’Annick Tangorra, une jolie mezzo-soprano très à l’aise dans les graves, à des rythmes qui donnent envie de danser, le numérique perd son aspect rébarbatif et abstrait pour devenir instrument au service d’une véritable poétique musicale. Sous la haute surveillance d’une police BBNE dmunicipale omniprésente, le concert souffrit de certaines imperfections, ce qui ne m’a pas empêché d’en goûter la musique. Tardivement recrutés, les musiciens ne commencèrent à répéter qu’en février, ne donnant qu’un seul concert en avril avant celui-ci. Insuffisant, compte tenu de l’importance du dispositif orchestral, de la richesse de l’instrumentation, de ses implications numériques et sonores. Le projet musical est solide et la musique belle et excitante ne demande que des retouches. Quelques concerts supplémentaires et les problèmes de mise en place qui semblent liés à des retours casques qui empêchent les musiciens de bien s’entendre, seront vite oubliés. L’enregistrement d’un album est prévu. On pourra ainsi se rendre compte de la valeur réelle d’un nouvel orchestre dont on suivra pas à pas les pas.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 09:29

José James, coverLe logo que l’on peut voir sur la pochette, deux i tête-bêche, est celui du célèbre catalogue Impulse! Longtemps mis en sommeil, réactivé en 1987 avec la signature de Michael Brecker, le label n’abrite plus de nouveaux artistes depuis quelques années. La raison probable de ce choix (le disque aurait pu tout aussi bien sortir sur Verve ou EmArcy) est la passion qu’éprouve José James pour la musique de John Coltrane qu’Impulse! abrita. Le chanteur de Minneapolis rend d’ailleurs hommage au saxophoniste cet été. La tournée s’intitule Facing East : The Music of John Coltrane et Jef Neve est le pianiste de son quintette. Le nom de José James n’évoque pas grand-chose à l’amateur de jazz On trouve seulement deux disques de lui dans les bacs des disquaires. Des enregistrements proches de la soul et du hip-hop. Le plus ancien, “The Dreamer“, révèle un chanteur à la voix singulière. Le jazz, José James l’a découvert à la radio en écoutant Take The A Train de Duke Ellington. Un thème de ce dernier, Just Squeeze Me, fait partie des titres que contient cet album. Depuis qu’Universal Music assure sa promotion, Jef Neve nous est davantage familier. Le pianiste se produit dans des contextes très divers et s’implique dans des concerts de musique classique. On le découvre jouant un piano beaucoup plus convaincant que dans ses propres disques. Jef Neve et José José James & Jef NeveJames se sont rencontrés en Belgique en 2008 pendant une émission de télévision à laquelle tous deux participaient. Neve remplaça le pianiste de James lors d’un concert que ce dernier donna à Bruxelles. Dans la foulée, ils réservèrent un studio pour conserver une trace de leur tête-à-tête musical, une séance spontanée, des premières prises sans overdubs, complétée par une seconde six mois plus tard dans le même studio bruxellois. Au programme : neuf standards célèbres que les deux hommes interprètent avec un rare bonheur. Une voix de baryton douce et suave détache parfaitement les syllabes des mots prononcés, étirés et rythmés, trouve toujours le ton juste pour que la phrase soit la plus musicale possible. James a beaucoup écouté Billie Holiday. Cela s’entend dans les phrasés qu’il adopte. Constamment à l’écoute, Neve adopte un jeu plutôt sobre et lui offre son plus beau piano. La moindre intonation, le moindre murmure de cette voix grave et chaude sont développés et colorés par des bouquets de notes perlées, des accords au scintillement lumineux. Ses improvisations dans Embraceable You et Body and Soul débordent d’harmonies subtiles et délicates. Les deux hommes s’abandonnent en toute confiance à la musique, leur complicité se révélant très créative. Leur version de When I Fall in Love relève de l’état de grâce. On peut dire la même chose de Lush Life, introduit par des harmonies oniriques sur lesquelles la voix, aérienne, nonchalante et tendre, se promène et prend son temps pour séduire. Le charme opère et perdure. Le jazz hérite d’un chanteur talentueux, mais saura t’il le conserver ?

Photo © Nathan Gallagher, Universal Music

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 15:06

E. Rava Quartet

MERCREDI 9 juin

Enrico Rava retrouve son vieux complice Aldo Romano pour trois concerts au Sunside. Les deux hommes se connaissent bien. Ils jouaient ensemble dans les années 60 dans le quartette de Steve Lacy et Aldo tient la batterie dans plusieurs disques du trompettiste enregistrés dans les années 70. Baptiste Trotignon au piano et Thomas Bramerie à la contrebasse complètent leur quartette parisien. Longtemps associé à l’avant-garde new-yorkaise et au free jazz, on oublie qu’Enrico Rava abandonna le trombone pour la trompette après avoir entendu un concert de Miles Davis à Turin et que sa découverte de Chet Baker fut capitale dans ses choix esthétiques. Plus lyrique que jamais ces dernières années, il E. Rava Quartet (b)n’a plus rien à leur envier sur le plan du raffinement mélodique. Enrico fait chanter ses belles phrases tranquilles, place des silences entre ses notes pour leur permettre de respirer et entend de belles mélodies dans sa tête. Ce soir, il ne joue pas les siennes, mais nous offre des standards, un mélange de bop et de jazz modal auxquels il apporte beaucoup de chaleur. Le piano lumineux de Baptiste la plonge aussi dans le rythme. Ce dernier martèle généreusement et puissamment ses notes, joue de superbes harmonies, mais plaque aussi des accords intrigants, ceux de territoires vierges de sons qu’il n’hésite pas à explorer. La solide contrebasse de Thomas Bramerie assure le lien entre les instruments et prend quelques chorus énergiques. Les tempos sont souvent vifs. Aldo tient une forme éblouissante et assure un drumming très physique. Retrato em Branco e Preto (Portrait in Black & White) d’Antonio Carlos Jobim, My Funny Valentine de Richard Rodgers bénéficient d’habits neufs, de relectures tendres et toniques. Aux anges, l’ami Francis ne perd pas une note de ces improvisations divinement inspirées.

D. King, O. HutmanSAMEDI 12 juin

Denise King et Olivier Hutman retrouvent le Duc des Lombards. Leur concert d’octobre dernier fut si enthousiasmant que je pouvais difficilement manquer celui-ci. Denise possède une voix énorme, chaude, envoûtante, et ne pouvait choisir un meilleur pianiste qu’Olivier pour donner du swing à la musique, un répertoire de jazz, de blues et de soul souplement rythmé par Philippe  Brassoud à la contrebasse et Charles Benarroch à la batterie. Le blues dans les doigts, Olivier donne de la dynamique à ses notes colorées, les assemble en bouquets harmoniques, brode des improvisations délicates et sensibles autour des mélodies. Soutenue par une section rythmique exemplaire, la voix ample et expressive de Denise sert admirablement  I Remember April, All Blues, Summertime, Polka Dots and Moonbeams et le célèbre Besame Mucho qu’elle interprète en anglais sous le nom de Kiss Me, Kiss Me A Lot. Très à l’aise sur une scène, la chanteuse de Philadelphie prend le public par la main pour lui faire chanter des onomatopées, l’associer à son spectacle. Difficile de lui faire reprendre Denise KingIt Don’t Mean a Thing if it Ain’t Got That Swing. Pourtant, elle y arrive, tout comme, pour me faire plaisir, elle parvient à chanter quelques mesures de Walk on By à la suite de Bye Bye Blackbird interprété en rappel. L’enregistrement d’un disque pour Cristal Records est prévu en juillet avec Darryl Hall à la contrebasse et Steve Williams à la batterie, plus Olivier Temime au ténor sur quelques titres. Il contiendra des compositions d’Olivier Hutman et des standards parmi lesquels The Way You Look Tonight, Song for My Father et September Song. En attendant la sortie de l’album prévue en avril 2011, vous pouvez écouter Denise King et Olivier Hutman cet été en concert, Michel Rosciglione (contrebasse) et Andy Barron (batterie) remplaçant Philippe Brassoud et Charles Benarroch sur quelques dates.

 

Denise King & Olivier Hutman : le 25 juin au Jazz Club d’Ivry. - Le 26, mais aussi les 15, 16 et 17 juillet au Caveau de la Huchette - Le 27 juin au festival de St Quentin (02). - Le 7 juillet au Jazz Club d’Annecy (74). - Le 9 à La Soupe aux Choux de Grenoble (38). - Le 18 au festival de jazz de St Raphaël (83). Le 24 au  festival de Sanguinet (40).

 

LUNDI 14 juin

Mozart-Nuit.jpgCréé en 1997 au théâtre les Gémeaux de Sceaux et au théâtre Jean Vilar de Suresnes, “Mozart la Nuit“ n’avait jamais été monté sur une scène parisienne. Voilà qui est fait depuis le 14 juin, grâce à François Lacharme qui l’a programmé au théâtre du Châtelet. Antoine Hervé réussit magnifiquement à jazzifier les partitions mozartiennes, à installer une modernité rythmique sur ses mélodies somptueuses. Pour l’aider dans cette tâche François Moutin dont la contrebasse n’a peut-être jamais aussi bien sonné, son frère Louis Moutin à la batterie, mais aussi Médéric Collignon dont la trompette aventureuse et indiscrète, ne souffle point du baroque, mais apporte un peu de folie bienvenue à la musique. Médéric en fait toutefois un poil trop. “Mozart la Nuit“ est aussi un spectacle confié à une A. Hervé, Mozartimposante chorale et la jolie mise en scène de Laurent Pelly intègre mal les facéties d’un boute-en-train incorrigible. On rit de ses grimaces pendant le Lacrimosa et le Dies Irae du célèbre “Requiem“ qui n'ont pas été écrits pour amuser, ce qui n’enlève rien à la qualité des adaptations proposées, les chorus du trompettiste restant irréprochables. L’oncle Antoine colle de nouveaux rythmes sur les mélodies du grand Mozart, les trempe dans le groove pour les faire bouger autrement et leur donner de nouvelles ailes. Extrait des “Noces de Figaro“, l’air de Chérubin est bondissant de swing. Derrière son ordinateur, Véronique Wilmart apporte aux instruments des sonorités acousmatiques inédites. Elle dispose d’une banque de sons réels qu’elle peut filtrer, ralentir, modifier, court-circuiter à sa guise. Le piano en bénéficie dans la cantate Davidde et Penitente (rebaptisé Uranie dans le disque de 2002) qui ouvre le concert. Antoine improvise, ajoute ses harmonies au corpus mozartien. Placés sous la direction de Gaël Darchen, les choristes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine offre à son piano un tapis de voix célestes. Le Laudate, l’Ave Verum, deux pièces chères à mon cœur, en sortent transfigurées. 

Photos © Pierre de Chocqueuse    

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 15:30

G.-Zufferey--cover.jpgEnregistré avec Sébastien Boisseau et Daniel Humair, “Après l’orage“ de Gabriel Zufferey fut une des bonnes surprises jazzistiques de l’année 2004. Le jeune pianiste suisse s’était fait remarqué cinq ans plus tôt en remportant à quatorze ans le prix du meilleur espoir au deuxième Concours International de Piano Jazz Martial Solal. Après quelques concerts dont un au Duc des Lombards, le musicien prometteur prit du temps et du recul pour préparer ce second disque, deux pièces de Thelonious Monk et des compositions originales pour la plupart composées lors d’un séjour à New York en 2009, un enregistrement live au sein duquel on le retrouve dans un environnement sonore très différent. Le trombone de Samuel Blaser, musicien suisse résidant à Berlin, donne un aspect austère à un jazz moderne que colorent les claviers de Gabriel. On est surpris par le contraste de leurs sonorités. Une voix grave et expressive pose les thèmes de ‘Round Midnight et de Blue Monk, dialogue avec le saxophone ténor de Maria Kim Grand dans Be(e) Honey, et ne dédaigne pas les effets de growl. Un piano électrique à la sonorité déformée par de mystérieuses pédales lui répond par des cascades de notes brillantes et lumineuses. Gabriel Zufferey n’abuse pas de sa virtuosité. Il pratique un jeu sobre et économe. Ses doigts se font délicats et tendres pour faire chanter des motifs mélodiques. Patrice Moret à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie marquent rarement un tempo régulier. Ils colorent et jouent avec une rare souplesse des rythmes inattendus. Dans ‘Round Midnight, la basse adopte ainsi un rythme saccadé, presque un riff de reggae. Les musiciens disposent tous de beaucoup d’espace pour improviser et ne manquent pas de bonnes idées. On a connu Gabriel derrière un piano acoustique. On le découvre bruiteur, créateur de sons au Fender Rhodes, instrument qu’il utilise avec un rare bonheur et avec lequel il parvient à donner une dimension onirique à la musique (les sonorités de harpe de HeaR(E) & kNOW) tout en lui apportant un groove permanent. Gabriel n’a pas pour autant abandonné le piano. Il en joue dans I’M’N’U, dans Ballade en cet… , et nous fascine par les couleurs de ses accords. Il laisse le trombone exposer les thèmes, les nourrit d’harmonies, en poétise les notes. Libre et spontané, sa musique “in progress“ possède beaucoup de charme.

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 14:31

R.L. Patterson, coverOn avait un peu perdu sa trace depuis une magnifique apparition au New Morning en octobre 2008. Ronnie Lynn Patterson y fêtait la sortie de “Freedom Fighters“, disque salué par un aréopage de critiques enthousiastes. Un quasi-silence et de trop rares concerts ne nous ont pas fait oublier le pianiste qui affiche un talent intact dans “Music“, premier disque paraissant sur OutNote, nouveau label de jazz confié à Jean-Jacques Pussiau et dont on souhaite une longue carrière. Ce dernier avait co-produit le très beau “Mississippi“ de Ronnie Lynn sur son défunt label Night Bird. C’est de lui que vient l’idée de ce recueil de standards, librement choisi par un pianiste dont il partage les choix artistiques. Jean-Jacques lui a également suggéré Louis et François Moutin, paire rythmique gémellaire avec laquelle Ronnie Lynn s’est très vite retrouvé en osmose.

 

Batteur venu tardivement au piano, Ronnie Lynn Patterson n’a jamais oublié la discothèque familiale, les albums du quartette de John Coltrane, “Miles Smiles“ et surtout “Kind of Blue“ de Miles Davis, un disque que son père mélomane passait toujours la veille de Noël. Plus tard, un enregistrement Atlantic le fascinera. Il réunit McCoy Tyner, Herbie Hancock, Chick Corea et Keith Jarrett, quatre pianistes qui apportent au jazz de nouvelles couleurs harmoniques.

 

Ces dernières teintent toujours le piano de Ronnie Lynn qui a toutefois dépassé ses influences pour faire œuvre originale. Liés à son histoire, les standards qu’il propose ici ont jalonné son cheminement pianistique. Lazy Bird de John Coltrane est l’arrangement qu’en donne McCoy dans l’album Atlantic qui l’a tant marqué. Summer Night, une chanson de Harry Warren, est repris par Chick Corea dans “Trio Music, Live in Europe“, un enregistrement ECM de 1984 que Ronnie Lynn a beaucoup écouté. Choisissant un tempo plus lent, il éclaire davantage le thème qui inspire à François Moutin un beau chorus mélodique dont R.L. Patterson n&bil fait chanter les notes.

 

C’est également un arrangement de Chick Corea (il provient du double album Blue Note “Circling In“) qu’emprunte Ronnie Lynn lorsqu’il joue Blues Connotation d’Ornette Coleman, un thème abstrait, une ritournelle anguleuse dont il saisit la mélodie pour en traduire le lyrisme. La reprise de Moon and Sand, un thème d’Alec Wilder dont s’empare dès 1941 Xavier Cugat, n’est pas non plus fortuite. Keith Jarrett en donne une magnifique version en trio dans “Standards, Vol.2“ . La contrebasse de François double joliment la ligne mélodique. Le drumming musical de Louis pèse son poids d’émotion. Le pianiste égraine de longues phrases chargées de notes et ses voicings vertigineux nous emportent dans leur flot impétueux. Difficile de jouer Monk sans refaire du Monk. Dans “Trio Music“ Chick Corea y parvient. Ronnie Lynn Patterson aussi. Les notes d’Evidence se retrouvent tellement mêlées aux siennes, qu’elles se dissolvent, disparaissent dans une improvisation joyeuse qui ne conserve rien des accords syncopés du thème. It’s Easy to Remember de Richard Rodgers est également lié à un souvenir personnel. Un pianiste qu’il connaissait le jouait dans un bar de Washington. Ebloui, il en releva les accords.

 

C’est cette version que l’on entend ici, la seule que goûte Ronnie Lynn qui en connaît pourtant bien d’autres. Son piano rêve de notes dorées par le soleil. Elles sortent toutes seules de sa tête dans All Blues, une musique romantique spontanément introduite en solo. Exposé par la contrebasse, le thème se révèle tardivement. Avec lui rentre la batterie, une section rythmique qui ne marque pas seulement le tempo, mais aplanit le terrain, et devance les idées du pianiste. C’est une version neuve de ce grand classique que nous offre le trio. Un cadeau, tout comme l’est cette reprise de Blue in Green, un autre instantané de “Kind of Blue“, petit miracle de fraîcheur et de tendresse, dont les notes lumineuses et solaires procurent une émotion intense.

 

Accompagné par François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Ronnie Lynn Patterson donne un concert le mardi 15 juin au Duc des Lombards pour fêter la sortie de son disque.

Photo © Jean-Jacques Pussiau

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 11:04

Stephan-Oliva-n-b-b.jpgLUNDI 31 mai

Triple concert au Sunside. Riche de onze références, sans bruit, un label pas comme les autres, fête son deuxième anniversaire. Parmi les enregistrements édités, “Pandore“  de Stéphan Oliva et Jean-Marc Foltz, “New York City Session“ réunissant Bruno Angelini, Joe Fonda et Ramon Lopez,“Lives of Bernard Herrmann“ de Stéphan Oliva et “Lilienmund“ de Sophia Domancich et Raphaël Marc, ces deux derniers disques venant de paraître, ont mes préférences. Vous ne les trouverez pas dans les bacs des disquaires, sans bruit ne proposant la musique de ses artistes qu’en téléchargement (MP3 320 ou FLAC qualité CD).

Stéphan Oliva bLa fête au Sunside, sans tambours ni trompettes, mais avec trois artistes qui ont récemment confié leurs musiques intimistes au label. On connaît la passion de Stéphan Oliva pour les musiques de film. Auteur en 1997 d’un des plus beaux disques de la série Jazz’n (e)motion dans lequel il nous livre une première version de Vertigo, puis toujours en solo d’un remarquable “Ghosts of Bernard Herrmann“ chez Illusions en 2007, deux disques épuisés, le pianiste met aujourd’hui en circulation “Lives of Bernard Herrmann“, un concert enregistré au Luxembourg le 16 octobre dernier. Stéphan en donne peu et l’entendre jouer les musiques de Bernard Herrmann au Sunside est un bonheur qui ne se refuse pas. Il en a patiemment relevé les moments les plus marquants et les a transposés au piano tout en s’offrant la liberté d’improviser, de changer l’ordre des séquences existantes. Les partitions posées sur le piano servent d’aide-mémoire à une création personnelle de l’interprète. Très vite, les seuls bruits qui règnent dans le club sont les notes du piano. Elles nous parviennent clairement articulées. Stéphan sait les faire sonner, leur donner puissance et dynamique. On imagine sans peine Stéphan Oliva, coverles images qu’elles évoquent, elles sont dans nos mémoires. Vertigo occupe une place de choix dans ce long set pianistique. On passe d’une musique romantique aux harmonies subtiles à un foisonnement de notes dissonantes, venimeuses, angoissantes. Le piano joue la cadence confiée aux cordes dans Psychose. Sur l’écran de nos yeux clos défilent en noir et blanc les paysages de l’Amérique que traverse Janet Leigh dont le destin s’achève dans un motel, sous une douche. Par un savant agencement de dissonances et de notes graves puissamment martelées, le piano nous restitue l’horreur de la scène. Dans Taxi Driver, ce même piano adopte les couleurs amères et sombres du blues pour suivre le yellow cab de Robert De Niro dans ses périples nocturnes. Il ruisselle de tendresse pour évoquer la mer, les rencontres de Gene Tierney et du défunt capitaine Gregg (Rex Harrison) dans The Ghost and Mrs Muir, l’une des plus belles partitions d’Herrmann  jouée en rappel. Une pièce absente de l’enregistrement luxembourgeois de Stéphan dans lequel on retrouve les thèmes inoubliables du compositeur transcendé par un piano les portant comme nul autre pareil. 

Sophia Domancich b

C’est au tour de Sophia Domancich d’occuper la scène. Introduit par les effets électroniques de Raphaël Marc, son piano égrène les premières notes de “Lilienmund“ une suite en six parties inspirée par des lieder de Robert Schumann. Romantique dans le premier mouvement, le piano fait peu à peu entendre un langage plus abstrait, écoute et répond aux sons qu’il rencontre, des samples de l’“Iris Dévoilée“ de Qigang Chen (un élève d’Olivier Messiaen), du “Lulu“ d ‘Alban Berg. L’électronique habille subtilement un discours onirique. Sophia peut marteler son piano, mettre en boucle des ostinato de notes, développer de longs voicings, jouer avec les cordes métalliques de sa table d’harmonie ou percuter avec énergie des Sophia Domancich, coverclusters au sein de tempos éclatés, sa musique reste étonnamment lisible. Dans le troisième mouvement, le piano répond à un quatuor à cordes qu’elle a composé. Ses notes voluptueuses et tendres se détachent et respirent. Traitées par l’électronique, elles s’amusent de leurs propres résonances, réagissent aux voix qu’elles rencontrent et qui les interpellent. Un beat électro rythme le pénultième mouvement. Le tempo est vif, les notes abondantes coulent en cascade. Le piano évoque un des lieder de l’opus 48 de Schumann et croise la voix samplée de Dietrich Fischer-Dieskau. Un ostinato mélodique achève le cycle. Un battement de cœur l’accompagne. On sort du club le cœur chaud et battant. Il est près de minuit et Pascal Maupeu n’est pas encore monté sur scène. Trop tard pour moi. La fête aurait dû commencer une heure plus tôt.  On écoutera ses guitares, ses “Folk Standards“  en les téléchargeant. Le site :  www.sansbruit.fr  Ajoutez-le à vos favoris.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 11:16

Antoine Hervé, coverMusicien fantasque, Thelonious Monk ne faisait rien comme les autres. Il laisse environ quatre-vingts compositions et de nombreux enregistrements. Des thèmes simples, mais construits avec des notes savamment décalées, des dissonances calculées, des intervalles chromatiques (Monk’s Dream), des notes ou des accords assemblés pour leur sonorité. Les rythmes, les harmonies de Monk se confondent avec les mélodies qu’il invente. Difficile de les jouer de façon personnelle, de leur trouver des harmonies nouvelles, de mettre des couleurs sur ces accords étranges qui parviennent à sonner. Difficile d’aborder « une œuvre dont les dimensions cubistes nous interdisent déjà d’y distinguer le sol du plafond, l’envers de l’endroit, le dessus du dessous, l’horizontal du vertical » pour citer Franck Bergerot auteur des textes du livret. En 1997, date de cet enregistrement live, oncle Antoine n’a pas encore examiné Monk à la loupe, raconté et expliqué sa musique lors de ses fameuses leçons de jazz au cours desquelles il évoque le pianiste dansant sur sa musique pendant ses concerts, et insiste sur la complexité rythmique de ses pièces. C’est cette complexité qui intéresse ici Antoine Hervé dont le piano met en relief la sensation de perte d’équilibre, de tangage que donne la musique de Monk. Confié à Antoine, le rythme monkien ne reste jamais très longtemps linéaire. Il bouge, se brise, accélère ou ralentit selon les idées mélodiques qu’introduit l’improvisateur. Les notes de Think of One, de Well You Needn’t sont des pas de danse sur une corde raide. Les chausse-trappes qu’ils contiennent ne parviennent pas à faire tomber le pianiste qui jongle avec les difficultés et les dissonances, les contourne ou les utilise selon les cas, son bagage technique et sa virtuosité lui permettant d’imaginer une autre façon de jouer Monk. Le regard qu’il lui porte éveille sa mémoire. Antoine parsème ainsi ses improvisations de nombreuses citations. Olivier Messiaen est évoqué dans All Alone, un standard d’Irving Berlin que Monk reprend dans l’album “Thelonious Himself“. Un autre morceau de Monk, I Mean You, est cité au milieu de Monk’s Mood. Dans cette pièce, la plus longue de l’album, Antoine Hervé s’abandonne à une certaine rêverie, s’écarte du thème, y retourne comme un promeneur empruntant des chemins de traverse. Il flâne aussi dans Round Midnight et Ruby My Dear, deux des plus belles pages de l’ermite, ce qui lui permet, d’exprimer son lyrisme, son attachement à la mélodie, et d’affirmer l’originalité de son piano.

 

Antoine Hervé sera au théâtre du Châtelet le 14 juin. Au programme : "Mozart La Nuit" avec François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 08:51

Micros clubJuin - Déjeuner vendredi avec Jean-Paul qui n’a pas cessé de râler. Feuilletant le numéro de juin de Jazz Magazine / Jazzman que je viens de recevoir, voilà qu’il me sort que « le jazz y est totalement absent ». Jean-Paul exagère. Je lui accorde que Joëlle Léandre fait de la musique improvisée, mais je lui mets sous les yeux les pages consacrées à Hank Jones et à Barry Harris, ses idoles, et ce grand dossier sur Eddy Louiss dont je sais qu’il possède quelques disques. « C’était bien dans les années 60, au Caméléon avec Jean-Luc Ponty et Daniel Humair. Depuis, Eddy fait joujou avec des machines, des ordinateurs plein d’instruments virtuels. »  Rien à faire, Jean-Paul ne décolère pas. Les nombreuses pages que le journal consacre aux disques ne lui parlent pas, sauf lorsqu’il découvre la chronique d’un Sonny Rollins ou d’un Charles Mingus dont il possède tous les albums. Il préfère suivre les Jazz à FIP de Philippe Machin Chose Etheldrède qui programme les valeurs sûres qu’il connaît bien. Jean-Paul aime pourtant Jacky Terrasson et s’est rendu à l’Institut Océanographique de Paris écouter son concert. Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett, Michael Brecker sont les derniers jazzmen qui trouvent grâce à ses yeux. A l’en croire, leurs successeurs seraient des clones ne possédant aucun talent. Jean-Paul déteste ainsi Madeleine Peyroux dont le timbre de voix ressemble trop à celui de Billie Holiday. Comme si l’on pouvait reprocher à une voix de ressembler à une autre, comparer des artistes qui possèdent tous une personnalité, une sensibilité unique. Jean-Paul est un cas, un personnage à part qui est loin d’avoir toujours raison. Il n’est malheureusement pas le seul à faire l’impasse sur le jazz de ces trente dernières années. Pour tenter de vendre leurs disques, labels et musiciens ont volontairement entretenu la confusion des genres. Plus personne n’y comprend rien et la lecture des programmes des festivals ne donne pas vraiment envie de s’y rendre. Entre les grandes vedettes médiatiques qui ne tiennent pas toujours leurs promesses et quantité de formations aussi saugrenues qu’incongrues dont on se demande ce qu’elles font comme musique, les vrais jazzmen ont bien du mal à s’y faire entendre. D’où la nécessité de se référer aux prescriptions de journalistes compétents qui sélectionnent les disques et les concerts intéressants, d’où l’importance d’une presse jazz et de blogs qui aident l’amateur à s’y retrouver. Comme Jean-Paul, certains ont arrêté l’horloge du temps et n’écoutent plus que le passé. L’histoire du jazz n’a pas fini de s’écrire. Il est bon de regarder en arrière, T. L. Carrington & Cédric Hanriotmais le jazz est aussi aujourd’hui et demain.

 

QUELQUES CONCERTS EN JUIN

-Le Sunside accueille deux soirs de suite (le 3 et le 4) le trio de la “batteuse“ Terry Lynn Carrington. Outre l’excellent James Genus à la contrebasse, la dame chapeaute un jeune pianiste véloce et plein d’idées. Elève de Danilo Perez, Cédric Hanriot a joué et enregistré avec Joe Lovano et John Patitucci partage son temps entre la France et les Etats-Unis. On ne manquera pas ces concerts parisiens.

Enrico Rava

-Le Sunside toujours, pour Enrico Rava qui l’occupe du 8 au 10 juin. Il y retrouve un vieil ami, Aldo Romano, pour nous transmettre la chaleur de leur Italie natale. Rava est un des trompettistes les plus lyriques de la planète jazz. Aldo écrit des thèmes solaires qu’il fait bon fredonner. Avec eux Baptiste Trotignon et son piano toujours élégant, Thomas Bramerie à la contrebasse pour mettre du liant entre les musiciens de l’orchestre. Difficile de faire l’impasse sur ce quartette de rêve.

 

-Jamie Cullum à l’Olympia le 10 et le 11. Un an ou presque sans donner de concerts et le chanteur attire à lui un immense public. Les amateurs de jazz auraient tort de bouder la tournée mondiale d’un vrai musicien qui sous des habits de pop star, célèbre magnifiquement le jazz et ses standards.

O. Hutman & D. King b

 

-Denise King et Olivier Hutman retrouvent le Duc des Lombards le 12. La chanteuse de Philadelphie et son pianiste français attitré  nous y avaient enthousiasmé en octobre dernier. Les qualités vocales de Denise King impressionnent. Elle possède une voix chaude et puissante, aborde avec un bonheur égal le jazz et la soul et chante le blues comme nulle autre. Avec elle les couleurs du merveilleux piano d’Olivier, mais aussi la contrebasse de Philippe Brassoud et les tambours de Charles Benarroch pour rythmer un swing, une diction impeccable.

 

Antoine Hervé-Antoine Hervé au théâtre du Châtelet le 14 pour célébrer Mozart La Nuit avec François (contrebasse) et Louis (batterie) Moutin, mais aussi avec Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin. Si le spectacle créé en 1997 a fait une belle carrière, le disque publié en 2002 n’a pas connu le retentissement médiatique qu’il méritait. Une belle occasion pour le redécouvrir.

- Les amateurs de sensations fortes et de chorus musclés choisiront le trio de Daniel Humair, Bruno Chevillon et Tony Malaby qui se produit le même soir au Café de la Danse. Entièrement improvisée, leur musique osée et novatrice subjugue, voire dérange par sa force et sa puissance expressives. Âmes sensibles Ronnie Lynn Pattersons‘abstenir.

 

-Pianiste cher à mon cœur, Ronnie Lynn Patterson donne trop peu de concerts. Le Duc des Lombards le programme le 15, histoire de fêter la sortie d’un nouvel album entièrement consacré à des standards de jazz. Au Châtelet la veille, François et Louis Moutin n’auront que quelques rues à traverser pour le rejoindre s ur scène. Ce sont eux qui l’accompagnent dans “Music“  premier disque à paraître sur le label Out Note dont la direction artistique a été confiée à Jean-Jacques Pussiau.

 

Marc Buronfosse-La cave du 38 Riv’ (38 rue de Rivoli 75004 Paris) accueille le 16 le Marc Buronfosse Sounds Quartet - Jean-Charles Richard aux saxophones et flûte, Benjamin Moussay aux claviers, Antoine Banville à la batterie et Marc Buronfosse à la contrebasse. “Face the Music“, le disque de Marc est une des plus heureuses surprises musicales de l’année. Sa chronique se trouve dans ce blog à la date du 21 mai et Franck Bergerot en fait l’éloge dans le numéro de juin de Jazz Magazine / Jazzman. Laissez-vous donc convaincre.

Carine Bonnefoy 

-Le 20 à 15 heures, le DAG trio (Sophia Domancich piano, Jean-Jacques Avenel contrebasse et Simon Goubert batterie) se produit au Parc Floral de Vincennes dans le cadre du Paris Jazz Festival. Carine Bonnefoy et les musiciens de son New Large Ensemble lui succédera à 16h30 pour jouer la musique de “Tribal“  un disque qui a eu les honneurs de ce blog en avril.

 

-On dit grand bien du jeune guitariste Adrien Moignard. Autodidacte, il écoute du blues et du rock, découvre la guitare de Django Reinhardt puis celles de Pat Metheny, Georges Benson et Adrien Moignard©J.B.MillotBiréli Lagrène. Il est parvenu à rendre cohérentes ses nombreuses influences et s’est forgé au fil des ans un jeu très personnel. “All the Way“, une réussite, vient de sortir chez Dreyfus Jazz. Une seconde guitare épaulera la sienne au Duc des lombards le 23, celle de Benoît Convert, Jérôme Regard à la contrebasse et Xavier Sanchez à la batterie complétant la formation.

Christophe-Wallemme.jpg

-Christophe Wallemme et son Namaste Project sur la péniche Anako le 25 (61 quai dela Seine, 75019 Paris) dans le cadre du Festival Quai Jazz (quatorze concerts du 10 juin au 1Juillet). Le contrebassiste s’inspire de l’Inde de son enfance pour mêler couleurs, rythmes et sonorités orientales dans une musique capiteuse qui lui est très personnelle. Avec Prabhu Edouard aux tablas, Sandip Chatterjee au Wayne Shorter bsantoor et Sylvain Barou à la flûte.


  -Wayne Shorter sur le parvis de la Défense le 26 dans le cadre de son festival. Le saxophoniste s’y produit avec son quartette habituel, Danilo Perez au piano, John Patitucci à la contrebasse et Brian Blade à la batterie, le groupe idéal pour accompagner les audaces harmoniques de ses compositions, improviser avec lui une musique libre qui se réinvente à chaque concert.

Caetano Veloso

 

-Caetano Veloso sur ce même parvis de la Défense le 27 à 18 heures. Auteur de magnifiques albums, ce grand chanteur brésilien, une icône en son pays, subjugue son public par une voix très pure qu’il colore d’un léger vibrato, par une guitare aux notes syncopées qui rythme les merveilleuses chansons qu’il compose.

Nagual Orchestra ©Cédric Bosquet

 

-Le 30, le Studio de l’Ermitage (8, rue de l’Ermitage 75019 Paris) accueille le Nagual Orchestra dans le cadre du Festival Quai Jazz. La formation n’est plus tout à fait la même depuis l’enregistrement en 2007 de “La boîte à desseins“, son premier disque. Olivier Laisney à la trompette et Alexis Pivot au piano ont rejoint Florent Hubert (saxophone ténor et à la clarinette), Matthieu Bloch (contrebasse) et David Georgelet (batterie). Le groupe séduit par la couleur spécifique de sa sonorité, ses compositions diversifiées.  

- Linda Oh, Ambrose Akimusire et Nasheet Waits au Sunside le même soir. Le club parisien y organise depuis dix-neuf ans un American Jazz Festival qui a lieu cette année du 25 juin au 27 juillet. Née en Malaisie et aujourd’hui new-yorkaise, Linda Oh (contrebasse) séduit par sa musique audacieuse. On écoutera l’excellent trompettiste Ambrose Akimusire dans “Live in Paris“ (Space Time Records), disque récent du saxophoniste Walter Smith III. On ne présente plus le batteur Nasheet Waits qui fut membre de diverses formations d’Andrew Hill, travaille avec Jason Moran, Fred Hersch et rythme le jazz de l’Amérique.

Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com

Olympia : http://www.olympiahall.com

Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

Théâtre du Châtelet :  http://www.chatelet-theatre.com

Café de la Danse : http://www.cafedeladanse.com

Le 38 Riv’ : http://www.38riv.com

Paris Jazz Festival : http://www.parisjazzfestival.fr

Quai Jazz : http://www.quaijazz.com

La Défense Jazz Festival : http://www.ladefensejazzfestival.fr

Studio de l’Ermitage : http://www.studio-ermitage.com

  

CREDITS PHOTOS : Terry Lynn Carrington & Cédric Hanriot : Photo X/DR - Micros club, Enrico Rava, Denise King & Olivier Hutman, Antoine Hervé, Ronnie Lynn Patterson, Carine Bonnefoy ©Pierre de Chocqueuse -  Marc Buronfosse © Christian Berthier - Adrien Moignard © Jean-Baptiste Millot - Christophe Wallemme © Abeille Musique - Wayne Shorter, Caetano Veloso © Universal Music - Nagual Orchestra © Cédric Bosquet. 

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 08:54

Sendecki, coverSideman dans une centaine d’albums studio (on trouve son nom associé à Jaco Pastorius, Joe Henderson, Miroslav Vitous, Michael et Randy Brecker, Tomasz Stanko, Peter Herbolzheimer, Michal Urbaniak et beaucoup d’autres), Vladyslav Sendecki reste pourtant à peu près inconnu des amateurs de jazz français. Né en Pologne en 1955, pianiste classique passé au jazz après une carrière de concertiste, Sendecki  a constitué plusieurs groupes importants dans son pays avant d’émigrer en Suisse et travailler aux Etats-Unis. Installé en Allemagne depuis 1995, il est aujourd’hui le pianiste du célèbre NDR Big Band basé à Hambourg, l’un des meilleurs orchestres de jazz européen. Après “Piano“, un premier disque en solo publié en 2007 sur un petit label indépendant, Provocateur Records, Vladyslav Sendecki en sort un second sur ACT. Enregistré au Schloss Elmau, magnifique château niché au cœur des Alpes bavaroises, l’album s’ouvre sur deux thèmes traditionnels. Brodant de nombreuses variations sur leurs éléments mélodiques, Sendecki les décline sur des tempos variés, modèle sans cesse de nouveaux paysages sonores. Formé au piano classique (il a étudié la composition avec Krzysztof Penderecki et Henryk Górecki), il sait faire sonner son instrument, donner de la dynamique à ses notes, et met son toucher élégant au service d’harmonies raffinées.  Sa virtuosité sert la fluidité de la phrase qu’il rythme sur différents tempos, introduisant de brefs passages fugués, des répétitions de fragments mélodiques. Tendres et romantiques, ces deux premières pièces, surtout la seconde, traduisent la sensibilité du pianiste qui, abandonné à la rêverie, fait chanter les notes enchanteresses de Wiegenlied. Le swing et le blues s’introduisent dans cet univers romantique avec Lily of the Valley, une pièce de son frère Stefan. A Kind of blues s’ouvre par une improvisation contrapuntique. Sendecki sollicite alors toute l’étendue de son clavier, fait puissamment sonner ses notes et leur donne un relief saisissant. Le feu d’artifice se poursuit avec Karpaten Blues, morceau au sein duquel le pianiste tricote des cascades d’arpèges, des gerbes de notes chatoyantes. Dans Obertas et Blackbird, les rythmes passent au premier plan, les phrases héritent de cadences soutenues. Blackbird débouche sur une longue et fascinante improvisation. La main gauche joue un ostinato envoûtant. La droite ornemente, attaque et articule les notes avec précision et vélocité. Jusqu’à la dernière plage de ces deux concerts (l’étonnant Evening Psalm dédié au violoniste Zbigniew Seifert), Vladyslav Sendecki subjugue et esbaudit par un piano magnifique.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 09:27

LUNDI 3 mai

Marc-Copland.jpgMarc Copland au Sunside. Il y joue plusieurs fois par an, avec des sections rythmiques différentes, attire peu de monde, un public non éduqué étant difficilement capable d’apprécier de la bonne et vraie musique . Copland est pourtant l’un des rares pianistes du jazz moderne qui possède un langage vraiment original. Soutenu mollement par la presse, confronté à un  espace de médiocrité culturelle au sein duquel tous ceux qui improvisent se prétendent musiciens de jazz, il œuvre dans l’ombre et a du mal à faire reconnaître la singularité de son jeu pianistique. Il a pourtant enregistré une vingtaine d’albums dont plusieurs sont des références incontournables. “Alone“, son magnifique dernier opus, a été enregistré en solo, mais c’est en trio qu’il s’est produit le 3 mai à Paris, avec Doug Weiss à la contrebasse et Jochen Rueckert Doug Weissà la batterie. Si Marc Copland a travaillé plusieurs fois avec ce dernier, la présence de Doug Weiss à ses côtés est plus inhabituelle. Un excellent choix au regard de ce concert, l’un des meilleurs que le pianiste a donné ces derniers mois dans la capitale. Avec Weiss, Copland libéré joue son meilleur piano, hypnotise par ses longs voicings aux notes colorées et tintinnabulantes, son jeu de pédales élaboré apportant des teintes délicates et brumeuses à ses ostinato. S’il reprit quelques-unes de ses compositions (Talking Blues, Night Whispers), le pianiste joua essentiellement des standards, Green Dolphin Street, In a Sentimental Mood, The Way You Look Tonight, Fall de Wayne Shorter, des morceaux auxquels il donne un nouvel éclairage harmonique, sa manière de les aborder restant très personnelle. Sous un flux de notes scintillantes, Cantaloupe Island perd ainsi son aspect funky, devient exploration de nouveaux paysages musicaux. Doug Weiss fait chanter sa contrebasse, prend le relais du piano pour improviser un chorus mélodique. Les deux hommes s’entendent à merveille pour jouer une partie de ping-pong ludique et subtile dans laquelle Jochen Rueckert, rêvassant, arbitre leurs échanges du bout de ses baguettes.

VENDREDI 7 mai

Lescot, CollignonPièce de théâtre, spectacle musical, “L’instrument à pression“ combine les deux. Le Théâtre Le Village de Neuilly-sur-Seine en donnait une unique représentation le 7 mai. Dans “Ecrire pour le théâtre“ (Les Carnets du Grand T n°16, Editions Joca Seria), à paraître en juillet 2010, l’auteur de la pièce David Lescot déclare : « Je voulais faire un théâtre hybride, mêlé, qui incorpore d’autres formes d’art, et notamment la musique et le chant. » “L’instrument à pression“ contient tout cela. Auteur, metteur en scène, mais aussi comédien et musicien de sa pièce, David joue de la guitare et de la trompette. Comme Médéric Collignon, LlorcaCollignon qui tient le rôle de l’apprenti joueur de biniou. Face à lui, un professeur dictatorial (Jacques Bonnafé) lui enseigne l’instrument, lui donne ses premières leçons. Le professeur façonne, le musicien absorbe, non sans souffrir. Aux dommages corporels, à la douleur physique de l’apprentissage s’ajoute la violence des mots : «  Oublie le biniou, laisse tomber le biniou (…) C’est pas difficile. C’est dangereux. C’est mortel. Mais c’est pas difficile. »

Diffusé sur France Culture en septembre 2002, mis en scène par Véronique Bellegarde et joué au Festival Jazz à la Villette et à Banlieues Bleues, “L’Instrument à pression“ est d’abord un texte (publié en 2004 chez Actes Sud – Bonnafé, Lescot, CollignonPapiers), une réflexion sur l’impossibilité de l’harmonie, sujet traité jusqu’à l’absurde dans “L’amélioration“, une autre pièce de David. L’apprenti trompettiste absorbe jusqu’à l’indigestion. Soumis à de fortes pressions, le musicien craque, souffle de plus en plus fort, de plus en plus à côté des autres, perturbe le déroulement de leurs concerts et tombe, victime d’une rupture d’anévrisme, d’un contre-ut suraigu. Dans cette fable initiatique dans laquelle le rôle féminin est tenu par la comédienne et chanteuse Odja Llorca (Philippe Gleizes assurant la batterie), l’écriture vive et brillante saisit le rythme, l’énergie du jazz. Les chorus sont entendus comme chapitres de la pièce. Confiées à des musiciens comédiens qui en assemblent d’inattendues, les notes prolongent les mots qui sont aussi de la musique. 

Avitabile, A. Ducros, L. MoutinAnne Ducros chante le même soir au Sunside. Franck Avitabile au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et Louis Moutin à la batterie l'accompagnent. Le premier set s’est achevé et Anne, Franck et Louis posent devant mon objectif avant de remonter sur scène. Le concert reprend avec une version en trio de Green Dolphin Street. Abordé sur un tempo rapide, ce standard décidément très prisé par les jazzmen hérite d’improvisations musclées et inventives, des belles idées harmoniques de Franck Avitabile. Anne rejoint les trois hommes pour un Just in Time impressionnant. Sa voix est chaude, puissante. Elle sait comment respirer, faire venir l’air de ses poumons, le faire vibrer pour donner vie à son chant. Elle peut tenir longtemps une note, la diminuer sans perdre Anne Ducros n&bses propriétés musicales. Sa pratique vertigineuse du scat traduit son formidable métier. Derrière elle, la contrebasse chante, la batterie souligne et anticipe. Très à l’aise avec un public qu’elle a très vite séduit, Anne présente avec beaucoup d’humour les standards qu’elle reprend. I Remember Clifford, Body and Soul (dédié aux quelques hommes qui ont traversé sa vie), Autumn Leaves, The Island d’Ivan Lins, le répertoire fait part belle aux ballades. En duo avec Franck Avitabile, Anne nous offre une belle version de You’ve Changed. Prodigue de jolies notes, un tendre piano accompagne la voix, lui offre ses plus belles notes. Sur tempo rapide, l’instrument prend les couleurs du blues, tire avec brio des feux d’artifice de notes inattendues. S’appuyant sur une technique vocale éprouvée, Anne Ducros affirme alors un chant très sûr et prend des risques, le flux musical se voyant brillamment rythmé par les onomatopées qu’elle invente.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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