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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 10:27

Al Jarreau aJEUDI 1er juillet

Al Jarreau aurait pu faire une extraordinaire carrière de chanteur de jazz. Il a préféré plaire à un public plus large, faire certaines concessions commerciales. Il s’efforce toutefois de satisfaire tout le monde lors de ses concerts et dose très habilement son répertoire pour un public européen exigeant. L’Olympia l’accueillait un premier jour de juillet caniculaire. Portant béret, mince, la peau parcheminé comme celle d’un vieil indien, le regard pétillant de malice, il arpente Al Jarreau cla scène avec quelque difficulté, mais nous fait vite oublier les soixante-dix ans qu’il porte depuis le 12 mars dès qu’il commence à chanter. Si sa voix s’est un peu tassée dans l’aigu, il conserve une large tessiture qui lui permet des sauts de registre impressionnant surtout dans les graves. Il possède aussi une grande maîtrise du scat, ses onomatopées rythmiques ressemblant souvent à de véritables percussions vocales. Al bien sûr n’est pas seul et certains musiciens qui l’entourent travaillent avec lui depuis longtemps. Aux claviers et aux saxophones (ténor et soprano) qu’il utilise peu, Joe Turano « a old friend from Milwaukee » fait office de directeur musical de la formation et indique à ses collègues le nombre de mesures qu’ils leur restent à jouer. Bien que discret, le pianiste, Larry Williams a la charge du piano et occasionnellement joue de la flûte. On lui doit une grande partie des arrangements d’“Accentuate the Positive“, album de 2004 largement constitué de standards dans lequel Mark Simmons Chris Walkertient parfois la batterie. Ce dernier fait partie de la tournée et possède une frappe lourde, puissante qui convient bien aux morceaux les plus funky du répertoire. Les deux hommes qui l’encadrent tiennent une place importante. Chris Walker assure fort à la basse électrique et ses harmoniques ont beaucoup de justesse. Originaire comme lui de Houston, le guitariste John Calderon a longtemps travaillé avec le pianiste Bobby Lyle. Il joue parfois en picking, égraine de jolies notes mélodiques qu’il mêle de temps à autre à des espagnolades. Tous deux assurent les chœurs derrière Jarreau lorsque les morceaux interprétés nécessitent leur présence, pas très souvent à vrai dire. Al John Calderonpossède une voix qui se suffit à elle-même. Il chante You Don’t See Me, reprend  We Got Bye, ses grands morceaux des années 70 dont le plus fameux reste Take Five qu’il introduit par une longue improvisation vocale. Imitation de nombreux instruments de percussion, le chant devient ainsi tambour, cuica et contrebasse par des effets de bouche. Al Jarreau dialogue ainsi rythmiquement avec son batteur avant de placer toute son âme dans ses cordes vocales pour une superbe version de She’s Leaving Home, le tube Mornin’ (qui n’est pas sa meilleure chanson) concluant la première partie du concert.

Al Jarreau bandLe show se poursuit après l’entracte. Al a reposé sa voix. Il s’est rendu dans la journée aux obsèques de Francis Dreyfus au Père Lachaise, et pour lui rendre hommage entonne un émouvant Summertime. Puis ce sont Better Than Anything et Aguas de Beber, une composition d’Antonio Carlos Jobim, subtilement Al Jarreau & Mark Simmonsrythmé par une voix en or. Al  invite le public et ses musiciens à la chanter avec lui. Beaucoup d’humour aussi dans ce spectacle fort bien réglé. Jarreau montre l’exemple et au cours de Take Five, fait semblant d’attraper et de gober une mouche, ce qui ne manque pas d’amuser une salle enthousiaste qui lui est entièrement acquise. Paris lui donne des ailes sous nos applaudissements.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 11:56

Herbie Hancock©D. Kirkland aTrois ans après “River, The Joni Letters“, disque consacré à Joni Mitchell pour lequel il obtint le Grammy Award du meilleur album de l’année 2007, Herbie Hancock, 70 ans, est de retour avec un projet très tendance dont je doute qu’il fera l’unanimité de la critique. Produit par Larry Klein qui joue de la basse ou des claviers dans de nombreux morceaux, “The Imagine Project“ a été enregistré aux quatre coins de la planète, et ce pendant plus d’un an avec des musiciens de H. Hancock, covercultures très différentes. Les improvisations d’Herbie au piano acoustique assurent le lien, mais n’ancrent pas pour autant dans le jazz les musiques des pays visités. Comme “Possibilities“ en 2005 (dix chansons et autant de vocalistes), l’album accorde beaucoup de place aux voix et rassemble des vedettes qui ne sont pas des chanteurs et des chanteuses de jazz. Herbie ne signe aucune composition nouvelle, mais reprend des chansons engagées ou parlantes de John Lennon (le fameux Imagine qui donne son nom à l’album), Peter Gabriel, Bob Dylan,Bob Marley, Sam Cooke et les confie à des stars du rock et de la soul pour la plupart impliquées dans des œuvres humanitaires. A travers elles, le pianiste a un message de paix à faire passer et tend la main à l’autre.

 

Imagine ouvre l’album et débute par une très belle introduction en solo, mais très vite, la mélodie hérite de rythmes chaloupés et perd de sa fraîcheur initiale. Konono N°1, un célèbre orchestre de Kinshasa, l’africanise. La malienne Oumou Sangaré et la chanteuse américaine de néo-soul India.Arie assurent les voix. Lionel Loueke et Jeff Beck se partagent les guitares. On peut ne pas adhérer à ce grand déballage de rythmes et de couleurs que l’on trouve aussi dans Tamatant Tilay/Exodus, un medley au beat très solide qui réunit le chanteur canadien d’origine malienne K’naan, le groupe Tex-Mex américain Los Lobos et les musiciens touaregs de Tinariwen pour un résultat quelque peu mitigé. C’est d’ailleurs un des rares morceaux dans lequel Herbie Hancock délaisse son piano acoustique. L’autre est Tomorrow Never Knows, un des titres de “Revolver“, célébrissime album des Beatles. La magie de l’original y a complètement disparu.

 

H. Hancock, inside cover

 

Joliment chanté par Céu, Tempo de Amor fonctionne mieux, de même que La Tierra enregistré avec le chanteur colombien Juanes très populaire en Amérique Latine. Don’t Give Up est également de bonne facture. Alecia Beth Moore alias Pink, chanteuse de pop rock qui a vendu 35 millions d’albums, et John Legend dont la musique mêle habituellement gospel, hip-hop et rhythm’n’blues se chargent des parties vocales. Leur version ne nous fait toutefois pas oublier celle que Kate Bush et Peter Gabriel enregistrèrent en 1986. Dans un tout autre genre, Space Captain vaut surtout pour le duo piano guitare (celle de Derek Trucks) qu’il contient. Enregistré en Inde, tentative de fusion entre la musique indienne et le jazz, The Song Goes On accorde trop de place aux voix (K.S. Chithra et Chaka Khan) au détriment des improvisations qu’on aurait souhaitées plus longues. Menées tablas et tambours battant, ces dernières réservent des dialogues étonnants entre Wayne Shorter au soprano et Anoushka Shankar (une des filles de Ravi) au sitar, Herbie sublime, arbitrant au piano.

 

Herbie Hancock© D. Kirkland bEnregistré à Dublin, The Times, They Are A Changin’ est une des grandes réussites de cet album. On y découvre une chanteuse émouvante Lisa Hannigan. L’instrumentation fournit par les Chieftains donne à cette ballade un aspect irlandais, mais la kora de Toumani Diabete introduit d’autres sonorités, ouvre les portes d’un monde sonore dans lequel se glisse la guitare si personnelle de Lionel Loueke pour répondre au piano et provoquer l’échange. Autre relecture à marquer d’une pierre blanche, celle de A Change Is Gonna Come de Sam Cooke confiée au chanteur britannique James Morrison. Sa voix grave et puissante ne laisse pas insensible - celles que l’on entend brièvement à la reprise sont également les siennes. Autour de lui un orchestre réduit : Dean Parks à la guitare, Tal Wilkenfeld à la basse, Vinnie Colaiuta à la batterie (il joue dans la plupart des morceaux)... Herbie Hancock réserve à ce grand moment de soul ses plus belles harmonies dans une improvisation de plus de cinq minutes. Du jazz enfin me direz-vous. Certes, mais comment ne pas se laisser séduire par les nombreux bons moments que réserve cet album, la haute tenue de ses parties instrumentales ? A défaut de mettre tout le monde d’accord, un merveilleux piano chante constamment et fait entendre une petite voix intérieure qui le rend plus beau et plus précieux que beaucoup d’autres.

Accompagné par Lionel Loueke (guitare), Greg Phillinganes (claviers), Tal Wilkenfeld (basse) et Vinnie Colaiuta (batterie), Herbie Hancock sera au Festival de Jazz à Sète le 12 juillet, à Montreux (Suisse) le 16 juillet, et au Nice Jazz Festival le 21 juillet.

Photos © Douglas Kirkland / Sony Music

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 08:45

FleursJuillet - Certains artistes heureusement peu nombreux pensent que tout leur est dû. Ils râlent lorsque l’on ne parle pas de leurs disques, de leurs concerts, mais ne remercient jamais pour les chroniques qui servent leur carrière. Le journaliste doit s’abstenir de tout jugement négatif et passer constamment la brosse à reluire. Exclusif, jaloux, capricieux, l’ego ne tolère aucune critique, aucune concurrence. Il y a quelques années, Y un jazzman célèbre m’assura très sérieusement que lui seul incarnait le jazz, que ses collègues étaient tous nuls. Cela me rappelle Z sauvagement agressé en plein air par l’odeur nauséabonde de mes gitanes. Je fumais en ce temps-là et bien que placé à bonne distance de ses prodigieuses narines, un mistral impitoyable soufflait vers lui ma coupable et éphémère fumée. Z poussa des cris d’orfraie et menaça d’annuler son concert. Il fallut quelques douches glacées pour le calmer. L’ego peut rendre fou. Le mien me reproche mon manque de sérieux, n’aime pas mon côté blagueur de choc. Il faut pourtant savoir rire de la petitesse de sa propre personne, avoir l’humilité de se faire petit pour grandir. Ce pauvre Z vend beaucoup de disques, gagne beaucoup d’argent, mais n’a pas créé depuis des années la moindre mélodie. Est-il seulement capable de faire le vide dans sa tête pour les recevoir, d’écouter ces mystérieuses voix intérieures qui les lui offrent ? Trop souvent bâillonnées par l’ego, elles surgissent parfois dans des disques inattendus au sein d’une production jazzistique pour le moins pléthorique. Le patient travail d’écoute du critique se voit récompensé. Emerveillé, il découvre un jazz inspiré que l’intelligence organise et met en forme. Ces musiques comblent, nourrissent mais se font rares. Leur découverte compense largement les cacas nerveux d’une poignée de musiciens qui s’admirent et se croient des idoles. Vous les croiserez peut-être cet été sur les routes des festivals. N’oubliez surtout pas de les applaudir. Ces gros rassemblements ne me tentent guère. Je préfère consacrer du temps à la lecture et m’accorder une pause musicale. Ce blog sera mis en sommeil dès la mi-juillet et réactivé à la fin du mois d’août. Le programme du festival Jazz à la Villette en septembre me tente davantage que les autres années : Paul Bley, Chick Corea en trio avec Roy Haynes et Miroslav Vitous, Chucho Valdes & Archie Shepp, Gonzalo Rubalcaba… , comptez sur moi pour en parler.  

JUILLET : QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

FLY-Fly au Sunside les 8, 9 et 10 juillet. Mark Turnerau saxophone ténor, Larry Grenadierà la contrebasse et Jeff Ballardà la batterie défrichent et explorent de nouveaux territoires sonores, rendent parfaitement lisibles des compositions abstraites aux harmonies et aux rythmes complexes. Le discours est intimiste, la musique une conversation amicale entre trois instruments qui combinent leurs timbres et obtiennent une sonorité de groupe facilement identifiable.

Kurt Elling©John Abbott

 

-Kurt Elling au New Morning le 10. Sa prestation s’inscrit dans le cadre d’un Festival All Stars qui dure jusqu’au 4 août. Digne successeur de Mark Murphy dont il est probablement le plus proche disciple, le chanteur, est l‘un des plus importants que la scène du jazz a révélé ces dernières années. Avec lui Laurence Hobgood son complice depuis toujours. John McLean (guitare), Harish Raghavan (contrebasse) et Ulysses Owens (batterie) complètent la formation d’un poète dont les mots, allongés, modulés et rythmés sont des notes de musique.

Edward Simon

-Deux concerts intéressants le 12. Le trio du pianiste Edward Simon comprenant Joe Martin à la contrebasse et Adam Cruz à la batterie occupe le Sunside. Né au Venezuela, new-yorkais depuis 1989 et membre du SF Jazz Collective (all stars que l’on a pu écouter récemment au New Morning), Simon est l’auteur de deux albums sur Cam Jazz enregistrés avec John Patitucci et Brian Blade. “Unicity“ (2006) est particulièrement remarquable.

Ron Carter- Le trio qui se produit au New Morning le même soir est à ne pas manquer. Il réunit la guitare de Russell Malone et le piano de Mulgrew Miller autour de la contrebasse de Ron Carter. Ces trois-là savent improviser et magnifier une mélodie, la tremper dans le swing. Mulgrew Miller est un géant méconnu. Ecoutez son dernier album en solo sur Space Time Records. Du vrai jazz à mille lieues des musiques improvisées stériles et sèches dont certains sont friands.

 

Mike Stern-Mike Stern au New Morning le 19. Le guitariste joue souvent à Paris et c’est tant mieux. Il n’est jamais aussi bon que sur une scène. Au contact de son public, il ne s’économise pas, donne le meilleur de lui-même. On retrouvera avec plaisir le drumming puissant de Dave Weckl associé à la frappe d’un second batteur, Jérôme Spieldenner. Chris Minh Doky assure la basse. Mike Stern se plait à rencontrer des musiciens avec lesquels livrer bataille. Après Richard Bona présent à ses côtés en mai dernier dans ce même New Morning, il invite le trompettiste Randy Brecker à répondre à ses chorus de guitare ancrés dans le blues, le bop et le rock qui portent la fièvre au cœur de ces musiques.

 

Tony-Malaby.JPG-Tony Malaby aime jouer dangereusement. Il est de toutes les aventures, même les plus arides. Il peut adopter un jeu lyrique et mélodique ou tordre le cou à ses notes, les faire crier jusqu’à perte de souffle. Ce colosse du saxophone rebute, mais impressionne par sa puissance. Certains musiciens stimulent son appétit de notes gargantuesques, d’autres tempèrent son ardeur, lui font chanter des thèmes plus raisonnables. Le Sunside l’accueille le 20 juillet avec la formation qui l’accompagne dans l’album “Paloma Recio“  (New World Records 2009), Eivind Opsvik (contrebasse), Nasheet Waits (batterie) et Ben Monder. Ce dernier assure la guitare dans le prochain album du saxophoniste Jérôme Sabbagh. Récemment associé à Tony Malaby, (l’album “Pas de dense“ avec Bruno Chevillon à la contrebasse), Daniel Humair en est le batteur.

 

Billy Hart-Le même soir, le groupe Contact donne un concert aux arènes de Montmartre dans le cadre de la sixième édition du festival Les Arènes du Jazz. Dave Liebman(saxophones soprano et ténor), John Abercrombie (guitare), Marc Copland (piano), Drew Gress (contrebasse) et Billy Hart (batterie) sont des célébrités de leurs instruments respectifs. Mal préparé, “Five on One“ (Pirouet), leur premier disque, est largement en dessous de leurs possibilités. C’est donc sur scène que le quintette peut montrer sa vraie valeur, donner des concerts mémorables. Tout est possible avec de tels musiciens, même faire danser la lune. Laissez-vous donc tenter.

N. Winstone©A Titmuss

 

-Retour aux arènes de Montmartre le 22. Norma Winstone s’y produit avec Glauco Venier (piano) et Klaus Gesing (clarinette basse, saxophone soprano), ses musiciens depuis plusieurs années. Sobrement arrangée, la musique intimiste qu’ils proposent convient bien à la voix libre et singulière de la chanteuse. Norma improvise avec ses propres onomatopées et possède un phrasé novateur et personnel. Prix Billie Holiday de l’Académie du Jazz en 2008 pour “Distances“ (ECM), la chanteuse sort le 30 août sur le même label un nouvel album “Stories Yet to Tell“. On ne manquera pas d’en écouter sur scène de larges extraits.

 

Kenny Barron-Kenny Barron au Duc des Lombards les 23 et 24 (concerts à 20h et 22h) dans le cadre du Jazz Legends Festival 2010. Comme Hank Jones et Tommy Flanagan aujourd’hui disparus, le pianiste cultive la mémoire des grands anciens tout en absorbant des influences plus contemporaines. Attaché au swing, il n’hésite pas à tremper son piano dans la modernité, à prendre des risques lorsque les musiciens le provoquent. Véritable caméléon du piano, il s’adapte pour mettre en valeur tous ceux qu’il accompagne. En solo, il est avant tout lui-même. Son raffinement harmonique, son jeu délicat n’exclut pas un jeu physique et rythmique, le langage acrobatique du bop ne lui déplaisant point.

 

Curtis Fuller-Curtis Fuller au Duc des Lombards les 26 et 27. On l’attendait en janvier dernier, mais un problème de santé a quelque peu retardé sa venue. Agé de 76 ans, le tromboniste reste avec Jay Jay Johnson, l’un des grands trombonistes d’une histoire du jazz qu’il a parcourue avec John Coltrane (l’album “Blue Train“ enregistré en 1957) et Art Blakey (6 albums avec les Jazz Messengers) pour ne citer que deux des célèbres musiciens avec lesquels il a joué. Le batteur Joe Farnsworth (Benny Golson, Pharoah Sanders) a mis sur pied cette nouvelle tournée. Le pianiste/organiste Mike LeDonne, le contrebassiste John Webber et le saxophoniste Charles Davis (77 ans), compagnon de Kenny Dorham, mais aussi de Sun Ra, John Tchicai et Archie Shepp, complètent ce quintette de vétérans. 

Roy Hargrove1©Ian Gittler

-Roy Hargrove au New Morning les 27 et 28. Il poursuit depuis plus de vingt ans une carrière solo et nous offre régulièrement des albums réussis. Il dirige un big band dans “Emergence“, le dernier en date. Difficile de tourner avec une grosse machine. C’est donc accompagné par les musiciens de son quintette (dans lequel officie au saxophone alto et à la flûte le fidèle Justin Robinson) qu’il retrouve le club parisien. Le trompettiste possède aussi un ensemble de jazz funk, le RH Factor, mais aime aussi mettre en valeur une mélodie, improviser avec chaleur et porter le swing à ébullition dans un contexte plus jazz au sein de son quintette.

 

Jacky Terrasson-On retourne au New Morning le 29 pour écouter Jacky Terrasson à la tête d’un très grand trio, l’un des plus enthousiasmant de sa longue carrière. Contrebassiste et batteur, Ben et Jamire Williams (aucun lien de parenté) le poussent à jouer son meilleur piano, à se surpasser à chaque concert. Les deux hommes lui permettent d’explorer davantage le funk, de donner une plus grande assise rythmique à sa musique. Avec souplesse, car loin d’exhiber sa technique, Jacky l’utilise à bon escient. Le pianiste fougueux contrôle la dynamique de son instrument, produit un swing sans faille au sein d’un discours harmonique d’une grande élégance. Il sait trouver les notes qui portent l’émotion.

 

Roberta-Gambarini.JPG-Roberta Gambarinichante souvent en Italie où réside sa famille, habite New York et a conquis le monde du jazz par sa technique éblouissante. “Easy to Love“ (2006) emballe Hank Jones qui voit en elle la digne héritière d’Ella Fitzgerald et de Sarah Vaughan. Les acrobaties du bop ne lui font pas peur. Roberta reprend des chorus de Dizzy Gillespie, Sonny Stitt et Sonny Rollins, chante le Great American Songbook et les standards du jazz. Elle a travaillé avec James Moody, Jimmy Heath, Roy Hargrove, Herbie Hancock et enregistré un album en duo avec Hank Jones. Publié en 2009, “So in Love“ obtint le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Eric Gunnison (piano), Neil Swainson (contrebasse) et Willie Jones III (batterie) accompagnent la chanteuse au New Morning le 30 juillet.

 

Pianissimo-10.jpg-Du 30 juillet au 31 août, le piano est en fête au Sunside. En duo (Pierre de Bethmann et David El Malek), trio ou quartette, dix-huit ténors de l’instrument se relayeront sur la scène de l’honorable club, chacun avec sa propre musique, son propre style, ses couleurs spécifiques.   Il serait fastidieux de Maestro Pieranunziciter tous ces pianistes, mais si vous êtes parisien au mois d’août, ne manquez pas Pierre Christophe (en quartette le 30 juillet),  Yaron Herman (et son nouveau trio les 31 juillet et 1 août), Enrico Pieranunzi (avec Darryl Hall et André Ceccarelli les 2 et 3 août), René Urtreger en quartette (les 6 et 7), Alain Jean-Marie (et ses saxywomen du 16 au 18 et avec Peter King le 19), Laurent de Wilde avec Bruno Rousselet et Minino Garay (les 23 et 24), Franck Avitabile avec Henri Texier et Aldo Romano (les 30 et 31). Consultez le site internet du Sunside pour tout savoir sur ces concerts Pianissimo et en obtenir le programme complet. Notez également qu'Enrico Pieranunzi donne aussi un concert Scarlatti le 1 août à 15 heures au Parc Floral, dans le cadre du Paris Jazz Festival.

Affiche Arènes 2010 

Sunset - Sunside :  http://www.sunset-sunside.com

New Morning : http://www.newmorning.com

Arènes du Jazz : http://www.paris-ateliers.org/pages/jazz/arenes1.htm

Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

Paris Jazz Festival : http://www.parisjazzfestival.fr

 

 

PHOTOS  © Pierre de Chocqueuse, sauf Kurt Elling © John Abbott/Universal Music, Norma Winstone © Allan Titmuss/ECM, Curtis Fuller © Photo X/DR, Roy Hargrove © Ian Gittler/Universal Music.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 09:03

BBNE-b.jpg

VENDREDI 18 juin

Il est rare que je me déplace en banlieue parisienne pour assister à des concerts, mais Enghien n’est qu’à un quart d’heure de la gare du Nord et Agnès Thomas sait se montrer très convaincante lorsqu’elle défend un artiste, un groupe ou un projet. Vision d’un artiste défendant un projet à la tête d’un groupe, le Big Band Numérique d’Enghien est issu de la politique volontariste et culturelle d’une ville qui encourage la création de nouvelles pratiques numériques et accompagne N. Genest & J.R. Guédonson développement. Mis sur pied en 2009 à l’initiative de son école de musique que dirige Dominic Théodosis-Capsambélis et confié à Jean-Rémy Guédon, le BBNE donnait son premier vrai concert le 18 juin dernier dans le cadre de la cinquième édition du Festival International des Arts Numériques d’Enghien-Les-Bains. Un “son et images“ donné en plein air dans le Jardin des Roses au bord du lac après le coucher du soleil. On découvre sur scène quelques jazzmen dont le travail nous est familier. Nicolas Genest (trompette et bugle) et Jean-Rémy Guédon (saxophone ténor et flûte) assurent les vents. Yves Rousseau (contrebasse) et Antoine Banville (batterie) forment l’ossature de la section rythmique. L’orchestre réunit une douzaine de musiciens au A. Tangorrasein duquel se font entendre deux violons et un violoncelle. Annick Tangorra en est la chanteuse. Comme pour d’autres projets ( son Sade notamment), Jean-Rémy Guédon a travaillé à partir de textes, s’inspirant de ceux de René Depestre, poète et romancier haïtien proche du courant surréaliste dans sa jeunesse. Né en 1926, il obtint en 1988 le Prix Renaudot pour son roman “Hadriana dans tous mes rêves“ et vit aujourd'hui à Lézignan-Corbières, un petit village de l'Aude. Ses écrits ont inspiré à Jean-Rémy des compositions aux arrangements soignés dotées d’une grande variété de rythmes et dont on admire la large palette de couleurs. Ceux des îles sont bien sûr à l’honneur dans cette musique métissée qui relève du jazz, de la world (Afrique et Caraïbes) et sur laquelle on a bien du mal à coller une étiquette. Un important dispositif numérique la complète, techniciens et musiciens assurant un travail complémentaire. Le Vdjing, mixage vidéo en haute définition réalisé en temps réel, fournit de très belles images. Mêlé aux instruments acoustiques de l’orchestre, à la voix chaude d’Annick Tangorra, une jolie mezzo-soprano très à l’aise dans les graves, à des rythmes qui donnent envie de danser, le numérique perd son aspect rébarbatif et abstrait pour devenir instrument au service d’une véritable poétique musicale. Sous la haute surveillance d’une police BBNE dmunicipale omniprésente, le concert souffrit de certaines imperfections, ce qui ne m’a pas empêché d’en goûter la musique. Tardivement recrutés, les musiciens ne commencèrent à répéter qu’en février, ne donnant qu’un seul concert en avril avant celui-ci. Insuffisant, compte tenu de l’importance du dispositif orchestral, de la richesse de l’instrumentation, de ses implications numériques et sonores. Le projet musical est solide et la musique belle et excitante ne demande que des retouches. Quelques concerts supplémentaires et les problèmes de mise en place qui semblent liés à des retours casques qui empêchent les musiciens de bien s’entendre, seront vite oubliés. L’enregistrement d’un album est prévu. On pourra ainsi se rendre compte de la valeur réelle d’un nouvel orchestre dont on suivra pas à pas les pas.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 09:29

José James, coverLe logo que l’on peut voir sur la pochette, deux i tête-bêche, est celui du célèbre catalogue Impulse! Longtemps mis en sommeil, réactivé en 1987 avec la signature de Michael Brecker, le label n’abrite plus de nouveaux artistes depuis quelques années. La raison probable de ce choix (le disque aurait pu tout aussi bien sortir sur Verve ou EmArcy) est la passion qu’éprouve José James pour la musique de John Coltrane qu’Impulse! abrita. Le chanteur de Minneapolis rend d’ailleurs hommage au saxophoniste cet été. La tournée s’intitule Facing East : The Music of John Coltrane et Jef Neve est le pianiste de son quintette. Le nom de José James n’évoque pas grand-chose à l’amateur de jazz On trouve seulement deux disques de lui dans les bacs des disquaires. Des enregistrements proches de la soul et du hip-hop. Le plus ancien, “The Dreamer“, révèle un chanteur à la voix singulière. Le jazz, José James l’a découvert à la radio en écoutant Take The A Train de Duke Ellington. Un thème de ce dernier, Just Squeeze Me, fait partie des titres que contient cet album. Depuis qu’Universal Music assure sa promotion, Jef Neve nous est davantage familier. Le pianiste se produit dans des contextes très divers et s’implique dans des concerts de musique classique. On le découvre jouant un piano beaucoup plus convaincant que dans ses propres disques. Jef Neve et José José James & Jef NeveJames se sont rencontrés en Belgique en 2008 pendant une émission de télévision à laquelle tous deux participaient. Neve remplaça le pianiste de James lors d’un concert que ce dernier donna à Bruxelles. Dans la foulée, ils réservèrent un studio pour conserver une trace de leur tête-à-tête musical, une séance spontanée, des premières prises sans overdubs, complétée par une seconde six mois plus tard dans le même studio bruxellois. Au programme : neuf standards célèbres que les deux hommes interprètent avec un rare bonheur. Une voix de baryton douce et suave détache parfaitement les syllabes des mots prononcés, étirés et rythmés, trouve toujours le ton juste pour que la phrase soit la plus musicale possible. James a beaucoup écouté Billie Holiday. Cela s’entend dans les phrasés qu’il adopte. Constamment à l’écoute, Neve adopte un jeu plutôt sobre et lui offre son plus beau piano. La moindre intonation, le moindre murmure de cette voix grave et chaude sont développés et colorés par des bouquets de notes perlées, des accords au scintillement lumineux. Ses improvisations dans Embraceable You et Body and Soul débordent d’harmonies subtiles et délicates. Les deux hommes s’abandonnent en toute confiance à la musique, leur complicité se révélant très créative. Leur version de When I Fall in Love relève de l’état de grâce. On peut dire la même chose de Lush Life, introduit par des harmonies oniriques sur lesquelles la voix, aérienne, nonchalante et tendre, se promène et prend son temps pour séduire. Le charme opère et perdure. Le jazz hérite d’un chanteur talentueux, mais saura t’il le conserver ?

Photo © Nathan Gallagher, Universal Music

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 15:06

E. Rava Quartet

MERCREDI 9 juin

Enrico Rava retrouve son vieux complice Aldo Romano pour trois concerts au Sunside. Les deux hommes se connaissent bien. Ils jouaient ensemble dans les années 60 dans le quartette de Steve Lacy et Aldo tient la batterie dans plusieurs disques du trompettiste enregistrés dans les années 70. Baptiste Trotignon au piano et Thomas Bramerie à la contrebasse complètent leur quartette parisien. Longtemps associé à l’avant-garde new-yorkaise et au free jazz, on oublie qu’Enrico Rava abandonna le trombone pour la trompette après avoir entendu un concert de Miles Davis à Turin et que sa découverte de Chet Baker fut capitale dans ses choix esthétiques. Plus lyrique que jamais ces dernières années, il E. Rava Quartet (b)n’a plus rien à leur envier sur le plan du raffinement mélodique. Enrico fait chanter ses belles phrases tranquilles, place des silences entre ses notes pour leur permettre de respirer et entend de belles mélodies dans sa tête. Ce soir, il ne joue pas les siennes, mais nous offre des standards, un mélange de bop et de jazz modal auxquels il apporte beaucoup de chaleur. Le piano lumineux de Baptiste la plonge aussi dans le rythme. Ce dernier martèle généreusement et puissamment ses notes, joue de superbes harmonies, mais plaque aussi des accords intrigants, ceux de territoires vierges de sons qu’il n’hésite pas à explorer. La solide contrebasse de Thomas Bramerie assure le lien entre les instruments et prend quelques chorus énergiques. Les tempos sont souvent vifs. Aldo tient une forme éblouissante et assure un drumming très physique. Retrato em Branco e Preto (Portrait in Black & White) d’Antonio Carlos Jobim, My Funny Valentine de Richard Rodgers bénéficient d’habits neufs, de relectures tendres et toniques. Aux anges, l’ami Francis ne perd pas une note de ces improvisations divinement inspirées.

D. King, O. HutmanSAMEDI 12 juin

Denise King et Olivier Hutman retrouvent le Duc des Lombards. Leur concert d’octobre dernier fut si enthousiasmant que je pouvais difficilement manquer celui-ci. Denise possède une voix énorme, chaude, envoûtante, et ne pouvait choisir un meilleur pianiste qu’Olivier pour donner du swing à la musique, un répertoire de jazz, de blues et de soul souplement rythmé par Philippe  Brassoud à la contrebasse et Charles Benarroch à la batterie. Le blues dans les doigts, Olivier donne de la dynamique à ses notes colorées, les assemble en bouquets harmoniques, brode des improvisations délicates et sensibles autour des mélodies. Soutenue par une section rythmique exemplaire, la voix ample et expressive de Denise sert admirablement  I Remember April, All Blues, Summertime, Polka Dots and Moonbeams et le célèbre Besame Mucho qu’elle interprète en anglais sous le nom de Kiss Me, Kiss Me A Lot. Très à l’aise sur une scène, la chanteuse de Philadelphie prend le public par la main pour lui faire chanter des onomatopées, l’associer à son spectacle. Difficile de lui faire reprendre Denise KingIt Don’t Mean a Thing if it Ain’t Got That Swing. Pourtant, elle y arrive, tout comme, pour me faire plaisir, elle parvient à chanter quelques mesures de Walk on By à la suite de Bye Bye Blackbird interprété en rappel. L’enregistrement d’un disque pour Cristal Records est prévu en juillet avec Darryl Hall à la contrebasse et Steve Williams à la batterie, plus Olivier Temime au ténor sur quelques titres. Il contiendra des compositions d’Olivier Hutman et des standards parmi lesquels The Way You Look Tonight, Song for My Father et September Song. En attendant la sortie de l’album prévue en avril 2011, vous pouvez écouter Denise King et Olivier Hutman cet été en concert, Michel Rosciglione (contrebasse) et Andy Barron (batterie) remplaçant Philippe Brassoud et Charles Benarroch sur quelques dates.

 

Denise King & Olivier Hutman : le 25 juin au Jazz Club d’Ivry. - Le 26, mais aussi les 15, 16 et 17 juillet au Caveau de la Huchette - Le 27 juin au festival de St Quentin (02). - Le 7 juillet au Jazz Club d’Annecy (74). - Le 9 à La Soupe aux Choux de Grenoble (38). - Le 18 au festival de jazz de St Raphaël (83). Le 24 au  festival de Sanguinet (40).

 

LUNDI 14 juin

Mozart-Nuit.jpgCréé en 1997 au théâtre les Gémeaux de Sceaux et au théâtre Jean Vilar de Suresnes, “Mozart la Nuit“ n’avait jamais été monté sur une scène parisienne. Voilà qui est fait depuis le 14 juin, grâce à François Lacharme qui l’a programmé au théâtre du Châtelet. Antoine Hervé réussit magnifiquement à jazzifier les partitions mozartiennes, à installer une modernité rythmique sur ses mélodies somptueuses. Pour l’aider dans cette tâche François Moutin dont la contrebasse n’a peut-être jamais aussi bien sonné, son frère Louis Moutin à la batterie, mais aussi Médéric Collignon dont la trompette aventureuse et indiscrète, ne souffle point du baroque, mais apporte un peu de folie bienvenue à la musique. Médéric en fait toutefois un poil trop. “Mozart la Nuit“ est aussi un spectacle confié à une A. Hervé, Mozartimposante chorale et la jolie mise en scène de Laurent Pelly intègre mal les facéties d’un boute-en-train incorrigible. On rit de ses grimaces pendant le Lacrimosa et le Dies Irae du célèbre “Requiem“ qui n'ont pas été écrits pour amuser, ce qui n’enlève rien à la qualité des adaptations proposées, les chorus du trompettiste restant irréprochables. L’oncle Antoine colle de nouveaux rythmes sur les mélodies du grand Mozart, les trempe dans le groove pour les faire bouger autrement et leur donner de nouvelles ailes. Extrait des “Noces de Figaro“, l’air de Chérubin est bondissant de swing. Derrière son ordinateur, Véronique Wilmart apporte aux instruments des sonorités acousmatiques inédites. Elle dispose d’une banque de sons réels qu’elle peut filtrer, ralentir, modifier, court-circuiter à sa guise. Le piano en bénéficie dans la cantate Davidde et Penitente (rebaptisé Uranie dans le disque de 2002) qui ouvre le concert. Antoine improvise, ajoute ses harmonies au corpus mozartien. Placés sous la direction de Gaël Darchen, les choristes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine offre à son piano un tapis de voix célestes. Le Laudate, l’Ave Verum, deux pièces chères à mon cœur, en sortent transfigurées. 

Photos © Pierre de Chocqueuse    

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 15:30

G.-Zufferey--cover.jpgEnregistré avec Sébastien Boisseau et Daniel Humair, “Après l’orage“ de Gabriel Zufferey fut une des bonnes surprises jazzistiques de l’année 2004. Le jeune pianiste suisse s’était fait remarqué cinq ans plus tôt en remportant à quatorze ans le prix du meilleur espoir au deuxième Concours International de Piano Jazz Martial Solal. Après quelques concerts dont un au Duc des Lombards, le musicien prometteur prit du temps et du recul pour préparer ce second disque, deux pièces de Thelonious Monk et des compositions originales pour la plupart composées lors d’un séjour à New York en 2009, un enregistrement live au sein duquel on le retrouve dans un environnement sonore très différent. Le trombone de Samuel Blaser, musicien suisse résidant à Berlin, donne un aspect austère à un jazz moderne que colorent les claviers de Gabriel. On est surpris par le contraste de leurs sonorités. Une voix grave et expressive pose les thèmes de ‘Round Midnight et de Blue Monk, dialogue avec le saxophone ténor de Maria Kim Grand dans Be(e) Honey, et ne dédaigne pas les effets de growl. Un piano électrique à la sonorité déformée par de mystérieuses pédales lui répond par des cascades de notes brillantes et lumineuses. Gabriel Zufferey n’abuse pas de sa virtuosité. Il pratique un jeu sobre et économe. Ses doigts se font délicats et tendres pour faire chanter des motifs mélodiques. Patrice Moret à la contrebasse et Ramon Lopez à la batterie marquent rarement un tempo régulier. Ils colorent et jouent avec une rare souplesse des rythmes inattendus. Dans ‘Round Midnight, la basse adopte ainsi un rythme saccadé, presque un riff de reggae. Les musiciens disposent tous de beaucoup d’espace pour improviser et ne manquent pas de bonnes idées. On a connu Gabriel derrière un piano acoustique. On le découvre bruiteur, créateur de sons au Fender Rhodes, instrument qu’il utilise avec un rare bonheur et avec lequel il parvient à donner une dimension onirique à la musique (les sonorités de harpe de HeaR(E) & kNOW) tout en lui apportant un groove permanent. Gabriel n’a pas pour autant abandonné le piano. Il en joue dans I’M’N’U, dans Ballade en cet… , et nous fascine par les couleurs de ses accords. Il laisse le trombone exposer les thèmes, les nourrit d’harmonies, en poétise les notes. Libre et spontané, sa musique “in progress“ possède beaucoup de charme.

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 14:31

R.L. Patterson, coverOn avait un peu perdu sa trace depuis une magnifique apparition au New Morning en octobre 2008. Ronnie Lynn Patterson y fêtait la sortie de “Freedom Fighters“, disque salué par un aréopage de critiques enthousiastes. Un quasi-silence et de trop rares concerts ne nous ont pas fait oublier le pianiste qui affiche un talent intact dans “Music“, premier disque paraissant sur OutNote, nouveau label de jazz confié à Jean-Jacques Pussiau et dont on souhaite une longue carrière. Ce dernier avait co-produit le très beau “Mississippi“ de Ronnie Lynn sur son défunt label Night Bird. C’est de lui que vient l’idée de ce recueil de standards, librement choisi par un pianiste dont il partage les choix artistiques. Jean-Jacques lui a également suggéré Louis et François Moutin, paire rythmique gémellaire avec laquelle Ronnie Lynn s’est très vite retrouvé en osmose.

 

Batteur venu tardivement au piano, Ronnie Lynn Patterson n’a jamais oublié la discothèque familiale, les albums du quartette de John Coltrane, “Miles Smiles“ et surtout “Kind of Blue“ de Miles Davis, un disque que son père mélomane passait toujours la veille de Noël. Plus tard, un enregistrement Atlantic le fascinera. Il réunit McCoy Tyner, Herbie Hancock, Chick Corea et Keith Jarrett, quatre pianistes qui apportent au jazz de nouvelles couleurs harmoniques.

 

Ces dernières teintent toujours le piano de Ronnie Lynn qui a toutefois dépassé ses influences pour faire œuvre originale. Liés à son histoire, les standards qu’il propose ici ont jalonné son cheminement pianistique. Lazy Bird de John Coltrane est l’arrangement qu’en donne McCoy dans l’album Atlantic qui l’a tant marqué. Summer Night, une chanson de Harry Warren, est repris par Chick Corea dans “Trio Music, Live in Europe“, un enregistrement ECM de 1984 que Ronnie Lynn a beaucoup écouté. Choisissant un tempo plus lent, il éclaire davantage le thème qui inspire à François Moutin un beau chorus mélodique dont R.L. Patterson n&bil fait chanter les notes.

 

C’est également un arrangement de Chick Corea (il provient du double album Blue Note “Circling In“) qu’emprunte Ronnie Lynn lorsqu’il joue Blues Connotation d’Ornette Coleman, un thème abstrait, une ritournelle anguleuse dont il saisit la mélodie pour en traduire le lyrisme. La reprise de Moon and Sand, un thème d’Alec Wilder dont s’empare dès 1941 Xavier Cugat, n’est pas non plus fortuite. Keith Jarrett en donne une magnifique version en trio dans “Standards, Vol.2“ . La contrebasse de François double joliment la ligne mélodique. Le drumming musical de Louis pèse son poids d’émotion. Le pianiste égraine de longues phrases chargées de notes et ses voicings vertigineux nous emportent dans leur flot impétueux. Difficile de jouer Monk sans refaire du Monk. Dans “Trio Music“ Chick Corea y parvient. Ronnie Lynn Patterson aussi. Les notes d’Evidence se retrouvent tellement mêlées aux siennes, qu’elles se dissolvent, disparaissent dans une improvisation joyeuse qui ne conserve rien des accords syncopés du thème. It’s Easy to Remember de Richard Rodgers est également lié à un souvenir personnel. Un pianiste qu’il connaissait le jouait dans un bar de Washington. Ebloui, il en releva les accords.

 

C’est cette version que l’on entend ici, la seule que goûte Ronnie Lynn qui en connaît pourtant bien d’autres. Son piano rêve de notes dorées par le soleil. Elles sortent toutes seules de sa tête dans All Blues, une musique romantique spontanément introduite en solo. Exposé par la contrebasse, le thème se révèle tardivement. Avec lui rentre la batterie, une section rythmique qui ne marque pas seulement le tempo, mais aplanit le terrain, et devance les idées du pianiste. C’est une version neuve de ce grand classique que nous offre le trio. Un cadeau, tout comme l’est cette reprise de Blue in Green, un autre instantané de “Kind of Blue“, petit miracle de fraîcheur et de tendresse, dont les notes lumineuses et solaires procurent une émotion intense.

 

Accompagné par François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Ronnie Lynn Patterson donne un concert le mardi 15 juin au Duc des Lombards pour fêter la sortie de son disque.

Photo © Jean-Jacques Pussiau

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 11:04

Stephan-Oliva-n-b-b.jpgLUNDI 31 mai

Triple concert au Sunside. Riche de onze références, sans bruit, un label pas comme les autres, fête son deuxième anniversaire. Parmi les enregistrements édités, “Pandore“  de Stéphan Oliva et Jean-Marc Foltz, “New York City Session“ réunissant Bruno Angelini, Joe Fonda et Ramon Lopez,“Lives of Bernard Herrmann“ de Stéphan Oliva et “Lilienmund“ de Sophia Domancich et Raphaël Marc, ces deux derniers disques venant de paraître, ont mes préférences. Vous ne les trouverez pas dans les bacs des disquaires, sans bruit ne proposant la musique de ses artistes qu’en téléchargement (MP3 320 ou FLAC qualité CD).

Stéphan Oliva bLa fête au Sunside, sans tambours ni trompettes, mais avec trois artistes qui ont récemment confié leurs musiques intimistes au label. On connaît la passion de Stéphan Oliva pour les musiques de film. Auteur en 1997 d’un des plus beaux disques de la série Jazz’n (e)motion dans lequel il nous livre une première version de Vertigo, puis toujours en solo d’un remarquable “Ghosts of Bernard Herrmann“ chez Illusions en 2007, deux disques épuisés, le pianiste met aujourd’hui en circulation “Lives of Bernard Herrmann“, un concert enregistré au Luxembourg le 16 octobre dernier. Stéphan en donne peu et l’entendre jouer les musiques de Bernard Herrmann au Sunside est un bonheur qui ne se refuse pas. Il en a patiemment relevé les moments les plus marquants et les a transposés au piano tout en s’offrant la liberté d’improviser, de changer l’ordre des séquences existantes. Les partitions posées sur le piano servent d’aide-mémoire à une création personnelle de l’interprète. Très vite, les seuls bruits qui règnent dans le club sont les notes du piano. Elles nous parviennent clairement articulées. Stéphan sait les faire sonner, leur donner puissance et dynamique. On imagine sans peine Stéphan Oliva, coverles images qu’elles évoquent, elles sont dans nos mémoires. Vertigo occupe une place de choix dans ce long set pianistique. On passe d’une musique romantique aux harmonies subtiles à un foisonnement de notes dissonantes, venimeuses, angoissantes. Le piano joue la cadence confiée aux cordes dans Psychose. Sur l’écran de nos yeux clos défilent en noir et blanc les paysages de l’Amérique que traverse Janet Leigh dont le destin s’achève dans un motel, sous une douche. Par un savant agencement de dissonances et de notes graves puissamment martelées, le piano nous restitue l’horreur de la scène. Dans Taxi Driver, ce même piano adopte les couleurs amères et sombres du blues pour suivre le yellow cab de Robert De Niro dans ses périples nocturnes. Il ruisselle de tendresse pour évoquer la mer, les rencontres de Gene Tierney et du défunt capitaine Gregg (Rex Harrison) dans The Ghost and Mrs Muir, l’une des plus belles partitions d’Herrmann  jouée en rappel. Une pièce absente de l’enregistrement luxembourgeois de Stéphan dans lequel on retrouve les thèmes inoubliables du compositeur transcendé par un piano les portant comme nul autre pareil. 

Sophia Domancich b

C’est au tour de Sophia Domancich d’occuper la scène. Introduit par les effets électroniques de Raphaël Marc, son piano égrène les premières notes de “Lilienmund“ une suite en six parties inspirée par des lieder de Robert Schumann. Romantique dans le premier mouvement, le piano fait peu à peu entendre un langage plus abstrait, écoute et répond aux sons qu’il rencontre, des samples de l’“Iris Dévoilée“ de Qigang Chen (un élève d’Olivier Messiaen), du “Lulu“ d ‘Alban Berg. L’électronique habille subtilement un discours onirique. Sophia peut marteler son piano, mettre en boucle des ostinato de notes, développer de longs voicings, jouer avec les cordes métalliques de sa table d’harmonie ou percuter avec énergie des Sophia Domancich, coverclusters au sein de tempos éclatés, sa musique reste étonnamment lisible. Dans le troisième mouvement, le piano répond à un quatuor à cordes qu’elle a composé. Ses notes voluptueuses et tendres se détachent et respirent. Traitées par l’électronique, elles s’amusent de leurs propres résonances, réagissent aux voix qu’elles rencontrent et qui les interpellent. Un beat électro rythme le pénultième mouvement. Le tempo est vif, les notes abondantes coulent en cascade. Le piano évoque un des lieder de l’opus 48 de Schumann et croise la voix samplée de Dietrich Fischer-Dieskau. Un ostinato mélodique achève le cycle. Un battement de cœur l’accompagne. On sort du club le cœur chaud et battant. Il est près de minuit et Pascal Maupeu n’est pas encore monté sur scène. Trop tard pour moi. La fête aurait dû commencer une heure plus tôt.  On écoutera ses guitares, ses “Folk Standards“  en les téléchargeant. Le site :  www.sansbruit.fr  Ajoutez-le à vos favoris.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 11:16

Antoine Hervé, coverMusicien fantasque, Thelonious Monk ne faisait rien comme les autres. Il laisse environ quatre-vingts compositions et de nombreux enregistrements. Des thèmes simples, mais construits avec des notes savamment décalées, des dissonances calculées, des intervalles chromatiques (Monk’s Dream), des notes ou des accords assemblés pour leur sonorité. Les rythmes, les harmonies de Monk se confondent avec les mélodies qu’il invente. Difficile de les jouer de façon personnelle, de leur trouver des harmonies nouvelles, de mettre des couleurs sur ces accords étranges qui parviennent à sonner. Difficile d’aborder « une œuvre dont les dimensions cubistes nous interdisent déjà d’y distinguer le sol du plafond, l’envers de l’endroit, le dessus du dessous, l’horizontal du vertical » pour citer Franck Bergerot auteur des textes du livret. En 1997, date de cet enregistrement live, oncle Antoine n’a pas encore examiné Monk à la loupe, raconté et expliqué sa musique lors de ses fameuses leçons de jazz au cours desquelles il évoque le pianiste dansant sur sa musique pendant ses concerts, et insiste sur la complexité rythmique de ses pièces. C’est cette complexité qui intéresse ici Antoine Hervé dont le piano met en relief la sensation de perte d’équilibre, de tangage que donne la musique de Monk. Confié à Antoine, le rythme monkien ne reste jamais très longtemps linéaire. Il bouge, se brise, accélère ou ralentit selon les idées mélodiques qu’introduit l’improvisateur. Les notes de Think of One, de Well You Needn’t sont des pas de danse sur une corde raide. Les chausse-trappes qu’ils contiennent ne parviennent pas à faire tomber le pianiste qui jongle avec les difficultés et les dissonances, les contourne ou les utilise selon les cas, son bagage technique et sa virtuosité lui permettant d’imaginer une autre façon de jouer Monk. Le regard qu’il lui porte éveille sa mémoire. Antoine parsème ainsi ses improvisations de nombreuses citations. Olivier Messiaen est évoqué dans All Alone, un standard d’Irving Berlin que Monk reprend dans l’album “Thelonious Himself“. Un autre morceau de Monk, I Mean You, est cité au milieu de Monk’s Mood. Dans cette pièce, la plus longue de l’album, Antoine Hervé s’abandonne à une certaine rêverie, s’écarte du thème, y retourne comme un promeneur empruntant des chemins de traverse. Il flâne aussi dans Round Midnight et Ruby My Dear, deux des plus belles pages de l’ermite, ce qui lui permet, d’exprimer son lyrisme, son attachement à la mélodie, et d’affirmer l’originalité de son piano.

 

Antoine Hervé sera au théâtre du Châtelet le 14 juin. Au programme : "Mozart La Nuit" avec François et Louis Moutin (contrebasse et batterie), Médéric Collignon et la Maîtrise des Hauts-de-Seine placée sous la direction de Gaël Darchin.

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