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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 15:30

G.-Zufferey--cover.jpgEnregistré avec Sébastien Boisseau et Daniel Humair, “Après l’orage“ de Gabriel Zufferey fut une des bonnes surprises jazzistiques de l’année 2004. Le jeune pianiste suisse s’était fait remarqué cinq ans plus tôt en remportant à quatorze ans le prix du meilleur espoir au deuxième Concours International de Piano Jazz Martial Solal. Après quelques concerts dont un au Duc des Lombards, le musicien prometteur prit du temps et du recul pour préparer ce second disque, deux pièces de Thelonious Monk et des compositions originales pour la plupart composées lors d’un séjour à New York en 2009, un enregistrement live au sein duquel on le retrouve dans un environnement sonore très différent. Le trombone de Samuel Blaser, musicien suisse résidant à Berlin, donne un aspect austère à un jazz moderne que colorent les claviers de Gabriel. On est surpris par le contraste de leurs sonorités. Une voix grave et expressive pose les thèmes de ‘Round Midnight et de Blue Monk, dialogue avec le saxophone ténor de Maria Kim Grand dans Be(e) Honey, et ne dédaigne pas les effets de growl. Un piano électrique à la sonorité déformée par de mystérieuses pédales lui répond par des cascades de notes brillantes et lumineuses. Gabriel Zufferey n’abuse pas de sa virtuosité. Il pratique un jeu sobre et économe. Ses doigts se font délicats et tendres pour faire chanter des motifs mélodiques. Patrice Moret à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie marquent rarement un tempo régulier. Ils colorent et jouent avec une rare souplesse des rythmes inattendus. Dans ‘Round Midnight, la basse adopte ainsi un rythme saccadé, presque un riff de reggae. Les musiciens disposent tous de beaucoup d’espace pour improviser et ne manquent pas de bonnes idées. On a connu Gabriel derrière un piano acoustique. On le découvre bruiteur, créateur de sons au Fender Rhodes, instrument qu’il utilise avec un rare bonheur et avec lequel il parvient à donner une dimension onirique à la musique (les sonorités de harpe de HeaR(E) & kNOW) tout en lui apportant un groove permanent. Gabriel n’a pas pour autant abandonné le piano. Il en joue dans I’M’N’U, dans Ballade en cet… , et nous fascine par les couleurs de ses accords. Il laisse le trombone exposer les thèmes, les nourrit d’harmonies, en poétise les notes. Libre et spontané, sa musique “in progress“ possède beaucoup de charme.

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 14:31

R.L. Patterson, coverOn avait un peu perdu sa trace depuis une magnifique apparition au New Morning en octobre 2008. Ronnie Lynn Patterson y fêtait la sortie de “Freedom Fighters“, disque salué par un aréopage de critiques enthousiastes. Un quasi-silence et de trop rares concerts ne nous ont pas fait oublier le pianiste qui affiche un talent intact dans “Music“, premier disque paraissant sur OutNote, nouveau label de jazz confié à Jean-Jacques Pussiau et dont on souhaite une longue carrière. Ce dernier avait co-produit le très beau “Mississippi“ de Ronnie Lynn sur son défunt label Night Bird. C’est de lui que vient l’idée de ce recueil de standards, librement choisi par un pianiste dont il partage les choix artistiques. Jean-Jacques lui a également suggéré Louis et François Moutin, paire rythmique gémellaire avec laquelle Ronnie Lynn s’est très vite retrouvé en osmose.

 

Batteur venu tardivement au piano, Ronnie Lynn Patterson n’a jamais oublié la discothèque familiale, les albums du quartette de John Coltrane, “Miles Smiles“ et surtout “Kind of Blue“ de Miles Davis, un disque que son père mélomane passait toujours la veille de Noël. Plus tard, un enregistrement Atlantic le fascinera. Il réunit McCoy Tyner, Herbie Hancock, Chick Corea et Keith Jarrett, quatre pianistes qui apportent au jazz de nouvelles couleurs harmoniques.

 

Ces dernières teintent toujours le piano de Ronnie Lynn qui a toutefois dépassé ses influences pour faire œuvre originale. Liés à son histoire, les standards qu’il propose ici ont jalonné son cheminement pianistique. Lazy Bird de John Coltrane est l’arrangement qu’en donne McCoy dans l’album Atlantic qui l’a tant marqué. Summer Night, une chanson de Harry Warren, est repris par Chick Corea dans “Trio Music, Live in Europe“, un enregistrement ECM de 1984 que Ronnie Lynn a beaucoup écouté. Choisissant un tempo plus lent, il éclaire davantage le thème qui inspire à François Moutin un beau chorus mélodique dont R.L. Patterson n&bil fait chanter les notes.

 

C’est également un arrangement de Chick Corea (il provient du double album Blue Note “Circling In“) qu’emprunte Ronnie Lynn lorsqu’il joue Blues Connotation d’Ornette Coleman, un thème abstrait, une ritournelle anguleuse dont il saisit la mélodie pour en traduire le lyrisme. La reprise de Moon and Sand, un thème d’Alec Wilder dont s’empare dès 1941 Xavier Cugat, n’est pas non plus fortuite. Keith Jarrett en donne une magnifique version en trio dans “Standards, Vol.2“ . La contrebasse de François double joliment la ligne mélodique. Le drumming musical de Louis pèse son poids d’émotion. Le pianiste égraine de longues phrases chargées de notes et ses voicings vertigineux nous emportent dans leur flot impétueux. Difficile de jouer Monk sans refaire du Monk. Dans “Trio Music“ Chick Corea y parvient. Ronnie Lynn Patterson aussi. Les notes d’Evidence se retrouvent tellement mêlées aux siennes, qu’elles se dissolvent, disparaissent dans une improvisation joyeuse qui ne conserve rien des accords syncopés du thème. It’s Easy to Remember de Richard Rodgers est également lié à un souvenir personnel. Un pianiste qu’il connaissait le jouait dans un bar de Washington. Ebloui, il en releva les accords.

 

C’est cette version que l’on entend ici, la seule que goûte Ronnie Lynn qui en connaît pourtant bien d’autres. Son piano rêve de notes dorées par le soleil. Elles sortent toutes seules de sa tête dans All Blues, une musique romantique spontanément introduite en solo. Exposé par la contrebasse, le thème se révèle tardivement. Avec lui rentre la batterie, une section rythmique qui ne marque pas seulement le tempo, mais aplanit le terrain, et devance les idées du pianiste. C’est une version neuve de ce grand classique que nous offre le trio. Un cadeau, tout comme l’est cette reprise de Blue in Green, un autre instantané de “Kind of Blue“, petit miracle de fraîcheur et de tendresse, dont les notes lumineuses et solaires procurent une émotion intense.

 

Accompagné par François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Ronnie Lynn Patterson donne un concert le mardi 15 juin au Duc des Lombards pour fêter la sortie de son disque.

Photo © Jean-Jacques Pussiau

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 11:04

Stephan-Oliva-n-b-b.jpgLUNDI 31 mai

Triple concert au Sunside. Riche de onze références, sans bruit, un label pas comme les autres, fête son deuxième anniversaire. Parmi les enregistrements édités, “Pandore“  de Stéphan Oliva et Jean-Marc Foltz, “New York City Session“ réunissant Bruno Angelini, Joe Fonda et Ramon Lopez,“Lives of Bernard Herrmann“ de Stéphan Oliva et “Lilienmund“ de Sophia Domancich et Raphaël Marc, ces deux derniers disques venant de paraître, ont mes préférences. Vous ne les trouverez pas dans les bacs des disquaires, sans bruit ne proposant la musique de ses artistes qu’en téléchargement (MP3 320 ou FLAC qualité CD).

Stéphan Oliva bLa fête au Sunside, sans tambours ni trompettes, mais avec trois artistes qui ont récemment confié leurs musiques intimistes au label. On connaît la passion de Stéphan Oliva pour les musiques de film. Auteur en 1997 d’un des plus beaux disques de la série Jazz’n (e)motion dans lequel il nous livre une première version de Vertigo, puis toujours en solo d’un remarquable “Ghosts of Bernard Herrmann“ chez Illusions en 2007, deux disques épuisés, le pianiste met aujourd’hui en circulation “Lives of Bernard Herrmann“, un concert enregistré au Luxembourg le 16 octobre dernier. Stéphan en donne peu et l’entendre jouer les musiques de Bernard Herrmann au Sunside est un bonheur qui ne se refuse pas. Il en a patiemment relevé les moments les plus marquants et les a transposés au piano tout en s’offrant la liberté d’improviser, de changer l’ordre des séquences existantes. Les partitions posées sur le piano servent d’aide-mémoire à une création personnelle de l’interprète. Très vite, les seuls bruits qui règnent dans le club sont les notes du piano. Elles nous parviennent clairement articulées. Stéphan sait les faire sonner, leur donner puissance et dynamique. On imagine sans peine Stéphan Oliva, coverles images qu’elles évoquent, elles sont dans nos mémoires. Vertigo occupe une place de choix dans ce long set pianistique. On passe d’une musique romantique aux harmonies subtiles à un foisonnement de notes dissonantes, venimeuses, angoissantes. Le piano joue la cadence confiée aux cordes dans Psychose. Sur l’écran de nos yeux clos défilent en noir et blanc les paysages de l’Amérique que traverse Janet Leigh dont le destin s’achève dans un motel, sous une douche. Par un savant agencement de dissonances et de notes graves puissamment martelées, le piano nous restitue l’horreur de la scène. Dans Taxi Driver, ce même piano adopte les couleurs amères et sombres du blues pour suivre le yellow cab de Robert De Niro dans ses périples nocturnes. Il ruisselle de tendresse pour évoquer la mer, les rencontres de Gene Tierney et du défunt capitaine Gregg (Rex Harrison) dans The Ghost and Mrs Muir, l’une des plus belles partitions d’Herrmann  jouée en rappel. Une pièce absente de l’enregistrement luxembourgeois de Stéphan dans lequel on retrouve les thèmes inoubliables du compositeur transcendé par un piano les portant comme nul autre pareil. 

Sophia Domancich b

C’est au tour de Sophia Domancich d’occuper la scène. Introduit par les effets électroniques de Raphaël Marc, son piano égrène les premières notes de “Lilienmund“ une suite en six parties inspirée par des lieder de Robert Schumann. Romantique dans le premier mouvement, le piano fait peu à peu entendre un langage plus abstrait, écoute et répond aux sons qu’il rencontre, des samples de l’“Iris Dévoilée“ de Qigang Chen (un élève d’Olivier Messiaen), du “Lulu“ d ‘Alban Berg. L’électronique habille subtilement un discours onirique. Sophia peut marteler son piano, mettre en boucle des ostinato de notes, développer de longs voicings, jouer avec les cordes métalliques de sa table d’harmonie ou percuter avec énergie des Sophia Domancich, coverclusters au sein de tempos éclatés, sa musique reste étonnamment lisible. Dans le troisième mouvement, le piano répond à un quatuor à cordes qu’elle a composé. Ses notes voluptueuses et tendres se détachent et respirent. Traitées par l’électronique, elles s’amusent de leurs propres résonances, réagissent aux voix qu’elles rencontrent et qui les interpellent. Un beat électro rythme le pénultième mouvement. Le tempo est vif, les notes abondantes coulent en cascade. Le piano évoque un des lieder de l’opus 48 de Schumann et croise la voix samplée de Dietrich Fischer-Dieskau. Un ostinato mélodique achève le cycle. Un battement de cœur l’accompagne. On sort du club le cœur chaud et battant. Il est près de minuit et Pascal Maupeu n’est pas encore monté sur scène. Trop tard pour moi. La fête aurait dû commencer une heure plus tôt.  On écoutera ses guitares, ses “Folk Standards“  en les téléchargeant. Le site :  www.sansbruit.fr  Ajoutez-le à vos favoris.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 11:16

Antoine Hervé, coverMusicien fantasque, Thelonious Monk ne faisait rien comme les autres. Il laisse environ quatre-vingts compositions et de nombreux enregistrements. Des thèmes simples, mais construits avec des notes savamment décalées, des dissonances calculées, des intervalles chromatiques (Monk’s Dream), des notes ou des accords assemblés pour leur sonorité. Les rythmes, les harmonies de Monk se confondent avec les mélodies qu’il invente. Difficile de les jouer de façon personnelle, de leur trouver des harmonies nouvelles, de mettre des couleurs sur ces accords étranges qui parviennent à sonner. Difficile d’aborder « une œuvre dont les dimensions cubistes nous interdisent déjà d’y distinguer le sol du plafond, l’envers de l’endroit, le dessus du dessous, l’horizontal du vertical » pour citer Franck Bergerot auteur des textes du livret. En 1997, date de cet enregistrement live, oncle Antoine n’a pas encore examiné Monk à la loupe, raconté et expliqué sa musique lors de ses fameuses leçons de jazz au cours desquelles il évoque le pianiste dansant sur sa musique pendant ses concerts, et insiste sur la complexité rythmique de ses pièces. C’est cette complexité qui intéresse ici Antoine Hervé dont le piano met en relief la sensation de perte d’équilibre, de tangage que donne la musique de Monk. Confié à Antoine, le rythme monkien ne reste jamais très longtemps linéaire. Il bouge, se brise, accélère ou ralentit selon les idées mélodiques qu’introduit l’improvisateur. Les notes de Think of One, de Well You Needn’t sont des pas de danse sur une corde raide. Les chausse-trappes qu’ils contiennent ne parviennent pas à faire tomber le pianiste qui jongle avec les difficultés et les dissonances, les contourne ou les utilise selon les cas, son bagage technique et sa virtuosité lui permettant d’imaginer une autre façon de jouer Monk. Le regard qu’il lui porte éveille sa mémoire. Antoine parsème ainsi ses improvisations de nombreuses citations. Olivier Messiaen est évoqué dans All Alone, un standard d’Irving Berlin que Monk reprend dans l’album “Thelonious Himself“. Un autre morceau de Monk, I Mean You, est cité au milieu de Monk’s Mood. Dans cette pièce, la plus longue de l’album, Antoine Hervé s’abandonne à une certaine rêverie, s’écarte du thème, y retourne comme un promeneur empruntant des chemins de traverse. Il flâne aussi dans Round Midnight et Ruby My Dear, deux des plus belles pages de l’ermite, ce qui lui permet, d’exprimer son lyrisme, son attachement à la mélodie, et d’affirmer l’originalité de son piano.

 

Antoine Hervé sera au théâtre du Châtelet le 14 juin. Au programme : "Mozart La Nuit" avec François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 08:51

Micros clubJuin - Déjeuner vendredi avec Jean-Paul qui n’a pas cessé de râler. Feuilletant le numéro de juin de Jazz Magazine / Jazzman que je viens de recevoir, voilà qu’il me sort que « le jazz y est totalement absent ». Jean-Paul exagère. Je lui accorde que Joëlle Léandre fait de la musique improvisée, mais je lui mets sous les yeux les pages consacrées à Hank Jones et à Barry Harris, ses idoles, et ce grand dossier sur Eddy Louiss dont je sais qu’il possède quelques disques. « C’était bien dans les années 60, au Caméléon avec Jean-Luc Ponty et Daniel Humair. Depuis, Eddy fait joujou avec des machines, des ordinateurs plein d’instruments virtuels. »  Rien à faire, Jean-Paul ne décolère pas. Les nombreuses pages que le journal consacre aux disques ne lui parlent pas, sauf lorsqu’il découvre la chronique d’un Sonny Rollins ou d’un Charles Mingus dont il possède tous les albums. Il préfère suivre les Jazz à FIP de Philippe Machin Chose Etheldrède qui programme les valeurs sûres qu’il connaît bien. Jean-Paul aime pourtant Jacky Terrasson et s’est rendu à l’Institut Océanographique de Paris écouter son concert. Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett, Michael Brecker sont les derniers jazzmen qui trouvent grâce à ses yeux. A l’en croire, leurs successeurs seraient des clones ne possédant aucun talent. Jean-Paul déteste ainsi Madeleine Peyroux dont le timbre de voix ressemble trop à celui de Billie Holiday. Comme si l’on pouvait reprocher à une voix de ressembler à une autre, comparer des artistes qui possèdent tous une personnalité, une sensibilité unique. Jean-Paul est un cas, un personnage à part qui est loin d’avoir toujours raison. Il n’est malheureusement pas le seul à faire l’impasse sur le jazz de ces trente dernières années. Pour tenter de vendre leurs disques, labels et musiciens ont volontairement entretenu la confusion des genres. Plus personne n’y comprend rien et la lecture des programmes des festivals ne donne pas vraiment envie de s’y rendre. Entre les grandes vedettes médiatiques qui ne tiennent pas toujours leurs promesses et quantité de formations aussi saugrenues qu’incongrues dont on se demande ce qu’elles font comme musique, les vrais jazzmen ont bien du mal à s’y faire entendre. D’où la nécessité de se référer aux prescriptions de journalistes compétents qui sélectionnent les disques et les concerts intéressants, d’où l’importance d’une presse jazz et de blogs qui aident l’amateur à s’y retrouver. Comme Jean-Paul, certains ont arrêté l’horloge du temps et n’écoutent plus que le passé. L’histoire du jazz n’a pas fini de s’écrire. Il est bon de regarder en arrière, T. L. Carrington & Cédric Hanriotmais le jazz est aussi aujourd’hui et demain.

 

QUELQUES CONCERTS EN JUIN

-Le Sunside accueille deux soirs de suite (le 3 et le 4) le trio de la “batteuse“ Terry Lynn Carrington. Outre l’excellent James Genus à la contrebasse, la dame chapeaute un jeune pianiste véloce et plein d’idées. Elève de Danilo Perez, Cédric Hanriot a joué et enregistré avec Joe Lovano et John Patitucci partage son temps entre la France et les Etats-Unis. On ne manquera pas ces concerts parisiens.

Enrico Rava

-Le Sunside toujours, pour Enrico Rava qui l’occupe du 8 au 10 juin. Il y retrouve un vieil ami, Aldo Romano, pour nous transmettre la chaleur de leur Italie natale. Rava est un des trompettistes les plus lyriques de la planète jazz. Aldo écrit des thèmes solaires qu’il fait bon fredonner. Avec eux Baptiste Trotignon et son piano toujours élégant, Thomas Bramerie à la contrebasse pour mettre du liant entre les musiciens de l’orchestre. Difficile de faire l’impasse sur ce quartette de rêve.

 

-Jamie Cullum à l’Olympia le 10 et le 11. Un an ou presque sans donner de concerts et le chanteur attire à lui un immense public. Les amateurs de jazz auraient tort de bouder la tournée mondiale d’un vrai musicien qui sous des habits de pop star, célèbre magnifiquement le jazz et ses standards.

O. Hutman & D. King b

 

-Denise King et Olivier Hutman retrouvent le Duc des Lombards le 12. La chanteuse de Philadelphie et son pianiste français attitré  nous y avaient enthousiasmé en octobre dernier. Les qualités vocales de Denise King impressionnent. Elle possède une voix chaude et puissante, aborde avec un bonheur égal le jazz et la soul et chante le blues comme nulle autre. Avec elle les couleurs du merveilleux piano d’Olivier, mais aussi la contrebasse de Philippe Brassoud et les tambours de Charles Benarroch pour rythmer un swing, une diction impeccable.

 

Antoine Hervé-Antoine Hervé au théâtre du Châtelet le 14 pour célébrer Mozart La Nuit avec François (contrebasse) et Louis (batterie) Moutin, mais aussi avec Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin. Si le spectacle créé en 1997 a fait une belle carrière, le disque publié en 2002 n’a pas connu le retentissement médiatique qu’il méritait. Une belle occasion pour le redécouvrir.

- Les amateurs de sensations fortes et de chorus musclés choisiront le trio de Daniel Humair, Bruno Chevillon et Tony Malaby qui se produit le même soir au Café de la Danse. Entièrement improvisée, leur musique osée et novatrice subjugue, voire dérange par sa force et sa puissance expressives. Âmes sensibles Ronnie Lynn Pattersons‘abstenir.

 

-Pianiste cher à mon cœur, Ronnie Lynn Patterson donne trop peu de concerts. Le Duc des Lombards le programme le 15, histoire de fêter la sortie d’un nouvel album entièrement consacré à des standards de jazz. Au Châtelet la veille, François et Louis Moutin n’auront que quelques rues à traverser pour le rejoindre s ur scène. Ce sont eux qui l’accompagnent dans “Music“  premier disque à paraître sur le label Out Note dont la direction artistique a été confiée à Jean-Jacques Pussiau.

 

Marc Buronfosse-La cave du 38 Riv’ (38 rue de Rivoli 75004 Paris) accueille le 16 le Marc Buronfosse Sounds Quartet - Jean-Charles Richard aux saxophones et flûte, Benjamin Moussay aux claviers, Antoine Banville à la batterie et Marc Buronfosse à la contrebasse. “Face the Music“, le disque de Marc est une des plus heureuses surprises musicales de l’année. Sa chronique se trouve dans ce blog à la date du 21 mai et Franck Bergerot en fait l’éloge dans le numéro de juin de Jazz Magazine / Jazzman. Laissez-vous donc convaincre.

Carine Bonnefoy 

-Le 20 à 15 heures, le DAG trio (Sophia Domancich piano, Jean-Jacques Avenel contrebasse et Simon Goubert batterie) se produit au Parc Floral de Vincennes dans le cadre du Paris Jazz Festival. Carine Bonnefoy et les musiciens de son New Large Ensemble lui succédera à 16h30 pour jouer la musique de “Tribal“  un disque qui a eu les honneurs de ce blog en avril.

 

-On dit grand bien du jeune guitariste Adrien Moignard. Autodidacte, il écoute du blues et du rock, découvre la guitare de Django Reinhardt puis celles de Pat Metheny, Georges Benson et Adrien Moignard©J.B.MillotBiréli Lagrène. Il est parvenu à rendre cohérentes ses nombreuses influences et s’est forgé au fil des ans un jeu très personnel. “All the Way“, une réussite, vient de sortir chez Dreyfus Jazz. Une seconde guitare épaulera la sienne au Duc des lombards le 23, celle de Benoît Convert, Jérôme Regard à la contrebasse et Xavier Sanchez à la batterie complétant la formation.

Christophe-Wallemme.jpg

-Christophe Wallemme et son Namaste Project sur la péniche Anako le 25 (61 quai dela Seine, 75019 Paris) dans le cadre du Festival Quai Jazz (quatorze concerts du 10 juin au 1Juillet). Le contrebassiste s’inspire de l’Inde de son enfance pour mêler couleurs, rythmes et sonorités orientales dans une musique capiteuse qui lui est très personnelle. Avec Prabhu Edouard aux tablas, Sandip Chatterjee au Wayne Shorter bsantoor et Sylvain Barou à la flûte.


  -Wayne Shorter sur le parvis de la Défense le 26 dans le cadre de son festival. Le saxophoniste s’y produit avec son quartette habituel, Danilo Perez au piano, John Patitucci à la contrebasse et Brian Blade à la batterie, le groupe idéal pour accompagner les audaces harmoniques de ses compositions, improviser avec lui une musique libre qui se réinvente à chaque concert.

Caetano Veloso

 

-Caetano Veloso sur ce même parvis de la Défense le 27 à 18 heures. Auteur de magnifiques albums, ce grand chanteur brésilien, une icône en son pays, subjugue son public par une voix très pure qu’il colore d’un léger vibrato, par une guitare aux notes syncopées qui rythme les merveilleuses chansons qu’il compose.

Nagual Orchestra ©Cédric Bosquet

 

-Le 30, le Studio de l’Ermitage (8, rue de l’Ermitage 75019 Paris) accueille le Nagual Orchestra dans le cadre du Festival Quai Jazz. La formation n’est plus tout à fait la même depuis l’enregistrement en 2007 de “La boîte à desseins“, son premier disque. Olivier Laisney à la trompette et Alexis Pivot au piano ont rejoint Florent Hubert (saxophone ténor et à la clarinette), Matthieu Bloch (contrebasse) et David Georgelet (batterie). Le groupe séduit par la couleur spécifique de sa sonorité, ses compositions diversifiées.  

- Linda Oh, Ambrose Akimusire et Nasheet Waits au Sunside le même soir. Le club parisien y organise depuis dix-neuf ans un American Jazz Festival qui a lieu cette année du 25 juin au 27 juillet. Née en Malaisie et aujourd’hui new-yorkaise, Linda Oh (contrebasse) séduit par sa musique audacieuse. On écoutera l’excellent trompettiste Ambrose Akimusire dans “Live in Paris“ (Space Time Records), disque récent du saxophoniste Walter Smith III. On ne présente plus le batteur Nasheet Waits qui fut membre de diverses formations d’Andrew Hill, travaille avec Jason Moran, Fred Hersch et rythme le jazz de l’Amérique.

Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com

Olympia : http://www.olympiahall.com

Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

Théâtre du Châtelet :  http://www.chatelet-theatre.com

Café de la Danse : http://www.cafedeladanse.com

Le 38 Riv’ : http://www.38riv.com

Paris Jazz Festival : http://www.parisjazzfestival.fr

Quai Jazz : http://www.quaijazz.com

La Défense Jazz Festival : http://www.ladefensejazzfestival.fr

Studio de l’Ermitage : http://www.studio-ermitage.com

  

CREDITS PHOTOS : Terry Lynn Carrington & Cédric Hanriot : Photo X/DR - Micros club, Enrico Rava, Denise King & Olivier Hutman, Antoine Hervé, Ronnie Lynn Patterson, Carine Bonnefoy ©Pierre de Chocqueuse -  Marc Buronfosse © Christian Berthier - Adrien Moignard © Jean-Baptiste Millot - Christophe Wallemme © Abeille Musique - Wayne Shorter, Caetano Veloso © Universal Music - Nagual Orchestra © Cédric Bosquet. 

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 08:54

Sendecki, coverSideman dans une centaine d’albums studio (on trouve son nom associé à Jaco Pastorius, Joe Henderson, Miroslav Vitous, Michael et Randy Brecker, Tomasz Stanko, Peter Herbolzheimer, Michal Urbaniak et beaucoup d’autres), Vladyslav Sendecki reste pourtant à peu près inconnu des amateurs de jazz français. Né en Pologne en 1955, pianiste classique passé au jazz après une carrière de concertiste, Sendecki  a constitué plusieurs groupes importants dans son pays avant d’émigrer en Suisse et travailler aux Etats-Unis. Installé en Allemagne depuis 1995, il est aujourd’hui le pianiste du célèbre NDR Big Band basé à Hambourg, l’un des meilleurs orchestres de jazz européen. Après “Piano“, un premier disque en solo publié en 2007 sur un petit label indépendant, Provocateur Records, Vladyslav Sendecki en sort un second sur ACT. Enregistré au Schloss Elmau, magnifique château niché au cœur des Alpes bavaroises, l’album s’ouvre sur deux thèmes traditionnels. Brodant de nombreuses variations sur leurs éléments mélodiques, Sendecki les décline sur des tempos variés, modèle sans cesse de nouveaux paysages sonores. Formé au piano classique (il a étudié la composition avec Krzysztof Penderecki et Henryk Górecki), il sait faire sonner son instrument, donner de la dynamique à ses notes, et met son toucher élégant au service d’harmonies raffinées.  Sa virtuosité sert la fluidité de la phrase qu’il rythme sur différents tempos, introduisant de brefs passages fugués, des répétitions de fragments mélodiques. Tendres et romantiques, ces deux premières pièces, surtout la seconde, traduisent la sensibilité du pianiste qui, abandonné à la rêverie, fait chanter les notes enchanteresses de Wiegenlied. Le swing et le blues s’introduisent dans cet univers romantique avec Lily of the Valley, une pièce de son frère Stefan. A Kind of blues s’ouvre par une improvisation contrapuntique. Sendecki sollicite alors toute l’étendue de son clavier, fait puissamment sonner ses notes et leur donne un relief saisissant. Le feu d’artifice se poursuit avec Karpaten Blues, morceau au sein duquel le pianiste tricote des cascades d’arpèges, des gerbes de notes chatoyantes. Dans Obertas et Blackbird, les rythmes passent au premier plan, les phrases héritent de cadences soutenues. Blackbird débouche sur une longue et fascinante improvisation. La main gauche joue un ostinato envoûtant. La droite ornemente, attaque et articule les notes avec précision et vélocité. Jusqu’à la dernière plage de ces deux concerts (l’étonnant Evening Psalm dédié au violoniste Zbigniew Seifert), Vladyslav Sendecki subjugue et esbaudit par un piano magnifique.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 09:27

LUNDI 3 mai

Marc-Copland.jpgMarc Copland au Sunside. Il y joue plusieurs fois par an, avec des sections rythmiques différentes, attire peu de monde, un public non éduqué étant difficilement capable d’apprécier de la bonne et vraie musique . Copland est pourtant l’un des rares pianistes du jazz moderne qui possède un langage vraiment original. Soutenu mollement par la presse, confronté à un  espace de médiocrité culturelle au sein duquel tous ceux qui improvisent se prétendent musiciens de jazz, il œuvre dans l’ombre et a du mal à faire reconnaître la singularité de son jeu pianistique. Il a pourtant enregistré une vingtaine d’albums dont plusieurs sont des références incontournables. “Alone“, son magnifique dernier opus, a été enregistré en solo, mais c’est en trio qu’il s’est produit le 3 mai à Paris, avec Doug Weiss à la contrebasse et Jochen Rueckert Doug Weissà la batterie. Si Marc Copland a travaillé plusieurs fois avec ce dernier, la présence de Doug Weiss à ses côtés est plus inhabituelle. Un excellent choix au regard de ce concert, l’un des meilleurs que le pianiste a donné ces derniers mois dans la capitale. Avec Weiss, Copland libéré joue son meilleur piano, hypnotise par ses longs voicings aux notes colorées et tintinnabulantes, son jeu de pédales élaboré apportant des teintes délicates et brumeuses à ses ostinato. S’il reprit quelques-unes de ses compositions (Talking Blues, Night Whispers), le pianiste joua essentiellement des standards, Green Dolphin Street, In a Sentimental Mood, The Way You Look Tonight, Fall de Wayne Shorter, des morceaux auxquels il donne un nouvel éclairage harmonique, sa manière de les aborder restant très personnelle. Sous un flux de notes scintillantes, Cantaloupe Island perd ainsi son aspect funky, devient exploration de nouveaux paysages musicaux. Doug Weiss fait chanter sa contrebasse, prend le relais du piano pour improviser un chorus mélodique. Les deux hommes s’entendent à merveille pour jouer une partie de ping-pong ludique et subtile dans laquelle Jochen Rueckert, rêvassant, arbitre leurs échanges du bout de ses baguettes.

VENDREDI 7 mai

Lescot, CollignonPièce de théâtre, spectacle musical, “L’instrument à pression“ combine les deux. Le Théâtre Le Village de Neuilly-sur-Seine en donnait une unique représentation le 7 mai. Dans “Ecrire pour le théâtre“ (Les Carnets du Grand T n°16, Editions Joca Seria), à paraître en juillet 2010, l’auteur de la pièce David Lescot déclare : « Je voulais faire un théâtre hybride, mêlé, qui incorpore d’autres formes d’art, et notamment la musique et le chant. » “L’instrument à pression“ contient tout cela. Auteur, metteur en scène, mais aussi comédien et musicien de sa pièce, David joue de la guitare et de la trompette. Comme Médéric Collignon, LlorcaCollignon qui tient le rôle de l’apprenti joueur de biniou. Face à lui, un professeur dictatorial (Jacques Bonnafé) lui enseigne l’instrument, lui donne ses premières leçons. Le professeur façonne, le musicien absorbe, non sans souffrir. Aux dommages corporels, à la douleur physique de l’apprentissage s’ajoute la violence des mots : «  Oublie le biniou, laisse tomber le biniou (…) C’est pas difficile. C’est dangereux. C’est mortel. Mais c’est pas difficile. »

Diffusé sur France Culture en septembre 2002, mis en scène par Véronique Bellegarde et joué au Festival Jazz à la Villette et à Banlieues Bleues, “L’Instrument à pression“ est d’abord un texte (publié en 2004 chez Actes Sud – Bonnafé, Lescot, CollignonPapiers), une réflexion sur l’impossibilité de l’harmonie, sujet traité jusqu’à l’absurde dans “L’amélioration“, une autre pièce de David. L’apprenti trompettiste absorbe jusqu’à l’indigestion. Soumis à de fortes pressions, le musicien craque, souffle de plus en plus fort, de plus en plus à côté des autres, perturbe le déroulement de leurs concerts et tombe, victime d’une rupture d’anévrisme, d’un contre-ut suraigu. Dans cette fable initiatique dans laquelle le rôle féminin est tenu par la comédienne et chanteuse Odja Llorca (Philippe Gleizes assurant la batterie), l’écriture vive et brillante saisit le rythme, l’énergie du jazz. Les chorus sont entendus comme chapitres de la pièce. Confiées à des musiciens comédiens qui en assemblent d’inattendues, les notes prolongent les mots qui sont aussi de la musique. 

Avitabile, A. Ducros, L. MoutinAnne Ducros chante le même soir au Sunside. Franck Avitabile au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et Louis Moutin à la batterie l'accompagnent. Le premier set s’est achevé et Anne, Franck et Louis posent devant mon objectif avant de remonter sur scène. Le concert reprend avec une version en trio de Green Dolphin Street. Abordé sur un tempo rapide, ce standard décidément très prisé par les jazzmen hérite d’improvisations musclées et inventives, des belles idées harmoniques de Franck Avitabile. Anne rejoint les trois hommes pour un Just in Time impressionnant. Sa voix est chaude, puissante. Elle sait comment respirer, faire venir l’air de ses poumons, le faire vibrer pour donner vie à son chant. Elle peut tenir longtemps une note, la diminuer sans perdre Anne Ducros n&bses propriétés musicales. Sa pratique vertigineuse du scat traduit son formidable métier. Derrière elle, la contrebasse chante, la batterie souligne et anticipe. Très à l’aise avec un public qu’elle a très vite séduit, Anne présente avec beaucoup d’humour les standards qu’elle reprend. I Remember Clifford, Body and Soul (dédié aux quelques hommes qui ont traversé sa vie), Autumn Leaves, The Island d’Ivan Lins, le répertoire fait part belle aux ballades. En duo avec Franck Avitabile, Anne nous offre une belle version de You’ve Changed. Prodigue de jolies notes, un tendre piano accompagne la voix, lui offre ses plus belles notes. Sur tempo rapide, l’instrument prend les couleurs du blues, tire avec brio des feux d’artifice de notes inattendues. S’appuyant sur une technique vocale éprouvée, Anne Ducros affirme alors un chant très sûr et prend des risques, le flux musical se voyant brillamment rythmé par les onomatopées qu’elle invente.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 08:54

Marc Buronfosse, coverLes musiques des nombreux groupes dans lesquels joue Marc Buronfosse ne sont pas forcément miennes. Le contrebassiste de Stéphane Guillaume (ce dernier doublement récompensé cette année par l’Académie du Jazz) m’a fait parvenir son nouveau disque en quartette et j’avoue être complètement séduit. Par le son de prime abord, ample, soigné, mettant les instruments en valeur. Mirrors la première plage nous plonge d’emblée dans un paysage onirique. Contrebasse et piano font circuler les notes du thème sur fond de percussions. Le soprano expose une mélodie qui scintille, résonne et se développe naturellement, la musique prenant son temps pour se construire et respirer. Agréablement surpris, on écoute le morceau suivant, The Cherry Tree, pour découvrir une musique ouverte et colorée qui regarde vers l’Orient, une ritournelle enchanteresse habillée de manière très personnelle (une flûte de bambou en souffle les notes). Le saxophone baryton mène alors le bal, porte le groupe vers des sommets. Conquis, on écoute bien sûr l’album en entier pour découvrir neuf compositions originales admirablement ciselées, une rythmique constamment réactive aux discours de deux formidables solistes. Jean Charles Richard (saxophones soprano et baryton, shenai et bansurî) et Benjamin Moussay (pianos acoustiques et synthétiseurs) changent souvent d’instrument, en mêlent parfois plusieurs, chaque morceau possédant des couleurs spécifiques. Celles de Before the Second Round sont splendides. Piano acoustique, synthétiseurs et saxophones entrelacent leurs sonorités. Le rythme prend chair pour encadrer et valoriser un flux musical mobile et changeant, une pâte sonore foisonnante et lyrique. La contrebasse de Marc Buronfosse soutient une cathédrale sonore, sert humblement la musique sans jamais se mettre en avant. Antoine Banville fait de même. Point de tambourinades superfétatoires, mais une batterie subtilement présente et de courts solos de Marc dans Serial Blues et Treize qui conclut magnifiquement l’album, la parfaite interaction de la rythmique profitant aux solistes. Benjamin Moussay joue son meilleur piano (After the Second Round, Serial Blues, Illinx Bassline contiennent de très beaux voicings). Souffleur véloce et puissant, Jean-Charles Richard trempe aussi ses lèvres dans un baume apaisant.

Ce disque, une autoproduction actuellement non disponible chez les disquaires, me transporte et m’enchante. Son auteur se fera un plaisir de vous l’expédier contre une somme de 15 euros port compris. Son mel : contact@marcburonfosse.com - Son site : www.marcburonfosse.com

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 12:10

Jacky Terrasson Push, coverTrois ans après “Mirror“, son album solo, Jacky Terrasson publie “Push“, enregistrement en trio auquel participent quelques invités. Disposant d’une nouvelle section rythmique - Ben Williams à la basse et Jamire Williams à la batterie - , le pianiste y a mis moins de standards et plus de compositions originales, essayant  d’autres musiques, d’autres sons. “Push“ traduit peut-être davantage que les autres albums de sa discographie le plaisir qu’il ressent à jouer de la musique. Enregistré sur trois jours à  New York, c’est l’album d’un musicien heureux à un tournant de sa carrière. J’ai rencontré Jacky en mars dernier, peu avant le premier des concerts qu’il donna au Sunside. Il commente pour moi les onze morceaux de son nouveau disque (douze en comptant Body and Soul), le moins « jazzy » de ses albums selon ses propres dires.

 

Gaux Girl : « Je l’ai écrit pour ma fille Margaux. C’est un thème riff avec un pont que j’ai rajouté après. Je trouvais le morceau un peu long. Le pont, une sorte de boucle, lui donne un certain mouvement. Lors de l’enregistrement, j’ai ajouté un synthé. Le pont introduit un autre rythme et me permet d’improviser, de prendre un chorus différent. »

Jacky Terrasson (c)

Beat It / Body and Soul : « J’ai eu l’idée d’enchaîner Body and Soul à Beat It à la mort de Michael Jackson. Je n’ai jamais été un fan de ce dernier, mais c’était une grande figure du monde de la musique qui disparaissait, provoquant un choc médiatique à l’échelle de la planète entière. J’ai donc introduit Body and Soul par ce truc rubato. Je ne savais trop comment les thèmes allaient s’agencer, mais les deux mélodies fonctionnaient. Beat It contient une longue intro que nous avons délaissée puis reprise. C’est comme une lamentation, un hommage personnel à Michael. »

 

Ruby my Dear : « J’ai joué cet arrangement il y a très longtemps avec Grégoire Maret. J’ai pensé à lui pour le disque et je lui ai demandé s’il voulait bien rejouer ce morceau à l’harmonica. Mon idée en l’enregistrant a été de nous répartir le solo, chacun reprenant et complétant les phrases de l’autre afin d’instaurer un dialogue, une conversation entre nos deux instruments. »

 

Beat Bop : « Un caprice de dernière minute. Je l’ai écrit une semaine avant de rentrer en studio, assis à une table, sans piano à proximité. J’avais besoin d’un morceau pêchu. Des accords de bop servent une mélodie anguleuse et tordue. Lors des répétitions, ma main gauche, la basse et la batterie la faisaient disparaître. Plutôt que de placer ma main droite en avant au mixage, j’ai préféré la doubler au synthé. Ce n’est pas une mélodie facile à reconnaître. Elle est totalement imbriquée dans le rythme, ce qui donne un aspect funky au morceau. »

 

Round Midnight : « Le morceau s’est fait très naturellement en studio. Nous étions en fin de session. Regardant ce qui avait été enregistré, j’ai pensé ajouter une ballade. On a fait deux prises et on a gardé la première. Dans l’arrangement que je propose, le morceau se transforme avant la coda, devient humoristique, chaloupé. »

Ben & Jamire Williams (b)

Morning : « Une simple ligne de basse qui m’est venue un matin après un café. Je l’ai transcrite sur un bout de papier qui est resté des mois sur mon piano. J’ai ajouté la mélodie après. Elle a même changé au cours de l’enregistrement. Certaines notes du ténor nécessitaient d’autres harmonies. J’ai choisi Jacques Schwarz-Bart pour son timbre que j’aime bien. Je voulais une belle sonorité de ténor dans ce morceau. J’avais rencontré Jacques plusieurs fois et nous avions évoqué l’idée de faire quelque chose ensemble. Morning débute en ré mineur sur une grille de blues et débouche sur une série de quatre accords. La rythmique fait penser aux vieux disques Blue Note. Jacques possède un gros son et met en valeur le morceau. Ça a l’air très carré, fluide. Le rythme est pourtant en 17/4 sauf dans la partie centrale. »

 

My Church : « Je comptais l’enregistrer en solo et l’inclure dans “Mirror“, mon disque précédent. Je l’ai écrit il y a longtemps et pensais l’ajouter à “Smile“ qui date de 2002. J’ai mis du temps à lui trouver un cadre, à le faire sonner. On m’a dit que les premières notes évoquent Moon River. Quoi qu’il en soit, ce morceau  possède un aspect folk, une musique que j’entends de plus en plus. »

 

Jacky Terrasson (b)

Say Yeah : « J’ai écrit ce thème il y a quatre ou cinq ans. Je l’ai enregistré sur mon mac, programmant claviers, guitare, basse et batterie. J’adore cette démo et j’ai voulu la refaire en studio. Je préfère toujours la démo, un vrai moment de joie. Cyro Baptista joue des percussions et Matthew Stevens de la guitare. Il double une phrase que je chante et que je joue au piano. Je n’ai jamais pris de cours de chant de ma vie, mais j’ai toujours eu envie de chanter. Après dix albums pour Blue Note, j’estime en avoir le droit (rires). »

 

You’d Be so Nice to Come Home To : « Je joue ce standard depuis quelques années. Nous avons fait trois prises, bonnes toutes les trois, mais différentes. Je joue chaque fois un autre piano. Je me suis cassé la tête pendant des semaines pour savoir laquelle allait figurer sur le disque. Pour finir, c’est Philippe Gaillot qui, au cours du mixage de l’album effectué à Pompignan au Recall Studio, a choisi cette version. Le CD japonais en contiendra une des deux autres en bonus. »

 

Jacky Terrasson (a)

Carry Me Away : « A l’origine, cette ballade devait s’appeler “île mienne“, l’anagramme d’Emilienne, ma compagne. C’est une déclaration d’amour, un thème écrit il y a deux ans à peu près. Il n’existait pas encore lorsque j’ai enregistré “Mirror“ , mais il aurait pu faire un très beau morceau en solo. On l’a essayé avec la section rythmique jouant en continu. On a essayé d’autres versions avec la basse seule, ou avec seulement des percussions. Pour finir, j’ai conservé ces dernières. Ben Williams joue simplement quelques notes du thème à la basse électrique plus quelques autres avant la coda. Tout est dit dans la mélodie. Ce morceau n’a pas besoin de beaucoup d’instruments. »

 

O Café, O Soleil : « Un calypso qui donne envie de partir en vacances. Il portait un autre titre, mais je l’ai changé. Je jouais déjà cette tournerie en 9/4 à la main gauche derrière un arrangement de St. Thomas. Je voulais l’enregistrer, puis je me suis dit que Sonny Rollins n’avait pas besoin de royalties supplémentaires (rires). C’était mon disque et je préférais y mettre mes propres morceaux. J’ai donc trouvé une mélodie qui fonctionne bien avec cette ligne en 9/4 que j’ai bien sûr conservée. »

Photos © Pierre de Chocqueuse

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:38

MARDI 27 avril

Thomas Enhco, coverLa presse est plutôt sévère avec Thomas Enhco. On lui reproche son conformisme musical, d’être trop doué. L’enfant prodige qui s’est mis au violon à trois ans et au piano à six ne manque pourtant pas d’expérience. Il a étudié avec des concertistes classiques et donné de nombreux concerts. Très à l’aise sur scène, il n’hésite pas à s’adresser au public, cite les noms des morceaux qu’il interprète et joue surtout un beau piano. On y entend les maîtres classiques qui l’ont façonné. On y entend aussi le blues, des rythmes et un vocabulaire harmonique qui appartiennent au jazz. Est-ce faire preuve d’académisme que de choisir le beau comme esthétique, d’exprimer un langage clair, de revendiquer son appartenance à une tradition ? Contrairement à ces musiciens qui pensent se montrer créatifs en faisant table rase, leurs pitoyables grimaces sonores n’intéressant qu’une poignée d’intellectuels terrifiés à l’idée de manquer le coche des avant-gardes, Thomas Enhco exprime son amour de la Thomas Enhco Trio amusique par un piano soucieux de faire entendre de belles notes, de les agencer au mieux sur le plan de la forme. Il subit encore des influences et doit s’en dégager, apprendre à désapprendre pour devenir lui-même, donner des versions inédites et personnelles des grands standards qu’il choisit de reprendre. Si “Someday My Prince Will Come“ son nouveau disque, un enregistrement de janvier 2009 préalablement publié au Japon, n’est que prometteur, le concert qu’il donna au Sunside le 27 avril avec le même trio - Joachim Govin à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie - mit en lumière les progrès du jeune homme et de ses jeunes complices. Disposant d’un merveilleux toucher, Thomas fait chanter ses notes, leur donne de la couleur et phrase avec un grand sens de l’articulation. Il compose de jolis morceaux qui racontent des histoires. Qu’il mette en musique les mésaventures d’une fenêtre Thomas Enhco Trio bagressée par la pluie ou expose le thème d’une mélodie agaçante qui vous trotte dans la tête après un réveil difficile, le propos est toujours poétique. Thomas nous entraîne dans ses rêves, décline des arpèges oniriques, approche les thèmes avec sensibilité et délicatesse. Au violon dans La Vie en Rose, il improvise de longues phrases chantantes après un exposé un peu juste du thème. Contrebasse et batterie aident à les porter. La contrebasse de Joachim Govin est ronde, puissante dans les graves. Le fougueux Nicolas Charlier tempère son ardeur. Bien que la musique classique reste encore très présente dans le jeu de piano de Thomas, ce dernier étonne par sa maîtrise du bop. Le trio reprend Visa de Charlie Parker. La walking bass de Joachim profite au piano espiègle de Thomas qui éblouit par ses voicings, possède beaucoup de force dans les doigts et fait sonner ses notes avec puissance. On surveillera de près ce trio "in progress".

CD : “Someday My Prince Will Come“ (Label AMES / Harmonia Mundi)

Photos © Pierre de Chocqueuse

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