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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 08:54

Marc Buronfosse, coverLes musiques des nombreux groupes dans lesquels joue Marc Buronfosse ne sont pas forcément miennes. Le contrebassiste de Stéphane Guillaume (ce dernier doublement récompensé cette année par l’Académie du Jazz) m’a fait parvenir son nouveau disque en quartette et j’avoue être complètement séduit. Par le son de prime abord, ample, soigné, mettant les instruments en valeur. Mirrors la première plage nous plonge d’emblée dans un paysage onirique. Contrebasse et piano font circuler les notes du thème sur fond de percussions. Le soprano expose une mélodie qui scintille, résonne et se développe naturellement, la musique prenant son temps pour se construire et respirer. Agréablement surpris, on écoute le morceau suivant, The Cherry Tree, pour découvrir une musique ouverte et colorée qui regarde vers l’Orient, une ritournelle enchanteresse habillée de manière très personnelle (une flûte de bambou en souffle les notes). Le saxophone baryton mène alors le bal, porte le groupe vers des sommets. Conquis, on écoute bien sûr l’album en entier pour découvrir neuf compositions originales admirablement ciselées, une rythmique constamment réactive aux discours de deux formidables solistes. Jean Charles Richard (saxophones soprano et baryton, shenai et bansurî) et Benjamin Moussay (pianos acoustiques et synthétiseurs) changent souvent d’instrument, en mêlent parfois plusieurs, chaque morceau possédant des couleurs spécifiques. Celles de Before the Second Round sont splendides. Piano acoustique, synthétiseurs et saxophones entrelacent leurs sonorités. Le rythme prend chair pour encadrer et valoriser un flux musical mobile et changeant, une pâte sonore foisonnante et lyrique. La contrebasse de Marc Buronfosse soutient une cathédrale sonore, sert humblement la musique sans jamais se mettre en avant. Antoine Banville fait de même. Point de tambourinades superfétatoires, mais une batterie subtilement présente et de courts solos de Marc dans Serial Blues et Treize qui conclut magnifiquement l’album, la parfaite interaction de la rythmique profitant aux solistes. Benjamin Moussay joue son meilleur piano (After the Second Round, Serial Blues, Illinx Bassline contiennent de très beaux voicings). Souffleur véloce et puissant, Jean-Charles Richard trempe aussi ses lèvres dans un baume apaisant.

Ce disque, une autoproduction actuellement non disponible chez les disquaires, me transporte et m’enchante. Son auteur se fera un plaisir de vous l’expédier contre une somme de 15 euros port compris. Son mel : contact@marcburonfosse.com - Son site : www.marcburonfosse.com

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 12:10

Jacky Terrasson Push, coverTrois ans après “Mirror“, son album solo, Jacky Terrasson publie “Push“, enregistrement en trio auquel participent quelques invités. Disposant d’une nouvelle section rythmique - Ben Williams à la basse et Jamire Williams à la batterie - , le pianiste y a mis moins de standards et plus de compositions originales, essayant  d’autres musiques, d’autres sons. “Push“ traduit peut-être davantage que les autres albums de sa discographie le plaisir qu’il ressent à jouer de la musique. Enregistré sur trois jours à  New York, c’est l’album d’un musicien heureux à un tournant de sa carrière. J’ai rencontré Jacky en mars dernier, peu avant le premier des concerts qu’il donna au Sunside. Il commente pour moi les onze morceaux de son nouveau disque (douze en comptant Body and Soul), le moins « jazzy » de ses albums selon ses propres dires.

 

Gaux Girl : « Je l’ai écrit pour ma fille Margaux. C’est un thème riff avec un pont que j’ai rajouté après. Je trouvais le morceau un peu long. Le pont, une sorte de boucle, lui donne un certain mouvement. Lors de l’enregistrement, j’ai ajouté un synthé. Le pont introduit un autre rythme et me permet d’improviser, de prendre un chorus différent. »

Jacky Terrasson (c)

Beat It / Body and Soul : « J’ai eu l’idée d’enchaîner Body and Soul à Beat It à la mort de Michael Jackson. Je n’ai jamais été un fan de ce dernier, mais c’était une grande figure du monde de la musique qui disparaissait, provoquant un choc médiatique à l’échelle de la planète entière. J’ai donc introduit Body and Soul par ce truc rubato. Je ne savais trop comment les thèmes allaient s’agencer, mais les deux mélodies fonctionnaient. Beat It contient une longue intro que nous avons délaissée puis reprise. C’est comme une lamentation, un hommage personnel à Michael. »

 

Ruby my Dear : « J’ai joué cet arrangement il y a très longtemps avec Grégoire Maret. J’ai pensé à lui pour le disque et je lui ai demandé s’il voulait bien rejouer ce morceau à l’harmonica. Mon idée en l’enregistrant a été de nous répartir le solo, chacun reprenant et complétant les phrases de l’autre afin d’instaurer un dialogue, une conversation entre nos deux instruments. »

 

Beat Bop : « Un caprice de dernière minute. Je l’ai écrit une semaine avant de rentrer en studio, assis à une table, sans piano à proximité. J’avais besoin d’un morceau pêchu. Des accords de bop servent une mélodie anguleuse et tordue. Lors des répétitions, ma main gauche, la basse et la batterie la faisaient disparaître. Plutôt que de placer ma main droite en avant au mixage, j’ai préféré la doubler au synthé. Ce n’est pas une mélodie facile à reconnaître. Elle est totalement imbriquée dans le rythme, ce qui donne un aspect funky au morceau. »

 

Round Midnight : « Le morceau s’est fait très naturellement en studio. Nous étions en fin de session. Regardant ce qui avait été enregistré, j’ai pensé ajouter une ballade. On a fait deux prises et on a gardé la première. Dans l’arrangement que je propose, le morceau se transforme avant la coda, devient humoristique, chaloupé. »

Ben & Jamire Williams (b)

Morning : « Une simple ligne de basse qui m’est venue un matin après un café. Je l’ai transcrite sur un bout de papier qui est resté des mois sur mon piano. J’ai ajouté la mélodie après. Elle a même changé au cours de l’enregistrement. Certaines notes du ténor nécessitaient d’autres harmonies. J’ai choisi Jacques Schwarz-Bart pour son timbre que j’aime bien. Je voulais une belle sonorité de ténor dans ce morceau. J’avais rencontré Jacques plusieurs fois et nous avions évoqué l’idée de faire quelque chose ensemble. Morning débute en ré mineur sur une grille de blues et débouche sur une série de quatre accords. La rythmique fait penser aux vieux disques Blue Note. Jacques possède un gros son et met en valeur le morceau. Ça a l’air très carré, fluide. Le rythme est pourtant en 17/4 sauf dans la partie centrale. »

 

My Church : « Je comptais l’enregistrer en solo et l’inclure dans “Mirror“, mon disque précédent. Je l’ai écrit il y a longtemps et pensais l’ajouter à “Smile“ qui date de 2002. J’ai mis du temps à lui trouver un cadre, à le faire sonner. On m’a dit que les premières notes évoquent Moon River. Quoi qu’il en soit, ce morceau  possède un aspect folk, une musique que j’entends de plus en plus. »

 

Jacky Terrasson (b)

Say Yeah : « J’ai écrit ce thème il y a quatre ou cinq ans. Je l’ai enregistré sur mon mac, programmant claviers, guitare, basse et batterie. J’adore cette démo et j’ai voulu la refaire en studio. Je préfère toujours la démo, un vrai moment de joie. Cyro Baptista joue des percussions et Matthew Stevens de la guitare. Il double une phrase que je chante et que je joue au piano. Je n’ai jamais pris de cours de chant de ma vie, mais j’ai toujours eu envie de chanter. Après dix albums pour Blue Note, j’estime en avoir le droit (rires). »

 

You’d Be so Nice to Come Home To : « Je joue ce standard depuis quelques années. Nous avons fait trois prises, bonnes toutes les trois, mais différentes. Je joue chaque fois un autre piano. Je me suis cassé la tête pendant des semaines pour savoir laquelle allait figurer sur le disque. Pour finir, c’est Philippe Gaillot qui, au cours du mixage de l’album effectué à Pompignan au Recall Studio, a choisi cette version. Le CD japonais en contiendra une des deux autres en bonus. »

 

Jacky Terrasson (a)

Carry Me Away : « A l’origine, cette ballade devait s’appeler “île mienne“, l’anagramme d’Emilienne, ma compagne. C’est une déclaration d’amour, un thème écrit il y a deux ans à peu près. Il n’existait pas encore lorsque j’ai enregistré “Mirror“ , mais il aurait pu faire un très beau morceau en solo. On l’a essayé avec la section rythmique jouant en continu. On a essayé d’autres versions avec la basse seule, ou avec seulement des percussions. Pour finir, j’ai conservé ces dernières. Ben Williams joue simplement quelques notes du thème à la basse électrique plus quelques autres avant la coda. Tout est dit dans la mélodie. Ce morceau n’a pas besoin de beaucoup d’instruments. »

 

O Café, O Soleil : « Un calypso qui donne envie de partir en vacances. Il portait un autre titre, mais je l’ai changé. Je jouais déjà cette tournerie en 9/4 à la main gauche derrière un arrangement de St. Thomas. Je voulais l’enregistrer, puis je me suis dit que Sonny Rollins n’avait pas besoin de royalties supplémentaires (rires). C’était mon disque et je préférais y mettre mes propres morceaux. J’ai donc trouvé une mélodie qui fonctionne bien avec cette ligne en 9/4 que j’ai bien sûr conservée. »

Photos © Pierre de Chocqueuse

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:38

MARDI 27 avril

Thomas Enhco, coverLa presse est plutôt sévère avec Thomas Enhco. On lui reproche son conformisme musical, d’être trop doué. L’enfant prodige qui s’est mis au violon à trois ans et au piano à six ne manque pourtant pas d’expérience. Il a étudié avec des concertistes classiques et donné de nombreux concerts. Très à l’aise sur scène, il n’hésite pas à s’adresser au public, cite les noms des morceaux qu’il interprète et joue surtout un beau piano. On y entend les maîtres classiques qui l’ont façonné. On y entend aussi le blues, des rythmes et un vocabulaire harmonique qui appartiennent au jazz. Est-ce faire preuve d’académisme que de choisir le beau comme esthétique, d’exprimer un langage clair, de revendiquer son appartenance à une tradition ? Contrairement à ces musiciens qui pensent se montrer créatifs en faisant table rase, leurs pitoyables grimaces sonores n’intéressant qu’une poignée d’intellectuels terrifiés à l’idée de manquer le coche des avant-gardes, Thomas Enhco exprime son amour de la Thomas Enhco Trio amusique par un piano soucieux de faire entendre de belles notes, de les agencer au mieux sur le plan de la forme. Il subit encore des influences et doit s’en dégager, apprendre à désapprendre pour devenir lui-même, donner des versions inédites et personnelles des grands standards qu’il choisit de reprendre. Si “Someday My Prince Will Come“ son nouveau disque, un enregistrement de janvier 2009 préalablement publié au Japon, n’est que prometteur, le concert qu’il donna au Sunside le 27 avril avec le même trio - Joachim Govin à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie - mit en lumière les progrès du jeune homme et de ses jeunes complices. Disposant d’un merveilleux toucher, Thomas fait chanter ses notes, leur donne de la couleur et phrase avec un grand sens de l’articulation. Il compose de jolis morceaux qui racontent des histoires. Qu’il mette en musique les mésaventures d’une fenêtre Thomas Enhco Trio bagressée par la pluie ou expose le thème d’une mélodie agaçante qui vous trotte dans la tête après un réveil difficile, le propos est toujours poétique. Thomas nous entraîne dans ses rêves, décline des arpèges oniriques, approche les thèmes avec sensibilité et délicatesse. Au violon dans La Vie en Rose, il improvise de longues phrases chantantes après un exposé un peu juste du thème. Contrebasse et batterie aident à les porter. La contrebasse de Joachim Govin est ronde, puissante dans les graves. Le fougueux Nicolas Charlier tempère son ardeur. Bien que la musique classique reste encore très présente dans le jeu de piano de Thomas, ce dernier étonne par sa maîtrise du bop. Le trio reprend Visa de Charlie Parker. La walking bass de Joachim profite au piano espiègle de Thomas qui éblouit par ses voicings, possède beaucoup de force dans les doigts et fait sonner ses notes avec puissance. On surveillera de près ce trio "in progress".

CD : “Someday My Prince Will Come“ (Label AMES / Harmonia Mundi)

Photos © Pierre de Chocqueuse

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 08:58

John Scofield BandVENDREDI 23 avril

« Wonderful to be back in the New Morning again ». Ces mots, John Scofield les prononce sur scène avant de débuter son concert. Le guitariste amène avec lui une section rythmique de premier ordre. Ben Street à la contrebasse et Bill Stewart John Scofield-copie-1à la batterie assurent une assise puissante à ses notes. Le quatrième homme, le pianiste Michael Eckroth, découvre pour la première fois le public parisien. Dans une salle pleine renfermant de nombreux guitaristes. Scofield tourne cet été avec son Piety Street Band, un groupe de jazz soul mâtiné de gospel et c’est effectivement à l’orgue que l’on découvre Eckroth qui va rapidement s’installer au piano. Il possède une bonne technique, beaucoup de rythme et connaît bien les accords du bop. Car Scofield a beau tremper sa guitare dans le blues et reprendre My Foolish Heart et I Want to Talk About You, une ballade de Billy Eckstine que John Coltrane aimait jouer, il célèbre aussi Charlie Parker (Steeplechase, Relaxin’ at Bill Stewart & John ScofieldCamarillo) et Dizzy Gillespie (Woody’n’ You) et s’entend avec son batteur pour faire monter la tension. L’un et l’autre se questionnent, s’interpellent. Bill Stewart possède un drumming d’une grande précision, mais sait aussi donner du volume à la musique en martelant ses toms. Le guitariste sculpte soigneusement ses notes, dose ses effets de distorsion et de réverbération, choisit l’angle de ses attaques pour rendre plus intense le discours musical qu’il émaille de glissandos, d’inflexions qui lui sont propres. Ce travail sur le son profite à la ligne mélodique des morceaux qu’il interprète. Il décline les thèmes sans jamais trop s’en écarter, improvise sur des grilles de blues, musique dans laquelle son instrument est trempé. Après Jim Hall, une autre leçon de guitare.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 10:43

Festival Jazz Saint-Germain-Des-Prés 2010 (b)Mai  - Dixième anniversaire du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, dix ans de concerts dont certains inoubliables. L’an dernier le festival a eu lieu in extremis, sauvé par les responsables de la Fondation BNP Paribas (Martine Tridde, Jean-Jacques Goron , Ann d’Aboville) qui l’ont remis à flot. Grâce à eux le festival existe et peut souffler ses dix bougies. Le programme de cette nouvelle édition ne me plait pas trop, mais je persiste à défendre un festival qui pendant deux semaines donne vie à un quartier, propose conférences, débats et expositions, et organise des concerts pour les détenus de la maison d'arrêt de Poissy, de la prison des femmes de Versailles et de la Santé qui choisissent volontairement d’y assister. Bien que les choix artistiques de Frédéric Charbaut que je salue ici ne soient pas toujours les miens, on peut y entendre des musiciens français, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas des festivals hexagonaux qui offrent des ponts d’or à des têtes d’affiches médiatisées et oublient trop souvent nos jazzmen. Qui a pensé inviter cet été Antoine Hervé, Olivier Hutman, Bruno Angelini, Patrick Favre, Jobic Le Masson, Michel Sardaby, François Couturier, Alain Jean-Marie, Franck Avitabile, Edouard Ferlet, Ronnie Lynn Patterson (qui habite Paris depuis vingt ans) pour ne citer que des pianistes ? Qui a pensé programmer “La Tectonique des Nuages“, magnifique opéra jazz de Laurent Cugny dont l’enregistrement sort à la rentrée ? A croire que dans notre société spectacle, seuls les stars trouvent du travail. Jean-Paul ne me contredit pas. Echaudé par les bourrées serbo-croates, le swing javanais, les branles pygmées, le bop celtique, les contredanses turco-bretonnes qui sont présentés comme du jazz, il déplore ce jazz moderne affranchi de toute tradition et préfère les valeurs sûres, les musiciens qui restent fidèles aux standards et improvisent sur leurs lignes mélodiques. Excessif, Jean-Paul se ferme toutefois au meilleur du jazz actuel, à un jazz européen souvent inventif qui tout en respectant son vocabulaire affirme sa différence. Il apprécie Jacky Terrasson dont il ne manquera pas le concert, mais écoute surtout les très nombreux vinyles de sa discothèque qu’il ne m’a jamais montrés. Il a finalement découvert l’identité de Philippe Machin Chose dont il a tant aimé le Jazz à Fip du 20 mars. Il s’agit de Philippe Etheldrède, un lointain cousin de Pierre Cressant qui naguère écrivit quelques chroniques dans Jazz Hot. S’il attend impatiemment les 9 et 15 mai pour écouter d’autres émissions de Philippe qui n’est plus Machin Chose, Jean-Paul déplore la nullité du disque de la semaine malgré sa découverte de Baptiste Trotignon. L’autre soir à Pleyel, mon ami Papy lui a remis trois bandes Hazel Scott promo picturemagnétiques inédites d’Art Blakey et ses Jazz Messengers, un enregistrement au club Saint Germain de 1958 avec Hazel Scott au piano. Cette dernière emménagea dans un appartement du 80 rue de Miromesnil en novembre 1957 et ne rentra qu’en 1960 aux Etats-Unis. Papy s’était payé une bouchée de pain à Drouot les treize volumes de la correspondance de Voltaire dans l’édition de 1967 de la Pléiade et les bandes traînaient au fond de la panière. Etonnant ce que l’on trouve dans les boîtes à chaussures d’Albertville, dans les panières de l’Hôtel Drouot et même dans les rues de Paris. J’ai récemment ramassé sur un trottoir un très beau tableau que je viens d’accrocher au mur de mon salon. Jean-Paul s’en fout : ce n’est pas le portrait d’un jazzman.

 

QUELQUES CONCERTS EN MAI

-Bobby McFerrin au théâtre du Châtelet le 3. Un concert initialement prévu le 18 avril, mais qui a été reporté en raison de ce nuage de cendres qui paralysa le ciel Marc Copland beuropéen. McFerrin est un chanteur exceptionnel dont les disques inclassables relèvent davantage de la world music que du jazz. Véritable symphonie vocale pour chœurs, VOCAbuLarieS, son dernier opus ambitieux, fascine par sa musicalité. Les amateurs de chant ne manqueront pas une voix unique dans une prestation a  cappella. - En trio avec Doug Weiss à la contrebasse et Jochen Rückert à la batterie, Marc Copland, l’un des meilleurs pianistes de la planète jazz, retrouve le Sunside le même soir. Marc joue aussi avec Contact, un groupe qui réunit Dave Liebman, John Abercrombie, Drew Gress et Billy Hart. On pourra les écouter le 20 juillet prochain aux arènes de Montmartre. Leur premier album “Five on One“ , vient juste de paraître sur le label Pirouet (distribution Abeille Musique).

Mike Stern

 

-Mike Stern au New Morning le 5 et le 6. Ses disques inégaux captent rarement l’énergie qu’il déploie dans ses concerts. Avec lui, Dave Weckl, batteur à la frappe puissante et lourde, Bob Franceschini, saxophoniste au jeu agressif et aux chorus fiévreux, mais aussi un invité de marque, le bassiste et chanteur Richard Bona. Nul doute que les quatre hommes sauront maintenir une tension extrême et nous tenir constamment en haleine.

 

 

-Norma Winstone se produit en trio le 6 au Duc des Lombards. La chanteuse était brièvement à Paris en janvier 2009 pour se voir décerner le Prix du Jazz Vocal Norma Winstone Triode l’Académie du Jazz pour “Distances“ (ECM), un des trop rares albums qu’elle a enregistré sous son nom. Un New Morning scandaleusement clairsemé avait accueilli en juin 2008 cette grande chanteuse qui a marqué l’histoire du jazz anglais. Les musiciens de “Distances“, Glauco Venier au piano et Klaus Gesing au soprano et à la clarinette basse, l’accompagnent au Duc. Un autre concert est prévu en juillet aux arènes de Montmartre.

Anne Ducros

 

-Anne Ducros au Sunside le 7 et le 8. Elle aime chanter, possède une technique et un métier impressionnant. Très à l’aise sur scène, elle n’a aucun mal à séduire un public sensible au charme de sa voix chaude et sensuelle. Franck Avitabile au piano et Louis Moutin à la batterie l’entourent pour ces concerts printaniers. Ils nous permettront d’attendre “Ella My Dear“, nouveau disque arrangé par Ivan Jullien qu’elle nous promet en septembre.

 

-Trois concerts intéressants sont proposés aux Parisiens le 11 mai. Valeur sûre du saxophone, Chris Potter est attendu au New Morning à la tête d’un quartette comprenant Adam Rogers à la guitare, Fima Ephron à la contrebasse et Nate Smith à la batterie. Sa participation aux groupes de Dave Holland, Paul Motian, Herbie Hancock l’ont fait connaître et apprécier des amateurs de jazz. Malgré quelques bons albums sous son nom (“Song for Anyone“), il brille surtout dans les disques des autres, dans l’excellent “Damaged in Transit“ de Steve Christophe LeloilSwallow ou dans “Lost in a Dream“ le nouveau Paul Motian.

-Superbe trompettiste, Christophe Leloil gagnerait à être mieux connu. Le Duc des Lombards nous en offre l’occasion en programmant le même soir son sextet E.C.H.O.E.S. Il réunit Raphaël Imbert aux saxophones, Thomas Savy aux clarinettes, Carine Bonnefoy au piano, Simon Tailleu à la contrebasse et Cédric Bec à la batterie et sonne comme un petit big band. Vive et mobile, la musique du groupe est un plongeon dans l’histoire du jazz. Bop, swing, blues font bon ménage au sein de compositions à tiroirs agencées sous forme de suite conciliant tradition et modernité.

- Toujours le 11, le saxophoniste Jérôme Sabbagh revient jouer en quartette au Sunset. Avec lui Ben Monder à la guitare, Joe Martin à la contrebasse et Jochen Rüeckert à la batterie. Jérôme, Ben et Joe jouent sur “Pogo“, un disque enregistré en 2006 pour Bee Jazz dans lequel Ted Poor assure la batterie. Jérôme enregistre prochainement un nouvel album, son troisième pour Bee Jazz, avec Ben Monder et Daniel Humair qui doit paraître à la rentrée.

To The One, JM Laughlin, cover

 

-John McLaughlin à Pleyel le 15  avec 4th Dimension, groupe constitué de Gary Husband aux claviers et à la batterie, Etienne Mbappé à la basse électrique et Mark Mondesir à la batterie. Le guitariste publie “To The One“, album contenant six nouvelles compositions. Outre ces dernières, il reprend sur scènes des morceaux plus anciens (The Unknown Dissident, Nostalgia) et des extraits de ses deux disques précédents.    

 

-Chanteuse franco-américaine vivant à Paris, Christine Flowers se produit au Sunside le 16. Avec C. Flowers flyer SunsideRick Margitza au saxophone, Jobic Le Masson au piano, Peter Giron à la contrebasse et Jeff Boudreaux à la batterie, Christine dispose d’excellents musiciens pour rendre hommage à Oscar Brown Jr. (1926-2005). Auteur de chansons, ce dernier collabora à la “Freedom Now Suite“ de Max Roach et mit des paroles sur Dat Dere de Bobby Timmons et Work Song de Nat Adderley. On peut les entendre sur “Sin & Soul“, le plus célèbre de ses albums. Christine Flowers vient d’enregistrer un disque entièrement consacré à ses compositions. En attendant la sortie de “In a New Mood“, on l’écoutera les chanter au Sunside.

 

-Le pianiste Dan Tepfer avec François et Louis Moutin au Sunside le 18. Les deux frères nous sont familiers. Ils possèdent leur propre formation, le Moutin Reunion Band, jouent fréquemment dans des clubs et accompagnent Martial Solal, Antoine Hervé et d’autres musiciens de valeur. Né à Paris de parents américains, Dan Tepfer n’est pas aussi célèbre. Il se fit remarquer en 2002 en terminant semi finaliste du Concours International de Piano Jazz Martial Solal. Il a travaillé avec Danilo Pérez au New England Conservatory de Boston et remporté en 2006 le Montreux Jazz Festival Solo Piano Competition. Dan habite New York et nous visite moins souvent. On ne manquera pas son concert parisien.

Kenny Garrett©Barron Claiborne Nonesuch Records

 

-Kenny Garrett au New Morning le 19 avec Benito Gonzalez au piano, Nat Reeves à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie. Le saxophoniste alto n’a pas sorti d ‘album sous son nom depuis quatre ans et redouble aujourd’hui d’activité. Ce concert parisien permettra de juger de sa forme avant une tournée d’été qui, au sein du  Freedom Band, quartette comprenant également Chick Corea, Christian McBride et Roy Haynes, le conduira à Nice, Marciac, La Roque d’Anthéron ou Marseille (Festival des Cinq Continents).

 

André Ceccarelli-Dans le cadre du Festival de Jazz à Saint-Germain-des-Prés, le salon président de l’hôtel Lutetia accueille le 21 le trio d’André Ceccarelli (Diego Imbert à la contrebasse et Pierre-Alain Goualch au piano) et son invité David Linx pour un hommage à Claude Nougaro. Chroniqué dans ces colonnes en septembre dernier, “Le Coq et la Pendule“ ne contient que des chansons que Nougaro interprétait. Sur scène, David Linx chante Il faut tourner la page, The Meeting Place of Waters, Mademoiselle Maman, Une petite fille en pleurs, reprend Bidonville et bien d’autres pièces qui ne sont pas sur le disque. Les morceaux s’allongent, prennent de l’épaisseur. Certains sont joués en trio, Pierre-Alain Goualch en profitant pour improviser joliment au piano.

Alexandra Grimal

 

-Le 26 mai, la jeune et talentueuse saxophoniste Alexandra Grimal fête au Sunside la sortie de “Seminare Vento“, disque édité sur le label Free Lance. J’ai récemment écrit dans ce blog tout le bien que je pense de cet excellent opus enregistré avec Giovanni di Domenico au piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Joao Lobo à la batterie, musiciens qui l’accompagneront rue des Lombards. On ne manquera pas d’écouter live la finesse d’une musique pure et cristalline aux mélodies souvent abstraites, pleine de trouvailles et d’ambiguïtés harmoniques.  

 

- Le même soir, Jacky Terrasson et les musiciens de son nouveau trio (Ben J. Terrasson (piano)Williams à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie) investissent l’amphithéâtre de l’Institut Océanographique de Paris (195 rue Saint-Jacques) dans le cadre du Festival de Jazz à Saint-Germain-des-Prés. Le groupe a fait grande impression à Marciac et plus récemment au Sunside. Jacky joue un merveilleux piano ancré dans le blues. Sa virtuosité reste toujours profondément musicale. La paire rythmique qui l’accompagne le pousse constamment à se dépasser. Une grande soirée en perspective.

 

René au piano-René Urtreger jouant Thelonious Monk au Duc des Lombards les 28 et 29, on s’y précipitera. Le pianiste qui recevra dans quelques jours les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur reste en pleine possession de ses moyens et joue toujours un piano qui fait honneur au jazz. En quintette avec ses musiciens habituels (Nicolas Folmer à la trompette, Hervé Meschinet à la flûte et au saxophone alto, Mauro Gargano à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie), il saura trouver les moyens de nous séduire et nous enthousiasmer. J’en profite pour vous signaler que “75“ son dernier disque, toujours disponible à la FNAC Montparnasse, peut aussi se commander auprès de Jeanne de Mirbeck, La Prairie, 92410 Ville d’Avray. Son mail : jdemirbeck@numericable.fr

 

Sophia Domancich-Le label Sans Bruit se fait son propre festival au Sunside le 31 mai. On ne trouve pas ses disques dans les bacs des disquaires, Sans Bruit ne proposant la musique de ses artistes qu’en téléchargement (MP3 320 ou FLAC qualité CD). La visite de leur site www.sansbruit.fr est tout à fait recommandable. Au Sunside, trois concerts le même soir. La pianiste Sophia Domancich et le guitariste Pascal Maupeu animeront la soirée. On ne manquera pas le pianiste Stephan Oliva qui, en solo, célébrera Bernard Hermann.

Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com

                   Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com

                            Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

             New Morning : http://www.newmorning.com

                                          Salle Pleyel : http://www.sallepleyel.fr/

Jazz à Saint-Germain-Des-Prés : http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com

Crédits Photos: Hazel Scott © Photo X - Marc Copland, Mike Stern, Norma Winstone Trio, Anne Ducros, Christophe Leloil, André Ceccarelli, Alexandra Grimal, Jacky Terrasson, René Urtreger, Sophia Domancich © Pierre de Chocqueuse - Kenny Garrett © Barron Claiborne / Nonesuch Records.

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 08:46

Carine Bonnefoy, coverLa mémoire semble nourrir les visions musicales de Carine Bonnefoy. Souvenirs de ses racines polynésiennes que traduisent rythmiquement dans I Uta et I Tai les percussions d’André Charlier, Jean-Luc Di Fraya et de Carine elle-même, réminiscences de ses travaux naguère effectués avec des musiciens et percussionnistes africains et antillais. Mais Carine Bonnefoy est aussi un premier prix de Conservatoire qui arrange depuis des années sa musique, la met en forme, lui donne des couleurs pour le moins singulières. Confiés à un orchestre de seize musiciens baptisé New Large Ensemble, cordes, vents, voix et percussions superposent leurs timbres dans des pièces qui semblent repousser les frontières du jazz. Musique contemporaine, world music, elles échappent à toute tentative de classification précise, le jazz donnant rythme, mouvement et direction à son travail. Carine possède son propre univers et met en scène les sons qu’elle imagine. Bien que souvent ponctuée par des tambours, sa musique tribale n’a rien de primitive. Elle témoigne d’un travail d‘écriture raffiné, ses audaces rythmiques et harmoniques s’inscrivant dans le cadre d’une recréation personnelle et lyrique. Carine Bonnefoy n’imite personne. Chaque composition révèle des surprises, des déroulements inattendus, la musique déployant ses fastes sans lourdeur aucune. Carine donne puissance et légèreté à ses combinaisons sonores au sein desquelles les violons soulignent et respirent. Les voix en vocalises doublent parfois les lignes mélodiques, assurent les transitions entre les chorus. Les masses orchestrales fluides et légères mettent en valeur les solistes, Stéphane Guillaume et Stéphane Chausse aux saxophones, Claude Egea à la trompette, Damien Verherve au trombone, Frédéric Favarel à la guitare. Excellente pianiste, Carine intervient dans Soul Edge et Inner Dance et joue du piano électrique dans Water Slide et Les Larmes de Noé, morceau accordant à la voix une place importante.  

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:20

Jim Hall & Joey Baron (a)Dimanche 18 avril

Une salle aux balcons clairsemés pour Jim Hall à Pleyel. On attendait davantage de monde après le report au 3 mai du concert de Bobby McFerrin au Châtelet, conséquence du nuage de cendres volcaniques traversant nos cieux azuréens. Le manque d’avions en vol empêchant la venue de Marc Ribot et de Chad Taylor son batteur, c’est un trio constitué à la hâte qui monta sur scène. Pianiste facétieux et fantasque, Anthony Coleman fait partie des musiciens qui travaillent avec John Zorn, un saxophoniste touche-à-tout dont l’œuvre aussi variée que prétentieuse n’a rien pour me plaire. Longtemps absent de la scène du jazz au point qu’on le crut décédé dans les années 80, Henry Grimes officiait comme prévu à la contrebasse et (hélas) au violon, Joey Baron tenant courageusement la batterie. Car malgré leur technique assurée, les trois hommes ne parvinrent presque jamais à s’entendre, à construire ensemble une musique cohérente. Coleman plaquait notes et accords dissonants au gré de sa fantaisie, se levant parfois pour placer des chiffons dans la table d’harmonie et en scotcher les cordes métalliques, préparant un piano pour une musique non préparée. Le pianiste qui avait donné le 14 avril dernier à la Dynamo de Banlieues Bleues un concert hommage à Jelly Roll Morton adoptait un langage libertaire au sein duquel de vagues ostinato mélodiques se voyaient bousculés par des vagues de clusters et de notes éclatées, par un flux sonore heurté plein de brisures paradoxales. Piano et batterie tentèrent parfois d’installer des cadences, de rythmer leur discours anarchique. Plongé dans sa propre musique, ne se préoccupant nullement de ses partenaires et sourd à leurs tentatives d’interaction, Henry Grimes faisait grincer sauvagement son violon, l’ajoutant à une cacophonie quasi-générale saluée par de maigres applaudissements.

Jim Hall

C’est avec soulagement que fut accueilli l’entracte. Jean-Paul furibard voulait en découdre avec ces « apôtres d’une déconstruction appartenant à l’âge de pierre ». J’eus bien du mal à le calmer. Comme nous tous, il est là pour Jim Hall, l’une des plus grandes guitares de l’histoire du jazz, l’une des plus singulières. Voûté, l’homme se déplace péniblement avec une canne et se hissa difficilement sur un haut tabouret. Sa musique intimiste n’est pas faite pour une salle comme Pleyel. En outre, Jim monte à peine le volume de son amplificateur, obligeant ses musiciens à jouer doucement pour ne pas couvrir sa guitare. Scott Colley à la contrebasse et Joey Baron à nouveau derrière sa batterie furent exemplaires de musicalité. Visiblement heureux d’accompagner le guitariste, ce dernier pu enfin faire entendre la finesse de son jeu, l’adaptant à la grande sensibilité d’un musicien pour musiciens dont la moindre note pèse son poids de Jim Hall & Joey Baron (b)beauté. Diminué par l’âge, mais ne s’accordant aucune erreur, le guitariste s’économise pour mieux aller à l’essentiel. Il conserve intacte sa sonorité délicate, presque acoustique, sa capacité à jouer des phrases élégantes aux harmonies miraculeuses. Papy et le Psy se plaignaient de son jeu minimaliste à la sortie du concert. C’est oublier que Jim Hall a toujours fait entendre une guitare d’une grande discrétion. Son jeu épuré aux notes aussi rares qu’importantes est à l’opposé de toute exhibition. A Pleyel, il fallait tendre l’oreille pour en goûter pleinement l’exquise fraîcheur. A 79 ans, Jim Hall préfère les improvisations concises et laisse beaucoup jouer les membres de son trio, les laissant élaborer la musique avec lui. Contrebasse et batterie tissent des rythmes légers autour d’une guitare qui égrène délicatement les accords de All The Things You Are, fait sonner merveilleusement ses harmoniques pendant le solo de contrebasse que prend Colley dans Beija-Flor, révèle son immense tendresse dans All Across the City, une ballade qui est aussi le nom de l’un de ses albums. Yeux clos pour mieux savourer la musique, Jean-Paul, content, dodelinait de la tête.

Photos © Pierre de Chocqueuse    

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 09:59

Paul Motian Lost in a Dream, coverPaul Motian aime bien le Village Vanguard de New York. Il y a enregistré plusieurs albums avec Chris Potter que l’on retrouve ici. Ce dernier intégra très jeune l’Electric Bebop Band de Motian et a souvent l’occasion de jouer avec lui. Le batteur se plait à assembler des formations à géométrie variable, expérimente inlassablement de nouvelles combinaisons sonores ce qui l’oblige à fréquemment modifier le personnel de ses orchestres. Une semaine de concerts en trio au Village Vanguard en février 2009 nous offre la musique d’un trio inédit. Car si Potter et Motian ont souvent travaillé ensemble, le batteur n’a rencontré qu’une seule fois Jason Moran. L’actuel pianiste de Charles Lloyd adopte ici un jeu mélodique et étonne par sa capacité à aborder des styles de jazz très différents. Elève de Jaki Byard, il fut aussi celui d’Andrew Hill et son piano caméléon ne cesse de surprendre. Quant à Motian, il est tout aussi déroutant et imprévisible. Il ne marque pas réellement le tempo, mais fournit un accompagnement sonore percussif, rythme les couleurs qu’il peint sur la musique. Baguettes et balais glissent, frottent, martèlent, caressent peaux et métaux. Affranchi de sa fonction rythmique et devenu voix musicale, l’instrument phrase et module des sons. Les mélodies qu’il porte en lui, Motian en confie les notes aux autres instruments de l’orchestre. Il est aussi l’un des grands compositeurs de thèmes de l’histoire du jazz. A l’écoute de ses voix intérieures, il sait recueillir la musique et la placer dans des thèmes évidents et simples qui portent en eux leur propre perfection. Seul standard de l’album, Be Careful It’s My Heart s’intègre parfaitement aux autres ballades de l’album, toutes composées par Motian. Certaines sont anciennes. Abacus et Drum Music figurent sur “Voyage“, mais aussi sur “Intérieur Nuit“, un disque de Stephan Oliva librement rythmé par Motian. Les deux thèmes aux lignes mélodiques abstraites génèrent de libres improvisations de la part des musiciens et des solos de batterie conséquents. Une autre version de Ten existe sur “Live at the Village Vanguard Vol.II“ enregistré avec Chris Potter. Birdsong apparaît sur “Tati“, un disque en trio d’Enrico Rava dans lequel joue également Motian. Le pianiste n’est plus seul à décliner le thème (Stefano Bollani l’interprète en solo dans le disque de Rava), Chris Potter l’expose, Jason Moran dessine des variations mélodiques dont s’empare le ténor pour mieux décoller. Soliste d’envergure, le saxophoniste possède une sonorité puissante et donne du relief aux mélodies du batteur auxquelles il ajoute un grand poids émotionnel. Livrées à l’imagination de trois solistes capables de créer beaucoup d’espace et d’en combler les vides avec du silence, ces dernières affirment la poésie d’une écriture particulièrement inventive.

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 09:36

Paolo Fresu, coverLa musique d’un film dont nous ne savons pas grand-chose. Réalisé par Stefano Landini, un obscur metteur en scène, “7/8“ (Sette Ottavi en italien) a été présenté lors de plusieurs festivals européens en 2006, mais n’a toujours pas été projeté sur les écrans français. Difficile de juger de sa valeur à la lecture de son seul synopsis et de donner un point de vue sur la relation que la musique entretient avec ses images. Sur cette dernière, le dossier de presse d’EMI donne peu de renseignements. On y apprend qu’elle fut complémentaire et qu’enregistrer cette musique fut un vrai défi pour le trompettiste contraint d’en entreprendre la composition au milieu d’une tournée de plus de cent dates. Le film se déroule en Italie pendant la seconde guerre mondiale, en plein fascisme mussolinien et traite des problèmes que les musiciens de jazz connurent avec la censure. Le jazz s’est alors implanté en Italie, la politique culturelle anti-américaine du régime n’ayant pas empêché Louis Armstrong d’y donner des concerts en 1934. Le jazz que l’on entend dans le film date pourtant d’une époque plus tardive. Influencé par Miles Davis tant sur le plan de la sonorité que de la musique, Paolo Fresu joue un jazz moderne qui intègre le vocabulaire du bop, mais aussi les subtilités harmoniques de la musique classique européenne. Fidèle à son propre langage, le trompettiste sarde le simplifie par des grilles harmoniques relevant souvent du blues et place au premier plan la mélodie. Construits sur des riffs, certains morceaux en semblent dépourvus, mais les solistes les inventent aux cours de leurs improvisations à l’instant même où ils s’expriment et le disque regorge de compositions lyriques. En apesanteur, Fresu en souffle les notes légères et transparentes. Son phrasé est élégant et sensuel, sa sonorité de couleur bleu ciel d’une douceur paisible. Il travaille depuis vingt-cinq ans avec le même quintette et entretient une relation privilégiée avec Tino Tracanna son saxophoniste. Leurs instruments exposent souvent les thèmes à l’unisson, se parlent, dialoguent. Le piano de Roberto Cipelli arbitre leurs échanges. La section rythmique n’enferme jamais leurs propos dans des tempos rigides. Ces derniers, lents ou médiums favorisent un discours fluide, souvent méditatif. Relevant du bop, Free Up et Gio’s Cervi’s Anatole sont les seuls morceaux rapides. Construits sur des modes, Ascensore per il paradisio et Dark Theme font beaucoup penser à “Kind of Blue“. Dans le premier, la contrebasse d’Attilio Zanchi joue un motif de pédale à la contrebasse. Dans Dark Theme, l’instrument égrène les notes d’All Blues et rythme le tempo languide d’une mélodie fantomatique qui semble naître de l’imagination des solistes. Trois morceaux enregistrés live pendant le tournage doublent les versions studios. Le guitariste Max Carletti se joint au quintette sur deux d’entre eux. On l’entend davantage dans un Sette Ottavi au climat pesant. Si l’illustratif The Shooting ressemble à une musique de film, les autres thèmes sont loin d’être de courtes séquences sonores exigées par l’action. Bénéficiant d’un minutage généreux (soixante-quatorze minutes), ce disque n’a pas besoin de porter des images. Sa belle musique se suffit à elle-même.       

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 11:30

Notes de lecture (d)Trouvé sur les quais un roman peu connu de Bram Stoker. La réussite de son “Dracula“ semble avoir éclipsé les autres ouvrages du romancier anglais. “Le joyau des sept étoiles“ avec sa fin très surprenante reste pourtant une réussite. Publié Bram Stokerchez Marabout puis six ans plus tard par les Nouvelles Editions Oswald (NéO) en 1982, il est aujourd’hui réédité par les Editions Terre de Brume. Un archéologue tente ici de ressusciter la momie d’une reine égyptienne qui régna du vingt-neuvième au vingt-cinquième siècle avant Jésus-Christ. Le livre commence comme un polar. Par la mystérieuse agression de notre égyptologue dans une pièce entièrement close. Plongé dans un étrange état cataleptique, il en sort frais et dispos après trois jours. Normal, il est l’un des seuls à pouvoir redonner vie à la momie de la reine Tera, dont le corps astral, toujours soumis à la volonté implacable de cette dernière, parvient à se matérialiser dans le corps d’un animal pour se débarrasser de ses ennemis. Résurrection bien plus extraordinaire que les morts présumées de Fu Manchu qui, malgré tous les efforts de ses ennemis (voir ma chronique des “mystères du Si-Fan“), n’arrive pas à mourir.

 

J.J. PauvertGrand roman d’aventures, “Le joyau des sept étoiles“ fait parfois penser au célèbre “She“ de H. Rider Haggard que Jean-Jacques Pauvert réédita en 1965 dans sa collection Les Indes Noires. Un sacré éditeur ce Pauvert. J’ai récemment terminé le premier tome de ses mémoires “La traversée du livre“ (un excellent titre) que Viviane Hamy publia en 2004. Un second volume est toujours en préparation, celui-ci se terminant en 1968. Cette année-là, Pauvert édite L’Enragé. Siné, puis Wolinski dessinent les couvertures des premiers numéros. Pauvert milite et raconte ses combats contre la censure hypocrite. Il a commencé très tôt, publiant les deux premiers volumes de l’édition intégrale de l’“Histoire de Juliette“ du marquis de Sade dès 1947, mettant par inconscience son nom et son adresse sur la couverture d’un ouvrage interdit. Perquisitions, interrogatoires dans les bureaux de la Brigade Mondaine se succèdent. Pauvert persiste, fait paraître en 1953 “La nouvelle Justine“ et les “ Cent vingt journées de Sodome“. Défendu par Maurice Garçon, il est condamné en correctionnelle à verser 200.000 francs d’amende. Le jugement est cassé en appel en mars 1958. « Pour la première fois, l’existence d’une “littérature pour adultes“ était officiellement reconnue par la magistrature. » écrit Pauvert qui édite aussi Carte JJPJean Genet (“Les bonnes“), George Bataille (“Madame Edwarda“), “Histoire d’O“ écrit par Dominique Aury sous le pseudonyme de Pauline Réage. Il reprend à Eric Losfeld la revue Bizarre après deux numéros et réédite “Le voleur“ de Georges Darien et le “Dictionnaire de la langue française“ d’Emile Littré en sept volumes, dictionnaire au format étroit et allongé conçu sur une seule colonne, donc révolutionnaire pour l’époque. Jean-Jacques Pauvert publiera Pierre Klossowski (“Le Souffleur“ après “Le bain de Diane“), André Breton, Albertine Sarrazin (“L’astragale“). Il rééditera les poésies complètes de Victor Hugo,“Monsieur Nicolas“ de Restif de La Bretonne, Raymond Roussel et les romans de Boris Vian dont “L’écume des jours“ qu’il reprend à Gallimard « moyennant la reprise du stock pour un prix ridiculement bas ». Boris Vian dont il lisait les textes dans Jazz Hot : « J’étais un collectionneur de disques de jazz. Sous l’Occupation, je les achetais à Christian Viénot, tromboniste de Claude Luter. » Pauvert écrit bien et ne mâche pas ses mots pour critiquer François Mauriac, sa tête de turc. Il n’est pas tendre avec Françoise Giroud et Jean-Paul Sartre et n’aime pas trop Eric Losfeld « cyclothymique, menteur, capable d’être charmant un jour, odieux le lendemain, sujet à des accès de fureur imprévisibles. »

 

J. Sternberg Toi ma nuitC’est au Terrain Vague, sa maison d’édition, que ce dernier publie en 1969 “Toi ma nuit“ de Jacques Sternberg réédité chez Folio et dont on attend la réimpression. Disparu en 2006 dans une indifférence quasi générale, Sternberg fut un auteur extrêmement prolifique. J’ai trouvé ce livre chez Bloody Mary, excellente et sympathique librairie de la rue Linné que je fréquente assidûment. Il raconte en détail l’histoire d’une passion amoureuse tournant à l’obsession. En rencontrant Michèle (mais s’appelle-t-elle vraiment Michèle ?), le narrateur rencontre une jeune femme changeant sans cesse d’attitude « absente, distante, inaccessible (…) privée de substance, de relief, de système nerveux, réduite à une simple apparence diaphane ». Il décide de subir, de supporter l’indifférence de cette femme imprévisible « aussi dangereuse qu’une trappe qui aurait donné l’illusion d’un sol plat » qui le fascine, l’obsède et qu’il ne parvient pas à comprendre. Obsédé par son personnage, Sternberg reprendra cette histoire avec davantage de réussite dans “Le cœur froid » édité chez Christian Bourgois en 1972. L’aspect fantastique de ce roman d’anticipation est également peu développé. Il se situe en 1995, et le monde que décrit l’auteur est devenu « une gigantesque chambre à coucher où chacun fait désormais l’amour avec autant de désinvolture que s’il fumait une cigarette. » L’industrie du sexe, la première de la planète, inspire à Sternberg des pages hilarantes dont l’écriture n’est jamais vulgaire. Sa description du “Viol de Frankenstein“ (un film dont le scénario est bien sûr complètement inventé) est d’une drôlerie irrésistible. Je l'ai lue à Jean-Paul pour lui changer les idées. De peur d’être cambriolé, il ne communique à personne l’adresse de son appartement et j’ignore même s’il possède une bibliothèque. Sternberg ne l‘amuse pas, mais il apprécie les quelques lignes sur le jazz dont je lui fait la lecture : « Personne ne m’empêchera de préférer les plaintes exacerbées et lancinantes d’un Armstrong, d’un Charlie Parker, d’un Coltrane ou d’un Mingus aux hurlements incantatoires, obscènes, vulgaires, inconsistants qui sont l’unique aliment de la musique d’aujourd’hui. », un passage que Jean-Paul applaudit des deux mains.  

Photo © Pierre de Chocqueuse   

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