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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 11:43

MARDI 19 mai

Je délaisse le Festival de Jazz de Saint-Germain pour le New Morning. Stéphane Kerecki et son trio s’y produisent avec Tony Malaby, nous régalent d’improvisations aussi lyriques que musclées. Le groupe joue de nombreuses ballades, peaufine de délicates miniatures, mais aussi des morceaux fiévreux et intenses. J’ai récemment écrit tout le bien que je pensais de leur album chroniqué dans ce blogdechoc le 19 mai, le matin même de ce concert éblouissant. La formation interpréta une bonne partie d’“Houria“ édité par Zig-Zag Territoires, petit label qui soigne ses productions et s’occupe de ses artistes. S’appuyant sur les thèmes limpides de ce nouvel opus, elle construit et développe un langage d’une grande poésie sonore. La photo du bas présente le groupe au complet. Tony Malaby, à gauche, vocalise au soprano. Thomas Grimmonprez est saisi en pleine action. Ses solos mélodiques et rythmiques témoignent de l’originalité de la toile percussive qu’il parvient habilement à tisser. Tout en assurant un tempo solide, Stéphane Kerecki module des phrases lyriques à la contrebasse. Quant à Matthieu Donarier, il semble souffler quelques notes gargantuesques dont il a le secret. Les deux autres photos se passent de commentaire. La puissance, l’engagement physique s’y expriment. Le jazz s’écoute, mais se regarde aussi. N’est-il pas beau à voir ?
Photos © Pierre de Chocqueuse
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 09:28
VENDREDI 15 mai
Un bonheur ces « nuits du piano jazz » qu’organise l’Esprit Jazz dans l’église de Saint-Germain-des-Prés. L’écho gigantesque de l’édifice pose problème, mais les pianistes qui s’y sont succédé en solo les années précédentes - Jacky Terrasson en 2005, Brad Mehldau en 2006, Martial Solal en 2007 et Yaron Herman l’an dernier - sont tous parvenu à le résoudre, adaptant leur jeu à l’acoustique du lieu, nous laissant en mémoire des concerts fantastiques. On attendait beaucoup de la prestation de Kenny Barron, « musicien pour musicien » et légende vivante du piano jazz, styliste du bop attaché au swing et à la tradition. Hélas, le pianiste mit beaucoup de temps à atténuer une résonance qui modifiait la sonorité de ses notes, les rendait partiellement inaudibles, certains auditeurs mieux placés percevant plus clairement que d’autres sa musique. Barron s’est-il rendu compte de ce problème sonore ? Imperturbable, il joua sans trop de foi ni de feeling, presque mécaniquement, un piano aux harmonies brouillées par un son déficient. Essayant de développer un jeu en block chords pour améliorer la clarté de son instrument, il finit par utiliser au minimum les pédales, à donner puissance et dynamique à son jeu. La vraie dimension du pianiste apparut alors. Nous l’avions entendu bâillonné. Nous découvrîmes un musicien raffiné, un harmoniste capable d’un profond lyrisme. Trempant son instrument dans le soleil des îles, il fit danser les notes d’un joyeux calypso, se mit à faire danser ses notes, le blues offert en rappel achevant de rassurer les fans de son piano.

LUNDI 18 mai
Enrico Rava à Sciences Po. Après un magnifique album new-yorkais publié en début d’année (“New York Days“, un disque ECM chroniqué dans ce blog en février), le trompettiste retrouve Paris avec un nouveau quartette italien au sein duquel brille le jeune tromboniste Gianluca Petrella. Amoureux de la mélodie, Rava laisse ses musiciens installer une tension qu’il apaise. La musique s’organise autour de la solide contrebasse de Piero Leveratto qui relie entre-eux les instruments de l’orchestre et constitue avec le batteur Fabrizio Sferra une section rythmique souple et flottante à laquelle se joint parfois le pianiste Giovanni Guidi. Electron libre de la formation, ce dernier accompagne avec parcimonie, joue peu de notes mais fascine par ses silences, son sens du placement, ses longs voicings élégamment rythmés. Il peut tout aussi bien installer un fiévreux ostinato rythmique pour soutenir une improvisation collective des vents que jouer de longues lignes dissonantes et abstraites, inventer des harmonies inattendues. A cet univers pour le moins onirique et sensible, s’oppose celui de Petrella, tromboniste exubérant et expressif qui recherche l’échange, multiplie les effets de growl et utilise sa sourdine pour souffler généreusement une grande diversité de sons. Associé à la trompette de Rava, le trombone de Petrella éblouit autrement, assure de vigoureux contre-chants à une trompette davisienne qui exprime avec chaleur une musique intensément lyrique. Tous deux chantent de délicieuses petites musiques felliniennes, esquissent des pas de danses villageoises, soufflent généreusement les couleurs éclatantes de mélodies diaprées qui conservent la chaleur du soleil transalpin.

Photos © Pierre de Chocqueuse

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 19:45

Ils sont trois. Larry Grenadier et Jeff Ballard constituent l’actuelle section rythmique de Brad Mehldau et Mark Turner est un des rares saxophonistes à avoir choisi Warne Marsh comme modèle. Tous ont beaucoup d’expérience comme accompagnateurs d’où une conception collective de leur trio. Chaque instrument est ici une voix attentive qui entend, répond et réagit aux idées des deux autres. “Sky & Country“ comprend quatre morceaux de Turner, trois de Ballard et deux de Grenadier. Malgré leur complexité harmonique et rythmique, ils génèrent des improvisations d’une rare fluidité. Mark Turner chante de longues phrases mélodiques au ténor, mais prend soin de laisser de la place aux musiciens qui l’accompagnent. Ils écrivent ensemble une histoire et leurs instruments occupent l’espace sonore à parité égale. La contrebasse peut ainsi intervenir à tout moment pour compléter le discours mélodique du saxophone ou, associée à la batterie, lui apporter un ample contrepoint rythmique. Mark Turner a véritablement un son. Il joue souvent dans l’aigu du ténor de longues lignes chromatiquement complexes qu’il parvient parfaitement à faire respirer. Malgré son aspect quelque peu janséniste (Turner joue aussi du soprano, mais l’instrumentation réduite de l’album en limite les couleurs), cette musique intimiste n’est pas difficile à appréhender. L’écouter attentivement révèle sa logique, sa fraîcheur d’inspiration, sa modernité apaisante. Sous une froideur apparente se dissimule un grand lyrisme.
Fly occupera le Sunset du vendredi 22 au dimanche 24 mai (20h00 et 22h00 les deux premiers soirs. Concert unique à 21h00 le dimanche). 

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 09:40

Ce disque, le troisième qu’il publie sous son nom, Stéphane Kerecki l’a souhaité largement improvisé, « d’une grande diversité de climats avec des grooves simples et solides ». Les thèmes reposent sur peu de notes, ne sont pas figés par des arrangements. La musique y gagne en spontanéité, se bâtit sur le fil d’une improvisation collective qui relègue au second plan l’écriture. Stéphane en est l’architecte principal, mais si ses lignes de contrebasse guident la musique, les trois autres instruments lui donnent un poids rythmique et des couleurs harmoniques non négligeables. Aux saxophones (ténor et soprano), Tony Malaby (canal gauche) et Matthieu Donarier (canal droit) se complètent, entrelacent avec bonheur leurs lignes mélodiques, certaines suaves et douces, d’autres d’une force quasi tellurique. Malaby peut grogner et rugir - Palabre, Satellisé - , mais aussi chanter avec recueillement et lyrisme - A l’air libre, Secret d’oreille ou Fable, seul morceau réellement arrangé de l’album qui enchaîne ainsi des paysages sonores très variés. Pièce abstraite au thème à peine esquissé et ponctuée par un ostinato rythmique de contrebasse, Suite for Tony génère une conversation entre le ténor (Malaby) et le soprano (Donarier). Dans Macadam, une contrebasse ronde et puissante égraine les notes d’une petite mélodie. Très présents, les tambours de Thomas Grimmonprez rythment sa danse joyeuse. Houria (un prénom arabe qui signifie liberté) nous transporte de l’autre côté de la Méditerranée, sur cette terre d’Afrique où le sacré y est encore présent. Dans le recueillement du studio et à l’écoute de leurs voix intérieures, les quatre hommes semblent avoir retrouvé les secrets d’une musique instinctive et primitive dans laquelle la technique passe derrière l’expression d’un langage incantatoire intensément spirituel. Composé par Olivier Messiaen, l’envoûtant ô Sacrum Convivium, s’en fait étonnamment l’écho.

Pour fêter la sortie de leur album, Stéphane Kerecki, Tony Malaby, Matthieu Donarier et Thomas Grimmonprez donnent un concert au New Morning ce soir, mardi 19 mai, à 21h00.

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 11:30
Il n’a pas non plus sommeil et mobilise toute une équipe qui assure la bonne marche du festival. Sur cette photo, toutes souriantes, quelques belles des prés de Saint-Germain. De gauche à droite : Nicole Hognon (trésorière), Donatienne Hantin (directrice du festival), Véronique Tronchot (partenariats et évènements spéciaux) et Géraldine Santin (communication, édition et billetterie). Les deux représentants de la gent masculine sont Frédéric Charbaut (directeur artistique du festival) et Christophe Deguelt (manager de Jacky Terrasson, Yaron Herman, Michel Portal et de nombreux jazzmen). On aimerait être à leur place.

LUNDI 11 mai
Initialement prévu au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, le concert de Jacky Terrasson se déroula finalement dans un des salons de l’hôtel Lutetia. On attendait de découvrir le nouveau trio du pianiste – Ben Williams à la contrebasse et Jamire Williams à la batterie - , mais c’est avec la section rythmique de Yaron Herman qu’il effectua sa prestation. Dès le premier morceau, Morning, un thème couplé à Autumn Leaves, Matt Brewer et Gerald Cleaver parviennent à maintenir un tempo fluide qui se prête idéalement aux improvisations de Jacky. Malgré quelques flottements bien compréhensibles, leurs instruments répondent présents aux nombreuses inventions d’un piano espiègle. La contrebasse enrichit la musique de ses propres harmonies, lui donne des rythmes, des couleurs mélodiques. Jacky sculpte de petites notes perlées, plaque des accords puissants dans les graves. Il se lâche, alterne de longs voicings aux grappes de notes enveloppantes et de courtes cellules mélodiques que sa main gauche fait danser. En solo dans Mirror, il éblouit par sa capacité à improviser autour de quelques notes, de les commenter, sa main gauche jouant un ostinato rythmique. Il enchaîne sur un blues, une improvisation fiévreuse aux variations inattendues, puis sur Métro, un thème  à grande vitesse que Gerald Cleaver mène tambour battant. Il est temps pour Michel Portal de monter sur scène. Difficile et exigeant, ce dernier attache beaucoup d’importance à la sonorisation de ses instruments. Je ne l’aime pas au saxophone soprano, le préfère à la clarinette et à la clarinette basse. Michel recherche la compétition et pousse Jackie à réagir, à jouer son meilleur piano. Passé le “bras de fer“, la complicité s’installe, les idées circulent, la musique prend le dessus et devient passionnante.

MARDI 12 Mai
Un voyage de deux heures en compagnie du Hadouk Trio et le moral est au beau fixe. Certains prétendent que leur musique n’est pas du jazz. Ils ne savent pas qu’elle est ailleurs, qu’elle brasse une quantité de formes et de couleurs musicales et constitue une expérience sonore unique. Ils sont trois, mais utilisent une quantité incroyable d’instruments. Outre des claviers, Loy Ehrlich joue de la kora et du hadjouj, la basse des gnawas, trois cordes montées sur une peau de chameau dont il tire des harmonies inattendues. Ses claviers plein d’épices et d’arômes nous font monter au ciel. Ils gardent en mémoire quantités de sons et de couleurs, se transforment en santoor dans Barca Solaris et se font piano dans Suave Corridor. S’il ne joue plus guère de saxophone, Didier Malherbe souffle dans toutes sortes de flûte, dans un orgue à bouche du Laos, mais surtout dans un doudouk, hautbois arménien en bois d’abricotier dans lequel il module des notes d’une tendresse exquise. Il provoque aussi des mouvements cosmiques, fait tourner des toupies sur de larges tambourins, nous plonge dans un Tourneblues tourbillonnant. Pour rythmer la musique, lui donner le goût du bois et du métal, Steve Shehan est l’homme providentiel. Comme l’a joliment écrit Bruno Heuzé, « le diaphragme du monde bat entre ses peaux ». Il les frappe avec ses mains, les caresse, libère les sons de la matière. Comme ses complices, Steve utilise un grand nombre d’instruments, parmi lesquels un hang, sphère de métal sonnant comme un steeldrum. Le groupe interpréta quelques-unes de ses compositions les plus fameuses. Un programme riche en moments oniriques au sein duquel, conduit par le Train bleu des savanes, on entre dans un pays imaginaire au sein duquel valsent des Toupies tambours et dansent des Dragons de lune. Photos © Pierre de Chocqueuse  
 
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 12:49
LUNDI 27 avril
Tony Malaby, Bruno Chevillon et Daniel Humair au Sunside. Un saxophone ténor, une contrebasse et une batterie se parlent, se répondent, posent des couleurs sur une musique qu’ils créent en commun. Un trio sans leadership, mais trois musiciens expérimentés qui prennent des risques et les assument ensemble, les instruments mélodiques et rythmiques étant placés sur un pied d’égalité, la batterie tenant un rôle tout aussi important que la contrebasse et le ténor. Humair pousse d’ailleurs ses camarades à visiter des territoires harmoniques inexplorés, à improviser une musique organique cohérente et neuve. Au  ténor, Malaby raconte des histoires, improvise avec passion des phrases sinueuses pleines de notes fiévreuses et puissantes. La contrebasse de Chevillon dialogue avec le saxophone, lui apporte un soutien rythmique, mais peut tout aussi bien s’exprimer en solo ou proposer une nouvelle ligne mélodique au ténor. Car ce jazz moderne et inventif n’est pas sans poésie. Le saxophone gronde, éructe, étrangle ses notes, mais peut aussi se faire miel et chanter de vraies mélodies, le trio parvenant toujours à surprendre.


JEUDI 30 avril 
"La Tectonique des Nuages" à Nantes, au Grand T. Il a fallu plusieurs années d’efforts à Laurent Cugny pour mettre sur pied son opéra jazz dans une version concert. L’idée d’un opéra s’imposa à lui en 1992. Après bien des péripéties, il fut présenté la première fois à Vienne en 2006 puis joué deux fois à Paris au Théâtre de la Ville l’année suivante. "La Tectonique" est à nouveau d’actualité. Laurent Cugny complète l’enregistrement de l’album dont la sortie est prévue en janvier 2010. L’opéra vient d’être repris avec succès à la Comédie de Saint-Etienne et à Nantes au Grand T. Pour l’avoir entendu dans cette dernière salle, je me demande bien pourquoi la presse spécialisée l’a si longtemps ignoré. La musique de toute beauté sert une histoire fantastique que l’on quitte éblouit. La Tectonique des nuages, c’est d’abord une pièce de l ‘écrivain portoricain José Rivera, une magnifique et émouvante histoire d’amour. Celestina del Sol (Laïka Fatien) a l’étrange pouvoir de modifier le temps et de changer les hommes. Aníbal de la Luna (David Linx), un bagagiste de l’aéroport de Los Angeles la prend en stop un soir. Il pleut à verse, la terre menace de trembler. La nuit qu’ils passent ensemble va durer deux ans… Comédien et metteur en scène, François Rancillac a adapté la pièce et offert à Laurent Cugny un livret qui respecte sa dramaturgie. David Linx, Laïka Fatien et Yann-Gaël Poncet sont ses trois personnages. Ils dialoguent, échangent des répliques, passent du langage parlé au chant, s’investissent dans de vrais rôles d’acteur, certaines scènes étant jouées sans musique. Chargé des didascalies, un comédien (Gaël Lescot) assure les liaisons entre les scènes, vous fait pénétrer dans l’histoire et en donne les clefs. Yann-Gaël Poncet a écrit les textes des chansons, des thèmes superbes que les voix se partagent, ensemble ou séparément, du solo au trio. L’orchestre qui réunit dix formidables musiciens (Sylvain Gontard, Pierre-Olivier Govin, Thomas Savy, Denis Leloup, Jérôme Regard…) offre de nombreuses combinaisons instrumentales. On y entend un trio, un quintette à vents, des morceaux en sextette et en septette. Au piano, Laurent Cugny assure les transitions entre les scènes, esquisse des harmonies qui enchantent. Il y a peu de chorus, juste quelques mesures pour une trompette, un trombone... Les instruments habillent magnifiquement des voix superbes, apportent un contrepoint sonore aux dialogues des personnages et une large palette de couleurs aux chansons. Ils collent à l’action, commentent la pluie que versent les nuages, la suspension du temps, installent l’ambiance de fin du monde dans laquelle baigne la pièce. Une formidable réussite à découvrir dans quelques mois sur disque et, souhaitons le, sur scène dans sa version opératique.
Photos © Pierre de Chocqueuse
  
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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 12:26
Depuis neuf ans, le quartier de Saint-Germain-des-Prés abrite en mai un festival de jazz pas comme les autres. Son histoire commence en 1999. Journaliste et amateur de jazz éclairé, Joël Leroy crée cette année-là avec Donatienne Hantin et Frédéric Charbaut l’Esprit Jazz, une association pour défendre la liberté, l'intégrité, le partage, la tolérance, l'audace et la créativité. Ces valeurs humanistes détermineront les choix artistiques du festival de jazz qu’ils préparent. En mai 2001, juste avant le coup d’envoi de sa première édition, Joël est terrassé par une crise cardiaque. Endeuillée, la manifestation se déroule comme prévue, Donatienne et Frédéric assurant depuis sa pérennité. Norah Jones, Jacky Terrasson, Dee Dee Bridgewater, Brad Mehldau, Jan Garbarek, Yaron Herman, Milton Nascimento et les frères Belmondo, Ben Sidran, Georgie Fame, Laurent de Wilde, Martial Solal sont quelques-uns des nombreux artistes que le festival a accueillis depuis sa création. Sa neuvième édition se déroulera du 10 au 25 mai, proposant des rencontres avec des musiciens (jazz & bavardages au Café Les Editeurs), des expositions, des conférences. Le festival œuvre en faveur de jeunes talents auxquels il consacre un tremplin depuis 2002. Cette année, il s’invite à la prison de la Santé pour donner deux concerts aux détenus, mais surtout il revient de loin. En difficulté, il a trouvé in extremis le soutien de la Fondation BNP Paribas ce qui lui permet de maintenir une programmation de haut niveau. Le Hadouk Trio, le trio de Jacky Terrasson avec Michel Portal, Kenny Barron en solo, le quintette italien du trompettiste Enrico Rava et le premier concert de l’ONJ consacré à la musique de Robert Wyatt en sont quelques temps forts. Vous les trouverez au sein de cette sélection mensuelle de concerts, une rubrique qui, je le répète, ne constitue en rien un agenda. Pour les programmes détaillés, reportez-vous à Jazzman ou à Jazz Magazine, ou visitez les sites des clubs, des théâtres ou des festivals. Je vous en communique les liens en bas de page.

-Originaire de la Nouvelle-Orléans, Terence Blanchard, un des grands trompettistes de la planète jazz, investit le New Morning avec son quintette le 5 mai.
-Sans Toshiko Akiyoshi son épouse, mais avec son saxophone ténor et sa flûte dont il est un spécialiste, Lew Tabackin sera au Duc des Lombards les 8 et 9 avec le trio de Pierre Christophe pour servir sa musique.
-Le 11, dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, le pianiste Jacky Terrasson invite Michel Portal à rejoindre son nouveau trio - Ben et Jamire Williams, contrebasse et batterie - à la Sorbonne.
-Le12, le Hadouk Trio se produit à la Maison des Cultures du Monde (101 bd Raspail, 6ème). Mélange de jazz et de world, la musique de Loy Ehrlich, Didier Malherbe et Steve Shehan est l’une des plus excitantes du moment.
-Le 13 à l’Alhambra, Melody Gardot présente son nouvel album. La chanteuse de Philadelphie a de l‘émotion dans la voix. On peut se laisser tenter.
-Le Branford Marsalis Quartet présente son nouveau disque au New Morning le 14. Un enregistrement un peu léger, mais le saxophoniste possède une technique exceptionnelle et sa section rythmique, tout feu tout flammes, fait la différence.
-Le 15, la belle église de Saint-Germain accueille le pianiste Kenny Barron. L’ex-accompagnateur de
Stan Getz vient rarement en France et ne joue pas souvent en solo. Sa prestation très attendue reste l’un des évènements incontournables de ce mois de mai.
-Le 18, toujours dans le quartier Saint-Germain, l’Ecole des Sciences Politiques de la rue Saint-Guillaume ouvre ses portes au nouveau quintette italien du trompettiste Enrico Rava.
-Le même soir, mais aussi le 19, le trompettiste Eddie Henderson retrouve Laurent de Wilde avec lequel il enregistra deux albums sur IDA à la fin des années 80. Gilles Naturel à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie seront de la fête.
-Le 19 encore, mais au New Morning, le contrebassiste Stéphane Kerecki et son trio – Matthieu Donarier aux saxophones et Thomas Grimmonprez à la batterie – invitent le saxophoniste Tony Malaby à fêter la sortie de “Houria“ nouveau disque de Stéphane dans lequel Malaby souffle des notes incandescentes.
-Le 19 toujours, les pianistes Nico Morelli et Emmanuel Bex célèbrent en duo Bill Evans dans l’église de Saint-Germain-des-Prés.
-On n’oubliera pas de faire un tour au Sunset le 20 pour écouter Glenn Ferris et son Pentessence Quintet, formation dont les deux albums sont toujours disponibles chez Naïve.
-Egalement le 20, mais aussi les 21, 22 et 23, Jean-Michel Pilc présente au Sunside son nouveau trio. Avec Boris Kozlov à la contrebasse et Billy Hart à la batterie, le pianiste tient une forme éblouissante.
-Les 22 et 23, le Duc des Lombards donne carte blanche au flûtiste Nicola Stilo (il joue aussi de la guitare, du piano et chante). Parmi les invités de ce dernier : Marcia Maria, François Theberge, Stéphane Belmondo, Alain Jean-Marie et Giovanni Mirabassi.
-Immense chanteur, Bobby McFerrin revient au théâtre du Châtelet pour trois concerts : le 23 avec une invitée surprise), le 24 avec Michel Portal et le 26 avec Carlo Rizzo aux percussions.
-Le nouvel ONJ de Daniel Yvinec inaugure son programme Around Robert Wyatt le 23 à la Maison des Cultures du Monde. Le spectacle bénéficiera de la présence exceptionnelle du trompettiste Erik Truffaz et les magnifiques musiques de l’orchestre seront mises en images par le réalisateur Antoine Carlier.
-Entre le 22 et le 24, les voûtes du Sunset abriteront Fly, trio réunissant Mark Turner au saxophone ténor, Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie. Trois musiciens exigeants au service d’un jazz moderne intense et intimiste.
-Le 26 au Duc, Nicolas Folmer convie la pianiste japonaise Junko Onishi à rejoindre son quartette. Excellente pianiste, cette dernière a publié de très bons albums dans les années 90 et joue aussi bien Duke Ellington qu’Ornette Coleman. Sauf erreur de ma part, son dernier opus date de 1998. Attendons-nous à une surprise.
-Un autre trompettiste le 27 au New Morning. En forme, Wallace Roney peut mettre tout le monde d’accord.
-Il a connu un passage à vide, mais semble avoir retrouvé une partie de ses moyens dans son dernier album. Benny Golson, 80 ans, sera au Duc des Lombards les 27 et 28 pour quatre concerts. Souhaitons les exceptionnels.
-Impressionnant au saxophone alto, originaire de Saint-Petersbourg et vivant à New York, Dmitry Baevsky retrouve le trio d’Alain Jean-Marie au Sunside le 29.
-Le 30, John Greaves invite Karen Mantler au Sunset. La fille de Carla Bley et de Michael Mantler avait neuf ans lorsque John enregistra avec eux en 1977 “Kew. Rhone“, son chef-d’œuvre. Karen joue de l’orgue et du piano, compose de jolies musiques et, comme John Greaves, possède un univers bien à elle.
-Le même soir au Sunside, à la tête d'un trio acoustique réunissant Darryl Hall à la contrebasse et Laurent Robin à la batterie, le très actif Laurent de Wilde nous fera entendre un piano, tour à tour fiévreux et romantique, mais toujours créatif.
-Enfin, du 7 au 28 mai, le Sunside organise le premier festival “Guitare d’ailleurs“, avec Lionel Loueke, Philip Catherine, Nguyen Le… Consultez le programme.

New Morning : http://www.newmorning.com/
Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com/
Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés : http://www.festivaljazzsaintgermainparis.com/
Théâtre de l’Alhambra : http://www.alhambra-paris.com/
Sunset – Sunside : http://www.sunset-sunside.com/
Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com/

Peu de disques importants en mai. Les albums de Stéphane Kerecki, de l’ONJ, du trio Fly sont déjà en vente. Le label canadien Songlines signale la parution prochaine de “Where is Pannonica ?“, duo de piano réunissant Benoît Delbecq et Andy Milne. Abeille Musique qui distribue Songlines ne donne pas de date de sortie française, mais annonce celle de “Paul Motian on Broadway Volume 5“ sur Winter & Winter le 7 mai. Autour du batteur, Michaël Attias et Loren Stillman aux saxophones, Masabumi Kikuchi au piano et Thomas Morgan à la contrebasse. Attendu le 1er juin, le nouveau disque de Brian Blade sur Verve est un recueil de chansons que l'on croirait écrites dans les années 70. On savait le batteur de Wayne Shorter attiré par le rock – son groupe, The Fellowship Band, tente une synthèse de plusieurs genres musicaux – mais dans “Mama Rosa“, Blade chante, joue de la guitare et de la batterie et propose un univers musical proche de Neil Young et de David Crosby (l'album “If I Could Only Remember My Name“ qu'il semble avoir écouté. Les guitares de Goffrey Moore et de Kurt Rosenwinkel y occupent une place importante.
Crédits photos: Donatienne Hantin & Frédéric Charbaut - Stéphane Kerecki - Nicolas Stilo © Pierre de Chocqueuse // Melody Gardot - Kenny Barron © Verve Music Group.
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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 08:18

Ben Aronov a fait peu de disques et aucun n’est distribué en France où il vit depuis quelques années. Sauf celui-ci, son dernier, un album enregistré en octobre 2007 à Antibes et co-produit par le pianiste et les deux musiciens qui l’accompagnent : Vincent Strazzieri à la contrebasse et Cédrick Bec à la batterie. Oublié par les médias, le pianiste n’est malheureusement guère connu des amateurs de jazz. Il travailla pourtant avec de nombreux jazzmen américains, fut membre des Lighthouse All-Stars d’Howard Rumsey, du quartette et big band de Terry Gibbs, accompagna June Christy et Teddy Edwards à Los Angeles, Frank Sinatra, Lena Horne et Peggy Lee à New York dans les années 60, et joua avec Lee Konitz, Al Cohn, Zoot Sims, Jim Hall… J’arrête là sa biographie pour vous parler de cet enregistrement qui m’enchante, le disque d’un vrai trio qui prend le temps de peaufiner une musique lyrique et tendre inscrite dans la tradition d’un jazz intemporel. Malgré sa grande technique, Ben Aronov n’en fait jamais trop. Il choisit de belles notes et les fait danser, construit des phrases élégantes et les trempe dans un grand bain de swing. Composé par ses soins, ‘Bye, un thème espiègle, fait penser à Monk. Blues the Most d’Hampton Hawes, témoigne également de sa maîtrise du bop, de l’étendue de son vocabulaire harmonique sur tempo rapide. Les autres morceaux de l’album, des ballades, des standards à l’exception de Palisades signé par Ben, font entendre un pianiste au jeu constamment mélodique qui improvise sur les accords des thèmes. On suit ainsi avec bonheur les progressions harmoniques chantantes et fluides qui enrichissent sa musique ; on découvre sourire aux lèvres son goût exquis pour la note juste et le soin qu’il apporte à la faire sonner. Dissonant Transparency, une composition fascinante de Tom Pierson que Gil Evans admirait, baigne dans un climat impressionniste et reflète ce travail de mise en couleur. Saluons aussi le délicat travail d’une section rythmique constamment attentive au discours pianistique. Vincent Strazzieri improvise de judicieux commentaires mélodiques, notamment dans Falling Grace, Feeling of Jazz (de Duke Ellington) et Blues the Most. Cédrick Beck marque le tempo avec souplesse. Ses balais glissent sur la caisse claire, font délicatement bruisser les cymbales ; ses baguettes, légères, caressent les rythmes. Introduit par un martèlement de tambours, E.S.P. de Wayne Shorter révèle le talent d’arrangeur du batteur. La musique prend une couleur modale, les notes s’étalent sur plusieurs mesures. Beck muscle son jeu, comme pour attacher à la terre ces harmonies flottantes qui tentent de gagner le ciel.

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 14:41

Guitariste de formation classique, Marc Sinan se produit en solo et au sein d’orchestres de chambre ou symphonique depuis plus de quinze ans. Bien qu’impliqué dans la musique contemporaine, il fait ses débuts chez ECM avec un projet personnel lié à sa double culture – son père est allemand et sa mère turco-arménienne - , un mélange de musiques orientales et occidentales, répertoire original rassemblant chansons et improvisations modales. L’album raconte l’histoire d’Aicha bint Abi Bakr (613-678), dernière femme du prophète Mahomet, la « Mère des Croyants » des Sunnites. Les textes s’inspirent de passages du Coran, des neuf livres des hadiths (les paroles du prophète) et de poèmes persans anciens. La pianiste Julia Hülsmann les met en musique, les habille de mélodies limpides et apaisantes, en phase avec l’aspect religieux des textes. Les membres de son trio habituel – Marc Muellbauer à la contrebasse et Heinrich Köbberling à la batterie – l’accompagnent. Outre Marc Sinan à la guitare, l’album, réunit la chanteuse serbe Yelena Kuljic et Lena Thies, une altiste classique séduite par les musiques improvisées. L’orchestration reste volontairement sobre et dépouillée ; les musiciens jouent peu de notes, mais font magnifiquement sonner leurs instruments. Quelques accords de piano ou de guitare suffisent à porter une voix expressive qui explicite le récit. Seul ou associé au piano et à la guitare pour colorer un thème, le chant de l’alto est celui des oiseaux des jardins sur l’Oronte. Dans You Open My Eyes, la dernière chanson, les musiciens improvisent autour d’un court motif mélodique que répète le piano. Dans Son Taksim, l’instrument offre de magnifiques accords à la guitare qui développe et égrène les pas d’une courte danse. Contrebasse et batterie commentent délicatement une musique modale qui s’enroule doucement sur elle-même, rythment des improvisations souvent proches du jazz. Les morceaux joués en trio relèvent davantage de la tradition orientale. Marc Sinan les a rapportés de Turquie. Kamil Hodja, un imam, a accepté d’improviser pour lui dans la tradition maqâm et ses transcriptions ont fourni la musique de Sure 6/51 et Sure 81, deux courtes pièces au flux harmonique lent et majestueux. Suite ottomane explorant des modes au sein de compositions préétablies, “Fasil“ envoûte, séduit par sa richesse tant musicale que spirituelle et rend audibles les murmures de l’âme.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 14:28
Comme je vous l’avais annoncé le 29 mars dernier, il n’y a pas eu de quinzaine du blogueur de Choc dimanche dernier. J’avais prévu de redémarrer cette rubrique le 26 avril, mais compte tenu des nombreux concerts qui m’ont tenté, je crois préférable de la mettre en ligne dès aujourd’hui. Reste à donner un autre nom à une rubrique indisciplinée qui apparaît et disparaît à sa guise dans les colonnes de ce blog, rubrique dont il sera difficile de garder un rythme de parution en mai. Ses nombreux jours fériés et ses ponts interpellent. En outre, une recrudescence de mes activités professionnelles rend difficile la régularité de cette rubrique jusqu’à l’été. Elle changera donc provisoirement de nom et deviendra en mai “les sorties irrégulomadaires du blogueur de Choc“. Concerts, films, livres, pièces de théâtre, disques vous seront ainsi proposés avec davantage de souplesse, mais pas toujours lorsque vous les attendez. Laissez-vous surprendre et suivez le blogueur de Choc.

SAMEDI 28 mars
Randy Weston et les Gnawas au théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du quai Branly. Une déception. Né en 1926, Weston fatigué s’économise, joue peu de piano. Il fascine encore dans le registre grave du clavier, plaque des accords dissonants et étranges, mais laisse le plus souvent ses musiciens (toujours les mêmes) assurer le spectacle. Alex Blake son contrebassiste en fait ainsi des tonnes, utilise son instrument comme une guitare, slape ses notes et multiplie les effets de trémolos. Benny Powell se fait vieux et peine au trombone. Reste Talib Kibwe à la flûte et au saxophone alto pour colorer une musique décousue et lui apporter un peu de chaleur. Lorsque Weston et son groupe font silence, les Gnawas entonnent quelques chants envoûtants, les trois cordes de leurs guembris ou hajhoujs (sorte de luth dont la caisse de résonnance est une peau de dromadaire) assurent les basses, leurs qraqebs ou karkabas (grosses castagnettes en métal) et le tambour du maâlem rythmant leurs danses. Malheureusement la musique qu’ils donnent à entendre est davantage celle d’une fête profane que d’une cérémonie religieuse, comme si les Gnawas en déplacement ne voulaient que distraire et rester à la surface des choses.


LUNDI 30 mars
Soixante-dixième anniversaire des disques Blue Note. Un All Stars comprenant quelques-uns des musiciens du label fêtent l’événement au théâtre du Châtelet. Flavio Boltro à la trompette, Stefano di Battista aux saxophones alto et soprano, Joe Lovano (en petite forme) au saxophone ténor, Jacky Terrasson au piano, Ron Carter à la contrebasse et Payton Crossley à la batterie font ainsi revivre avec plus ou moins de réussite quelques grands standards du catalogue. Un beau programme avec Juju de Wayne Shorter, Cheese Cake de Dexter Gordon, Peace d’Horace Silver, The Sidewinder de Lee Morgan sans oublier la fameuse Blues March écrite par Benny Golson pour Art Blakey et ses Jazz Messengers, mais le concert mal préparé – les musiciens n’ont eu que trois heures pour répéter -  ne laisse pas un souvenir impérissable. Seul Jacky Terrasson dont les chorus fiévreux ruissellent de lumineuses notes bleues parvient à tirer son épingle du jeu.
Plus intéressante, mais pas faite pour chauffer une salle, la musique intimiste proposée en première partie de programme par le quartette de Ron Carter fut plutôt mal perçue. Le contrebassiste joue un jazz de chambre sensible et raffinée qui se goûte davantage dans l’intimité d’un club. Au piano, Stephen Scott
brode des harmonies délicates, improvise avec bonheur de jolies phrases mélodiques. Payton Crossley caresse tendrement les peaux de ses tambours. Mais la révélation du concert reste la découverte de Rolando Morales-Matos, le percussionniste de la formation. En parfaite osmose avec le batteur, utilisant de très nombreux instruments, il donne une grande souplesse rythmique  à la musique et lui apporte de superbes couleurs.

MARDI 31 mars














Musée du quai Branly 10 heures 15 : Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, remet les insignes de Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres à Roy Haynes et ceux de Chevalier à Stacey Kent et Médéric Collignon. Dans un français parfait, Stacey Kent prononce un discours dans lequel elle ouvre son cœur et nous confie toute l’admiration qu’elle éprouve pour la culture française. Boute-en-train, Médéric Collignon grimace et fait rire, l’humour de ses propos masquant de façon pudique sa grande sensibilité.


SAMEDI 4 avril
Guillaume de Chassy au Duc des Lombards dans un répertoire en partie consacré aux compositions d’Andrew Hill, pianiste « inclassable, lunaire, à la fois avant-gardiste et enraciné dans la tradition du jazz…un phare dans ma propre recherche artistique » dixit Guillaume, fin connaisseur d’une musique qui ne ressemble pas à la sienne. Ils ne partagent pas la même esthétique, ne jouent pas le même piano, mais pratiquent tous deux un jeu économe et s’intéressent à la forme. Profondément enraciné dans une tradition africaine, Hill fascine par l’univers qu’il parvient à créer avec peu de notes. Il les espace par des intervalles inhabituels, pratique une polyrythmie riche en décalages rythmiques et en dissonances. Il invente parfois des thèmes très simples que l’oreille conserve toujours en mémoire, Pumpkin et sa courte séquence de notes est l’un d’eux. Guillaume le reprend ainsi que Yokada Yokada, Refuge, For Emilio, mais leur donne d’autres couleurs, les fait autrement respirer. Il ne joue pas non plus son piano habituel, raccourcit ses voicings pour de courtes phrases mélodiques entre lesquelles il place des silences inhabituels. Stéphane Kerecki en profite pour faire abondamment chanter sa contrebasse. Il exploite avec agilité les sinuosités de la ligne mélodique et s’offre des solos expressifs et physiques. Le flux harmonique ralenti, Fabrice Moreau prend le temps de donner des couleurs à ses rythmes, les allonge, les diffracte, nous surprend par les teintes toujours changeantes qu’il apporte au tissu percussif dont les mailles distendues offrent une grande liberté aux solistes.


LUNDI 6 avril
Les belles histoires de l’oncle Antoine à l’auditorium St-Germain. Ce mois-ci Antoine Hervé raconte Charles Mingus, un homme blessé et révolté au cœur plein d’amour et de rage, un musicien qui porta de nombreuses casquettes, celles de compositeur, d’arrangeur et de contrebassiste. Antoine en parle avec humour, livre des anecdotes amusantes sur le parcours de ce géant du jazz, personnage haut en couleurs et aux colères célèbres. Il explique fort bien sa musique et le petit groupe de musiciens qu’il a réuni pour la jouer impressionne. Jean-Charles Richard au saxophone soprano et au baryton dans Moanin’, Michel Benita à la contrebasse pour colorer et chanter les mélodies, Philippe “Pipon“ Garcia à la batterie font ainsi revivre avec bonheur quelques grandes œuvres mingusiennes, Pithecanthropus Erectus, Goodbye Pork Pie Hat, Fables of Faubus, Moanin’, et Reincarnation of a Lovebird leur inspirant des improvisations aussi personnelles que réjouissantes. On les entend prendre beaucoup de plaisir à jouer cette musique, ce répertoire qui leur va comme un gant et qu’ils enrichissent de leurs propres idées. Pourquoi pas un album ?

MERCREDI 8 avril
La petite ville s’appelle Les Pavillons-sous-Bois. Elle est située à l’est de Paris, entre Bondy et Le Raincy et son Espace des Arts accueille Charles Lloyd et son New Quartet  Il faut connaître ou avoir un bon plan de la banlieue parisienne pour le trouver. Banlieues Bleues a heureusement prévu une navette porte de Bagnolet. Elle nous ramène à temps pour un dernier métro. Emmanuel courageux m’accompagne et ne regrette pas une aventure dont nous sommes revenus sain et sauf. Assurant la première partie, le groupe du trompettiste afro-anglais Byron Wallen n’a pas réellement convaincu. Il réunit de bons musiciens autour de compositions passables que l’on oublie vite. Quelques bons chorus interpellent. Charles Lloyd aussi. Il fait partie des légendes du jazz, appartient à une génération de musiciens presque disparue qui joue avec le cœur. Son instrument exprime des émotions, parle le langage de l’âme, en transmet la beauté sensible. Même les fausses notes – Lloyd en souffle quelques-unes – ne gênent pas trop le discours musical, une force tranquille et apaisante qui soulève et transporte. Fatigué, le saxophoniste peine à trouver sa sonorité au ténor. On lui pardonne un début de concert claudiquant car Lloyd joue avec une sensibilité énorme et les trois hommes qui l’accompagnent éblouissent. Reuben Rogers à la contrebasse et Eric Harland à la batterie constituent une paire rythmique exceptionnelle. Ce dernier développe une polyrythmie inventive et ne cesse de surprendre. Lloyd a toujours très bien choisi ses pianistes. Jason Moran, le dernier en date, possède un jeu aussi singulier que celui de Thelonious Monk, Herbie Nichols ou Andrew Hill. Il plaque des accords dissonants, joue des notes inhabituelles, possède un langage moderne, neuf et personnel profondément ancré dans le blues et la tradition. Musicien lyrique et sensible, Lloyd excelle dans les ballades. Joués en fin de programme, The Water is Wide et Rabo de Nube furent les grands moments d’un concert émouvant.


JEUDI 9 avril
J’entraîne Phil Costing au Sunside pour écouter le pianiste Alexandre Saada en quartette. Il y présente “Panic Circus“, son nouvel album, une fantaisie pop jazz bien accueilli par la critique, un enregistrement sans prétention, mais plein de jolies couleurs et de bon plans mélodiques. Il contient même deux chansons que les groupes britanniques de la fin des années 60 auraient très bien pu inscrire à leur répertoire, une musique colorée et joyeuse qu’Alexandre trempe dans un grand bain de jazz électrique. Les sonorités de son Fender Rhodes relié à des pédales de distorsion se mêlent à celles du saxophone ténor de Sophie Alour et créent des paysages musicaux qui rappellent les premiers temps de la fusion. Jean-Daniel Botta joue de la basse électrique et chante ; à la batterie, Laurent Robin marque les rythme avec beaucoup d’énergie. Très travaillée sur le plan du son, leur musique séduit surtout par sa fraîcheur. Phil, content, achète leur album qui agit un peu comme la petite madeleine de Proust et véhicule bien des souvenirs.
Photos © Pierre de Chocqueuse
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