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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 10:50

De bonnes chroniques de ce disque dans Jazzman et Jazz Magazine, Vladimir enthousiaste à la Fnac Montparnasse, m’ont donné envie de découvrir la musique de Christophe Leloil que je ne connaissais pas. « Bonne écoute » a écrit Jean-Paul Ricard le directeur artistique de l’Ajmi sur la carte postale qui accompagnait son envoi. Mes oreilles ont été enthousiastes. Outre la révélation d’un jeune trompettiste qui n’hésite pas à utiliser toutes sortes de sourdines pour rechercher divers effets de growl et vocaliser le discours instrumental, la compétence de l’arrangeur et l’agencement des épisodes orchestraux de cette suite instrumentale subtilement orchestrée impressionnent. "E.C.H.O.E.S." (Extended Composition Heard On Evolutive Swing) réunit une série de compositions à tiroirs s’enchaînant sans aucune pause. De fréquents changements de tempo au sein même de chaque morceau favorisent la déclinaison de nombreux interludes mélodiques qui introduisent habilement les chorus. Christophe se réserve ceux de la première pièce : Play the Blues and See What Happens, avant d’inviter ses musiciens à improviser. Trempée dans le blues, sa musique sonne résolument moderne. Nourrie du bop de Clifford Brown, elle s’enracine dans le swing de Roy Eldridge et dans le jazz des années 20. Le blues habite cette trompette agile et chaleureuse qui concilie tradition et modernité et passe aussi aisément d’un style à un autre que la nuit succède au jour. Car c’est un véritable voyage dans l’histoire du jazz qu’effectue ce sextet qui parvient à sonner comme un petit big band. Comment ne pas penser aux suites que Wynton Marsalis a composées pour son septet au début des années 90, à “Citi Movement“ notamment. Il faut saluer les protagonistes de cette belle aventure musicale qui, sans jamais tomber dans le syncrétisme, réunit le jazz d’hier et d’aujourd’hui. Omniprésente au piano, Carine Bonnefoy brode des harmonies délicates et assoit l’harmonie derrière les solistes. Il faut l’entendre improviser dans Roulette Russe et La Petite Ternade, composition qui étonne par sa modernité. Raphaël Imbert et Thomas Savy se partagent clarinettes et saxophones et donnent de chaudes couleurs à ces pages pleines de vie. Simon Tailleu et Cédrick Bec installent le swing et portent à ébullition une grande variété de rythmes. Avec eux, la musique jamais ennuyeuse acquiert une dynamique et une mobilité stupéfiantes. 

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 10:30
Dans quelques jours sort sur Bee Jazz “Songs from the Last Century“, troisième volet des aventures de Guillaume de ChassyDaniel Yvinec. Après un hommage à la chanson française et un album concept autour de quelques mélodies immortelles de Broadway, nos complices, en compagnie de deux légendes du jazz, Paul Motian et Mark Murphy, font revivre quatorze chansons du siècle passé. A l’occasion de cette parution, j’ai demandé à Guillaume de Chassy de se pencher sur son parcours singulier et c’est dans sa maison de Bourg-la-Reine qu’il m’a expliqué comment un ingénieur chimiste pouvait devenir musicien de jazz. L’interview étant très longue, je préfère la fractionner en deux parties, et vous donner à lire la seconde la semaine prochaine.
  
- Tu as fait des études d’ingénieur chimiste…
- Pas seulement des études. Après avoir obtenu mon diplôme et effectué un tour du monde sac au dos, j’ai travaillé trois ans à Strasbourg comme ingénieur chimiste pour le Ministère de l’Environnement. Je menais alors une double vie car le soir j’étais musicien. Je faisais le bœuf et travaillais mon piano.

- Le piano tu as appris à en jouer en autodidacte ?
- Non, au Conservatoire. J’ai fait des études de piano classique. J’écoutais beaucoup de musique classique, le grand répertoire. Mon professeur me voyait concertiste. Elle avait commencé à m’y préparer, mais ça ne m’intéressait pas. A 14 ans, je me suis fâché avec elle, après 7 ans de piano. Ma prof était une bonne pédagogue, mais je ne faisais pas de musique avec elle. Elle ne m’en faisait jamais écouter, ne me parlait que de piano et de technique et je voulais entendre autre chose, faire autre chose. Je suis parti en courant sans achever mon cursus. J’ai failli être perdu pour la musique. J’y suis revenu deux ans plus tard, à 16 ans, grâce à un professeur exceptionnel. Il m’a fait découvrir Rachmaninov, Scriabine, Prokofiev, Debussy, Ravel, me donnait des cours particuliers qui duraient deux heures. Je travaillais avec lui le piano pendant une heure, puis il me jouait des œuvres ou me faisait écouter des disques, la meilleure leçon de musique que l’on puisse rêver. Je suis resté en contact avec lui jusqu’à sa mort prématurée et lorsque j’ai commencé à jouer de jazz, il m’a encouragé. C’était un type intelligent, un vrai musicien.


- Tu as donc découvert le jazz tardivement ?
- Oui. J’avais 20 ans, l’âge où beaucoup de musiciens débutent leur carrière de jazzman. Un ami m’a fait entendre un disque live de Monty Alexander, une révélation. Peu de temps après, j’ai acheté mon premier disque de jazz qui est toujours un de mes disques de chevet : “New Jazz Conceptions“ de Bill Evans. Une seconde révélation. Je me suis donc mis à écouter du jazz.


- Et tu t’es mis à en jouer ?
- J’essayais de copier ce que j’entendais dans les disques, mais je n’y comprenais rien. Les rythmes, les harmonies de Bill Evans, de Monty Alexander étaient très trop élaborés.


- Ta connaissance de l’harmonie classique, tes études de piano ne t’ont donc pas aidé ?
- J’étais handicapé par le rythme, le phrasé, le tempo. C’était comme des langues étrangères. Pour caricaturer je dirai que le musicien de jazz s’arrête de jouer quant on lui met une partition devant les yeux et le musicien classique lorsque la partition se referme. Ce n’est plus vrai aujourd’hui avec toutes ces écoles de jazz. Mais à l’époque j’étais mal à l’aise avec le rythme et le phrasé, mais très à l’aise avec l’harmonie, le son, la dynamique, les nuances, les couleurs du piano. J’avais grandi avec Ravel, Debussy, Dutilleux et le langage harmonique des musiciens de jazz m’était familier. J’ai commencé à jouer du jazz avec des musiciens plus forts que moi et ils m’ont appris beaucoup de choses. Je donnais de petits concerts sans prétention tout en poursuivant mes études d’ingénieur. Lorsque je me suis retrouvé en poste à Strasbourg, les engagements ont été plus nombreux. J’avais gardé de nombreux contacts avec des musiciens de Toulouse, ville où j’avais fait mes études supérieures. Un chanteur indien, Ravi Prasad, m’a proposé de faire un disque. Je n’étais pas encore un bon improvisateur et ça m’a obligé à progresser.
 

-A quel moment as-tu décidé de lâcher ton métier d’ingénieur pour devenir un musicien de jazz à temps plein ?
-En 1994, une boîte privée m’a proposé de quitter le Ministère de l’Environnement pour pantoufler chez eux, mais j’étais tellement impliqué dans la musique que je me suis dit que je devais choisir entre le métier d’ingénieur et une carrière de musicien. J’ai choisi la seconde option, consacrant tout mon temps au jazz, travaillant comme un fou pour me mettre au niveau. J’acceptais tout ce que l’on me proposait. Je jouais tous les soirs. C’est une bonne façon d’apprendre. Pendant un an, je me suis concentré sur ce travail, ne m’occupant que de musique. J’ai englouti un énorme répertoire, me plongeant dans Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Bud Powell, Wynton Kelly, Red Garland, Ahmad Jamal. C’était pour moi une nécessité vitale. Je ne pouvais pas m’en empêcher. Ce travail d’écoute, de compréhension est devenu mon pain quotidien. J’habitais à nouveau Toulouse. Mon premier disque “Pour Monk“ date de cette époque. Je l’ai produit moi-même sans trop savoir comment le vendre. Je n’avais pas encore d’existence médiatique. Je ne la recherchais pas. J’étais comme un peintre qui ne se préoccupe pas de savoir si ses toiles seront exposées et vendues. Stéphane Belmondo joue dans ce disque ainsi qu’une fantastique chanteuse, Magali Pietri.


- Arrivais-tu à vivre en faisant du jazz ?
- J’en vivais, mais très mal. J’étais devenu un bon pianiste local, mais surtout pleinement moi-même. Après ce premier disque, Jean-Michel Pilc m’a conseillé de quitter Toulouse et de monter à Pari
s. Il partait s’installer à New York et me proposait son appartement. A Paris, j’ai diversifié mes activités. J’ai travaillé avec une danseuse de flamenco, Ana Yerno, avec laquelle j’ai beaucoup appris sur le geste et le rythme – elle est danseuse percussionniste. Beaucoup de choses m’intéressaient en dehors du jazz. J’ai écrit un conte musical dans lequel j’étais pianiste et narrateur, “La fabuleuse histoire de la femme obus“. Philippe Renault, un tromboniste, et Pierre Dayraud, un percussionniste, m’accompagnaient. J’ai écrit une cantate, une pièce classique créée en 2000 et enregistrée avec le chœur Les Eléments dirigé par Joël Suhubiette.

-Personne ne te connaissait à Paris. Jouais-tu facilement dans des clubs ? Comment trouvais-tu des engagements ?
-J’ai peu joué dans les clubs parisiens la première année. J’ai néanmoins fait quelques bœufs et pas mal de jam-sessions. Un ami originaire de Toulouse, le guitariste Frédéric Favarel, m’a présenté des musiciens. Un lointain cousin, le contrebassiste Benoît Dunoyer de Segonzac m’en a également fait rencontrer. Les choses se sont faites petit à petit. J’ai fini par jouer dans des groupes avant d'enregistrer en 1998 mon deuxième disque, “Rimes“, avec Olivier Ker Ourio à l’harmonica, Pierre Drevet à la trompette et au bugle, Eric Surménian à la contrebasse et Frédéric Jeanne à la batterie. J’avais proposé à Jean-Louis Wiart de le produire sur son label AxolOtl et il avait courtoisement refusé. Une amie commune nous avait présenté et Jean-Louis suivait avec beaucoup d ‘attention mon travail. Trois ans plus tard, je lui ai proposé un autre projet avec Ker Ourio, Surménian, deux percussionnistes, Pierre Dayraud et Laurent Paris, et une voix, celle de ma femme qui chante sur un titre. Et là, Jean-Louis m’a dit d’accord et a produit le disque. “Vue du phare“ est l’un de mes préférés, rien que des compositions originales hormis Gentil coquelicot. Il est sorti sur un vrai label et c’est avec lui que j’ai commencé à affirmer mon identité musicale, même si les ventes restèrent confidentielles. Un disque est un work in progress. Il permet à l’artiste de poser des jalons, de grandir, d’expérimenter. Il peut également se planter. Il met toute sa force et sa sincérité dans un projet et, le temps passant, il s’aperçoit que ce projet est plus ou moins adroit, plus ou moins bien réalisé et maîtrisé.


- A quel moment se situe ta rencontre avec Daniel Yvinec ?
- Daniel m’a appelé peu de temps après. Nous avions fait un concert ensemble plusieurs années auparavant, sur une péniche dans des conditions misérables. Je jouais sur un clavinova et Daniel sur une basse électrique. Ce concert catastrophique nous avait pourtant rapproché. Donc, Daniel m’appelle et me dit avoir carte blanche pour un concert et me propose de le rejoindre. C’était le 5 mai 2002, le jour de la réélection de Jacques Chirac. Depuis lors, nous ne nous sommes plus quittés. Je l’ai invité à participer à mes concerts, nous avons fait de nombreuses jam-sessions ici même à Bourg-la-Reine, dans cette maison et je me suis retrouvé dans un tourbillon dont j’étais à l’origine. J’étais bien, je me sentais prêt, comme un vin qui a longtemps reposé dans une cave. J’avais fait les choses à l’envers. Les fleurs et les fruits étaient sur les branches de l’arbre avant son enracinement. L’arbre a pris racine sur le tard, mais profondément. Mon piano a aujourd’hui une identité, une couleur parce que j’en ai solidement ancré le vocabulaire dans la tradition. Je compose peu en ce moment, mais je passe des heures à travailler les standards et Bach et plus je les approfondis, plus les choses deviennent évidentes sur scène lorsque j’improvise. Porté par l’inspiration du moment, je joue avec mes forces et mes faiblesses. Je ne cherche nullement à reproduire le travail de fond que je fais chez moi.


- Mais cette manière de travailler n’amène-t-elle pas des automatismes que tu reproduis sur scène ?
- Ça en crée, mais ils se fondent dans mon propre vocabulaire. C’est probablement l’avantage de la maturité. Un filtre se met en place automatiquement pour éviter les clichés et laisser toute la place au chant intérieur.
A suivre la semaine prochaine dans "Les années Bee Jazz".

http://www.guillaumedechassy.fr
http://www.myspace.com/gdechassy
Photos ©Pierre de Chocqueuse, sauf la photo en noir et blanc (Guillaume au piano) © Pierre Lebouc
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 12:17

Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

SAMEDI 31 janvier
La ville“, une pièce de Martin Crimp au Théâtre des Abbesses. Assise sur un banc, Claire (Marianne Denicourt), traductrice de textes fastidieux, raconte à son mari Christopher (André Marcon) sa rencontre avec un écrivain. Ce dernier lui a offert l’agenda qu’il destinait à sa fille, partie avec sa belle-sœur infirmière. Le temps passe. Claire en robe légère travaille dans son jardin. Jenny (Hélène Alexandridis), une voisine, une infirmière, vient se plaindre du bruit que font leurs enfants lorsqu’ils jouent dans le jardin avec Christopher qui a perdu son travail. Le mari de Jenny, un militaire, est parti à la guerre « Pas pour tuer, il est médecin » précise-t-elle. Les jours s’écoulent. Christopher a retrouvé un emploi et Claire lui annonce que l’écrivain qu’elle a rencontré quelques mois plus tôt l’invite à assister à une conférence à Lisbonne… L’intrigue serait banale si elle n’était pas portée par un texte d’une grande virtuosité littéraire. Martin Crimp pratique l’épure. Son écriture précise, presque minimaliste fourmille de détails nullement anodins, chacun d’eux étant la pièce d’un puzzle que l’auteur nous charge d’assembler. Il  nous livre très peu de choses sur ses personnages. A nous de les connaître, de les découvrir par l’écoute attentive des histoires qu’ils racontent, récits dont nous saisissons l’étrangeté sans vraiment les comprendre. Sont-ils réels ? Ne sortent-ils pas plutôt de l’imagination de Claire ? Sa fille– elle n’a aucun prénom – ne porte-t-elle pas curieusement un uniforme d’infirmière ? Et puis quel âge a-t-elle ? Le choix de confier le rôle à une toute petite jeune femme augmente la confusion du spectateur. Ne sommes-nous pas plutôt dans une histoire inventée par Claire au sein même d’une fiction théâtrale ? Jouée par de très bons acteurs et sobrement mis en scène par Marc Paquien, “La ville“ se voit sans ennui malgré les zones d’ombre désirées par l’auteur. On se laisse porter par des dialogues brillants teintés d’un humour très britannique, par une langue fluide et rythmée remplie de petites choses apparemment sans importance. Reliées les unes aux autres, elles forment la trame d’un récit complexe, une intrigue qui jusqu’au bout conserve son mystère.
Amiens, Colombes, Bordeaux, Lille, La Rochelle, Istres et Nantes (au Grand T du 2 au 4 avril) accueilleront la pièce.

DIMANCHE 1er Février
Vu “Le bal des actrices“ de Maïwenn. Le film se présente comme un documentaire sur quelques actrices que la réalisatrice suit dans leurs déplacements et leur vie quotidienne. Caméra au poing, elle met en scène de fausses petites histoires comme celles dont raffolent les lecteurs de “Voici“, nous montre sur un ton gentiment moqueur ses comédiennes fragiles, humaines et plutôt sympathiques. Chacune d’entre-elles apparaît dans une séquence musicale au kitch hollywoodien. Mais, la réalisatrice a beau pratiquer l’autodérision, brosser des portraits pas toujours flatteurs de ses actrices, Mélanie Doutey, Karin Viard, Julie Depardieu, Jeanne Balibar, Marina Foïs, Muriel Robin, Charlotte Rampling, Romane Bohringer n’en font pas moins complaisamment parler d’elles en interprétant leurs propres personnages. La publicité n’a jamais nuit à personne et Maïwenn en profite pour faire la sienne et s’invente une relation avec un Joey Starr, étonnant de naturel. Filmé sans trop de soin - les images bougent exprès pour faire reportage –  , son ballet d’actrices ne manque pas de charme. Certaines séquences émeuvent (Estelle Lefébure touchante car mal à l’aise), d’autres font rire ou sourire. Parodie de comédie musicale américaine, le générique amuse et les séquences musicales sont très travaillées. L’affiche surtout accroche le regard. Ce n’est pas une scène du film, mais une image racoleuse qui fonctionne et attire le spectateur dans les salles. C’est probablement d’elle dont on se souviendra le plus.


LUNDI 2 février
Accueilli par Dominique Lioté, directeur général des brasseries Flo, on se bouscule ce lundi au “Bœuf sur le Toit“ pour boire du champagne et écouter le trio de Pierre Christophe animer une jam-session. Au cours de la soirée, la pétillante Anne Ducros, l’excellent tromboniste Sébastien Llado, l’incontournable Manu Dibango investirent la scène et firent tanguer ce lieu mythique, grand navire à nouveau secoué par le jazz et ses rythmes. Avant de devenir une brasserie célèbre, le Bœuf fut d’abord un ballet. Darius Milhaud le composa en 1919. La Comédie des Champs-Elysées l’inscrivit à son programme l’année suivante. Jean Cocteau trouva le nom et Louis Moysès appela ainsi le bar dancing qu’il ouvrit en 1921 au 28 de la rue Boissy d’Anglas. Épicentre du Paris des Années Folles, ce premier bœuf est celui dont parle Maurice Sachs dans son livre “Au temps du bœuf sur le toit“. Pianiste virtuose, Clément Doucet faisait le bœuf (l’expression y est née) avec Jean Wiener. On y croisait Igor Stravinsky et Blaise Cendrars, Pablo Picasso et Coco Chanel, Francis Poulenc et Jean Cocteau. Ce dernier suivit le Bœuf lorsque son propriétaire l’installa en 1941 au 34 rue du Colisée. Boiseries de chêne, peintures, photographies, décors géométriques à chevrons, verres gravés, grands panneaux en laque de Coromandel, l’endroit tout en enfilade évoque un grand paquebot art déco. Juliette Greco et Serge Reggiani, Django Reinhardt et Charlie Parker le fréquentèrent après la guerre. Propriété du Groupe Flo depuis 1985, le Bœuf sur le Toit accueillera des jazzmen les premiers lundi de  chaque mois. La programmation a été confiée à Frédéric Charbaut. Espérons-la d’un effet bœuf.


MERCREDI 4 février
Le Surnatural Orchestra au Cabaret Sauvage. L’endroit idéal pour un concert de ce big band décoiffant dont vous allez beaucoup entendre parler. Ce collectif de plus de vingt musiciens est d’abord une fanfare. Flûtes, trompettes, trombones, saxophones (alto, soprano, ténor et baryton), tuba et deux gros soubassophones aux pavillons rutilants pour jouer les basses créent une pâte sonore colorée, la douce petite musique des flûtes accompagnant le tonnerre des cuivres, les lignes mélodiques suaves et élégantes des anches. Pour marquer les rythmes, deux batteurs percussionnistes complètent cette vraie fanfare malgré la présence d’un préposé aux claviers et occasionnellement d’une basse électrique. Capable de se produire en pleine rue, en bas de chez vous, le Surnatural Orchestra transporte avec lui ses lumières, ses lampes, ses luminaires. Avec leurs longues tiges flexibles, ces derniers ressemblent à de longues fleurs géantes. Ils éclairent des tenues de scène bariolées, un spectacle coloré et visuel. Un fil tendu aux deux extrémités de la piste circulaire du Cabaret Sauvage attend des funambules ; une corde suspendue au sommet du chapiteau, invite à des numéros d’acrobates. Ces voltigeurs amis font partie d’un cirque, la Compagnie des Colporteurs. Leurs numéros accompagnent de nouvelles compositions aux titres surprenants (Six apparitions de Berlusconi sur un écran), mais aussi des improvisations collectives ou soundpainting, une musique mobile, in progress, que dirige à tour de rôle les membres de l’orchestre ou l’homme sans tête qui donne son titre au nouvel album. On est pris dans un tourbillon de notes, une féérie de couleurs et de lumières, gigantesque patchwork sonore dans lequel des valses à trois temps tendent la main au swing, rencontrent Nino Rota et Carla Bley, le Willem Breuker Kollectif et Battista Lena. “Sans tête“, leur nouvel opus vient de paraître, deux disques dans un coffret cartonné. S’y ajoutent “Soif" épopée marine de Nicolas Flesh, et une plaquette contenant des photos et dessins de Camille Sauvage. Prochain concert parisien au Studio de l’Ermitage les 10 et 11 mars prochains.


DIMANCHE 8 février
Dave Liebman, Bobo Stenson, Jean-Paul Celea et Daniel Humair au Sunside. Le club refuse du monde. Ce nouveau groupe n’a pas échappé à la vigilance de l’amateur de jazz. Il se souvient de Quest, groupe à l’énergie dévastatrice, l’un des meilleurs des années 80. Dave Liebman l’animait et son saxophone soprano lançait des flammes. Le groupe jouait un jazz moderne tendu à l’extrême, comme un fil prêt à se rompre. La musique de ce nouveau quartette  présente des différences notables. Daniel Humair
la souhaite moins agressive et son drumming est davantage caresse de cymbales que martèlement de tambours de guerre. Il colore le flux  harmonique, mais peut installer un vrai chabada pour ponctuer un morceau plus classique hérité du bebop. Dave Liebman possède une très forte personnalité. Dès qu’il souffle dans un saxophone – ténor, mais surtout soprano – une sonorité puissante et originale s’impose et fascine. Au piano, Bobo Stenson calme les notes de feu du saxophoniste, développe un jeu mélodique sensible et lyrique, introduit des dissonances, des ruptures, joue des phrases abstraites qui étonnent. Une basse solide fait le lien, tisse les fils d’un travail de groupe. Loin de faire gronder son instrument, Jean-Paul Celea préfère commenter dans les aigus, saupoudrer d’harmonies les compositions de ses partenaires. La formation donne ses premiers concerts. Elle est déjà très prometteuse.

MERCREDI 11 février
"Les Enfants Terribles" de Jean Cocteau mis en scène par Paul Desveaux au Théâtre de l’Athénée. Ce n’est pas une pièce mais un opéra de chambre composé pour trois pianos par Philip Glass, le troisième volet d’un tryptique consacré à Cocteau, après “Orphée“ (1993) et "La belle et la bête" (1995). Avec l’aide de la chorégraphe Susan Marshall, Glass l’a conçu comme un dance-opera dans lequel les chanteurs sont aussi des danseurs. Frappé en pleine poitrine par une boule de neige lancée par Dargelo, un camarade qu’il vénère, Paul (le baryton Jean-Baptiste Dumora) doit garder la chambre. Sa sœur Elisabeth (la soprano Myriam Zekaria) le veille jalousement. Elle écarte Agathe, un double féminin de Dargelos (Muriel Ferraro, une soprano, tient les deux rôles) dont Paul est amoureux et manigance le mariage cette dernière avec Gérard (le ténor Damien Bigourdan), le narrateur de l’histoire. Découvrant ces manœuvres, Paul s’empoisonne. Elisabeth rejoint son frère dans la mort. Ces quatre personnages occupent la scène. Ils chantent, dansent, au rythme d’une musique ensorcelante. Une nouvelle chorégraphie confiée à Yano Latridès donne à voir des scènes presque irréelles : celle de la boule-de-neige ; le frère et la sœur jouant à se disputer et à « partir » ; Paul somnambule tournant sur lui-même tel un derviche. Les moments féeriques ne manquent pas dans ce spectacle qui nous mène dans des chambres mystérieuses où se promènent des enfants joueurs qui préfèrent les rêves à la réalité. Un tapis, quelques coussins, deux chaises, un lit qui va et vient, il n’en faut pas davantage pour décorer l’espace scénique et inventer une chambre, lieu clos « espace imaginaire où le territoire de l’intime se révèle à cœur ouvert. » Trois pianistes (Véronique Briel, Cécile Restier, Vincent Leterme et Stéphane Petitjean en alternance) occupent le fond de la scène derrière un fin rideau qui sert d’écran aux ombres et aux jeux de lumières. Ils répètent des figures, de courtes phrases sans cesse enrichies de micro-intervalles, quarts ou huitièmes de ton, progression additive de figures répétitives. La musique rythmée et en mouvement épouse les tensions dramatiques du récit. L’ouverture est splendide, de même que l’interlude instrumental accompagnant la danse de Paul en somnambule. Dommage que Muriel Ferraro articule mal. Elle compense ce défaut par sa grâce, sa mobilité. Jolie fille, elle tourbillonne et virevolte comme un papillon. On sort de ce spectacle de belles images plein les yeux et hypnotisé par une musique qui vous trotte très longtemps dans la tête.


VENDREDI 13 février
Le Sunside accueille Vijay Iyer. New-yorkais d’origine indienne, ce dernier n’a pas peur de jouer un piano différent, une musique résolument moderne qui n’est pourtant pas exempte de lyrisme. Son trio l’aide beaucoup à la construire. Stephen Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie tissent une véritable toile rythmique aux ponctuations irrégulières, aux métriques inhabituelles, un tissu percussif d’une grande mobilité qui superpose de nombreuses figures asymétriques. La main gauche du pianiste plaque des accords sombres et dissonants ; la droite peut longuement répéter un thème riff, s’emparer de quelques notes et développer de longs voicings inattendus. Vijay Iyer pratique un jeu orchestral. Il prend le temps de faire sonner ses notes, de les jouer crescendo. La caisse claire porte le flux sonore à ébullition ; la contrebasse réactive s’empare d’une ligne jouée par le piano pour la commenter. Une mélodie peut jaillir d’un amoncellement d’accords et de clusters. Vijay invente, varie sans cesse son langage pianistique et prend des risques. Sa musique in progress bruisse de cadences sauvages et vibre de puissance. “Trajicomic“, son dernier album a été récompensé par Jazzman. Un Choc de l’année 2008 tout à fait mérité. Vijay en joue quelques morceaux. Je reconnais Comin’up et sa renversante petite musique, sa structure rythmique particulière. Le second set moins abstrait, plus mélodique, me laisse une profonde impression. Le jazz bat d’autres rythmes, explore de nouveaux champs harmoniques. On ne doute pas de sa bonne santé après un tel concert.
Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf Marianne Denicourt © Frédéric Joyeux - "La Ville“©Photo X - "Les Enfants Terribles © Elizabeth Carecchio.

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 14:00

Je n’ai jamais été un grand fan de Baptiste Trotignon. Dans ses précédents albums en trio ou avec David El-Malek, le pianiste étale un peu trop sa technique. Bon musicien, mais acrobate du bop, il jongle avec ses notes et donne peu d’émotion. Plus intéressants, ses deux disques en solo réservent de bons moments. Le piano se fait tendre, le discours devient sensible et poétique et la musique y gagne. On entend cela dans cet album new-yorkais. Le langage y est constamment musical, le pianiste met sa technique au service de la musique et n'en fait jamais trop. Baptiste nous offre des thèmes simples, élégants et souvent mélodiques, à l'écriture travaillée. Ses morceaux à tiroirs réservent des surprises, des thèmes secondaires, des cadences qui étonnent et stimulent la section rythmique. La contrebasse très souple de Matt Penman réagit comme un élastique à ces tensions inattendues. Eric Harland jongle avec une grande variété de rythmes. Sa batterie ne marque pas seulement le tempo, mais colore et nourrit le flux musical. Otis Brown officie dans les morceaux plus ternaires, dans Dexter, une pièce bop que chauffent à blanc le saxophone ténor de Mark Turner et le bugle de Tom Harrell. Ce dernier s’offre un très beau duo avec Baptiste dans Blue, une pièce douce et magique. Contrairement à de nombreux saxophonistes, Mark a beaucoup à dire. Il raconte des histoires, possède une sonorité et un langage harmonique bien à lui. Dans Flow, son saxophone chante la mélodie avec le piano, en décline les harmonies par petites touches, joue de courtes phrases personnelles. On retrouve les deux souffleurs dans Samsara, un thème élégant qu’ils habillent de couleurs éclatantes. Nerveux et virtuose, le piano chante de délicates petites musiques. Peace dans lequel on entend quelques notes du 4ème prélude de Chopin est très attachant. On ne s’ennuie pas une seconde à l’écoute de ces onze plages, le meilleur disque de Baptiste Trotignon. 

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:38

Troisième volet des “New York Trio Recordings“ de Marc Copland. Après Gary Peacock et Bill Stewart dans le premier, Gary Peacock et Paul Motian dans le second, le pianiste change à nouveau de section rythmique, reprend Stewart et remplace Peacock par Drew Gress, sa musique se voyant ainsi portée d’une autre manière. Stewart semble mieux convenir que Motian pour la rythmer, la pousser en avant. Il prend des initiatives, anticipe le flux harmonique, rentre davantage dans la musique. On peut préférer le premier volume au second, mais Gress joue plus juste que Peacock et donne beaucoup d’épaisseur à ses notes rondes et puissantes. Dans Like it Never Was, une des compositions de “7 Black Butterflies“, un de ses albums, il se place volontairement en retrait pour laisser Stewart ponctuer la musique de ses cymbales. Night Whispers débouche vite sur une improvisation collective et dans Space Acres et The Bell Tolls, Copland revient obstinément sur les mêmes accords pour permettre à ses partenaires d’embellir harmoniquement et rythmiquement les morceaux. Le pianiste fait beaucoup jouer ses musiciens. Il les provoque, les relance par quelques notes, par un motif rythmique inlassablement répété qui les oblige à façonner une musique de groupe. Copland ne joue pas non plus comme les autres pianistes. Trois courtes versions d’Emily en solo, différentes les unes des autres, témoignent de la singularité de son langage harmonique. Son utilisation judicieuse des pédales lui permet de nuancer constamment son phrasé legato, de modifier la couleur de ses notes raffinées, d’allonger ou de diminuer leur résonance. Ce nouvel album de Marc Copland confirme sa place auprès des grands. On l’écoute avec un plaisir intense.

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 17:46

Etonnant parcours que celui d’Enrico Rava. En 1957 à Turin, il assiste à un concert de Miles Davis et décide de jouer du bop à la trompette alors qu’il pratique du dixieland au trombone. Dans les années 60, il joue avec Gato Barbieri, Steve Lacy, souffle des notes de feu, recherche le jaillissement du cri. Installé  à New York en 1967, il se produit tout naturellement avec les musiciens d’avant-garde, travaille au sein de la Jazz Composer’s Orchestra Association de Carla Bley et Mike Mantler. Cette esthétique free qui est la sienne jusqu’aux années 90 va progressivement s’estomper. Enrico Rava s’intéresse alors à l’écriture musicale, compose en se préoccupant davantage de la forme. Il adoucit son jeu, fait sonner sa trompette comme celle de Miles Davis. C’est un musicien lyrique qui grave une nouvelle série d’albums pour ECM à partir de 2003. “Easy Living“ est même une énorme surprise. Nulle urgence dans son jeu, mais des phrases chantantes, une célébration de la mélodie inattendue. A ses côtés, Stefano Bollani, un jeune pianiste italien, fait déjà parler de lui. Il joue dans ce “New York Days“, enregistré en quintette à New York. Le trompettiste y retrouve Paul Motian, le batteur d’“Escalator Over the Hill“ et de “Tati“, un grand disque en trio. Larry Grenadier assure la contrebasse et le saxophoniste Mark Turner complète le groupe. Bien que ce dernier aime les accords tarabiscotés, sa sonorité réfléchie s’accorde à celle, chantante, de Rava. Il muscle la musique par la vivacité de ses chorus, pousse le trompettiste à monter dans les aigus, à retrouver un peu le vertige de ses années rebelles. Le jazz abordé est ici est largement modal. Le trompettiste avoue avoir réduit sa musique à l’essentiel, à des mélodies très simples (le thème de Certi Angoli Segreti fait penser à du Nino Rota). Il laisse ainsi ses musiciens tisser des fils harmoniques, embellir la musique et la faire respirer. Les climats sont plus sombres que d’habitude. Les tempos plus lents favorisent la recherche de paysages sonores proches de l’abstraction (Outsider). Comme d’habitude, Motian commente, propose un langage rythmique qui lui est personnel. Attentif, Grenadier économise ses notes, joue les plus utiles, fait parfois tenir à sa contrebasse un rôle de bourdon. Le flux harmonique ralenti permet l’enchevêtrement de nombreuses séquences rythmiques. Constamment à l’écoute, Bollani cimente les échanges, les contre-chants auxquels se livrent la trompette et le saxophone. Ses petites notes élégantes relancent le discours mélodique, le prolongent par de belles improvisations (Lady Orlando). Un des très beaux disques de cette nouvelle année.

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 14:33

Février : Plein de concerts de jazz intéressants dont certains à ne pas manquer. Fiez-vous à vos goûts, pas au mien. S’ils s’accordent tant mieux, mais prenez des initiatives, soyez curieux.

Le Duc des Lombards nous invite les 3 et 4 février à écouter du piano. L’établissement possède un demi-queue de concert, un Yamaha S6. La firme japonaise leur en prête un second, histoire de voir ce qu’en fera Giovanni Mirabassi qui invite successivement Antoine Hervé et Alain Jean-Marie à improviser avec lui. Egalement le 4, le Cabaret Sauvage accueille le Surnatural Orchestra. Mélange explosif de fanfare et de big band, l’orchestre sort “Sans Tête“, un beau coffret de 2 CD contenant de magnifiques dessins. Leur musique déjantée, follement colorée et diversifiée mérite le déplacement.

La leçon de jazz que donne une fois par mois Antoine Hervé porte en février sur les rythmes asymétriques. Le sujet fait peur, mais en bon pédagogue, Antoine explique très bien, et rend simple ce qui paraît compliqué. C’est à19 heures 30, le 5, à l’Auditorium St. Germain, 4 rue Félibien 75006 Paris.

Le 6 au Sunside, le trio du contrebassiste Jean-Philippe Viret avec Edouard Ferlet au piano et Fabrice Moreau à la batterie nous régalera d’harmonies délicates, mettra “le temps qu’il faut“ pour nous séduire, après avoir conquis le public du Duc en novembre. Le 6, mais aussi le 7 au Sunset, l’Orchestre de Franck Tortiller fête la sortie de “Sentimental 3 Temps“, un programme de valses longtemps rôdé au sein de l’ONJ. Tâchez de ne pas manquer l’un des deux concerts que donneront les 7 et 8 au Sunside Dave Liebman, Bobo Stenson, Jean-Paul Celea et Daniel Humair. Pianiste raffiné, Bobo Stenson essayera de calmer l’urgence installée par ses complices, de faire baisser la fièvre d’un quartette au potentiel musical explosif.

Le Sunside organise le 9 une soirée de soutien au saxophoniste Mark Turner, blessé à la main et récemment opéré à la suite d’un accident. La recette lui sera intégralement reversée. David El-Malek, Rick Margitza, Stéphane Belmondo, Baptiste Trotignon, Pierre de Bethmann, Nelson Veras, Aldo Romano, Dré Pallemaerts ont répondu présents.

Mourad Benhammou et son quintette (avec Fabien Mary à la trompette et Pierre Christophe au piano) font la fête au Sunside le 10 à l’occasion de la sortie de son nouvel album “Perk’s Snare“ (la caisse claire du batteur Walter Perkins sur laquelle joue Mourad) chez Black & Blue.

Le 11, Miguel Zenon revient au Sunside avec ses musiciens habituels, Luis Perdromo au piano, Hans Glawischnig à la contrebasse et Henry Cole à la batterie. Miguel souffle des notes brûlantes, joue un jazz musclé et lyrique que lui inspire son âme latine. Le même soir, à 20 heures, Molly Johnson donne un concert à l’Alhambra, 21 rue Yves Toudic, 75010 Paris. Si vous n’avez pas pu entendre la chanteuse au Duc en novembre, courez-y : Molly n’est jamais meilleure que sur une scène.    

Les amateurs de découvertes et de sensations fortes se rendront le 13 au Sunside. Vijay Iyer s’y produit avec Stephen Crumb à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie. Ce même trio l’accompagne dans “Tragicomic” un album Sunnyside chroniqué dans ce blog qui donne bougrement envie de courir les entendre. Henri Texier fête la sortie du sien le même soir au New Morning. Dans “Love Songs Reflexions“ (Label Bleu) disponible en magasin depuis le 22 janvier, sa contrebasse s’attaque à des standards, à des compositions originales et développe un jeu mélodique en compagnie du Red Route Quartet, Sébastien Texier au saxophone alto et à la clarinette, Manu Codjia à la guitare et Christophe Marguet à la batterie.

Les choses sérieuses reprennent le 20 avec le Laurent de Wilde - Géraldine Laurent New Quartet. Yoni Zelnik à la contrebasse et Luc Insemann à la batterie assurent la section rythmique de ce nouveau groupe prometteur. Toujours le 20, le trompettiste Eric Le Lann se produit en quartette avec le contrebassiste Jannick Top et le 21 en quintette avec l’excellent Olivier Temine au saxophone ténor. Deux soirées à passer bien au chaud au Duc des Lombards.

On se rendra également au Duc le 23 pour suivre de nouvelles aventures de Sylvain Beuf avec Pierrick Pedron et Denis Leloup. Diego Imbert et Franck Agulhon fournissent les rythmes aux trois souffleurs.

Du 24 au 28 février, Le Sunside célèbre la mémoire de Charlie Mingus disparu il y a trente ans. Au sein de diverses formations, les contrebassistes Patrice Caratini, Riccardo Del Fra, Jacques Vidal, Gilles Naturel interprèteront sa musique. Drew Gress jouera la sienne les 26 et 27. Avec Ralph Alessi, Tim Berne, Craig Taborn et Tom Rainey. Une sacrée équipe à découvrir dans “The Irrational Numbers“ de Gress (Premonition Records), un des grands disques de l‘an passé.
Ceux qui ont manqué le mois dernier le nouveau groupe de Pierre Christophe au Sunside pourront l’écouter le 26 au Duc des Lombards. Le saxophone alto d’Olivier Zanot chante et apporte de nouvelles couleurs à un répertoire en grande partie renouvelé par les compositions du pianiste.


-Sunset/Sunside http://www.sunset-sunside.com/
-Duc des Lombards http://www.ducdeslombards.com/
-New Morning
http://www.newmorning.com/
-Cabaret Sauvage http://www.cabaretsauvage.com/

Quelques bons disques doivent paraître en février. Le 2, le pianiste John Taylor sort un enregistrement en solo sur CAM jazz, “Phases“. Les amateurs d’harmonies subtiles et délicates y jetteront une oreille attentive. Toujours le 2, chez le même éditeur, paraît “Sentimental 3/4“, remarquable opus de Franck Tortiller sur les valses. On patientera jusqu’au 12 mars pour découvrir le nouveau Enrico Pieranunzi avec Marc Johnson et Joey Baron. Consacré à quelques-unes des mélodies qui ont marqué le XXe siècle, “Songs from the last Century“, le disque new-yorkais de Guillaume de Chassy et de Daniel Yvinec, est attendu chez les disquaires le 26 février. Le batteur en est Paul Motian et Mark Murphy prête magnifiquement sa voix à quelques morceaux. J’en réserve la chronique à Jazzman, mais vous pourrez lire une interview de Guillaume dans ce blogdeChoc lorsque l’album sortira. Les nouveaux opus d’Enrico Rava (“New York Days“), Marc Copland (“New York Trio Rec. Vol.3 – Night Whispers“) et Baptiste Trotignon (“Share“) seront prochainement chroniqués dans ce blog. Couvrez-vous, ne prenez pas froid en passant d’un club à un autre et suivez le blogueur de Choc.
Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf Vijay Iyer©Sunnyside Records.

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 12:09

Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

MERCREDI 21 janvier
Coup d’envoi du festival cinéma Télérama. 3 euros la place jusqu’au 27 janvier. Une belle occasion de voir ou de revoir une quinzaine de films sortis sur nos écrans en 2008. Certains ne m’attirent pas. Woody Allen a fait beaucoup mieux que “Vicky Cristina Barcelona“, une comédie amusante que l’on regarde pour ses actrices. J’ai déjà vu “There Will Be Blood“ de Paul Thomas Anderson et “Into the Wild“ de Sean Penn. Ils comptent parmi les meilleurs long-métrages sortis l’an dernier et honorent ce programme.
Je me décide pour “Séraphine“, un film de Martin Provost, son troisième, un sujet qui m’attire, une histoire vraie. Séraphine Louis (1864-1945) habite Senlis et vit de ses lessives, de travaux ménagers. La nuit dans sa mansarde, devant une statue de la Vierge qu’elle éclaire de bougies, elle peint de petits tableaux, des fleurs, des natures mortes tout en chantant des cantiques. Elle peint car un ange le lui a ordonné. Son panier d’osier à la main, Séraphine parcourt la campagne, colle son visage sur les troncs des arbres et se hisse sur leurs branches. Lorsqu’elle est triste, elle parle aux fleurs, aux oiseaux, aux animaux qu’elle rencontre. Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur), un collectionneur allemand, l'un des premiers acheteurs de Picasso, Braque et du Douanier Rousseau, l’emploie quelques heures par semaine pour tenir sa maison et laver son linge. Découvrant une de ses peintures, il l‘encourage à en faire d’autres. La guerre de 14 les sépare. Wilhelm Uhde doit s’enfuir et Séraphine, toujours bonne à tout faire, continue à peindre des toiles de plus en plus grandes, de plus en plus nombreuses. Son mécène la retrouve en 1927. Il l‘aide à vivre, lui achète ses tableaux, lui trouve des clients. Lorsque l’argent se raréfie après 1929 et qu’Uhde doit remettre à plus tard l’exposition parisienne promise, Séraphine, un cœur simple, ne comprend pas et perd la tête. Internée, elle finit ses jours à l’asile. Yolande Moreau étonnante, prête à Séraphine son épaisseur, ses gestes maladroits, son âme sensible et attachante. Humble, frustre, modeste, Séraphine parle peu, mais communique par les yeux, transperce par le regard. Martin Provost filme sobrement de courtes scènes que ses acteurs transfigurent. Le rythme est volontairement lent, les images souvent belles et l’émotion palpable.

JEUDI 22 janvier
Edouard Bineau en trio au Duc des Lombards. Jean-Jacques Pussiau ne s’est pas trompé en publiant en 2002 son premier disque. Pianiste sensible, Edouard possède son propre univers musical, joue des harmonies élégantes et un beau piano. Je ne l’ai pas reconnu avec des cheveux sur un crâne naguère rasé et la barbiche de pharaon qui orne son menton. Sur scène, il se montre un peu gauche, présente ses morceaux presque en s’excusant. Sa timidité profite à sa musique, lui apporte une respiration appréciable. Ses notes sont comme en attente de celles qui vont suivre. Portées par des rythmes lents et réguliers, elles semblent plongées dans un sommeil surnaturel. Si Edouard semble vivre les rêves sonores qu’il nous fait partager, sa section rythmique veille à cadrer ses envolées lyriques, à leur donner une épaisseur concrète. Le pianiste aime les standards dont les harmonies ressemblent aux siennes. Il interprète toujours Angel Eyes et Wayfaring Stranger, deux extraits de “Idéal Circus“, son deuxième album dans lequel Gildas Boclé et Arnaud Lechantre l'accompagnent déjà. De nouvelles compositions enrichissent son répertoire. Il fait danser une ronde aux notes de Canaïma rapporté d’un séjour au Venezuela. Introduit par un jeu en accords puis développé par la contrebasse, Wared semble construit sur un mode oriental. Il y a du McCoy Tyner et du Keith Jarrett dans ce piano modal qui déploie une énergie inhabituelle dans Je me suis fait tout petit, de George Brassens, mais conserve intact son pouvoir hypnotique et lyrique. Gildas Boclé enrichit la musique à l’archet ; Edouard trempe ses voicings dans des lignes de blues. Il fait bon écouter ces morceaux colorés qui évoquent des images. Ils chantent de petites musiques qui mettent du baume au cœur.


VENDREDI 23 janvier

Répétition publique de l’ONJ à la Dynamo de Banlieues Bleues. Sous la direction artistique de Daniel Yvinec, la formation travaille depuis dix jours sur “Around Robert Wyatt“, un de ses trois projets ambitieux. Elle entre en studio la semaine prochaine pour enregistrer l’album et en peaufine les passages difficiles. Contrairement à ce qui se fait d’habitude, Daniel a commencé par enregistrer les voix a cappella. Camille, Yaël Naïm, Rokia Traore, Irène Jacob et Daniel Darc ont confié les leurs à l’orchestre et Robert Wyatt prête la sienne à six morceaux. Ces voix nues et invisibles, des instruments les habillent, leur donnent des couleurs. Daniel a eu la bonne idée de demander à Vincent Artaud de s’occuper des arrangements. L’auteur de “La tour invisible“ ne pouvait que se réjouir de ces mélodies enchanteresses, solides barres d’appui à des relectures oniriques. Saxophones alto et ténor, clarinette et clarinette basse, cor, trompette, flûtes soulignent les thèmes, les plongent dans un univers sonore neuf et personnel ; les claviers les trempent dans des sonorités futuristes ; la guitare les enracine dans le rock. Vincent Artaud aime mettre en boucle quelques notes, fabriquer de courtes séquences répétitives. Il marque la musique de son propre regard. Rangers in the Night, démarquage original de Strangers in the Night, le tube de Frank Sinatra, une pièce très simple que Robert chante en s’accompagnant au piano, hérite de sonorités somptueuses. Son crescendo final évoque la coda magnifique de A Day in the Life. La voix cassée de Daniel Darc fragilise le tendre O Caroline, lui transmet sa sensibilité d‘écorché vif. Les thèmes de ce répertoire n’ont pas tous été composés par le barde à la voix d’archange. Shippbuilding, un vieux thème d’Elvis Costello, est confié à la voix de Yaël Naïm. La musique de The Song (un des grands moments de “Songs“ un album de John Greaves dans lequel chante Robert) se voit transfigurée par une orchestration raffinée dans sa mise en couleurs. Cette passionnante répétition annonce de magnifiques concerts et un album pour le moins gigantesque. Sa sortie est annoncée pour le 23 avril. On écoutera les disques de Robert Wyatt pour patienter jusque-là.

DIMANCHE 25 janvier
Plus de cent mètres de queue pour “Les plages d’Agnès“ programmé dans le cadre du festival Télérama dans une seule salle parisienne. La chance souriant aux audacieux, Emmanuel et moi parvenons à rentrer. Dans ce film poétique et touchant, véritable puzzle assemblant extraits de films, photos, documents, scènes reconstituées et images oniriques imbriquées les unes dans les autres, Agnès Varda livre sa vie. Chronologique, son film déborde d’invention, d’humour, de digressions malicieuses et tendres. S’appuyant sur un montage acrobatique, Agnès nous raconte son enfance en Belgique et à Sète, son adolescence à Paris où elle s’éveille à sa future carrière artistique. L’Ecole de photos de la rue de Vaugirard la conduit à photographier les premières éditions du Festival d’Avignon et à travailler au TNP avec Jean Vilar. Le cinéma, elle l’ose en 1954 avec “La pointe Courte“. Alain Resnais le monte et tourne quelques scènes de raccord. Au début des années 60, Agnès Varda tourne "Cléo de 5 à 7", un autre film à petit budget, un film phare de la nouvelle vague dont elle est la seule cinéaste. Sa carrière est lancée. Devant son domicile parisien, la rue Daguerre transformée en plage (les mouettes sont des mobiles qui battent leurs ailes de carton), Agnès nous parle de ses amis, de sa famille, des vivants et des morts, et parsème ses souvenirs d’images surréalistes et de scènes poétiques. Ses plages, ce sont celles de la mer du Nord et de son enfance, de Sète où elle passe toute la guerre, de Venice en Californie où elle s’installe à la fin des années 60, de l’île de Noirmoutier qu’elle parcourt avec Jaques Demy, son Jacques, Jacquot de Nantes dont elle célèbre pudiquement la mémoire. Un film vif, tendre, émouvant que l’on regarde émerveillé.

AmeriKa, une adaptation de “L’Amérique“ de Franz Kafka au Lucernaire, le moins noir de ses romans. Le burlesque l’emporte, mais le candide Karl Rossmann a bien du mal à s’intégrer dans ce pays neuf dont le culte est celui de l’argent. De nombreux déboires parsèment ses aventures. Chassé par son oncle sénateur, volé par un tandem d’escrocs, il se retrouve malgré lui protégé par les femmes, sauvé par sa jeunesse. On ne saura jamais ce que l’Amérique réserve à cet ex-groom nommé machiniste du grand Théâtre d’Oklahoma. On quitte le héros, « délicat et les joues toujours creuses » dans un wagon de chemin de fer en compagnie de la tendre Thérèse. Dans le livre, il s’agit de Giacomo, employé comme lui à l’Hôtel Occidental. Qu’importe ! Kafka n’a jamais terminé son livre. Vincent Colin en signe une jolie adaptation théâtrale. Sa mise en scène vive et rythmée valorise six acteurs et actrices qui passent d’un personnage à un autre, font oublier l’absence de décors. La pièce dure une heure et quart. On n’y voit pas le temps passer. Vous avez jusqu’au 22 février pour rire et suivre les aventures d’un naïf attachant.

Réservations au 01 45 44 57 34  http://www.lucernaire.fr/ - L’auteur de l’affiche, Joël Guenoun, a un très beau site sur le net. Allez-y voir : http://www.joelguenoun.com/


MERCREDI 28 janvier

Depuis lundi, Jacky Terrasson occupe le Sunside. Il s’y sent chez lui et invente soir après soir en solo. Le blues nourrit ses lignes mélodiques, mais Jacky utilise un vocabulaire harmonique très varié dont les racines plongent aussi dans la musique classique européenne. On ne sait jamais ce qu’il va jouer. Lui non plus. Une belle page romantique succède à un prélude dissonant. De notes puissamment martelées sort une mélodie de rêve, une miniature sonore aussi fugace que belle. Tel un magicien, Jacky tire de son chapeau un splendide Over the Rainbow et lui imprime un doux balancement. La main droite, légère, ornemente, en détache sensuellement les notes essentielles. Un vieux blues bancal et burlesque introduit You’ve Got a Friend de Carole King. Take the A Train hérite d’un tempo lent et chaloupé. Une composition sans titre se mâtine de rythmes afro-cubains. Les doigts font danser les notes, leur imposent des cadences hypnotiques. Après un Caravan très percussif, le deuxième set de la soirée célèbre longuement le blues. Jacky en esquisse les phrases, leur donne rythme et respiration avant d’en bousculer les accords dans un jeu très physique. Les notes se font puissantes, gonflent et s’étalent comme des vagues. Celles de I Love you More, une ultime ballade, apaisent et mettent en joie.

JEUDI 29 janvier

Le musée d’Orsay offre aux regards une centaine de pastels jusqu’au 1er février, une exposition intitulée “Le Mystère et l’Eclat“. Fragiles, ils supportent mal la lumière du jour et ne sont pas souvent montrés. La première salle que l’on visite contient deux grandes œuvres étonnantes de Sam Szafran, un artiste né en 1934 et qui travaille le pastel depuis 1958. Je ne goûte guère les peintres réalistes, et pas davantage les portraits mondains d’Emile Lévy, Louise Breslau et Lucien Lévy-Dhurmer qui baignent dans un académisme bon teint. Les impressionnistes m’impressionnent davantage. Pas tous. Le Nageur de Gustave Caillebotte (un plongeur en maillot rayé) accroche le regard. Les ciels d’Eugène Boudin sont incomparables. Edouard Manet se mit tard au pastel. Son premier, Portrait de Madame Edouard Manet sur un canapé bleue, reste un coup de maître et sa Femme au chapeau noir est presque aussi bien. On connaît mieux les pastels de Degas. Ce mélomane dispose d’un fauteuil d’orchestre à l’Opéra. Son abonnement lui permet aussi de fréquenter le foyer de la danse. Il en profite. Sa Danseuse au bouquet, saluant est célèbre mais les femmes qu’il montre souvent dans leur bain, captivent autant que ses danseuses. Les peintres symbolistes sont loin de tous posséder le même génie artistique. On doit à Lévy-Dhurmer un beau portrait de Georges Rodenbach, l’auteur de “Bruges la morte“. Lévy-Dhurmer cultive souvent l’étrange. Sa Femme à la médaille s’appelle aussi Mystère. Les scènes mythologiques d’Emile-René Ménard ou de Kerr-Xavier Roussel m’ennuient. Rattaché au symbolisme, Odilon Redon invente un monde onirique plus beau que celui des autres. Le Char d’Apollon, Le grand vitrail (1904) longtemps la propriété du pianiste Ricardo Viñès, et Le Bouddha, un grand pastel sur papier beige qu’il réalise vers 1906-1907 comptent parmi les plus belles œuvres de cette exposition.

Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf affiche et photo du film “Séraphine“ © Diaphana Films ; affiche du film “Les plages d’Agnès “ © Les Films du Losange ; affiche et photo de la pièce AmeriKa ©Compagnie Vincent Colin ; Portrait de Mme Edouard Manet sur un canapé bleu © Musée d'Orsay, dist. RMN / © Patrice Schmidt.  

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 10:44

Theo Bleckmann enregistre beaucoup. Il travaille avec Moss, groupe vocal prometteur dont on attend un second album et vient de publier un recueil de chansons de Charles Ives dans lequel le groupe Kneebody l’accompagne. Convié en 2002 à un Wall-to-Wall Joni Mitchell Marathon Concert, Bleckmann avait alors formé un trio avec Gary Versace et John Hollenbeck. Ce Refuge Trio sort aujourd’hui un premier opus inattendu sur le label Winter & Winter. Il s’ouvre sur une version dépouillée de Refuge of the Roads, un morceau de Mitchell, le dernier d’“Hejira“, un des grands disques de la chanteuse. Une minute et neuf secondes sans aucun autre instrument que la voix très pure de Bleckmann. Des effets électroniques en prolongent le timbre dans To What Shall I Compare This Life introduit à l’accordéon. La voix chante inlassablement les paroles d’un mantra dont le piano égraine les notes. Le xylophone lui confère un aspect étrange. Les musiciens profitent des possibilités que leur offre le studio pour étoffer l’instrumentation de leur répertoire. Excellent pianiste, Gary Versace est aussi un spécialiste de l’orgue Hammond et un accordéoniste chevronné. Batteur, percussionniste, John Hollenbeck joue aussi du vibraphone et des métallophones. La musique créée par le groupe est ainsi une suite de paysages musicaux aux couleurs très variées. Edge, un court morceau d’accordéon composé par Versace, sert d’introduction à l’illustration musicale d’un texte écrit au XVIIe siècle par Mizuta Masahide, poète et samouraï. Bleckmann vocalise sur Peace d’Ornette Coleman. La mélodie apparaît tardivement sous les doigts du pianiste. Un habile bruissement percussif le commente. Misterioso de Thelonious Monk génère un délire sonore auquel participe activement un piano atonal. On cherche vainement à reconnaître le thème dans les phrases abstraites que joue Versace, mais c’est Bleckmann qui en chante les notes. Hollenbeck tire des sons cristallins de ses vibraphones et ses crotales (cymbales à doigts) tintinnabulent joyeusement. La pièce se nomme Yang Peiyi, du nom de la petite fille à la voix superbe que la télévision chinoise préféra ne pas montrer lors des derniers Jeux Olympiques. Elle est suivie par Hymn, une prière, un des plus beaux moments d’un disque féerique.

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 10:06

Six morceaux en trio, cinq en double trio (deux batteries et deux contrebasses entourent le saxophoniste) et deux en quartette avec un seul batteur. Les contrebassistes Larry Grenadier et Reuben Rogers, les batteurs Brian Blade et Gregory Hutchinson se partagent le travail, permutent selon les plages sans nullement modifier la sonorité générale de l’album. Principal soliste de cette musique austère, Joshua Redman s’est déjà confronté au trio avec contrebasse et batterie dans “Black East“, enregistré en 2007 avec trois sections rythmiques différentes. Il sait trouver la musique en lui-même, possède suffisamment d’imagination et de maîtrise technique pour se passer de filet protecteur. L’absence d’un piano, d’une guitare ou d’un autre instrument harmonique constitue un véritable piège pour un saxophoniste sans expérience. S’il permet d’improviser plus librement, de s’échapper des barres de mesure et du cadre harmonique, le musicien peut se perdre dans la multitude de notes et d’accords que permet son instrument. Prologue de ce nouvel album, Uncharted exprime bien l’intériorité du projet. Redman minimise les risques en construisant ses improvisations sur de véritables thèmes qu’il développe et harmonise avec lyrisme. Hutchhiker’s Guide et Round Reuben relèvent même du bop. Le saxophoniste en modernise le vocabulaire, s’en sert comme point d ‘appui. Il procède autrement dans Identity Thief, suite d’accords abstraits sur lesquels les musiciens greffent des rythmes. Redman s‘embarque dans cette aventure avec des complices. Ils l’ont maintes fois accompagné et lui permettent de placer la barre très haut, d’aller plus loin dans sa quête musicale. Deux contrebassistes et deux batteurs sont loin de troubler son jeu de ténor. Le soutien harmonique de l’une des contrebasses parfois jouée à l’archet lui apporte une assise confortable. Sa musique profite d’une plus grande richesse sonore, d’un foisonnement rythmique appréciable. On ne peut que s’en réjouir.

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