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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 14:36

Carla Bley Christmas coverEnfant, Carla Bley adorait Noël. « Mon père tenait l’orgue à l’église et la chorale interprétait ce jour-là tous mes chants de Noël préférés. » Rebelle aux fêtes traditionnelles (« sauf à Halloween » précise-t-elle), elle ne cessa pourtant en grandissant de conserver un lien avec Noël à travers la musique. Carla aime beaucoup écrire et rédige toujours de savoureux dossiers de presse à l’attention des journalistes. Dans celui qu’elle consacre à ce nouvel opus, elle nous révèle les circonstances et les travaux qui lui ont permis de maintenir des liens avec cette fête qu’elle célèbre avec panache aujourd’hui. Dès les années 60, elle arrangeait des chants de Noël pour les enfants des écoles publiques. Elle fit de même dans les années 80 pour les élèves du Creative Music Studio de Woodstock. Quelques années plus tard à l’occasion d’une fête de Noël dans les locaux du Jazz Composer Orchestra, « les meilleurs musiciens de jazz moderne de New York se retrouvèrent en train de jouer de vieilles harmonies pentatoniques démodées ». Elle enregistra également en piano solo des chants de Noël pour la radio américaine, se constituant au fil des ans un important recueil de Christmas Carols arrangé par ses soins. Un concert donné à Essen en décembre 2006 lui offrit l’occasion de les ressortir. Pour les jouer, elle engagea un quintette de cuivres, le tubiste berlinois Ed Partyka se chargeant d’en réunir les musiciens.

 

C. Bley RecEn décembre 2008, pour une tournée et ce disque enregistré principalement au studio La Buissonne, Carla Bley et Steve Swallow reconstituaient une formation sensiblement identique. Deux trompettes ou bugles, un cor, un trombone, un trombone basse ou tuba mêlent avec bonheur leurs timbres dans un programme aux arrangements pour le moins surprenant. La version sobre et classique de O Tannenbaum qui ouvre l'album ne laisse en rien présager la suite. Bien qu’une des deux trompettes s’autorise une très courte improvisation, l’écriture reste classique, loin de l’arrangement décoiffant de Jingle Bells également confié aux seuls cuivres. Rythmé par des riffs de soca (mélange de calypso et de soul joué à Trinidad), ce célèbre morceau composé en 1857 par James Pierpont s’offre une nouvelle jeunesse. Les souffleurs peuvent s’exprimer avec retenue, reprendre à l’unisson des mélodies sagement harmonisées, ou tout aussi bien se transformer en jazzmen. Composé par Carla, Hell’s Bells porte les accords du bop. Introduit a cappella, Ring Christmas Bells trempe largement dans le jazz, ses riffs de cuivres restant ceux d’une fanfare. Carla Bley s‘amuse ainsi à brouiller les pistes. Les trompettes munies de sourdine de It Came Upon a Midnight Clear évoquent des voix entonnant un gospel. Composé en 1944, The Christmas Song de Mel Tormé côtoie le célébrissime O Holy Night que le français Adolphe Adam écrivit en 1847. On retrouve parfois les sombres couleurs de l’album “Social Studies“ dans  Away in a Manger, chant de Noël lutherien de 1885. L’ouverture de God Rest ye Merry Gentlemen n’est pas non plus très gaie. Ce très vieux chant de Noël (1823) le devient avec une trompette un peu ivre et des riffs de cuivres étrangement chaloupés. Accompagné par la basse, le piano improvise et ancre davantage le thème dans le jazz dans sa seconde partie. Carla Bley reprend Jesus Maria, une de ses plus belles compositions. Steve Swallow la jouait déjà en trio avec Paul Bley et Jimmy Giuffre dans “Fusion“ un disque de ce dernier publié en 1961. Sa contrebasse y brode un chorus onirique. Elle chante et séduit aussi dans O Holy Night enregistré live à Berlin, de même que Joy to the World, dernière pièce d’un recueil aussi beau qu’inattendu.

Comme je vous l’ai précédemment annoncé, le blogdeChoc sommeillera jusqu’en janvier. Bonnes fêtes à tous et à toutes. 

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 11:06

CD CoversDifficile de choisir quelques albums parmi les quelques centaines qui ont été édités cette année. Une bonne trentaine de nouveautés sortent du lot, toutes aussi intéressantes les unes que les autres et il n’a pas été simple d’en conserver un petit nombre. Les rééditions posent moins de problèmes. Nombre d’entre eux, des enregistrements pirates, ne méritent aucune publicité. J’ai toutefois préféré écarter de cette sélection les disques qui ne nécessitent pas un coup de pouce pour trouver acquéreur. Aussi bon soit-il, le dernier opus de Keith Jarrett (un triple CD) n’a nul besoin d’un second coup de projecteur. Même chose pour “Around Robert Wyatt“ le dernier ONJ, meilleur album de l’année aux récentes Victoires du Jazz. J’ai finalement arrêté mon choix sur douze nouveautés et une réédition. Pour dix d’entre eux, vous avez pu lire mes chroniques dans ce blog, Jazzman ou Jazz Magazine/Jazzman, les deux titres ayant fusionné en septembre. J’ai failli passer à côté de “Bright Mississippi“ album d’Allen Toussaint récupéré début novembre et que j’écoute sans me lasser. Souhaitant privilégier les nouveautés, il ne m’a pas non plus été possible de rédiger un texte sur “People Time“ dernier enregistrement de Stan Getz publié en novembre, un coffret de sept CD à la musique largement inédite. Il sera plus propice de vous en parler en janvier, un mois calme pour les sorties de disques. En outre, en raison des fêtes et après une dernière chronique musicale de circonstance, ce blog sera mis en sommeil entre Noël et le nouvel An. Vous avez sûrement des cadeaux à faire, des disques à offrir. Puisse cette petite liste vous aider à bien les choisir.

Visuel-Bollani-ECM.jpg

-Stefano BOLLANI : “Stone in the Water“ (ECM/Universal) Dans ce disque, son premier en trio pour ECM, le pianiste impétueux refrène son énergie et laisse constamment respirer la phrase musicale dans une approche résolument mélodique. Ses deux complices, deux jeunes musiciens danois, parlent le même langage que lui. Une vraie réussite. Chroniqué dans le blogdechoc le 17 septembre.  

Vijay Iyer, cover

-Vijay IYER : “Historicity“ (ACT/Harmonia Mundi) Une contrebasse et une batterie tissent une toile rythmique souple et constamment mobile pour envelopper un piano différent et toujours inventif. Clusters, dissonances, intervalles inhabituels, un foisonnement de notes s’échappent de l’instrument. Entre Andrew Hill et Cecil Taylor, les notes abstraites et poétiques d ‘un art très personnel. Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°607 (Choc).

S. Kerecki a

-Stéphane KERECKI : “Houria“ (Zig Zag/Harmonia Mundi) Le contrebassiste ajoute un second saxophone à son trio et pas n’importe lequel. Tony Malaby est un des grands de l’instrument. Avec lui, la musique se fait plus sauvage, les quatre hommes improvisant une musique instinctive, expression d’un langage incantatoire intensément spirituel. Chroniqué dans le bdc le 19 mai.

ECM Steve Kuhn Trio

-Steve KUHN : “Mostly Coltrane“ (ECM/Universal) En 1960, Steve Kuhn fut pendant trois mois le pianiste de John Coltrane. Lui rendant hommage, il reprend ses compositions, mais aussi les siennes (en solo) ainsi que quelques standards qu’il jouait avec lui. Joe Lovano y fait merveille au saxophone ténor. Il semble avoir retrouvé sa sonorité d’antan, un son plein et profond qui donne chaleur et émotion à la musique  Chroniqué dans Jazzman n°159, juillet/août 2009 (Choc). 

Ph. Le Baraillec, cover

-Philippe LE BARAILLEC : “Invisible Wound“ (AJMI/Intégral) Son piano sensible et poétique raconte des histoires inattendues et surprend par ses couleurs et ses choix harmoniques. En trio, le retour d’un musicien habité qui s’était trop longtemps retiré de la scène musicale. On applaudit des deux mains. Chroniqué dans Jazzman n°153, janvier 2009 (Choc). 

Paul Motian, cover

-Paul MOTIAN : “On Broadway Vol.5“ (Winter & Winter/Abeille Musique) Ce cinquième opus du batteur consacré aux mélodies de Tin Pan Alley est un des plus réussis. Motian dispose ici de deux saxophonistes complémentaires (Lauren Stillman et Michaël Attias) qui mêlent avec un rare bonheur leurs voix mélodiques, soufflent de longues phrases tranquilles et lumineuses. Au piano, Masabumi Kikuchi ajoute d’élégantes et imprévisibles dissonances. Une belle musique, lente, flottante et onirique. Chroniqué dans le bdc le 9 juin.

E. Pieranunzi cover

-Enrico PIERANUNZI : “Wandering“ (Cam Jazz/Harmonia Mundi) J’aurais pu choisir “Dream Dance“ (CAM JAZZ/Harmonia Mundi) superbe opus en trio de 2004 auquel j’ai attribué un Choc dans le n°156 de Jazzman. Mais, outre le fait qu’Enrico Pieranunzi enregistre moins souvent en solo, “Wandering“ fait entendre un admirable piano particulièrement inspiré sur un matériel thématique largement improvisé. Chroniqué dans le bdc le 15 décembre.

Rava, N.Y. Days, cover

-Enrico RAVA : “New York Days“ (ECM/Universal) Enregistré à New York, ce disque réunit cinq musiciens exceptionnels. Outre Stefano Bollani au piano, la trompette chantante d’Enrico Rava rencontre le saxophone de Mark Turner, la contrebasse de Larry Grenadier et les tambours et cymbales de Paul Motian. Nulle urgence dans ce jazz souvent modal, mais des mélodies simples et envoûtantes d’une grande richesse sonore. Chroniqué dans le bdc le 6 février. 

Allen Toussaint, cover

-Allen TOUSSAINT : “The Bright Mississippi“ (Nonesuch/Warner) Allen Toussaint nous promène dans les rues de la Nouvelle-Orléans sa ville natale et sur les rives du Mississippi. Le pianiste se fait chanteur dans Long, Long Journey, joue des blues, reprend des thèmes de Monk, Ellington,  Jelly Roll Morton, propose des duos trompette piano trompette (avec Nicholas Payton), invite Brad Mehldau et Joshua Redman et dépoussière un répertoire qu’il rend intemporel.

Jean-Toussaint-cover.jpg

 

-Jean TOUSSAINT : “Live in Paris & London“ (Space Time/Socadisc) Epaulé par d’excellents musiciens anglais, le trop méconnu Jean Toussaint se donne à fond dans cet enregistrement live. Il possède une belle sonorité au ténor et fait chanter ses saxophones (ténor et soprano) tout en racontant de passionnantes histoires mélodiques. Ses longs chorus énergiques et lyriques forcent l’admiration. Chroniqué dans le bdc le 25 novembre.  

B. Trotignon, cover


-Baptiste TROTIGNON : “Share“ (Naïve) Le meilleur disque du pianiste à ce jour. Les thèmes, souvent des morceaux à tiroirs, réservent de nombreuses surprises. Baptiste en fait moins que d’habitude. Il laisse jouer ses deux souffleurs (Tom Harrell et Mark Turner) et bénéficie d’une section rythmique également américaine (le disque a été enregistré à New York) avec Matt Penman à la contrebasse, Eric Harland ou Otis Brown à la batterie. Chroniqué dans le bdc le 13 février.     

Cover-Sam-Yahel.jpg


-Sam YAHEL : “Hometown“ (Positone/www.posi-tone.com) On connait surtout l’organiste, le compagnon occasionnel de Joshua Redman qui apparaît dans plusieurs de ses disques. En trio avec Matt Penman à la contrebasse et Jochen Rucker à la batterie, on découvre un pianiste enthousiasmant qui évoque Thelonious Monk, Eddie Costa, Brad Mehldau et Lennie Tristano. Chroniqué dans Jazz Magazine/Jazzman n°608.

Getz People Time, cover

-Stan GETZ – Kenny BARRON “ People Time, the Complete Recordings“ (Verve/Universal) En mars 1991, un mois après son soixante-quatrième anniversaire, Stan Getz, malade (il lui reste trois mois à vivre), se produit quatre soirs de suite au Café Montmartre de Copenhague. Accompagné par le piano de Kenny Barron, le saxophoniste trouve la force de faire chanter de manière exquise son instrument et livre son ultime testament musical. Un coffret de 7CD (un par Set) indispensable à l’amateur de jazz.

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 09:23

E.-Pieranunzi-cover.jpgEnregistrement solo de 2007, “Wandering“ réunit de courtes pièces, improvisées pour la plupart. Contrairement à son album consacré à Domenico Scarlatti réalisé la même année, Enrico Pieranunzi ne part pas d’un matériel thématique existant. Seuls trois morceaux ont été préalablement composés. Fermati a guardare il giorno, Rosa del mare et For My True Love révèlent la sensibilité du pianiste, son aptitude à faire chanter et respirer une simple phrase musicale, à l’enrichir de notes tendres et émouvantes. Si Rosa del mare reste une rêverie poétique sophistiquée sur un plan harmonique, For My True Love, séduit par sa simplicité. Avec très peu de notes qu’il fait admirablement sonner, Enrico crée une pièce musicale intensément lyrique. Ailleurs, il imagine, se jette à l’eau avec un bagage technique qui lui permet toutes les audaces. Il ne cherche jamais à en mettre plein la vue, mais exprime ses émotions. Posant ses mains sur le clavier de l’instrument, il invente mesure après mesure une musique qui n’a encore jamais été jouée. Articulation parfaite, lisibilité, sens de la forme, équilibre de la phrase, la formation classique et la profonde connaissance du jazz du pianiste se révèlent dans des miniatures improvisées et variées. Cinq d’entre elles ne dépassent pas les deux minutes, ce qui oblige l’improvisateur à aller à l’essentiel. Certaines sont construites sur de courtes séquences mélodiques; d’autres reposent sur des ostinato de notes. Enrico en fait briller les couleurs. Sa main gauche mobile et inventive installe des atmosphères obsédantes, joue les sombres accords d’une musique introspective qui, par contraste, rendent particulièrement lumineuses et sereines ses trois compositions écrites. Le registre grave du clavier est ainsi particulièrement sollicité dans Improstinato 2 et Dark, des pièces dont la noirceur se voit tempérer par le blues. Le pianiste fait de même dans Teensblues, morceau dont les accords plaqués et dissonants rappellent un thème de Monk. Les autres paysages qu’il nous livre sont moins inquiétants. Enrico prend même le temps de poser des couleurs sur les lignes mélodiques de Wandering 1 et Foor-Fee, des pièces espiègles et tendres, si bien construites qu’on a du mal à les croire improvisées. Chapeau maestro !  

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 09:20

Tectonique BandLUNDI 16 novembre

La Tectonique des Nuages proposée dans une version concert pour voix et trois instruments. En partenariat avec le théâtre du Rond Point, l’Association Beaumarchais-SACD l’accueille salle Jean Tardieu et refuse du monde. Normal, l’opéra jazz de Laurent Cugny n’a été joué à Paris que deux fois en avril 2007. C’est peu compte tenu de sa qualité. Je l’ai vu cette année à Nantes (chronique dans ce blog à la date du 10 mai), découvrant un livret relevant du fantastique servi par une Laika-Fatien.jpgmusique enthousiasmante qui fait appel à l’imaginaire du spectateur. J’en découvre une nouvelle adaptation pour trois instruments. Laurent Cugny au piano, Joachim Govin à la contrebasse et Frédéric Chapperon à la batterie accompagnent les voix de David Linx, Laïka Fatien et Yann-Gaël Poncet, et commentent l’action de cette histoire, véritable conte de fées imaginé par José Rivera. Difficile de pallier l’absence des cuivres et des anches (la version concert réunit habituellement dix musiciens), et pourtant, aidé par une section rythmique d’une rigueur admirable, le piano y parvient. L’instrument fait entendre la partition dans son horizontalité et révèle la beauté mélodique des thèmes, la musique, réduite à elle-même, apparaissant en pleine lumière. Laurent lui donne des couleurs et bien qu’elle soit écrite, pensée dans ses moindres détails, il parvient à improviser quelques lignes de blues, s’offre quelques notes bleues, préludes entre des scènes confiées à des chanteurs qui se parlent comme le font de vrais acteurs, passent constamment de la parole au chant et s’investissent dans le jeu scénique. Pour nous permettre de mieux rentrer dans l’histoire, un narrateur (Gaël Lescot) nous prend par la main, nous guide dans cet étrange récit qui doit faire l’objet d’un double CD très attendu en 2010.

 

A. Hervé TrioLUNDI 23 novembre

Chargé de cours à l’amphithéâtre St Germain, le professeur Hervé trouve enfin le temps de poser ses deux mains sur le piano du Duc des Lombards. On ne peut que s’en réjouir. Antoine Hervé, entraîne dans l’aventure ses vieux complices les Moutin Brothers, François à la contrebasse et Louis à la batterie. Difficile de les reconnaître avant qu’ils ne saisissent leurs instruments (Bien que dans le cas de Louis il est difficile de “saisir“ une batterie). Les jumeaux sont comme les Dalton : inséparables. Ils fournissent d’ailleurs un accompagnement personnalisé, “moutinisé“ devrait-on dire, à l’oncle Antoine. Jouant la musique de Monk,Ellington, Mingus à longueur d’année, ce dernier finit par la connaître par cœur. En phase avec sa rythmique, il le prouve avec Think of One de Papa Thelonious. Longs voicings chargés de single notes, accords plaqués, dissonances subtilement introduites au sein d’un discours musical “à la Monk“, le pianiste éprouve visiblement beaucoup de plaisir à réinventer une musique libertaire dont il a parfaitement assimilé les mécanismes. Suivent Antoine Hervéquelques standards, occasions d’en proposer des relectures modernes, de les faire autrement respirer. Ecrit par Eddie De Lange et Louis Alter en 1947 et interprété la même année par Louis Armstrong, Do You Know What It Means to Miss se prête bien à ce piano très mobile qui dialogue avec une contrebasse et questionne une batterie. L’oncle Antoine s’empare avec gourmandise des thèmes pour en explorer l’harmonie. Véloce, il se fait miel dans Seascape, un thème de Johnny Mandel qu’immortalisa Bill Evans. Très en doigts, il aborde avec beaucoup d’élégance My Romance, autre thème célèbre extrait de “Billy Rose’s Jumbo“, une comédie musicale de Richard Rodgers et Lorenz Hart (1935). Mais l’oncle fouille la salle du regard. Il a repéré un confrère musicien à l’étui de saxophone qu’il transporte et l’invite à monter sur scène. Paul Booth (un musicien Anglais) joue du soprano et s’intègre parfaitement au trio dans une belle reprise du Isn’t She Lovely de Stevie Wonder, Antoine Hervé n’hésitant jamais à proposer de nouveaux standards et à dépoussiérer les anciens. Jusqu’au rappel, le trio développe de bonnes idées et achève sa brillante prestation avec une reprise lyrique et émouvante de My Song, un thème aux harmonies superbes de Keith Jarrett que peu de pianistes pensent à jouer.


Cugny, Govin, PieranunziMERCREDI 25 novembre

Enrico Pieranunzi et Laurent Cugny tous deux au piano, une sympathique rencontre arbitrée par le jeune, mais déjà expérimenté Joachim Govin à la contrebasse. Un concert donné à l’occasion de la soutenance de thèse de doctorat en Sorbonne, le matin même, de Ludovic Florin dont on peut lire d’excellentes chroniques dans Jazz Magazine/Jazzman. Sa thèse portant sur la musique d’Enrico Pieranunzi , le maestro s’était déplacé pour marquer l’événement. Laurent faisait partie du jury, d’où l’idée de ce duo avec Enrico au Sunside. A cet effet, le club s’était fait livrer un second instrument. Enrico à gauche, Laurent à droite, Joachim au centre, sa contrebasse en partie dissimulée par les deux tables d’harmonie des instruments placées tête-bêche. D’un commun accord, les deux pianistes ont décidé de ne pas chercher l’affrontement, mais de privilégier la musique. Enrico Pieranunzi, l’un des meilleurs pianistes européens, n’a nul besoin d’exhiber sa technique. La plus belle musique se fait souvent avec peu de notes, une respiration intérieure que reflète une approche harmonique réussie. C’est pourtant une petite pluie de notes perlées que propose d’emblée le Maestro, une mise en doigts qui fait progressivement apparaître une mélodie E. PieranunziJoachim GovinLaurent Cugny n&baux accords presque irréels. Laurent ajoute de la couleur. Soutenu par la contrebasse, le rythme semble naître tout naturellement. Il va et vient, respire, se transforme, se pose le temps de quelques mesures pour mieux se dissoudre et renaître autrement. Les trois hommes improvisent à présent sur la ligne mélodique de Someday My Prince Will Come. Le  morceau s’enrichit de dialogues, courtes phrases chantantes se répondant les unes aux autres, chaque pianiste peaufinant le discours de l’autre. Laurent Cugny fait magnifiquement sonner ses accords, leur donne une ampleur orchestrale et assure un rythme sans faille dans Whispering. Pleine de notes bleues, une ballade extraite de “La Tectonique des Nuages“ séduit par ses accords, la délicatesse de ses harmonies rêveuses. Dans All the things we are, nos deux pianistes s’amusent aussi à se surprendre et portés par la contrebasse improvisent une musique vive et sensible qui met du baume au coeur.


Commission LivresLUNDI 30 novembre

Réunion de la commission livres de l’Académie du Jazz chez André Francis (de gauche à droite sur la photo : le blogueur de Choc, André Francis, Isabelle Marquis, Alain Tomas, Philippe Baudoin et Gilles Coquempot). Cette commission décerne chaque année fin novembre un "prix du Livre de jazz". L’ouvrage primé doit être rédigé ou traduit en français. Il peut s’agir d’une étude, d’une monographie, d’un livre d'art, d’un recueil de photographies, d’un dictionnaire, d’un ouvrage musicologique ou d’une oeuvre de fiction accordant une place centrale au jazz. Une bonne dizaine d’ouvrages intéressants ont ainsi été édités en 2009. En voici la liste. Vous pouvez vous les offrir ou en faire cadeau à vos amis. Parmi eux se cache le Prix du Livre 2009. Il vous faudra patienter jusqu’à la mi-janvier et la remise officielle du Prix au théâtre du Châtelet pour connaître le vainqueur.

Médioni Miles, cover

A. Gerber -“Analyser le jazz“ / Laurent Cugny / Outre Mesure (Passionnant ouvrage d’analyse musicologique)

-“Blues“ / Alain Gerber / Fayard (Le roman de la naissance du blues)

-“Celui qui aimait le jazz“ / Frank Ténot / Fondation Frank Ténot - Editions du Layeur (L’autobiographie de Frank Ténot. Réédition)

-“Le Jazz, des origines à nos jours“ / Lewis Porter, Michael Ullman, Edward Hazell / Outre Mesure

-“Jazz et société sous l’Occupation“ / Gérard Régnier / L’Harmattan (L’indéniable succès du Satchmo, coverjazz sous l’Occupation)

-“Kind of Blue, le Making Of du chef d’œuvre de Miles Davis“ / Ashley Kahn / Le Mot et le Reste

-“Miles Davis“ / Franck Médioni / Actes Sud (80 musiciens parlent du trompettiste. Un recueil d’interviews souvent passionnants)

-“Reaching into the Unknown 1964-2009“ / 141 poèmes de Steve Dalachinsky, 178 photos de Jacques Bisceglia / RogueArt (Les travaux de Bisceglia, photographe des années free)

-“Rendez-vous au P’tit Op’“ / Emilie Lucas-Lapoirie, photos d’Hervé Hascoët / Editions Publibook (Un joli livre de souvenirs sur le club parisien disparu)

-“Satchmo, les carnets de collages de Louis Armstrong“ / Steven Brower / La Martinière Le siècle du Jazz Cover(Les collages du trompettiste, carnets enrichis de lettres, photos et documents d’archives)

-“Le Siècle du Jazz“ / sous la direction de Daniel Soutif / Musée du Quai Branly - Skira – Flammarion (Somptueux et passionnant catalogue de l’exposition jazz 2009)

-“Visiting Jazz, Quand les jazzmen américains ouvrent leur porte“ / Thierry Pérémarti / Le Mot et le Reste (Pour Jazzman, Thierry Pérémarti rencontra chez eux nombre de jazzmen qui firent l’histoire du jazz. Des entretiens intimistes)

-“We Want Miles“ / Vincent Bessières, Franck Bergerot / Textuel - Cité de la Musique / (Le catalogue d’une exposition visible jusqu’au 17 janvier 2010. Un livre rempli de documents exceptionnels)

Ladnier, cover bHors compétition, deux livres en anglais :

-“Traveling Blues, The Life and Music of Tommy Ladnier“ / Bo Lindström & Dan Vernhettes / Jazz’edit, Paris (Un travail de fourmis. Iconographie et impression impressionnantes!)

-“Jade Visions, The Life and Music of Scott LaFaro“ / Helene LaFaro-Fernández (with Chuck Ralston, Jeff Campbell & Phil Palombi / University of North Texas Press (Une biographie détaillée du contrebassiste qui changea le rôle que tenait l’instrument dans le jazz)

Bonne lecture.
Photos © Pierre de Chocqueuse 
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 12:47

Les balais de Fabrice Moreau bruissent sur sa caisse claire ; des voix murmurent une étrange mélopée ; au piano, Edouard Ferlet en joue les accords magnifiques puis laisse chanter la trompette d’Airelle Besson. Le morceau s’intitule La fable du grimoire. Il ouvre un album peu ordinaire, insolite par son instrumentation. On y découvre de la très belle musique jouée avec une grande économie de moyens. Alexandra Grimal complète la formation aux saxophones. Pas de contrebasse dans un espace sonore qui s’en trouve agrandi. Peu d’ostinato dans des pièces impressionnistes presque transparentes. Les notes jouées en suggèrent d’autres non exprimées, invisibles mais présentes. On passe ainsi de l’autre côté du miroir, dans un univers sonore aux mélodies « inspirées implicitement par (Henri) Dutilleux, les modes d’(Olivier) Messiaen, ou les couleurs de Charles Koechlin » pour reprendre les propos de Ferlet. Ce dernier joue ici un piano aux harmonies très pures qui semblent constamment flotter – Bords perdus, Amane. A la batterie, Fabrice Moreau suggère et diffracte délicatement les rythmes, apporte des couleurs et commente les silences. Trompette et saxophone mêlent leurs voix mélodiques, tissent de mystérieux contre-chants, tiennent de longues notes capiteuses et, à tour de rôle, cisèlent leurs improvisations. L’écriture très souple offre de larges espaces à ces dernières. Les instruments s’y promènent. Notes et accords respirent, évoquent des images, des paysages dans lesquels il fait bon badauder.
Edouard Ferlet, Airelle Besson, Alexandra Grimal et Fabrice Moreau se produiront au Sunside les 11 et 12 décembre. Concerts à 21h00.        

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 13:19

Les albums précédents de Stéphane Guillaume ne nous ont pas préparé à un tel travail d’écriture. On connaissait le soliste bouillonnant et inspiré, on découvre un arrangeur habile qui parvient à résoudre les différents problèmes que posent les timbres d’un ensemble de cuivres de diverses familles. Deux trompettes ou bugles (Claude Egéa et Pierre Drevet), deux cors (Eric Karcher et François Bonhomme), deux trombones (Phil Abraham et Denis Leloup, ce dernier jouant également de la trompette basse) et un tuba (Bastien Stil) mêlent leurs différentes sonorités et apportent de véritables tapis sonores aux improvisateurs. Ils peuvent aussi bien jouer des phrases riffs (le funky Helicon on the Lookout) des lignes mélodiques sophistiquées (La Légende de l’Uirapuru), que ponctuer ou relancer l’improvisation jusqu’à y participer (L’amphi en fard). Au centre de ce dispositif, les membres du  quartette de Stéphane, ce dernier jouant des saxophones ténor et soprano, de la clarinette basse et de la flûte. Marc Buronfosse à la contrebasse, Antoine Banville à la batterie et Fréderic Favarel à la guitare assurent la rythmique et avec Stéphane se répartissent les chorus, certaines pièces (Noéline, Valse d’or, Nounoucet) leur étant spécifiquement réservées. Mais le plus souvent, le quartette emprunte aux cuivres un ou plusieurs solistes, intègre leurs voix mélodiques selon ses besoins et devient formation à géométrie variable. Diversifiée sur le plan des couleurs et loin de toute pesanteur, la musique déploie avec finesse son inimitable brillance.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 09:56
Décembre : l’année jazzistique s’achève. Les concerts attirent du monde malgré l’effondrement des ventes de disques. Ce dernier se vend si mal que l’on annonce régulièrement sa disparition. Et pourtant quelle production pléthorique ! Bien des auteurs n’ont rien à dire, mais tous se voient obligés d’enregistrer afin de trouver des engagements. Leurs petites rondelles plastifiées disparaissent très rapidement des bacs encombrés des disquaires, remplacées par d’autres destinées à connaître le même sort. Noyé parmi quantité d’autres, un excellent disque qui ne bénéficie pas d’un matraquage publicitaire a ainsi peu de chance de se vendre. La presse spécialisée en fait l‘éloge, ne tardez pas à l’acquérir. Demain il sera trop tard. Un disque qui ne trouve pas rapidement preneur est vite supprimé. Les « retours » sont légions. Heureusement que certains magasins emploient encore des vendeurs qui travaillent à l’ancienne. Ils connaissent leur marchandise, vous conseillent, vous font découvrir des enregistrements qui vous ont échappé. On vient acheter un Keith Jarrett, on repart une pile de Bill Evans dans les bras. Vladimir à la FNAC Montparnasse ou Dany Michel à la FNAC Ternes sont des gens précieux. On devrait leur distribuer la médaille du mérite. Ils font partie d’une élite en voie de disparition. On préfère embaucher à bas prix des gens incompétents pour faire du chiffre. L’amateur de jazz achète également ses disques sur internet, mais ce n’est pas la même chose que de se rendre chez son disquaire. Bien que tendant à disparaître, il en reste encore quelques-uns, véritables oasis au sein de villes assoiffées de musique. Spécialisés dans l’occasion, Paris Jazz Corner et Crocojazz vendent aussi des vinyles. De plus en plus. Dans son petit magasin de la rue de la Montagne Sainte Geneviève, le très compétent Gilles Coquempot qui lui aussi mérite une médaille, importe régulièrement des copies neuves. Columbia, Blue Note, Impulse ! et d’autres labels rééditent en 30 cm les grands titres de leurs catalogues et proposent en vinyle certaines nouveautés. Alors que les rumeurs concernant la disparition du CD vont bon train, le bon vieux vinyle, véritable objet culte et performant (écoutez la différence !), fait à nouveau parler de lui. Pour résoudre la crise, certains suggèrent même de remplacer le CD par le vinyle, moins facile à pirater. Vinyles ou CD, pour les fêtes offrez des disques et conseillez à vos amis de remettre en état leur platine. On n’est jamais assez prudent !
LES CONCERTS DE DECEMBRE

-Le Duc des Lombards salue le label Laborie et ses jeunes talents. Les festivités ont commencé le 30 novembre et se poursuivent jusqu’au 5 décembre. Ceux qui ne l’ont encore jamais entendu en concert ne manqueront pas le 2 le trio de Yaron Herman. Le quartette prometteur que le contrebassiste Arnault Cuisinier réunit le 4  comprend Guillaume de Chassy au piano, Jean-Charles Richard aux saxophones, et Fabrice Moreau à la batterie. On suivra également avec attention le pianiste Paul Lay qui revient jouer en trio au Duc le 5. Consultez le programme détaillé du club pour cette série de concerts exceptionnels.

-Entourés de Laurent Fickelson au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et de l’infatigable Dré Pallemaerts à la batterie, les frères Belmondo (Lionel joue des saxophones et Stéphane de la trompette et du bugle) occupent quatre soirs d’affilée le Sunside (du 2 au 5 décembre), histoire de retrouver l’ambiance de leur nouveau disque, “Infinity Live“ (Bflat) enregistré en public avec la même équipe. - Les 4 et 5 au Sunset Glenn Ferris fête la sortie de “Ferris Wheel“ (Enja), son nouvel album. Ernie Odoom (voix et percussions) et Bruno Rousselet (contrebasse) accompagnent cette voix majeure du trombone depuis longtemps parisienne.

-Le 5, la Maison de Radio France (Studio Charles Trenet à 17h30), accueille le pianiste René Urtreger pour un concert en trio avec Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie. Avec quelques amis musiciens parmi lesquels Sean Gourley (guitare et chant), René rendra hommage en seconde partie de programme au guitariste Jimmy Gourley qui nous quitta il y a un an, en décembre 2008.  

-Au New Morning le 7, Cristal Records présente trois des nombreux artistes de son catalogue. On se déplacera pour écouter le Laurent Larcher Trio (avec Mario Canonge au piano et Tony Rabeson à la batterie), tous deux présents dans “Rising“, le dernier disque du contrebassiste. Les amateurs d’accordéon ne manqueront pas Arnaud Methivier, dont la dernière aventure musicale s’intitule “Bec de Cha“, Nina Van Horn, une chanteuse, sera également présente avec sa formation. 

- Sébastien Texier aime le risque et le prouve au sein d’un trio sans piano comprenant Claude Tchamitchian à la contrebasse et Sean Carpio à la batterie. Leur album vient de paraître chez Cristal sous le titre de “Don’t Forget You Are An Animal“. Henri Texier, le père de Sébastien, complète le trio à la contrebasse dans certaines plages et sera le quatrième homme du groupe attendu au Sunset, les 7 et 8 décembre. - Toujours le 8, à l’Auditorium St Germain (4, rue Félibien 75006 Paris), le pianiste Antoine Hervé en solo consacre sa leçon de piano mensuelle à Keith Jarrett.


-Ce n’est pas vraiment du jazz, mais après un concert prévu le 5 à Combs-la-Ville (La Coupole), Anouar Brahem jouera le 9, Salle Pleyel, la musique de “The Astounding Eyes of Rita“, son dernier disque ECM. De tradition orientale, elle transcende les genres et exprime sa propre magie. La clarinette basse de Klaus Gesing complète idéalement l’oud du grand spécialiste tunisien de l’instrument.   

-Avec Airelle Besson à la trompette, Alexandra Grimal aux saxophones et Fabrice Moreau à la batterie, le pianiste Edouard Ferlet est attendu les 11 et 12 au Sunside. On écoute “Filigrane“ son nouvel album avec l’impression de rêver la belle musique qu’il contient. Subtile et raffinée, elle ne ressemble à aucune autre. - L’immense Shivkumar Sharma au santur (instrument à cordes métalliques de la famille du dulcimer) et Zakir Hussain, l’un des plus grands joueurs de tabla de la planète, seront à la Salle Pleyel le 12. Impossible de manquer leur concert événement.

-Une séance de cinéma un peu spéciale au Balzac (1, rue Balzac 75008 Paris) le dimanche 13 à 11h00 : Bruno Regnier et son Ciné X’tet mettent en musique “The Mark of Zorro“ (“Le signe de Zorro“), un film muet de Fred Niblo tourné en 1920 avec Douglas Fairbanks. L’enregistrement de la musique spécialement composé pour l’image sort en CD le 7 décembre. 

-Pierre Christophe joue souvent au Duc des Lombards et c’est tant mieux. Olivier Zanot au saxophone alto, Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie complètent idéalement son beau piano. On pourra juger sur place le 14. Pierre joue aussi dans “Perk’s Snare“ un album très réussi de Mourad édité cette année.

-Le 15, l’extraterrestre Marjolaine Reymond retrouve le Duc des Lombards. La chanteuse prépare un nouvel enregistrement et peaufine de nouvelles compositions. Avec elle, David Patrois au vibraphone, Xuan Lindenmeyer à la contrebasse et Yann Joussein à la batterie. Choc et frissons garantis ! - A deux pas de là, au Sunside, le pianiste Dan Tepfer joue sa musique en trio. Ceux qui l’ont entendu quinze jours plus tôt en duo avec Lee Konitz (c’était au Duc, le 29 novembre), ne doutent plus de son talent.

-Le 16, l’AJMI installe ses artistes au Studio de l’Ermitage (8, rue de l’Ermitage 75020 Paris). Le Perrine Mansuy Trio ouvrira la soirée à 20h30, suivi par le Christophe Leloil Sextet, formation qui nous a offert cette année un bien bel album. Vous pouvez lire la chronique d’“E.C.H.O.E.S.“ dans ce blog à la date du 23 février. Son personnel est le même que celui attendu sur scène : Christophe Leloil (trompette et bugle), Raphaël Imbert (saxophones alto, ténor et clarinette basse), Thomas Savy (saxophone baryton et clarinette basse), Carine Bonnefoy (piano), Simon Tailleu (contrebasse) et Cédrick Bec (batterie). Ce dernier joue également au sein du trio de Perrine, Eric Surménian le complétant à la contrebasse.

- On retrouve Antoine Hervé le même soir à la Maison de la Musique de Nanterre (8, rue des Anciennes Mairies) dans un programme consacré à la musique de Weather Report. Véronique Wilmart (claviers et samplers), Stéphane Guillaume (saxophones), François Moutin (contrebasse), Louis Moutin (batterie) et Stéphane Edouard (percussions) l’aideront à faire revivre ce groupe légendaire.

-Le 17, le pianiste Jean-Marie Machado et les 9 musiciens de son Danzas (citons seulement Jean-Charles Richard aux saxophones et Gueorgui Kornazof au trombone) occupent l’Auditorium St. Germain. Concert à 19h30.  

-Le 18 au Café des 3 Arts (21, rue des Rigoles 75020 Paris), le saxophoniste Sylvain Beuf présente « Septissimo », une nouvelle création pour son orchestre de huit musiciens. Sylvain Gontard (trompette), Olivier Zanot (saxophone alto), Philippe Georges (trombone), Michel Perez (guitare), Laurent Moutel (piano), Yoni Zelnik (contrebasse), David Grebit (batterie) et un invité surprise font partie d’une aventure musicale qui se poursuivra dans ce lieu une fois par mois.

-On se déplace à la Cité de la Musique le 18 pour un concert exceptionnel donné dans le cadre de l’exposition We Want Miles. En première partie, le trompettiste Paolo Fresu et quelques complices parmi lesquels Nguyën Lê à la guitare et Antonello Sallis au piano, revisitent le “Porgy & Bess“ de Gershwin dans sa version arrangée par Miles Davis et Gil Evans. A la tête de son Enormous Band, Laurent Cugny rend ensuite hommage à la période électrique de Miles. - Pierre de Bethmann “Ilium“ Septet au Sunside les 18 et 19. Intitulé “Cubique“, le nouvel album du pianiste vient de paraître chez Plus Loin Music. On en écoutera probablement de larges extraits. David El Malek (saxophone ténor), Michael Felberbaum (guitare), Vincent Artaud (contrebasse) et Franck Agulhon (batterie) travaillent depuis longtemps avec Pierre et la voix de Jeanne Added ajoute indiscutablement un plus à la musique du groupe.


 -Le 19, à la Cité de la Musique, le saxophoniste Dave Liebman reprend “On the Corner“ de Miles Davis, album de 1972 dans lequel il joue du soprano. Le percussionniste Badal Roy retrouve sa place au tabla et Dave invite le guitariste John Abercrombie à rejoindre son sextette.

- Le 20, Alexis Tcholakian se produit en trio avec Tommaso Montagnani à la contrebasse et Thierry Tardieu à la batterie à La Bellevilloise (19, 21 rue Boyer 75020 Paris) le 20. Un pianiste sensible et attachant à découvrir d’urgence. - Le même soir, le pianiste Jay Gottlieb donne à 18h00 un récital en solo à l’Archipel (17, bd de Strasbourg, 75010 Paris) qu’il présente comme une introduction musicale au long-métrage de Federico Fellini “Prova d’orchestra “ (1978). Le film sera projeté à la suite du concert.

-Toujours le 20, Le Raphaëlle Naudin Quartet s'installe au Sunside. La jeune chanteuse trempe son jazz dans le blues et la soul, reprend Fever et surprend par son éclectisme. Une jolie voix à découvrir.

-La Salle Pleyel accueille le bassiste Marcus Miller le 21. Au programme : “Tutu“ de Miles Davis, avec le trompettiste Christian Scott dans le rôle de Miles. - Bobby Few se produit le même soir en trio au Duc des Lombards avec Harry Swift à la contrebasse et Ichiro Onoe à la batterie. - Le 21, mais aussi le 22, Géraldine Laurent occupe le Sunside avec son “New“ Quartet, formation rassemblant Pierre de Bethmann au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie.

-Après la pause de Noël, on retourne au Sunside les 26 et 27 décembre pour écouter le trompettiste Tom Harrell. La musique est le seul langage de ce musicien profondément lyrique qui communique ses émotions à travers son instrument. Son quintette rassemble Wayne Escoffery au saxophone ténor, Dany Grissett au piano, Ugonna Okegwo à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie.

-Un autre quintette à l’affiche du Sunside, les 28 et 29, celui d’Eric Le Lann. Le trompettiste réunit autour de lui Olivier Temime au ténor, l’inusable Pierre de Bethmann au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Jean-Pierre Arnaud à la batterie. Bop, jazz modal, Eric souffle haut et fort un jazz rafraîchissant.

-Un réveillon de jour de l’an avec Elisabeth Kontomanou dans un programme consacré à la grande Billie Holiday, c’est au Sunside le 31, jour de la Saint Sylvestre. Laurent Courthaliac sera au piano et vous viendrez nombreux écouter la chanteuse. Le club de la rue des Lombards l’accueille également la veille, le 30 décembre. Une double occasion à ne pas manquer.

   

Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com    Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com

New Morning : http://www.newmorning.com    Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr

Salle Pleyel : http://www.sallepleyel.fr/    Studio de l’Ermitage : http://www.studio-ermitage.com

Maison de la Musique de Nanterre : http://www.nanterre.fr   Café des 3 Arts : http://lestroisarts.free.fr

Cité de la musique : http://www.citedelamusique.fr    La Bellevilloise : http://www.labellevilloise.com

L’Archipel : http://www.larchipel.net

CREDITS PHOTOS: Peggy Lee © Capitol Records - Arnault Cuisinier Quartet © Photo X/La Borie - Stéphane Belmondo, Paolo Fresu, Dave Liebman © Pierre de Chocqueuse - Sébastien Texier © Jean-Jacques Pussiau - Anouar Brahem Quartet © Luca d'Agostino/ECM - Christophe Leloil © Solène Person - Jean-Marie Machado © Georges Carillo - Tom Harrell © Christian Rose.


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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 16:17

On ne présente plus Lee Konitz. Agé de 82 ans, l’altiste fut de bien des aventures. Représentant de l’esthétique cool, il s’est mêlé aux courants d’avant-garde sans jamais sacrifier la suavité de ses lignes mélodiques. Plus transparente que jamais, sa sonorité s’entend aujourd’hui comme vibration. Fragile, elle ne semble pas avoir plus de consistance que l’air qui la rend perceptible, mais dans ce souffle que réduit le poids des ans passe une émotion intense. Né à Paris de parents américains, Dan (Daniel) Tepfer se fit remarquer en 2002 en terminant semi finaliste du Concours International de Piano Jazz Martial Solal. Il compléta ses études jazzistiques au New England Conservatory de Boston sous la direction du pianiste Danilo Pérez. Installé à New York en 2005, il remportait un an plus tard le Montreux Jazz Festival Solo Piano Competition, récompense suivie par d’autres prix aussi prestigieux. Daniel Tepfer reste pourtant scandaleusement méconnu. Souffrant d’une diffusion confidentielle, ses albums en trio et en solo restent introuvables chez les disquaires. “Duos with Lee“ paraît heureusement sur le label Sunnyside qui, en France, bénéficie via Naïve d’une vraie distribution. Konitz et Tepfer se sont rencontrés grâce à Martial Solal. Les deux musiciens s’entendent si bien (au propre comme au figuré) qu’ils nous offrent aujourd’hui ce disque, témoignage ludique de leur complicité. Il réunit dix courtes pièces, entièrement improvisées en studio. Baptisées Elande et numérotées de 1 à 10, elles présentent toutes des tonalités différentes. S’y ajoutent un vieux standard des années 20, une composition de Dan placé au centre de l’album et un morceau en piano solo. Lee est quasiment le seul soliste de ces dix improvisations. Dans la première, Dan joue un ostinato, fournit un rythme sur lequel le saxophoniste invente et développe une ligne mélodique vagabonde et poétique. La prise de son fait entendre les petits clics que font les clés de son instrument. On réalise que tout en lui laissant la plus grande liberté, Dan Tepfer guide les pas de son aîné et compense sa justesse approximative, sa sonorité fragile par un jeu de piano particulièrement réactif. Attentif, il embellit la ligne mélodique, sert au mieux le tendre saxophone de Lee. Le blues s’invite dans Elande n°2 et après un début hésitant, le chant aérien du saxophone répond aux notes graves du clavier. Plus lent, Elande n°3 possède un aspect mystérieux et envoûtant. Dan économise ses notes pour l’improvisation suivante, offrir un majestueux contrepoint à l’alto inspiré. Concis, presque des haïkus, les deux morceaux qui suivent sont plus abstraits. Deux discours semblent cohabiter dans le cinquième, comme si les deux hommes jouaient deux partitions différentes dans la même tonalité. Les vagues de notes du piano répondent à celles du saxophone dans le sixième, abordé sur un tempo plus vif. Merka Tikva interrompt cette série. Konitz prend le temps de développer ce morceau, le plus long du disque, par des phrases suaves et mélodiques. Tepfer enrichit délicatement son discours et prend (enfin) un chorus aux notes rêveuses et mélancoliques. Le cycle des improvisations reprend. L’impressionnant bagage « classique » du pianiste se perçoit surtout dans Elande n°8. Konitz s’y montre particulièrement lyrique. Plus longue, la dixième pièce sort des limbes de l’imaginaire pour se structurer autour de la mélodie de The Last Time I Saw Paris. Dan nous offre sans doute la quintessence de son art pianistique dans No Lee, un morceau en solo, une improvisation dans laquelle, porté par le léger balancements des notes, le piano grave et profond délivre un riche vocabulaire harmonique. Trees, un vieux thème, conclut l‘album sur un chant optimiste. D’une grande fraîcheur, il se prête aux accords élégants du piano, au velouté sensuel d’un saxophone émouvant.

Lee Konitz et Dan Tepfer se produiront en duo au Duc des Lombards le dimanche 29 novembre. Concerts à 19h00 et 21h00.

Photos © Jean-Jacques Pussiau, ici spécialement remercié. 

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 10:32

Saxophoniste puissant à la personnalité affirmée, auteur de compositions habiles qui se prêtent au jeu de l’improvisation, Jean Toussaint possède un formidable métier acquis au cours d’une carrière aussi riche que passionnante. Il étudia la musique au Berklee College of Music de Boston, mais c’est au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey qu’on le remarque en 1982. Mulgrew Miller, Donald Harrison et Terence Blanchard font alors partie du groupe. Une sacrée équipe, car Blakey sait s’entourer des meilleurs. Jean reste quatre ans auprès du batteur. Lorsqu’il le quitte en 1985, c’est un musicien accompli qui sait raconter une histoire avec ses saxophones. En outre, il possède une vraie sonorité, utilise tout le registre de son ténor et sait faire chanter ses notes au soprano. Jean Toussaint a enregistré huit albums sous son nom. C’est peu si l’on prend en considération le talent du musicien. Comme Donald Brown qui fut aussi un des pianistes de Blakey, Toussaint a trouvé le bon samaritain en la personne de Xavier Felgeyrolles, un physicien passionné de jazz, assez fou pour organiser chaque année avec succès depuis 1988 un festival de jazz à Clermont-Ferrand et posséder un label de jazz, Space Time Records, pour défendre les jazzmen qu’il apprécie. C’est grâce à ce noctambule impénitent que j’ai découvert Toussaint dans “Blue Back“un enregistrement studio de 2001. Commercialisé un an plus tard il passa inaperçu. Felgeyrolles récidive aujourd’hui avec un enregistrement live qui restitue fidèlement ce dont est capable son protégé lorsqu’il est en forme. Dès la première plage jouée au soprano, The Bean Counter, le saxophoniste prend les choses en mains. Un thème très simple, quelques notes agencées sous forme de ritournelle sert de support à des échanges avec Andrew McCormack, son pianiste. Vivant en Angleterre lorsqu’il ne tourne pas avec son groupe, il joue ici avec des musiciens anglais, dispose d’une rythmique solide – Larry Bartley à la contrebasse et Troy Miller à la batterie – et parfaitement en phase. Avec eux, Jean n’a pas peur de se lancer dans de longs chorus savamment construits. Il faut l’entendre au ténor dans Random Discourse, brillante improvisation collective dans laquelle le pianiste fait tourner un ostinato et entretient une tension permanente. Dans le funky Heian Yondan – le morceau s’étale sur presque quinze minutes, mais on ne s’y ennuie pas une seconde - , Jean répète et rythme de courtes phrases, improvise tout en gardant toujours en mémoire les structures mélodiques du thème qu’il explore jusqu’au-boutisme, l’expression toujours lisible restant d’un grand lyrisme. A la guitare, Jérôme Barde ponctue et relance avec de petits riffs. Il joue également sur Chubby Rain construit sur une grille de blues. Son instrument y trouve naturellement sa place. Les quelques ballades de l’album sont également épatantes. Si Jean Toussaint évoque parfois Sonny Rollins lorsqu’il joue du ténor, c’est à Wayne Shorter que l’on pense à l’écoute de Hymn, chant mélancolique aux harmonies singulières abordé au soprano, et à John Coltrane lorsque sur le même instrument Jean déverse avec logique un torrent de notes brûlantes dans Mirage, composition dans laquelle Andrew McCormack prend un solo éblouissant. Benet McLean le remplace au piano dans une version particulièrement sobre et émouvante de Round Midnight, dernière plage de ce disque événement. Si ce dernier le joue “à la Monk“, Jean Toussaint en restitue la langueur, nous en transmet magnifiquement le vague à l’âme.
Photo CD © Michel Vasset - Photo Club © Pierre de Chocqueuse 

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 14:28
Un soir au club“ est d’abord un roman de Christian Gailly publié aux Editions de Minuit en 2002, un livre rythmé par le jazz présent dans toutes ses pages. Nardis, le nom du personnage central du récit est un thème que Miles Davis composa pour Cannonball Adderley en 1958. Bill Evans le jouait souvent. Lauréat du Prix du Livre Inter, le roman trouva vite un public séduit par la rencontre inattendue de Simon et Debbie, une histoire d’amour qui bouleverse leur vie.

Fort de 170.000 exemplaires vendus, le livre devient aujourd’hui un film, un premier long-métrage pour Jean Achache qui fut l’assistant de Georges Lautner, Robert Enrico (“Le vieux fusil“), Bertrand Tavernier (sur “Un Dimanche à la campagne“ et “Un coup de torchon“) et qui a signé de très nombreux documentaires. Le réalisateur s’est enthousiasmé pour le livre et ses personnages : « Ils se sont installés dans ma vie, dans mon quotidien. Ils ont pris leur place au milieu de mes obsessions, de mes désirs, de mes amis. Ils n’étaient plus les personnages d’un roman beau et captivant, ils étaient trois personnes qui vivaient près de moi et dont j’avais entrepris de raconter l’histoire. » 

Lors d’un déplacement en province, Simon Nardis, célèbre pianiste qui s’est écarté de la scène du jazz pour raison d’alcoolisme, franchit les portes d’un club. Une envie irrésistible de se mettre au piano, des verres de vodka, la voix de Debbie la propriétaire du lieu qui l’accompagne, Simon se laisse emporter. Sa passion pour le jazz, l’alcool, l’ivresse amoureuse, ce qui constituait son ancienne vie le rattrape.

Enregistré live et confié à Michel Benita, le jazz y tient une place très importante. Recrutés lors d’une audition à Brest, Gaetan Nicot (piano), Xavier Lugué (contrebasse) et Marc Delouya (batterie), le trio du club, improvisent sur des compositions de Michel. Ce dernier a également écrit plusieurs chansons pour Elise Caron qui tient le rôle de Debbie. Chanté par Elise, Whispering, le très beau générique fin de l’album devient The Sound of Memory. Thierry Hancisse est Simon Nardis. Ce n’est pas lui que l’on entend au piano mais Antoine Hervé. L’acteur pose ses doigts sur les notes retranscrites par Antoine et donne vraiment l’impression que c’est lui qui les joue. Amoureux du livre, Jean Achache en livre une adaptation fidèle. Son film conserve l’aspect envoûtant de ses pages et les deux actrices (Elise Caron et Marilyne Canto) sont parfaites. Le choix de Thierry Hancisse est plus contestable. L’acteur joue un musicien moins sympathique que celui du roman. Le film est surtout porté par les deux femmes. Elles lui donnent sa crédibilité et le rendent attachant. Séduit par le charme qu’il distille et persiste longtemps après sa vision, j’ai contacté Elise Caron qui répond ici à mes questions.

Elise, avais-tu lu “Un soir au club“ avant que Jean Achache te propose le rôle de Debbie ?

-Je n’avais pas lu le livre. C’est Michel Benita qui a pensé à moi pour le rôle. Il m’a mis en contact avec Jean. J’avais rencontré Michel à la Réunion en 1988. Il donnait une série de concerts avec Andy Emler, François Jeanneau et Joël Allouche et j’étais en vacances. Andy animait un stage de jazz et j’y ai participé. Nous sommes restés ensemble trois semaines et nous nous sommes très bien entendus.

Qu’est-ce qui t’a séduit dans le personnage de Debbie ?

-Ce quelque chose de légèrement sulfureux qu’elle possède sans en avoir l’air. Ce n’est pas une femme froide et calculatrice. Elle profite des situations, mais tombe quand même amoureuse ; elle provoque, mais elle est prise à son propre piège. Dans une scène supprimée, elle explique qu’avant de rencontrer Simon, elle pouvait avoir des aventures avec des musiciens de passage. Mais avec Simon, il ne se passe pas la même chose. Elle est admirative. Je n’ai donc pas eu besoin d’insister sur le côté provoquant du personnage. Un grand trouble réciproque saisit au même moment ces deux êtres qui vivent une rencontre exceptionnelle.

Comment s’est effectué le tournage ? Quels souvenirs en gardes-tu ?

-Le tournage a duré un peu plus d’un mois, une petite semaine à Paris et le reste à Brest. Le temps était très mauvais. Il faisait froid. La ville dégage une atmosphère particulière que le film traduit bien. Il n’y a pas grand monde dans les rues. Elles sont très larges et le vent s’y engouffre. Le film a été tourné dans un club mythique, l’Espace Vauban. Nous y sommes restés une semaine entière. La toute dernière scène du film, celle dans laquelle Debbie se rend au club et découvre Simon au piano, est la dernière qui a été tournée au Vauban. Ça a été un moment fort, très chargé sur un plan émotionnel, une scène qui a eu des répercussions sur la suite du tournage, qui ancre l’esprit du film. Nous avons eu une journée pour répéter la musique et tout a été filmé en direct. Les prises devaient être bonnes à la fois pour l’image et le son. La musique commandait. Je n’ai pas trop l’habitude de chanter des standards de jazz. Il fallait les chanter avec un maximum de naturel tout en surveillant constamment ses expressions et ses gestes à cause de la caméra.

Tu as même composé un petit morceau de musique, un Haïku…

-Il y avait un piano dans l’appartement qu’occupe Debbie et je voulais faire un truc un peu mystérieux, jouer une courte pièce. J’ai proposé un de mes morceaux. Ayant l’intention d’en écrire d’autres, je l’ai intitulé Haïku 1. J’ai dans l’idée d’en faire plus tard une chanson. D’un autre côté, composer reste pour moi difficile. Je suis très lente. Je n’ai jamais suivi de cours d’harmonie, de composition. Je fais tout à l’oreille. Je pianote et, parfois après des heures, il en sort quelque chose, une mélodie sur laquelle il va me falloir trouver des paroles.

As-tu eu du mal à rentrer dans la peau de ton personnage ?

-A force de tourner des scènes les unes après les autres, on arrive à imaginer et à devenir le personnage. Cela se passe petit à petit. Une des scènes culminantes du film est celle qui se déroule sur la plage, une scène d’amour très pudique qui a été plutôt drôle à tourner. Certaines scènes intermédiaires ont été plus difficiles à jouer. Je ne savais pas ce que je devais ressentir à ces moments-là, je n’avais pas d’avis. Après les avoir tournées, je me suis rendue compte que je ne les avais pas maîtrisées, qu’elles m’avaient échappées. Peut-être par inexpérience, car cela faisait longtemps que je n’avais pas joué un rôle aussi important au cinéma. Je me sens plus à l’aise avec le théâtre. On profite jour après jour de son travail, de ce que l’on a fait la veille et les jours précédents. Une expérience théâtrale est pour moi apaisante. On se sent beaucoup plus légère. On dispose de davantage de temps pour répéter. Le cinéma est un autre travail. Il demande un regard encore plus aiguisé sur soi-même. Un film est définitif. L’image fige le moindre faux-pas. Sa dimension macroscopique oblige à rentrer davantage dans les détails, à toujours garder un œil sur soi.

“Un soir au club“ de Jean Achache. Scénario : Guy Zilberstein et Jean Achache. Avec Thierry Hancisse, Elise Caron et Marilyne Canto. Durée : 88 minutes. Musique : Michel Benita. Durée : 88 minutes. Sortie le 18 novembre. La B.O. du film est également disponible (Le chant du Monde/harmonia Mundi).
Photos X/DR
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