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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 16:40

Alon Yavnai a travaillé avec Joe Lovano, Yo-Yo Ma, Freddie Hubbard, Nancy Wilson, mais surtout avec Paquito D’Rivera dont il fut longtemps le pianiste. Il sort enfin un album en trio sous son nom, son premier, un disque longuement mûri, pleins de couleurs chatoyantes et de rythmes subtils. Alon est un mélodiste. Il écrit de beaux thèmes, les interprète sobrement, avec des notes qui séduisent et émeuvent, voyagent comme les ballons que portent les grands vents de la terre. Le toucher est fin, les doigts vifs et habiles à faire chanter un piano et lui donner du rythme. Cela va d’un léger balancement à une métrique plus complexe, un large éventail de cadences. Travel Note, pièce qui donne son titre à l’album et dans laquelle le contrebassiste Omer Avital joue de l’oud, rappelle certaines structures rythmiques de la musique marocaine, mais aussi le festijo, une des danses populaires du folklore afro-péruvien. Alon Yavnai explore et rassemble ainsi sa double culture ; sud-américaine par sa mère argentine, juive par son père. Né en Israël, il y a grandi et étudié, se nourrissant des riches traditions musicales de l’Afrique du Nord qui, via l’Espagne, se sont répandues en Amérique Latine. Jamey Haddad n’utilise pas une batterie conventionnelle, mais se sert de percussions qui soulignent, ponctuent discrètement, et ne pèsent jamais sur le discours mélodique. Car le langage poétique du piano enchante, petites musiques rêveuses et tranquilles qui surgissent d’un lointain intérieur. Alon met son âme dans ses doigts lorsqu’il joue en solo - Numi Numi, une berceuse traditionnelle, Shir Ahava Tari (Chanson d’amour fraîche) - , des moments de grâce témoignant d’une maîtrise pianistique aboutie.
Meilleurs morceaux : Bayit, Yoman, Shir Ahava Tari, Zricha. 

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 18:05

Ted Nash : "The Mancini Project" (Palmetto/Codaex)

Ted Nash souhaitait depuis longtemps enregistrer des thèmes d’Henri Mancini (1924-1994), célèbre compositeur de musiques de films, une bonne partie d’entre-elles trempées dans le jazz. Ted grandit à Los Angeles dans les années 60 et 70. Son père, le tromboniste Dick Nash et son oncle également prénommé Ted, un spécialiste des anches, furent tous deux des musiciens de studio réputés. Mancini faisait souvent jouer à ce dernier de la flûte alto ou basse pour donner à ses œuvres un côté mystérieux. Ted lui rend hommage en jouant de la flûte dans deux des pièces de ce disque. Il se souvient très bien du jour où son père lui téléphona du studio pour qu’il lui apporte dare-dare son saxophone baryton oublié. Sur une estrade, Henri Mancini faisait répéter ses musiciens. Ce fut leur première rencontre. Ted Nash a six ans lorsque pour la première fois une musique l’emballe, celle de “The Great Race“, “La plus grande course autour du monde“, un film que Blake Edwards réalise en 1965. Mancini va beaucoup travailler pour ce dernier dans les années soixante. Il écrit la partition de “Breakfast at Tiffany’s“, Oscar en 1961 de la meilleure musique de film. Il comprend le célébrissime, Moon River, Grammy Award de la meilleure chanson. Toujours pour Edwards, Mancini compose l’année suivante les bandes-son de “Experiment in Terror“ (“Allo, Brigade Spéciale“), et de “Days of Wine and Roses“, dont la chanson éponyme se voit récompensée. Ted Nash ne l’a pas incluse au répertoire de son disque. Il écarte également Moon River, préférant reprendre le thème du film ainsi que la musique de “The Party“ beaucoup moins célèbre que ses scènes hilarantes. Ted joue également au ténor le fameux Lujon, une des plages de l’album “Mr Lucky goes Latin“. Les frères Coen l’utilisent dans leur film “The Big Lebowski“. Ted Nash ne reprend pas les arrangements d’Henri Mancini, mais se sert de ses mélodies pour improviser avec un quartette parfois réduit à un simple trio (Breakfast at Tiffany’s) ou à un duo (Cheryl’s Theme). Frank Kimbrough au piano, Rufus Reid à la contrebasse et Matt Wilson à la batterie, accompagnent ses saxophones (ténor et alto) ou sa flûte dans le très beau Soldier in the Rain (“La dernière bagarre“), composé pour un film de Ralph Nelson produit et écrit par Blake Edwards. Si les musiques qu’Henri Mancini écrivit pour les films de Blake Edwards ont la préférence du saxophoniste, ce dernier reprend aussi celle de “The Night Visitor“ de Laszlo Benedek, la célèbre Baby Elephant Walk d’“Hatari !“, film d’Howard Hawks, et celle de “Two for the Road“ (“Voyage à deux“), réalisé par Stanley Donen en 1966. Son disque reste toutefois inégal. Pas assez développées, les plages les plus courtes sont moins intéressantes. Ted Nash aurait pu enregistrer un double album. Il connaît parfaitement ces musiques qui ont bercé son adolescence. Il n’a pas choisi les plus connues, préférant réaliser un vrai disque de jazz, donner d’autres couleurs à ces thèmes. A cet égard, son “Mancini Project“  reste une tentative de relecture originale parfaitement cohérente.

Meilleurs morceaux : Theme from Night Visitor, Lujon, Breakfast at Tiffany’s, Soldier in the Rain, Two for the Road. 

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 14:33

Le premier thème, Peine perdue (une très bonne musique de film si un metteur en scène avisé l’utilise) reflète bien les climats sereins que propose cet album. Piano, contrebasse et batterie servent des mélodies chantantes, brodent des harmonies tendres et un peu irréelles, comme perçues à travers le voile du rêve. Ici l’art de la fugue voisine avec le blues, le vocabulaire du trio relevant autant de la musique classique européenne que du jazz. Jean-Philippe Viret et ses deux complices nous offrent des pièces ouvertes, nourries d’accords chromatiques, de tensions dissonantes (7 à dire), leur aspect mélodique les rendant parfaitement accessibles. En un rien, Dans la Peau d’un autre, Si peu de choses, des morceaux plus abstraits,  reposent sur l’habileté des musiciens à penser de longues improvisations oniriques dans laquelle le silence aère la musique, contribue à sa respiration. Fabrice Moreau, le batteur, pratique alors l’ellipse, la fragmentation rythmique. La belle contrebasse de Jean-Philippe Viret improvise, mais sert aussi le piano sensible d’Edouard Ferlet dont on goûte la douceur paisible, la voix un peu fragile. Les deux hommes, excellent à parler le même langage, à décrire des paysages mélancoliques qui envoûtent longtemps après leur écoute. On les applaudit des deux mains.
Meilleurs Morceaux : Si peu de choses, Peine perdue, Les arbres sans fin.

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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 16:55

Un disque unanimement salué par la critique (voir ce blog en date du 24 septembre), un concert très attendu au New Morning mardi prochain 21 octobre, Ronnie Lynn Patterson fait enfin parler de lui. Tant mieux. Le pianiste parle aussi un français presque parfait. Il se confie à la terrasse d’un café parisien qu’éclaire un doux soleil de septembre, une conversation amicale et chaleureuse qui permet d’esquisser son portrait.     

Ronnie Lynn Patterson est né le 7 mars 1958 à Wichita dans le Kansas. Il a huit ans lorsque son père, infirmier militaire, s’installe avec sa famille à Alcalà de Henares, ville de naissance de Cervantès proche de Madrid. C’est dans le club de la base américaine de Torrejon de Ardoz qu’il joue pour la première fois sur une vraie batterie : « Je m’entraînais avec des cintres sur la planche à repasser de ma mère, un abat-jour en métal me servant de cymbale. »
Quatre ans plus tard, son père ayant été affecté à Colombus, Ronnie Lynn découvre le Mississippi. Il y passe son adolescence, « les années les plus importantes de ma vie avec celles passées en Espagne. » Il continue la batterie, joue du rock et de la soul, prend des cours et remporte le premier prix de caisse claire du Mississippi All States Symphony Orchestra. Le jazz, il le découvre plus tard, en Caroline du Sud où il achève ses études, l’écoute des disques de McCoy Tyner et de Keith Jarrett le décidant à se mettre au piano : « Je travaillais pour payer mes études, la nuit de 4 heures à 10 heures du matin, puis je faisais du piano. J’ai appris à en jouer en quatre, cinq ans. J’écoutais Charlie Parker et tous les grands jazzmen, Dizzy Gillespie que j’adorais, Oscar Peterson, mais je ne voulais pas faire du bop, je cherchais autre chose en improvisant beaucoup. »

Installé à Washington DC dans les années 80, il se produit avec Eddie Henderson et Clifford Jordan. Un ami, Michael Kent, lui présente des africains francophones du Sénégal, lui vante les charmes de la vie parisienne. Après l’espagnol, il découvre le français et part étudier à Montréal, étape de dix-huit mois avant la France enfin rejointe en 1991.
Une prestation remarquée au concours de la Défense ne suffisant pas à le faire connaître, Ronnie  Lynn s’intéresse alors aux musiques classiques et contemporaines, travaille des morceaux de Rachmaninov, de Morton Feldman. Il enregistre deux œuvres de ce dernier en 2001, Piano 1977 et Palais de Mari qui interpellent la critique. « Morton n’était pas trop apprécié par ses collègues musiciens, mais il possédait un langage, un vocabulaire qui lui étaient spécifiques. C’était aussi un bon pianiste. Ses harmonies, sa façon d’aborder le piano m’attiraient. J’utilise parfois ses trouvailles harmoniques dans mes compositions. »
Deux ans plus tard, Ronnie Lynn se décide à enregistrer un disque de jazz, “Mississippi“ « un disque que j’affectionne, qui résonne toujours profondément en moi. » Aldo Romano lui a naguère donné un sérieux coup de pouce en l’invitant à tenir le piano dans “Corners“, un de ses albums. Le contrebassiste de la séance, Michel Benita, sera celui de son disque. Jeff Boudreaux complète brillamment le trio. « Avec ma femme, je l’ai produit moi-même, chez Gérard de Haro à La Buissonne. Une fois terminé, je n’avais pas de maison de disques. J’ai frappé à toutes les portes. Personne n’en voulait. Jean-Jacques Pussiau m’a ouvert la sienne. Il est franc. S’il n’aime pas, il le dit carrément. Il a ses goûts, sa sensibilité, mais surtout un côté humain et affectif qui rendent les choses très faciles. Il a gardé la bande un mois pour l’écouter et la réécouter. Puis il l’a conservée encore une semaine avant d’accepter de la sortir sur Night Bird Music, son label. »

Enfin reconnu comme pianiste de jazz, Ronnie Lynn fait partie du jury du concours international de piano Martial Solal en 2006. Le label bordelais Amor Fati et le Bordeaux Jazz Festival co-produisent sa "Gernika Suite" hommage au peuple basque dont il parle la langue, mais Ronnie Lynn souhaite faire un autre disque en trio et n’a pas le premier sou. « Stéphane Kerecki, Louis Moutin et moi-même avions joué un soir dans un club de Barbès et le concert s’était formidablement bien passé. Louis, je l’avais entendu au New Morning avec son groupe. Son jeu de batterie m’avait tellement séduit que j’avais composé un morceau en pensant à lui. C’est Stéphane Kerecki qui m’a branché sur les gens de Zig Zag Territoires. Il a parlé avec eux et me les a présentés. L’affaire s’est conclue. Stéphane a accepté de jouer la contrebasse. C’est une belle aventure, mais je souhaite enregistrer mon prochain disque avec Michel et Jeff qui m’ont aussi beaucoup apporté. J’en ai la musique en tête. »

(Photo couleur: ©Pierre de Chocqueuse - Photo noir et blanc : ©Jean-Jacques Pussiau)

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 15:12

Conçue par Daniel Humair, la pochette de son Bonus Boom mérite le détour. Sur le fourreau cartonné qui protège le disque, une photo de Daniel réalisée avec tout le soin qu’un peintre peut apporter à une expression artistique. Papiers, sacs, pages de journaux froissées, emballages divers, cet amoncellement coloré attire l’œil. Soigneusement dissimulé par ce fourreau, le CD dans son boîtier plastique possède un livret se dépliant comme une affiche. Sur ce livret, une autre photo, celle inattendue d’un ourson, celui-là même que vous avez sous les yeux. Daniel le photographia à Amsterdam. Abandonné, l’animal flottait sur l’eau d’un canal. Musiciens accomplis, les grands enfants du Baby Boom n’ont plus besoin d’ours. Le hasard fait parfois bien les choses.

Photo: ©Daniel Humair

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 11:51

C’était il y a déjà longtemps, en 2002. Daniel Humair avait réuni autour de lui de jeunes musiciens qu’il avait fait travailler au conservatoire : Matthieu Donarier et Christophe Monniot aux saxophones, Manu Codjia à la guitare, Sébastien Boisseau à la contrebasse. La formation s’appelait Baby Boom. Elle sortit un album, donna des concerts, mûrit, se bonifia. Six ans plus tard, ils sont tous là pour de nouvelles aventures, mieux construites et réfléchies. Ils ont beaucoup progressé, mais conservent cette même fraîcheur juvénile, cette impatience qui les fait oser. Devenu Bonus Boom, le groupe sort un nouveau disque, un « tissu de propositions intenses » qui n’a rien d’un produit fabriqué destiné à se vendre. Dissuasive, la première plage va faire grincer des dents les néophytes aux chastes oreilles Composé par Christophe Monniot, Direction Technopole n’est pas d’un accès facile. Autour d’un thème-riff s’articulent des séquences sonores abstraites mais concises et logiques. La batterie rythme un foisonnement de sons dans lequel saxophones et guitares mêlent leurs timbres, dessinent une sonorité neuve. Le traditionnel schéma thème, improvisation(s), retour au thème qui prévaut toujours dans le jazz est abandonné pour un terrain de jeux dans lequel sont proposées des compositions ouvertes, « in progress », destinées à évoluer, à se transformer. Les musiciens rentrent d’emblée dans des improvisations qui font naître de nouveaux accords. Mélodies ou bribes de mélodies se dévoilent tardivement. Celle de Mood Indigo d’Ellington que les musiciens s’amusent à jouer sur scène est vite repérable. Daniel Humair, 70 ans cette année, anime, organise, fournit indications et ponctuations rythmiques. Le risque, la nouveauté l’interpellent. Il en conserve la jeunesse !

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 10:15

On connaît encore mal Frank Kimbrough, pianiste généreux dont le vocabulaire harmonique complexe n’exclut pas la profondeur. Il fut le dernier pianiste du regretté Dewey Redman et joue dans certains disques de Ron Horton, Ted Nash, Michael Blake et Ben Allison… Membre du Maria Schneider Orchestra et du Herbie Nichols Project, il a gravé sous son nom, ou en duo avec le vibraphoniste Joe Locke, des albums pour les labels Mapleshade, Omnitone et Palmetto. Publié en 2006 et enregistré en trio, “Play“ demeure remarquable de finesse et de maturité tant pour ses compositions -  l’inoubliable Waiting in Santander - que pour le jeu interactif des musiciens : Masa Kamaguchi à la contrebasse et Paul Motian à la batterie. On retrouve une composition de ce dernier dans “Air“ paru en janvier 2008 aux Etats-Unis et inexplicablement absent des bacs des disquaires français, mais téléchargeable en toute légalité sur plusieurs sites. Ayant choisi d’enregistrer en solo, le pianiste met ici en avant l’aspect mélodique de son jeu. It Should’ve Happened a Long Time Ago de Motian, Air dont les notes cristallines du thème semblent flotter entre ciel et terre et Three Chords, peut-être le morceau le plus poétique de ce formidable recueil, débordent de lyrisme et émeuvent profondément. La virtuosité du pianiste éclate davantage dans des pièces plus vives, dans Quickening précédemment enregistré en trio avec Ben Allison et Jeff Ballard, dans Ca’lina et ses accords acrobatiques de ragtime, dans The Spins riche en dissonances. Thelonious Monk qui aurait pu en écrire le thème, marque l’album de sa présence. Frank Kimbrough reprend deux de ses compositions : Jackie-ing que Monk grava pour la première fois en 1959, un thème-riff très simple, mais d’une construction très originale, et Coming on the Hudson. Monk ne l’enregistra qu’une seule fois, le 6 novembre 1962. Initialement prévu pour apparaître sur “Monk’s Dream“, il constitue aujourd’hui un des bonus de “Criss-Cross“, second opus Columbia du pianiste. Insistant sur l’aspect mélodique du morceau, Frank Kimbrough en donne une version moins heurtée, presque méconnaissable. Il calme  également le tempo de Wig Wise, un thème que Duke Ellington joue en trio dans “Money Jungle“. Ce disque, un vrai choc, est pour moi le meilleur disque de piano solo de l’année. On peut en écouter des extraits sur le site de Palmetto Records, http://www.palmetto-records.net/
Meilleurs morceaux : It Should’ve Happened a Long Time Ago, Quickening, Coming on the Hudson, Air, Three Chords.

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 08:47

Après avoir travaillé longtemps en quintette et possédé un grand orchestre, Dave Holland nous propose un nouveau groupe, un sextette avec trois souffleurs, le fidèle Robin Eubanks au trombone et deux musiciens de son défunt big band : Alex Spiagin à la trompette et Antonio Hart au saxophone alto. Eric Harland s’installe à la batterie, mais la grande nouveauté c’est la disparition du vibraphone au profit du piano. Mulgrew Miller l’occupe et ce choix n’est pas anodin. Il sait accompagner subtilement le discours des solistes. Le piano remplaçant le vibraphone introduit dans le quintette du contrebassiste en 1995, c’est une nouvelle sonorité de groupe que nous découvrons, la musique restant toutefois très semblable. Le très long Rivers Run témoigne de son goût pour la polyphonie et l’improvisation collective ; Son admiration pour les rythmes latins et les mesures impaires se manifeste dès la première plage, The Sums of All Parts, morceau dans lequel Eric Harland se révèle une recrue appréciable. Mulgrew Miller se taille la part du lion dans Equality, une des deux ballades de ce disque. L’autre est Processional, un morceau à l’arrangement très soigné, comme Lady Snake et ses riffs séduisants qui ponctuent les chorus éclatants des solistes. Holland dispose d’une formidable équipe de musiciens qui s’écoutent et font circuler avec fluidité leurs idées musicales. On croirait entendre un orchestre beaucoup plus important. L’explication est simple : la contrebasse qui le porte pèse des tonnes de feeling.
Meilleurs Morceaux : The Sum of All PartsLady Snake, Equality, Processional.

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 10:05

On se souvient de “Day Trip“, album en trio de Pat Metheny avec Christian McBride à la contrebasse et Antonio Sanchez à la batterie publié sur Nonesuch en février dernier. Les nombreux inconditionnels du guitariste réclamant d’autres morceaux, Nonesuch, en proposa cinq autres en téléchargement sur son site puis décida de les sortir en CD. Enregistrées live au Blue Note de Tokyo, ces pièces inédites témoignent de l’étonnante cohésion du trio. Utilisant plusieurs guitares (acoustiques, électriques mais aussi de la guitare-synthé), Metheny développe longuement un thème onirique (Tromso), se fait tendre dans une ballade (Inori), s’envole avec fougue dans des improvisations inspirées saturées d’électricité. Contrebasse et batterie soulignent et ponctuent subtilement le jeu mélodique du guitariste. Warner n’a pas l’intention de sortir ce petit disque en France et donc n’en assure pas la promotion. On le trouve en import dans quelques points de vente, au rayon jazz des bonnes Fnac parisiennes et dans les quelques magasins qui croient encore au jazz.
Meilleurs Morceaux : Tromso, Inori, The Night Becomes You.

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 11:44

Ce batteur-là ne joue pas comme les autres. Son drive, sa ponctuation n’appartiennent qu’à lui. Le temps nous a révélé un compositeur habile qui place la respiration au cœur de sa musique. Car Paul Motian suggère souvent les rythmes au lieu de les marquer, pratique l’ellipse, la musique circulant alors plus librement, non balisée, comme libérée de ses barres de mesure. En 2007, le label Winter & Winter nous régala d’un “Live at the Village Vanguard, Vol.I“, enregistrement réunissant son trio 2000 (Chris Potter au saxophone ténor, Larry Grenadier à la contrebasse) augmenté de deux musiciens pas manchots, Greg Osby à l’alto et Masabumi Kikuchi au piano. Impressionnant dans If You Could See Me Now, un standard de Tadd Dameron introduit longuement en solo, monkien en diable dans Last Call, ce dernier occupe une place centrale dans le dispositif orchestral. Récemment paru, “Live at the Village Vanguard Vol. II“ nous offre sept autres morceaux, davantage que dans le premier volume, et permet de suivre le groupe sur scène, pendant ces trois mêmes soirées de décembre 2006. Des compositions de Motian, une courte reprise de If You Could See Me Now et Till We Meet Again, une chanson sentimentale de 1918 en constituent le programme. Le pianiste étonne encore par la variété de ses clusters, ses notes et accords dissonants. Quant aux deux souffleurs, s’ils se retrouvent pour exposer à l’unisson les thèmes anguleux du batteur, ils croisent le cuivre, questionnent, se soufflent mutuellement des réponses. La section rythmique, distendue et souple, accorde beaucoup d’espace à leurs longues improvisations qui racontent toujours quelque chose. Sur deux titres, le violoniste Mat Manieri rejoint les cinq musiciens. Partant des thèmes, d'un vocabulaire harmonique très structuré, tous creusent la matière sonore et prennent des risques particulièrement inventifs.
Meilleurs morceaux: Till we Meet Again, Sunflower, The Divider.

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