Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 15:49

Pendant cinq mois, de janvier à mai 2007, le Paris Jazz Big Band se produisit un jeudi par mois au Trabendo, parc de la Villette, dans un programme chaque fois différent. Tous les concerts furent enregistrés et ce coffret de trois CD dont la parution coïncide avec les dix ans d’existence de l’orchestre en propose de larges extraits. Les trois premiers programmes, “Paris 24 h“, “Mediterranéo“ et “A suivre“ ont fait l’objet d’enregistrements studio, mais jouée live, la musique apparaît beaucoup plus excitante, spontanée et fluide. Le quatrième programme, un hommage au pianiste Bernard Maury disparu en août 2005, tourne autour de Bill Evans que Bernard admirait particulièrement. Zool Fleischer, Eric Legnini et Pierre de Bethmann occupent tour à tour le piano. Les œuvres des deux premiers sont arrangées par Pierre Bertrand et Nicolas Folmer, patrons talentueux de ce magnifique orchestre et auteurs de la plupart des formidables compositions inscrites à son répertoire. Le cinquième programme rassemble les travaux de trois compositeurs et arrangeurs français et québécois : Ivan Jullien (un arrangement de Nostalgia in Time Square de Charles Mingus), Laurent Cugny (Moya, une pièce magnifique) et François Théberge. Le Paris Jazz Big Band a convié chaque mois des musiciens à le rejoindre - Louis Winsberg, André Ceccarelli, Christophe Wallemme et Minino Garay pour n’en citer que quelques-uns - , tous ajoutant une note personnelle, mélodique ou rythmique, à la musique. Les arrangements très variés font donc appel à une large palette d’instruments et de rythmes. Les sons cristallins du piano Fender se mêlent aux riffs des instruments à vent, la formation s’accommodant très bien de quelques instruments électriques pour séduire, envelopper d’une chaleur concertante l’auditeur subjugué. Intégrant aussi bien le langage du blues que le vocabulaire d’un bop modernisé à son répertoire, l’orchestre offre une musique aux textures sonores et aux couleurs changeantes, et surprend par la variété des paysages qu’il propose. Encadrés par des sections rythmiques souples et mobiles, par une masse orchestrale aussi légère qu’élégante, les solistes brillent par la qualité de leurs improvisations, chaque pièce leur laissant le temps de longuement s’exprimer. Denis Leloup fait ainsi merveille au trombone dans Iona, une composition de Nicolas Folmer trempée élégamment dans le funk. Ce dernier impressionne dès qu’il embouche sa trompette. Sur le même instrument, Fabien Mary enchante dans Sueño de niño et Pierre de Bethmann et Zool Fleischer éblouissent au piano, le premier dans Pra Baden et Fragile, le second dans Air Comme René, une de ses compositions. Merci à Sylvain Beuf, Stéphane Chausse (pour le magnifique chorus de clarinette de Biguine), Alfio Origlio, Pierre Bertrand (épatant au ténor dans Incertitude) et Stéphane Guillaume pour leur contribution à ce bien bel album.

Partager cet article

Repost0
9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 15:44
François Couturier sort peu d’albums. Ceux qu’il nous confie témoignent du travail d’un musicien discret et exigeant qui ne joue jamais de notes inutiles. Fin mélodiste, le pianiste n’exhibe jamais gratuitement sa technique, mais la met au service des beaux paysages sonores qu’il invente. Fasciné par l’œuvre du cinéaste Andreï Tarkovski, il fit paraître en 2006 sur ECM “Nostalghia – Song for Tarkovsky“, un magnifique album de compositions inspirées par ses films qui contiennent peu de musique. Viatcheslav Ovtchinnikov puis Edouard Artemiev se la partagent, ce dernier, un électro-acousticien, n’apportant que des sons. Avec “Solaris“ (1972), la musique classique rentre parcimonieusement dans l’univers du cinéaste. Jean-Sébastien Bach, son compositeur préféré avec Giovanni Battista Pergolèse et Henry Purcell, se fait entendre dans trois de ses films. François n’a pas cherché à illustrer des images. Il pose son propre regard sur l’œuvre de Tarkovski et met en musique les émotions qu’elle suscite. Une vision qu’il confie à un quartette à l’instrumentation inhabituelle. Piano, violoncelle, accordéon et saxophone soprano donnent des couleurs souvent très sombres à la musique et restituent la noirceur des films de Tarkovski. Relevant de la musique classique occidentale, l’harmonie engendre ici des improvisations d’une lenteur majestueuse, véritables méditations spirituelles proches de cette esthétique du silence que partagent certains enregistrements ECM. Les mélodies fascinent par leur gravité, leur lyrisme, l’austère lumière intérieure qu’elles expriment. Couturier a puisé certaines de ses idées dans l’œuvre de Bach et le “Stabat Mater“ de Pergolèse. Il cite également le thème d’une sonate pour piano et violoncelle d’Alfred Schnittke. Deux des acteurs préférés de Tarkovski, Erland Josephson et Anatoli Solonitsyne (l’inoubliable Andreï Roublev) lui ont également inspiré des musiques. De même les extraordinaires images du “Sacrifice“ filmées par Sven Nykvist, le chef opérateur du grand Ingmar Bergman.
Après de nombreux concerts donnés par le quartette, la plupart en Suisse et en Allemagne, “Nostalghia – Song for Tarkovski“ fut présenté dans une version audiovisuelle à Montbéliard en janvier 2008, puis à Strasbourg et à Nevers. L’apostrophe / théâtre des Arts de Cergy-Pontoise le programmait le 3 avril. Pendant une heure et quart, François Couturier et ses musiciens - Anja Lechner au violoncelle, Jean-Louis Matinier à l’accordéon, Jean-Marc Larché au saxophone soprano - jouent et improvisent sur des photos d'archives, des extraits des sept films du défunt metteur en scène. A la régie, Andreï Tarkovski, le propre fils du cinéaste décide des visuels, peut les ralentir ou ajouter des séquences filmées si les improvisations se prolongent. Il est difficile de savoir quand commencent ces dernières. Elles se confondent avec les thèmes mélancoliques que les musiciens développent rêveusement sur des images de toute beauté. Un grand moment magique et envoûtant.

Photos Anja Lechner - François Couturier & Andreï Tarkovski  © Pierre de Chocqueuse. Photo de groupe en concert © L' - Arnaud Vasseur  

Partager cet article

Repost0
5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 15:11
Avril : Pâques et ses fêtes : le blogueur fatigué compte sortir un peu moins et prendre des vacances. Comme je vous l’ai annoncé, la prochaine quinzaine du blogueur de Choc sera mise en ligne le dimanche 26. Pour vous faire patienter, des chroniques de disques et des papiers sur quelques concerts appréciés alimenteront ce blog. N’ayant pas trouvé le temps de rédiger cet édito plus tôt, ceux que je vous recommande sont moins nombreux que d’habitude. Je me répète, mais je tiens à préciser à mes nouveaux lecteurs (vous êtes de plus en plus nombreux et je vous en remercie), que le blogdechoc n’a pas vocation d ‘annoncer des concerts. Vous en trouverez la liste quasi exhaustive dans Jazzman et Jazz Magazine ou consultez les programmes des clubs en visitant leurs sites. Je vous propose mes coups de cœur, les concerts de musiciens que je suis depuis des années. Ils peuvent mal jouer un soir, ne pas être en forme et désappointer. Le risque d’être déçu reste toutefois minime lorsqu’on connaît leur musique, leur capacité à rebondir et à inventer. Le disque est en crise, mais il y a pléthore de nouveaux enregistrements. Il en sort tous les mois des centaines. La plupart font entendre des musiciens impressionnants de technique, mais peu me touchent vraiment. Je craque ces jours-ci sur le triple album explosif du Paris Jazz Big Band, sur quelques disques ECM souvent à la frontière du jazz et d’autres traditions musicales (“Fasil“ de Marc Sinan), sur le prochain disque de l’ONJ consacré à Robert Wyatt, sur d’autres encore, mais d’abord quelques concerts.

-Le dimanche 5, soirée Paris Jazz Club rue des Lombards autour de Freddie Hubbard (le même billet donne accès aux trois clubs) : Alex Tassel Quartet au Sunside, Eric Le Lann au Baisé Salé et Stéphane Belmondo au Duc. Avec ce dernier, un pianiste que l’on entend pas souvent : Kirk Lightsey.
-Le saxophoniste Dmitry Baevsky a fait sensation il y a quelques mois au Duc. Il s’y produit à nouveau le 6, en quartette. Son guitariste, Joe Cohn, est le fils du légendaire saxophoniste Al Cohn. Le même soir à 19 heures 30, à l’auditorium St Germain, Antoine Hervé donne sa leçon de jazz et la consacre à Charles Mingus.
-Le 8, dans le cadre du Festival Banlieues Bleues, Charles Lloyd investit Les Pavillons-sous-Bois et son Espace des Arts. Jason Moran, Reuben Rogers et Eric Harland l’accompagnent.
-Le 9 avril, au Sunside, Alexandre Saada présente “Panic“ un nouvel album plein de couleurs et de fantaisie. Pop, jazz électrique, peu importe, car cette musique joyeuse et rétro a beaucoup de charme. Le même soir, Marjolaine Reymond, chanteuse pas comme les autres, fascinera le public du Triton.
-Les 10 et 11 avril à 22 heures, dans la cave voûtée du restaurant Autour de Midi, rue Lepic, Mourad Benhammou et ses Jazz Workers (Fabien Mary à la trompette, Pierre Christophe au piano) proposent un hard-bop musclé et inventif.
-Saxophoniste exigeant, Jérôme Sabbagh vient jouer sa musique en trio au Sunside le 13. Joe Martin à la contrebasse et Daniel Humair à la batterie l’aideront à relire des grands standards du jazz, partageront avec lui de fascinantes plongées harmoniques.
-Les 14 et 15, Susie Arioli, chanteuse de country canadienne qui trempe sa musique dans le swing et joue de la caisse claire occupe le Sunset en trio avec Jordan Officer, un excellent guitariste et un contrebassiste.
-Les amateurs de guitare ne manqueront pas Pat Martino en trio (orgue et batterie) au New Morning le 16 avril. Dans le cadre du Blue Note Festival, la Cité de la Musique accueille le même jour à 20 heures Eric Truffaz, Murcof et Talvin Singh. Au programme: l’album “Mexico“ du trompettiste.
-L’excellent guitariste américain Kurt Rosenwikel investit le New Morning le 21 avec Aaron Parks (p), Ben Street (b) et Ted Poor (dms).
-Virtuose du piano, la pianiste japonaise Hiromi est capable du meilleur (son disque au Blue Note de Tokyo en duo avec Chick Corea) comme du pire (“Beyond Standard“). Quelle musique jouera-t-elle avec son quartette le 24 au Duc des Lombards ? Ceux qui ne souhaitent pas prendre de risques iront plutôt écouter le même soir au Divan du Monde, le trio de Laurent de Wilde avec l’infatigable Stéphane Belmondo.
-Manuel Rocheman attendu en solo et en trio le 25 à Radio France, studio Charles Trenet à 17h 30.
-On retrouve Daniel Humair le 27, toujours au Sunside, mais avec Tony Malaby au saxophone ténor et Bruno Chevillon à la contrebasse pour, n’en doutons pas, un jazz neuf et incandescent.
-Dominique Abdesselam me signale un concert du cineXtet de Bruno Regnier au Studio de l’Ermitage le 28, autour du film muet de Buster Keaton “Sherlock Jr“.
-Pharoah Sanders au New Morning les 28 et 29. Aujourd’hui plus structurée, sa musique conserve son pouvoir hypnotique, mais le saxophoniste laisse un peu trop souvent ses musiciens jouer à sa place.
-Le 30 avril et les 1er et 2 mai, le pianiste Marc Copland revient au Sunside avec le contrebassiste Drew Gress et le batteur Bill Stewart qui l’accompagnent dans “Night Whispers“ son dernier album.


-Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr/
-Autour de Midi : http://www.autourdemidi.fr/
-Banlieues Bleues : http://www.banlieuesbleues.org/
-Le Baisé Salé : http://www.lebaisersale.com/
-Cité de la musique : http://www.citedelamusique.fr/
-Le Divan du Monde : http://www.divandumonde.com/
-Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com/
-New Morning : http://www.newmorning.com/
-Radio France : http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/jazzvif_concert/
-Studio de l’Ermitage : http://www.studio-ermitage.com/
-Sunset – Sunside : http://www.sunset-sunside.com/
-Le Triton : http://www.letriton.com/


Brièvement, quelques bons disques qui paraîtront en avril : le 20, “Sky & Country“, l’album tant attendu du trio Fly sera chez les disquaires. Mark Turner aux saxophones ténor et soprano, Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie s’offrent un disque lyrique aux harmonies savantes et ambitieuses. “Houria“, le nouvel opus du contrebassiste Stéphane Kerecki doit sortir trois jours plus tard. L’excellent trio du contrebassiste – Matthieu Donarier aux saxophones et Thomas Grimmonprez à la batterie – accueille Tony Malaby pour une musique exigeante et sauvage, sensuelle et primitive, une aventure sonore exceptionnelle à ne pas manquer. Toujours le 23, le nouvel Orchestre National de Jazz placé sous la direction artistique de Daniel Yvinec met en circulation son opus consacré à Robert Wyatt. Magnifiquement arrangé par Vincent Artaud, “Around Robert Wyatt“ subjugue par ses mélodies, la finesse de ses orchestrations. Vous lirez ma chronique dans le n° de mai de Jazzman.  Cédrick Bec, le batteur du Christophe Leloil Sextet dont l’album E.C.H.O.E.S. est chroniqué dans ce blog, m’a fait parvenir un beau CD du pianiste Ben Aronov. Bec et Vincent Strazzieri à la contrebasse l’accompagnent. Compositions originales et standards se parent de jolies couleurs mélodiques. “Falling Grace“ mérite de trouver un nombreux public.
Photos de Marjolaine Reymond, Jérôme Sabbagh, Laurent de Wilde, Marc Copland & Drew Gress, "Sunside" © Pierre de Chocqueuse - "Panic", pochette dessinée par Alexandre Saada - Photo de Count Basie © Verve/Universal  
 
  

Partager cet article

Repost0
2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 16:40

J'ai découvert Maria Pia De Vito en 2005 avec “So Right“ un hommage à Joni Mitchell, un album séduisant, une voix chaude, solaire, expressive, retrouvée l’an passé dans “Archangelica“ de Michel Godard, mais qui n’apporte pas grand chose à ce bien bel album. Italienne, très active sur la scène du jazz, Maria Pia a enregistré de nombreux disques, la plupart introuvables dans l’hexagone. Elle a étudié l’opéra, le chant contemporain et s’est faite remarquée dans “One Heart, Three Voices“, un opus de Diederik Wissels et David Linx. En examinant sa discographie, on se rend compte qu’elle aime les pianistes qui recherchent la subtilité harmonique, et ce n’est pas un hasard si trois de ses albums ont été enregistré avec John Taylor, l’un des plus fins pianistes britanniques. Anglais lui aussi, Huw Warren est beaucoup moins connu. Il a travaillé avec le violoniste Mark Feldman, s’intéresse au folk, aux musiques baroque et contemporaine comme en témoigne la diversité de ses travaux et la richesse harmonique de son jeu sensible. “Diálektos“ (langue, dialecte) est une heureuse rencontre. Huw et Maria Pia ont composé ensemble la plus grande partie du répertoire de l’album, de très belles mélodies ancrées dans la tradition populaire napolitaine, des compositions de Warren sur lesquelles Maria Pia a ajouté des paroles. Les morceaux sont plutôt joyeux, malgré la clarinette mélancolique de Gabriele Mirabassi qui chante à trois reprises avec le duo. Maria Pia utilise plusieurs techniques vocales, parfois dans un même morceau. Si l’étonnant Miguilim de Rita Marcotulli ou Ginga Carioca, une composition d’Hermeto Pascoal résument ce dont elle est capable en matière de scat, elle utilise également sa langue pour rythmer la musique, vocalise, se sert du re-recording pour créer plusieurs voix dans Diálektos, morceau à fort potentiel rythmique tout comme Whistling Rufus, autre condensé de son art. Maria Pia chante aussi avec une conviction contagieuse de splendides ballades, Beatriz de Chico Buarque et Edu Lobo, Allirallena, morceau au charme considérable et Mmiezo’o ggrano, chanson napolitaine envoûtante dans laquelle Huw Warren joue du piano préparé.

Partager cet article

Repost0
29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 18:17
Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…
Attention: en raison des fêtes, il n'y aura pas de quinzaine du blogueur le 12 avril, jour de Pâques. Merci de votre compréhension.


MARDI 17 mars
Un quartette inédit au Sunside : Lew Soloff à la trompette, Jean-Michel Pilc au piano, François Moutin à la contrebasse et Billy Hart à la batterie, quatre personnalités dont on a envie de découvrir la musique, compositions originales et standards constituant leur répertoire. Le groupe tourne depuis plusieurs semaines et cela s’entend. Les musiciens s’amusent à se surprendre, pratiquent des échanges intensifs, la contrebasse chantante de François Moutin occupant une place centrale au sein de la formation. Les cordes de son instrument se mêlent à celles, métalliques, du piano, ou entament un dialogue mélodique avec la batterie. Billy Hart possède un son, une frappe lourde qui peut se faire légère si le morceau l’exige. Il peut marteler puissamment ses tambours ou se contenter de marquer simplement le rythme sur une cymbale, ou sur le bord métallique de sa caisse claire. Loin d’étouffer la musique, le batteur la laisse au contraire respirer, l’aère, donne de l’espace aux notes qui sont jouées. Lew Soloff possède un jeu de trompette d’une grande précision. Sa maîtrise technique lui permet de faire chanter de longues phrases aux notes détachées et ciselées avec finesse. Aussi à l’aise dans le jazz qu’au sein d’orchestres symphoniques, il séduit par l’intelligence de ses chorus et la beauté de son jeu mélodique. Lew est également un musicien sensible qui souffle des notes tendres et brumeuses, presque fragiles dans les ballades, supports au sein desquels Jean-Michel Pilc révèle sa grande sensibilité. Le pianiste joue de petites notes éparses et tranquilles, adopte un jeu minimaliste et élégant aux notes inattendues et aux accords étranges. Il peut également donner beaucoup de volume à ses notes, les frapper et les marteler, ses chorus tumultueux se gonflant de clusters et de dissonances.

Un peu plus loin, Don Menza se produit au Duc des Lombards. Saxophoniste de légende longtemps attaché aux pupitres des grands big band - ceux de Buddy Rich, Woody Herman et Louie Bellson, il n’a pas joué en France depuis les années 50, malgré de fréquents concerts donnés en Allemagne. Le voir sur scène me tente, m’émoustille. L’occasion est trop belle. J’abandonne donc le Sunside à la fin du premier set pour écouter un ténor dont je ne connais que les disques. Don possède une sonorité raffinée et élégante. Ses improvisations sont toujours mélodiques et il ne perd jamais de vue le thème lorsqu’il joue de longues phrases lyriques et sensuelles. Comme Stan Getz (mais aussi Zoot Sims), il souffle des phrases tendres et puissantes qui séduisent et attachent. En duo avec Philippe Milanta, il reprend My Foolish Heart, enroule ses notes autour de la mélodie, tresse de jolies variations harmoniques pour l’embellir. Un piano rêveur lui répond, ornemente le thème par de petites notes délicates et perlées. Cédric Caillaud à la contrebasse et François Laudet à la batterie complètent la section rythmique avec efficacité et justesse. Don Menza a promis de revenir au Duc avec un programme consacré à la musique de Getz, ses principaux chorus harmonisés pour quatre ténors dont le sien. On ne peut que s’en réjouir. - Note ajoutée le mardi 14 avril: Le photographe Philippe Etheldrède m'a gentiment signalé que bien que ne s'en souvenant probablement pas, Don Menza s'est produit à Antibes au sein du big band de Louie Bellson en 1992.

JEUDI 19 mars
Vers toi terre promise“ de Jean-Claude Grumberg au théâtre du Rond-Point, une « tragédie dentaire » qui fait rire, réfléchir et pose de bonnes questions. Ses répliques pleines d’humour sont aussi incisives que les dents que soigne Charles Spodek dans son cabinet dentaire. Elles donnent un goût amer, comme les herbes rituellement prescrites à Pessa’h, la Pâques juive. On compatit aux douleurs des patients du dentiste mais surtout aux souffrances qu’il endure avec sa femme Clara depuis la disparition de leurs deux filles. Déportée, la première a péri dans un camp. Cachée dans un couvent, la seconde y reste cloîtrée et invisible. Charles Spodek se bataille avec l’administration pour réintégrer son lieu de travail spolié par un autre dentiste, un Français décoré pour sa bravoure en 14-18. Il y parvient, mais échoue à faire sortir leur fille du Carmel – la scène de leur visite à la mère supérieure de l’ordre répondant à leurs questions, en posant d’autres (« Comment être juif et athée ? ») ou pratiquant la langue de bois est un des grands moments de la pièce. Incapables de faire le deuil de leurs enfants, les Spodek passent des nuits sans sommeil dans leur appartement. Charles, cynique et pessimiste, attend une troisième guerre mondiale. Il dévitalise les dents de ses patients et ôte leurs douleurs, mais ne peut empêcher la sienne de lui ronger le sang. Clara se lamente ; les lettres qu’elle écrit à sa fille restent sans réponses. Elle essaye même de prier ce qui provoque la colère de Charles qui ne croit pas et refuse de croire. Les relations avec leurs parents, leurs amis, deviennent difficiles, Charles ne voulant plus voir personne, pas même son cousin Max. Le couple décide finalement de partir vivre en Israël, la terre promise. Se relève-t-on d’un tel traumatisme ? Que trouvera-t-il là-bas ?  
Enfant, Jean-Claude Grumberg se faisait régulièrement soigner ses caries chez un double de Spodek et a nourri sa pièce de ses propres souvenirs. La mise en scène de Charles Tordjman est d’une grande lisibilité. Les scènes jouées alternent avec des monologues pédagogiques, les apartés explicatifs d’un faux cœur antique situant l’action dans le temps. Les quatre acteurs sont formidables. Christine Murillo interprète une Clara émouvante. Philippe Fretun exprime avec une grande justesse le cynisme désabusé de Charles. Les deux autres comédiens, Clotilde Mollet et Antoine Mathieu campent les autres personnages, Suzanne l’amie, Mauricette la belle-sœur, l’auteur enfant, le cousin attaché aux croyances, aux rituels, aux interdits qu’impose sa religion, le patient désespéré à l’idée de n’avoir plus personne à qui se plaindre lorsque Charles partira. Tous deux assurent le chœur, mélange de tragédie grecque et d’humour juif, pour éloigner la douleur, la tenir à distance, la rendre supportable.
Au théâtre du Rond-point jusqu’au 11 avril. Du 31 mars au 5 avril la pièce sera jouée en hébreu avec des comédiens israéliens (version surtitrée en français).
http://www.theatredurondpoint.fr/

VENDREDI 20 mars
Un grand pianiste au Sunside. Jim McNeely ne s’était pas produit sur une scène française depuis les années 8O. Il joua pendant six ans avec le Thad Jones/Mel Lewis big band puis travailla avec Stan Getz et Phil Woods et est l’actuel pianiste du Vanguard Jazz Orchestra. Jim possède également un tentet pour jouer ses arrangements. Il les a souvent confiés à de grands orchestres européens parmi lesquels le Danish Radio Big Band et le WDR Big Band. Il vient de passer une semaine à Paris, invité par le département jazz et musiques improvisées du conservatoire national supérieur de musique de Paris (cnsmdp) à animer une master class. Les élèves de Riccardo Del Fra joueront sa musique en big band le lundi 23. Ce soir, ils sont venus nombreux l’écouter en trio. Jim privilégie les belles lignes mélodiques, un jeu sobre aux couleurs délicates. Ses longs voicings ne contiennent pas une note en trop. La fluidité de ses improvisations dissimule la richesse de ses idées harmoniques. Le pianiste cultive la discrétion, joue un piano élégant qui respire, possède un rythme intérieur, écarte résolument le tape à l’œil, la virtuosité gratuite. Riccardo n’a rien non plus à prouver. Cela fait des années qu’il met sa contrebasse au service de la musique et en fait chanter les notes. Un tempo très sûr, des notes très justes, des harmonies très pures bénéficient de sa magnifique sonorité. Avec le jeune Julien Loutelier à la batterie, c’est une solide section rythmique qui commente mélodiquement et rythmiquement la musique, la trempe dans le swing. Le trio reprend Someday my Prince will come, In my own Sweet Way, You and the Night and the Music, Con Alma, en donne des relectures harmoniques subtiles et surprenantes. - Autre note ajoutée le 14 avril: Philippe Etheldrède me fait également remarquer que Jim McNeely est venu en France en 1998 avec le Vanguard Jazz Orchestra.  


LUNDI 23 mars
La fête au Duc des Lombards qui célèbre ses 25 ans d’existence. Une soirée animée par Pierre Christophe et son trio – Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie. Invités par Jean-Michel Proust, de nombreux musiciens les remplacèrent sur scène au cours de  la soirée. En voici des images.

















Mourad Benhammou et Pierre Christophe entourent Jean-Michel Proust, le maître de cérémonie, et la charmante Perrine Silhol, chargée de la communication du Duc. Arrangeur, chef d’orchestre, pédagogue, Antoine Hervé est aussi un pianiste émérite. Avec Gilles Naturel à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie, ses excellents partenaires d’un soir, il transforme quelque standards en feux d'artifice et rend le temps inoubliable.















Yona et Valérie. Elles ne passent pas inaperçues. A droite Jean Becker. Nous avons parlé de ses films, de Tante Olga et de son caviar, de son père Jacques, cinéaste immense qui confia la musique de “Touchez pas au Grisbi“ à Jean Wiener, partition dont il ne reste que quelques mesures d’harmonica, du film “Le Trou“, un chef d'oeuvre dont il acheva le tournage sur les indications de son père trop souffrant. A sa droite, le sympathique Yves Lucas. Les fidèles lecteurs de Jazz Magazine ont en mémoire ses articles.
René Urtreger : le bop est son affaire, il le pratique avec brio au quotidien. Son merveilleux piano n’a aucun mal à rejoindre la guitare chaleureuse de Christian Escoudé. Ils ont enregistré ensemble un bien bel album en 1987, “Masters“, publié sous le nom de René et s’entendent toujours aussi bien.

Anne Ducros aime les jam-sessions, poser sa belle voix sur de la bonne musique. Elle ne dédaigne pas les prouesses techniques et chante toujours avec une grande justesse. On ne se lasse pas de l’écouter. Du swing plein les doigts, Pierre Christophe lui donne brillamment la réplique. A quoi pense Mourad Benhammou ? A la musique qu’il rythme avec talent ? A la chanteuse qu’il accompagne ? A “Perk’s  Snare“ son nouvel album ?















Anne Ducro
s toujours. Infatigable, elle reprend quelques standards avec Christian Escoudé et René Urtreger, complices d'un autre tour de manège jazzistique. Le saxophone ténor de Lenny Popkin sonne comme un alto et souffle de la tendresse. Ses notes, des caresses, ont la douceur du miel.













Manu Le Prince
chante avec bonheur le jazz et le Brésil. Sa voix chaude, sensuelle, a récemment célébré Cole Porter. Une prestation sans faute, avec Pierre Christophe magnifique au piano. Habitué du Duc, Riccardo Del Fra n’a pas voulu manquer la fête. Sa contrebasse chantante s’entend à merveille avec le piano de Jim McNeely. Grand batteur, Simon Goubert impressionne, rythme des harmonies subtiles trempées dans le be-bop.









Alexandre Saada étonne par l’étendue de ses connaissances harmoniques, la finesse de son jeu pianistique. Il aime le bop, mais aussi la pop musique, les chansons. Il y en a deux dans son nouvel album, un disque dans lequel son jazz se trempe dans mille couleurs et se fait électrique. Ce soir Alexandre accompagne, joue un piano plus sage qui convainc tout autant. Olivier Temime offre les riches couleurs de son saxophone aux invités du club. Très occupé, Jean-Michel Proust n’a même pas le temps de souffler dans son saxophone. Longue vie au Duc des Lombards et bon anniversaire.

Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf celles de la pièce "Vers toi terre promise" © Brigitte Engueran
  

Partager cet article

Repost0
26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 12:40
Depuis le 17 mars, le jazz s’expose au musée du quai Branly, là où dialoguent les cultures, et ce n’est que justice. Métissage de traditions musicales européennes et africaines sur la terre d’Amérique, il grandit à Storyville, quartier de la Nouvelle-Orléans peuplé de tripots, de bars et de maisons closes. Sa fermeture en 1917 favorise sa migration. Chicago et New York l’accueillent et le sortent de l’ombre. Livery Stable Blues couplé avec Dixie Jass Band One-Step, premier 78 tours de l’Original Dixieland Jass Band et premier disque de jazz publié, se vendra à un million d’exemplaires ! Moins populaire après la fin de la seconde guerre mondiale et la disparition des grands orchestres swing, le jazz change, devient adulte et élitiste, hérite d’un vocabulaire harmonique sophistiqué, de nouvelles conceptions rythmiques et s’exporte dans le monde entier. Aujourd’hui encore, il ne cesse de se nourrir au contact des musiques et des cultures du monde, de tout absorber et de se transformer.

Son influence sur le siècle n’a pas été seulement musicale comme en témoignent les œuvres rassemblées quai Branly sous les auspices de Daniel Soutif, ancien collaborateur de Jazz Magazine et du Centre Pompidou. Cinéastes (“Le Chanteur de Jazz“, 1927 est le premier long-métrage parlant), photographes (Carl van Vechten qui fut l’exécuteur testamentaire de Gertrude Stein ; plus près de nous William Claxton, Roy DeCarava et Herman Leonard) et peintres s’en inspirent. Le jazz s’illustre, se met graphiquement en scène, se dessine. Il faut prendre le temps d’arpenter la longue « rue » de son histoire, gigantesque timeline aux vitrines pleines de documents, livres, journaux, pochettes de disques, recueils de partitions et dessins.

Avec elle, on remonte le temps de 1917 à nos jours, visite organisée en dix sections chronologiques dans lesquelles s’exposent des œuvres d’une grande diversité. Ici “Le Tumulte Noir“ de Paul Colin (1927) ; plus loin “Jazz“ d’Henri Matisse, un ensemble de pochoirs sur papier, de découpages initialement consacrés au cirque. Pablo Picasso, Kees Van Dongen, Piet Mondrian, Fernand Léger, George Grosz, Jean Dubuffet (“Jazz Band Dirty Style Blues“), Jean-Michel Basquiat et bien sûr Jackson Pollock dont on peut admirer le fascinant “Watery Paths“ sont les noms les plus célèbres de ce vaste parcours. Une rétrospective à vocation anthropologique qui permet aussi de découvrir de nombreux artistes moins réputés, oubliés ou méconnus. Citons Archibald J. Motley, Jr., Winold Reiss dont on peut admirer son “Interprétation of Harlem Jazz“, et Thomas Hart Benton qui fut le professeur de Pollock.

Les musiciens ont souvent reproduit des œuvres de peintres et de dessinateurs sur les pochettes de leurs albums. The Forest and the Zoo“ un tableau de Bob Thompson illustre celle d’un disque de Steve Lacy. Le saxophoniste Ornette Coleman choisit “White Heat“ une peinture de Pollock pour habiller “Free Jazz“ son album manifeste. Des œuvres de Juan Miró figurent sur des pochettes de Toshiko Akiyoshi et de Dave Brubeck. Celle de “Misterioso“ de Thelonious Monk est une peinture de Chirico. Andy Warhol en conçu quelques dizaines dont plusieurs pour Blue Note. Celles de David Stone Martin, Burt Goldblatt, Reid Miles, Pierre Merlin et Gil Mellé comptent parmi les plus belles Jazz Covers de l’aventure du jazz.  

Parmi les nombreux extraits de films que l’on peut voir, “L’Aurore“ de Friedrich Wilhelm Murnau fascine par la beauté de ses images, ses mouvements de caméra, son rythme. “La Notte“ de Michelangelo Antonioni (1961) hypnotise au contraire par sa lenteur, l’intelligence de ses cadrages, son merveilleux noir et blanc. Giorgio Gaslini en composa la musique, son quartette animant une fête nocturne dans le jardin de la maison de campagne d’un riche industriel. Consacrez quatre minutes à l’étonnant ballet de toupies que les designers Charles et Ray Eames tournèrent en 1957 sur une poignée de notes funky.

Ce n’est pas sans émotion que l’on découvre le premier numéro de Jazz Hot, le numéro du Point de janvier 1952 (rien à voir avec l’hebdomadaire) consacré au jazz, remplie de photos de Robert Doisneau ou le fameux Jazz 47 (la couverture est de Charles Delaunay dont plusieurs œuvres sont exposées), revue dans laquelle Jean-Paul Sartre écrivit un article fameux sur le jazz. « La musique de jazz, c’est comme les bananes, ça se consomme sur place. » en sont les premières lignes. Et puis dans une vitrine, un ouvrage cher à mon cœur : “Negro Drawings“ de Miguel Covarrubias (1904-1957), peintre, illustrateur et caricaturiste mexicain de grand talent. Publié à New York en 1927, son livre est un fascinant recueil de dessins sur les clubs, les dancings, les personnages pittoresques des longues nuits du jazz.

Le Siècle du Jazz“ s’expose quai Branly jusqu’au 28 juin. Randy Weston et les Gnawas y donnent deux concerts les 27 et 28 mars. Le catalogue de l’exposition (448 pages, 49, 90€) mérite sa place dans toute bonne bibliothèque jazzistique.http://www.quaibranly.fr/

Crédits Photographiques :
Façade du musée © Pierre de Chocqueuse - Fernand Léger : “Jazz (Variante) © Paris, Galerie Berès - Winold Reiss : “Interpretation of Harlem Jazz“ (1925) © Collection particulière –  Miguel Covarrubias : “Drummer“ © Collection de l’auteur – George Grosz : “Matrose im Nachtlokal“ © Collection privée.

Partager cet article

Repost0
23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 09:46
L’endroit est magnifiquement situé. Aux portes des Cévennes dans un ancien domaine vinicole de cinq hectares en partie agricole, se dresse un mas ancien en pierres de taille. Sa grande terrasse fait face à un parc ombragé. Son rez-de-chaussée a été partiellement aménagé en studio d’enregistrement. Le studio proprement dit, 150m2 de surface au sol, possède de larges baies vitrées. Il donne sur les grands arbres surplombant la maison. La cabine technique, une pièce de 90m2, la plus grande de l’hexagone, bénéficie de la même vue apaisante. Une salle pour les musiciens, avec bar, salle à manger et billard la prolonge. Aux étages, des appartements, des salons, de vastes chambres qui donnent sur la campagne. Ouvert depuis 1994, le studio Recall a accueilli de nombreuses vedettes. Alain Bashung, Césaria Evora, les Gipsy Kings, Noir Désir n’ont pas été les seuls à lui faire confiance. Jacky Terrasson, Yaron Herman, Pierre de Bethmann, Bireli Lagrène, Sylvain Luc, Guillaume de Chassy, David Linx, Paolo Fresu, Bojan Z, Olivier Ker Ourio y ont également enregistré. Pour la bonne raison que Philippe Gaillot, le maître des lieux, possède de très grandes oreilles. Ingénieur du son expérimenté, c’est aussi un musicien qui sait écouter et conseiller ses clients. Ancien élève de Mike Stern et de John Scofield, fan de Miles Davis, mais aussi de Keith Jarrett et de Jimi Hendrix, il joue fort bien de la guitare, a enregistré plusieurs albums et connaît aussi bien la musique que ses illustres visiteurs. 

Ce n’est toutefois pas pour vanter les qualités professionnelles de Philippe – des musiciens le feront mieux que moi - que je rédige ce texte. Il vient de casser sa tirelire pour réaménager son studio et le suréquiper d’un matériel technologique de pointe. La grande cabine qui abrite la batterie n’est plus seule à l’occuper. En cas de besoin, une seconde peut accueillir le piano, un Steinway de concert. Une porte de près de deux mètres permet son passage et l’acoustique, comme celle des autres cabines, a été traitée en conséquence. De grande taille également, une troisième isole les instruments de percussions. Deux autres, plus petites, ont été construites en arrondi sur les côtés. La cabine dévolue à la contrebasse voisine avec celle prévue pour la batterie. La dernière permet l’enregistrement des voix ou d’éventuels instruments dont il convient de clairement restituer les timbres. Grâce à de larges fenêtres, les  musiciens suivent des yeux ce que font leurs collègues et gardent un contact visuel avec l’ingénieur du son. Ces cabines n’atteignent pas le toit du bâtiment situé à plus de six mètres du sol. Philippe en a donc profité pour installer sur l’une d’elles une mezzanine. Sa hauteur donne à cet espace ouvert une acoustique différente. Les cuivres semblent déjà apprécier sa résonance particulière. D’autres instruments se laisseront probablement tenter.

Ces travaux améliorent sensiblement le confort des musiciens. Leurs instruments isolés, ils peuvent refaire facilement de nouvelles prises, corriger leurs erreurs, gagner du temps et de l’argent. Philippe innove également en leur proposant un système révolutionnaire et unique d’écoute casque. Neuf postes équipés de consoles 24 voies équipent désormais le studio. Un par cabine. Montés sur roulettes, les quatre derniers accompagnent les musiciens qui enregistrent hors cabine. Chacun maîtrise l’écoute de son casque, obtient le son qu’il souhaite entendre. Il peut régler le volume de chaque instrument, choisir son équalisation, sa réverbération et sa panoramique. Libre, parfaitement indépendant, le musicien fait son propre mixage. Celui qui est hermétique aux boutons peut utiliser le système habituel, une écoute casque réglée de la console principale, une Amek conçue par Ruppert Neve (40 pistes enregistrement simultané, 80 voies au mixage). L’ingénieur du son assure les réglages. A vous de jouer, de sortir votre meilleur musique et de faire des miracles.
Studio Recall :
http://www.studiorecall.com
Photos du studio © Patrick Lavabre - photo du mas © Philippe Gaillot - Philippe Gaillot et Jacky Terrasson © Pierre de Chocqueuse 

Partager cet article

Repost0
19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 14:54

Musicien inspiré, Ernst Reijseger tire des sons étonnants de son violoncelle. Il donne à entendre une voix, un double de lui-même qui rit, pleure, murmure, crie, proteste et chante des mélodies qui font bien sûr rêver. Né aux Pays-Bas en 1954 et récipiendaire du très convoité Boy Edgar Prize en 1985, il aime diversifier ses activités et joue des choses très différentes. Jazz moderne, musique improvisée ou contemporaine, difficile de mettre une étiquette sur les travaux d’un musicien inclassable, un maître qui multiplie rencontres et aventures. “Tell me Everything“ en est une. Recueil d’œuvres pour violoncelle solo, il contient des pièces aussi changeantes que la couleur du ciel. Toutes dégagent une impression de force et de plénitude. Ernst les a enregistrées en Toscane, en avril 2008. Installé dans le domaine vinicole de Castello di Volpaia dans le Chianti, il découvre que l’ancienne église du lieu, La Commenda di San Eufrosino de Volpaia est particulièrement propice à la création musicale. De vieux microphones à tubes ont ainsi recueilli des moments de grâce, de solitude, de tension et de paix. Pièces aux cadences envoûtantes, cordes caressées, frappées par l’archet ou jouées pizzicato, compositions limpides évoquant les heures douces d’un matin printanier, chacune conte une histoire. Le chant des oiseaux de Volpaia introduit l’album et les premières notes de Bidderosa - morceau écrit sur la côte sarde, un thème éclairé par la lumière de l’aube, les cordes du violoncelle pincées par les doigts sonnant un peu comme celles d’une guitare - , font fête au jour naissant. Chaque morceau est ici une surprise, Reijseger variant sans cesse de technique, ouvrant la porte au merveilleux. L’instrument émet le chant d’une baleine (Moby’s Night Out), sonne comme un shakuhachi (Falsetto), ou rythme les accords du blues (Dancing for D). Une musique d’un grand lyrisme laisse soudain place à de longues notes tenues, ondes sonores convulsives parcourues de fiévreux frissons rythmiques, glissandos porteurs de formes et de couleurs. Dans Tell me Everything, la dernière plage, la plus longue, Ernst Reijseger nous offre le meilleur de son art. Ses variations mélodiques jouées à l’archet, ses longues phrases répétitives nous plongent dans un monde onirique.

Photo: Ernst Reijseger devant La Commenda di San Eufrosino de Volpaia (Toscane) © Winter & Winter 

Partager cet article

Repost0
15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 12:53
Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc. Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

DIMANCHE 1e mars
Radio France, Studio Charles Trenet : concert inaugural du nouvel ONJ placé sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Au programme “Broadway in Satin“ consacré au répertoire de Billie Holiday, morceaux dont la chanteuse donna des versions insurpassables. Choisissant d’innover, Daniel Yvinec a chargé Alban Darche de les moderniser. Conservant les mélodies, ce dernier a changé tout le reste, dotant chaque morceau d’une orchestration nouvelle, d’une instrumentation différente. Skylark mêle ainsi les sonorités de deux saxophones alto, une clarinette basse, une trompette et un cor et Body and Soul voit son solo harmonisé par un petit ensemble comprenant saxophone alto, ténor, flûte, clarinette basse et trompette. Le traitement sonore réservé aux morceaux est beaucoup moins conventionnel. Eve Risser joue du piano préparé, tisse des sons inédits de sa table d’harmonie. Un saupoudrage électronique apporte de nouvelles couleurs et plonge les thèmes dans la modernité. Des rythmes binaires et martelés, des arrangements souvent lourds les structurent, la masse orchestrale laissant peu de place aux solistes. Ces derniers se font entendre dans les nombreux intermèdes qui relient les morceaux entre eux, moments surprenants animés par le batteur, dialogues entre une clarinette basse et ses propres notes que les haut-parleurs lui renvoient, chorus d’alto sur la voix enregistrée de Billie Holiday, poussée de soprano sur un léger voile d’effets sonores. Les improvisations collectives sont également nombreuses. Une fanfare déjantée introduit Strange Fruit rythmé par un banjo. Dans My Man, l’instrument égraine les accords du blues. A mi-chemin entre Carla Bley et Nino Rota, ce morceau carnavalesque plein de trouvailles et de dissonances résume bien la musique de l’orchestre, véritable auberge espagnole anticipant un troisième programme consacré à "Carmen". Les voix enfin pour conter et chanter Billie. Celle, enregistrée, d’Archie Shepp nous lit des extraits de son autobiographie. Ian Siegal et Karen Lanaud reprennent ses mélodies. Le premier, un chanteur de blues, possède une voix rauque et puissante. Plus classique, le timbre de la seconde peine à se faire entendre, couverte par les instruments d’un orchestre qui, à défaut de toujours bien sonner, joue beaucoup trop fort. Leurs voix se mêlent dans You’ve Change dont la guitare égraine les accords. Comment ne pas songer au duo Tom WaitsCrystal Gayle qui illumine le film “One from the Heart“ (“Coup de cœur“) de Francis Ford Coppola ? De bonnes idées, une mise en place parfois approximative, des longueurs, des moments superbes, difficile de juger l’ONJ à sa juste valeur sur ce premier concert. Le second, celui de Banlieues Bleues fut, paraît-il, désastreux. Laissons lui donc le temps de grandir.

JEUDI 5 mars
Revu “Model Shop“, film mal-aimé, la suite américaine de “Lola“, depuis longtemps invisible. Jacques Demy le tourne en 1968 à Los Angeles. Les grands studios américains ont apprécié ses comédies musicales, “Les Parapluies de Cherbourg“, “Les Demoiselles de Rochefort“ et Columbia accepte de financer ce nouveau long-métrage. Contre toute attente, Demy choisit de faire simple avec un budget modeste : vingt-quatre heures de la vie de George Matthews (joué par Gary Lockwood, l’un des deux cosmonautes de “2001 l’odyssée de l’espace“), jeune architecte sans travail sur le point d’être envoyé au Vietnam. Fasciné par une femme rencontrée dans un parking, il la suit jusqu’à son lieu de travail, une boutique dans laquelle, elle se loue comme modèle à des photographes. La jeune femme, c’est Anouk Aimée, la Lola de Demy dont on retrouve la trace six ans plus tard. A George, elle confie son histoire. Michel, l’homme qui est allé la chercher à Nantes pour l’amener vivre en Amérique, l’a finalement quittée. Elle s’est remise à travailler après avoir renvoyé son fils en France et économise pour le rejoindre. George lui donnera l’argent destiné à payer la traite de sa voiture. A la veille d’un aller simple pour une guerre qu’il refuse, il permet à Lola de rentrer chez elle. On sent Jacques Demy désenchanté par l’Amérique dont il a longtemps rêvé. Frankie le marin au grand cœur de “Lola“ est mort au Vietnam au début de la guerre, une guerre qui fait dire à George désabusé : « Qu’y a-t-il de plus beau que la vie ? » “Model Shop“ n’existe qu’au sein d’un gros coffret Arte Video (Ciné-Tamaris) réunissant tous les films de Demy. Sur le même DVD se trouve “Lola“, son premier opus, restauré en 2000, l’un des plus beaux films du cinéma français. Quel plaisir de revoir Anouk Aimée chanter et danser, déambuler dans les rues de Nantes. Passage Pommeraye, elle rencontre Roland (Marc Michel) perdu de vue depuis quinze ans. Comme Jacques Demy, il rêve de l’Amérique. Comme Frankie le marin de Chicago, il tombe amoureux de Lola qui chante, danse, se donne, mais n’aime qu’une fois. Son cœur appartient à Michel. Elle l’attend. Comme George, l’architecte de “Model Shop“, Roland reste seul à la fin du film qui fascine par sa grâce et sa poésie. Une mise en scène élégante, des dialogues subtils et très justes lui donnent beaucoup de charme. La photo – du scope noir et blanc - est de Raoul Coutard ; la musique de Michel Legrand. Confiée au groupe Spirit que Demy découvrit sur la scène du Kaleidoscope à son arrivée à Los Angeles, celle de “Model Shop“ plonge dans les sonorités de l’acid-rock de la fin des années 60. Mêlant habilement jazz et rock psychédélique, le groupe fait entendre de très beaux instrumentaux. La guitare magique de Randy California, disciple inspiré de Jimi Hendrix, illumine Clear, le thème principal du film orchestré par Marty Paich. Constatant son échec commercial, la maison de disque de Spirit abandonna l’idée d’en sortir la musique. Dispersée au sein de plusieurs albums du groupe, elle ne fut éditée qu’en 2005.

LUNDI 9 mars
Beau concert donné par Yaron Herman au théâtre des Champs-Elysées. En compagnie de son trio, le pianiste fête la sortie de “Muse“ son nouvel album, et lui réserve une place de choix. En solo, il commence par brouiller les pistes, entremêle avec ferveur Eli Eli et Hallelujah, un morceau de Leonard Cohen que Yaron affectionne. Muse et sa partie de cordes empruntée à Keith Jarrett vient ensuite. Les membres du Quatuor Manfred peinent un peu sur la musique. La mise en place n’est pas parfaite, mais ils offrent de belles couleurs à Isobel joué plus tard en rappel, et à Rina Ballé, la dernière plage du nouveau disque. Magnifiquement introduit à la contrebasse, son thème permet à Yaron de se lancer dans un chorus époustouflant. Sa mélodie frappe l’oreille et soulève l’enthousiasme du public. La guitare de Dominic Miller s’est jointe au trio, mais c’est dans Shape of my Heart, en duo avec le piano de Yaron, qu’elle livre ses plus belles notes. Avec Matt Brewer à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie, Yaron va donner le meilleur de lui-même. Un batteur complice rythme ses longues phrases pleines de notes inattendues. La contrebasse recherche le dialogue et mêle ses propres lignes mélodiques à celles du piano. Toxic de Britney Spears réinventé à chaque concert, Twins, Perpetua, Vertigo et leurs acrobaties rythmiques donnent le vertige, mais les doigts de Yaron savent aussi se faire légers et tendres dans les ballades. Ils égrainent de petites notes fragiles et s’appliquent à les faire délicatement sonner. Après une version de Con Alma beaucoup plus développée que celle du disque, Yaron enrichie d’harmonies exquises What Are You Doing the Rest of Your Life ?, un thème de Michel Legrand. Un émouvant Ose Shalom en trio conclut magnifiquement une soirée très intense.

MARDI 10 mars
Baptiste Trotignon au New Morning, une belle occasion d’écouter de larges extraits de son nouvel album. Sa section rythmique américaine indisponible, Thomas Bramerie assure brillamment à la contrebasse et Franck Agulhon remplace Eric Harland à la batterie. Difficilement. Sa frappe lourde et puissante couvre les instruments de l’orchestre, l’oblige à jouer plus fort. On s’habitue à ce martèlement, captivée par la richesse harmonique d’habiles compositions à tiroirs qui réservent bien des surprises. Récemment blessé à la main, Mark Turner rejoint le groupe au ténor et joue comme si rien ne lui était arrivé. Ses courtes phrases mélodiques se mêlent à celles, délicates, du bugle de Tom Harrell. Beaucoup plus présents que sur le disque, les deux souffleurs se révèlent constamment inspirés. Tom fait merveille dans Blue, un thème exquis aux notes tendres et lumineuses. Baptiste assure le tempo puis improvise une série de variations qui enchantent. Trempé dans le bop, Dexter conclut un premier set qui donne envie d‘écouter le second, une longue suite encore inédite sur disque. On a du mal à croire que le groupe la joue pour la seconde fois tant la mise en place est parfaite. Tom détache clairement de petites notes délicieuses, leur laisse le temps de s’envoler. Ses chorus aériens reflètent sa très grande sensibilité. Une des pièces s’articule autour d’un rythme de samba. Un long chorus de Baptiste fait monter la température de quelques degrés. Après un interlude en solo, le piano égraine les notes rêveuses d’une ballade. Bugle et ténor en colorent le thème. I Feel in Love Too Easily en rappel. Tom Harrell souffle des notes magnifiques et nous émeut profondément.

JEUDI 12 mars
Violet Hour, le sextet de Gerald Cleaver au Duc des Lombards, un hommage aux grands batteurs de Détroit, sa ville natale - Roy Brooks, Lawrence Williams, George Goldsmith et Richard “Pistol“ Allen. Le groupe joue du hard bop, mais sa manière de le rythmer et les couleurs qu’il donne à cette musique suffisent à la moderniser. Le set débute par une improvisation de Ben Waltzer, le pianiste. Exposée tardivement par les trois souffleurs, Jeremy Pelt à la trompette, J.D. Allen au saxophone ténor et Andrew Bishop à la clarinette basse, la mélodie surgit d’un amoncellement de notes graves. Ce dernier instrument renforce l’aspect sombre et inquiétant de la musique. Mais Andrew Bishop joue aussi du ténor et du soprano et les accords de Ben Walzer ne sont pas toujours si étranges. Le piano intègre une section rythmique très souple – Chris Lightcap tient la contrebasse - qui permet aux solistes de s’exprimer avec une grande liberté. La vedette de l’orchestre Jeremy Pelt impressionne par sa maîtrise technique et sa vélocité. Les notes jaillissent, chaudes, sensuelles, impeccablement sculptées, portées par un souffle puissant. Il possède une capacité pulmonaire exceptionnelle, une carrure impressionnante. Il tire de sa trompette de somptueuses lignes mélodiques, joue du bugle dans les ballades pour rendre veloutées et sensuelles. Batteur au jeu très fin, Gerald Cleaver rythme subtilement la musique, le plus souvent sur ses cymbales. On découvre un compositeur habile dont le jazz moderne s’enracine profondément dans la tradition. La formation a enregistré un premier album “Gerald Cleaver’s Detroit“ sur Fresh Sound New Talent. On peut y prêter attention.
Photos ©Pierre de Chocqueuse. Affiche de Model Shop © Columbia Films. Affiche de Lola © Les films de ma vie.  Jaquette DVD Model Shop/Lola  © Arte Video/Ciné-Tamaris. Photo affiche Yaron Herman © Gala

Partager cet article

Repost0
12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 10:03

Ce nouvel album de John Taylor en solo ne dévoile pas aisément ses secrets. Son approche en est même difficile. Le pianiste anglais construit un univers sonore raffiné dans lequel les thèmes complexes et durs à mémoriser naissent de savantes constructions harmoniques. A peine entrevus, ils nous échappent, génèrent d’autres mélodies tout aussi fugitives. John Taylor joue une musique souvent abstraite. Son langage introspectif et poétique évoque des images, fait travailler l’imagination. Sa vision du jazz est européenne. Son vocabulaire, ses choix mélodiques traduisent des influences classiques, surtout le court Prelude n°3, dans lesquelles il donne poids et volume à ses notes inquiétantes. Les “Phases“ qu’il décrit, ce sont celles des saisons. Dans Spring, la musique semble sortir d’un long sommeil, hésite puis se transforme, devient vive et lumineuse. Summer déploie de riches couleurs harmoniques. Le piano esquisse des pas de danse, chante de délicates ritournelles. Autumn, une pièce sombre, lente, mélancolique, s’articule autour d’une mélodie circulaire. Le début de Winter est presque un ostinato. Le piano chante les mêmes petites notes puis improvise des variations qui étrangement relèvent du blues. Ces quatre saisons, John Taylor ne les joue pas les unes derrière les autres, mais intercale entre-elles des compositions fascinantes. Les ambiguïtés harmoniques de Ritual, une pièce très noire, le mystérieux et envoûtant Frolics qui révèle davantage sa beauté à chaque écoute sont quelques-unes des miniatures constituant le programme de ce disque. Quatre d’entre-elles dépassent les cinq minutes. Eulogy fut enregistré par Taylor avec le groupe Azimuth en 1978 et une première version d’Autumn apparaît dans “Départ“, le troisième disque de cette formation. John Taylor joue aussi du célesta dans Foil et Duetto, deux morceaux plus accessibles. Dans le premier, le piano brode un contrepoint mélodique autour des notes répétitives du célesta. Dans le second, le piano assure le travail rythmique et le célesta improvise. Avec Fedora, une composition de Kenny Wheeler jouée staccato, Duetto est une des rares plages de l’album à posséder une véritable cadence. For Carol et son beau thème nostalgique est également d’un accès plus facile. Soyez patients avec ce disque. Il faut plusieurs écoutes pour en saisir les richesses.

Partager cet article

Repost0