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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 10:31

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 1 décembre
Pluie de disques de Richie Beirach à la Fnac Montparnasse. Des imports japonais pas bon marché ce qui m’empêche d’être trop gourmand. Je cherchais depuis longtemps à me procurer "Elegy for Bill Evans", un enregistrement de 1981 que je possédais autrefois en vinyle. Avec George Mraz à la contrebasse et Al Foster à la batterie, le pianiste rend hommage au musicien qui l’a probablement le plus influencé. S’il peut jouer free et composer des pièces atonales, Beirach est surtout un grand romantique qui fait chanter son clavier. Au sein de Quest, assurément l’un des groupes les plus remarquables des années 80, son tendre piano tempère le soprano volcanique de Dave Liebman, porte le calme au cœur de la tempête. L’irremplaçable Vladimir me conseille “Romantic Rhapsody“ enregistré pour Venus en novembre 2000. En général, je ne goûte pas trop les productions de ce label destiné au marché japonais. Ces derniers raffolent des pianistes qui sucrent leur musique et ne jouent que des ballades. “Romantic Rhapsody“  ne contient que cela, mais Beirach sait habilement durcir son jeu et évite les jolies notes inutiles. George Mraz assure toujours la contrebasse, mais Billy Hart remplace Al Foster et sa frappe est plus dure. On comparera les deux versions de Spring is Here. Dans celle de 1981, l’introduction au piano est inoubliable et Mraz tient une forme éblouissante. Son jeu de contrebasse fait la différence. Je me laisse également tenter par un disque de piano solo, un concert au Japon de 1981. Beirach reprend trois de ses morceaux dont le magnifique ELM, et trois standards de ou associés à Bill Evans. Du bonheur garanti
!

Mon confrère et ami Marc Tarascoff indisponible, je préside la commission livres de l’Académie du Jazz réunie autour d’un déjeuner à La Caseta, rue Pierre Charron. Son but : décerner un prix au meilleur livre de jazz de l’année. Les débats furent évidemment passionnés. Comment comparer une étude critique ou une biographie et un livre de photos ? Ma proposition de donner deux prix ex-aequo n’étant point retenue, il fallut deux tours de scrutin pour départager les candidats. Le prix sera remis le 18 janvier prochain. Il vous faudra patienter jusque-là pour connaître les résultats. De gauche à droite sur la photo : Alex Dutilh, Jacques Bisceglia, Gilles Coquempot, moi-même, André Francis, Alain Tomas et Jean-Louis Lemarchand. (Photo X)


MARDI 2 décembre
Les films de Peter Greenaway me plaisent décidément beaucoup. Après “The Pillow Book“ et “Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant“ (chronique dans la semaine du blogueur du 23 novembre), je revois avec plaisir “Le Ventre de l’architecte“, un film dont chaque scène est un tableau, chaque couleur, chaque objet trouve sa place dans des cadrages sophistiqués. La caméra bouge peu ce qui permet au regard de se fixer sur les décors. Greenaway travaille comme un peintre et son cinéma n’a pas forcément besoin de mouvement. Un architecte américain (Brian Dennehy) séjourne à Rome pour y organiser une exposition sur Etienne Louis Boullet (1728-1799), un architecte français que peu de gens connaissent, mais qui a réellement existé. Il souffre de maux d’estomac, pense que sa femme veut l’empoisonner, se découvre un cancer qu’il développe alors même que sa femme attend un enfant. Pour les anciens Romains, le ventre était le siège de l’âme. A Rome, l’architecte américain obsédé par son ventre perd la sienne avec sa vie. Réflexion sur la création artistique, sur les pouvoirs que l’architecture peut exercer sur la raison, “Le Ventre de l’architecte est aussi un portrait du père de Peter Greenaway, un passionné d’histoire naturelle et d’ornithologie, un homme corpulent qu’un cancer de l’estomac emporta.


MERCREDI 3 décembre
Les éditions Zulma rééditent depuis janvier 2008 la saga des Fu Manchu dans une nouvelle traduction d’Anne-Sylvie Homassel. Deux volumes sont déjà parus, “Le mystérieux Docteur Fu Manchu“ et “Les créatures du Docteur Fu Manchu“, publiés pour la première fois en 1913 et 1916. Ils m’enchantent. Long, maigre, félin, les épaules hautes, le front de Shakespeare et le visage de Satan, le Chinois cruel incarne le péril jaune. Face à lui Nayland Smith, l’agent spécial de Birmanie, au visage maigre et hâlé, au regard d’acier. Comme Sherlock Holmes imaginé par Conan Doyle dont Sax Rohmer a certainement lu les exploits, Smith a son Docteur Watson, le Docteur Petrie compagnon fidèle et narrateur de ses aventures dans les bas-fonds et les docks de Londres noyés par le brouillard. Le meilleur film consacré à Fu Manchu reste “Le masque d’or“ réalisé par Charles Brabin en 1932. Boris Karloff prête ses traits au terrible Docteur. Auteur prolixe, Sax Rohmer (1883-1959) né Arthur Henry Sarsfield Ward créa d’autres personnages tout aussi pittoresques dont un prêtre détective musulman, l’imam Abu Tabah. Ses six enquêtes parurent à Londres en 1916. Le regretté Francis Lacassin les publia dans la collection 10/18 en 1988.


JEUDI 4 décembre
Jusqu’au 9 janvier, la librairie Lecointre Drouet, 9 rue de Tournon 75006 Paris (01 43 26 02 92) expose des affiches et des livres de Tadanori Yokoo. Né en 1936 à Nishiwaki, Tadanori commença par dessiner des affiches publicitaires. « Mon rêve était de devenir peintre. Le destin me conduisit à l’affiche ». Dans les années 60, il rencontra de nombreux artistes qui lui ouvrirent les portes de l’underground japonais. Il se lia avec les écrivains Yukio Mishima et Tatsuhiko Shibusawa (ami intime de Mishima. Ce dernier s’est inspiré de sa“Vie du Marquis de Sade“ pour écrire“Madame de Sade“, pièce récemment montée à Paris), avec le scénariste et metteur en scène Shûji Terayama. Il réalisa des pochettes de disques (“Lotus“ de Santana, “Agharta“ de Miles Davis), des cartons d’invitations pour les défilés d’Issey Miyake. Ses affiches, peintures, collages, livres relèvent du pop art, empruntent aux réclames américaines des années 5O, à des motifs de kimonos anciens (les parents de Tadanori en fabriquaient), mais aussi à la tradition des estampes japonaises d’Hiroshige et d’Hokusai.

VENDREDI 5 décembre
Lecture du tome 2 de “La Théorie du grain de sable“ de François Schuiten et Benoît Peeters, volume appartenant au fameux cycle des Cités Obscures. Le dessin en noir et blanc au service d’une histoire relevant du fantastique, illustre de très belles pages. Schuiten a le sens des perspectives et sait fort bien dessiner des édifices architecturaux. Ses personnages sont également travaillés. Aidée par Constant Abeels, héroïne de ce récit en deux parties, Mary Von Rathen, « l’enfant penchée », parvient à remettre en place le Nawaby disparu du pays Bugti qui perturbe l’ordre des choses. Victime d’inondations catastrophiques dans un précédent volume de la saga, Brüsel et ses habitants pâtissent de phénomènes bien plus graves. Surtout Monsieur Maurice qui perd du poids et échappe peu à peu à la gravitation. Les planches affirment un trait sûr. D’une grande force poétique, ils témoignent de la capacité imaginative des auteurs à poursuivre une série qui conserve son charisme.


Concert d’Issam Krimi au Studio de l’Ermitage à l’occasion de la parution de “Post Jazz“, disque dont vous trouverez prochainement la chronique dans ce blogdechoc. Issam interpréta bien sûr les morceaux de son nouvel album, leur donnant toutefois un aspect plus rock. Sur scène la musique se fait dure, se pare d’autres couleurs et monte en puissance. La batterie de Nicolas Larmignat tonne des rythmes lourds ; le violoncelle d’Olivier Koundouno leur ajoute du mystère. Issam Krimi montre peu ses capacités pianistiques. Il joue une musique jeune et énergique, préfère les discours collectifs aux longs chorus individuels.
Le jazz s’y révèle marginal au sein d’une passionnante musique composite au carrefour de nombreuses influences.
(Photo ©Pierre Luzy)

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 09:53

Michel Petrucciani, 23 ans, visage poupin sur ces images, me manque. Je me souviens de notre première rencontre dans les bureaux de Jean-Jacques Pussiau en 1982, de sa franchise à répondre à mes questions, de son enthousiasme lorsqu’en 1989, au Festival de Jazz de Montréal, il me parle de “Music“ un album différent qu’il vient d’enregistrer. Entre ce disque et les merveilleux albums qu’il grave pour Owl Records au début de sa trop courte carrière, se situe ce concert donné au Village Vanguard de New York en septembre 1986. Avec Palle Danielson à la contrebasse et Eliot Zigmund à la batterie, Michel dispose d’un nouveau trio, l’un des plus consistants de ceux avec lesquels il travaillera. Il vient de sortir “Pianism“, l’un des meilleurs enregistrements de sa discographie, son premier pour Blue Note, et plus que jamais se consacre à la musique. Sur ces images, il faut l’entendre marteler puissamment les touches de son clavier, l’attaque puissante de la note s’accompagnant d’un délicat toucher de piano. Dans Regina, Michel cite une célèbre chanson brésilienne, esquisse des notes que l’on entendra trois ans plus tard dans “Music“. Tout aussi lyrique, The Prayer, un autre extrait de “Pianism“, traduit l’influence de Bill Evans. Beautiful but Why également. Michel privilégie la ligne mélodique, la nourrit d’harmonies chantantes, de notes dont il choisit avec goût les couleurs. Jim Hall apporte celles de sa guitare élégante dans Waltz New, une de ses compositions. Ses petites notes se glissent entre celles du piano sans jamais le gêner. Filmé par trois caméras, cette quête d’un beau piano, au sein de laquelle les ballades restent nombreuses, porte aussi les couleurs du swing. Plein d’énergie, Michel donne du rythme, de la dynamique à ses phrases. A cet égard, Our Tune reste exemplaire. Contrebasse et batterie installent un solide tempo afro-cubain après une introduction en solo presque abstraite. Le thème exposé, les doigts deviennent légers et la musique s’envole comme libérée de toute pesanteur.

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 18:33

 Décembre : Le froid n’incite pas trop à sortir. Pas question toutefois de passer toutes vos soirées sous la couette avec votre tendre épouse ou votre copine. Les Jazzmen comptent sur vous dans les clubs. Jusqu’au 6 décembre, Anne Ducros et ses invités occupent le Duc des Lombards - Deux pianistes à découvrir le vendredi 5 : Le Studio de l’Ermitage http://www.studio-ermitage.com/ accueille Issam Krimi, pianiste de 28 ans parrainé par Antoine Hervé et Edouard Ferlet. Produit comme un disque de rock, son nouvel album (son second) porte le nom de “Post Jazz“, tout un programme ! Le même soir (mais aussi le 6), Eldar, jeune pianiste originaire du Kirghizstan, se produit en trio au Sunside http://www.sunset-sunside.com/. Son nouveau disque est oubliable, mais ce virtuose du clavier peut agréablement nous surprendre. – Le 6, mais aussi le 7, Brad Mehldau joue en solo à la Cité de la Musique http://www.cite-musique.fr/. - Le 8, à l’Auditorium Saint-Germain, Antoine Hervé nous donnera sa leçon de piano mensuelle…sur Thelonious Monk. - On s’attardera le 9 dans les quatre clubs de la rue des Lombards, une soirée Paris Jazz Club consacrée à Cristal Records. Ceux qui ont manqué la chanteuse Mélanie De Biasio pourront l’écouter au Sunside. Gilles Naturel et Lenny Popkin y sont également attendus. Les fans de Marjolaine Reymond, la chanteuse qui monte comme la petite bête, se précipiteront l’écouter le même soir à l’Olympic Café (20 rue Léon, 75018 Paris). - La Cité de la Musique accueille le 10 novembre le saxophoniste Dave Liebman (un des rares musiciens qui joue bien du soprano) pour une relecture de “Sketches of Spain“ de Miles Davis. - Sheila Jordan en quartette avec Aldo Romano, Franck Avitabile et Thomas Bramerie les 12 et le 13 au Duc. Les mêmes soirs au Sunside, le pianiste Donald Brown invite Stéphane Belmondo. Toujours le 13 décembre, Ahmad Jamal, donne un concert Salle Pleyel http://www.sallepleyel.fr/. - Le lundi 15 au Duc, Dave Liebman retrouve son complice Marc Copland pour un duo sûrement très chaud. - Le 18 Alain Jean-Marie illuminera le Habana Jazz http://www.habanajazzparis.com/. - Très actif, Aldo Romano revient au Duc les 19 et 20 décembre, mais avec son Just Jazz Quartet (Henri Texier, Géraldine Laurent et Mauro Negri). Le Sunside attend André Ceccarelli et son quintette entre le 19 et le 21 décembre. - On passe Noël en famille. - Rendez-vous au Duc des Lombards http://www.ducdeslombards.com/ les 29 et 30 décembre avec René Urtreger et ses musiciens pour les dernières soirées jazz de l’année.


Décembre, le mois des bilans. Depuis sa création le 8 septembre dernier, ce blogdechoc s’est efforcé de couvrir au mieux l’actualité discographique. Les albums dont je parle sont des coups de cœur. Le temps, une actualité trop riche et les chroniques que j’écris dans Jazzman – J’ai pour règle de ne pas rédiger deux chroniques d’un même disque - m’empêchent malheureusement de revenir en arrière, de tout vous commenter. Les disques qui suivent, tous publiés en 2008, ont leur place dans le blogdechoc. Bonne écoute.


-Ralph Alessi & This Against That “Look“ (Between the Lines/Integral)
-Ben Allison & Man Size Safe : “Little Things Run the World“ (Palmetto/Codaex)
-Bruno Angelini trio “New York City Session“ (Sans bruit)
-Bob Belden “Three Days of Rain“ (Sunnyside/Naïve)
-Théo Bleckmann & Kneebody “Twelve Songs by Charles Ives“ (Winter & Winter/Abeille)
-Chick Corea et Hiromi Uehara “Duet“ (Stretch/Universal)
-Marilyn Crispell “Vignettes“ (ECM/Universal)
-Guillaume De CHASSY trio “Faraway So Close“ (Bee Jazz/Abeille Musique)
-Peter Delano “For Dewey“ (Nocturne)

-Benoît Delbecq & Marc Ducret “Bleu sur Seine, july 2006“ (Sans bruit)
-E_L_B (Erskine, Lê, Benita) “Dream Flight“ (ACT/Harmonia Mundi)
-Drew Gress “The Irrational Numbers“ (Premonition/Orkhestra)

-Olivier Hutman quartet “Suite Mangrove“ (Nocturne)
-Philippe Le Baraillec “Invisible Wound“ (AJMI/Integral)
-Jobic Le Masson trio “Hill“ (Enja)
-Brad Mehldau trio “Live“ (2 CD) (Nonesuch/Warner)

-Stéphan Oliva, Jean-Marc Foltz “Pandore“ (Sans bruit)
-Nicholas Payton “Into the Blue“ (Nonesuch/Warner)
-The Poolplayers “Way Below the Surface“    (Songlines /Abeille Musique)
-Aldo Romano “Just Jazz“ (Dreyfus Jazz/Sony BMG)

-Gonzalo Rubalcaba “Avatar“ (Blue Note/EMI)
-Bobo Stenson trio “Cantando“ (ECM/Universal)
-Marcin Wasilewski trio “January“ (ECM/Universal)
-Norma Winstone “Distances“ (ECM/Universal)
-Miguel Zenon “Awake“ (Marsalis Music/Universal)

Photos ©Pierre de Chocqueuse

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 09:12

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 24 novembre
Welcome to the Voice“ au Théâtre du Châtelet. La presse n’a pas été tendre avec ce spectacle dont je donne l’argument dans le blogdechoc du jeudi 13 novembre. Le livret est médiocre, mais on s’y rend pour la beauté du chant et de la musique. Celle de “Welcome to the Voice“ réserve de magnifiques arias (« Laissez cet homme » chantée par Lily, la cantatrice). Le livret justifie parfaitement des emprunts à Bizet, Puccini, Bellini et le patchwork musical assemblé par Steve Nieve reste parfaitement cohérent. L’Ensemble Orchestral de Paris lui donne une ampleur que le quatuor à cordes de l’album ne lui offre pas. Transposée pour grand orchestre, la partition hérite d’un long prélude instrumental présentant les principaux thèmes. Sur le rideau de scène, sont alors projetées les images brûlantes d’une gigantesque fonderie. Les lumières et les décors servent une mise en scène qui tient constamment en éveil. Trompette (Ibrahim Maalouf), violoncelle et saxophone improvisent de brefs interludes. Et puis, il y a les voix. Celle de Sting, rauque et puissante, se marie bien avec celles des chanteuses lyriques. Sensuelle et magnifique, Sylvia Schwartz est la reine du spectacle (la voix de Barbara Bonney, la Lily de l’album, paraît bien terne en comparaison). Elvis Costello se voit confier une partition trop difficile pour ses capacités vocales. On regrette l’absence de Robert Wyatt, mais Joe Sumner, le fils de Sting, son remplaçant, chante parfaitement son texte. Une belle création mondiale. Thank you to the Voice.

MARDI 25 novembre
18 heures 30. Remise des Chocs Jazzman de l’année 2008 au Café Universel, rue Saint-Jacques. Alex Dutilh (en photo) les commente devant un parterre de journalistes, de musiciens (Martial Solal, Christophe Marguet, François Théberge, Michael Felberbaum), de responsables de maisons de disques (la jolie Marie-Claude Nouy, Patrick Schuster, Nicolas Pflug, Daniel Baumgarten, Francis Dreyfus, Marc Sénéchal…). “Kind of Blue“ de Miles Davis gagne bien sûr à recevoir tous les Chocs de la terre, mais j’ai comme l’impression que l’on prime davantage le coffret (par ailleurs superbe) que le disque fréquemment réédité. Des Chocs mérités pour “Live at Belleville“ du contrebassiste Arild Andersen et “Tragicomic“ du pianiste Vijay Iyer. Les autres enregistrements primés me plaisent moins. Vous en trouverez la liste dans le numéro de décembre de Jazzman. “Avatar“ de Gonzalo Rubalcaba, “Awake“ de Miguel Zenon, “Enrico Pieranunzi plays Domenico Scarlatti“ (bien que ce ne soit pas du jazz), “History, Mystery“ de Bill Frisell (double CD presque trop copieux) et l’admirable “Filtros“ de Guillermo Klein, Emois 2008 de Jazz Magazine, parlent davantage à mon cœur de blogueur.

19 heures 30 : je fonce Salle Pleyel, impatient d’écouter l’immense Chucho Valdés, 1 mètre 94 et de longues mains fines qui l’aident à jouer des accords impossibles. Son Steinway est un peu métallique, mais quelle musique ! La chaleur et les rythmes des îles s’entendent dans ce piano qui chante Ellington, Bach, mais aussi des boleros, des danzas, sans oublier quelques ballades tendres et émouvantes. Chucho multiplie notes perlées et citations. Chopin, Ravel, Gershwin surgissent au détour d’une phrase et héritent de rythmes qu’ils n’auraient jamais imaginés. En quartette, contrebasse et batterie accompagnent ce piano syncopé qui dialogue avec les percussions de Yaroldi Abreu, petit homme râblé et costaud, magicien des tambours et maître des congas. De l’émotion, nous en eûmes lorsque Chucho présenta son père Bebo, 90 ans, doyen de la musique cubaine. Leur duo de piano fut un des grands moments de ce concert évènement. Après l’entracte, deux trompettes et deux saxes vinrent renforcer la section rythmique, souffler des riffs incandescents et fiévreux, l’orchestre sonnant comme un véritable big band, comme Irakere, groupe phare de la musique afro-cubaine dont Chucho fut le leader. L’ambiance devint encore plus chaude lorsque Mayra Caridad Valdés, la sœur de Chucho, monta sur scène. Sa voix forte, puissante invita à la danse, à la fête. Une onde rythmique se propagea et fit lever la salle, la musique agissant comme un puissant tonique.

MERCREDI 26 novembre
Après une remarquable biographie du peintre Jackson Pollock, Ed Harris repasse derrière la caméra avec un sujet radicalement différent, un western, “Appaloosa“, dans lequel le rôle principal lui convient comme un gant. Il interprète le Marshall Virgil Cole, un homme froid au regard pénétrant, au visage sévère, chargé de faire régner l’ordre dans petite ville d’Appaloosa (Nouveau-Mexique) en 1882. Le scénario évoque un peu celui de “Rio Bravo“ d’Howard Hawks. On pense aussi à “L’homme aux colts d’or“ d’Edward Dmytryk. Everett Hitch (Viggo Mortensen), son adjoint, la seule personne pour laquelle il éprouve une réelle amitié, est un homme aussi taciturne que lui, ce qui permet à Harris également co-producteur et co-scénariste du film, d’économiser les dialogues. Virgil Cole parle peu, mais bouquine et cherche à améliorer son vocabulaire défaillant. Si Jeremy Irons campe un méchant présentable, la femme tient ici le mauvais rôle. Cole n’est pas dupe de la volage et cupide Allison French (Renée Zellweger) qui coure les cow-boys virils. Clin d’oeil à Sergio Leone, la caméra s’attarde longuement sur la poussière que le vent porte au cœur même d’Appaloosa, bourgade entourée de paysages grandioses brûlés par le soleil. Un bon film qui se laisse voir avec plaisir.

JEUDI 27 novembre
Théâtre du Rond-Point : sur le sol, un grand cercle délimite une piste, celle du“Cirque invisible“. Deux personnages l’animent. Sont-ils vraiment deux ? Difficile de l’affirmer. Ils apparaissent et disparaissent sans jamais être les mêmes, se métamorphosent en d’autres personnes et transforment leurs vêtements en bestiaire féerique. Irréel mais bien visible, ce cirque ne ressemble à aucun autre. Depuis 1990 Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin (quatrième enfant d’Oona et Charlie Chaplin et sœur de Géraldine) peaufinent un spectacle total, plein de magie, de musique, de danse, de mime et de comique. Une fantasmagorie poétique, succession de courts tableaux dans lesquels les objets les plus divers deviennent insectes, monstres de fer aux ailes métalliques, instruments de musique, dragons de papier… L’équilibriste funambule assiste l’illusionniste, le clown se fait jongleur, ce dernier dresseur d’oies. Le charme opère, vous donne le rire, les yeux que vous aviez enfant. 

VENDREDI 28 novembre
Je regarde “La Charrette fantôme“ de Victor Sjöström, magnétoscopé lundi sur Arte. Ses surimpressions épatèrent Murnau. Tourné en 1920, ce muet influença l’expressionnisme allemand. Julien Duvivier en fit un remake en 1939 avec Pierre Fresnay et Louis Jouvet. Son côté moralisateur le démode un peu. Le récit non linéaire constitue une nouveauté pour l’époque, et certaines images, notamment celles de la charrette que conduit le cocher de la mort, restent inoubliables. Avant de devenir l’un des plus grands réalisateurs du muet, Victor Sjöström (1879-1960) fut acteur de théâtre. Il joua dans des pièces d’Ibsen et de Strindberg. Metteur en scène dès 1913, il s’associa trois ans plus tard avec Selma Lagerlöf, l’auteur du “Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède“, mais aussi du “Charretier de la mort“ qui chaque nuit passe ramasser les victimes de la peste dans un village sicilien. Sjöström tient le rôle principal des “Fraises sauvages“ d’Ingmar Bergman. Il a alors 78 ans. Dans “Lanterna Magica“, son livre de souvenirs, Bergman raconte que Sjöström n’avait jamais trouvé La "Charrette fantôme" très remarquable. « Victor était fatigué, mal-en-point, pour travailler avec lui il fallait l’entourer de bon nombre d’égards. Je dus, entre autres, lui promettre que tous les jours, il serait chez lui exactement à quatre heures et demie pour son traditionnel whisky ».

 

SAMEDI 29 novembre
Quelques chroniques de disques à rédiger pour le numéro de janvier de Jazzman. Parmi les nouveauté
s, deux perles à se procurer sans plus attendre. La première, vous la téléchargerez sur http://www.sansbruit.fr/. Il n’y a pas d’autre moyen d'obtenir “New York City Session“ du trio Bruno Angelini, Joe Fonda, Ramon Lopez. Le site de Sans bruit fournit la pochette et si vous choisissez le téléchargement FLAC, la musique est de bonne qualité. Le deuxième disque est un opus en trio de Philippe Le Baraillec, pianiste qui fait trop peu parler de lui. Vous patienterez pour me lire, mais achetez dès à présent son “Invisible Wound“ (AJMI/Integral distribution), un album magnifique.

Photos © Pierre de Chocqueuse, sauf Sting & Sylvia Schwartz © Marie Noëlle Robert, et “Le Cirque invisible" © Brigitte Enguerand. Avec les aimables autorisations du Théâtre du Châtelet et du Théâtre du Rond-Point.

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 09:14

Guillermo Klein ne nous avait pas habitué à pareille musique. Les influences afro-cubaines du pianiste argentin désormais installé à Barcelone s’y font entendre à travers un foisonnement sonore dans lequel le rythme n’est pas seulement ponctuation mais couleur. Glissements de tempos, métriques distendues et mouvantes entourent ainsi des harmonies étonnamment légères compte tenu du nombre de musiciens en présence. Klein s’est livré à un vrai travail d’arrangeur. Il fait respirer la masse orchestrale en ne faisant pas toujours jouer ses musiciens ensemble, et aménage de l’espace pour leurs chorus, son piano étant davantage fil conducteur qu’instrument soliste. La répétition mécanique d’un simple riff ralenti et accéléré (un effet emprunté aux studios de musique électro-acoustique) confère à la seconde partie de Miula un effet hypnotique, procédé que Klein renouvelle sur les rythmes de Luz De Liz (filtros). Si ces derniers influencent la structure harmonique de certains morceaux, l’album possède un aspect très lyrique. Après Luciana Souza, une nouvelle chanteuse, l’Espagnole Carmen Canela, donne de la voix, Guillermo utilisant davantage la sienne, les parties vocales répondant aux instrumentaux, aux saxophones de Miguel Zenon, Chris Cheek et Bill McHenry, à la guitare omniprésente à New York de Ben Monder (l’album y a été enregistré en juin 2007). Produit par le très dynamique François Zalacain, "Filtros“ rassemble un fameux plateau. Sandro Tomasi assure au trombone et Jeff Ballard révèle l’étendue de ses connaissances rythmiques. Les quelques morceaux de forme chorale confèrent une grande sérénité à ce magnifique opus, un aspect quasi religieux que confirme la dernière plage, une adaptation touchante de Louange à l’Eternité de Jésus, cinquième mouvement du “Quatuor pour la fin du temps“ d’Olivier Messiaen.

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 17:23

Touchstone est une pierre de touche, siliceuse, noire et très dure. Inattaquable par les acides, on l’utilise pour tester la pureté de l’or et de l’argent. Elle donne son nom à une nouvelle série d’ECM, 40 albums à prix réduits enveloppés dans d’élégantes pochettes ultraplates.

Certains incontournables - “Facing You“ de Keith Jarrett,“Open to Love“  de Paul Bley, “Private City“ de John Surman, (« un best-seller » me confie Vladimir de la Fnac Montparnasse) -  sont depuis toujours au catalogue. D’autres références se faisaient désespérément attendre. Parmi eux, les deux disques de Bass Desire, groupe éphémère du contrebassiste Marc Johnson réunissant Bill Frisell et John Scofield aux guitares et Peter Erskine à la batterie, leur second album “Second Sight“ étant plus rare que le premier.
The Call“ de Charles Lloyd manquait depuis longtemps dans les bacs des disquaires. En quartette avec un Bobo Stenson particulièrement inspiré au piano, le saxophoniste affiche un lyrisme émouvant.

Conception Vessel“ de Paul Motian était également introuvable. La musique, allègre, empiète sur les vastes terres de la world music. Charlie Haden et Sam Brown, le guitariste d’“Expectations » de Keith Jarrett participent à l’enregistrement. Ce dernier joue du piano et de la flûte. Il tient seulement le piano dans le très beau “Gnu High“ de Kenny Wheeler, dernière séance à laquelle il participe en tant que sideman .

Je ne connaissais pas "Balladyana" de Tomasz Stanko, un disque de 1976. Le trompettiste polonais m’était alors inconnu. Je l’ai découvert tardivement, en 1997, dans “Litania“, un chef d’œuvre. "Balladyana" est le disque fort, âpre et rugueux, parfois sauvage d’un quartette se passant de piano. Marcin Wasilewski n’est pas encore là pour tempérer la musique, cette dernière possèdant une réelle épaisseur.


Régulièrement disponible en import japonais, “Dreams So Real“ de Gary Burton, recueil de morceaux composés par Carla Bley, devient enfin abordable. Nous sommes en 1975 et le vibraphoniste joue alors avec deux guitaristes, Mick Goodrick et le jeune Pat Metheny. Ce dernier vient d’enregistrer “Bright Size Life“, son premier album ECM. Un peu plus tardif, “American Garage“  ne se trouvait pas facilement, de même que deux des trois CD de John Abercrombie réédités dans cette série : le premier Gateway (AbercrombieHollandDeJohnette) et “Sargasso Sea“ du duo AbercrombieTowner.

Les amateurs de Chick Corea se réjouiront de voir réapparaître ses “Children’s Songs“, charmant recueil de courtes pièces pour piano (la sixième est célèbre) et son “Trio Music, Live in Europe“ avec Miroslav Vitous et Roy Haynes, trio mémorable qui a tout à fait sa place dans l’histoire du jazz. Enfin les admirateurs de Steve Kuhn (absent de cette série) attendront janvier la réédition d’un coffret regroupant trois de ses disques des années 70 parmi lesquels “Playground“ avec Sheila Jordan et le magnifique “Ecstasy“ en solo.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 15:41

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 17 novembre
« Lee Miller buvait beaucoup…Elle se faisait porter un verre de scotch à tout moment…Le week-end, nous partions dans la propriété que (Roland) Penrose avait dans le Sussex , à Chiddingly. Ces séjours pouvaient être des cauchemars, tant Lee était ivre. Elle tenait absolument à faire la cuisine. Comme il faisait chaud près des fours, elle cuisinait parfois le torse nu au milieu de ses domestiques » raconte Diane Deriaz, la trapéziste des poètes, dans “La tête à l’envers“, son livre de souvenirs. Avant de s’installer à Paris à la fin des années 20 et de devenir l’assistante de Man Ray qui lui apprit la photographie et fit d’elle des portraits très admirés, Lee fut un mannequin très prisé des plus grands photographes. Très belle, portant des toilettes simples, des pulls de laine et des pantalons de velours gris pâle qui seyaient à son teint, elle devint l’égérie des surréalistes, et Jean Cocteau la fit tourner dans “Le sang d’un poète“. Le musée du Jeu de Paume expose ses photos jusqu’au 4 janvier, divers travaux que complètent des portraits d’elle réalisés par Man Ray, Horst P. Horst, Edward Steichen et George Hoyningen-Huene. L’ensemble très divers réunit aussi bien des photos de mode, que des images d’Egypte (elle y vécut dans les années 30 avec son premier mari, un riche fonctionnaire égyptien), ou ses célèbres clichés de correspondante de guerre.

Pique-nique: Nusch et Paul Eluard, Roland Penrose, Man Ray et Ady Fidelin, île Sainte-marguerite 1937 - Autoportrait en serre-tête 1933. ©Lee Miller Archives.

 

Danilo Perez au Sunside. En trio avec Ben Street à la contrebasse et Adam Cruz à la batterie, le pianiste combine hardiment un jeu rythmique dans lequel se reflètent ses origines latines et une approche harmonique sophistiquée héritée de ses années d’étude de la musique classique européenne au Conservatoire National de Panama. On est surpris par ce jeu inventif qui brasse beaucoup de notes et prend toutes sortes de directions. Danilo Perez joue de longues phrases aux couleurs modales. La main droite harmonise, brode des variations ; la gauche baigne la musique dans le rythme. Bach et ses fugues assouplissent les doigts, leur donnent de la grâce. Une légèreté dont profitent les nombreux pas de danse que dessine la musique.  

MARDI 18 novembre
Yaron Herman et Joachim Kühn à Nantes. Deux concerts pour le prix d’un, à prix coûtant, au Grand T. Sacralisé par les dernières Victoires de la Musique, Yaron nous emporte dans un maelström de notes perlées, martelées, tourbillonnantes qu’il attaque avec une vélocité gourmande. Imperturbable, Matt Brewer assure le tempo, trouve les accords qui reposent, les notes qui surprennent. Gerald Cleaver indisponible, Tommy Crane pose des rythmes forts, les martèle de ses tambours de jungle. Phil Costing et sa copine en sont tout ébaubis ! Disposant d’une rythmique plus carrée, Yaron fait chanter des accords impossibles, transforme, invente. Toxic de Britney Spears qu’il inclut fréquemment à son répertoire a l’air d’un nouveau morceau. Hatikva n’en est pas un. Israël en a fait son hymne national. Jouée en rappel, sa mélodie magnifique, toucha les nantais jazzophiles.

 

Joachim Kühn semble tout droit sortir d’un livre de Goethe. Bonheur de le voir entouré par des jeunes musiciens qui admirent son piano : Christophe Monniot aux saxes, Sébastien Boisseau (de Nantes) à la contrebasse, Christophe Marguet à la batterie. A l’initiative de ce dernier, ce quartette existe et enchante. Les pièces, toutes écrites par les membres du groupe, ne sont que le fil conducteur d’une musique changeante comme les couleurs du ciel. Energie pure et averse lyrique provoquent d’étonnants moments d’entente entre le piano et le saxophone. En éveil, la contrebasse arbitre. Le batteur colore, bruine des sons aériens, mitraille du bronze et du cuivre, commentaires rythmiques au cours desquels les notes trouvent naturellement leur place. Kühn sait leur donner du poids. Ses mains agiles convoquent Bach, esquissent des fugues inattendues, moments de grâce d’une musique ouverte à tous les possibles.

MERCREDI 19 novembre
Two Lovers“ de James Gray est un film superbe. S’éloignant des milieux mafieux dans lesquels baignent ses longs métrages précédents (“Little Odessa“, “The Yard“, “La nuit nous appartient“), James Gray filme une touchante histoire d’amour entre un homme et deux femmes, et renouvelle brillamment le thème éculé du triangle amoureux. Meurtri par une ancienne liaison qui s’est mal terminée, Leonard (Joaquin Phoenix) manque son suicide. Il souffre de troubles bipolaires, prend quantité de médicaments et sa fragilité fascine Sandra (Vinessa Shaw), la fille des amis de ses parents qui songent justement à la marier. Leonard attiré, rencontre presque en même temps Michèle (Gwyneth Paltrow), une voisine aussi perturbée que lui par une liaison avec un riche homme marié. Il en tombe amoureux. Le metteur en scène jette un regard sensible sur ses personnages dont les acteurs traduisent magnifiquement les émotions. La caméra capture leurs désarrois, leurs attitudes, la grande justesse de leurs sentiments. Joaquin Phoenix est extraordinaire en homme blessé, indécis, mélancolique, et les actrices formidables, Gwyneth Paltrow en séduisante séductrice toxico et la presque trop discrète Vinessa Shaw dont les regards en disent plus que les rares dialogues qui lui sont confiés.

JEUDI 20 novembre
La grande question que l’Amérique se pose : faut-il repeindre la Maison Blanche ?

 

VENDREDI 21 novembre
D'abord paisibles, de jolies notes gonflent et se déversent comme des vagues à l’approche d’un rivage. Cette musique impressionniste que le batteur ponctue légèrement de ses cymbales déverse son trop plein de tendresse dans le Duc des Lombards. Jean-Philippe Viret à la contrebasse, Edouard Ferlet au piano et Fabrice Moreau à la batterie nous font cadeau d’un jazz intimiste d’une rare transparence. Les sons y ont leur importance. Peaux, cordes, métaux s’accouplent, donnent une couleur particulière à des morceaux fluides qui se donnent le temps de respirer, petites notes lancées à un grand vent qui les porte, les restitue intactes et chargées d’un air pur. Nouvellement composé par le batteur, Vert en contient quelques-unes. Un peu de couleur s’y ajoute, mais plongée dans un grand bain d’âme, cette tendre ritournelle devient moment de pure magie, son exquise fragilité lui donnant tout son poids. Cette musique qui fait voir des images – le magnifique Peine perdue - , s’ouvre aussi à l’abstraction, gagne des terres moins explorées. Son mystère n’en est que plus intense.

SAMEDI 22 novembre
Revu en DVD “Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant“ de Peter Greenaway. Bien que traitant accessoirement du cannibalisme (la femme fait manger au voleur qui l’a assassiné le corps de son amant) le film va bien au delà de la simple provocation. Greenaway est un peintre qui construit ses scènes comme des tableaux. Utilisées comme un langage et associées à des symboles, les couleurs possèdent une vie propre. L’action se déroule principalement dans trois pièces communicantes de couleurs différentes. L’immense cuisine qu’occupent les vrais cuisiniers de l’hôtel Savoy à Londres, verte comme la végétation et la chlorophylle, fait pendant au rouge sang carnivore de la grande salle de restaurant. Le metteur en scène y a intentionnellement placé un grand tableau de Frans Hals, un portrait de miliciens dont s’est inspiré Jean-Paul Gaultier pour les costumes. Les toilettes « lieu où l’on pisse et chie et où l’on régurgite tout ce que l’on a ingéré » pour citer Greenaway interviewé dans le bonus de ce DVD, sont d’une blancheur immaculée. Le bleu domine le parking. Les couleurs des vêtements changent aussi lorsque les personnages passent d’une pièce à une autre. Organisé, chorégraphié comme un ballet, le film dans sa dernière partie se rapproche de l’opéra. Un rideau rouge se referme à la fin du dernier acte et la musique de Michael Nyman y occupe une place importante. Ce film baroque, dérangeant et beau reste une réussite incontestable.

 

Photos ©Pierre de Chocqueuse - Photos de Lee Miller ©Lee Miller Archives. Avec l'aimable autorisation du Musée du Jeu de Paume.

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 17:07

Brillant est le mot qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on découvre ce disque, un enregistrement inédit de 1992 que le pianiste choisit aujourd’hui de publier. Avec Gary Peacock en grande forme à la contrebasse et Bill Stewart , déjà un solide batteur qui sait faire danser ses cymbales, Bill Carrothers, 28 ans lorsqu’il enregistre ces faces, éblouit par la richesse de son vocabulaire harmonique, la subtilité de ses voicings. Le toucher est beau et précis. Les mains agiles se jouent des difficultés techniques que posent ses compositions et une poignée de standards bien choisis : When Will the Blues Leave, une ritournelle d’Ornette Coleman ; Off Minor, petit thème génialement simple que seul Thelonious Monk pouvait écrire, et My Heart Belongs to Daddy de Cole Porter. Il est amusant de comparer ce piano avec celui qui aujourd’hui épaule le violoncelle de Matt Turner dans un CD consacré au répertoire de Stephen Foster. Depuis quelques années, Bill questionne les musiques de l’Amérique, celles de sa guerre civile, mais aussi de la Grande Guerre au lendemain de laquelle le jazz prend son essor. Elles occupent une place importante dans son univers, et l'on en perçoit déjà la trace dans le long exposé en solo de Jésus’ Last Ballad. Les standards qu’il reprend traduisent également l’intérêt qu’il porte à de vieux morceaux oubliés. S’il ne visite plus les mêmes musiques, Bill Carrothers ne joue pas non plus le même piano. L’ange du bizarre l’aiguillonne davantage et lui inspire des dissonances, des harmonies abstraites, un jeu plus staccato, Bill cherchant à greffer des accords nouveaux sur d’anciennes pièces dont il préserve la mémoire.

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 09:19

Enrico Pieranunzi est quasiment inconnu en France, lorsque le public de jazz le découvre en 1989 dans deux des titres de “A Sip of your Touch“, premier album de son compatriote Riccardo Del Fra pour IDA Records . Dans la foulée, Philippe Vincent, le fondateur du label, lui propose d’enregistrer plusieurs disques en 1990, « une année qui fut pour moi un tournant, tant dans ma vie privée que dans ma musique ». En juin, Marc Johnson l’invite à se produire en trio avec lui et Peter Erskine dans un festival de musique classique en Virginie. Marc et Enrico se piquent alors au jeu du dialogue. Pour le pianiste romain qui maîtrise tous les aspects du piano, un approfondissement harmonique et une autre manière de jouer le tempo s’offrent à lui. Quant à l’ancien contrebassiste de Bill Evans, il se complaît dans ce jeu intuitif dans lequel chacun peut à tout moment orienter le discours de l’autre, proposer autre chose, une mélodie nouvelle entrevue fugacement ou l’idée d’un thème travaillé plus tard à l’ombre des studios. Les 17 et 18 décembre, les deux hommes enregistrent pour IDA “The Dream Before Us“ après une série de concerts dont un donné à Lausanne le 13 décembre pour la Radio Suisse Romande aujourd’hui publié. « Je me souviens parfaitement que nous n’avions rien planifié. Nous avons juste commencé à jouer en complète interaction, à l’écoute de nos imaginations, de nos sensibilités respectives » écrit-il dans les notes du livret. Sans aucune préméditation, les deux hommes rencontrent en chemin une poignée de standards qu’ils développent. A l’époque de cet enregistrement, l’univers d’Enrico Pieranunzi reste encore marqué par l’héritage du bebop historique. Des années de piano classique ont développé son sens de la forme et de la rigueur. Sa main gauche, solide et puissante égrène des lignes dures, des accords énergiques. Avec Marc Johnson, il prend des risques, installe des dissonances obsédantes dans Singing All Times et Minding, deux des pièces d’une Blue Suite conséquemment abstraite. Influencé par le jeu modal de Bill Evans, il joue aussi un piano lyrique et romantique qui est toujours sa signature. Mélange de standards et de parties improvisées, la magnifique Yellow Suite en témoigne.

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 13:12

Le dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films, des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…

LUNDI 10 novembre
Amarcord Nino Rota“, hommage rendu à ce dernier par un collectif de musiciens résonne entre les murs de la pièce qui me sert de bureau. Un disque de 1981 probablement difficile à trouver. C’est le premier « tribute » sur lequel travailla le producteur Hal Willner. D’autres suivirent, consacrés à Thelonious Monk (“That’s the Way I Feel Now“ en 1984) et à Charles Mingus (“Weird Nightmare“ en 1992). Ils sont moins réussis. Rota composa de grandes musiques pour les films de Federico Fellini et Willner a sélectionné des mélodies inoubliables que les jazzmen associés au projet ont délicieusement arrangées. La plus belle nous est offerte par Carla Bley qui développe magistralement avec son orchestre le thème de "8 1/2" ("Oto e mezo"). Confiées à Muhal Richard Abrams, David Amram ou au trop méconnu William Fisher dont le groupe rassemble les frères Wynton et Branford Marsalis, George Adams, Kenny Barron et Ron Carter, les partitions de Rota se parent de nouvelles couleurs et des rythmes du jazz. Le disque contient plusieurs interludes en solo ; Steve Lacy improvise au soprano, Bill Frisell à la guitare, Dave Samuels au vibraphone. Il s’ouvre et se ferme sur les accords d’"Amarcord" et de "La Strada" que Jaki Byard confie à son tendre piano.


Visite de “L’instant et l’éternité“, exposition consacrée aux peintures traditionnelles japonaises Nihon-ga de TABUCHI Toshio, à l’Espace des Arts Mitsukoshi Etoile. Une soixantaine d’œuvres sur papier à contempler jusqu’au 22 novembre. TABUCHI Toshio maîtrise parfaitement son dessin, mais ses paysages urbains et ses personnages me donnent peu d’émotion. Lorsqu’il réduit la couleur à une seule ou ne garde que le noir pour peindre à l’encre de chine des panneaux, des paravents ou les portes coulissantes d’un temple de monastère Zen, son art se dépouille de tout artifice pour aller à l’essentiel et atteint une autre dimension. L’ego de l’artiste se dissout comme l’encre absorbée par le papier. Le trait devient transparent, la nature se fait abstraite comme si ses paysages monochromes perdant leurs contours exprimaient la fragilité des formes.


MARDI 11 novembre
Vu “My Magic“ du Singapourien Eric Khoo. Une déception si on le compare à “Be with Me“, son film précédent, petite merveille achromatique, mosaïque d’histoires en partie construites autour d’une femme aveugle et sourde dont le courage est profondément émouvant. Porté par sa grâce, “Be with Me“ redonne espoir. Le voir allège. Malgré certaines scènes très touchantes, “My Magic“ ne possède pas le même impact. La rédemption de Francis, le colosse-magicien pèse son poids de souffrance. Son chemin de croix passe par des scènes de tortures, d’auto-mutilations qui dérangent. Le monde dur et étouffant que décrit Eric Khoo s’oxygène au contact de la nature. Dans ses dernières minutes, le récit glisse dans l’imaginaire, nous livre les images magiques que l’on attend du cinéma.

MERCREDI 12 novembre
Pierre de Bethmann en septet dans le cadre du “Festival Plus Loin“ au Sunside. Pierre a reçu récemment une Victoire du Jazz, celle de l’album instrumental français pour “Oui“, publié chez Nocurne en 2007. La musique énergique, puissante, traduit le jusqu’au-boutisme des solistes ; Pierre au Fender Rhodes jouant de longues phrases passionnées ; David El Malek soufflant des notes brûlantes à l’alto ; Stéphane Guillaume décomposant les harmonies des pièces jusqu’à plus soif, ses voicings chargés de notes tumultueuses. On respire un peu grâce à la voix de Jeanne Added qui vocalise sur les accords des morceaux, (Altération, Air courbe), les deux saxophones les reprenant brièvement à l’unisson avant de se lancer à nouveau dans des chorus fiévreux. On sort de là un peu sonné par toutes ces notes, convaincu par la grande technicité des musiciens, un peu moins par les compositions, des suites d’accords compliqués pensés par quelque cerveau surdimensionné. J’en discute avec Pierre qui voit des mélodies partout dans le jazz moderne. J’entends des airs complexes et compliqués que l’on serait bien en peine de chantonner. Les mélodies simples, “mélodieuses“, font aujourd’hui défaut. Des années d’études ou de conservatoire n’en donnent pas la clef. Normal. Ils habitent l’homme et ne se révèlent qu’à ceux qui les possèdent.

JEUDI 13 novembre
Lecture de “Europeana, une brève histoire du XXe siècle“, petit bouquin de Patrik Ourednik
publié aux éditions Allia, cadeau de Phil Costing. Cet érudit tchèque, traducteur de Jarry, Beckett, Queneau et Michaux, nous livre une quantité gigantesque d’informations sur la folie des hommes au cours du siècle le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, et sur leurs descendants aspirant comme leurs pères à créer un homme nouveau, une ère post-humaniste pour un homme productif. L’auteur de ces pages, véritable monologue avare de ponctuations, noie son pessimisme dans un humour grinçant et décalé, nous conte les pires méfaits d’une humanité livrée à des marchands et à des scientifiques qui fabriquent autant de misères qu’ils nous livrent de progrès. L’auteur ne juge pas, expose froidement des faits, des théories philosophiques contradictoires, des idéologies folles dont beaucoup survivent aujourd’hui.

VENDREDI 14 novembre
Molly Johnson au Duc des Lombards. Après son remarquable Olympia de décembre 2004, la découvrir dans l’intimité d’une petite salle était par trop tentant. Formidable chanteuse dont la voix grave et puissante n’est pas dénuée de raucité, Molly ne tarda pas à convaincre le nombreux public venu l’applaudir. Elle peut aisément bouleverser lorsqu’elle reprend In My Solitude ou Lush Life, ballades qu’elle chante avec beaucoup d’émotion. Très à l’aise sur scène, elle parle facilement au public et le fait avec beaucoup d’humour comptant sur ses musiciens pour assurer la partie instrumentale d’un show quasi parfait. Robi Botos étonnamment agile au piano, le fidèle Mike Downes à la contrebasse et Sebastiaan De Krom, batteur de Jamie Cullum, affichent des visages heureux. Engagé quelques jours plus tôt pour cette tournée, Sebastiaan De Krom nous régala d’un solo de batterie d’une légèreté tout à fait adaptée au Duc. Confiante, Molly peut chanter une bonne partie de “Lucky“ son dernier album, un opus plus jazz que les précédents. Il renferme Gee Baby, Ain’t It Good to You et Mean to Me, des blues qui passent bien en concert, mais aussi le célèbre Ode to Billy Joe que Bobby Gentry nous fit connaître en 1967. Rain, évocation nostalgique de Montréal, fut suivi par un magnifique Summertime en rappel.

SAMEDI 15 novembre
L'écoute de quelques-uns des 40 albums que réédite ECM en pochette digipack, plus précisément ceux que le label munichois édita dans les années 70 et 80, m’inspire quelques réflexions. Le jazz sortait alors d’une période difficile. Sa forte politisation, sa radicalisation par des musiciens rejetant thèmes, tempos et harmonies, avaient fait fuir une grande partie de son public. La pop était alors plus inventive. Ses ténors contestaient le système sans pour autant sacrifier leur esthétisme musical. Une nouvelle génération de jazzmen avait pourtant émergé. Michael Brecker ou le triumvirat pianistique constitué par Chick Corea, Herbie Hancock et Keith Jarrett savaient faire parler d’eux. Les enfants de Miles Davis créaient un jazz ouvert sur d’autres cultures. Le cas d'Hancock mis à part, la tentation technologique ne fut qu’une parenthèse dans leurs œuvres. Les jazzmen d’aujourd’hui s’en sont beaucoup inspirés. Normal. On écoute toujours avec plaisir “Facing You“ ou “Belonging“ de Jarrett, les débuts de Pat Metheny sur ECM, les vieux albums de Paul Motian et de Gary Burton ou les remarquables enregistrements que Corea effectua dans les années 80 au sein de son Trio Music. Les musiciens talentueux d’aujourd’hui deviendront peut-être les modèles de demain. L’avenir nous dira lesquels. Et tournent les chevaux de bois...

Photos de Pierre de Bethmann et de Molly Johnson ©Pierre de Chocqueuse

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