Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 09:26
Un antidote muy caliente

Dans son nouveau disque, “Antidote”, Chick Corea dont la famille est originaire de Sicile et de Calabre célèbre à nouveau ses origines latines. “Antidote” est aussi un hommage au guitariste de flamenco Paco de Lucía (1947-2014) avec lequel il travailla. Cet héritage musical qu’il revendique, le pianiste lui a consacré un album au titre évocateur en 1976, “My Spanish Heart”, aujourd’hui le nom de son groupe. Je m’en souviens d’autant mieux qu’il contient la première version du célèbre Armando’s Rhumba et que, travaillant alors chez Polydor, j’avais moi-même supervisé la sortie française de ce disque. Avant de devenir un classique, il reçut un accueil mitigé, les fans de Return to Forever ne s’attendant pas à écouter une telle musique. Les années ont passé, Chick Corea joue toujours aussi bien du piano et son talent d’arrangeur reste intact comme en témoigne ce nouveau fleuron de sa très longue discographie.

 

« Mes origines sont italiennes, mais mon cœur est espagnol et j’ai grandi avec cette musique » déclare Chick Corea dans les notes du livret de ce nouveau disque. Ses premiers concerts à New-York, il les donna avec Mongo Santamaria au début des années 60 avant de rejoindre la formation du percussionniste portoricain Willie Bobo. Chick s’était initié à la musique latino-américaine à Boston au sein de l’orchestre de Phil Barboza. En 1967, il enregistra “Sweet Rain” avec Stan Getz dont il est alors le pianiste, mais c’est la parution l’année suivante de “Now He Sings, Now He Sobs” enregistré avec Miroslav Vitous et Roy Haynes qui suscita l’enthousiasme et l’admiration des amateurs de jazz. Loin de renier ses origines latines, Chick Corea en orchestrera brillamment les musiques. Spain, sa plus célèbre composition, n’est-elle pas inspirée par le Concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo ? Comprenant le batteur percussionniste Airto Moreira et la chanteuse Flora Purim, le premier disque de Return to Forever mêle brillamment jazz et musique brésilienne. Il contient La Fiesta, une espagnolade qu’il reprendra souvent. Le flamenco est à l’honneur dans “Touchstone”, un album de 1982 sur lequel le pianiste invite Paco de Lucía, et dans “The Ultimate Adventure”, un « poème symphonique » (« Tone Poem ») de 2006 dans lequel l’Espagne et ses musiques nourrissent ses visions musicales.

Chick COREA & The Spanish Heart Band : “Antidote” (Concord Jazz / Universal)

Pour célébrer à nouveau le côté latin de son héritage musical, Chick Corea a réuni autour de lui Steve Davis au trombone, Michael Rodriguez à la trompette, Jorge Pardo à la flûte et au saxophone, Niño Josele à la guitare, le bassiste cubain Carlitos Del Puerto, le batteur Marcus Gilmore, le percussionniste vénézuélien Luisito Quintero et le Tap Dancer Niño de Los Reyes, étoile montante de la danse flamenca contemporaine. Certains d’entre eux nous sont familiers à commencer par Marcus Gilmore, petit fils du grand Roy Haynes, souvent associé au pianiste Vijay Iyer. Musicien très demandé, le tromboniste Steve Davis, un protégé de Jackie McLean, a été membre du sextet de ce dernier, mais aussi des Jazz Messengers et du groupe Origin de Chick Corea. Les espagnols Niño Josele et Jorge Pardo ont tous les deux travaillé avec Paco de Lucía qui, comme Astor Piazzolla avec le tango, modernisa la guitare flamenca. Pardo joue également sur plusieurs disques de Corea. On l’entend beaucoup dans le trop méconnu “The Ultimate Adventure”. Deux plages de “Trilogy”, My Foolish Heart et Spain, enregistrées live à Madrid en 2012, témoignent de sa grande maîtrise de la flûte.  

Antidote” contient une reprise de Zyryab, une composition de Paco de Lucía. Elle devint familière au pianiste lorsque le guitariste d’Algésiras l’invita à l’enregistrer avec lui à Madrid en 1990. Dans cette nouvelle version, la guitare de Niño Josele, la flûte de Jorge Pardo et le piano de Chick Corea mêlent leurs timbres et leurs rythmes obsédants. S’y ajoutent les « palmas » (claquements de mains) des musiciens et les claquettes de Niño de Los Reyes. Une plateforme de bois a été construite spécialement pour lui en studio. Il intervient également dans The Yellow Nimbus, à l’origine un duo écrit pour Paco et Chick. L’album “Touchstone” le contient. Dans cette danse flamenca, la guitare répond ici aux riffs des cuivres et la flûte improvise fièrement sur fond de percussions hypnotiques. Les doigts mobiles du pianiste prennent le relais. La sonorité est riche et brillante, le toucher ferme et souvent percussif. La main gauche plaque des accords avec une précision toute rythmique ; la droite, fluide et souple ornemente avec élégance et brio. Dans son disque, Chick Corea joue aussi des claviers électriques et un Moog Voyager utilisé avec sensibilité et parcimonie.

Également dans “Touchstone“ Duende bénéficie d'un nouvel arrangement. Le « duende » c’est le moment de grâce pendant lequel le joueur de flamenco (ou le torero, le terme se retrouvant dans la tauromachie) prend tous les risques afin de transcender son art et atteindre un niveau d’expression supérieur. Piano, flûte, trombone, trompette, les instruments s’expriment à tour de rôle, portés par une orchestration brillante, des rythmes irrésistibles. Composé pour cette séance, Antidote est chanté par le panaméen Rubén Blades qui intervient aussi dans My Spanish Heart pour lequel Chick a écrit un bref Prelude. Gayle Moran son épouse y assure toutes les voix. “My Spanish Heart”, l’album de 1976, en renferme une toute autre version. Elle ne dure qu’une minute trente-sept secondes mais reste inoubliable. Déjà confié à Gayle Moran, un chœur y intervient mais le piano de Chick est le seul autre instrument de cette pièce romantique. Du même disque provient le populaire Armando’s Rhumba. Le violon de Jean-Luc Ponty et la contrebasse de Stanley Clarke font merveille dans la version initiale. Introduite par une fanfare, la nouvelle, tout aussi enlevée, se voit confiée à tous les instruments de l’orchestre, chacun y allant de son chorus, les percussions rythmant joyeusement la musique.

Les musiques latines que célèbre ici le pianiste comprennent aussi la Bossa Nova que Stan Getz popularisa dans les années 60 avec Antonio Carlos Jobim, João Gilberto et quelques autres. Outre “Sweet Rain”, Chick participa en 1972 à un autre album du saxophoniste, “Captain Marvel” dans lequel ce dernier emprunte la section rythmique du premier Return to Forever. Corea a souvent joué Desafinado de Jobim avec Getz. Au piano électrique, il le reprend ici dans une version vocale colorée et sensuelle. Maria Bianca en est la chanteuse. Dernière surprise de ce disque, Admiration, sa dernière plage, est introduit par une adaptation pianistique du Pas de deux de la troisième scène du “Baiser de la fée” (“The Fairy’s Kiss”), un ballet qu’Igor Stravinsky composa en hommage à Piotr Ilitch Tchaïkovsky et qui fut créé à L’Opéra de Paris en 1928.

 

Magnifiquement enregistré par Bernie Kirsh, l'ingénieur du son attitré de Chick Corea, cet album solaire réunit quelques-uns des plus beaux arrangements du pianiste. Il ne sera pas oublié.

 

PHOTOS © The Mad Hatter Studios - Couverture de l'album “Antidote” © Mikolaj Rutkowski.

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 09:51
Stan GETZ Quartet : “Getz at The Gate” (Verve / Universal)

Des CD(s) inédits de Stan Getz, il n’en sort pas tous les jours, surtout lorsqu’ils sont doubles, contiennent près de 2h20 de musique et bénéficient d’une excellente prise de son. La parution en juin de “Getz at The Gate” constitue donc un événement. Enregistrées le 26 novembre 1961 par Verve, sa compagnie de disques, au Village Gate de New-York, ces faces témoignent de la grandeur du musicien, styliste incomparable du saxophone ténor dont la sonorité moelleuse et suave fait toujours battre les cœurs.

 

Janvier 1961. De retour aux Etats-Unis après un long séjour en Europe, Stan Getz constitue rapidement un groupe avec Steve Kuhn au piano, Scott LaFaro à la contrebasse et Pete LaRocca à la batterie. Quelques titres sont enregistrés à Chicago le 21 février. Le groupe se produit au Festival de Jazz de Newport le 3 juillet, Roy Haynes remplaçant LaRocca à la batterie. Avec lui et toujours en juillet, Getz va enregistrer “Focus”, un chef-d’œuvre, un album à part dans sa discographie. Le bassiste en est John Neves car, trois jours après Newport, LaFaro s’est tué dans un accident de voiture. Neves participe également à l’album en quintette que Getz grave en septembre avec Bob Brookmeyer. “Fall 1961”, une grande réussite, replace le saxophoniste au devant d’une scène qu’occupe Sonny Rollins et John Coltrane depuis son absence. En mai et juin, ce dernier vient d’enregistrer avec Eric Dolphy “Africa/Brass”. La musique modale qu’il y adopte lui donne une plus grande liberté que les grilles d’accords dont il s’est finalement délivré. En Californie, un certain Ornette Coleman développe un jazz libre et neuf qui rénove le langage de Charlie Parker.  

Les temps changent et Stan Getz, adepte du délicat phrasé mélodique de Lester Young, incarne un jazz autrement plus cool. Doté d’un timbre aérien, son instrument chante des notes fluides et tendres, caresses qui possèdent un intense pouvoir de séduction. Son public a toutefois oublié que le saxophoniste est aussi un bopper et qu'il peut adopter un jeu plus dur, souffler des notes agressives. C’est ce qu’il fait avec son groupe au Village Gate de New-York le 26 novembre, lors du dernier des quatre concerts qu’il y donna. Verve enregistra les deux sets de la soirée en prévision d’un album qui ne fut jamais publié.

 

Le musicien décontracté que l’on connaît s’abandonne à son lyrisme dans les ballades. Les tempos lents conviennent toujours bien à sa sonorité feutrée qui enveloppe les mélodies qu’il reprend. When the Sun Comes Out qu’il a beaucoup joué en Europe, Where Do You Go ? d’Alec Wilder, et Spring Can Really Hang You Up the Most, sont des sommets de langueur, d’élégance poétique. Mais Getz est aussi désireux de produire un jazz plus moderne, de s’exprimer de manière plus viril. John Coltrane l’a détrôné dans les référendums des magazines et il tient à lui montrer de quoi il est capable.

 

Avant qu’il ne choisisse McCoy Tyner comme pianiste, Steve Kuhn joua brièvement avec Coltrane, à la Jazz Gallery notamment. Élève de Margaret Chaloff, la mère du saxophoniste baryton Serge Chaloff, il apprit les accords de Yesterday’s Gardenias avec ce dernier. Sous ses conseils, Getz le reprend et laisse son trio interpréter Impressions de Coltrane qu’il annonce comme étant So What de Miles Davis – les deux morceaux ont la même structure modale et leur mélodie est empruntée à la Pavanne de Morton Gould (1913-1996). Kuhn le développe pendant plus de onze minutes. Pianiste au toucher raffiné, il joue alors comme Bill Evans, plaque des accords ouverts, parfois ambigus sur un plan harmonique. L’instrument dont il dispose n’est sans doute pas un piano de concert, mais Kuhn colore la musique par un jeu mélodique au sein duquel single-notes et block chords font bon ménage.

Sans avoir le génie mélodique de Scott LaFaro dans les solos qu’il s’accorde dans Impressions, Yesterday’s Gardenias, Stella By Starlight et une très longue version de Jumpin’ With Symphony Sid, un thème de Lester Young le père spirituel, belle occasion pour Stan Getz de lui rendre hommage, John Neves se révèle un gardien de tempo exigeant et solide. Sa walking bass fait merveille dans le tonique It’s You Or No One, un des thèmes dans lesquels Getz attaque ses notes avec une puissance inhabituelle. Le saxophoniste fait de même dans une reprise musclée de Airegin, un des thèmes de Rollins qu’il admire. Woody’N You de Dizzy Gillespie et 52nd Street de Thelonious Monk révèlent également le bopper tout feu tout flamme, ici plus proche de Charlie Parker que de Lester Young. 52nd Street donne aussi à Roy Haynes l’occasion d’un long solo de batterie. Il a joué avec Monk et a enregistré avec Getz Wildwood de Gigi Gryce en 1951 lors d’une séance new-yorkaise réunissant Horace Silver au piano et Jimmy Raney à la guitare. Incontestablement, Haynes a un son. Sa frappe de caisse claire, la sonorité mate de ses tambours le distingue de ses confrères. C’est la seule version de 52nd Street par Getz que nous possédons et il aura fallu attendre presque 60 ans pour l'écouter.

 

En février 1962, Stan Getz enregistrait “Jazz Samba” avec le guitariste Charlie Byrd revenu du Brésil où l’avait conduit une tournée avec son trio. Véritable triomphe commercial – il resta 70 semaines au classement du Billboard – l’album mit la Bossa Nova à la mode. Sa compagnie de disques mit donc les enregistrements du Village Gate en sommeil, préférant faire graver au saxophoniste “Big Band Bossa Nova” avec l’orchestre de Gary McFarland,  “Jazz Samba Encore” avec le guitariste Luiz Bonfá et Antonio Carlos Jobim et surtout l’album “Getz-Gilberto” avec João Gilberto*, Antonio Carlos Jobim et Astrud Gilberto, la plus grosse vente de Getz, nouveau champion du Box Office.

 

*Décédé à Rio de Janeiro à l'âge de 88 ans le samedi 6 juillet.

 

Photos © Lee Tanner & Bob Parent / Verve Records

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 10:12
Jazz : des festivals pour touristes ?

Juillet. Le temps des vacances, des festivals d’été qui couvrent la surface de l’hexagone. Il y a encore quelques années, les têtes d’affiche étaient souvent des musiciens qui avaient fait l’histoire du jazz. J’ai sous les yeux les programmes de 1989. Celui de Marciac accueillant Sonny Rollins est encore modeste comparé à aujourd’hui, mais Nice, Juan-les-Pins, Sète, Cannes, Vienne et Montpellier se partagent cette année-là Herbie Hancock et ses Headhunters, McCoy Tyner, Miles Davis, Michel Petrucciani, Nina Simone, Keith Jarrett, Dizzy Gillespie, Phil Woods, Jimmy Smith, Stan Getz, Sarah Vaughan, Chick Corea, Ahmad Jamal, Oscar Peterson, Michael Brecker et Betty Carter pour ne citer que les noms des plus célèbres. Ils font toujours rêver.

 

Trente ans plus tard, la plupart de ces grands musiciens ont disparu ou, trop âgés, ne donnent plus de concerts. Faire reconnaître son talent par un large public, peu de jazzmen y parviennent aujourd’hui. Brad Mehldau, Melody Gardot, Diana Krall et plus récemment Gregory Porter sont des exceptions. Combien d’années a-t-il fallu à Fred Hersch pour jouer dans de grandes salles ? Le musicien de jazz a surtout le club pour faire entendre sa musique. Les scènes des festivals, pas tous heureusement, l’accueillent trop souvent par défaut. Issus du rock, de la soul, du funk, de l’électro, les nouvelles stars envahissent les lieux au détriment du jazz qui peine à se vendre, à intéresser un public habitué à des rythmes simples, à des notes maigrichonnes. Le vacancier lambda qui se rend dans un festival est mieux servi que l’amateur de jazz cultivé et exigeant obligé d’éplucher les programmes pour trouver son bonheur.

 

Les clubs parisiens suffisent largement au mien. J’y écoute de la bonne musique toute l’année. Peu me chaut de courir les festivals cet été. Je préfère attendre octobre, me réserver pour Jazz en Tête, le festival de jazz qui ne programme que du jazz. Ce blog sommeillera prochainement jusqu’en septembre. J’en profiterai pour écouter de bons vieux disques qu’une actualité galopante me fait délaisser. Mes vacances : des promenades en montagne où la fraîcheur est encore possible, loin de ces festivals pour touristes qui, sous l’appellation « jazz », en proposent des ersatz indigestes.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Diana Krall à l’Olympia les 3 et 4 juillet avec Joe Lovano au saxophone, Marc Ribot à la guitare, Robert Hurst à la contrebasse et Karriem Riggins à la batterie. Du beau monde pour accompagner une chanteuse pianiste qui s’était quelque peu éloignée du jazz ces dernières années. Publié en 2017 et coproduit par Tommy Lipuma, “Turn Up the Quiet” (Verve) la vit revenir à la musique qui l’avait rendue populaire. Ses meilleurs disques sont toutefois plus anciens. Elle les enregistra avec John Clayton, Claus Ogerman, Johnny Mandel – “When I Look in your Eyes”, devenu un classique. La revoir sur une scène parisienne ne se refuse pas. À condition d’avoir le portefeuille bien rempli. Les places vont de 79,50€ à 167,50€. N’est-ce pas réellement excessif ?

 

-Ahmad Jamal à la Fondation Louis Vuitton les 4 et 6 juillet. Avec lui, sa formation habituelle : James Cammack (contrebasse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussions), musiciens parfaitement rôdés à sa musique. Âgé de 89 ans, le pianiste les laisse beaucoup jouer. “Ballades” (Jazz Village), le disque qu’il sort à la rentrée est pourtant largement constitué de morceaux en solo. Un disque consacré à quelques standards qu’il a toujours joués (Poinciana, son thème fétiche) mais aussi à de nouveaux morceaux. Parmi ces derniers, Because I Love You composé en studio et une version inédite de Marseille enregistrée lors de la séance dont résulta son album précédent.

-Un trio à découvrir au Sunset le 9 juillet dans le cadre de l’American Jazz Festiv’Halles (28ème édition). Saxophoniste ténor à la sonorité suave et au lyrisme séduisant, Chris Cheek forgea son style auprès de l’Electric Bebop Band du défunt Paul Motian. Membre des dernières formations d’Herbie Hancock, Lionel Loueke fait danser des rondes fiévreuses à ses notes, sa guitare très africaine tirant des sons venus d’ailleurs. Batteur hongrois installé aux États-Bénis d’Amérique et créateur avec Loueke du trio Gilfema, Ferenc Nemeth s’est produit en quartette au Sunside en décembre 2013 avec Loueke, Cheek et le pianiste Kenny Werner. Ceux qui étaient présents s’en souviennent encore.

-Melody Gardot à l’Olympia les 11 et 13 juillet accompagnée par une section de cordes. Il faudra casser sa tirelire pour y être présent (de 59,80€ à 111,50€ la place). Produit par Larry Klein et enregistré en analogique, “Currency of Man” (Decca) son dernier disque studio, une grande réussite, date de 2015. Après une tournée mondiale pour en assurer la promotion et un double CD pour l’immortaliser, la chanteuse s’est installée à Paris. On attend d’elle de nouveaux morceaux, un nouvel album. Melody Gardot n’a pas seulement une voix, elle compose des thèmes qui ne s’oublient pas. Ses ballades, elle sait les rendre élégantes et rêveuses. Arrangées par Clément Ducol, les cordes de “Currency of Man” renforcent leur aspect romantique. Avec de tels instruments sur la scène de l’Olympia, la chanteuse parviendra facilement à séduire.

-Charles Lloyd au New Morning le 15 dans le cadre du Festival All Stars que le club organise chaque été. Il y est attendu en quartette avec Reuben Rogers (contrebasse), Eric Harland (batterie) et le guitariste californien Julian Lage. Le saxophoniste apprécie l’instrument. Il remplace le piano dans plusieurs de ses disques. À Memphis, ville dont il est originaire, il a fréquenté Calvin Newborn, frère cadet de Phineas. Plus tard, il invitera plus tard John Abercrombie à rejoindre son groupe. Bill Frisell qu’il a rencontré en 2013 est membre de The Marvels, formation dont Rogers et Harland assurent la rythmique. Le New Morning n’a malheureusement pas de climatisation. Espérons qu’il n’y fera pas trop chaud.

 

-Molly Johnson au Duc des Lombards les 17 et 18 juillet (19h30 et 21h30). Après un long silence discographique, la chanteuse canadienne a fait paraître l’an dernier “Meaning To Tell Ya” (Belle Production), un disque produit par Larry Klein (Joni Mitchell, Melody Gardot, Madeleine Peyroux) dans lequel, outre des compositions originales, elle reprend des chansons de Gil Scott-Heron, Marvin Gaye (Inner City Blues) et Leonard Cohen (Boogie Street). Blues, soul, funk y font bon ménage. Dotée d’une voix rauque et puissante, la dame séduit par son tonus, sa gouaille, et sait mettre le public dans sa poche. Avec elle pour ces concerts parisiens, Antoine Hervé au piano, François Moutin à la contrebasse et Louis Moutin à la batterie. Un casting de luxe pour un concert groovy !

-Dirigé par le batteur Ralph Peterson, The Messenger Legacy qui rassemble six anciens musiciens des Jazz Messengers rendra hommage le 18 juillet au New Morning à Art Blakey dont on fête cette année le centenaire de la naissance. Ralph Peterson n'avait que 21 ans lorsqu'il fut choisi en 1988 par Blakey pour lui succéder. Brian Lynch (trompette) et Essiet Essiet (contrebasse) rejoignirent la même année la formation ainsi que Geoff Keezer, pianiste surdoué et enthousiasmant entendu récemment au Duc des Lombards. Membre des Jazz Messengers de 1977 à 1980, Bobby Watson (saxophone alto) en fut aussi le directeur musical. Billy Pierce (saxophone ténor) le remplaça à ce poste jusqu’en 1982.   

-Clovis Nicolas au Sunside le 18 juillet également avec son quintette Nine StoriesFabien Mary (trompette), Jon Boutellier (saxophone ténor), Tony Tixier (piano), Luca Santaniello (batterie). Publié en 2014 sur Sunnyside Records, l’album du même nom, neuf histoires ancrées dans un réjouissant bop moderne, fut dans la liste des meilleurs CD(s) de l’année établie par Downbeat Magazine. Toujours sur Sunnyside, son disque suivant, “Freedom Suite Ensuite”, fut l’occasion d’un concert au Sunside en mars 2018. Le bassiste y reprend la Freedom Suite de Sonny Rollins que ce dernier enregistra en février 1958. Des standards (Fine and Dandy de Kay Swift, Little Girl Blue de Richard Rodgers et des originaux complètent le répertoire. Installé à New-York depuis 2002, Clovis Nicolas a étudié la composition à la Juillard School et ses propres morceaux n'ont rien d'anecdotiques.

-Le 19 juillet au Duc des Lombards (concerts à 19h30 et 21h30), sous le nom de Wind Madness Trio, Luigi Grasso (saxophones soprano et baryton, clarinette basse), Géraud Portal (contrebasse) et Keith Balla (batterie) enregistrent un nouveau disque en trio. On retrouve le batteur américain dans “Invitation au Voyage” (Camille Productions), le précédent disque du saxophoniste. Publié l’an dernier, il fait appel à une instrumentation plus conséquente, sa musique, ancrée dans la tradition du jazz, révélant le talent d’arrangeur d’un musicien voyageur peaufinant des compositions aux couleurs très soignées. En trio, sans piano ni guitare pour asseoir l’harmonie, la musicale sera sûrement différente. Laissez-vous donc surprendre !

-Ronnie Lynn Patterson en trio au Sunset (20h30) le 25. Né le 7 mars 1958 à Wichita dans le Kansas, le pianiste vit à Paris depuis plus de trente ans sans trop faire parler de lui. En octobre 2008, un New Morning enthousiaste fêtait la sortie de son album “Freedom Fighters” (Zig-Zag Territoires). Deux ans plus tard, Jean-Jacques Pussiau faisait paraître “Music” sur le label OutNote dont il s’était vu confier la direction artistique. Ce dernier avait auparavant coproduit un autre opus de Ronnie Lynn, “Mississipi”, sur le défunt label Night Bird. Trois disques qui suffisent à garder en mémoire un pianiste exigeant au langage aussi poétique que personnel. Avec “The Music of my Teens”, son nouveau projet, il se penche aujourd’hui sur les musiques qui ont marqué sa jeunesse, des morceaux du groupe Earth Wind and Fire, de George Benson, de Charlie et Eddie Palmieri, des Doors et de quelques autres. Pour accompagner ses claviers (piano et Fender Rhodes), deux musiciens à découvrir : Raymond Doumbé (basse, voix) et Étienne Brachet (batterie).

-Fred Nardin au Duc des Lombards les 26 et 27 juillet (19h30 et 21h30). Le pianiste y est attendu en trio avec Thomas Bramerie (contrebasse) et Leon Parker (batterie) le 26. Or Bareket, le bassiste des deux albums du pianiste, remplacera Bramerie le 27. Lauréat du très convoité Prix Django Reinhardt en 2016, Fred Nardin interprétera de larges extraits de “Look Ahead” (Naïve), son disque le plus récent. Commercialisé en mars, il contient une reprise de One Finger Snap, un thème d’Herbie Hancock abordé sur tempo rapide. Fred apprécie la vitesse. Jamais loin du blues, sa propre musique reste ancrée dans la tradition du jazz. Pianiste véloce et audacieux, il sait aussi poser de belles couleurs sur ses compositions, les truffer d’harmonies délicates. Souvent lumineuses, ses notes peuvent aussi provoquer l’émotion.

Inauguré le 23 juillet par des concerts en trio de Baptiste Trotignon, le Festival Pianissimo qu’organise chaque année le Sunside se poursuivra tout le mois d’août. On consultera le programme complet de cette 14ème édition sur le site du club. Les concerts des pianistes dont les noms suivent méritent une attention particulière. Sauf ceux qui réunissent Sullivan Fortner et Cécile McLorin Salvant, ils sont tous à 21h00.

 

-Emmanuel Borghi avec Gilles Naturel (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie) le 30 juillet. Laurent Fickelson avec Thomas Bramerie (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie) le 31 juillet. Jean-Michel Pilc avec François Moutin (contrebasse) et Louis Moutin (batterie) le 1er août. Pierre de Bethmann avec Sylvain Romano (contrebasse) et Tony Rabeson (batterie) le 10 août. Sullivan Fortner en duo avec la chanteuse Cécile McLorin Salvant le 13 août (deux concerts à 19h30 et à 21h30). René Urtreger avec Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu (batterie) les 16 et 17 août. Guillaume de Chassy en solo le 21 août dans le répertoire de son dernier disque consacré à Barbara.Manuel Rocheman avec Mathias Allamane (contrebasse) et Matthieu Chazarenc (batterie) le 23 août pour un hommage à Michel Petrucciani. Le New Monk Trio de Laurent de WildeJérôme Regard (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) – le 24 août.      

    

-Olympia : www.olympiahall.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Ahmad Jamal © Studio Harcourt – Molly Johnson © Chris Nicholls – Clovis Nicolas © Ingrid Hertfelder – Ronnie Lynn Patterson, Fred Nardin © Philippe Levy-Stab – Sullivan Fortner & Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton – Vienne : le Théâtre Antique pendant le Festival, Lionel Loueke, Ferenc Nemeth & Chris Cheek / Charles Lloyd / The Messenger Legacy © Photos X/D.R.

Partager cet article
Repost0
14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 09:51
Dan TEPFER “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc)

Après avoir exploré dans “Eleven Cages” (Sunnyside 2017), son disque précédent, la malléabilité du temps musical, ce battement de vide et de plein qui s’étire comme un ruban de caoutchouc et que l’on peut remplir de notes ou de silence, Dan Tepfer, pianiste mais aussi astrophysicien de formation, propose avec “Natural Machines” un album solo révolutionnaire sur lequel il improvise sur des algorithmes de sa création. La musique et les images qui en résultent sont enthousiasmantes.

Son seul instrument : un Disklavier, piano à queue relié et piloté par un ordinateur portable que Yamaha commercialisa en 1987. Utilisant la technologie solénoïde (dispositif constitué d’un fil électrique enroulé hélicoïdalement de façon à former une bobine parcourue par un courant produisant un champ magnétique) et des capteurs électroniques, l’instrument est une sorte de piano mécanique au sein duquel un programme informatique remplace les rouleaux mécaniques qui jadis en permettaient le fonctionnement. Dan Tepfer découvrit le potentiel créatif du Disklavier il y a cinq ans. Enthousiasmé, il se mit à écrire des programmes qui permettent de réagir en temps réel à ses improvisations, à une musique créée intuitivement. Programmés par Dan, des algorithmes analysent ce qu’il est en train de jouer et renvoient une réponse au piano, les touches de l’instrument, prédéterminées par des règles précises, s’activant d’elles-mêmes. Sa musique peut ainsi être répétée comme dans un jeu de miroir, les aigus devenir graves, les graves devenir aigus. La note jouée en actionne une autre sans que votre doigt n’ait eu besoin de se poser sur le clavier. Selon les instructions communiquées à l’ordinateur, l’instrument peut par exemple jouer la même note une octave plus basse, le pianiste dialoguant ainsi avec lui-même. Les harmonies de All the Things you Are de Jerome Kern, seul standard de l’album, font naître un contrepoint polyphonique, un canon à l’octave. On pense à Jean-Sébastien Bach auquel Dan a consacré un album à ses “Variations Goldberg”. Le même procédé est repris dans Inversion et Metricmod, deux pièces spectaculaires sur le plan sonore, comme si plusieurs pianistes improvisaient sur un même thème.

Dan TEPFER “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc)

Dans ce jeu formel, l’improvisateur réagit en temps réel à la musique qui lui est renvoyée et dont il a programmé les règles. Il est libre d’inventer mais dans le cadre précis qu’il a préalablement fixé à chaque pièce. Les onze morceaux de “Natural Machines” ont été enregistrés en une seule prise. Comme son nom l’indique, Looper repose sur la mise en boucle de phrases musicales. Dans ce long morceau, de féériques tintinnabulements de notes introduisent une mélodie inoubliable qui surgit peu avant la coda. Car les algorithmes qui structurent chaque morceau n’empêchent nullement Dan Tepfer de faire preuve de lyrisme. Les effets de tremolo qui donnent son nom à une de ses compositions servent et transcendent un thème admirable. Triadsculpture, le seul dans lequel le pianiste introduit des sonorités électroniques est également très beau.

Ajoutons que la musique de “Natural Machines” est non seulement sonore mais visuelle. Le programme créé par Tepfer génère aussi des projections algorithmiques, formes géométriques en mouvement qui sous-tendent la structure musicale de chaque pièce : sa hauteur, sa dynamique, son attaque, son rythme, son harmonie. On en visionnera les images sur YouTube : www.dantepfer.com/naturalmachines. Outre la sortie de l’album le 14 juin, un site sur lequel Dan Tepfer travaille actuellement permettra de le découvrir en réalité virtuelle. Soutenu par la Fondation BNP Paribas, une expérience interactive intégrale sera tentée le 25 juin prochain au Café de la Danse. Chaque spectateur se verra remettre un Google cardboard lui permettant, via son smartphone, de rentrer le temps de quelques morceaux dans un monde tridimensionnel. On ne manquera pas ce concert événement.

 

Photo pochette “Natural Machines” © Josh Goleman - Autres photos © Dan Tepfer

Partager cet article
Repost0
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 10:40
Basses consacrées

Juin. Pas plus d’une soixantaine de personnes au Sunside le 10 mai pour écouter le pianiste Marc Copland en solo. Consacré à Gary Peacock, “Gary” (Illusions Music), son dernier disque, a pourtant été salué par une critique unanime. Pas un seul journaliste dans la salle. Où étaient-ils tous passés ? Gary Peacock et Ron Carter sont deux des grands contrebassistes historiques de la saga du jazz. Né le 12 mai 1935, le premier a deux ans de plus que le second. Né le 4 mai 1937, Ron est toutefois beaucoup plus célèbre que Gary. Sa participation au second quintette de Miles Davis de 1963 à 1968 a fait de lui une star. On s’entassait le 28 mai au New Morning pour écouter « le bassiste de Miles Davis » comme me l’ont confié certains jeunes venus l’applaudir. Renee Rosnes, sa pianiste, ils n’en avaient jamais entendue parler. C’est pourtant en partie grâce à elle que la musique du quartette est si attractive. Ron Carter fut l’un des premiers à reconnaître son talent. Il joue sur son premier album, un enregistrement de 1989 paru sur le label Somethin’Else.

 

Gary Peacock a lui-aussi participé à bien des aventures musicales, en Allemagne, en Californie, à New York et au Japon où il séjourna, étudiant la philosophie zen. Toujours actif, il a remonté un trio avec lequel il enregistre pour ECM. Le pianiste en est Marc Copland. En 1998, retrouvant Paul Bley et Paul Motian avec lesquels il avait gravé “Paul Bley With Gary Peacock”, l’un des premiers albums de la firme munichoise, Gary enregistra pour ECM “Not Two, Not One”, l'un des meilleurs opus du trio. Une tournée fut organisée l’année suivante. En mars 1999, le concert qu’ils donnèrent en Suisse à Lugano fut enregistré. ECM le sort aujourd’hui. Dans “When Will The Blues Leave”, la contrebasse de Peacock dialogue constamment avec les notes rêveuses et tendres d’un piano étonnamment lyrique. Ce disque, l’une des pièces maîtresse de la discographie des trois hommes, est l’un des plus beaux publiés cette année. Vous en lirez ma chronique dans le numéro de juin de Jazz Magazine.

 

Beaucoup de concerts ce mois-ci et nombre d’entre eux interpellent. Ne manquez surtout pas celui, interactif, que donnera Dan Tepfer au Café de la Danse le 25 juin. Il y fêtera la sortie de “Natural Machines” (Sunnyside), un disque né des improvisations du pianiste en interaction avec des programmes informatiques de sa propre création. Il comprend onze morceaux simultanément composés et enregistrés en une seule prise sur un seul instrument, un Disklavier, piano mécanique créé par Yamaha. Des images envoûtantes créées par les algorithmes de Tepfer accompagneront ce concert événement.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Le saxophoniste Luigi Grasso (alto et baryton) au Sunset le 1er juin (21h00) pour une “Invitation au Voyage” qui donne son nom à l’album remarqué et remarquable qu’il a publié l’an dernier sur le label Camille Productions (distribution Socadisc). Avec lui : Balthazar Naturel (saxophone ténor et cor anglais), Armand Dubois (cor), Thomas Gomez (sax alto), Émilien Veret (clarinette basse), Géraud Portal (contrebasse) et Lucio Tomasi (batterie). Une instrumentation inhabituelle pour habiller les onze récits sonores que les nombreux pays qu’il a visités lui ont inspiré. Bop, swing, cool, sa musique est aussi un voyage au pays du jazz. Portée à l’échelle orchestrale, bénéficiant de splendides arrangements, sa musique ancrée dans la tradition du jazz affiche une modernité intemporelle.

-Au Triton le 7 (20h30), le pianiste Emmanuel Borghi et son trio – Jean-Philippe Viret à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie – invitent Géraldine Laurent (saxophone alto) afin de croiser leurs répertoires respectifs. Loin de la musique de Magma dont il fut le pianiste pendant plus de dix ans ou de celle de son épouse Himiko dans laquelle il s’implique activement, Emmanuel a fait paraître l’an dernier “Secret Beauty”, un disque de jazz acoustique très réussi dont les plus curieux d’entre vous liront la chronique dans le numéro 705 (mai 2018) de Jazz Magazine. L’amateur de jazz connaît sans doute mieux les disques et les musiques de Géraldine Laurent qui, outre des compositions personnelles, a consacré un opus à celles de Gigi Gryce et aime reprendre des standards. Fin mélodiste, Emmanuel Borghi a lui-aussi son jardin secret. Ses morceaux élégants nous conduisent dans les terres harmoniques de Bill Evans et de McCoy Tyner et font battre le cœur.

-Le 7 et le 8 à 21h00, Vincent Bourgeyx fête au Sunside la sortie de “Cosmic Dream”, un album en quartet publié sur le label Paris Jazz Underground (L’autre distribution). Avec lui David Prez, le saxophoniste de son disque et une autre rythmique, Darryl Hall (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) remplaçant Matt Penmann et Obed Calvaire qui l’accompagnent également dans “Short Trip”, son disque précédent. Musicien énergique, David Prez peut être d’un grand lyrisme lorsqu’il joue des ballades ou lorsque le morceau qu’il interprète possède une mélodie qui lui permet de faire chanter son saxophone. “Cosmic Dream” en renferme quelques-unes, Antoine’s Song notamment. Vincent Bourgeyx y joue un piano raffiné bien trempé dans le blues. Il cultive aussi la mémoire du jazz dont il reprend quelques standards, In Fall In Love Too Easily et I Love Paris qu’il habille d’harmonies chatoyantes. Compositeur habile, il signe également quelques pièces attractives, Cosmic Dream for Blue Shoes également en trio, Dong qui permet à Matt Penmann, son bassiste, de s’exprimer en soliste, Obed Calvaire, son batteur, faisant de même dans Too Much Love, un morceau au rythme latin et aux notes généreuses. Belles versions de Lush Life (Billy Strayhorn) et de Peace (Horace Silver), deux standards que Vincent Bourgeyx reprend dans le disque du coffret “At Barloyd’s” (Jazz&People) consacré à son piano.

-Le batteur Guilhem Flouzat en trio au Duc des Lombard le 7 et le 8 (19h30 et 21h30) avec lui Desmond White, son bassiste habituel, et Sullivan Fortner qui effectue actuellement une tournée avec Cécile McLorin Salvant. Avec eux, Guilhem a enregistré pour Sunnyside en octobre 2016 un album mémorable, “A Thing Called Joe”. Entièrement consacré à des standards –  des mélodies naguère popularisées par Frank Sinatra, Doris Day, Peggy Lee et Ella Fitzgerald (A Thing Called Joe, est tiré de la comédie musicale “Cabin in the Sky) et des œuvres composées par Thelonious Monk, Jaki Byard et Joe Zawinul –, le disque met particulièrement en valeur le magnifique piano de Fortner qui, avec “Moments Preserved” publié l’an dernier sur le label Impulse!, a depuis confirmé qu‘il est un des grands de l’instrument.

-L’octet de Fabien Mary au Sunset le 8 (21h30). Souvent nominé pour le Prix Django Reinhardt dont il fut cinq fois finaliste, le trompettiste a toutefois été récompensé l’an dernier par l’Académie du Jazz en obtenant le Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” édité sur le label Jazz&People. Huit morceaux inspirés par ses pérégrinations new-yorkaises qu’il composa et arrangea après une mauvaise chute en se servant de sa main gauche. Un standard, All the Things You Are, s’ajoute au répertoire de ce disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui rassemble d’excellents musiciens. Jerry Edwards (trombone), Pierrick Pédron (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor et flûte), Fred Couderc (saxophone baryton), Hugo Lippi (guitare), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) seront avec Fabien Mary sur la scène du Sunset pour le jouer.  

Basses consacrées

-Soirée d'inauguration d'Open Ways Productions le 12 au Studio de l’Ermitage (21h00). Cette nouvelle agence de diffusion artistique a pour but de promouvoir une partie des projets musicaux du bassiste Claude Tchamitchian, du violoniste Régis Huby et du pianiste Bruno Angelini. À cette occasion, Claude Tchamitchian ouvrira le concert en solo. Comprenant Bruno Chevillon (contrebasse) et Michele Rabbia (batterie), le trio de Régis Huby lui succédera, puis le Open Land Quartet de Bruno Angelini au sein duquel officient Régis Huby, Claude Tchamitchian et le batteur Edward Perraud. Des instruments de peaux, de bois, et de métal entremêlent leurs timbres et leurs couleurs dans un  jazz de chambre mélodique largement ouvert à l’improvisation, une musique apaisée et lyrique traduisant l’univers poétique du pianiste. “Open Land” est aussi le nom du second album de la formation, l’un de mes 13 Chocs de l’an dernier.

-Chuck Israels au Sunside le 13 (21h00) pour un « Tribute to Bill Evans » avec Manuel Rocheman au piano) et Matthieu Chazarenc à batterie. Succédant à Scott LaFaro, Chuck fut pendant trois ans le contrebassiste du trio d’Evans. Il lui a rendu hommage en 2013 avec “Second Wind”, un album confidentiel en partie consacré à ses compositions et qu’il a magnifiquement arrangé. Après avoir joué avec George Russell, Cecil Taylor, Eric Dolphy, Stan Getz, Jay Jay Johnson et Gary Burton, il se consacre depuis quelques années à l‘écriture et à l’enseignement. Ses concerts en Europe se font rares. Sa présence sur une scène parisienne est donc un événement.

-Ceux qui la connaissent l’appellent par son prénom : Aniurka. Née à Santiago de Cuba, Aniurka Balanzó Palacios y apprit le théâtre, le chant et la danse qu’elle enseigne en France depuis qu’elle s’y est installée il y a une vingtaine d’années. Elle possède une bien jolie voix, sort un premier opus sous son nom et sera sur la scène du Studio de l’Ermitage le 18 juin avec Stéphane Belmondo en invité et quelques musiciens de son disque : Anthony Hocquard (guitare et tres), Alain Bruel (accordéon), Maurizio Congiu (contrebasse), et Inor Sotolongo (percussions). Arrangées par les guitaristes Marcos Atalo et Rey Ugarte, neuf des dix chansons de “Poder Volar” (Ilona Records / L’autre distribution) ont été enregistrées à La Havane. Les voix et le morceau Cantos de Luna au Studio Recall de Pompignan par Philippe Gaillot qui a réalisé le mixage et le mastering de l’album. Exprimant le pouvoir du rêve et de l’évasion et confié à deux guitares, Poder Volar (Pouvoir voler) interpelle par sa touchante simplicité. Les autres ballades – Cantos de Luna, Los Dias –, possèdent également un fort pouvoir de séduction, tout comme l’ensemble du répertoire de cet album ensoleillé, éventail coloré et sensuel de musiques afro-cubaines (son, bolero, le morceau Paraiso relevant du reggae) aux orchestrations très soignées.

-Marie Mifsud au Sunside le 20 à 21h00 dans le cadre de la 22ème édition du festival de jazz vocal qu’organise le club. Après un court album autoproduit, elle vient d’enregistrer son vrai premier disque au Studio Recall, Philippe Gaillot se chargeant bien sûr de la prise de son. Il vous faudra patienter quelques mois pour l’écouter. En attendant ne manquez pas ses concerts car la scène est bien le royaume de cette chanteuse féline qui escalade les octaves, rugit et murmure, se joue des mots qu’elle rythme de sa voix et donne beaucoup à son public. Ses textes pleins de malice, elle les écrit avec Adrien Leconte, son batteur, qui les met en musique et elle les chante sur scène avec une énergie peu commune. Quentin Coppale (flûte), Tom Georgel (piano) et Victor Aubert (contrebasse) complètent la formation. Rock, jazz, tango, ballades langoureuses, c’est la fête de la musique.

-La musique se fête aussi le 21 au Sunside à partir de 18h00 (entrée gratuite). Fasciné par Nat King Cole dont il rendra hommage à 19h30, l’excellent pianiste et chanteur Pablo Campos qui s’est fait remarqué l‘an dernier par un album en trio avec Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie), “People Will Say” (JazzTime records), animera la soirée jusqu’à 22h30 avec Samuel Hubert (contrebasse) et Romain Sarron (batterie), Louis Armstrong et Frank Sinatra étant également à l’honneur dans un répertoire 100% jazz. À partir de 22h30 jusqu’à tard dans la nuit, la pianiste Ramona Horvath et ses musiciens – Nicolas Rageau (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie) – célébreront Duke Ellington en reprenant ses albums “The Duke Plays Ellington”, “And His Mother Called Him Bill” (à 23h50) et “The Great Paris Concert” (à 01h30).

-Le pianiste catalan Ignasi Terraza en trio au Duc des Lombards le 22 avec Pierre Boussaguet (contrebasse) et Esteve Pi (batterie), musiciens avec lesquels il s’est déjà produit au Duc en 2013. Il a également enregistré avec eux en 2010 un album à l’hôtel Sheraton de Bangkok. Ce grand pianiste catalan (et non-voyant) en a sorti beaucoup sur le label Swit Records. On les trouvait chez Crocojazz, l’antre de l’ermite de la montagne Sainte-Geneviève, Gilles Coquempot, qui a prit sa retraite. Sur Swit, Ignasi Terraza vient de publier début juin “High Up on the Terraza”, un opus en trio avec Pierre Boussaguet et le batteur Victor Jones. Qui aura la bonne idée de le distribuer en France ? Ici, on ne sait toujours pas qu’il est l’un des meilleurs pianistes européens, l’un de ceux qui réinvente les standards qu’il reprend tout en respectant leurs mélodies, l’un de ceux qui donnent encore un souffle au jazz tout en entretenant sa mémoire.

-Laurent de Wilde retrouve le Duc des Lombards les 24, 25 et 26 juin (19h30 et 21h30). Jérôme Regard sera son bassiste les deux premiers soirs et Bruno Rousselet le dernier, Donald Kontomanou complétant les deux trios à la batterie. À l’occasion du centenaire de la naissance de Thelonious Monk, Laurent a enregistré il y a deux ans avec Jérôme et Donald un album respectueusement décalé qui fit grand bruit. “New Monk Trio” (Gazebo) obtient la même année le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. Son répertoire, Laurent de Wilde l’a beaucoup joué. Au Duc, c’est celui d’“Over the Clouds” (2012) qu’il reprendra. Laissons lui le temps d’enregistrer le prochain. On patientera en relisant son dernier livre, “Les Fous du son”, récemment paru en poche (Folio), idéal pour s’instruire en vacances.

-Le 25 juin, Dan Tepfer présentera à 20h00 au Café de la Danse “Natural Machines” (Sunnyside / Socadisc), un nouvel album en solo multimédia et multi-sensoriel dans lequel le pianiste improvise sur des algorithmes sonores de sa création avec un Disklavier Yamaha comme seul instrument. Ces derniers activent les notes de son clavier et répondent instantanément à la musique qu’il joue en temps réel. Dan Tepfer a également conçu des algorithmes permettant de convertir sa musique en images, formes abstraites que l’on peut visionner dès à présent sur YouTube. Chaque personne présente au Café de la Danse recevra un Google Cardboard, permettant de transformer son smartphone en dispositif de réalité virtuelle. L’auditeur se trouvera alors à l’intérieur des mondes trois-dimensionnels générés par la musique. C’est complexe, je vous l’accorde, mais le résultat est stupéfiant de musicalité.

“Natural Machines” sort le 14 juin. Chronique prochaine dans ce blogdeChoc.

-Dans le cadre de l’American Jazz Festiv’Halles (28ème édition) Lew Tabackin est attendu au Sunset les 28 et 29 juin (21h30) avec Philippe Aerts à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie. Le 29, il invite le pianiste Alain Jean-Marie à rejoindre son trio. Né à Philadelphie en 1940, le saxophoniste, soixante-dix-neuf ans depuis le 26 mai, reste surtout connu pour son association avec la pianiste Toshiko Akiyoshi, son épouse avec laquelle il codirigea un célèbre grand orchestre. Il poursuit depuis quelques années une carrière sous son nom, tant au ténor qu’à la flûte, son second instrument, dont il reste l’un des meilleurs spécialistes.

-Laurent Cugny en quintet au Sunside le 29 juin (21h00) pour jouer la musique de la première période électrique de Miles Davis, celle qui a vu naître avant un silence discographique de six ans “In a Silent Way”, “Bitches Brew” et plusieurs autres chefs-d’œuvre du jazz fusion. Laurent a publié en 1993 chez André Dimanche un petit ouvrage très documenté sur cette période particulièrement créative du trompettiste qui court de 1968 à 1975, moment fort de l’histoire du jazz. “Électrique Miles Davis” vient d’être réédité aux Éditions Universitaires de Dijon avec une nouvelle préface. L’occasion était trop bonne pour Laurent qui a malheureusement dû dissoudre son big band, le Gil Evans Paris Workshop, de réunir autour de ses claviers Martin Guerpin (saxophones), Frédéric Favarel (guitare), Frédéric Monino (basse) et François Laizeau (batterie).

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

 

Crédits photos : “When Will The Blues Leave” © Catherine Peillon/ECM – Fabien Mary © Agata Wolanska – Open Land Quartet © Frédéric Leloup – Chuck Israels, Marie Mifsud, Lew Tabackin, Laurent Cugny © Philippe Marchin – Laurent de Wilde © Sylvain Gripoix – Dan Tepfer © Josh Goleman – Luigi Grasso, Emmanuel Borghi, Guilhem Flouzat avec Sullivan Fortner & Desmond White, Pablo Campos  © Photos X/D.R.

Partager cet article
Repost0
23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 09:01
Jan HARBECK Quartet : “The Sound The Rhythm” (Stunt / UVM)

Loin de la musique de Paul Motian ou de celle du trio ORBIT dont je vous ai récemment entretenu, le saxophoniste danois Jan Harbeck publie un disque de jazz classique que l’on peine à croire venu du froid tant il dégage de chaleur. Membre de plusieurs formations dont celle du batteur Snorre Kirk – son disque “Beat” a manqué de peu l’an dernier le Grand Prix de l’Académie du Jazz –, Jan Harbeck, né en 1975, brille aussi avec la sienne, un quartette avec lequel il a enregistré quatre albums. L’un d’entre eux, “Variations in Blue” accueille le saxophoniste Walter Smith III, l’un des meilleurs ténor américain. Toujours en 2018, Harbeck et Henrik Gunde, son fidèle pianiste, ont remporté conjointement le Prix Ben Webster, l’une des plus prestigieuses récompenses musicales du royaume du Danemark.

C’est autour du saxophoniste Ben Webster (1909-1973) que s’organise le répertoire de ce nouvel album. Originaire de Kansas City, ce dernier fit partie des orchestres de Fletcher Henderson, Duke Ellington et Count Basie (pour ne citer qu’eux) et termina sa carrière à Copenhague où il s’installa en 1969. Une rue porte aujourd’hui son nom. Il enregistra plusieurs disques au Jazzhus Montmartre, le plus célèbre club de jazz de la ville. Lui rendre hommage était tentant pour Jan Harbeck. Le concert qu’il donna avec Henrik Gunde au cours de la cérémonie de remise du Prix Ben Webster comprenait plusieurs morceaux de ce dernier, pourquoi ne pas les enregistrer. “The Sound The Rhythm” en contient quatre. Les six autres sont de Harbeck qui, outre les membres de son quartette – Gunde au piano, Eske Nørrelykke à la contrebasse et Anders Holm à la batterie –, invite un second batteur, Morten Ærø, à rythmer deux plages, le saxophoniste alto Jan Zum Vohrde lui donnant la réplique sur I’D Be There, un thème co-signé par Webster et Johnny Hodges.

Comme Ben Webster, Jan Harbeck est un amoureux de la mélodie. Il la célèbre, la chante, enroule ses notes autour d’elle. Chaudes, suaves, enveloppantes, il nous les souffle à l’oreille. Webster excellait dans les ballades. Harbeck fait de même. Dans le mélancolique Tangorrus Field qu’il introduit brièvement en solo, il les étale, leur donne la douceur du velours. Un peu en retrait, le doigté caressant, Henrik Gunde, son pianiste, espace les siennes pour mieux faire ressortir celles du saxophone ténor. Une autre ballade leur est réservée. Introduite par un clin d’œil à Chopin, Circles envoûte par sa mélodie. C’est le seul duo de l’album et le plaisir que les deux hommes éprouvent à la jouer s’entend dans le choix de leurs notes, la délicatesse de leurs ornementations. L’arrangement de I’D Bee There est particulièrement soigné. Webster le joue en sextet avec Hodges dans “The Complete 1960 Jazz Cellar Session” (Solar Records). Harbeck le reprend avec Jan Zum Vohrde. Les deux saxophones (alto et ténor) jouent à l’unisson sa délicieuse mélodie, improvisent avec le piano des variations qui enchantent. Composé par Billy Strayhorn, Johnny Come Lately nous est familier. Harbeck, souffle et chuchote des phrases tendres, lyriques, aériennes et sensuelles.

S’il chérit le son, Jan Harbeck ne délaisse pas le rythme. Celui chaloupé de Woke Up Clipped que Ben Webster enregistra en 1944, est propice au déhanchement, à la danse. Les deux batteurs qui accompagnent le ténor sont toutefois beaucoup plus présents dans Shorty Gull que Webster interprète également avec Hodges au Jazz Cellar de San Francisco. Anders Holm et Morten Ærø ne rythment pas seulement l’improvisation fiévreuse d’Harbeck qui semble activée par un feu intérieur. Ils la commentent, dialoguent avec son saxophone, l’inattendu surgissant de leurs échanges. Introduit par le piano d’Henrik Gunde, Blues Crescendo évoque bien sûr le célèbre Crescendo in Blue de Duke Ellington. Bien que tout feu tout flamme dans l’exercice, Jan Harbeck, n’aligne toutefois pas vingt-sept chorus de ténor comme le fit Paul Gonsalves, un autre admirateur de Webster, au festival de Newport en juillet 1956.

 

Indissociable de cette musique, le blues y est partout présent. Dans ce Blues Crescendo vitaminé mais aussi dans Poutin’, un autre thème de l’oncle Ben, et Tail That Rhythm, le morceau de bravoure de l’album. D’un ténor volubile, d’un piano que titille ici la prouesse, les notes fusent, syncopées, le jazz en fête se fait swing. Intemporel, fier de ses racines, il est jubilatoire dans la patrie d’Hamlet.

 

Photos : Jan Harbeck Quartet © Søren Wesseltoft – Henrik Gunde & Jan Harbeck © Photo X/D.R. 

Partager cet article
Repost0
15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 09:50

Deux trios, piano, contrebasse, batterie, dont le jazz exigeant demande des oreilles attentives. Leurs pianistes ont tous les deux joué avec le regretté Paul Motian (1931-2011). Stéphan Oliva a enregistré deux disques avec lui, “Fantasm” en 1999 pour BMG, et “Intérieur Nuit” en 2001 pour Night Bird, deux opus produits par Jean-Jacques Pussiau. Motian est le batteur de “Dreamer” (Double-Time 2000) et de “As It Grows” (hatHOLOGY 2002) deux albums que Russ Lossing a publié sous son nom. Ce dernier a joué avec lui pendant douze ans et a souvent harmonisé ses compositions, mis des accords sur ses mélodies, des thèmes dont certains sont aujourd’hui des standards. Il en reprend quelques-uns en trio dans “Motian Music” après l’avoir fait en solo en 2012 dans “Drum Music”, deux disques du label Sunnyside. ORBIT, dont Stéphan Oliva est le pianiste, propose une autre musique, mais les deux trios ont réalisé leurs albums dans les mêmes conditions qu’un live, ce que faisait Motian lorsqu’il était en studio. En outre, Russ Lossing a enregistré son album d’un seul tenant, ses musiciens et lui ne s’accordant aucune pause entre les morceaux. Son disque respecte l’ordre dans lequel ils ont été joués.

ORBIT (Yolk Music / L’autre distribution)

Stéphan Oliva au piano, Sébastien Boisseau à la contrebasse et Tom Rainey à la batterie soit le trio ORBIT associant le O d’Oliva, le R de Rainey et le B de Boisseau aux initiales I.T.,  (International Trio). Un nom bien choisi car, en orbites les uns autour des autres, nos trois musiciens mettent en commun leur expérience pour faire œuvre commune. Comme je l’ai signalé, ils ont enregistré leur album comme s’ils donnaient un concert, effectuant des prises entières de chaque morceau quitte à les refaire entièrement lorsqu’ils n’en étaient pas complètement satisfaits. La musique acquiert ainsi spontanéité et fraîcheur. Quant au répertoire du disque, des compositions déjà anciennes d’Oliva et Boisseau, il a été choisi en pensant spécifiquement à Tom Rainey, aux timbres de sa batterie, à sa précision rythmique, aux couleurs qu’il pose sur la musique. Split Screen, une improvisation en solo d’Oliva pour son disque “Cinéma Invisible” (Illusions Music), reflète d’emblée l’interaction qui règne au sein du collectif. Abordé sur tempo rapide, cette pièce complexe fait entendre des échanges aussi fluides qu’énergiques, les musiciens s’écoutant constamment les uns les autres dans un trio qui, loin d’être celui d’une personne, appartient à eux trois.

Dans l'orbite de Paul Motian

La frappe de Tom Rainey donne aussi un certain tonus à Cercles de Stéphan Oliva, à la seconde partie d’Inflammable, une composition de Marc Ducret. La longue introduction onirique de Wavin, Le Tourniquet et ses harmonies flottantes inattendues, la première partie d’Inflammable, pièce dans laquelle les notes perlées du piano évoquent des goutes d’eau, s’affranchissent du rythme. Comme le faisait si bien Paul Motian, le batteur caresse alors les peaux de ses tambours, le métal de ses cymbales, les frotte, les gratte, en tire des sons et des couleurs qu’il courbe, plie et module à volonté. Spirales qu’Oliva interprète avec Motian dans “Intérieur Nuit”, Polar Blanc et bien sûr le concentrique Around Ornette permettent au trio d’exprimer un jeu plus libre et plus abstrait, une musique bouillonnante et en mouvement, sans que leur cohésion ne soit prise en défaut. Musicien atypique, prospecteur de nombreux champs musicaux, Stéphan Oliva fait preuve d’un grand lyrisme dans Gene Tierney, un portrait de l’actrice qu’il a souvent joué en solo et dans lequel Sébastien Boisseau, adoptant un jeu mélodique, fait chanter sa contrebasse. Confiées à son instrument, à un sorcier du piano et au jeu ouvert et protéiforme d’un batteur inspiré, les compositions du bassiste (Wavin, Le Tourniquet, Lonyay Utça), nous mènent ailleurs, en des contrées inexplorées.

 

Concert du trio ORBITStéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse) et Tom Rainey (batterie) – le samedi 18 mai au Studio 104 de Radio France (20h30) dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif présentée par Arnaud Merlin.

Russ LOSSING : “Motian Music” (Sunnyside / Socadisc)

Nonobstant le fait d’avoir été l’un des pionniers de la batterie moderne et l’un de ses premiers batteurs mélodiques, Paul Motian fut un important créateur de thèmes. Abacus, Mumbo Jumbo, Conception Vessel, en sont les plus célèbres. Russ Lossing les connaît bien pour les avoir souvent joués sous la direction du batteur, dans son appartement de Central Park West, les mettant en forme, leur choisissant des couleurs, des harmonies. En même temps qu’un album en trio presque entièrement consacré à des standards – “Changes” (SteepleChase) dont vous trouverez sous ma plume la chronique dans le numéro de mai de Jazz Magazine – sort ce “Motian Music” entièrement consacré aux musiques du batteur, des thèmes souvent très simples qui parlent au pianiste et sur lesquels il pose des improvisations nouvelles et imprévisibles.

 

Paul Motian composait deux sortes de thèmes : des mélodies et des sortes de ritournelles, miniatures abstraites sans vraies structures harmoniques mais offrant de nombreuses possibilités à l’improvisateur. Pour les jouer, prolonger leur thématique, les faire revivre autrement, Russ Lossing fait ici appel à Masa Kamaguchi, dont la contrebasse mélodique dialogue souvent avec lui (notamment dans Introduction et Abacus que Motian a souvent enregistré), et au batteur Billy Mintz, musiciens avec lesquels il travaille depuis plus de vingt ans et qui offrent une rythmique très souple à son piano volubile, Fiasco, une pièce vive et abstraite au foisonnement sonore impressionnant – la basse y bourdonne, les cymbales y crépitent – en est le meilleur exemple. De ces thèmes parfois embryonnaires (celui de Dance que l’on peine à discerner), Lossing tire des variations singulières. Boomerang, une pièce quelque peu monkienne qui fait la part belle aux dissonances, Mumbo Jumbo dans lequel la musique afro-cubaine et le free jazz se tendent la main (Bill Frisell et Thomas Morgan l’interprètent dans “Epistrophy” leur nouveau disque ECM), génèrent d’étonnants commentaires pianistiques.

 

Souvent repris – Enrico Pieranunzi nous en donne une version mémorable dans “Untold Story” (IDA), un disque dont Paul Motian est le batteur –, Abacus, une ritournelle, est particulièrement propice au jeu rubato du pianiste qui le reprend de manière très libre avant d’en faire chanter les notes avant la coda. Asia, Introduction, Etude et Psalm, des morceaux mélodiques, des pièces lentes et délicates, donnent à l’album sa respiration et sont d’un abord plus facile. Etude, une pièce modale de forme circulaire au tempo très lent que Masa Kamaguchi introduit longuement inspire à Russ Lossing de belles variations harmoniques. Asia qui ouvre le disque surprend par son lyrisme. Contrebasse et piano chantent de concert sa ligne mélodique, l’habillent d’harmonies chatoyantes. Psalm, enfin et sa petite mélodie répétitive, un lent va-et-vient de notes espiègles et séduisantes, suspend le vol du temps et avec lui le flux musical d’un disque qui donne beaucoup à entendre.

 

Photos : Paul Motian © Wall Street Journal – ORBIT Trio © Olivier Charles Degen – Russ Lossing © russlossing.com

Partager cet article
Repost0
2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 09:01
Une affaire de goûts

Mai. Il pleut des concerts sur Paris et ceux qui m’interpellent sont plus nombreux que d’habitude. Loin d’être choisis au hasard, ils reflètent mon goût pour un jazz moderne qui n’a pas oublié son histoire, ses racines. Tous mes lecteurs savent que j’aime le piano et que, si ce dernier est privilégié dans mes chroniques, les musiciens qui pratiquent d’autres instruments y ont aussi leur place. Une longue pratique de l’écoute a formé mon goût, ma culture musicale. Une nouvelle œuvre, je la découvre avec en mémoire les très nombreuses musiques entendues depuis ma naissance, ce qui permet de comparer, d’évaluer, de porter un jugement, de goûter en profondeur ses parfums les plus subtils. C’est ce bagage culturel qui me fait préférer un disque à un autre. L’émotion est trompeuse. C’est un dérèglement des sens dont il faut se méfier. Elle n’occupe qu‘une place restreinte dans mes choix musicaux.

 

Comme les couleurs, les goûts se discutent. On peut avoir bon goût, mauvais goût ou pas de goût du tout. Il y a aussi de bonnes et de mauvaises musiques. S’adressant à un public en panne de culture, certaines pseudo émissions culturelles très regardées – l’affligeant « Basique » sur France 2 – en proposent d’insipides qui ne demandent aucun effort. Vite digérées par le consommateur lambda qui, casque aux oreilles, en écoute aujourd’hui partout, elles s’adressent à ses sens atrophiés. Contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, les musiques n’ont pas toutes la même valeur. Les plus écoutées aujourd’hui sont de simples divertissements. D’autres nécessitent une certaine culture pour être comprises et appréciées. Les musiques savantes dont le jazz fait partie ne se dévoilent pas facilement. Elles nécessitent de l’attention mais aussi un savoir, de l’expérience. Par l’intermédiaire de leurs interprètes, de leurs créateurs, ces musiques exigeantes, chefs-d’œuvre en péril pour lesquels nous nous battons, nous font vivre de précieux moments. Grâce à elles, nous pouvons encore toucher la beauté du doigt, ce qui, dans le monde sens dessus dessous qui est nôtre, tient vraiment du miracle.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Au Sunside le vendredi 3 et le samedi 4 mai (21h00), René Urtreger invite Géraldine Laurent à rejoindre son trio – Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu (batterie). En 2016, au sein d’All Stars réunissant d’anciens lauréats du Prix Django Reinhardt, René et Géraldine avaient fêté ensemble sur la scène du théâtre du Châtelet les 60 ans de l’Académie du Jazz. Depuis, le pianiste et la saxophoniste jouent parfois ensemble, s’attardant sur un répertoire qui leur tient à cœur, ce be-bop toujours réinventé dont ils entretiennent la mémoire. Deux concerts pour ceux qui aiment le jazz qui ressemble à du jazz.  

-Anne Ducros au Sunset le 4 (21h30). Elle impressionne par sa technique, la parfaite justesse de son chant, et n’a pas fait de disque depuis “Brother Brother !”, un enregistrement de 2017 dédié à son frère et consacré à des chansons qu’elle affectionne (La Bicyclette, On Broadway, What’s Going On, Déshabillez moi). Elle prépare un nouvel album avec le guitariste Adrien Moignard, un autodidacte de la guitare venu tardivement au jazz manouche. On les a entendus en duo il y a quelques mois au Sunset. C’est en trio qu’ils s’y produisent aujourd’hui, la contrebasse de Diego Imbert rajoutant du poids à la musique d'un nouveau répertoire.

« Quarte blanche » à Aldo Romano au Triton les 4, 11, 17 et 25 mai à 20h30. Le samedi 4, le batteur se produit en duo avec le pianiste néerlandais Jasper Van’t Hof. Ils ont joué ensemble dans divers quartettes et dans Pork Pie, un groupe qui en 1973 comprenait Philip Catherine, Charlie Mariano et Jean-François Jenny-Clark. Utilisant de nombreux claviers, Van’t Hoff est aussi un musicien véloce et subtil au piano acoustique comme en témoignent “Whybecause” (Hôte Marge) et “Axioma” (Jaro), deux disques qu'il a enregistré en solo.

-Le 9 au Bal Blomet (20h30), Stéphane Kerecki présente la musique de “French Touch” (Incises) un disque de l’an dernier consacré comme son nom l’indique à la « French Touch », une vague musicale électro apparue dans les années 90. Avec Julien Lourau (remplaçant Émile Parisien) aux saxophones, Jozef Dumoulin grand spécialiste des effets sonores et des trames harmoniques et le peintre batteur Fabrice Moreau qui sait donner de belles couleurs à ses rythmes, le bassiste improvise sur des musiques de Air (Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin) et de Daft Punk, (Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo), des mélodies qui, jouées dans un contexte acoustique, deviennent réellement envoûtantes.

-Marc Copland en solo au Sunside le 10 (à 21h30) pour un hommage à Gary Peacock. Un concert à ne surtout pas manquer car avec Fred Hersch, Brad Mehldau, Kenny Barron et quelques autres, Marc fait partie du peloton de tête des pianistes de jazz américains. Paru l’an dernier, “Gary”, son dernier disque sur Illusions Records, est presque entièrement consacré aux compositions du bassiste. Ils ont beaucoup joué ensemble et Marc est aujourd’hui le pianiste de son trio (deux albums sur ECM). Avec lui, une mélodie devient prétexte à d’inépuisables variations de couleurs, ses harmonies flottantes lui donnant une indiscutable dimension onirique.

 

-Le 11, nouvelle « Quarte blanche » à Aldo Romano au Triton. Un second acte qui permet au batteur de retrouver le trompettiste Enrico Rava au sein d’un quartette comprenant Baptiste Trotignon au piano et Darryl Hall à la contrebasse. La formation qui s’est souvent produite au Sunside nous est désormais familière.

-Créé en 2001 et organisé par l’association L’Esprit Jazz, l’incontournable festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés se tiendra cette année du 16 au 27 mai. Cyrille Aimée le 20 dans le salon Cristal de l’hôtel Lutetia rénové, Sylvain Rifflet et l’Ensemble Appassionato le 22 dans le grand amphithéâtre d’Assas et le Biréli Lagrène Trio le 23 au même endroit en sont pour moi les moments forts. Vous en consulterez attentivement le programme concocté par Frédéric Charbaut, co-fondateur d’un festival dont il assure la direction artistique. Avec son équipe – Donatienne Hantin (co-fondatrice et co-directrice du festival), Géraldine Santin, Véronique Tronchot, Myriam Solvès, Sophie Louvet, Nicole Hognon –, ce dernier prend des risques, donne sa chance à de jeunes musiciens, organise des conférences, des bavardages (au Café des Editeurs), des jam sessions (au Lucernaire), et sensibilise nos jeunes lycéens au jazz. Soutenu par la Fondation BNP Paribas qui offre un prix de 2000 euros au lauréat, son tremplin jeunes talents qui existe depuis 2002 permet de découvrir les musiciens de demain. Des concerts gratuits place Saint-Germain-des-Prés et des showcase(s) à la FNAC Montparnasse sont également annoncés.

 

-Le 17, pour sa troisième « Quarte blanche » au Triton,  Aldo Romano fait revivre Palatino, l’un des groupes importants des années 90 (trois albums studio entre 1995 et 2001 et un live en 2011). Michel Benita à la contrebasse et de Glenn Ferris au trombone seront au rendez-vous. Paolo Fresu indisponible, Yoann Loustalot le remplacera à la trompette.

-Un double programme qui interpelle le 18 au Studio 104 de Radio France (20h30) dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif que présente Arnaud Merlin. Le trio Orbit réunit le pianiste Stéphan Oliva, le bassiste Sébastien Boisseau et le batteur Tom Raney. C’est autour de ce dernier entendu au sein des groupes de Fred Hersch et de Kenny Werner que s’est peaufiné le répertoire de leur premier disque en trio, “Orbit” (Yolk Music / L’autre distribution). Vous en trouverez prochainement la chronique dans le blogdeChoc.

En deuxième partie de concert, le Devil Quartet de Paolo Fresu mérite également le déplacement. La formation qui existe depuis 2003 a toujours conservé le même personnel, Bebo Ferra (guitare acoustique), Paolino Dalla Porta (contrebasse) et Stefano Bagnoli (batterie) entourant le trompettiste sarde. Ce dernier apporte une douceur toute méditerranéenne aux nombreuses ballades du répertoire que contient “Carpe Diem”, disque que le quartette a publié l’an dernier.

-Cyrille Aimée dans le salon cristal de l’hôtel Lutetia (45, boulevard Raspail Paris 6ème) le 20 mai à 19h00, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés. Avec elle : Bjorn Ingelstam (trompette), Maxime Berton (saxophone), Laurent Coulondre (piano), Ralph Lavital (guitare), Jérémy Bruyère (contrebasse) et Yoann Serra (batterie). C’est son premier concert en France depuis la parution en février de “Move On : A Sondheim Adventure” (Mack Avenue), son meilleur disque à ce jour. Ayant dissous le groupe de jazz manouche qui l’entourait depuis quelques années, la chanteuse qui vit aujourd’hui à la Nouvelle-Orléans, change de répertoire pour chanter Stephen Sondheim, l’un des grands compositeurs américains de comédies musicales. “Sweeney Todd” que Tim Burton adapta au cinéma, “Into the Woods”, “Sunday in the Park with George” pour ne pas tous les citer. On lui doit aussi les paroles de “West Side Story” de Leonard Bernstein, et la chanson Send in the Clowns, un standard que les amateurs de jazz connaissent bien. Cyrille Aimée ne la reprend pas dans son disque, lui préférant celles dont les textes qui, en résonnance avec sa propre vie, révèlent ses sentiments personnels. L’instrumentation très diversifiée de cet album enregistré à Paris, La Nouvelle-Orléans, New York et dans le New Jersey a demandé plusieurs jours de studio. Une vingtaine de musiciens – certains d’entre eux vont accompagner la chanteuse au Lutetia – s’y font entendre, chaque chanson bénéficiant d’un arrangement spécifique, Cyrille Aimée jonglant même avec sa propre voix dans When I Get Famous qui introduit le disque.

-Sylvain Rifflet et l’Ensemble Appassionato dirigé par Mathieu Herzog le 22 à 20h00 dans le grand amphithéâtre d’Assas, un concert également programmé par le festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés. Le saxophoniste interprétera son “Re-Focus”, l’un de mes 13 Chocs de l’année 2017. Son modèle est bien sûr “Focus” que Stan Getz enregistra pour Verve en 1961, l’un des chefs-d’œuvre de sa discographie. Getz y improvise sur une musique écrite par Eddie Sauter pour un orchestre à cordes. “Re-Focus” est toutefois différent. Arrangé par Fred Pallem (le Sacre du Tympan) il contient d’autres morceaux et n’en est pas le pastiche. Sylvain Rifflet en reprendra la partition avec les cordes de l’Ensemble Appassionato présentes dans l’album, Florent Nisse (contrebasse) et Guillaume Lantonnet (batterie) assurant la rythmique.

-Le pianiste Kenny Werner et le saxophoniste Benjamin Koppel au Duc des Lombards le 22 et le 23 mai (deux concerts par soir, à 19h30 et 21h30). Avec eux une section rythmique d’exception : Scott Colley à la contrebasse et Peter Erskine à la batterie. Werner et Koppel ont enregistré plusieurs albums pour le label Cowbell Music et joué ensemble dans les clubs de nombreux pays, notamment au Blue Note de New-York. Improvisateur à l’imagination féconde croisant harmonies européennes et lignes de blues, Kenny Werner rend toujours lisible la ligne mélodique de ses morceaux. Le pianiste romantique est aussi un rythmicien énergique et véloce dont la technique sert constamment la musique.

-Biréli Lagrène en trio avec Chris Minh Doky à la contrebasse et Mino Cinelu aux percussions le 23 à 20h00 dans le grand amphithéâtre d’Assas, toujours dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés. Le guitariste y interprétera le répertoire de “Storyteller”, un album sorti en novembre 2018 chez Naïve au sein duquel il utilise aussi bien des instruments acoustiques qu’électriques. Larry Grenadier est le bassiste de cet enregistrement, l’une des réussites de sa discographie. Standards et compositions originales en constituent le programme.

-Le piano élégant de Yonathan Avishai rappelle celui d’Ahmad Jamal, John Lewis et Duke Ellington qu’il admire. Comme eux, il utilise ses notes avec parcimonie, recherche l’épure et accorde une grande importance au silence. “Joys and Solitudes” est le premier disque qu’il enregistre sous son nom pour ECM et il est enthousiasmant. Accompagné de ses musiciens habituels – Yoni Zelnick à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie –, il en a joué les morceaux en février au studio de l’Ermitage. Le même trio est attendu au Sunside les 23 et 24 mai. On ne peut que s’en réjouir.

Une affaire de goûts

-Le San Francisco Jazz Collective le 24 à 21h00 au théâtre du Vésinet (59 boulevard Carnot, 78110 Le Vésinet) dans le cadre du festival Jazz Métis qui accueille également le 22 à 21h00 le quartette du pianiste Pierre Christophe dans un récital Erroll Garner. Basée en Californie, la formation s’est produite en novembre à la Cité de la Musique. Fondée en 2004, elle rassemble pour des concerts huit jazzmen autour du répertoire d’un musicien célèbre, celui d’Antônio Carlos Jobim étant cette année à leur programme. Chaque membre du groupe arrange un thème de ce dernier et en compose un en son honneur. Le San Francisco Jazz Collective rassemble  aujourd’hui Etienne Charles (trompette), Marshall Gilkes (trombone), Myron Walden (saxophone alto), David Sanchez (saxophone ténor), Edward Simon (piano), Warren Wolf (vibraphone), Matt Brewer (contrebasse) et Obed Calvaire (batterie).

 

-Le 25, pour sa quatrième et dernière « Quarte blanche » au Triton, Aldo Romano réunit autour de lui Géraldine Laurent (saxophone alto), Mauro Negri (clarinette) et Henri Texier (contrebasse), musiciens avec lesquels il enregistra en 2007 pour Dreyfus le disque intitulé “Just Jazz”.

-Cécile McLorin Salvant en duo avec Sullivan Fortner au New Morning le 27 (21h00) pour chanter l’amour impossible, l’amour contrarié, le répertoire de “The Window”, un album publié l’an dernier. Ce dernier, l'un des pianistes les plus en vue de la scène américaine, trempe ses doigts dans le blues non sans moderniser un répertoire remontant jusqu’aux années 20 (J’ai l’cafard, une romance que Fréhel et Damia interprétèrent). Enregistré au Village Vanguard, son disque contient aussi bien des extraits de comédies musicales, que des thèmes de Stevie Wonder (Visions), Nat « King » Cole (Wild is Love), Jimmy Rowles (The Peacocks) et Dori Caymmi qu’elle reprend souvent sur scène. Le tour de chant éclectique d’une voix en or.

-Le 28, en duo avec Nicolas Rageau à la contrebasse, la pianiste roumaine Ramona Horvath fête au Sunside la sortie de leur album “Le Sucrier Velours” (Black & Blue / Socadisc). Si les standards qu’il contient nous sont familiers et ont souvent été joués – Drop Me off in Harlem et Le Sucrier velours de Duke Ellington, Hot House de Tadd Dameron, U.M.M.G de Billy Strayhorn –, les compositions originales de l’album surprennent et séduisent par leur fraîcheur. Ramona Horvath joue un piano élégant qu’elle trempe dans le swing et le blues, dans les racines du jazz. Constamment à son écoute, en naturelle osmose, Nicolas Rageau commente et développe les variations qui naissent autour des thèmes, non sans faire chanter les timbres de son instrument et donner du poids à la musique.

-Ron Carter et son Foursight Quartet au New Morning le 28 (21h00). On ne présente plus ce géant de la contrebasse qui fut membre du deuxième quintette de Miles Davis dans les années 60. Avec Renee Rosnes (piano), Jimmy Greene (saxophone ténor) et Payton Crossley (batterie), il rend hommage au trompettiste, reprenant des thèmes que ce dernier aimait jouer et qu’il a enregistrés (Bag’s Groove, My Funny Valentine, Stella By Starlight), les associant à ses propres compositions. “Dear Miles” (Somethin’ Else), un album qu’il a enregistré en 2006, les contient. Ron Carter a depuis changé de pianiste. Depuis quelques années, Renee Rosnes travaille avec lui et apporte à la musique son raffinement harmonique. Plus connue au Japon qu’en Europe, cette grande pianiste canadienne a réalisé ses premiers enregistrements avec comme invités Joe Henderson, Branford Marsalis et Ron Carter, l’un des premiers à avoir reconnu son talent.

-Le quartette Slow au Studio de l’Ermitage le 30 pour fêter la sortie de “Slow” (Bruit Chic / L’autre distribution) en vente depuis la fin du mois d’avril. Le disque porte bien son nom, car la formation y fait l’éloge de la lenteur, prend son temps pour nous séduire avec un jazz modal dont les couleurs sonores évoquent des paysages d’hiver, une musique qui donne beaucoup d’espace et de liberté aux solistes. Membre du Florian Pellissier Quintet et du quartette Lucky Dog, Yoann Loustalot (trompette et bugle) est l’un des trompettistes de jazz français qui compte aujourd‘hui. “Pièces en forme de flocons” qu’il a enregistré pour Bruit Chic en 2016 avec le pianiste François Chesnel et le batteur Antoine Paganotti n’est pas très éloigné de cet opus que rend tout aussi mélancolique la sonorité pleine et profonde de son bugle. Membre du quartette d’Émile Parisien, Julien Touery, l’autre soliste joue un piano élégant, égraine de petites notes qu’il pétrit de silence. On lui doit deux des plus belles mélodies d’un album qui ne peut qu’envoûter celui qui l’écoute. Celle de Fjords est largement confiée au bugle ; Vers le Nord, laisse davantage les musiciens s’exprimer. A la contrebasse, Éric Surmenian ajoute ses propres commentaires à ceux des solistes, les percussions de Laurent Paris colorant subtilement la musique.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Le Vésinet Jazz Métis Festival : www.vesinet.org/le-vesinet-jazz-metis-festival

-New Morning : www.newmorning.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

Crédits Photos : René Urtreger © Philippe Marchin – Aldo Romano © Julien Vivante – Stéphane Kerecki French Touch Quartet © Franck Juery – Marc Copland © Francesco Prandoni – Trio Orbit © Damien Lorrai – Devil Quartet © R. Cifarelli – Sylvain Rifflet / Mathieu Herzog & l’Ensemble Appassionato © Christian Rose – San Francisco Jazz Collective © Jay Blakesberg – Sullivan Fortner & Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton – Ramona Horvath & Nicolas Rageau © Cyrille Clément – Ron Carter © Pierre de Chocqueuse – Maternité musicale, Anne Ducros, Kenny Werner / Benjamin Koppel / Scott Colley / Peter Erskine, Yonathan Avishai Trio © Photos X/D.R.

Partager cet article
Repost0
24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 09:00
Made in Germany

Deux nouveautés NEUKLAND, label des Studios Bauer (Ludwigsburg) à ne pas laisser passer. J’émets quelques réserves sur l’opus de Jean-Christophe Cholet et de Matthieu Michel, le prolongement de “Whispers” publié en 2016, ne pouvant éviter de comparer les deux disques. Associés au batteur Arnaud Biscay, Rémi Dumoulin et Bruno Ruder ne commettent pas la même erreur. Leur “Das Rainer Trio” ne cherche nullement à reproduire en studio la musique de “Gravitational Waves”, leur album précédent enregistré en public, et c’est tant mieux.

Jean-Christophe CHOLET / Matthieu MICHEL : “Extended Whispers”

(Neuklang / Pias)

La sortie en 2016 de “Whispers”, l’un des plus beaux disques de jazz de chambre européen de ces dernières années, fut saluée dans ce blog par une chronique enthousiaste. J’attendais donc beaucoup de cet “Extended Whispers” qui réunit une nouvelle fois autour de Jean-Christophe Cholet (piano) et de Matthieu Michel (trompette et bugle), Didier Ithursarry à l’accordéon et Ramon Lopez à la batterie, Heiri Känzi les rejoignant dans cet album à la contrebasse. Une bonne idée ? Oui lorsque l’instrument se fait mélodique. Non lorsqu’il apporte des barres de mesures à une musique qui n’en a pas vraiment besoin. Car nantie de rythmes plus marqués que suggérés, cette dernière perd de sa magie, se fait moins intime et aérienne. Ramon Lopez n’est d’ailleurs pas un batteur comme les autres. Il la colore, la laisse respirer sans jamais l’enfermer. Yeong Gam, une conversation entre son instrument et le piano est à cet égard exemplaire.

 

Enregistré à Winterthur et mixé à Ludwigsburg par des ingénieurs du son différents, “Extended Whispers” souffre pourtant d’être comparé à “Whispers”, un disque coproduit et enregistré à La Buissonne par Gérard de Haro qui en a également assuré la direction artistique. Dans le nouvel album les instruments manquent parfois de relief et ne sonnent pas toujours aussi bien. Dommage que l’accordéon y occupe une fonction trop décorative et que Politics, une pièce agressive et brouillonne, très différente des autres, fasse partie de cet album. Malgré ces réserves, plusieurs plages gardent un fort pouvoir de séduction. Yeong Gam dont j’ai déjà parlé, Relax and Easy, un morceau dans lequel la contrebasse chante presque autant que le bugle, Mondstein et Choral 2 que Jean-Christophe Cholet et Matthieu Michel se partagent, en sont les moments féériques.

Rémi DUMOULIN / Bruno RUDER / Arnaud BISCAY : “Das Rainer Trio”

(Neuklang / Pias)

Après “Gravitational Waves” enregistré en quintette lors d’une résidence à l’Amphi Opéra de Lyon, Bruno Ruder et Rémi Dumoulin changent de musique et de formation. Aymeric Avice, Guido Zorn et Billy Hart lui ont dit adieu et c’est en trio, dans les studios Bauer de Ludwigsburg, Arnaud Biscay remplaçant Hart à la batterie, que se poursuit l’aventure. Le jazz ouvert et expérimental du disque précédent se voit ainsi remplacé par une musique plus écrite, par des morceaux lyriques bénéficiant d’une orchestration très fouillée. Les claviers électriques de Bruno Ruder créent un environnement sonore très riche, le pianiste parvenant à orchestrer à lui seul la musique, à l’envelopper de sonorités fascinantes. Sur cette trame harmonique onirique évolue le chant du saxophone de Rémi Dumoulin qui improvise sur de vraies mélodies, tient un discours fluide, Arnaud Biscay assurant les rythmes avec souplesse.

 

Déjà enregistré (“Gravitational Waves” en contient une version) et repris sur un tempo plus rapide, Rainer Werner Fassbinder, un thème de Rémi Dumoulin qui signe toutes les compositions originales de l’album, ne manque pas de tonus, le trio n’hésitant pas à hausser le ton lorsque la musique s’y prête. Deux standards et une pièce du répertoire classique qui, juste retour des choses, inspire aujourd’hui le jazz européen, complètent cet opus. Écrit par Michel Legrand, Will Someone Ever Look At Me That Way est l’une des chansons de “Yentl” un film que Barbra Streisand coproduisit et réalisa en 1983. Avec ses habits neufs, Chelsea Bridge, l’une des plus célèbres compositions de Billy Strayhorn, rajeunit de plusieurs années. La reprise de l’un des thèmes de la 6ème symphonie de Sergueï Prokofiev est plus inhabituelle. Écrite entre 1945 et 1947, l’œuvre comprend trois mouvements. Adaptée par Rémi Dumoulin, l’une de ses mélodies inspire avec bonheur le trio. Je vous laisse le soin de reconnaître laquelle.

 

Jean-Christophe Cholet / Matthieu Michel Quintet © photo X/D.R.

 

Partager cet article
Repost0
16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 10:03
Mario STANTCHEV : “Musica Sin Fin” (Cristal / Believe Digital)

Dès le premier festival de jazz de Sofia, sa ville natale, en 1977, Mario Stantchev, né en 1948, fait sensation. Il est le pianiste à écouter. Il compose, improvise, passe souvent à la radio, à la télévision, occupe une fonction administrative au Conservatoire, et est apprécié par la jeunesse bulgare qui, via Radio Free Europe, écoute le jazz américain. Son succès croissant se voit pourtant freiner par les autorités communistes de son pays qui lui interdisent tout voyage à l’étranger. Il a créé à 22 ans le Mario Stantchev Quartet, a joué toutes sortes de musiques et sa carrière ne fait que commencer. Son compatriote Milcho Leviev s’est enfui aux USA et vient de rejoindre le Don Ellis Big Band en tant que pianiste et arrangeur. Avec la complicité de sa mère qui est retournée vivre en France, son pays d’origine, Mario Stantchev va faire de même. En 1980, dans la voiture de deux amis français qui se rendent à Istanbul, il réussit à franchir la frontière sous l’identité d’un journaliste de Libération qui lui a remis son passeport.

Quelques semaines avant sa fuite rocambolesque, son épouse Silvia, violoncelliste à la Philharmonie de Sofia, a obtenu un visa pour la France et intégré l’orchestre de Lyon. Mario Stantchev devient donc accompagnateur de la classe de danse du Conservatoire de la ville. Les années qui suivent le voient participer à l’aventure de l’école de musique de Villeurbanne, publier trois méthodes de piano-jazz et, en 1984, fonder le département jazz du Conservatoire national de région de Lyon où il enseigne. La même année, il enregistre un premier disque sous son nom, “Un certain parfum” avec Mike Richmond et Daniel Humair. Dans les années 90, donnant des cours à l’IMFP de Salon de Provence que dirige le trompettiste Michel Barrot, il constitue avec ce dernier, le Mario Stantchev Sextet avec lequel il va enregistrer deux albums.

 

Le pianiste qui a également travaillé avec des ensembles de musique contemporaine (2E2M, Intervalles) n’a jamais cessé de s’intéresser au répertoire classique. Franz Liszt, Frédéric Chopin, Jean-Sébastien Bach (ses “Variations Goldberg”) et George Gershwin lui inspirent plusieurs projets, mais c’est “Jazz Before Jazz”, un disque enregistré en 2014 pour Cristal Records avec le saxophoniste Lionel Martin et consacré à la musique de Louis Moreau Gottschalk, qui est particulièrement remarqué par la critique. “Musica Sin Fin”, un disque en solo qui vient de paraître chez Cristal* m’enchante davantage encore, ce qui explique la longue introduction que je consacre à Mario Stantchev dont je connais mal les albums, introuvables pour la plupart.

Musica Sin Fin” passe et repasse sur mon lecteur de CD. Il débute par un Épilogue et se clôt par Musica Sin Fin comme si malgré sa concision – il ne dure que trente-cinq minutes –, sa musique n’allait jamais s’arrêter, que la musique inoubliable du morceau qui donne son nom à l’album allait durer éternellement. On n’a d‘ailleurs pas envie de quitter ce disque tant on en adopte la musique, des miniatures sonores d’une quasi perfection qui naviguent avec bonheur entre le classique et le jazz, la gaieté et la mélancolie. Son piano, Mario Stantchev aime en faire sonner les graves, leur donner poids et puissance. Sa main gauche offre des basses solides à ses compositions ; la droite leur confie des mélodies délicieuses. Dans Rockefeller : une belle âme, morceau au titre énigmatique construit sur un ostinato, ses accords résonnent comme des cloches de cathédrale.

 

Mario Stantchev aime solliciter tout le clavier, répondre à une tonalité par une autre. C’est un pianiste en pleine possession de son art qui fait chanter son instrument et raconte des histoires courtes, dépourvues de fioritures et de notes inutiles. Joke, un morceau vif et primesautier dont la cadence enlevée est celle d’une pièce classique, se conclut par une citation de Frère Jacques. Son Requiem, dont certaines parties relèvent du jazz, n’a rien de funèbre. La musique cubaine s’invite dans Le Départ, une pièce joyeuse et dansante. D’une grande mélancolie, La Tricoteuse lui succède. En écoutant « La Traviata » (Alice) en est également imprégné. Le pianiste en berce délicatement les notes, comme Erik Satie le fait si bien dans ses “Gymnopédies” et ses “Gnossiennes”. Les douze morceaux de “Musica Sin Fin” sont si enveloppants qu’il est difficile d’en abandonner l’écoute. C’est rare. Mario Stantchev nous en donne ici magnifiquement l’occasion.

 

*En CD chez Cristal Records et en vinyle chez Ouch ! Records, label fondé à Lyon en 2016 par le saxophoniste Lionel Martin. – www.ouchrecords-vinyls.com

 

P-S – Comme tous les parisiens et les parisiennes, c’est avec émotion et tristesse que j’ai suivi hier soir la destruction partielle de Notre-Dame de Paris. Il y a certes d’autres cathédrales en France, Albi, Chartres, Reims, Rouen pour ne pas les citer toutes, mais celle de Paris, plus emblématique que les autres, en est le cœur, l’âme de la ville. Assister impuissant à l’incendie qui en a ravagé la toiture, sa « forêt » (1300 chênes ont été nécessaires à sa construction), et mis à terre sa flèche me fait mal. La restaurer demandera des dizaines d’années. Puisse-t-elle se dresser à nouveau entière comme sur cette photo dans le ciel de Paris. 

 

 

Photos : Notre-Dame de Paris © Pierre de Chocqueuse - Mario Stantchev © Cristal Records

Partager cet article
Repost0