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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 09:48

JEUDI 24 septembre

Présentation au Duc des Lombards de leur saison 2009/2010. Responsable de la programmation du club, Jean-Michel Proust nous annonce des concerts alléchants. Lonnie Smith en trio, Diane Schuur, le trio de Stéphane Kerecki avec Tony Malaby, Antoine Hervé avec François et Louis Moutin, Lee Konitz et Curtis Stigers sont attendus en novembre. James Moody, Butch Warren, Mark Murphy, Curtis Fuller, le Charlie Haden Quartet West, Yaron Herman, Enrico Pieranunzi, Jean Michel Pilc avec Billy Hart doivent se produire au Duc les prochains mois. Le concert qui suivit le cocktail de presse m’incita à rester. Le Jean Toussaint – Sangoma Everett Quartet réunit quatre personnalités indéniables qui s’investissent profondément dans leur musique, du bop moderne, hard ou lyrique selon l’humeur des musiciens et le répertoire abordé. Méconnu, Jean Toussaint est un des géants du saxophone, l’un des rares ténors à posséder un son et qui raconte une histoire sur son instrument. L’homme a fait ses classes au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey. Il joue excellemment de suaves lignes mélodiques, connaît parfaitement l’histoire de cette musique et la trempe dans le blues de manière tout à fait naturelle. S’il sort des notes chaudes et colorées, souffle des attaques profondes et utilise tout le registre de son instrument, Jean Toussaint n’est pas seul à assurer le leadership de ce quartette. Au piano, Kirk Lightsey place de judicieux accords avec une grâce toute féline. Loin de se laisser déborder, il assure un piano funky, joue des rythmes que n’aurait pas désavoué Horace Silver. Le drumming très physique de Sangoma Everett et la solide contrebasse de Riccardo Del Fra assurent un tempo sans faille. Portés par nos quatre mousquetaires, le splendide Vera Cruz de Milton Nascimento et deux compositions de Wayne Shorter aux harmonies flottantes, Mahjong et Pinocchio firent l’objet de versions mémorables. Jean Toussaint sort un magnifique recueil de concerts (“Paris & London Live Sessions“) le 5 novembre sur Space Time Records. Prêtez-y deux oreilles attentives.

 VENDREDI 2 octobre

Daniel Humair fête ses cinquante ans de carrière au Théâtre du Châtelet. L’événement attendu combla nos espérances, et malgré l’absence de musiciens dont l’emploi du temps rendait impossible leur présence, le concert souvent enthousiasmant enchanta un public exigeant. Divisé en deux parties, il commença confus, la contrebasse puissante de Jean-Paul Celea couvrant le piano de François Couturier. Les responsables de la sonorisation firent vite le nécessaire et la musique de Benjamin Britten devint audible, tout comme celle, fort belle, de l’Adagietto de la 5ème symphonie de Gustav Mahler, pièce superbement jazzifiée par les trois hommes, les thèmes partiellement empruntés au répertoire classique, servant une musique raffinée. Après Canticle, une composition de John Surman introduite habilement par la contrebasse, le trio devint quartette avec Louis Sclavis, pour jouer une musique plus abstraite, le clarinettiste lui apportant un flux de notes sauvages et agressives. La tempête se dissipa pour accueillir l’Allegretto de la 7ème symphonie de Beethoven et une jolie ballade dans laquelle François Couturier glissa un chorus de piano aux notes tendres et romantiques. Daniel accueillit son Baby Boom après l’entracte, plantant ses tambours de guerre dans une musique aventureuse, véritable laboratoire musical plein de fantaisie. Avec Christophe Monniot et Matthieu Donarier aux saxophones, Manu Codjia à la guitare et Sébastien Boisseau à la contrebasse, Daniel s’amuse à se surprendre. Le batteur aime jouer avec eux des compositions ouvertes, tissu de propositions en gestation constante et ne se répétant jamais. Improvisations free, volcaniques ou d’un grand lyrisme, les timbres deviennent couleurs et les bruits se font notes pour chanter Mood Indigo de Duke Ellington, l’un des grands moments de la soirée. Après une version décoiffante d’Akagera, jungle sonore nous ramenant à la grande époque du trio Humair, Jeanneau, Texier, le batteur rappela Jean-Paul Celea pour quelques morceaux en trio avec John Scofield. Ce dernier possède un son et un phrasé bien à lui. Sa guitare parle le langage du blues et du gospel. Lonely Woman et un traditionnel dont le titre m’échappe témoignèrent de l’opportunité de cette rencontre qui s’acheva comme le veut la tradition par une jam session finale. Sur scène, trois saxophones, deux guitares, deux contrebasses et un piano chantèrent le blues, firent danser des tourbillons de notes multicolores. J’allais oublier Daniel jubilant et heureux derrière ses caisses. Un sacré jubilé !

VENDREDI 9 octobre

Elise Caron et Lucas Gillet au Triton. Bien que d’accès facile en métro, Les Lilas n’est pas tout près du Paris d’où je viens, mais pour Elise, on traverserait la Manche à la nage. J’avais très envie d’entendre live “A Thin Sea of Flesh“, magnifique recueil de poèmes de Dylan Thomas mis en musique par Lucas Gillet. Publié au printemps dernier, l’album distille un charme irrésistible. Sur la scène du Triton, les couleurs superbes de l’album furent parfaitement restituées par Elise, Lucas (au piano et aux synthétiseurs) et cinq autres musiciens (David Aubaile, claviers et flûte ; Fernando Rodriguez, guitare ; Jean Gillet, basse électrique ; Pascal Riou, batterie ; Thomas Ostrowiecki, batterie), Phil Reptile à la guitare rejoignant le groupe à la fin du concert. Cette “mise en mélodie“ commence par un long prélude instrumental installant une ambiance, la musique bénéficiant d’arrangements étudiés. In the Beginning : percussions et batterie installent un rythme qui prend chair avec la voix qui chante et déclame une poésie très musicale. Les morceaux exigent une grande précision tant instrumentale que vocale et font beaucoup penser à la pop anglaise des années 70. On entend Henry Cow, John Greaves, Caravan, National Health, mais aussi Genesis (The Tombstone Told When She Died) dans les orchestrations colorées de Lucas Gillet, étranges comptines aux textes obscures et hermétiques. Elise envoûte par une voix chaude et sensuelle. Sa tessiture lui permet de chanter sur plusieurs octaves, d’exprimer une large palette d’émotions. Elle peut aussi chanter du jazz et ceux qui la découvriront dans "Un soir au Club", un film de Jean Achache dont elle est l'actrice principale (sortie le 18 novembre) risquent d’être surpris par le phrasé qu’elle adopte et maîtrise. Sa voix répond à la flûte de David Aubaile dans The Force that Through the Green Fuse, et au piano de Lucas Gillet dans le très beau The Hunchback in the Park, un souvenir d’enfance de Dylan Thomas. Deux pièces sont particulièrement réussies : Paper and Sticks, seul texte réaliste de Thomas qui, de ce fait, voulait l’exclure de ses œuvres complètes, et And Death Shall Have No Dominion (le morceau préféré d’Elise). Introduit par un hang, sphère de métal sonnant comme un steeldrum, les instruments entrent progressivement habiller un thème magnifique. Les accords rêveurs d’une guitare enveloppent délicatement une voix très pure qui fait battre le cœur.
Photos © Pierre de Chocqueuse
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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 09:04

Portée par les rythmes de deux complices qui ont grande habitude de les marquer ensemble, de les rendre souples et musicaux, la musique de cet album, le premier qu’enregistre sous son nom le contrebassiste Diego Imbert, concilie parfaitement écriture et improvisation au sein de compositions dans lesquelles ressort pleinement le jeu ouvert des musiciens. Ecrits avec soin, habilement agencés sur le plan de la forme, les morceaux réservent de grands espaces de liberté aux membres du quartette. Diego improvise, s’autorise deux courtes pièces en solo, mais préfère soutenir, entretenir un dialogue actif avec les autres  instruments, donner et tenir le rythme tout en jouant de belles lignes mélodiques (Les fils). Les cadences de sa contrebasse n’ont pourtant rien de forcé. Autour de l’instrument, véritable pivot d’un quartette qui ne souffre nullement de l’absence d’un piano, rythmes, mélodies et improvisations s’articulent souplement. Diego Imbert peut compter sur Franck Agulhon, batteur puissant qui distribue les temps sur les toms et les cymbales et commente avec beaucoup d’à propos le discours des solistes. David El-Malek au saxophone ténor et Alexandre Tassel au bugle s’entendent on ne peut mieux. Les deux hommes chantent les thèmes à l’unisson, dialoguent, improvisent des histoires brèves, courts motifs musicaux qui leur servent d’échanges (Léo). Les instruments s’unissent, se séparent pour mieux écouter et répondre, fournir de subtils contre-chants (Le garde Fou, Les dents qui poussent). La forme chorale de certaines pièces (Mr. OC) évoque certains arrangements de Gerry Mulligan, mais la diversité des combinaisons rythmiques et l’intelligence harmonique dont fait preuve les souffleurs ancrent la musique dans une perspective contemporaine. L’introduction  flottante et onirique de La tournerie des drogueurs évoque Red, composition de Tony Williams qui figure sur son premier album Blue Note. De nombreux changements de tempo en modifient constamment la respiration. Carthagène qui lui succède est une des plus belles plages du disque. Les vents soufflent les couleurs d’un thème lyrique se développant crescendo. Le bugle lui apporte la douceur de son timbre et le saxophone adopte toujours un langage mesuré, loin des notes brûlantes, des phrases paroxystiques auxquelles il nous a habitué. Agencé comme une suite, “A l’ombre du saule pleureur“ apporte la preuve que tout est possible lorsqu’une vraie complicité existe au sein d’un groupe et qu’une section rythmique fonctionne et inspire les solistes.

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 10:18

Deuxième album enregistré en duo par Gary Peacock et Marc Copland après le très beau “What It Says“ pour Sketch Records en 2002, “Insight“ porte bizarrement le même nom qu’un disque solo de John Taylor également produit par Philippe Ghielmetti pour le défunt label Sketch. Perfectionniste, à la recherche d’autres variations possibles, Marc Copland réenregistre souvent les mêmes thèmes, leur donne à chaque fois un son, une couleur harmonique particulière. Avec Gary Peacock et Paul Motian, il nous a déjà offert une version en trio de All Blues dans “Voices“, second volet de ses “New York Trio Recordings“. Marc joue aussi ce thème en solo dans “Time Within Time“ (hatOLOGY). Autre pièce de Miles Davis proposée ici, Blue in Green fut également gravé par Copland lors de la séance new-yorkaise de juin 2006 qui donna lieu à son premier disque en duo avec Peacock. Ne cherchez pas le morceau sur “What It Says“. Il n’existe que sur un CD promotionnel qui était offert avec le n°546 de Jazz Magazine. La version en est plus courte et Gary joue une contrebasse plus musclée, attaque ses notes de manière plus agressive. Contrairement à All Blues qui ouvre le disque, Blue in Green convient bien au piano sensible et raffiné de Copland qui aime à en colorer délicatement l’harmonie. Marc  l’a d’ailleurs repris deux autres fois ces dernières années, en duo avec David Liebman (“Bookends“) et en quartette avec John Abercrombie, Drew Gress et Jochen Ruckert (“Marc Copland And“), deux disques publiés sur le label hatOLOGY. River’s Run de Copland a fait l’objet de deux autres versions en duo et en trio. The Pond, un original de Peacock, est construit sur un ostinato, de même que The Wanderer, une pièce courte et onirique qui semble avoir été improvisée en studio. La main droite du pianiste égraine des harmonies étranges, de courtes phrases jouées legato. La contrebasse apparaît brièvement avant la coda. Mieux agencé, Matterhorn fait davantage  rêver. Si Rush Hour génère de nombreux échanges, Goes Out Comes In, voit les deux instruments monologuer avant de se rejoindre et magnifiquement dialoguer. Benediction joliment introduit à la contrebasse, et le délicieux Cavatina de Stanley Myers, contiennent des harmonies qui semblent tomber du ciel. Les accords étonnent et respirent, Marc donne les plus subtiles nuances à ses notes grâce à la finesse de son toucher et à son jeu de pédales qui en modifie subtilement les sonorités. Deux standards achèvent de convaincre : In Your Own Sweet Way de Dave Brubeck et Sweet and Lovely. Loin de constituer des redites, les versions proposées débordent d’invention. On les applaudit des deux mains.

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 16:02
OCTOBRE, la saison jazzistique démarre vraiment avec l'exposition "We Want Miles" à la Villette (Musée de la Musique du 16 octobre au 17 janvier 2010) et la tenue du CareFusion Jazz Festival de Paris. “We Want Miles“, double album enregistré en 1981, année du grand retour de Miles Davis à la musique, donne son nom à une rétrospective d'envergure organisée avec le soutien des ayants droit du trompettiste disparu en 1991. Films rares et inédits, pochettes de disques, photographies, partitions originales, instruments, costumes de scène jalonnent un parcours chronologique découpé en huit séquences thématiques qui n’oublient pas la musique. De petites chambres d’écoute de forme ovoïde permettent d’écouter les œuvres du trompettiste pendant la visite. Des concerts, mais aussi des conférences et des rencontres avec des musiciens sont aussi proposés à la Cité de la Musique et à la Salle Pleyel (concerts de Wayne Shorter en octobre, de Marcus Miller en décembre). Le mardi 27 octobre à 18h30, Laurent Cugny racontera “Kind of Blue“. Le 31 à 17h, René Urtreger relatera l’enregistrement de la musique de l’“Ascenseur pour l’échafaud“ auquel il participa. Le film de Louis Malle sera projeté le même jour ainsi que “Miles“ très beau documentaire de 52 minutes que réalisa le regretté Philippe Koechlin. D’autres manifestations sont prévues en novembre et décembre. Pour une programmation détaillée, consultez le site de la Cité de la Musique et dès le 7 octobre, procurez-vous le superbe catalogue de l’exposition, illustré de très nombreuses photos, coédité par les éditions Textuel et la Cité de la Musique (39€). Préface et postface de Vincent Bessières commissaire de l'exposition, Textes de Franck Bergerot. Contributions de George Avakian, Laurent Cugny, Ira Gitler, David Liebman, Francis Marmande, John Szwed et Mike Zwerin.

Contrainte de retirer sa participation financière aux festivals de jazz après 24 ans de mécénat culturel, la société japonaise JVC cède la place à CareFusion Corporation, filiale de Cardinal Health, société à la pointe de la technologie médicale. Pour se faire connaître, lever des fonds et sensibiliser le public à une campagne de sécurité sanitaire, CareFusion parraine les festivals de Paris, New York, Newport, Monterey, Chicago et Sidney. En charge du JVC Jazz Festival de Paris depuis des années, Loop Production se trouve ainsi un nouveau partenaire pour s’installer dans des nombreuses salles et clubs parisiens dans lesquels se déroulera le festival. Le Grand Rex, La Cigale, le Théâtre Traversière, le Sunset, le Sunside, le Duc des Lombards, le New Morning et d’autres lieux s’associent donc à cette manifestation jazzistique et accueillent pendant neuf jours, du 16 au 24 octobre, une cinquantaine d’artistes. Les concerts de Walter Smith III, Harold Lopez Nussa, Chick Corea, Sylvain Luc, Vijay Iyer, Jeff “Tain“ Watts, Denise King, Branford Marsalis, Miguel Zenón, Monty Alexander, Aaron Parks et Susi Hyldgaard que je recommande un peu plus loin s’inscrivent dans le cadre du CareFusion Jazz Festival de Paris dont on fera bon accueil.

LES CONCERTS D’OCTOBRE

-Le 6, Antoine Hervé reprend ses leçons de jazz à l’Auditorium St Germain. “Louis Armstrong, l’invention du swing“ avec Médéric Collignon inaugure cette nouvelle saison.

-Le Julien Lourau Saïgon Quartet (Laurent Coq au piano, Thomas Bramerie à la contrebasse et Otis Brown III à la batterie) se produit à La Cigale le 7 octobre. Contrairement au nom trompeur de la formation, le saxophoniste revient à un jazz straight, joue du ténor et du soprano et a confié au pianiste l’écriture d’une partie du répertoire. L’album, “Saïgon Quartet“, sort ces jours-ci chez Naïve.

-Le 8 au Duc des Lombards, Laïka Fatien rend hommage en quintette à la grande Billie Holiday. Ceux qui ne connaissent pas encore le disque, (“Misery“ publié en 2008) ne manqueront se le procurer à l’issue du concert.

-Publié au printemps dernier, “A Thin of Flesh“ (Le Chant du Monde) n’est pas un opus de jazz, juste de la bonne musique que l’on écoute avec un grand plaisir. Le pianiste et arrangeur Lucas Gillet a mis en musique des poèmes de Dylan Thomas (1914-1953), Elise Caron se chargeant des parties vocales. Cinq autres musiciens les rejoindront le 9 octobre au Triton, 11 bis rue du Coq Français, 93260 Les Lilas pour un concert attendu. Elise chante aussi du jazz dans "Un soir au Club", beau film de Jean Achache dont elle est l'actrice principale. Michel Benita en a composé la musique. Sortie fin novembre sur les écrans.

-Au Duc le 10, Manu Le Prince chante Cole Porter. L’excellent pianiste de son quintette, Francis Lockwood, sort prochainement un joli disque avec son frère Didier.

-Donny McCaslin au saxophone ténor, Scott Colley à la contrebasse, Antonio Sanchez à la batterie, les amateurs de jazz moderne ne manqueront pas ce trio le 14 au Duc des Lombards.

-Le pianiste Issam Krimi donne un concert le même soir au Studio de l’Ermitage avec Olivier Koundouno au violoncelle, Rémi Scuito aux saxophones, Bruno Schorp à la contrebasse et Nicolas Larmignat à la batterie.


-Des guitares et des guitaristes du 16 au 24 octobre aux « Manoucheries du Sunset ». Avec David Reinhardt, Steeve Laffont, Ninine Garcia, Angelo Debarre, Rocky Gresset et beaucoup d’autres. Consultez le programme du club.

-A l’occasion de la parution de son nouvel album “My Foolish Harp“ sur Enja, la harpiste Isabelle Olivier invite le 18 au Théâtre du Châtelet Peter Erskine, David Linx, David Venitucci et Michel Benita.

-Membre de la plus récente formation de Terence Blanchard, le saxophoniste Walter Smith III retrouve le Sunside les 18 et 19 octobre pour fêter la sortie de son album “Live in Paris“ sur Space Time Records. Avec lui le jeune et enthousiasmant trompettiste Ambrose Akinmusire.

-Accompagnateur de la grande chanteuse cubaine Omara Portuondo, lauréat 2005 du Montreux Jazz Solo Piano, Harold Lopez Nussa, jeune pianiste cubain de 25 ans est un des grands espoirs de l’instrument. Son nouvel album, “Herencia“ (World Village/Harmonia Mundi), est en vente depuis le 24 septembre. On l’écoutera en trio le 19 au New Morning. La chanteuse et pianiste Eliane Elias se produit le même soir à La Cigale.

-Chick Corea, Stanley Clarke et Lenny White occupent le Grand Rex le 20 octobre.

-Avec ses musiciens habituels, Stéphan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, l’étonnant pianiste Vijay Iyer investit le Duc des Lombards le 20. Quant au guitariste Sylvain Luc, il s’installe les 20 et 21 au Théâtre Traversière (15 rue Traversière 75012 Paris) avec de nombreux invités.


-Jeff “Tain“ Watts Quartet au New Morning le 21 octobre. Autour d’un des plus grands batteurs de la planète jazz, Jean Toussaint aux saxophones, David Kikoski au piano et James Genus à la contrebasse. A écouter sans modération. En première partie : le trio du pianiste belge Jef Neve. Le même soir, la chanteuse Denise King se produit au Duc des Lombards avec Olivier Hutman, un pianiste cher à mon coeur.

-Le pianiste Alexis Tcholakian donne un concert au Swan Bar le 22 octobre. Le quartette de Branford Marsalis en donne un le même soir à La Cigale avec Joey Calderazzo au piano, Eric Revis à la contrebasse et Justin Faulkner à la batterie. Un autre saxophoniste, Miguel Zenón, que les habitués du Sunside connaissent bien, assure la première partie en quintette.

-Monty Alexander se produit en trio à la Cigale le 23. Hassan Shakur à la contrebasse et Georges Fludas à la batterie accompagnent le pianiste dont la musique colorée est toujours excitante.

-Chanteuse, pianiste,accordéoniste inclassable et talentueuse, la danoise Susi Hyldgaard investit le Duc avec un quintette le 24. Le pianiste Aaron Parks qui donne souvent le meilleur de lui-même en trio est au Sunside le même soir avec Matt Brewer à la contrebasse et Ted Poor à la batterie.

-L’Orchestre National de Jazz au Théâtre Marigny le 26 octobre. Au programme “Around Robert Wyatt“. Pour ce concert, l’ONJ invite plusieurs des chanteurs et chanteuses qui ont participé à l’enregistrement de l’album : Yael Naïm, Rokia Traoré, Daniel Darc et Irène Jacob.


-Le trio de Laurent Larcher au Sunside le 27. Le contrebassiste vient de sortir un joli disque sur Cristal avec le pianiste Mario Canonge et le batteur Tony Rabeson qui l’accompagnent sur scène. Le même soir, dans le cadre de l’exposition Miles Davis à la Cité de la Musique, le batteur Jimmy Cobb qui participa aux séances de “Kind of Blue“ revisite ce chef-d’œuvre avec Wallace Roney à la trompette, Vincent Herring et Javon Jackson aux saxophones, Larry Willis au piano et Buster Williams à la contrebasse.

-Toujours le 27, “Parfum de Femmes“ au New Morning avec Elisabeth Kontomanou en duo avec le pianiste Laurent Courthaliac, le trio Esperança et le Sara Lazarus Quartet.

-Le 28 à la Cité de la Musique, Joe Lovano célèbre à son tour Miles Davis dans un programme consacré au célèbre “Birth of the Cool“. Steve Slagle au saxophone alto, Gary Smulyan au baryton, mais aussi James Weidman au piano et Otis Brown III à la batterie, tous deux membres de son groupe habituel, sont quelques-uns des musiciens du nonette qu’exige cette relecture. Magnifique pianiste, Bill Carrothers multiplie disques et projets. Nicholas Thys à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie lui apporteront un efficace soutien rythmique le même soir au Sunside.

-Le club accueille Stephan Oliva le 29. Claude Tchamitchian et Jean-Pierre Jullian sont les partenaires d’un pianiste raffiné qui fête la sortie de “Stéréoscope“, album produit et enregistré et par Gérard de Haro aux studios La Buissonne.

-Le 29 également, le grand Sonny Rollins, en tournée en Europe, s’arrête à l’Olympia. Il a fêté son soixante-dix-neuvième anniversaire le 7 septembre et compte bien nous offrir un aussi bon concert, que celui, exceptionnel, qu’il donna cet été à Marciac.
Wayne Shorter est lui aussi à Paris, Salle Pleyel, le 29, avec ses musiciens habituels (Danilo Perez au piano, John Patitucci à la contrebasse et Brian Blade à la batterie). Au programme, les compositions de Miles Davis que le saxophoniste accompagna de 1964 à 1970.

-La chanteuse Mélanie Dahan se produit en quartette avec le pianiste Giovanni Mirabassi au Sunside le 30.

-Geraldine Laurent (saxophone alto) et Laurent de Wilde (piano) sont attendus au Duc le 31. Yoni Zelnik à la contrebasse et Luc Isenmann à la batterie complètent le quartette qui donna son premier concert le 20 février dernier au Sunside. Il fonctionne sur les affinités musicales de ses membres et nous promet un jazz assurément interactif.


-Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr
-La Cigale : http://www.lacigale.fr
-Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com
-Le Triton : http://www.letriton.com
-Studio de l’Ermitage : http://www.studio-ermitage.com
-Sunset – Sunside : http://www.sunset-sunside.com
-Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com
-New Morning : http://www.newmorning.com
-Le Grand Rex : http://www.legrandrex.com
-Le Swan Bar : http://www.swanbar.fr
-Théâtre Marigny : http://www.theatremarigny.fr
-Cité de la musique : http://www.citedelamusique.fr
-Olympia : http://www.olympiahall.com
-Salle Pleyel : http://www.sallepleyel.fr

Crédits photographiques : Miles Davis (couverture du catalogue de l'exposition "We Want Miles) © Editions Textuel - Julien Lourau © Richard Dumas, Naïve - Elise Caron, Issam Krimi, Laurent de Wilde & Géraldine Laurent © Pierre de Chocqueuse - Walter Smith III © Philippe Etheldrède - Vijay Iyer © 2009, Service de Presse Muriel Vandenbossche - Monty Alexander © 2009 Christian Deghelt Productions - Elisabeth Kontomanou © Christian Legay - Affiche Sonny Rollins © Gérard Drouot Productions.
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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 10:30

MARDI 22 septembre

La nuit du Jazz Turc. Difficile d’assister à tous les concerts que proposent ce soir-là les clubs de la rue des Lombards. Initialement prévu à 20 heures, celui du Murat Öztürk trio est repoussé à 21 heures 15. Je commence donc mon périple musical par le Sunside qui accueille une légende. Aydin Esen ne s’est pas produit en France depuis plusieurs années. En 1989, il arrive à Paris avec son sac à dos, participe à la première édition du Concours International de Piano Martial Solal et le remporte à la surprise générale. Personne ne connaît alors ce pianiste né à Istanbul en 1962. Douze ans d’étude au conservatoire de sa ville natale qu’il complète à Berklee et à la Juilliard School lui assure un solide bagage technique. François Lacharme s’empresse alors de lui faire enregistrer un disque en trio chez JMS. Aydin tient également le piano dans “Edges“, un opus de Daniel Humair pour Label Bleu. Sa grande affaire reste “Anadolu“ enregistré à New York en 1992, un disque qui rassemble de formidables musiciens (Jon Faddis, Dave Liebman, Bob Mintzer, Dave Holland, Peter Erskine) et démontre le talent d’arrangeur du pianiste compositeur. En 2000, Aydin enregistra un superbe album en trio avec Miroslav Vitous et le batteur Vinnie Colaiuta. Universal ne jugea pas opportun de le sortir en France. La musique qu’il contient n’est guère éloignée de celle qu’il nous fit entendre au Sunside. A la basse électrique, Selcuk Karaman n’a certes pas l’étoffe de Vitous, mais l’énergie que dégage le trio est pour le moins impressionnante. Aydin Esen enthousiasma par ses voicings de rêve. La main gauche ne quitte guère le clavier du piano et fait entendre un ostinato envoûtant, la droite virevolte et joue divers synthés qui donne des couleurs à la musique. Possédant un toucher extrêmement fin, il contrôle parfaitement l’attaque et la résonance de ses notes. Ses harmonies délicates enrichissent un jeu souvent rythmique que drive avec bonheur Volkan Oktem à la batterie.
Le set terminé – une bonne heure de musique inventive et surprenante - , je cours au Duc écouter Murat Öztürk. Né en Lorraine en 1973 d’un père turc et d’une mère italienne, le pianiste a suivi les cours de piano de la Bill Evans Piano Academy de Paris et a enregistré deux albums passés inaperçus. Mieux produit et contenant d’excellentes compositions, le troisième risque de le faire connaître à un public plus large. Murat joue un piano souvent modal aux harmonies raffinées, fait entendre peu de notes, mais les choisit avec goût. Il s’entend très bien avec la contrebasse chantante et mélodique de Gautier Laurent. Son batteur Olivier Strauch joue par contre un peu fort compte tenu de l’approche minimaliste du piano, un jeu tout en douceur dans lequel compte la moindre nuance. Murat nous offrit  quelques morceaux de son nouveau disque - un Fog’s Frog Blues très réussi, une version de Crossing my Bridge un peu décevante par rapport à celle, miraculeuse, de l’album – , mais aussi Soyle
, morceau qui donne son nom à un premier opus de jeunesse. On suivra attentivement la carrière de ce musicien attachant.
Photos © Pierre de Chocqueuse
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 09:48

Qui se plaindra d’un nouvel album de René Urtreger ? Personne assurément. Le pianiste enregistre peu. “Tentatives“, son disque précédent, une approche inhabituelle de quelques grands standards en solo, date de janvier 2005. Quatre ans plus tard, on retrouve René meilleur que jamais à la tête de son quintette, formule qui donne des couleurs nouvelles à ses compositions et aux grands standards du jazz auquel il a toujours été fidèle. Avec lui, Nicolas Folmer à la trompette, Hervé Meschinet au saxophone alto et à la flûte, l’incontournable Eric Dervieu à la batterie et, surprise, Mauro Gargano à la contrebasse. Ancien élève de Riccardo Del Fra, ce dernier constitue avec le batteur une solide paire rythmique pour propulser les solistes vers les cimes de l’excellence. Admirateur de Bud Powell depuis sa jeunesse, René Urtreger reste un bopper, un vrai, nonobstant le fait qu’il a su moderniser le répertoire de ses pairs tout en en conservant l’esprit. Ce disque, un concert donné au Duc des Lombards en juillet dernier, en témoigne. If I Were a Bell de Franck Loesser et Un Poco Loco de Bud bénéficient de nouveaux arrangements, d’une dynamique de groupe profitable aux solistes : René dans If I Were a Bell, Nicolas Folmer dans Un Poco Loco et St Eustache, un thème de René construit sur une grille de blues, Hervé Meschinet à l’alto dans ce même St Eustache. Ecrit par René, Didi’s Bounce ouvre l’album et permet à tous les musiciens de se présenter. Huit thèmes ont été ici rassemblés. La plupart nous sont déjà connus. On les redécouvre, différents, sous le halo d’une autre lumière. René joue toujours avec beaucoup d’émotion Thème pour un ami, (Raymond Le Sénéchal) ; la trompette trouve les notes justes pour en chanter la mélodie. Hervé Meschinet prête la douceur de sa flûte à Valsajane, une tendre ballade que René offre à sa sœur dans “Jazzman“, un de ses grands albums. Serena et Humoiseau ont été enregistrés en trio en 1999 avec Daniel Humair et le regretté Pierre Michelot. Retravaillés, ils portent les belles couleurs d’un jazz intemporel au charme toujours intact.

Disponible à la Fnac Montparnasse et chez Carlyne Music au prix de 13€ (frais d’expédition sur l’Europe inclus). Envoi sous 48 heures. Le commander à Jeanne de Mirbeck, La Prairie, 92410 Ville d’Avray. jdemirbeck@numericable.fr

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 12:04

VENDREDI 11 septembre

Jazz à la Villette : Jacky Terrasson et Hank Jones en solo interpellent. Le concert que le premier donna à Marciac cet été avec son nouveau trio, deux jeunes musiciens qui portent le même nom mais ne sont pas de la même famille (Ben Williams à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie) fut stupéfiant. A la Villette, face à face avec lui-même, il se contenta d’être bon. Possédant expérience, énergie et technique, le pianiste ne peut donner un mauvais concert, et passés les laborieux premiers morceaux, nous eûmes droit à d’excellents moments, Jacky retrouvant son piano, son jeu très physique, pour un magnifique calypso, un blues plein de notes bleues, une ballade mémorable. Dans sa loge, il me confia n’avoir pas aimé le Steinway au touché très dur de la Villette. L’instrument n’a nullement dérangé Hank Jones, 91 ans, mémoire vivante de l’histoire du jazz. L’aîné des frères Jones joue un piano en voie de disparition. A lui seul, son jeu est une synthèse d’Art Tatum et de Fats Waller, ses premiers modèles, mais aussi de Teddy Wilson, Earl Hines, Nat « King » Cole et Bud Powell. Hank ne joue pourtant pas de bop, même lorsqu’il reprend Thelonious Monk et Wes Montgomery. Son piano allège et condense les styles de ces pianistes. Un sens harmonique de l’accord le conduit à un jeu linéaire et transparent, sobre et parcimonieux. Contrairement à Jacky Terrasson, il économise ses gestes. Ses mains seules trahissent le mouvement. S’il éprouve une certaine difficulté à se déplacer, il est en pleine possession de ses moyens derrière son piano. Il s’accorde toutefois une courte pause entre chaque morceau, récupère en prenant le temps de citer le titre du standard qu’il va jouer. Ceux qu’il reprend ont pour nom Bluesette, A Child is Born, Skylark, Stella by Starlight, Body and Soul, Twisted Blues, In a Sentimental Mood, On Green Dolphin Street, ‘Round Midnight… Les versions concises qu’il en donne dépassent rarement les trois minutes. Hank fait respirer chaque note, fait sonner clairement chaque accord. Ses improvisations élégantes suivent toujours la ligne mélodique. Le rythme est léger balancement. Deux mains parfaitement complémentaires tirent de ces thèmes leur suc quintessenciel.

Hank Jones se produira en trio avec George Mraz à la contrebasse et Martijn Vink à la batterie le samedi 10 octobre à 20h30 au TNT de Toulouse dans le cadre du Festival Jazz sur son 31. http://www.jazz31.com


MERCREDI 16 septembre

Fly au Sunside, un trio pas comme les autres. A parité égale avec le saxophoniste Mark Turner, Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie défrichent et explorent de nouveaux espaces de liberté. Ici pas de leader, mais trois musiciens qui rendent sensibles des compositions complexes sur un plan harmonique et rythmique, des morceaux tout à la fois abstraits et d’une grande douceur. Le discours est intimiste, une conversation amicale entre trois instruments qui combinent leurs timbres et obtiennent une sonorité de groupe parfaitement identifiable. Mark Turner joue du soprano, mais c’est surtout au ténor qu’il affirme sa personnalité. Il utilise fréquemment le registre aigu de l’instrument, souffle de longues phrases lyriques et tranquilles. Jeff Ballard possède une frappe sèche, des tambours un peu graves, des cymbales au son plus mat que cristallin. L’épais tissu rythmique qu’il tisse avec la contrebasse ronde et boisée de Larry Grenadier peut très bien se suffire à lui-même, fonctionner de manière autonome. Véloce, Grenadier détache ses notes avec puissance et autorité. Sa contrebasse parle, chante, danse, commente, ancre la musique dans le groove. L’homme peut assurer une simple pédale ou tenir un langage d’une grande richesse mélodique. Sky & Country, Lady B, Super Sister et une version étonnante de Mad About the Boy, ballade écrite par Noël Coward, occupent l’espace du premier set. Les musiciens concentrés s‘écoutent en permanence et multiplient les échanges, véritables sauts dans l’inconnu qu’autorise une parfaite connaissance de l’harmonie. La  musique riche et profonde  d’un groupe novateur.
Photos © Pierre de Chocqueuse
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 09:12
Il manie balais, baguettes, brosses et pinceaux, polit les peaux lisses des fûts qu’il martèle, tire des “cliquetis vif-argent“ de ses cymbales sans se mettre martèle en tête, tambours toujours battants. Depuis 50 ans, Daniel Humair est le pouls du jazz, le peintre de rythmes librement tambourinés et interprétés, le contraire du batteur fournisseur de tempo. Entouré de ses amis, il fêtera ses 50 ans de carrière au Théâtre du Châtelet le 2 octobre prochain. On s’y précipitera.


S’il joue aujourd’hui le tempo de la main gauche et les cymbales de la droite, le jeu de ce gaucher ambidextre n’a jamais été académique : « je suis resté gaucher des pieds alors que pour les mains, l’école et la pratique du tambour de marche m’ont rendu droitier ». (1) Autodidacte, le jeune Daniel emprunte les bribes de solos à des batteurs qui passent à Lausanne ou à Genève sa ville natale. Il découvre ainsi le style de Sid Catlett, de Zutty Singleton, de Roy Haynes, de Peter Littman. Un séjour en Suède lui permet d’écouter Elvin Jones avec J.J. Johnson et Bobby Jaspar. Installé à Paris, Barney Wilen le fait débuter au Club St-Germain et au Chat qui Pêche.

Sa carrière démarre. Il a vingt ans et joue la musique difficile de Martial Solal qui lui montre comment colorier le rythme et devenir un batteur musical. Avec René Urtreger et Pierre Michelot, il crée le trio H.U.M.! dont le dernier album date de 1999. Daniel Humair aime la proximité de la contrebasse, les instruments qui jouent très près de lui. Les trios jalonnent son parcours, lui permettent d’exprimer une musique originale, neuve et inventive, d‘éprouver des sensations nouvelles. HLP avec Eddy Louiss et Jean-Luc Ponty ; le trio Humair, Jeanneau, Texier ;  son groupe avec Joachim Kühn et Jean-François Jenny Clarke et plus récemment son association avec François Couturier et Jean-Paul Celea comptent parmi ses plus belles aventures.

Rares sont les jazzmen avec lesquels il n’a pas joué, mais tenir aujourd’hui une pulsation régulière l’intéresse moins. Le batteur préfère s’entourer de gens qui ne rabâchent pas les mêmes plans, ne jouent pas toujours les mêmes choses, des  musiciens « souples, libérés du répertoire et du phrasé standard…et dont le niveau technique permet de dépasser la banalité jazzistique ». (2) Il recherche les situations inédites, les musiciens complices avec lesquels tout est possible. Il pourrait prendre sa retraite, se consacrer entièrement à la peinture, mais préfère  prendre des risques avec ceux qui en sont capables : Tony Malaby, Dave Liebman, Jean-Charles Richard, Bobo Stenson avec lesquels il se produit en trio ou en quartette. N’oublions pas le Baby Boom, formation naguère constituée par les étudiants de Daniel au Conservatoire National Supérieur de Musique, de jeunes virtuoses aujourd’hui confirmés qui ont pour noms Matthieu Donarier, Christophe Monniot, Manu Codjia et Sébastien Boisseau, ce dernier parrainé par le regretté Jean-François Jenny-Clark.

En Afrique en janvier 2009, Daniel Humair n’a pas pu se voir remettre au Théâtre du Châtelet le Grand Prix de l’Académie du Jazz pour “Full Contact“, un magnifique et difficile album enregistré en trio avec Joachim Kühn et Tony Malaby. François Lacharme l’invite aujourd’hui à fêter ses 50 ans de carrière dans ce même Théâtre du Châtelet le vendredi 2 octobre. Le maître-tambour ne sera pas seul. John Scofield (guitare), Louis Sclavis (clarinettes), François Couturier (piano), Jean-Paul Celea (contrebasse) et les musiciens de son Baby Boom partageront la scène avec lui. Souhaitons-lui un très grand jubilé.

(1) Propos recueillis par Thierry Quénum. – Jazz Magazine n° 596, octobre 2008.

(2) Propos recueillis par Eric Quenot. – Jazz Magazine n°596, octobre 2008.

Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com/

Photo et collage © Pierre de Chocqueuse

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 10:14

Après un premier enregistrement pour ECM en solo en 2005 et plusieurs disques avec Enrico Rava, notamment le très beau “New York Days“ publié cette année sous le nom du trompettiste, Stefano Bollani sort un premier disque en trio pour la firme munichoise avec une section rythmique pour le moins inattendue : deux jeunes musiciens danois avec lesquels le pianiste italien a tourné au Danemark et en Scandinavie en 2002, année où il les a rencontrés. Le contrebassiste Jesper Bodilsen et le batteur Morten Lund ont à peu près son âge. Ils ont écouté les mêmes disques et partagent les mêmes options esthétiques, d’où la grande cohésion de leur trio. “Stone in the Water“ s’ouvre sur une délicieuse mélodie de Caetano Veloso. Les trois hommes prennent tout leur temps pour la faire scintiller. Ici point de musique énergique et sauvage. Tout est calme, volupté, silence entre les notes. Stefano et ses complices laissent respirer la phrase musicale, la développent et la transcendent en complète interaction. Jesper Bodilsen signe les deux thèmes suivants. Le premier, Orvieto, contient de bien belles notes. Un piano chante avec feeling et improvise avec brio. Une contrebasse ronde et mélodique l’écoute et lui répond. Une batterie marque discrètement le tempo. Edith n’est pas plus rapide. Le piano se greffe sur l’ostinato que joue la contrebasse. La main gauche se fait pesante et grave puis s’efface pour faire parler la basse. Stefano Bollani organise ses chorus avec un grand sens de la forme dans une perspective constamment mélodique. Ses doigts dansent et font rêver. Son touché délicat se fait miel dans Brigas nunca mais, un thème d’Antonio Carlos Jobim entièrement repensé. Ses propres compositions possèdent un léger parfum latin : Il cervello del pavone résonne de notes tintinnabulantes ; Un sasso nello stagno, une mélodie superbe, presque fragile dans sa simplicité, frappe l’oreille. Le pianiste use à bon escient de sa virtuosité, joue Francis Poulenc (Improvisation 13 en la mineur) avec intelligence, respect et gravité. Ses voicings assemblent les plus belles notes possibles. Un grand musicien assurément.

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 14:14

MARDI 1 septembre

René Urtreger n’arrête pas de fêter son anniversaire. Après le Duc des Lombards en juillet, il remet ça au Petit Journal Montparnasse. Normal, on n’a pas tous les jours 75 ans et une année s’étalant sur 365 jours, René étale son anniversaire sur un an. C’est donc tous les jours fête pour le pianiste qui en fait profiter ses amis. Pour les besoins d’un DVD, des caméras filmaient la soirée qu'il ouvrit avec les musiciens de son quintette, Nicolas Folmer, Hervé Meschinet, Mauro Gargano et Eric Dervieu. Vous pouvez dès à présent les écouter sur disque, le concert du Duc en juillet ayant été enregistré. Consultez ce blog à la date du 6 septembre. René joua donc Didi’s Bounce, Serena, Thème pour un ami, Un Poco Loco, des morceaux de son nouvel album, puis en trio Facile à dire et La Fornarina, Yves Torchinsky remplaçant Mauro Gargano à la contrebasse. Amis (Anne Ducros, la chanteuse Isabelle Georges avec laquelle René a enregistré un album en duo, Sean Gourley, le fils de Jimmy Gourley) et parents (Nathalie, Philippe et Nicolas Urtreger) montèrent sur scène et proposèrent un répertoire éclectique, Body & Soul, Over the Rainbow et Crazy World d’Henri Mancini côtoyant All My Loving des Beatles et My Song d’Elton John. La fête tout simplement.


JEUDI 3 septembre

Terminé la lecture de “Mon nom est Rouge“ gros et passionnant bouquin d’Orhan Pamuk (plus de 700 pages en poche), prix du Meilleur livre étranger 2002. Bien que l’histoire soit très différente, l’ouvrage me fait penser au chef d’œuvre d’Umberto Eco, “Le nom de la rose“. Tous deux des romans policiers, ils témoignent de la gigantesque érudition de leurs auteurs. Orhan Pamuk situe son récit à Istanbul à la fin du XVIe siècle dans le milieu des peintres miniaturistes de l’atelier du Sultan Murâd III que dirige le célèbre Osman. Après Hérat, Shirâz et Tabriz, l’art de la miniature s’est transporté à Istanbul. Contre toutes les traditions, le Sultan charge ses miniaturistes d’illustrer secrètement un livre à la manière italienne, de donner l’impression, non d’une image, mais de la réalité. Les peintres vénitiens peignent ce que voient leurs yeux. Les miniaturistes ottomans peignent avec leur sens, la signification précédant la forme. Ils ne peuvent avoir de style personnel et souhaiter la reconnaissance en imposant leur signature au bas de leurs tableaux. Ils ne peignent que ce qu’ils contemplent, le monde tel qu’il est vu par le regard de Dieu. Faut-il se montrer original ou rester dans la voie des maîtres anciens ? L’un des miniaturistes, Monsieur Délicat, un enlumineur, est alors assassiné. Le suspense rejoint des réflexions sur l’Art en général et la peinture en particulier. Un livre fascinant !

SAMEDI  5 septembre

Je rends visite à l’ami Gilles Coquempot qui, depuis 24 ans, tient Crocojazz, magasin de disques situé 64 rue de la Montagne Sainte Geneviève. Il fournit surtout des vinyles à une clientèle fidèle qu’il sait parfaitement conseiller. Certains le suivent depuis des années. Le jazz, il en connaît un rayon. Même chose pour le blues qui le berce depuis toujours. Gilles vend beaucoup de disques neufs, des rééditions américaines des catalogues Blue Note, Impulse !, Prestige, Columbia/Epic, et fait venir toutes les rééditions Fresh Sound en CD. Il  a actuellement en stock (et en vinyl) “Basra“ de Pete La Roca sur Blue Note, “Illumination !“ d’Elvin Jones/Jimmy Garrison sur Impulse ! (en 180 grammes), “Cedar“ de Cedar Walton (avec Kenny Dorham) sur Prestige et le célèbre “Out to Lunch“ d’Eric Dolphy, l’un des fleurons du label Blue Note. Le magasin est ouvert du mardi au samedi de 11 heures à 13 heures et de 14 heures à 19 heures. On s’y précipitera.    


MERCREDI 9 septembre

Les disques des Beatles remasterisés sont mis en vente aujourd’hui dans des présentoirs amusants, les célèbres cabines téléphoniques rouges que l’on trouve en Angleterre. Le coffret mono (11 CD) coûte plus cher que le coffret stéréo  (14 CD + 1 DVD). Les disques sont heureusement disponibles séparément (en stéréo uniquement) et un certain nombre de vinyles ont été pressés. J’achète “Sgt. Pepper“ qui conserve toute sa magie. Le son est incontestablement meilleur que l’édition CD de 1987. Les ingénieurs des studios Abbey Road ont travaillé dessus pendant quatre ans. « A splendid time is guaranteed for all » peut-on lire depuis toujours au dos de la pochette. Pour une fois qu’une pub ne ment pas !  


Conférence de presse BeeJazz à l’usine SpringCourt. Le label connaît un succès commercial sans précédent grâce aux ventes de “Around Robert Wyatt“, premier enregistrement de l’ONJ placé sous la direction de Daniel Yvinec. Il vient de remporter le prix du « Meilleur album instrumental de l’année » aux Victoires de la Musique Jazz 2009. Les Parisiens qui n’ont pu assister au concert donné en mai dans le cadre du Festival de St. Germain des Prés ne manqueront pas un nouveau rendez-vous avec le groupe le lundi 26 octobre au Théâtre Marigny. Au programme : la musique du barde barbu. Quelques-uns des chanteurs et chanteuses de l’album seront présents. La soirée sera retransmise en direct et en haute définition (image et son) sur Qobuz.Com (TBC). Bee Jazz généralisera dès la fin de l’année ce nouveau concept sous le nom de « BEElive » (Production et Diffusion de programmes audiovisuels musicaux). Outre des disques du pianiste Edwin Berg et du guitariste Nelson Veras, BeeJazz ajoutera à son catalogue avant la fin de l’année des enregistrements du pianiste Jozef Dumoulin (“Trees are Always Right“ le 29 octobre), du saxophoniste Stéphane Spira en duo avec le pianiste Giovanni Mirabassi (“Spirabassi“ le 5 novembre), et du pianiste Issam Krimi (“Barbara Piano Solo“ le 26 novembre). En préparation : un disque d’André Minvielle avec David Linx consacré à Jon Hendricks. BeeJazz propose également sur Qobuz http://www.qobuz.com l’intégralité de son catalogue en téléchargement sans compression et dans une qualité similaire à celle du CD. Issam Krimi (accompagné sur un titre par Olivier Koundouno au violoncelle) et Nelson Veras nous offrirent live quelques morceaux de leurs albums avant un cocktail au cours duquel Guillaume de Chassy me confia qu’il s’apprêtait à enregistrer à La Buissonne un nouvel album solo. Un autre pianiste, Patrick Favre, auteur d’“Intense“, un disque que j’aime beaucoup, me révéla avoir terminé l’enregistrement du sien avec Gildas Boclé à la contrebasse et Karl Jannuska à la batterie. J’en ai également profité pour apprendre la date de sortie du CD de Loren Stillman “Winter Fruits“ sur Pirouet : le 15 octobre.

 

JEUDI 10 septembre

Le coq et la pendule“, nouveau CD d’André Ceccarelli joué au Duc des Lombards. Sur scène, les morceaux s’allongent, prennent de l’épaisseur, de magnifiques chorus se greffant sur leur moelle mélodique. Quelques thèmes en trio, (un très beau Dansez sur moi), André et Diego Imbert ponctuant subtilement les envolées lyriques de Pierre-Alain Goualch, coloriste émérite, peintre des claviers. Monté sur scène, David Linx éblouit. Il faut tourner la page, The Meeting Place of Waters, Mademoiselle Maman au cours duquel le chanteur scate magnifiquement. Nouvelle série de titres en trio : Paris mai, occasion pour Pierre-Alain d’improviser brillamment au piano ; Tu verras avec Dédé époustouflant aux balais et une version acoustique de Nougayork, David rejoignant ses complices à la fin du morceau pour d’étonnantes vocalises. Linx sur scène jusqu’à la fin du concert, inventant des onomatopées sur Une petite fille en pleurs, Bidonville (qui n’est pas sur le disque), un formidable ‘Round Midnight en rappel pour convaincre  les sourds et les malentendants.    

Toujours de bon conseil, Vladimir de la Fnac Montparnasse m’a fait acheter un disque étonnant qu’il a eu bien du mal à faire venir de Californie. Les quelques exemplaires qui lui sont parvenus après plusieurs mois d’attente ont été vendus dans la journée. J’en ai fort heureusement récupéré un. “Hometown“ (Positone Records) n’est pas le premier disque que Sam Yahel publie sous son nom, mais c’est le premier disque que cet organiste (de Joshua Redman notamment) enregistre au piano. Matt Penman à la contrebasse et Jochen Rückert à la batterie l’accompagnent dans cet opus de 2009 enregistré en 2007 qui mêle compositions originales et reprises parmi lesquelles une version magnifique du Jealous Guy de John Lennon. Le pianiste convoque Thelonious Monk, Eddie Costa, Lennie Tristano et Brad Mehldau dans des voicings d'une virtuosité éblouissante.
Photos © Pierre de Chocqueuse

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