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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 10:12

D.Douglas Band 

La crise ne semble pas affecter les sorties de disques, nombreuses en septembre. Octobre s‘annonce tout aussi riche. Comme chaque année avant les fêtes, les disquaires survivants font le plein de nouveautés. Il y en a pour tous les goûts et les bons ne se vendent pas forcément mieux que les autres. Bons ou mauvais, les disques existent et méritent de trouver acquéreur. Profitez-en. Certains éditeurs souhaitent les voir disparaître. Resteraient les téléchargements payants. Un site en ligne propose même la qualité “Studio Masters“ restituant à l’identique le son fourni par le studio d’enregistrement. Un CD gravé par ordinateur a toutefois une durée de vie bien inférieure à un CD vendu dans le commerce et il faut bien graver la musique pour l’écouter sur sa chaîne stéréo avec de vraies enceintes et un très bon ampli. Pourquoi imprimer soi-même pochettes et livrets, gâcher encre et papier ? Les CD commercialisés nous les offrent, comme naguère ces vinyles qui fleurissent à nouveau chez les disquaires. Certains éditeurs pensent même pouvoir imposer aux journalistes leurs nouveautés en téléchargement. Comme si nous étions prêts à nous enchaîner un peu plus encore à nos ordinateurs, à une technologie aliénante qui malgré ses bons aspects vole notre temps, accélère notre quotidien. Préparer ce blog et assurer son suivi demande déjà une disponibilité considérable. Sortez, faites un tour chez votre disquaire tant qu’il a encore pignon sur rue. Utilisez votre ordinateur avec modération. Un peu de courrier, quelques pages d’écriture, la consultation régulière de ce blogdechoc, quelques recherches sur Google lorsque l’on ne possède pas les ouvrages appropriés et tous à la campagne pour écouter le chant des oiseaux, s’alléger du poids des machines. Les disques que j’ai choisis de commenter n’ont pas été téléchargés mais m’ont été adressés par des attachés de presse consciencieux. Il s’agit d’une sélection, d’un choix d’enregistrements qui m’ont plu ou partiellement intéressé. Ils méritent des oreilles attentives. Quelques-uns d’entre eux auront droit à une chronique détaillée. Puissent mes commentaires vous aider à bien choisir les autres. Je vous propose aujourd’hui une première liste d’albums parus en août. Dans la semaine les nouveautés de septembre et dès que possible les parutions d’octobre. Bonne écoute à tous et à toutes. 

Sont parus en août:

D. Douglas & Keystone, cover-“Spark of Being“, le nouvel opus du trompettiste Dave Douglas sur Greenleafmusic, réunit Marcus Strickland au saxophone ténor, Adam Benjamin (du groupe Kneebody) au Fender Rhodes, Brad Jones à la contrebasse, Gene Lake à la batterie et DJ Olive aux platines. Musicien prolixe et auteur d’enregistrements inégaux, Douglas signe un de ses meilleurs disques. On peut se le procurer en import dans certaines FNAC de la capitale. 

 

-Denny Zeitlin, 72 ans, a beaucoup trop d’expérience pour se livrer stérilement a de la virtuosité pure. Le pianiste connaît par cœur le langage du bop et n’a jamais hésité à moderniser sa musique. S’il prend des risques dans “Precipice“, un concert en solo qui témoigne de sa grande connaissance de l’harmonie, il joue aussi des superbes ballades et improvise avec beaucoup d’originalité. (Sunnyside / Naïve. Sortie le 24 août)

 

Musica Callada, cover-Dans “Música Callada“ François Couturier (piano), François Méchali (contrebasse) et François Laizeau (batterie) accordent leurs instruments pour célébrer Federico Mompou (1893-1987), compositeur Catalan en avance sur son temps et auteur de nombreuses pièces pour piano. “Música Callada“ reste son cycle pianistique le plus abouti. La modernité harmonique de cette “musique silencieuse“ et délicate fait aujourd’hui le bonheur des jazzmen. (Zig Zag Territoires / Harmonia Mundi. Sortie le 26 août)

 

-Longtemps associé au pianiste Jean-Pierre Mas (“Rue de Lourmel“) Cesarius Alvim semble avoir définitivement abandonné la contrebasse qui l’a fait connaître. Dans “Duo : For Ever“ , l’instrument est confié à Eddie Gomez (Bill Evans, Steps Ahead, Manhattan Jazz Quintet) et Cesarius joue du piano. Leur musique discrète et sincère mérite une écoute attentive. (Plus Loin Music / Harmonia Mundi. Sortie le 26 août)

 

Liebman--cover.jpg-Le saxophoniste Dave Liebman aime décidément les duos. On se souvient du très beau “Bookends“ enregistré en 2002 avec Marc Copland pour hatOLOGY. Un autre pianiste l’accompagne ici. Jean-Marie Machado a du métier, des bonnes idées et joue un très beau piano. Pour cette séance, les deux hommes ont apporté de belles mélodies, et les enveloppent d’harmonies fines. Intitulé “Eternal Moments“ , leur rencontre n’est pas prête d’être oubliée. (Bee Jazz / Abeille Musique. Sortie le 26 août)

 

-Le premier disque en solo du pianiste Vijay Iyer surprend par son approche mélodique. On a connu Iyer plus mordant et abstrait. Dans “Solo“ son piano chante. Sa musique se fait lyrique et accessible. Un jalon important dans une carrière extrêmement prometteuse. On peut en lire une chronique détaillée dans ce blog. (ACT / Harmonia Mundi. Sortie le 26 août)

Chucho Valdés, cover

 

-Les métriques inhabituelles abondent dans “Chucho Steps“, nouvel album de Chucho Valdés et ses Afro-Cuban Messengers, mélange détonant d’improvisation et de virtuosité au sein duquel le jazz est très présent. Le titre du disque est un clin d’œil à John Coltrane. Le pianiste et ses musiciens rendent hommage à Joe Zawinul, à la famille Marsalis, et tentent de moderniser rythmiquement la musique afro-cubaine. (World Village / Harmonia Mundi. Sortie le 26 août)

 

N. Winstone, cover-Norma Winstone a beaucoup de métier. Elle possède un phrasé et un scat qui lui sont personnels. On ne change pas une équipe qui gagne et après “ Distances“, Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2008, la chanteuse britannique retrouve dans “Stories Yet to Tell“ le clarinettiste autrichien Klaus Gesing (clarinette basse et saxophone soprano) et le pianiste italien Glauco Venier, ses musiciens habituels, pour un jazz de chambre intimiste qui vient bercer nos rêves. (ECM / Universal. Sortie le 30 août)

 

Photo Dave Douglas Band © Greenleafmusic

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 10:13

VIJAY IYER solo, coverAprès “Historicity“ enregistré en trio avec Stephan Crump et Marcus Gilmore, un disque à la pointe de la modernité, on espérait beaucoup de ce premier opus en solo. Privé de contrebasse et de batterie pour l’aider à tisser une toile de notes inattendues, le pousser à la déraison et à l’aventure, Vijay Iyer allait-il mener plus loin ses recherches harmoniques et rythmiques ? Adoptant un jeu plus lyrique, le pianiste surprend ici par la grande lisibilité de ses improvisations. Attachant beaucoup d’importance à la forme, il structure un discours musical ouvert au tumulte comme à l’émotion. S’il pratique un piano énergique et prend plaisir à épaissir ses notes, Iyer perd rarement de vue des mélodies qu’il encadre par des cadences martelées dans les graves. Le thème surgit parfois par effraction au sein de longues phrases acrobatiques, comme dans cette version d’Epistrophy dans laquelle s’entrelacent plusieurs rythmes. Jamais oubliées dans ces pages en solo, les mélodies restent présentes au sein même des morceaux les plus abstraits. Un thème rêveur et tendre se dessine ainsi dans les vagues de notes mouvantes et tourmentées d’Autoscopy. Celui de Patterns engendre un riff, un ostinato rythmique têtu et obsessionnel qui en encadre un second, flottant et onirique. Les mains puissantes du pianiste lui tricotent des notes aussi brillantes que des étoiles. Desiring est une mélodie délicate et un peu irréelle au rythme distendu. Iyer prend le temps de lui peindre de jolies couleurs. Les thèmes des standards qu’il reprend inspirent et guident ses pas de flâneur solitaire. Il s’attarde sur celui d’Human Nature, joue la grille de Darn That Dream avec des intervalles inhabituels, interprète Black & Tan Fantasy comme une marche funèbre tout en mêlant stride et ragtime à ses dissonances. Il aime jouer les notes graves de l’instrument et en fait profiter Fleurette Africaine, magnifique thème ellingtonien qu’il approche avec délicatesse et décline avec pudeur. On n’attendait pas Vijay Iyer aussi sage. Son piano chante. Personne ne s’en plaindra.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 14:50

Sofia Ribeiro-Organisés par Stéphane Portet, les Trophées du Sunside (9ème édition) ont démarré hier soir avec la prestation de trois premiers groupes. Difficile de faire un pronostic à l’écoute de musiques très différentes les unes des autres, le jazz, aujourd’hui pluriel, empruntant de nombreuses directions. Le jeune Roberto Negro est assurément un pianiste talentueux. Entourée d’un groupe très soudé, la chanteuse portugaise Sofia Ribeiro possède une jolie voix et scate sur des onomatopées qui n’appartiennent qu’à elle. Le jazz moderne que fait entendre Walabix interpelle. Gabriel Lemaire au saxophone alto et Quentin Biardeau au soprano mêlent ou décalent subtilement leurs voix mélodiques, Walabixsoufflent de longues phrases rêveuses. Le drumming d’Adrian Chennebault ne manque pas de finesse et Valentin Ceccaldi joue les basses sur un violoncelle ce qui donne au groupe une assise rythmique un peu sourde et une sonorité originale. La compétition reprend ce soir à 20h30 avec le Nicolas Sergio Quintet, Agathe Quartet et le Fiona Monbet Quartet. Les trois autres formations sélectionnées, DAD Quartet, Pierre HH Sextet et Némésis se produiront mercredi avant la délibération du jury. L’entrée de ces concerts est libre, mais une consommation est obligatoire.

 

-Du 30 septembre au 16 décembre, salle des colloques de la Cité de la Musique à 19h30, Vincent Bessières, ex-rédacteur en chef adjoint de Jazzman et commissaire de la récente exposition consacrée à Miles Davis dans cette même Cité de la Musique, animera un collège en 10 leçons sur le thème : où en est le jazz ? Réservations au 01 44 84 44 84. Renseignements: www.cite-musique.fr/francais/evenement.aspx?id=11239

Jazzycolor, affiche

 

  -Parrainé par Bojan Z, le prochain festival Jazzycolors (festival des instituts culturels étrangers à Paris) se déroulera du 11 au 27 novembre. 16 pays y participent cette année. Le guitariste Wolfgang Muthspiel et le trio du batteur Wolfgang Haffnery sont attendus. Tout le programme sur le site www.jazzycolors.net

Jef Neve, cover

 

 

-Le pianiste belge Jef Neve a enregistré un nouvel album en juillet avec Ruben Samama à la contrebasse et Teun Verbruggen à la batterie. Son titre: "Imaginary Road". En attendant sa sortie, on ne manquera pas d'assister à l'un des quatre concerts qu'il donne au Duc des Lombards en duo avec le chanteur José James les 13 et 14 septembre (20h et 22h).

Llyria, cover

 

-Ronin le groupe de Nik Bärtsch se produira au New Morning le 1 octobre. Le pianiste suisse compose des modules, met en boucle de courtes séquences rythmiques répétitives et minimalistes sur lesquelles les musiciens improvisent. Après “Stoa“ (2005) et “Holon“ (2008), Ronin sort “Llyria“  (ECM / Universal Music) un album aux rythmes tout aussi fascinants, mais davantage axé sur la mélodie. Outre Nik Bärtsch au claviers, la formationcomprend Sha à la clarinette basse et au saxophone alto, Björn Meyer à la basse, Kaspar Rast à la batterie et Andi Pupato aux percussions. Hypnose garantie.  

 

 

Jazz West Coast, cover-Auteur de “West Coast Jazz“, livre incontournable sur le sujet publié aux Editions Parenthèses en 1986, Alain Tercinet sort chez Frémeaux & Associés une anthologie de deux CD consacrée au jazz pluriel des westcoasters. Jazz West Coast, from Hollywood to Los Angeles 1950-1958 réunit quarante-deux morceaux de musiciens connus (Stan Kenton, Art Pepper, Gerry Mulligan, Shelly Manne, Chet Baker, Jimmy Giuffre, Shorty Rogers, Zoot Sims) et méconnus Lyle Murphy, Don Fagerquist, Duane Tatro, Bill Usselton). Certaines plages ont un peu vieilli, d’autres plus expérimentales conservent leur fraîcheur. Alain Tercinet n’a oublié personne. Dans le livret qui accompagne sa sélection, il raconte l’histoire du jazz californien et son texte est bien sûr passionnant. 

Jazz en Tête,affiche

 

-Le prochain Festival Jazz en Tête se déroulera à Clermont-Ferrand du 19 au 23 octobre. Mulgrew Miller en solo, le quintette du trompettiste Roy Hargrove, la chanteuse Roberta Gambarini, le trompettiste Stéphane Belmondo avec Kirk Lightsey au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Billy Hart à la batterie, le trio du saxophoniste Marcus Strickland et celui du pianiste Jacky Terrasson en seront quelques-uns des temps forts. Le programme complet sur www.jazzentete.com

 

 

Photos Sofia Ribeiro , Walabix   © Pierre de Chocqueuse

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 12:42

Trio-Music.jpgJEUDI 2 septembre

Le temps d’un concert, la Grande Halle de la Villette attendait la résurrection du trio aussi mythique qu’éphémère qui enregistra en 1968 “Now He Sings, Now He Sobs“ le disque qui nous fit découvrir Chick Corea alors âgé de vingt-sept ans. Deux albums (dont un double) chez ECM complètent un maigre corpus discographique qui a pourtant immortalisé le groupe. Ce Trio Music possède un son bien à lui qu’apportent la sonorité très mate de la caisse claire de Roy Haynes, ses cymbales très présentes associées à la contrebasse vrombissante et pneumatique de Miroslav Vitous.

Chick-Corea.jpgAu bout d’une queue interminable qui attendait patiemment l’ouverture des portes, les trois hommes étaient au rendez-vous, un peu plus vieux bien sûr, Vitous claudiquant, Corea tout sourire dissimulant son embonpoint sous une large chemise, Haynes, quatre-vingt-quatre ans et tout en blanc vêtu respirant la jeunesse. On espérait sans doute trop de ces retrouvailles dans un lieu peu idéal, trop grand malgré une bonne sonorisation. Nous fûmes nombreux à être un peu déçus.  Des musiciens de cette trempe possèdent trop de métier et d’expérience pour rater complètement leurs concerts, mais ce dernier ne fut que la répétition publique de ceux qui devaient suivre, une tournée de quelques dates. Essuyant les plâtres, le public parisien eut droit à une mise en place pifométrique, à une musique flottante dans des habits trop grands. Miroslav Vitous désespérément virtuose (un peu de laudanum lui ferait grand bien) joue sans cesse comme un soliste, comme s’il était seul sur scène. De la taille d’un violoncelle, sa contrebasse est reliée à une pédale wah-wah qui en déforme le son. Vitous peine alors à tenir des notes justes. On préfère voir ses doigts virevolter sur le manche pour en tirer des harmoniques. Chick Corea joue toujours un piano vif, nerveux qui sert les notes magnifiques qui lui passent par la tête, réservoir inépuisable d’idées lumineuses et de rythmes qui nous font voir le bleu du ciel. Roy Haynes tient la forme, la grande ! Malheureusement, les chorus incessants de Vitous empêchèrent toute fluidité musicale. Le pianiste ne put développer son jeu habituel. Le nez dans une pile de partitions, on le voyait hésiter, comme s’il ne savait quel morceau choisir dans un répertoire quelque peu oublié.

Roy-Haynes.jpgLes trois hommes interprétèrent quelques extraits de “Now He Sings, Now He Sobs“, Windows, I Don’t Know (de la même séance mais publié en 1976) un thème qu’il avoua n’avoir jamais repris sur scène, quelques notes de Matrix surgissant au sein d’une pièce mystère, Corea annonçant rarement les titres des morceaux comme si nous pouvions tous les reconnaître. Le trio trébucha sur quelques compositions de Thelonious Monk - Think of One, Straight no Chaser en rappel -, et nous offrit quelques standards. J’ai cru entendre Come Rain or Come Shine et Green Dolphin Street dans cette succession de moments inégaux, de hauts et de bas empêchant de rentrer complètement dans une musique qui aurait pu être meilleure.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 09:19

Bitches Brew, 40th Septembre : on n'a jamais autant parlé des Sixties à la télévision que cet été. Arte a diffusé au mois d'août une série d'émissions sur les Beatles, la naissance de la pop music, la british blues explosion, les mods et les rockers, la yé-yé révolution, les plages des sixties (Saint-Tropez, Malibu, Daytona Beach, Copacabana)... La chaîne a également programmé "Pierrot le Fou" (1965) et "One + One" de Jean-Luc Godard, mais aussi les 17 épisodes de la série culte "Le Prisonnier" qui furent diffusés sur le réseau ITV à partir d'octobre 1967. Il est d'ailleurs plus judicieux de faire démarrer cette décade mythique cette année-là, la parution en novembre 1976 de "Anarchy in the U.K. des Sex Pistols (leur musique barbare et squelettique renvoyant à l'âge de pierre) en sonnant le glas. Mais les Sixties virent aussi un jazz en ébullition se transformer. De cela, Arte a très peu parlé. Entre les mains de quelques apôtres de la déconstruction qui préfèrent la fureur du bruit à la beauté du silence, il perd une partie de son public et son statut de musique populaire.
Bitches Brew, gatefoldLe free jazz (on dit aussi "New Thing" ou Nouvelle Chose), Philippe Koechlin ne l'apprécie pas trop. Rédacteur en chef de Jazz Hot depuis novembre 1962, il passe la main pour fonder Rock & Folk avec quelques amis. Son successeur Michel Le Bris accueille favorablement cette musique libertaire. Marquée par la linguistique et le structuralisme, la revue est alors illisible. Le Bris reviendra à une autre écriture, au sujet et au sens pour nous conter des histoires d'étonnants voyageurs dans des livres autrement passionnants. Boudé par la jeunesse, miné de l'intérieur par ses musiciens contestataires, le jazz trouva le moyen de refleurir en plein Flower Power. Si l'on examine le catalogue Blue Note des années 60, on est surpris d'y trouver les meilleurs enregistrements de son histoire. Don Cherry et Eric Dolphy y gravent leurs chefs-d'oeuvre. Certains des disques que sortent Andrew Hill, Jackie McLean, Tony Williams, Wayne Shorter et Herbie Hancock sont plus modernes et inventifs que la plupart des enregistrements actuels. Et que dire des magnifiques faces que John Coltrane édite sur Impulse!, "A Love Supreme" restant son plus bel opus.
Bitches Brew, bottlesEt comment oublier les disques que fait paraître Miles Davis, le jazz modal de "Sorcerer" et "Nefertiti", le jazz électrique de "In a Silent Way" et de "Bitches Brew" qui vont profondément marquer leur époque. Leurs chroniques dans Rock & Folk incitaient à les écouter et je leur dois ma découverte du jazz. Miles proposait une musique neuve et ouvrait des portes. Ses propres musiciens les franchirent pour fonder Weather Report, Return to Forever, le Mahavishnu Orchestra. Si Arte ne leur a pas consacré de sujet cet été, Jazz Magazine / Jazzman publie un passionnant dossier de seize pages sur "Bitches Brew" dans son numéro de septembre. L'album a quarante ans et Sony Music le ressort en octobre, une édition luxueuse comprenant CD(s), DVD, vinyles, livre, poster, le "must"  du collectionneur. La rentrée, c'est aussi la nouvelle édition du festival Jazz à la Villette qui a débuté le 31 août. Sa programmation me plaît davantage que les autres années. Les concerts que je recommande sont ceux qui me tentent le plus. Il y en a d'autres. Consultez le site du festival, j'en donne le lien. Les maisons de disques font aussi leur rentrée. Certaines galettes remplissent d'ores et déjà les bacs des disquaires. De nombreuses autres sont attendues en septembre. Les nouveautés qui me parlent feront prochainement l'objet d'articles dans ce qui est bien sûr le principal évènement de cette rentrée 2010, la réouverture de ce blogdechoc. Merci de suivre le blogueur de Choc.   
QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT 

Chick Corea©Lynne Goldsmith-Chick Corea et Roy Haynes ont tourné cet été en Europe au sein du Freedom Band. Les deux hommes seront rejoints par Miroslav Vitous pour un concert exceptionnel à la Grande Halle de la Villette le 2 septembre (deux autres concerts sont prévus en Italie, à Ischia et à La Spezia, mais c’est un peu plus loin). On se souvient des albums “Now He Sings, Now He Sobs“, “Trio Music“ et “Trio Music Live in Europe“  enregistrés avec la même équipe, des disques importants d’un trio éphémère que l’amateur de jazz n’a pas oublié. Sans nul doute le concert événement du mois.Chucho Valdes©Luca Podda

 

-Le 7, la Grande Halle de la Villette accueille l’Afro-Cuban Project de Chucho Valdés et Archie Shepp. En grande forme, le pianiste vient de sortir un album tout à fait recommandable.  Shepp, 73 ans, peut encore nous surprendre. On ne boudera pas cette rencontre.

ABCD of Boogie Woogie

-Du 7 au 10 inclus (à 20h et 22h), le Duc des Lombards programme The A, B, C, & D of Boogie Woogie, quartette dont le batteur n’est autre que Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones. Avec lui, Axel Zwingenberger et Ben Waters, tous deux au piano, et Dave Green à la contrebasse. Sûr qu’il y aura du monde !  

 

-Toujours dans le cadre du Festival Jazz à la Villette, les amateurs de piano ne manqueront pas le 10 Paul Bley en solo à la Cité de la Musique. Cela fait un moment que l’on a plus entendu à Paris ce piano lyrique et singulier, expression d’un chant intérieur, d’un univers onirique dont la modernité reste d’actualité. En première partie, le pianiste Stéphan Oliva jouera des extraits de ses prochains albums consacrés aux films noirs. Sorties prévues fin novembre sur les labels Sans Bruit (en téléchargement) et Gonzalo Rubalcaba©Clay Patrick McBride Illusions.

Stephan-Oliva.JPG

-On retrouve Stéphan Oliva en duo avec François Raulin dans cette même Cité de la Musique le 11 (à 11h et à 15h), dans un programme for kids et grands enfants consacré à la BD “Little Nemo“ . Pour vous donner une idée de la musique, écoutez la pièce Little Nemo s’éveille sur “Ostinato“, album de Raulin chroniqué dans ce blog en janvier. Le soir, deux autres pianistes occuperont les lieux. Stefano Bollani en solo chauffera la salle (il en est très capable, n’en doutons pas) pour Gonzalo Rubalcaba, l’autre grand pianiste cubain de ce festival.

 

-Du 11 au 13, les amateurs de trio réunissant guitare, orgue et batterie ne manqueront pas au Sunset celui du guitariste Peter Bernstein, guitariste considéré à juste titre comme l’un des plus passionnants du moment. Ses deux complices sont tout aussi connus des aficionados. Larry Goldings a depuis longtemps montré son savoir-faire tant à l’orgue qu’au piano. Quant à Bill Stewart, la musicalité de son drumming en fait un des batteurs de jazz le plus José James & Jef Nevedemandé.

 

-La voix chaude et grave de José James a trouvé avec le piano de Jef Neve, l’écrin qui la met superbement en valeur. Les deux hommes se sont rencontrés en Belgique en 2008 et depuis donnent régulièrement des concerts. En duo, ils reprennent des standards, les rendent les plus beaux possible. Le piano sert le chant par un jeu sobre. Ses solos recèlent des notes délicates. Assurément le charme opère. Ecoutez “For All We Know“ l’album qu’ils ont enregistré, et rendez-vous les 13 et 14 au Duc des Lombards. Ces messieurs vous y attendent.

Pierrick Pedron

-On retourne au Duc les 17 et 18 pour découvrir le nouveau groupe de Pierrick Pedron, l’un des meilleurs saxophonistes alto de l’hexagone. Après l’aventure “Omry“, Pierrick revient au bop avec une formation européenne, son European Meeting comprenant le guitariste hollandais Jesse Van Ruller, le pianiste allemand Florian Ross à l’orgue (ce dernier vient de sortir sur le label Pirrouet “Mechanism“ un disque de piano solo très attachant), Thomas Bramerie à la contrebasse et le batteur canadien installé en France Karl Jannuska.

Enrico Pieranunzi

-Après avoir participé cet été au Festival Pianissimo du Sunside (en trio avec Diego Imbert et André Ceccarelli, un concert époustouflant !), le maestro Enrico Pieranunzi retrouve le club les 22 et 23 pour une série de duos avec son compatriote Rosario Giuliani, saxophoniste très talentueux, l’un des meilleurs spécialistes italiens de l’alto.

 

-A l’occasion du 30ème anniversaire de la disparition de Bill Evans, le pianiste Giovanni Mirabassi lui rend hommage en trio au Duc des Lombards les 23 et 24 (avec Gianluca Renzi à la contrebasse et Eliot Zigmund qui fut l’un des batteurs d’Evans). Cette célébration se poursuit le 25 avec un duo Mirabassi – David Linx. Les deux hommes reprendront le répertoire qu’Evans avait enregistré avec Tony Bennett pour Fantasy (10 et 13 juin 1975) et Improv (27 et 30 septembre 1976).              

Nelson-Veras.JPG

-Le contrebassiste Stéphane Kerecki abandonne provisoirement son trio pour de nouvelles aventures musicales. John Taylor est probablement le pianiste britannique le plus subtil tant sur le plan des harmonies que de la finesse de son toucher. Nelson Veras est un jeune prodige de la guitare. Son plus récent album en solo sur Bee Jazz le démontre. Stéphane les accompagne au Sunside les 24 et 25, deux concerts qui officialisera la naissance d’un nouveau trio sûrement très riche en harmonies fines, en subtilités mélodiques. Un enregistrement est prévu pour le label Zig Zag Territoires.

F. Couturier

-Couturier, Méchali, Laizeau se prénomment tous les trois François, comme pour ne faire qu’un avec la musique qu’ils célèbrent sur “Musica Callada“, album consacré aux merveilleuses musiques de Federico Mompou qui vient de paraître. Pour fêter sa sortie, ils se produisent au New Morning le 27 avec bien sûr leurs instruments respectifs : piano, contrebasse, batterie. On attend ce concert avec impatience.

 

-Le 30, le Sunside accueille le contrebassiste Christian Brazier avec le groupe qui l’accompagne dans “Circumnavigation“ son dernier disque, à mon avis son meilleur. Son quartette comprend Christophe Leloil à la trompette et au bugle, Pierre ChristophePerrine Mansuy au piano et au Fender Rhodes et Jean-Luc Di Fraya à la batterie. Ensemble, ils colorent des paysages, de vastes mers sur lesquelles navigue notre imagination. Son Grand Bleu est celui du jazz ; il fait bon y plonger. -Ecouter Pierre Christophe dans un club parisien ne constitue pas un événement dans la mesure où il se produit souvent. Avec son groupe, un quartette depuis qu’Olivier Zanot l’a rejoint au saxophone alto, le pianiste joue beaucoup et c’est tant mieux. Le concert qu’il donnera au Duc des Lombards également le 30 est toutefois un peu spécial, Pierre fêtant la sortie d’un nouvel album, “Frozen Tears“ que vous pouvez dès à présent acquérir.

 

Jazz à la Villette, bandeau

Festival Jazz à la Villette : http://www.jazzalavillette.com

Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

Sunset - Sunside :   http://www.sunset-sunside.com

New Morning : http://www.newmorning.com

 

PHOTOS :  Stéphan Oliva, Pierrick Pedron, Enrico Pieranunzi, Nelson Veras, François Couturier, Pierre Christophe / Olivier Zanot © Pierre de Chocqueuse - Chick Corea © Lynne Goldsmith - Chucho Valdés © Luca Podda   - Gonzalo Rubalcaba © Clay Patrick McBride - José James & Jef Neve © Nathan Gallagher / Universal Music. 

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 12:55

Comme l’an passé, le blogueur botte en touche, vous souhaite un bel été, et vous donne rendez-vous en septembre......................................................................


Farniente été 2010

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 11:47

To the Moon, coverL'introduction de Moonfleck qui ouvre l’album est inoubliable. Au souffle de la clarinette basse succède le violoncelle exposant un bref motif mélodique. Le piano y répond par des harmonies délicates aux couleurs de la nuit. Enfermés dans un studio de Minneapolis par une journée d’hiver froide et belle, Jean-Marc Foltz, Matt Turner et Bill Carrothers ont enregistré dans une obscurité complète une musique entièrement improvisée. « What are we going to play ? » ont demandé Bill et Matt. « Let’s find some music, somewhere… over the rainbow » leur a répondu Jean-Marc. En route pour la lune, les trois hommes ont gravé ce jour-là, une page musicale d’une grande richesse poétique, une musique de chambre inclassable relevant autant du jazz que de la musique contemporaine. Dialogue inspiré entre le violoncelle et la clarinette qu’arbitre un piano obsédant, Gallows Song est une pièce si bien structurée qu’on la croirait écrite. Clarinette (basse ou en si bémol selon les plages), violoncelle et piano inventent constamment d’éphémères mélodies qui servent de point de départ au discours musical. Elles peuvent aussi naître spontanément au sein des improvisations et se greffer sur des motifs rythmiques. Dans Black Butterflies, le piano impose ainsi une cadence sur laquelle la clarinette basse improvise, Foltz esquissant les pas de danse d’une mélopée lyrique. Il en va autrement dans To Colombine où la clarinette basse commence par introduire la mélodie en solo. Le piano reste toutefois au cœur du dispositif orchestral. Comme Philippe Ghielmetti se plait à le dire, Bill Carrothers aime les tempos « lents, plus lents, et encore plus lents ». Il assoit la tonalité, donne une réelle assise harmonique et rythmique à la musique et imagine des mélodies ou des semblants de thèmes, la musique étant enrichie collectivement par les membres du trio. A Pale Washerwoman, Crosses ou Moondrunk sont construits sur les accords du piano. Jean-Marc Foltz reprend les notes de Moondrunk à la clarinette basse et improvise des phrases constamment mélodiques. Dans Old Pantomines, les cordes du piano font vibrer le timbre de la caisse claire qui est posée dessus. Carrothers utilise aussi les cordes métalliques de son piano pour rythmer l’inquiétant Knitting Needles, pièce abstraite dans laquelle l’archet du violoncelle émet des glissandos fascinants. Bien qu’austère, cette musique n’en reste pas moins prenante et admirable. Le disque s’achève sur Prayer, une improvisation de plus de huit minutes confiée à la clarinette et que le piano accompagne sobrement. La clarinette possède une grande tessiture et Foltz souffle l’extase, trouve les notes les plus hautes d’un moment irréel précieusement conservé.

 

Dernière chronique avant une rentrée qui s’annonce riche en nouveautés (nouveaux albums de Fred Hersch, Norma Winstone, David Linx, Vijay Iyer, Manuel Rocheman, Ralph Alessi, Laurent Cugny, Denny Zeitlin, Charles Lloyd, Quest, Aldo Romano, Géraldine Laurent pour n’en citer que quelques-uns), “To the Moon“ s’écoute de préférence dans l’obscurité et dans un complet silence. Je l’emmène avec moi en vacances pour donner du son à mes nuits estivales.

 

  Grandes-vacances.jpg

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 10:27

Al Jarreau aJEUDI 1er juillet

Al Jarreau aurait pu faire une extraordinaire carrière de chanteur de jazz. Il a préféré plaire à un public plus large, faire certaines concessions commerciales. Il s’efforce toutefois de satisfaire tout le monde lors de ses concerts et dose très habilement son répertoire pour un public européen exigeant. L’Olympia l’accueillait un premier jour de juillet caniculaire. Portant béret, mince, la peau parcheminé comme celle d’un vieil indien, le regard pétillant de malice, il arpente Al Jarreau cla scène avec quelque difficulté, mais nous fait vite oublier les soixante-dix ans qu’il porte depuis le 12 mars dès qu’il commence à chanter. Si sa voix s’est un peu tassée dans l’aigu, il conserve une large tessiture qui lui permet des sauts de registre impressionnant surtout dans les graves. Il possède aussi une grande maîtrise du scat, ses onomatopées rythmiques ressemblant souvent à de véritables percussions vocales. Al bien sûr n’est pas seul et certains musiciens qui l’entourent travaillent avec lui depuis longtemps. Aux claviers et aux saxophones (ténor et soprano) qu’il utilise peu, Joe Turano « a old friend from Milwaukee » fait office de directeur musical de la formation et indique à ses collègues le nombre de mesures qu’ils leur restent à jouer. Bien que discret, le pianiste, Larry Williams a la charge du piano et occasionnellement joue de la flûte. On lui doit une grande partie des arrangements d’“Accentuate the Positive“, album de 2004 largement constitué de standards dans lequel Mark Simmons Chris Walkertient parfois la batterie. Ce dernier fait partie de la tournée et possède une frappe lourde, puissante qui convient bien aux morceaux les plus funky du répertoire. Les deux hommes qui l’encadrent tiennent une place importante. Chris Walker assure fort à la basse électrique et ses harmoniques ont beaucoup de justesse. Originaire comme lui de Houston, le guitariste John Calderon a longtemps travaillé avec le pianiste Bobby Lyle. Il joue parfois en picking, égraine de jolies notes mélodiques qu’il mêle de temps à autre à des espagnolades. Tous deux assurent les chœurs derrière Jarreau lorsque les morceaux interprétés nécessitent leur présence, pas très souvent à vrai dire. Al John Calderonpossède une voix qui se suffit à elle-même. Il chante You Don’t See Me, reprend  We Got Bye, ses grands morceaux des années 70 dont le plus fameux reste Take Five qu’il introduit par une longue improvisation vocale. Imitation de nombreux instruments de percussion, le chant devient ainsi tambour, cuica et contrebasse par des effets de bouche. Al Jarreau dialogue ainsi rythmiquement avec son batteur avant de placer toute son âme dans ses cordes vocales pour une superbe version de She’s Leaving Home, le tube Mornin’ (qui n’est pas sa meilleure chanson) concluant la première partie du concert.

Al Jarreau bandLe show se poursuit après l’entracte. Al a reposé sa voix. Il s’est rendu dans la journée aux obsèques de Francis Dreyfus au Père Lachaise, et pour lui rendre hommage entonne un émouvant Summertime. Puis ce sont Better Than Anything et Aguas de Beber, une composition d’Antonio Carlos Jobim, subtilement Al Jarreau & Mark Simmonsrythmé par une voix en or. Al  invite le public et ses musiciens à la chanter avec lui. Beaucoup d’humour aussi dans ce spectacle fort bien réglé. Jarreau montre l’exemple et au cours de Take Five, fait semblant d’attraper et de gober une mouche, ce qui ne manque pas d’amuser une salle enthousiaste qui lui est entièrement acquise. Paris lui donne des ailes sous nos applaudissements.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 11:56

Herbie Hancock©D. Kirkland aTrois ans après “River, The Joni Letters“, disque consacré à Joni Mitchell pour lequel il obtint le Grammy Award du meilleur album de l’année 2007, Herbie Hancock, 70 ans, est de retour avec un projet très tendance dont je doute qu’il fera l’unanimité de la critique. Produit par Larry Klein qui joue de la basse ou des claviers dans de nombreux morceaux, “The Imagine Project“ a été enregistré aux quatre coins de la planète, et ce pendant plus d’un an avec des musiciens de H. Hancock, covercultures très différentes. Les improvisations d’Herbie au piano acoustique assurent le lien, mais n’ancrent pas pour autant dans le jazz les musiques des pays visités. Comme “Possibilities“ en 2005 (dix chansons et autant de vocalistes), l’album accorde beaucoup de place aux voix et rassemble des vedettes qui ne sont pas des chanteurs et des chanteuses de jazz. Herbie ne signe aucune composition nouvelle, mais reprend des chansons engagées ou parlantes de John Lennon (le fameux Imagine qui donne son nom à l’album), Peter Gabriel, Bob Dylan,Bob Marley, Sam Cooke et les confie à des stars du rock et de la soul pour la plupart impliquées dans des œuvres humanitaires. A travers elles, le pianiste a un message de paix à faire passer et tend la main à l’autre.

 

Imagine ouvre l’album et débute par une très belle introduction en solo, mais très vite, la mélodie hérite de rythmes chaloupés et perd de sa fraîcheur initiale. Konono N°1, un célèbre orchestre de Kinshasa, l’africanise. La malienne Oumou Sangaré et la chanteuse américaine de néo-soul India.Arie assurent les voix. Lionel Loueke et Jeff Beck se partagent les guitares. On peut ne pas adhérer à ce grand déballage de rythmes et de couleurs que l’on trouve aussi dans Tamatant Tilay/Exodus, un medley au beat très solide qui réunit le chanteur canadien d’origine malienne K’naan, le groupe Tex-Mex américain Los Lobos et les musiciens touaregs de Tinariwen pour un résultat quelque peu mitigé. C’est d’ailleurs un des rares morceaux dans lequel Herbie Hancock délaisse son piano acoustique. L’autre est Tomorrow Never Knows, un des titres de “Revolver“, célébrissime album des Beatles. La magie de l’original y a complètement disparu.

 

H. Hancock, inside cover

 

Joliment chanté par Céu, Tempo de Amor fonctionne mieux, de même que La Tierra enregistré avec le chanteur colombien Juanes très populaire en Amérique Latine. Don’t Give Up est également de bonne facture. Alecia Beth Moore alias Pink, chanteuse de pop rock qui a vendu 35 millions d’albums, et John Legend dont la musique mêle habituellement gospel, hip-hop et rhythm’n’blues se chargent des parties vocales. Leur version ne nous fait toutefois pas oublier celle que Kate Bush et Peter Gabriel enregistrèrent en 1986. Dans un tout autre genre, Space Captain vaut surtout pour le duo piano guitare (celle de Derek Trucks) qu’il contient. Enregistré en Inde, tentative de fusion entre la musique indienne et le jazz, The Song Goes On accorde trop de place aux voix (K.S. Chithra et Chaka Khan) au détriment des improvisations qu’on aurait souhaitées plus longues. Menées tablas et tambours battant, ces dernières réservent des dialogues étonnants entre Wayne Shorter au soprano et Anoushka Shankar (une des filles de Ravi) au sitar, Herbie sublime, arbitrant au piano.

 

Herbie Hancock© D. Kirkland bEnregistré à Dublin, The Times, They Are A Changin’ est une des grandes réussites de cet album. On y découvre une chanteuse émouvante Lisa Hannigan. L’instrumentation fournit par les Chieftains donne à cette ballade un aspect irlandais, mais la kora de Toumani Diabete introduit d’autres sonorités, ouvre les portes d’un monde sonore dans lequel se glisse la guitare si personnelle de Lionel Loueke pour répondre au piano et provoquer l’échange. Autre relecture à marquer d’une pierre blanche, celle de A Change Is Gonna Come de Sam Cooke confiée au chanteur britannique James Morrison. Sa voix grave et puissante ne laisse pas insensible - celles que l’on entend brièvement à la reprise sont également les siennes. Autour de lui un orchestre réduit : Dean Parks à la guitare, Tal Wilkenfeld à la basse, Vinnie Colaiuta à la batterie (il joue dans la plupart des morceaux)... Herbie Hancock réserve à ce grand moment de soul ses plus belles harmonies dans une improvisation de plus de cinq minutes. Du jazz enfin me direz-vous. Certes, mais comment ne pas se laisser séduire par les nombreux bons moments que réserve cet album, la haute tenue de ses parties instrumentales ? A défaut de mettre tout le monde d’accord, un merveilleux piano chante constamment et fait entendre une petite voix intérieure qui le rend plus beau et plus précieux que beaucoup d’autres.

Accompagné par Lionel Loueke (guitare), Greg Phillinganes (claviers), Tal Wilkenfeld (basse) et Vinnie Colaiuta (batterie), Herbie Hancock sera au Festival de Jazz à Sète le 12 juillet, à Montreux (Suisse) le 16 juillet, et au Nice Jazz Festival le 21 juillet.

Photos © Douglas Kirkland / Sony Music

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 08:45

FleursJuillet - Certains artistes heureusement peu nombreux pensent que tout leur est dû. Ils râlent lorsque l’on ne parle pas de leurs disques, de leurs concerts, mais ne remercient jamais pour les chroniques qui servent leur carrière. Le journaliste doit s’abstenir de tout jugement négatif et passer constamment la brosse à reluire. Exclusif, jaloux, capricieux, l’ego ne tolère aucune critique, aucune concurrence. Il y a quelques années, Y un jazzman célèbre m’assura très sérieusement que lui seul incarnait le jazz, que ses collègues étaient tous nuls. Cela me rappelle Z sauvagement agressé en plein air par l’odeur nauséabonde de mes gitanes. Je fumais en ce temps-là et bien que placé à bonne distance de ses prodigieuses narines, un mistral impitoyable soufflait vers lui ma coupable et éphémère fumée. Z poussa des cris d’orfraie et menaça d’annuler son concert. Il fallut quelques douches glacées pour le calmer. L’ego peut rendre fou. Le mien me reproche mon manque de sérieux, n’aime pas mon côté blagueur de choc. Il faut pourtant savoir rire de la petitesse de sa propre personne, avoir l’humilité de se faire petit pour grandir. Ce pauvre Z vend beaucoup de disques, gagne beaucoup d’argent, mais n’a pas créé depuis des années la moindre mélodie. Est-il seulement capable de faire le vide dans sa tête pour les recevoir, d’écouter ces mystérieuses voix intérieures qui les lui offrent ? Trop souvent bâillonnées par l’ego, elles surgissent parfois dans des disques inattendus au sein d’une production jazzistique pour le moins pléthorique. Le patient travail d’écoute du critique se voit récompensé. Emerveillé, il découvre un jazz inspiré que l’intelligence organise et met en forme. Ces musiques comblent, nourrissent mais se font rares. Leur découverte compense largement les cacas nerveux d’une poignée de musiciens qui s’admirent et se croient des idoles. Vous les croiserez peut-être cet été sur les routes des festivals. N’oubliez surtout pas de les applaudir. Ces gros rassemblements ne me tentent guère. Je préfère consacrer du temps à la lecture et m’accorder une pause musicale. Ce blog sera mis en sommeil dès la mi-juillet et réactivé à la fin du mois d’août. Le programme du festival Jazz à la Villette en septembre me tente davantage que les autres années : Paul Bley, Chick Corea en trio avec Roy Haynes et Miroslav Vitous, Chucho Valdes & Archie Shepp, Gonzalo Rubalcaba… , comptez sur moi pour en parler.  

JUILLET : QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

FLY-Fly au Sunside les 8, 9 et 10 juillet. Mark Turnerau saxophone ténor, Larry Grenadierà la contrebasse et Jeff Ballardà la batterie défrichent et explorent de nouveaux territoires sonores, rendent parfaitement lisibles des compositions abstraites aux harmonies et aux rythmes complexes. Le discours est intimiste, la musique une conversation amicale entre trois instruments qui combinent leurs timbres et obtiennent une sonorité de groupe facilement identifiable.

Kurt Elling©John Abbott

 

-Kurt Elling au New Morning le 10. Sa prestation s’inscrit dans le cadre d’un Festival All Stars qui dure jusqu’au 4 août. Digne successeur de Mark Murphy dont il est probablement le plus proche disciple, le chanteur, est l‘un des plus importants que la scène du jazz a révélé ces dernières années. Avec lui Laurence Hobgood son complice depuis toujours. John McLean (guitare), Harish Raghavan (contrebasse) et Ulysses Owens (batterie) complètent la formation d’un poète dont les mots, allongés, modulés et rythmés sont des notes de musique.

Edward Simon

-Deux concerts intéressants le 12. Le trio du pianiste Edward Simon comprenant Joe Martin à la contrebasse et Adam Cruz à la batterie occupe le Sunside. Né au Venezuela, new-yorkais depuis 1989 et membre du SF Jazz Collective (all stars que l’on a pu écouter récemment au New Morning), Simon est l’auteur de deux albums sur Cam Jazz enregistrés avec John Patitucci et Brian Blade. “Unicity“ (2006) est particulièrement remarquable.

Ron Carter- Le trio qui se produit au New Morning le même soir est à ne pas manquer. Il réunit la guitare de Russell Malone et le piano de Mulgrew Miller autour de la contrebasse de Ron Carter. Ces trois-là savent improviser et magnifier une mélodie, la tremper dans le swing. Mulgrew Miller est un géant méconnu. Ecoutez son dernier album en solo sur Space Time Records. Du vrai jazz à mille lieues des musiques improvisées stériles et sèches dont certains sont friands.

 

Mike Stern-Mike Stern au New Morning le 19. Le guitariste joue souvent à Paris et c’est tant mieux. Il n’est jamais aussi bon que sur une scène. Au contact de son public, il ne s’économise pas, donne le meilleur de lui-même. On retrouvera avec plaisir le drumming puissant de Dave Weckl associé à la frappe d’un second batteur, Jérôme Spieldenner. Chris Minh Doky assure la basse. Mike Stern se plait à rencontrer des musiciens avec lesquels livrer bataille. Après Richard Bona présent à ses côtés en mai dernier dans ce même New Morning, il invite le trompettiste Randy Brecker à répondre à ses chorus de guitare ancrés dans le blues, le bop et le rock qui portent la fièvre au cœur de ces musiques.

 

Tony-Malaby.JPG-Tony Malaby aime jouer dangereusement. Il est de toutes les aventures, même les plus arides. Il peut adopter un jeu lyrique et mélodique ou tordre le cou à ses notes, les faire crier jusqu’à perte de souffle. Ce colosse du saxophone rebute, mais impressionne par sa puissance. Certains musiciens stimulent son appétit de notes gargantuesques, d’autres tempèrent son ardeur, lui font chanter des thèmes plus raisonnables. Le Sunside l’accueille le 20 juillet avec la formation qui l’accompagne dans l’album “Paloma Recio“  (New World Records 2009), Eivind Opsvik (contrebasse), Nasheet Waits (batterie) et Ben Monder. Ce dernier assure la guitare dans le prochain album du saxophoniste Jérôme Sabbagh. Récemment associé à Tony Malaby, (l’album “Pas de dense“ avec Bruno Chevillon à la contrebasse), Daniel Humair en est le batteur.

 

Billy Hart-Le même soir, le groupe Contact donne un concert aux arènes de Montmartre dans le cadre de la sixième édition du festival Les Arènes du Jazz. Dave Liebman(saxophones soprano et ténor), John Abercrombie (guitare), Marc Copland (piano), Drew Gress (contrebasse) et Billy Hart (batterie) sont des célébrités de leurs instruments respectifs. Mal préparé, “Five on One“ (Pirouet), leur premier disque, est largement en dessous de leurs possibilités. C’est donc sur scène que le quintette peut montrer sa vraie valeur, donner des concerts mémorables. Tout est possible avec de tels musiciens, même faire danser la lune. Laissez-vous donc tenter.

N. Winstone©A Titmuss

 

-Retour aux arènes de Montmartre le 22. Norma Winstone s’y produit avec Glauco Venier (piano) et Klaus Gesing (clarinette basse, saxophone soprano), ses musiciens depuis plusieurs années. Sobrement arrangée, la musique intimiste qu’ils proposent convient bien à la voix libre et singulière de la chanteuse. Norma improvise avec ses propres onomatopées et possède un phrasé novateur et personnel. Prix Billie Holiday de l’Académie du Jazz en 2008 pour “Distances“ (ECM), la chanteuse sort le 30 août sur le même label un nouvel album “Stories Yet to Tell“. On ne manquera pas d’en écouter sur scène de larges extraits.

 

Kenny Barron-Kenny Barron au Duc des Lombards les 23 et 24 (concerts à 20h et 22h) dans le cadre du Jazz Legends Festival 2010. Comme Hank Jones et Tommy Flanagan aujourd’hui disparus, le pianiste cultive la mémoire des grands anciens tout en absorbant des influences plus contemporaines. Attaché au swing, il n’hésite pas à tremper son piano dans la modernité, à prendre des risques lorsque les musiciens le provoquent. Véritable caméléon du piano, il s’adapte pour mettre en valeur tous ceux qu’il accompagne. En solo, il est avant tout lui-même. Son raffinement harmonique, son jeu délicat n’exclut pas un jeu physique et rythmique, le langage acrobatique du bop ne lui déplaisant point.

 

Curtis Fuller-Curtis Fuller au Duc des Lombards les 26 et 27. On l’attendait en janvier dernier, mais un problème de santé a quelque peu retardé sa venue. Agé de 76 ans, le tromboniste reste avec Jay Jay Johnson, l’un des grands trombonistes d’une histoire du jazz qu’il a parcourue avec John Coltrane (l’album “Blue Train“ enregistré en 1957) et Art Blakey (6 albums avec les Jazz Messengers) pour ne citer que deux des célèbres musiciens avec lesquels il a joué. Le batteur Joe Farnsworth (Benny Golson, Pharoah Sanders) a mis sur pied cette nouvelle tournée. Le pianiste/organiste Mike LeDonne, le contrebassiste John Webber et le saxophoniste Charles Davis (77 ans), compagnon de Kenny Dorham, mais aussi de Sun Ra, John Tchicai et Archie Shepp, complètent ce quintette de vétérans. 

Roy Hargrove1©Ian Gittler

-Roy Hargrove au New Morning les 27 et 28. Il poursuit depuis plus de vingt ans une carrière solo et nous offre régulièrement des albums réussis. Il dirige un big band dans “Emergence“, le dernier en date. Difficile de tourner avec une grosse machine. C’est donc accompagné par les musiciens de son quintette (dans lequel officie au saxophone alto et à la flûte le fidèle Justin Robinson) qu’il retrouve le club parisien. Le trompettiste possède aussi un ensemble de jazz funk, le RH Factor, mais aime aussi mettre en valeur une mélodie, improviser avec chaleur et porter le swing à ébullition dans un contexte plus jazz au sein de son quintette.

 

Jacky Terrasson-On retourne au New Morning le 29 pour écouter Jacky Terrasson à la tête d’un très grand trio, l’un des plus enthousiasmant de sa longue carrière. Contrebassiste et batteur, Ben et Jamire Williams (aucun lien de parenté) le poussent à jouer son meilleur piano, à se surpasser à chaque concert. Les deux hommes lui permettent d’explorer davantage le funk, de donner une plus grande assise rythmique à sa musique. Avec souplesse, car loin d’exhiber sa technique, Jacky l’utilise à bon escient. Le pianiste fougueux contrôle la dynamique de son instrument, produit un swing sans faille au sein d’un discours harmonique d’une grande élégance. Il sait trouver les notes qui portent l’émotion.

 

Roberta-Gambarini.JPG-Roberta Gambarinichante souvent en Italie où réside sa famille, habite New York et a conquis le monde du jazz par sa technique éblouissante. “Easy to Love“ (2006) emballe Hank Jones qui voit en elle la digne héritière d’Ella Fitzgerald et de Sarah Vaughan. Les acrobaties du bop ne lui font pas peur. Roberta reprend des chorus de Dizzy Gillespie, Sonny Stitt et Sonny Rollins, chante le Great American Songbook et les standards du jazz. Elle a travaillé avec James Moody, Jimmy Heath, Roy Hargrove, Herbie Hancock et enregistré un album en duo avec Hank Jones. Publié en 2009, “So in Love“ obtint le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Eric Gunnison (piano), Neil Swainson (contrebasse) et Willie Jones III (batterie) accompagnent la chanteuse au New Morning le 30 juillet.

 

Pianissimo-10.jpg-Du 30 juillet au 31 août, le piano est en fête au Sunside. En duo (Pierre de Bethmann et David El Malek), trio ou quartette, dix-huit ténors de l’instrument se relayeront sur la scène de l’honorable club, chacun avec sa propre musique, son propre style, ses couleurs spécifiques.   Il serait fastidieux de Maestro Pieranunziciter tous ces pianistes, mais si vous êtes parisien au mois d’août, ne manquez pas Pierre Christophe (en quartette le 30 juillet),  Yaron Herman (et son nouveau trio les 31 juillet et 1 août), Enrico Pieranunzi (avec Darryl Hall et André Ceccarelli les 2 et 3 août), René Urtreger en quartette (les 6 et 7), Alain Jean-Marie (et ses saxywomen du 16 au 18 et avec Peter King le 19), Laurent de Wilde avec Bruno Rousselet et Minino Garay (les 23 et 24), Franck Avitabile avec Henri Texier et Aldo Romano (les 30 et 31). Consultez le site internet du Sunside pour tout savoir sur ces concerts Pianissimo et en obtenir le programme complet. Notez également qu'Enrico Pieranunzi donne aussi un concert Scarlatti le 1 août à 15 heures au Parc Floral, dans le cadre du Paris Jazz Festival.

Affiche Arènes 2010 

Sunset - Sunside :  http://www.sunset-sunside.com

New Morning : http://www.newmorning.com

Arènes du Jazz : http://www.paris-ateliers.org/pages/jazz/arenes1.htm

Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

Paris Jazz Festival : http://www.parisjazzfestival.fr

 

 

PHOTOS  © Pierre de Chocqueuse, sauf Kurt Elling © John Abbott/Universal Music, Norma Winstone © Allan Titmuss/ECM, Curtis Fuller © Photo X/DR, Roy Hargrove © Ian Gittler/Universal Music.

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