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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 09:15
Nick SANDERS Trio : “Playtime 2050” (Sunnyside / Socadisc)

Ses deux précédents disques en trio “Nameless Neighbors” et “You Are A Creature”, Chocs de l’année 2013 et 2015 de ce blog, témoignent de la singularité d’un pianiste qui non seulement joue un piano différent, mais explore une musique neuve dont la modernité porte aussi le poids du passé. Enregistré avec ses musiciens habituels et ne contenant pour la première fois que des compositions originales, “Playtime 2050” confirme le talent d’un musicien à part, un créateur inspiré.

Sa pochette qui met quelque peu mal à l’aise, est une œuvre de Leah Saulnier, une artiste du Nouveau Mexique qui réalisa celle de “You Are A Creature”. Son aspect étrange convient bien à une musique dont l’écoute ne nécessite nullement un masque à gaz mais qui, aussi singulière soit-elle, ne tombe pas du ciel, possède une grammaire et un vocabulaire qui est celui du jazz. Originaire de la Nouvelle-Orléans, le pianiste l’a étudiée à Boston avec Ran Blake. C’est au New England Conservatory of Music où enseigne ce dernier qu’il a rencontré les deux musiciens qui constituent la section rythmique de ses disques en trio, le bassiste Henry Fraser et le batteur Connor Baker qui lui permettent de structurer un discours musical souvent imprévisible. Danilo Perez, Jason Moran et Fred Hersch furent ses autres professeurs. Ce dernier a d’ailleurs produit les deux premiers albums de son jeune élève. Les quelques standards qu’il y reprend expliquent ses influences : Ran Blake qui attache une grande importance aux timbres du piano, affectionne les graves du clavier, les dissonances, et laisse le silence habiter sa musique ; Ornette Coleman dont les ritournelles inoubliables nourrissent le répertoire du jazz ; Thelonious Monk, grand amateur de rythmes discontinus et qui sait lui aussi sait remplir les vides avec du silence ; Herbie Nichols qui avec Monk a fait entrer le stride dans le piano moderne.

 

Nick Sanders le pratique. Une main gauche souple et mobile lui a permis de remporter trois années de suite le Marion and Eubie Blake International Piano Award. Il en joue un peu dans le chaloupé I Don’t Want to Set the World on Fire, un vieux tube des Ink Spots, dernière plage de “Nameless Neighbors”, son premier disque. Il a pratiqué la batterie et introduit souvent ruptures et décalages rythmiques dans ses compositions savamment structurées. Une musique dont on peut avoir du mal à saisir la logique, mais qui pourtant fascine par ses audaces, son aspect imprévisible. Après plusieurs écoutes, elle nous devient familière, goûteuse comme un gumbo idéalement épicé.

Produit par Nick Sanders, “Playtime 2050” témoigne une fois encore de la capacité de ce dernier à jouer du trio comme si son piano, la contrebasse de Henry Fraser et la batterie de Connor Baker ne constituaient qu’un seul instrument. Endless, une pièce abstraite et répétitive repose beaucoup sur la complicité qui unit Sanders et son batteur. Ils parviennent même à dialoguer dans The Number 3 qui surprend par sa construction non linéaire, ses changements fréquents de tempo, son agressivité. Démarrant comme un cheval au galop, la musique de l’obsédant Manic Maniac est tout aussi heurtée et anguleuse. Dans Hungry Ghost c’est un foisonnement sonore de tambours et de cymbales qui accompagne et commente la courte cellule mélodique répétitive du morceau. Live Normal, une ritournelle primesautière, s’assombrit progressivement dans sa partie centrale. Quant à Playtime 2050, morceau au tempo fluide et régulier, son thème et l’improvisation qui s’y rattache relèvent d’un bop modernisé.

 

Si It’s Like This envoûte par le va-et-vient de notes spiralées de sa mélodie, celle de Still Considering, une ballade, s’ancre dans la musique classique européenne, de même que les harmonies d’Interlude for S.L.B., un hommage en solo de Nick Sanders à sa mère qui lui transmit son amour de la musique. RPD est une pièce sombre et lente que le pianiste enregistra en 2016 avec le saxophoniste Logan Strosahl. Intitulé “Janus”, leur album contient des extraits des “Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus” d’Olivier Messiaen ainsi que des œuvres de Guillaume Machaut et de François Couperin.

 

Prepared for the Blues et Prepared for the Accident sont les deux pièces pour piano préparé de l’album. Dans la première, un blues de facture classique, les modifications apportées à l’instrument sont légères. Dans la seconde, le piano change de sonorité, adopte un langage abstrait et dissonant qui introduit #2 Longfellow Park (l’adresse d’une vieille église près de Boston), le morceau le plus émouvant du disque. Ressemblant à une prière, il fait entendre une musique apaisée que l’on peut aisément décrypter.

 

Photos X/DR.

Illustration Leah Saulnier.

Nick SANDERS Trio : “Playtime 2050” (Sunnyside / Socadisc)
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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 09:50
Le vinyle, dernier rempart contre une dématérialisation de la musique ?

Lorsque j’ai demandé à Bill Carrothers en décembre s’il comptait enregistrer un nouvel album, il me répondit que les disques ne se vendant plus il n’en avait pas l’intention. Se consacrant à l’enseignement, le pianiste mène une vie tranquille dans une petite bourgade du Michigan que l’hiver recouvre de neige. Pourquoi faire des disques lorsqu’on n’arrive pas à les vendre ?

 

Car les habitudes du consommateur ont changé. Il délaisse les magasins et télécharge sur internet les morceaux qu’il souhaite entendre, s’adonne au streaming, s‘abonne à des plateformes pour les écouter. Il achète peu de CD(s) s’il en achète encore. Les petites maisons de production, les indépendants dont les catalogues, même modestes, apportent tant à la musique et contribuent à sa richesse, à sa diversité, réduisent la voilure ou mettent la clef sous la porte. C’est le cas de Jean-Louis Wiart qui met fin à son label AxolOtl Jazz créé il y a plus de vingt ans. Philippe Ghielmetti n'envisage plus lui aussi de produire des disques sur Illusions Music. “Gary”, un enregistrement en solo de Marc Copland, sera probablement son dernier.

 

Les musiciens ont pourtant grand besoin d’enregistrer. La plupart d’entre eux gagnent aujourd’hui davantage en vendant leurs disques à leurs concerts qu’en les confiant à des distributeurs. Certains tirent leur épingle du jeu en proposant une musique fade et racoleuse qui ne relève pas du jazz. Les autres, les plus nombreux, peinent à trouver des engagements, à faire vivre leurs orchestres. L’aventure est ainsi terminée pour le Gil Evans Paris Workshop de Laurent Cugny. Reste un grand disque sur Jazz&People et des concerts inoubliables.   

 

Si la disparition du CD est bel et bien programmée, le vinyle occupe de plus en plus d’espace dans les FNAC et autres grandes surfaces qui en proposent encore. Séduit par un objet aujourd’hui à la mode dont les ventes limitées ne compensent pas les pertes d’une industrie en crise, le mélomane lambda l’achète souvent les yeux fermés, sans se rendre compte que s’il a été gravé à partir d’un enregistrement numérique, ce qui est le cas de presque tous les disques enregistrés depuis la fin des années 80, le son sera le même que celui du CD.

 

Un disque vinyle ne présente de l’intérêt sur le plan sonore que lorsqu’il est gravé à partir de sa source analogique. Quelques petites compagnies de disques procèdent ainsi. C’est le cas de Sam Records en France, de Speakers Corner Records en Allemagne, de Acoustic Sound (A.P.O. Records) aux États Bénis d'Amérique *. Ayant passé des contrats de licence avec les propriétaires des bandes, ces derniers leur fournissent le matériel d’origine. Bénéficiant ainsi d’une présentation soignée, les disques retrouvent ainsi leur sonorité initiale, une brillance qu’ils auraient toujours dû garder. Sam Records et Resonance Records éditent également des bandes inédites. De précieux enregistrements de Thelonious Monk (“Les Liaisons dangereuses”), de Nathan Davis avec le Georges Arvanitas Trio, du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra, de Larry Young ont ainsi vu le jour. À l’occasion du Disquaire Day (13 avril) que l’amateur de vinyle attend chaque année, Resonance annonce la sortie ce jour-là en édition limitée de disques inédits de Bill Evans en trio avec Eddie Gomez et Marty Morell (“Evans in England”) et de Wes Montgomery (“Back on Indiana Avenue : The Carroll DeCamp Recordings”). Les CD(s) seront commercialisés quelques jours plus tard.

 

Combien de temps le CD existera-t-il ? Nul ne le sait, mais le vinyle a encore de beaux jours devant lui. Jazz Magazine ne vient-il pas de lui consacrer un dossier et Le Monde un article ** ? Dernier rempart contre la dématérialisation, destiné à un public d’audiophiles, il aura traversé bien des époques et fédéré bien des passions. Le musicien de jazz le vendra peut-être à son concert lorsque le CD aura disparu. Les studios d’enregistrement auront alors ressorti leurs magnétophones à bandes, ces vieux Ampex qui ont vu naître tant de bons disques. On peut toujours rêver.

 

* Un emprunt à Bohumil Hrabal dont la lecture de ses “Lettres à Doubenka” (Éditions Robert Laffont) me met en joie.

** Dans son édition du dimanche 31 mars / lundi 1er avril (page 11).

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Le saxophoniste belge Robin Verheyen (soprano et ténor) au Duc des Lombards le 3 et le 4 avril (19h30 et 21h30). Avec lui le jeune pianiste Bram De Looze, belge également, et le batteur Joey Baron récemment entendu au Sunside au sein du trio de Marc Copland. Ce dernier tient le piano dans “When the Birds Leave” (Universal), un disque en quartette que Verheyen enregistra en 2016. Le saxophoniste est également « Producer and ears » du prochain album en trio de Marc. Joey Baron en est le batteur. Son drumming souple et aéré convient bien aux harmonies souvent flottantes de Verheyen. Nos trois musiciens viennent de consacrer un album à Thelonious Monk. Son titre : “Mixmonk. On espère qu’Universal France le sortira prochainement. Cinq thèmes de Monk font l’objet de relectures originales, des compositions de Verheyen et de De Looze complétant un disque très attachant.

-Situé 19 rue des Frigos dans le 13ème, l’UMJ (Union des Musiciens de Jazz) accueille le trio germano-franco-brésilien Dreisam le 7 avril à 16h00 à l’occasion de la sortie de “Up Stream (Jinrikisha / Inouïe distribution), un disque enregistré comme le précédent (“Source en 2014) au studio La Buissonne. Installés à Lyon, Nora Kamm aux saxophones, Camille Thouvenot au piano mais aussi à parfois l’orgue (notamment dans A Voir, une composition de leur nouvel album) et Zaza Desidero à la batterie proposent un jazz lyrique aux couleurs chatoyantes. La musique, des compositions originales d’une grande fraîcheur aux nombreuses influences géographiques, est ici fort bien servie par les sonorités douces et enveloppantes du soprano, les harmonies élégantes du piano, un batteur sensible et toujours à l’écoute. Une formation à découvrir.

-Le 10 à 20h30, le pianiste Guillaume de Chassy fêtera au Bal Blomet la sortie d’un nouveau disque en solo. “Pour Barbara (NoMadMusic / Pias) contient des relectures subtiles de quelques-uns des grands succès de la chanteuse, Nantes, Göttingen, L’Aigle Noir, Ma plus belle histoire d’Amour (dont le thème, magnifique, est dévoilé à la suite d’un long et lent prélude onirique), des chansons immortelles. Avec délicatesse – son toucher est d’une finesse exceptionnelle –, Guillaume de Chassy en harmonise les mélodies, les plie à son propre langage musical, se les réapproprie pour les faire revivre autrement, transformées en pages classiques. Car le pianiste a toujours nourri son inspiration dans les œuvres de compositeurs du XIXème et de la première moitié du XXème siècle. Serge Prokofiev n’aurait pas désavoué la cadence soutenue dont hérite Une petite cantate. Frédéric Chopin se fait entendre dans le doux balancement de Pour Barbara (vers l’aube), un des trois interludes composés par Guillaume, et L’Aigle noir renferme quelques notes de Claude Debussy. Le pianiste a choisi d’en insérer le thème dans Les Rapaces, un morceau vif dont les cavalcades de notes tranchent avec celles, économes et graves, de L’Aigle Noir. On est plus proche de l’univers pianistique et poétique de Jean Cras et de Gabriel Dupont, compositeurs français trop oubliés, que du jazz américain, Guillaume de Chassy privilégiant l’harmonie au sein d’une certaine ascèse sonore. Ici point d’esbroufe, de notes superflues, juste de la très belle musique jouée par un pianiste habité par la grâce.

-Le 11, Nicolas Parent présentera les musiques de son nouvel album, son troisième, au Studio de l’Ermitage. “Mirages” (L’Intemporel / L’autre distribution) contient sept pièces féériques qui relèvent davantage de la world music que du jazz. Le guitariste nous entraîne dans les paysages sonores de son imaginaire. Musiques arabes, indiennes et africaines s’entremêlent, la guitare délicatement arpégée servant de fil conducteur à un voyage poétique auquel sont étroitement associés les compagnons de route habituels de Nicolas, Kentaro Suzuki à la contrebasse et Guillaume Arbonville dont les percussions sont beaucoup mieux intégrées à la musique que dans “Tori, l’album précédent du trio. Sa première plage, Train to Isalo, y accueille le violoncelle de Karsten Hochapfel. Aujourd’hui confié à Vincent Segal, l’instrument apporte de belles couleurs à Doux Mirage et à Songe d’automne, deux perles d’un disque très attachant.

-La chanteuse Susanna Bartilla sur la péniche Le Marcounet (port des Célestins, au pied du Pont Marie) le 14 à 18h00. On a peu l’occasion de l’écouter chanter à Paris. Elle est retournée vivre à Berlin, sa ville natale, et s’y produit avec succès. Mike Segal au saxophone alto et Kenny Martin à la batterie feront le voyage de Berlin avec elle. Quelques-uns des musiciens habituels de la chanteuse doivent les rejoindre pour ce concert en sextet : Alain Jean-Marie imperturbable et égal à lui-même au piano, Sean Gourley à la guitare et Claude Mouton à la contrebasse. Au programme, les Beatles dont les mélodies souvent enthousiasmantes nourrissent aujourd’hui le jazz. Elle leur consacrera son prochain album après avoir chanté la grande Peggy Lee – il faut écouter sa version de Johnny Guitar - et les chansons de Johnny Mercer. Sa voix n’est pas sans évoquer celle de Marlène Dietrich, une autre berlinoise qu’elle admire, une voix de contralto traînante, un peu rauque et au fort vibrato qui envoûte et enchante.    

-Le concert que Philip Catherine devait donner au New Morning le 22 mars avec Emmanuel Bex et Aldo Romano ayant été annulé suite à une mauvaise chute du guitariste, c’est au Sunset qui vit naître leur trio dans les années 90, qu'ils se produiront le dimanche 21 avril (18h00 et 20h30) – un autre concert est prévu au New Morning le 25 juin. Nos trois musiciens n’avaient jamais enregistré de disque ensemble et “La Belle vie” (Sunset Records), en vente depuis le 1er février, est leur premier. Associant orgue Hammond (instrument que je n'aime pas trop mais qu'Emmanuel Bex sait rendre vivant et expressif), guitare et batterie, il rassemble quelques-unes de leurs propres compositions dont La Belle vie pour Maurice un hommage d’Emmanuel Bex à Maurice Cullaz que le BFG trio (Bex, Ferris, Goubert) enregistra pour Naïve en novembre 2000.

-Après la Petite Halle en décembre, le Duc des Lombards accueille le Zoot Octet le 24 avril (19h30 et 21h30). Organisés en collectif depuis 2016, ses membres ont composé le répertoire de “Zoot Suite Vol.2 (Zoot Records / Socadisc), un album publié l’an dernier, le second de cette formation prometteuse. Enregistré en analogique, il séduit par ses arrangements, les improvisations des solistes, la présence d’un quatuor à cordes les enrichissant également. Noé Codjia (trompette), Thomas Gomez (saxophone Alto), Neil Saidi (saxophone baryton), Ossian Macary (trombone), Clément Trimouille (guitare), Pablo Campos (piano), Clément Daldosso (contrebasse), David Paycha (batterie) constituent une équipe qui gagne. Malgré l’absence des cordes, on ira bien sur écouter sa musique, du jazz qui ressemble à du jazz, ce qui n’est pas si fréquent.

-Dans cette famille Brown de Memphis, tous sont musiciens. Marié à une flûtiste, Donald, le père, est un célèbre pianiste. Très demandé à New York où il réside désormais, Keith, le jeune fils, lui aussi pianiste, joue avec Stefon Harris, John Clayton et Charles Tolliver. Son frère aîné, Kenneth, un batteur, sort son deuxième album  sur Space Time Records, un disque produit par Xavier « Big Ears » Felgeyrolles, un grand ami de la famille Brown qui produit tous leurs albums. Habitant Knoxville (Tennessee), Kenneth Brown vient présenter le sien, son second, au Sunside les 25 et 26 avril. Intitulé “2nd Changes”, il réunit une solide bande de souffleurs, les plus célèbres étant le trompettiste Nicholas Payton et le saxophoniste Chris Potter. Ne pouvant amener tous les musiciens de son disque à Paris, il en interprétera le contenu en quartet avec son frère Keith au piano, Darryl Hall à la contrebasse (tous deux présents sur ce nouvel opus) et Baptiste Herbin aux saxophones. Enregistré à New York en septembre 2018, “2nd Changes” exhale le parfum sudiste de la soulful music, mélange épicé de blues, de soul et de jazz. Outre quelques célèbres standards dont on ne se lasse pas – You Don’t Know What Love Is, Softly As a Morning Sunrise – , le répertoire comprend des compositions du père et des deux fils, Kenneth dédiant l'un de ses thèmes, Down at Small’s, au trompettiste Roy Hargrove récemment disparu.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-UMJ (Union des Musiciens de Jazz) : www.umj-asso.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Péniche Le Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédits photos : Joey Baron / Bram De Looze / Robin Verheyen © Gemma van der Heyden – Susanna Bartilla © André Moustac – Emmanuel Bex / Philippe Catherine / Aldo Romano © Alexandre Lacombe – Zoot Octet © Neil Saidi - Platine vinyle © photo X/D.R.

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 09:19
Joachim KÜHN : “Melodic Ornette Coleman” (ACT / Pias)

Instrumentiste controversé – son saxophone n’est pas pour des oreilles que son violon et sa trompette mettent au supplice –, Ornette Coleman (9 mars 1930 - 11 juin 2015) n’en reste pas moins un compositeur important. Ressemblant à des comptines, ses mélodies joyeuses et simples font régulièrement le tour de la planète jazz. Lonely Woman, The Blessing, Peace, Ramblin’, W.R.U. sont des morceaux qui nous sont familiers, des standards dont on connaît les thèmes. Consacrer un disque entier à la musique d’Ornette Coleman n’est pourtant pas fréquent. Aldo Romano le fit en 1989 avec “To Be Ornette to Be” (OWL), l’un de ses meilleurs albums. À la demande de Philippe Ghielmetti, un disque presque entièrement consacré à des interprétations de Lonely Woman, le thème d’Ornette le plus célèbre, fut enregistré en 2005 et 2006*. Le pianiste Joachim Kühn reprend aujourd’hui des compositions que le saxophoniste n’avait jamais publiées, des thèmes aux mélodies attachantes que chante un piano devenu plus lyrique.

Avec Walter Norris à ses débuts et Geri Allen dans les années 90, Joachim Kühn fut l’un des rares pianistes qui enregistra avec le saxophoniste. Son agent, Geneviève Peyregne, fut à l’origine de leur rencontre. Un album, “Colors : Live from Leipzig”, en résulta en 1997. Entre 1995 et 2000, le pianiste donna 16 concerts avec Ornette. Dix compositions originales de ce dernier étaient jouées à chaque concert, des morceaux que les deux hommes avaient au préalable enregistrés à l’Harmolodic Studio de Harlem. Ornette apportait les mélodies et, à la demande du saxophoniste, Joachim, choisissait leurs accords, se basant sur des sons et non sur des notes pour les mettre en forme, les pliant à un système harmonique de son invention. Les concerts terminés, ces morceaux ne furent jamais repris. Lonely Woman excepté, c’est dans ces 170 morceaux représentant une cinquantaine d’heures de musique que Joachim Kühn a puisé le répertoire de ce disque.

Le pianiste qui vient de fêter ses 75 ans l’a enregistré à Ibiza, une île dans laquelle il s’est installé en 1994. Il la célèbre dans “Free Ibiza” (Out Note), un album solo de 2010 que l’on doit à Jean-Jacques Pussiau. Joachim Kühn habite la partie la plus reculée de l’île, La Méditerranée, le bleu du ciel, une nature luxuriante avec laquelle il est constamment au contact semblent avoir eu une influence positive sur son jeu. Pianiste virtuose nourri par la longue pratique de la musique classique du temps de sa jeunesse, il garde un toucher ferme et précis, une attaque toujours puissante de la note, mais tempère aujourd’hui son ardeur. Son piano adamantin s’ouvre à la douceur. Privilégiant les mélodies, il a sélectionné des morceaux lyriques d’une grande fraîcheur qu’il approche en musicien romantique, en pianiste classique.

Si Physical Chemistry et Food Stamps on the Moon, des ritournelles, sont bien des thèmes colemanien, on peine à croire que Songworld ou Somewhere ont été écrits par le saxophoniste. Joachim Kühn a étroitement participé à leur naissance. Il prend le temps d’en détacher les notes, de leur donner poids et résonnance. Tears That Cry contient une pointe de tristesse et Hidden Knowledge est presque une page classique. Franz Liszt se fait entendre dans les cascades de notes de Lost Thoughts et de Food Stamps On the Moon, courtes improvisations musclées au regard de la tendresse des thèmes exposés. Lonely Woman est ici joué deux fois. Dans la première qui ouvre le disque, les basses sont lourdes et percutantes, les aigus sonores et cristallins. Plus mélancolique, la seconde version envoûte davantage. Kühn a composé la dernière plage, un hommage au saxophoniste. Les premières mesures et la coda de The End of the World sont graves et austères ; la partie centrale révèle le pianiste impétueux. Sous ses doigts, la musique d’Ornette Coleman chante et respire autrement.  

 

*Intitulé “8 Femmes seules & l’échafaud” et réunissant d’excellents pianistes parmi lesquels Stephan Oliva, Marc Copland, Bruno Angelini et Bill Carrothers, il était offert en 2006 pour l’achat des cinq disques de la collection « Standard Visit » (Minium Records).

 

Photos : Joachim Kühn devant son piano © Steven Haberland – Ornette Coleman & Joachim Kühn à New York en 1997 © Austin Trevett.

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 09:15
Joe LOVANO : “Trio Tapestry” (ECM / Universal)

Enregistré avec Marilyn Crispell (piano) et Carmen Castaldi (batterie et percussions) au Sear Sound Studio (New York) et mixé par Gérard de Haro au studio La Buissonne, cet album en trio, le premier que Joe Lovano enregistre sous son nom pour ECM, est à part dans la longue discographie du saxophoniste. Onze compositions fondées sur la technique des douze tons enseignée par Gunther Schuller avec lequel Lovano travailla (le répertoire de “Rush Hour” un de ses disques Blue Note, a été composé, arrangé et dirigé par Schuller) sont au programme d’une œuvre qui envoûte l’auditeur et l’invite à méditer.

Au saxophone ténor, Joe Lovano souffle de longues notes apaisées, prend le temps de les faire respirer. Le son est chaud, enveloppant, comme le silence que l’on entend beaucoup ici. C’est le concept japonais du « ma ». Les musiciens l’ont intégré à un flux sonore volontairement distendu, à des bribes de mélodies richement harmonisées. Piano et saxophone peuvent exposer conjointement un thème (Sparkle Lights, Rare Beauty) ou l’un d’entre eux improviser librement. Ensemble ou séparément, ils peuvent aussi commenter une phrase, développer une idée. Certaines pièces sont plus particulièrement réservées au saxophone, d’autres au piano.

 

Confié à Marilyn Crispell, experte en harmonies raffinées associant intellect et émotion, le piano fait entendre des images, des couleurs. Depuis longtemps une artiste ECM, on lui est redevable d’un double CD inoubliable consacré à la musique d’Annette Peacock, “Nothing ever was, anyway. Le troisième membre de la formation, Carmen Castaldi, est l’un des batteurs de “Viva Caruso”, un disque que Joe enregistra pour Blue Note en 2001. Loin de marquer le tempo, il strie l’espace de sonorités et joue librement avec les timbres. Baguettes et balais glissent, frottent, martèlent, caressent peaux et métaux. Son rôle est d’ajouter des couleurs à la tapisserie sonore que tisse le trio. Souple et léger, son tissu percussif profite à la musique.

 

Joe Lovano utilise aussi des gongs, les harmonise, Dans Mystic, la pièce centrale de l’album, la plus longue, il joue du tarogató, un instrument hongrois en bois, à anche simple, ressemblant à une clarinette. De discrets roulements de tambours accompagnent son chant, méditation onirique aussi belle qu’intimiste. Les dernières plages font entendre une musique quelque peu différente. Spirit Lake est plus proche du jazz. Tarassa et The Smiling Dog aussi. Adoptant un jeu abstrait, la pianiste cultive les dissonances, adopte un vocabulaire moins mélodique et plus libre. Les chorus de ténor sont musclés, les rythmes plus marqués. Sortis de leurs rêves, des paysages contemplatifs qu’ils ont imaginés, nos trois musiciens retrouvent des terres plus souvent explorées, parlent un langage jazzistique qui nous est familier.

 

À lire : l’entretien que Joe Lovano a récemment accordé à Bruno Pfeiffer, journaliste à Libération et membre de l’Académie du Jazz, à l’occasion de l’hommage rendu à Michel Petrucciani à La Seine Musicale. http://jazz.blogs.liberation.fr/

 

Photos : Joe Lovano © Dick Katz / ECM Records - Marilyn Crispell, Joe Lovano & Carmen Castaldi © Bart Babinsky / ECM Records

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5 mars 2019 2 05 /03 /mars /2019 09:43
Quelques souvenirs d'André Francis

Cher André,

Pour le jeune homme que j’étais dans les années 70, tu as d’abord incarné une voix, celle annonçant les innombrables concerts que tu organisais et que diffusaient les radios nationales du service public. Une voix chaleureuse, reconnaissable entre toutes, la voix bleue de tous les jazz. Depuis 1964, tu étais l’âme de son Bureau à Radio France, mais je ne te connaissais pas encore. Ce n’est que lorsque Maurice Cullaz m’invita à rejoindre l’Académie du Jazz en 1985 que je fis ta connaissance. Tu assurais alors la direction artistique du Festival de Jazz de Paris et t’apprêtais à prendre la présidence de l’Orchestre National de Jazz. Maurice qui n’avait pas toujours bon caractère, dirigeait alors l’Académie de façon quelque peu fantaisiste, attribuant des prix à des musiciens que notre Assemblée Générale qui se tenait à son domicile n’avait pas validés. Tu prenais habituellement la tête des frondeurs, bataillant avec Maurice pour imposer nos votes, ne mâchant pas tes mots pour lui crier ses vérités.

 

Je ne savais alors pas grand-chose de ton histoire, de ton parcours. J’ignorais que tu étais né à Paris en 1925, que tu avais suivi des cours de théâtre, rue Blanche, pour devenir acteur, que tu avais été figurant dans “Les Enfants du Paradis”, le plus beau film du cinéma français, et que tu peignais, ton jardin secret. J’appris tardivement que c’était grâce à toi qu’existaient les deux disques de Bill Evans enregistrés à l’Espace Cardin en novembre 1979, concert auquel j’avais eu la chance d’assister. Tu avais quitté en 1996 cette Maison de la Radio dans laquelle tu travaillais depuis près de cinquante ans pour habiter en face, de l’autre côté du pont de Grenelle, au 31ème étage d’un gratte-ciel, dans un appartement acheté non sans mal à un célèbre artiste japonais qui après en avoir signé la promesse de vente, avait disparu pour réapparaitre quelques mois plus tard, en morceaux dans une glacière, sombre affaire de yakusas.

 

C’est dans cet appartement débordant de livres, de disques, de papiers, que tu m’as raconté cette histoire. Une fois par an, tu y accueillais les délibérations de la Commission Livres de l’Académie du Jazz. Une Académie dont tu étais non seulement le doyen, mais aussi l’un des membres fondateurs. Nous allions ensuite déjeuner dans un restaurant près de chez toi, toujours le même car tu y avais tes habitudes. Tu aimais les livres et en avais même écrit un, Jazz, publié au Seuil en 1958 dans la collection Microcosme, un gros succès de librairie. Tu me l’avait offert dédicacé au début des années 90 à l’occasion d’une de ses nombreuses rééditions : « Non pour t’apprendre quelque chose, mais pour te manifester mon amitié ». Tu te trompais car j’avais encore beaucoup à apprendre de toi sur cette musique qui nous passionnait. Quant à ton amitié, tu me la témoignas lorsque, me sachant sur la corde raide sur un plan financier, tu me proposas de devenir ton assistant sur les concerts de jazz de la Foire de Paris que tu organisais. J’avais entre-temps retrouvé du travail et déclinai ton amicale et touchante proposition.

 

Ces dernières années, mon appartement du boulevard Beaumarchais a souvent abrité les réunions du Bureau de l’Académie du Jazz. En tant que membre, tu y étais bien sûr convié, non par e-mail car tu ne savais pas faire marcher un ordinateur, mais par téléphone. Nos longues conversations m’apprirent à mieux te connaître. C’est aussi par téléphone que tu me communiquais tes votes qui permettaient d’établir la pré-liste des disques et des musiciens qui seraient en compétition. Tu donnais chaque année le maximum de points à Andy Emler. Peu importe l’album qu’il avait enregistré. Il fallait lui donner le Prix Django Reinhardt et tous les prix de la terre et du ciel. C’est au téléphone que je t’ai parlé pour la dernière fois cet automne. Tu n’allais pas bien, n’écoutais et ne lisais plus rien et c’est sans toi que la Commission Livres de l’Académie s’est réunie à mon domicile en décembre. Tu avais 93 ans lorsque tu es parti dans ton sommeil le 12 février au petit matin après une vie bien remplie. Lorsque je pense à toi c’est toujours ta voix que j’entends en premier. Tu as tant fait pour le jazz que tu ne seras pas oublié.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Marc Copland au Sunside le 8 mars avec Drew Gress à la contrebasse et Joey Baron à la batterie. Un album avec eux doit sortir au début de l’été. Son titre : “And I Love Her”, une mélodie inoubliable que l’on doit aux Beatles et que Brad Mehldau reprend dans son disque “Blues and Ballads”. Sa section rythmique est celle des derniers disques ECM du regretté John Abercrombie. Marc en était le pianiste. Avec elle et le trompettiste Ralph Alessi, il a également publié deux albums sur le label InnerVoiceJazz. En attendant la parution de “And I Love Her”, je vous conseille vivement de vous procurer “Gary” un opus en solo que Marc Copland a enregistré l’an dernier au studio La Buissonne, un de mes chocs de l’année 2018. Il ne coûte que 15 euros (port payé) et n'est disponible que sur le site www.illusionsmusic.fr

-Autre concert très attendu, celui que Fred Hersch doit donner le 9 en solo au studio 104 de Radio France (20h30) dans le cadre de l’émission Jazz Sur le Vif animé par Arnaud Merlin. Pour mémoire, le pianiste a reçu le Prix in Honorem de l’Académie Charles Cros pour l’ensemble de sa carrière et par deux fois le Grand Prix de l’Académie du Jazz, en 2015 notamment, pour “Solo”, un enregistrement live. Hersch excelle dans l’exercice. Enregistré au JJC Art Center de Séoul en avril 2017, “{Open Book}”, un autre sommet de sa discographie, confirme qu'il est aujourd'hui l'un des très grands de l’instrument. Dans ses tapisseries de notes peuvent cohabiter plusieurs lignes mélodiques qui n’appartiennent qu’à son piano. Le quartette du saxophoniste Mark TurnerJason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse) et Jonathan Pinson (batterie) – assurera la première partie.

-Champian Fulton retrouve le Duc des Lombards les 11 et 12 mars (19h30 et 21h30) après y avoir revisité l’opéra de George Gershwin, “Porgy and Bess”, en septembre. Gilles Naturel (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie) assurant la rythmique, la chanteuse new-yorkaise sera accompagnée par Scott Hamilton, saxophoniste chaleureux et lyrique. Excellente chanteuse – sa voix évoque quelque peu la grande Dinah Washington –, Champian Fulton est aussi une pianiste expérimentée dont l’influence de Red Garland et d’Erroll Garner se perçoit dans son swing. Malheureusement passé inaperçu malgré une chronique dans Jazz Magazine et largement consacré aux standards de la grande Amérique, “The Stylings of Champian”, le double CD qu’elle a sorti l’an dernier, est l’un des meilleurs disques de jazz vocal de 2018. 

Quelques souvenirs d'André Francis

-Le 12, Philippe Soirat fête au Sunside la sortie de “Lines and Spaces” (Absilone), le second album qu’il enregistre sous son nom. Avec lui, les musiciens de “You Know I Care”, son premier disque (2015). David Prez au saxophone, Vincent Bourgeyx au piano et Yoni Zelnik à la contrebasse accompagnent le batteur qui reprend avec bonheur des compositions de ses complices et des standards du jazz moderne, Lines and Spaces, un thème de Joe Lovano, donnant son nom à l’album. Remodelés, parfois même restructurés sur un plan rythmique, ces derniers font peau neuve, Countdown de John Coltrane bénéficiant ainsi d’une relecture inédite. Portés par une section rythmique superlative – associé à la contrebasse de Yoni Zelnik, le drive de Philippe Soirat favorise le swing –, David Prez et Vincent Bourgeyx en très grande forme, se partagent la plupart des chorus. Avec Dong, le pianiste signe une composition très originale. Sa mélancolie, on la doit au timbre un peu métallique du saxophone ténor qui sollicite beaucoup les aigus de l’instrument. Pétries d’harmonies étranges, les longues phrases oniriques que David Prez brode autour de A Shorter One, probable hommage à Wayne Shorter dont le groupe reprend Second Genesis, ce dernier ne les aurait pas désavouées.

Quelques souvenirs d'André Francis

-Le 13 au New Morning, Fred Nardin fête lui aussi la sortie d’un nouveau disque, “Look Ahead”, le premier qu’il publie chez Naïve. On y retrouve Or Bareket (contrebasse) et Leon Parker (batterie) dans un répertoire que le pianiste a presque entièrement composé. La seule reprise de l’album est une relecture vitaminée de One Finger Snap, un thème qu’Herbie Hancock enregistra en 1964 pour “Empyrean Isles”, l’un de ses disques Blue Note. Fred Nardin l’aborde à très grande vitesse. Il aime les tempos rapides, fait souvent courir ses doigts sur le clavier, sa vélocité n’excluant pas les nuances. Reposant sur un thème riff, le morceau Look Ahead hérite d’un solide chorus de piano. Le tonique New Direction également. La musique s’ancre ici dans la tradition du jazz. Just Easy repose sur une grille de blues. On a l’impression d’écouter un vieux standard, une musique familière. Memory of T. est bien sûr un hommage à Thelonious Monk. Si Fred Nardin fait preuve d’audace dans ses improvisations chargées de notes, il séduit aussi par les harmonies délicates, les belles couleurs qu’il pose sur ses ballades. Three For You que la contrebasse d’Or Bareket introduit, et Prayers qui referme paisiblement l’album, en témoignent.

-Attendu en solo au Bal Blomet le 19 (20h30), le pianiste Makoto Ozone fit beaucoup parler de lui en 1984 lorsque CBS France fit paraître “Makoto Ozone”, le premier album qui porte son nom. Il donna cette année là un récital au Carnegie Hall et devint bientôt membre du quartette de Gary Burton. Malheureusement, à l’exception des quelques disques qu’il grava avec le vibraphoniste, la plupart de ses albums n’ont jamais été distribués dans l’hexagone. Dommage, car ils réunissent une pléiade d’excellents musiciens parmi lesquels, John Abercrombie, Marc Johnson, John Scofield, Christian McBride, Peter Erskine pour ne pas les citer tous. Depuis quelques années le pianiste interprète également de la musique classique et a enregistré du Mozart et du Prokofiev avec le Scottish National Jazz Orchestra. Outre un florilège de ses propres compositions, Makoto Ozone jouera au Bal Blomet la “Rhapsody in Blue” de George Gershwin, une œuvre qu’il a interprétée en décembre dernier à la Maison de la Culture du Japon avec le No Name Horses Big Band.  

-Né au Sunset dans les années 90, associant orgue Hammond, guitare et batterie, le trio réunissant Emmanuel Bex (l’un des très rares organistes qui ne m’ennuie pas sur l’instrument), Philippe Catherine et Aldo Romano n’avait encore jamais enregistré de disque. “La Belle vie” (Sunset Records) répare cette lacune. Il est en vente depuis le 1er février et pour en saluer la sortie, nos trois musiciens donnent un concert au New Morning le 22, un « Sunset hors les murs » qui les verront interpréter le répertoire de l’album, leurs propres compositions. Hommage à Maurice Cullaz, La Belle vie pour Maurice d’Emmanuel Bex précédemment enregistré par ce dernier avec le BFG trio (Bex, Ferris, Goubert), donne son titre à ce premier album.

-Marc Benham semble connaître et apprécier toutes les périodes de l’histoire du jazz qu’il rassemble dans un piano espiègle. En partie acquise lors de ses études classiques, sa grande technique lui permet d’aborder tous les styles. Le stride, le dixieland, le swing, le bop n’ont pas de secrets pour lui. Il joue James P. Johnson, Fats Waller auquel il a consacré un disque en 2016 (“Fats Food” chez Frémeaux & Associés), mais aussi Keith Jarrett, Chick Corea, la musique de Super Mario, un jeu vidéo, et s’amuse à décortiquer non sans humour des standards.

 

“Gonam City” (NeuKlang), son disque le plus récent , Marc Benham l’a enregistré sur un piano de 102 notes avec Quentin Ghomari, le trompettiste de Papanosh. Des thèmes de Bud Powell, Sidney Bechet, Charles Mingus et des compositions originales en constituent le répertoire, point d’ancrage d’une musique poétique et originale au sein de laquelle tradition et modernité se rejoignent et se fondent. Les deux hommes sont au Sunset le 22 mars et leur disque, qui ne ressemble à aucun autre, donne bigrement envie d’aller les écouter.

-Rencontre improbable et étonnamment réussie du reggae et de la musique électronique, Sly Dunbar (batterie) et Robbie Shakespeare (basse), la plus célèbre section rythmique de l’histoire du reggae, retrouvent le 28 au New Morning le trompettiste norvégien Nils Petter Molvær et le guitariste Eivind Aarset, un cinquième homme, Vladislav Delay, renforçant la palette sonore de la formation. En attendant le concert, on écoutera la musique hypnotique et planante de “Nordub” (Okeh / Sony Music) leur unique album paru l’an dernier, un voyage sonore au sein duquel le groove jamaïcain réchauffe singulièrement le Nu Jazz norvégien.  

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com  

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

 

Crédits Photos : André Francis © Pierre de Chocqueuse – Marc Copland © Francesco Prandoni – Fred Hersch © Martin Zeman – Champian Fulton © Philippe Marchin – Philippe Soirat Quartet © Jean-Baptiste Millot – Fred Nardin Trio © Philippe Levy-Stab – Makoto Ozone © Kazashito Nakamura – Quentin Ghomari & Marc Benham © Pégazz & L’Hélicon – Nordub © Photos X/D.R.

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 10:45
Quelques « Sunnyside » de la GRANDE Amérique

Distribué en France par Socadisc, fondé en 1982 par François Zalacain, Sunnyside Records compte aujourd’hui plusieurs centaines d’albums à son catalogue. Nombre d’entre eux ont fait l’objet de chroniques dans ce blog, notamment des disques de Kevin Hays, Fred Hersch, Jean-Michel Pilc, Greg Reitan, Guilhem Flouzat (en trio avec le pianiste Sullivan Fortner), Dan Tepfer, Jeremy Udden, Denny Zeitlin et le coffret consacré au pianiste Joe Castro. En attendant la sortie prochaine des nouveaux albums de Nick Sanders et de Russ Lossing, trois disques récents du catalogue ont retenu mon attention. Vous trouverez la chronique du nouveau CD d’Aaron Goldberg dans le numéro de mars de Jazz Magazine qui sort ces jours-ci. Les deux autres, je vous invite présentement à les découvrir.

QUARTETTE OBLIQUE

(Sunnyside / Socadisc)

Dave Liebman aux saxophones (ténor et soprano), Marc Copland au piano, Drew Gress à la contrebasse et Michael Stephans à la batterie, soit le Quartette Oblique, quatre amis réunis sous l’égide du batteur qui a rédigé les notes de pochette de l’album, un opus enregistré live au Deer Head Inn (Delaware), le 3 juin 2017. Une majorité de standards dont trois thèmes de Miles Davis y sont interprétés. All Blues et So What, les plus longues plages du disque, les plus fiévreuses, sont pain béni pour Dave Liebman. Au soprano dans All Blues, au ténor dans So What, il souffle des phrases brûlantes, de longues plaintes véhémentes qui peuvent blesser certaines oreilles. Le saxophoniste tord aussi le cou à ses notes dans Nardis, les fait hurler. Au sein de Quest, un autre pianiste, Richie Beirach, éteignait l’incendie. Marc Copland fait de même, refroidit quelque peu la musique lorsqu’elle devient incandescente. En utilisant le vocabulaire du bop (dans All Blues notamment, morceau qui voit les musiciens s’écarter habilement du thème), mais en jouant aussi un piano cristallin aux notes tintinnabulantes. Une splendide version de In a Sentimental Mood dans laquelle chante le soprano, Vertigo, un thème de John Abercrombie qu’il enrichit d’une improvisation onirique, et Vesper, une valse flottante composée par Drew Gress, témoignent de la singularité de son art pianistique, un jeu volontairement brumeux, des accords qui étonnent et respirent. L’utilisation judicieuse des pédales de l’instrument lui permet de nuancer constamment son phrasé legato, de modifier la couleur de ses notes, d’allonger ou de diminuer leur résonance. Dans ces ballades, le saxophoniste tempère son ardeur. Ses instruments se font miel. Vesper lui donne l’occasion de solliciter les graves de son ténor. Adoptant un jeu mélodique, Dave Liebman souffle ses notes avec douceur et révèle son lyrisme.

Steve KUHN Trio

“To And From The Heart”

(Sunnyside / Socadisc)

Après “Wisteria” (ECM en 2011) et “At This Time…” (Sunnyside en 2016), ce disque est le troisième que Steve Kuhn, Steve Swallow et Joey Baron enregistrent ensemble. C’est aussi le plus réussi, les trois hommes parvenant ici à fusionner leurs instruments, à rendre leur musique étonnamment fraîche et mélodique. Batteur toujours à l’écoute de ses partenaires, Joey Baron adapte sa frappe au volume de la musique, pratique un jeu aussi fin que fluide dans les ballades, plus musclé lorsque la matière sonore nécessite de l’épaisseur. Toujours à la basse électrique, Steve Swallow reprend deux de ses thèmes dont Thinking of Loud qui introduit le disque. Sa belle mélodie est l’un des fleurons de “Real Book” (XtraWatt), un opus de 1993 qui réunit autour du bassiste Tom Harrell, Joe Lovano, Mulgrew Miller et Jack DeJohnette. Après avoir laissé Kuhn l’introduire au piano, il prend un premier solo. L’instrument ronronne, assure une judicieuse « walking bass », mais développe aussi le thème et chante comme un instrument mélodique. Swallow s’impose ici comme un soliste, prend des chorus sur de nombreux morceaux, le pianiste devenant alors accompagnateur de son bassiste. Si Kuhn connaît parfaitement les grilles du bop, c’est ici Bill Evans et non Bud Powell qui lui sert de modèle. Ballades qui nous sont familières (Never Let Me Go), incursions sur tempo médium au sein de mélodies parfois inattendues (Into the New World de la pianiste japonaise Michika Fukumori), la musique s’approche ici avec délicatesse, se joue avec le cœur. Réunies en un seul morceau, Trance et Oceans in the Sky, deux célèbres compositions de Kuhn, lui donnent l’occasion de jouer un piano plus modal, plus orchestral. Les belles notes ruissèlent sous les doigts du pianiste qui en fait chanter les thèmes et les rend inoubliables.

 

Quartette Oblique © Photo X/D.R.

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 09:26
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Prix Django Reinhardt en 1982, Michel Petrucciani aurait sûrement été très heureux d’assister à cette soirée hommage organisée par l’Académie du Jazz à La Seine Musicale le 9 février, vingt ans après sa disparition, d’entendre ses compositions jouées par ses amis musiciens et d'autres, non moins enthousiastes, rassemblés par François Lacharme qui avait choisi l'instrumentation, le répertoire et réparti les rôles . Joe Lovano et Géraldine Laurent (saxophones ténor et alto), Flavio Boltro et Lucienne Renaudin Vary trompettes) s'étaient vus confier les instruments à vent. Jacky Terrasson, Franck Avitabile et Laurent Coulondre, ce dernier jouant aussi de l’orgue, se relayaient au piano au cours de la soirée. Le guitariste en était Philippe Petrucciani, le frère de Michel. Géraud Portal à la contrebasse et Lenny White assuraient la section rythmique, sans oublier Aldo Romano, le compagnon des premiers disques de Michel, venu improviser un duo avec Lovano. Onze musiciens qui multiplièrent les combinaisons instrumentales, solo, duo trio, quartette, quintette, le rappel, Little Peace in C for U, que Michel Petrucciani enregistra avec Stéphane Grappelli, rassemblant neuf d’entre eux.

Après quelques mots émouvants d’Alexandre Petrucciani sur son père, Franck Avitabile au piano nous régala en solo d’un medley autour de J’aurais tellement voulu, une composition de Frédéric Botton que Michel reprend dans le film de Claude Berri “Une femme de ménage” et que Franck interprète aussi au générique. En duo avec Géraldine Laurent à l’alto, Franck reprit I Hear a Rhapsody, un standard que Michel et Lee Konitz interprètent dans “Toot Sweet” (OWL), un disque que produisit Jean-Jacques Pussiau. Présent à cette soirée, il fut salué par François Lacharme, car sans lui, certains des plus beaux disques de Michel n’auraient jamais été enregistrés. En duo avec Laurent Coulondre à l’orgue Hammond, Franck Avitabile nous offrit aussi une version de Rachid, un thème inclus dans “Conférence de Presse Vol.2” (Dreyfus), l’un des deux albums que Michel réalisa avec Eddy Louiss.

C’est en 1989, toujours sous les auspices de Jean-Jacques Pussiau, que Joe Lovano et Aldo Romano enregistrèrent “Ten Tales” pour OWL records. Ils avaient participé au Transatlantik Quartet d’Henri Texier et jouer à nouveau ensemble ne leur posait aucun problème. Pour célébrer Michel et leurs retrouvailles, ils improvisèrent un morceau, tambours et cymbales ponctuant et colorant très librement le chant du saxophone ténor. De son livre, “Ne joue pas fort, joue loin” (Éditions des Équateurs), des « fragments de jazz » publiés en 2015, le batteur entreprit la lecture d'un passage relatant sa rencontre avec Michel en 1980, la découverte de son piano à Saint-Martin-de-Castillon, le début d’une longue amitié.

Malgré sa participation à quelques enregistrements de Charles Lloyd dont il relança la carrière, Michel Petrucciani a peu joué dans les disques d’autres jazzmen. Exception notable, il est le pianiste de “From the Soul” que Joe Lovano enregistra en quartette en 1991 avec Dave Holland et Ed Blackwell. L’album contient Lines & Spaces, un morceau de Joe qui fut interprété en quartette, Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White entourant le saxophoniste. Ce dernier accompagna aussi la jeune trompettiste Lucienne Renaudin Vary, révélation de cette soirée, dans Hommage à Enelram Atsenig un extrait du premier album de Michel pour OWL.

Joe Lovano excelle dans les ballades. Ses phrases mélodiques aérées, son lyrisme, sa sonorité pleine et profonde donnent beaucoup de chaleur à la musique. Une magnifique version de Body and Soul en duo avec Jacky Terrasson confirma cette évidence. En grande forme, jouant un piano très physique dont les fermes accords n’oublient pas d’être mélodiques, ce dernier brilla en solo dans Michel et Michel, un medley au sein duquel il improvisa autour de You Must Believe in Spring de Michel Legrand, les musiques des deux Michel fusionnant harmonieusement.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Au programme également, deux extraits de “Music” (Blue Note), le plus réussi des albums « électriques » de Michel Petrucciani : Play Me, une pièce funky jouée en quartette avec Philippe Petrucciani à la guitare, et le célèbre Looking Up, en trio avec Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White, l’un des grands moments de ce concert.  Lenny White est l'un des batteurs de “Music” et il a enregistré ces deux morceaux avec Michel. Il est également le producteur de “The Manhattan Project” (Blue Note), un album de 1989 qui, sous sa houlette, rassemble Wayne Shorter, Michel Petruccciani, Stanley Clarke, Gil Goldstein et Pet Levin, Old Wine New Bottles, la première plage du disque, une de ses compositions, trouvant ici sa raison d’être.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

                                       NOUBA AU NUBIA

 

L’ « after », la fête après le concert, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Avec par ordre d'entrée en scène (lorsque les personnes ont été identifiées) :

Jacky Terrasson & Aldo Romano - André Villéger (discutant avec Jacqueline & Francis Capeau) - Aniurka, Xavier Felgeyrolles & Philippe Etheldrède - François Lacharme, Flavio Boltro & Joe Lovano - Claude Tissendier & Jean-Michel Proust - Françoise Philippe, Gérard Collet, Géraldine Laurent & Claude Carrière - Henri Texier - Hervé Sellin - Daniel Humair & Joe Lovano - Sylvie Durand & Véronique Coquempot - Jacky Terrasson & François Lacharme - Jean-Jacques Pussiau, Marielle Schipper & Franck Avitabile - Glenn Ferris & Anouk Allibaud-Ferris - Joe Lovano - Lucienne Renaudin Vary - Gilles Coquempot - Rachid Boutihane-Petrucciani, Philippe Petrucciani & François Lacharme - Aldo Romano & Franck Avitabile - Françoise Philippe & Jacques Pauper - Pierre de Chocqueuse, Pierre Christophe, Jean-Louis Lemarchand, Lionel Eskenazi & Baptiste Herbin - Marie-Laure Roperch, Rachid Boutihane-Petrucciani et une amie - Samuel Blaser & François Lacharme - Agnès Thomas, Anne Chepeau & Christophe Deghelt -Bénédicte de Chocqueuse, Véronique Coquempot, Philippe Gaillot & Aniurka - Franck Avitabile, Daniel Humair, Bruno Pfeiffer & Joe Lovano - Marc Sénéchal & Christine Badier - Simon Barreau & Marie-Claude Nouy - Alexandre Petrucciani, Geneviève Pereygne & Joe Lovano - Jacky Terrasson & Hervé Sellin - Laurent Coulondre - Mr. Bernardino Regazzoni & François Lacharme - Pierre de Chocqueuse, Claude Tissendier, Jean-Michel Proust & Michel Stochitch - Marie-Laure Roperch & Rachid Boutihane-Petrucciani - Michel Stochitch, Jean-Louis Lemarchand, Marc Benham, Samuel Blaser et (au premier plan) Gilles Coquempot & Luce-Anne Girard de La Seine Musicale. 

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Photos © Antoine Piéchaud & Pierre de Chocqueuse

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 09:10
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Rendez-vous médiatique et jazzistique incontournable que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des prix de l'Académie du Jazz* s’est tenue pour la première fois le 9 février dans l’auditorium de La Seine Musicale. Une cérémonie ouverte au public, l’Académie ayant choisi de la coupler à un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani, décédé il y a vingt ans le 6 janvier 1999. Le palmarès 2018 vous a été dévoilé lors de cette soirée. Les médias en ont fait largement écho et il est visible sur le site de l’Académie depuis plusieurs jours. Vous le trouverez également bien complet à la fin de cet article privilégiant le visuel. Attardez-vous sur les photos de mon carrousel jazzistique, sur ces instantanés pris la veille pendant les répétitions et en coulisses avant et pendant le concert. Le compte-rendu de ce dernier sera très prochainement dans le blogdeChoc. Avec des photos de « l’after » qui se déroula au Nubia, le club de jazz de Richard Bona, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Vous y reconnaitrez sans doute des visages familiers, le vôtre peut-être. Le petit monde du jazz s'y montre dans sa diversité.   

 

*Le collège électoral qui le décerne comprend une soixantaine d’académiciens, des journalistes essentiellement. Les membres des sociétés civiles et les gens du « métier » (producteurs, attaché(e)s de presse, éditeurs, agents artistiques) n’y sont pas admis, disques et musiciens étant ainsi récompensés en toute indépendance.

C’est dans un auditorium presque plein – quelques invités institutionnels avaient oublié de venir, laissant ainsi des places vides – que François Lacharme, incarnation de l'éclatante vitalité de l'Académie, prit la parole pour remercier La Seine Musicale, saluer le public, les personnalités et les musiciens présents.

 

Décerné à Youssef Daoudi pour “Monk !”, un épais roman graphique publié par Les Éditions Martin de Halleux, le Prix du livre de Jazz fut remis en mains propres à son auteur, grand amateur de jazz et du génial pianiste dont certains épisodes de la vie nous sont ici contés. Bénéficiant de savants cadrages, d’une mise en page subtile et aérée, les dessins de Daoudi font entendre comme par magie la musique de Thelonious Monk et de ses amis boppers, ses compagnons de route. En quelques traits de plume, Monk reprend vie devant nos yeux et fait chanter son inimitable piano. Ce bouquin en trois couleurs est une vraie réussite.

On est content pour Fabien Mary, souvent finaliste du Prix Django Reinhardt, mais heureux récipiendaire en 2018 du Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” un opus en octet du label participatif Jazz&People. Huit nouvelles compositions inspirées par les pérégrinations new-yorkaises du trompettiste qui les imagina puis les arrangea après une mauvaise chute. Un disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui pourrait être américain. Avec Hugo Lippi (guitare), Sylvain Romano (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie), Fabien Mary interpréta La Mesha, une ballade célèbre de Kenny Dorham.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Le Prix du Musicien Européen échut au tromboniste Samuel Blaser. C’est la seconde année consécutive que la Suisse est à l’honneur avec ce prix, la chanteuse Susanne Abbuehl l’ayant obtenu l’an dernier. Un prix remis par Son Excellence Monsieur Bernardino Regazzoni, ambassadeur de Suisse en France (et prochainement en Chine). Installé à Berlin, Samuel Blaser est l’auteur d’un corpus d’œuvres au sein desquelles les noms d’Oliver Lake, de Wallace Roney, Paul Motian, Russ Lossing, Thomas Morgan, Drew Gress, Gerald Cleaver sont familiers aux amateurs de jazz. Sans mollir, il nous offrit en solo une version pour le moins singulière de Creole Love Call, le thème de Duke Ellington donnant lieu à une sorte conversation entre deux personnages, le trombone, parfois avec sourdine, assurant les deux voix, glissandos et effets de growl nourrissant une improvisation audacieuse.

L’attribution du Prix de la Meilleure Réédition à “The Savory Collection 1935-1940”, un coffret Mosaïc d'enregistrements radiophoniques de Bill Savory consacrés à Lionel Hampton, Count Basie, Coleman Hawkins, Herschel Evans et Lester Young fut une surprise. On attendait “Both Directions at Once, The Lost Album” de John Coltrane ou “Long Ago and Far Away” de Charlie Haden et Brad Mehldau sur la plus haute marche du podium – ce prix récompense également des inédits. La commission préféra saluer le travail de Michael Cuscuna, maître d’œuvre de cette réédition Mosaïc.

Je partage avec d’autres l’idée que 2018 n’a pas été une grande année pour le Jazz Vocal. En absence de grands enregistrements et bien que “Melodic Canvas” soit le meilleur disque de la chanteuse Robin McKelle, le chanteur Kurt Elling, déjà récompensé par l’Académie en 1997 pour son album “The Messenger” (Blue Note), obtint le prix pour “The Question”, un disque du label Okeh. En son absence, c’est un autre finaliste, Allan Harris, un artiste « indéfectiblement lié à la scène new-yorkaise » qui fit acte de présence. Avec Laurent Coulondre au piano, il interpréta Memphis, un blues, un extrait de son album hommage au chanteur Eddie Jefferson inventeur des « vocalese ».

 

On regretta l'indisponibilité du pianiste Kenny Barron récipiendaire du Grand Prix de l’Académie pour son album “Concentric Circles” sur Blue Note. Un prix saluant la carrière exemplaire d’un musicien qui, outre des disques très réussis sous son nom, fut le dernier accompagnateur de Stan Getz et l’un des co-leaders de Sphere, l’un des groupes phares des années 80. François Lacharme en profita pour saluer Jean-Philippe Allard, qui produisit les derniers enregistrements de Getz avec le pianiste – le coffret “People Time” sur Verve, récompensé par l’Académie du Jazz en 2009 –, et quelques grands albums de Barron sur Impulse !

Confié à une commission, le Prix du Jazz Classique, fut attribué au groupe Les Rois du Fox-Trot pour leur “Hommage à Duke Ellington” (Ahead) devant “Beat” (Stunt Records), un album éblouissant du batteur danois Snorre Kirk, également finaliste du Grand Prix de l’Académie. En duo avec Sylvain Romano à la contrebasse, le saxophoniste Nicolas Montier, l’un de nos rois couronnés du fox-trot, nous offrit une version lyrique de Gone With the Wind, un standard de 1937 qu'il qualifia avec humour de « morceau normalement très joli ».

Pour remettre le prix phare de cette soirée, le très convoité Prix Django Reinhardt doté de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas, premier sponsor de l’Académie, François Lacharme appela sur scène Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la Fondation. Le prix fut attribué au saxophoniste Baptiste Herbin, 31 ans, un musicien originaire de Chartres, un habitué des jam-sessions parisiennes dont le premier disque “Brother Stoon” (Just Looking Productions) date de 2012. Baptiste est souvent au Brésil dont il adore les musiques. Il compte y enregistrer son prochain album en juin. À l’occasion de la remise de son prix, accompagné par le pianiste brésilien Leonardo Montana, Sylvain Romano à la contrebasse et Aldo Romano à la batterie, il interpréta Elsa M, une composition d’Aldo traité à la manière d’un choro brésilien.

 

Viendra-t-il ? C’est la question que se posaient les membres du Bureau de l’Académie du Jazz quelques jours avant cette remise de prix à propos de Martial Solal, Prix Django Reinhardt en 1955 et Président d’honneur de l’Académie. L’illustre pianiste qui avait donné un éblouissant concert en solo Salle Gaveau quelques jours plus tôt, un exercice pour le moins fatigant au regard de ses 91 ans, déclara forfait. Dommage, car lors de sa dernière assemblée générale, l’Académie avait décidé de l’honorer en lui offrant un trophée pour l’ensemble de son œuvre. Martial ayant beaucoup d’humour, le Prix du Jeune Talent s’imposait.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

 

LE PALMARÈS 2018

 

 

 

 

Prix Django Reinhardt :

BAPTISTE HERBIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

KENNY BARRON QUINTET « Concentric Circles »

(Blue Note / Universal)

Prix du Disque Français :

FABIEN MARY « Left Arm Blues (And Other New York Stories) »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Musicien Européen :

SAMUEL BLASER

Prix de la Meilleure Réédition :

THE SAVORY COLLECTION 1935-1940

(Mosaïc Records)

Prix du Jazz Classique :

LES ROIS DU FOX-TROT « Hommage à Duke Ellington »

(Ahead / Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

KURT ELLING « The Question »

(Okeh / Sony Music)

Prix Soul :

THEO LAWRENCE & THE HEARTS « Homemade Lemonade »

(BMG / Warner)

Prix Blues :

WALTER “WOLFMAN WASHINGTON « My Future Is My Past »

(Anti- / Pias)

Prix du Livre de Jazz :

YOUSSEF DAOUDI « Monk ! »

(Les Éditions Martin de Halleux)

Prix Spécial de l’Académie du Jazz :

MARTIAL SOLAL, pour l’ensemble de son œuvre

  

            ...............BEFORE & BACKSTAGE.............

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
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Photos © Antoine Piéchaud, sauf Allan Harris, François Lacharme & les lauréats de l'Académie © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, sauf :

Aldo Romano & Joe Lovano / Alexandre Petrucciani & Franck Avitabile / Pierre de Chocqueuse & Aldo Romano,  © Francis Capeau

Laurent Coulondre & Allan Harris / François Lacharme avec brosse à dents / Flavio Boltro / Alexandre Petrucciani & François Lacharme / photo de groupe (Aldo Romano, Leonardo Montana, Alexandre Petrucciani...) / Joe Lovano & François Lacharme / Franck Avitabile au piano / Philippe Petrucciani / Aldo Romano lecteur © Antoine Piéchaud

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 09:02
Michel, tout simplement

À la tête du Studio Recall dont il est aussi l’ingénieur du son, Philippe Gaillot, un bon ami, m’en parla le premier. Se rendant à un concert de jazz à Montpellier dans les années 70 – un trio inconnu occupait la scène –, il avait été frappé par l’énergie et la maturité du pianiste, un petit bonhomme haut comme trois pommes qui, doté de mains immenses, ne jouait pas comme les autres. Plusieurs années s’écoulèrent avant que je ne fasse sa connaissance en 1981. Après un premier disque pour EPM, un label confidentiel, Michel Petrucciani venait d’enregistrer en trio le premier des six albums que Jean-Jacques Pussiau allait bientôt produire pour OWL, son label. Certains d’entre eux comptent parmi les plus belles réussites de Michel.  

 

Chef de publicité du mensuel Jazz Hot, je m’étais lié d’amitié avec Jean-Jacques et me rendais fréquemment à son bureau, rue Liancourt, bureau qu’il partageait avec Geneviève Peyregne. J’y croisais des musiciens, Aldo Romano et Eric Watson, le plus souvent, Ran Blake lorsqu’il se rendait à Paris. Quand cela lui était possible, Jean-Jacques me faisait écouter le test pressing du prochain disque qu’il allait sortir et attendait mes commentaires. La vingt-cinquième référence de son catalogue, le OWL 025, était celui de Michel dont le visage poupin, photographié par Gilles Ehrmann et mis en valeur par la maquette de Bernard Amiard, intriguait. Quant à la musique, elle fut pour moi un véritable choc. Entre force et délicatesse, vélocité et romantisme, ce piano ne pouvait que me plaire.

 

Rue Liancourt, Jean-Jacques me fit donc entendre la plupart des disques de Michel, mais jamais en sa présence. “Toot Sweet”, son duo avec Lee Konitz, fut une source d’émerveillement ainsi que “Oracle’s Destiny”, son opus en solo que je préfère. Jean-Jacques m’avait bien sûr présenté Michel et avant qu’il ne s’installe en Californie, à Big Sur, il nous arrivait parfois de déjeuner ensemble. Aldo qui le portait lors de ses déplacements était souvent là lui-aussi ainsi que Geneviève qui s’occupait de ses concerts. J’ai oublié la plupart de nos conversations pleines de musique, mais je garde en mémoire le timbre de sa voix juvénile. Michel avait son franc parler, était direct dans ses propos. Il avait ses têtes et n’était pas toujours commode. Les journalistes incompétents en prenaient pour leur grade.

 

Ces deux photos prises par Jean-Marc Birraux lors d’un Grand Échiquier sont un peu plus tardives. Elles datent d’octobre 1985. Michel avait signé avec le légendaire label Blue Note et sa notoriété de pianiste s’était répandue partout. Sur la première, Jacques Chancel et Jean-Jacques Pussiau à gauche, Eugenia Morrison, son amie du moment (un morceau de “Note’n Notes” s’intitule Eugenia), Geneviève Peyregne et BHL à droite n’ont d’yeux que pour lui. Je l’ai peu fréquenté à cette époque. Michel voyageait, passait beaucoup de temps en Amérique. Le vaste monde serait bientôt son terrain de jeu.

 

C’est en me rendant au festival de jazz de Montréal, en juillet 1989, que l’occasion de le revoir se présenta. Michel venait de sortir “Music”, un disque plus commercial dans lequel il intègre des instruments électriques dans sa musique. Je pris le temps de le saluer après son concert, lui confiant que son album me plaisait. Comment ne pas aimer Looking Up, le morceau plein de fraîcheur par lequel il débute ? La même année, en septembre, Michel se produisit près de Rouen au festival de Blainville-Crevon. Jérôme Bénet, son maître d’œuvre, me demanda de présenter le concert. Je ne me souviens pas de la musique, mais garde en mémoire cette journée, celle de ma rencontre avec Bénédicte que j’allais épouser quelques mois plus tard. D’autres concerts de Michel nous réunirent dont celui, remarquable, qu’il donna en solo au Théâtre des Champs-Elysées en 1994. Il avait alors signé avec Francis Dreyfus, un homme d’affaires habile qui ne lui fera pas faire que de bons disques, mais le fit connaître auprès d’un vaste public ignorant tout du jazz. Michel s’éteindra célèbre à New York le 6 janvier 1999 à l’âge de trente-sept ans. 

 

Le 9 février, dans le cadre de sa traditionnelle remise de prix, l’Académie du Jazz lui rendra hommage à La Seine Musicale. Ses amis, mais aussi des musiciens qui jouèrent et enregistrèrent avec lui, tous témoins de ces années déjà lointaines au cours desquelles Michel était encore avec nous, s’y sont donnés rendez-vous. Vous en saurez davantage en parcourant la notice de mes « concerts qui interpellent » consacrée à un  événement qui, pour moi, réveille bien des souvenirs. Michel, ce drôle de petit homme qui faisait de si grands disques et jouait un si beau piano, méritait bien cet édito un peu long. 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Hailey Tuck au New Morning le 7 février. Enregistré à Los Angeles et produit par Larry Klein (Melody Gardot, Madeleine Peyroux), “Junk” (Silvertone / Sony Music), l'album que la chanteuse a publié l'an dernier, contient des chansons de Leonard Cohen, Ray Davis, Joni Mitchell, Paul McCartney, Last in Line, sa seule composition, s’intégrant parfaitement au répertoire d'un disque mêlant habilement le jazz et le folk. Née à Austin et installée à Paris, Hailey Tuck possède un grain de voix particulier. On pense à Madeleine Peyroux, mais aussi à Blossom Dearie à l'écoute de sa belle version de Some Other Time.

-Pierrick Pédron (saxophone alto) et le pianiste japonais Yutaka Shiina au Duc des Lombards le 7 et le 8 (deux concerts, 19h30 et 21h30). Sous la houlette de ce dernier, est né à Tokyo en mai 2018 le Yutaka Shiina Tokyo-Paris-Rome-New York Connection. Outre Pierrick, il comprend un autre poids lourd du saxophone, le ténor italien Max Ionata, Thomas Bramerie à la contrebasse et Junji Hirose à la batterie constituant la section rythmique de la formation. Né en 1964, pianiste du quartette de Roy Hargrove en 1990, Yutaka Shiina a enregistré plusieurs albums en trio sous son nom pour BMG. “United” (1998) réunit Christian McBride à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) réunissant neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D installé dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. L’un des ingénieurs du son du studio de Meudon y posa ses micros, enregistrant nos musiciens qui n’eurent chacun qu’une seule journée pour jouer la musique de leur choix. Deux soirées leur sont réservées au Sunside pour fêter en public la sortie de ces neuf disques. Le 8, Vincent Bourgeyx, Pierre De Bethmann, Pierre Christophe et Laurent Coq se relaieront au piano. Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin et Manuel Rocheman prendront la relève le 9. En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Le 9, l’Académie du Jazz remettra ses prix pour l’année 2018 dans l’auditorium de La Seine Musicale. Cette soirée qui débutera à 20h00 sera aussi un concert-hommage au pianiste Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans en janvier 1999. Je vous en ai communiqué le programme début décembre, vous annonçant que Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White participeront à l'évènement. Les lauréats de l’Académie du jazz qui se produiront en première partie de programme ne vous seront révélés que ce soir-là. Prévoyant, vous avez déjà acheté votre place, car ce concert, d’ores et déjà historique, affiche bien sûr complet.

-Accompagné par les musiciens de son trio – Yoni Zelnick à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie – le pianiste Yonathan Avishai présentera son nouveau disque au studio de l’Ermitage le 20 février. “Joys and Solitudes” dont vous pourrez lire ma chronique dans le nouveau numéro de Jazz Magazine (Choc) est le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM après deux albums pour le label Jazz & People, “The Parade”, un de mes treize Chocs de l’année 2016, révélant aussi un compositeur habile et un brillant orchestrateur. “Joys and Solitudes” est tout aussi enthousiasmant. Membre du quartette du trompettiste Avishai Cohen avec lequel il prépare un album en duo, Yonathan Avishai confirme sa place au sein du peloton de tête des pianistes de jazz.

-Le 25 à 20h30, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie accueille Brad Meldhau et le ténor anglais Ian Bostridge, grand interprète des lieder de Franz Schubert. Appréciant beaucoup la musique allemande et vouant lui aussi un culte à Schubert, le pianiste a consacré l’an dernier un disque à Bach et joue parfois en concert des intermezzi de Brahms. “Dichterliebe” (Les amours du poète), cycle de 16 lieder que Robert Schumann composa en 1840 sur des poèmes de l’écrivain Heinrich Heine, et un cycle de mélodies pour voix et piano composées par Brad Mehldau qui en a choisi tous les textes, seront au programme de ce concert, première date d’une tournée qui passera par Barcelone, Hambourg, Londres, Luxembourg et Berlin.

-Geoffrey Keezer au Duc des Lombards les 26 et 27 (deux concerts par soir, à 19h30 et 21h30). Génial mais imprévisible, le pianiste déconcerte ses admirateurs par l’originalité et la variété de ses projets. Il se passionne pour toutes sortes de musiques et ses disques peu nombreux et mal distribués, témoignent de son éclectisme culturel. Une composition de Duke Ellington peut y rencontrer un prélude de Bach, un des thèmes du film “Le Seigneur des Anneaux”, des musiques d’Hawaii, d’Okinawa, de Java et du Japon, Keezer jouant tout aussi bien du vibraphone, du marimba que du piano. C’est sur ce dernier instrument qu’il a enregistré en 2011 à San Diego “Heart of the Piano” (Motéma)  son plus bel opus en solo. Richie Goods (contrebasse), Jon Wikan (batterie) et la chanteuse Gillian Margot seront avec lui sur la scène du Duc pour interpréter le répertoire éclectique de “On My Way To You” (MarKeez Records), un album de 2018, son plus récent enregistrement.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits Photos : Michel Petrucciani au Grand Échiquier © Jean-Marc Birraux – Hailey Tuck © Rocky Schenck – Pierrick Pédron © Philippe Marchin – Donald Kontomanou, Yoni Zelnik & Jonathan Avishai © Caterina di Perri / ECM – Ian Bostridge © Sim Canetty-Clark – Brad Mehldau © Michael Wilson – Geoffrey Keezer & Gillian Margot © Photo X/D.R.

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:46
THE BARLOYD’S SESSIONS

“At Barloyd’s” (Jazz&People / Pias)

Coffret de 9 CD(s) réunissant 9 pianistes et quelques invités.

 

Le dénominateur commun de ces neuf enregistrements est le piano de concert à partir duquel ils ont été réalisés, un magnifique Steinway D longtemps abandonné à son sort au fond d’un hangar. Accordeur réputé, Bastien Herbin, le frère de Baptiste, le saxophoniste, l’acquit et le restaura patiemment, redonnant vie à l'instrument maltraité. Une fois réglé, ce piano avait besoin d’être joué pour à nouveau chanter, gronder, crier, pleurer faire pleinement battre son cœur remis à neuf.

 

L’instrument fut donc déposé dans le salon de l’appartement que Laurent Courthaliac alias Barloyd habite près de la République. Outre l’assurance que l’occupant des lieux allait beaucoup en jouer, Bastien Herbin savait aussi que d’autres pianistes parisiens allaient être tentés d’y poser leurs doigts, de faire fonctionner ses mécaniques. Partant de là, pourquoi ne pas en profiter pour les enregistrer ? Un studio mobile fut donc installé chez Barloyd par Julien Bassères, l’un des ingénieurs du son du studio de Meudon, chaque pianiste ne disposant que d’une seule journée pour jouer la musique de son choix, seul ou accompagné par un complice, un saxophoniste ou un bassiste dialoguant parfois avec lui. Neuf d’entre eux sont donc aujourd’hui réunis dans cet élégant coffret. Olivier Linden en a réalisé la maquette et Laurent Castanet les photos, des images en couleur de la capitale.

Tous reprennent des standards, des thèmes empruntés à des comédies musicales de Broadway et des compositions de jazzmen devenues fameuses. Thelonious Monk est ici le musicien le plus joué. Cinq de nos neuf pianistes jouent ses morceaux, Ask Me Know faisant l’objet de deux versions. Bien que diversifié, ce matériel thématique atteste leur attachement à un genre musical qui outre une grammaire et un vocabulaire spécifique, possède aussi une longue histoire. Le jazz, Franck Amsallem, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe, Laurent Coq l’ont d’ailleurs étudié et vécu en Amérique. Féru de be-bop, Laurent Courthaliac a été l’élève de Barry Harris et Pierre Christophe celui de Jaki Byard. Alain Jean-Marie, le vétéran de ces pianistes, a accompagné et enregistré avec de grands musiciens américains et le trio de Fred Nardin, le benjamin, comprend le contrebassiste israélien Or Barket et le batteur américain Leon Parker.

 

Plus de la moitié du CD de Laurent Coq et la presque totalité de celui de Pierre De Bethmann sont des compositions originales. La seule reprise de ce dernier, Ambleside est un morceau que John Taylor jouait souvent et qu’il a plusieurs fois enregistré. Tous les autres sont de Pierre. Leur complexité ne les empêche nullement d’être accessibles. Attends et son balancement, son thème étrange et insaisissable, est même très séduisant. S’y ajoutent trois Barloydesque(s), trois courtes improvisations. Pour être savante, la musique de Pierre est moins imprégnée de blues, des racines de la musique afro-américaine. On est plus proche de la musique classique européenne, mais le savoir-faire est évident et la technique considérable. Contrairement aux standards qui apportent des repères, une base mélodique sur laquelle l’auditeur peut s’appuyer, cette musique, fort intrigante au demeurant, demande une écoute attentive.

 

Pierre Christophe n'a pas la même démarche. Il n’est pas ici le compositeur inspiré de “Valparaiso” un disque Black & Blue entièrement consacré à ses compositions, mais l’humble et talentueux serviteur d’un répertoire dont il conserve et transmet la mémoire. Parfois accompagné par Olivier Zanot au saxophone alto, il est le seul pianiste de ce coffret qui délaisse ses œuvres au profil de celles des autres. Avec une seule composition personnelle, Laurent Courthaliac fait de même. Homme de culture, il apprécie les chansons inusables du « Great American Song Book », nombreuses dans un album qu’il partage avec Clovis Nicolas, présent à la contrebasse sur trois plages. Alain Jean-Marie aussi ne joue que des standards. Enfin, presque, car il reprend un morceau de Baptiste Herbin qui joue abondamment du saxophone alto dans son disque. Alain s’est toutefois réservé Lament (J.J. Johnson) et Drop Me Off in Harlem (Duke Ellington), deux thèmes dans lesquels il n’est plus l’accompagnateur dévoué du saxophoniste, mais un maître du piano.

 

Franck Amsallem et Fred Nardin jouent également peu leurs compositions. Franck chante sur Young and Foolish et Young at Heart mais c’est ici le pianiste qui impressionne. Son Bud Will Be Back Shortly, l’un des deux thèmes qu’il a écrit, est d’une rare élégance harmonique. Plus jeune, Fred Nardin a moins d’expérience mais est tout aussi talentueux. Ses reprises, il va les chercher chez des musiciens de jazz reconnus, John Coltrane, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Duke Pearson et plus près de nous Eric Reed. “Opening” (Jazz Family) le premier disque qu’il a publié sous son seul nom, abrite Hope et Travel to, deux morceaux qu’il a écrits. Sa nouvelle version de Hope, en solo, est très réussie. Pour l'accompagner, Fred fait parfois appel à un bassiste, Samuel Hubert.  

 

Vincent Bourgeyx procède pareillement dans l’album qui lui est consacré. Son interlocuteur à la contrebasse est Pierre Boussaguet avec lequel il a enregistré “Hip”, l’un de mes treize Choc de 2012. “Short Trip”, son disque le plus récent pour Fresh Sound New Talent, contient Abbey et When She Sleeps, deux des trois thèmes qu’il a composés et qu’il reprend ici. Associant Kurt Weill et Ira Gershwin, This is New y figure aussi. Sa nouvelle version de When She Sleeps est beaucoup plus développée, plus lyrique que la précédente. Contrairement à ce qu'indique la pochette, Vincent l’interprète en solo.

 

Grand technicien du piano, Manuel Rocheman joue avec autant de bonheur des standards du bop, des classiques de Broadway que ses propres compositions – Promenade et Heart to Heart que contient “MisTeRIO” (Bonsaï), son plus récent album. Depuis sa découverte tardive de Bill Evans, Manuel tempère toutefois sa virtuosité et laisse davantage respirer les belles lignes mélodiques de sa musique. Le disque qu’il lui a consacré en trio en 2010, “The Touch of your Lips” (Naïve), contient d’ailleurs La valse des chipirons. Autre reprises, You Must Believe in Spring de Michel Legrand qui donne son titre à un album posthume de Bill Evans et B Minor Waltz, une des célèbres compositions de ce dernier.

 

Ils seront tous au Sunside en février, Pierre De Bethmann, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe et Laurent Coq le 8, Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin, et Manuel Rocheman le 9. Maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent aux deux concerts. 

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