Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 09:10
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Rendez-vous médiatique et jazzistique incontournable que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des prix de l'Académie du Jazz* s’est tenue pour la première fois le 9 février dans l’auditorium de La Seine Musicale. Une cérémonie ouverte au public, l’Académie ayant choisi de la coupler à un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani, décédé il y a vingt ans le 6 janvier 1999. Le palmarès 2018 vous a été dévoilé lors de cette soirée. Les médias en ont fait largement écho et il est visible sur le site de l’Académie depuis plusieurs jours. Vous le trouverez également bien complet à la fin de cet article privilégiant le visuel. Attardez-vous sur les photos de mon carrousel jazzistique, sur ces instantanés pris la veille pendant les répétitions et en coulisses avant et pendant le concert. Le compte-rendu de ce dernier sera très prochainement dans le blogdeChoc. Avec des photos de « l’after » qui se déroula au Nubia, le club de jazz de Richard Bona, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Vous y reconnaitrez sans doute des visages familiers, le vôtre peut-être. Le petit monde du jazz s'y montre dans sa diversité.   

 

*Le collège électoral qui le décerne comprend une soixantaine d’académiciens, des journalistes essentiellement. Les membres des sociétés civiles et les gens du « métier » (producteurs, attaché(e)s de presse, éditeurs, agents artistiques) n’y sont pas admis, disques et musiciens étant ainsi récompensés en toute indépendance.

C’est dans un auditorium presque plein – quelques invités institutionnels avaient oublié de venir, laissant ainsi des places vides – que François Lacharme, incarnation de l'éclatante vitalité de l'Académie, prit la parole pour remercier La Seine Musicale, saluer le public, les personnalités et les musiciens présents.

 

Décerné à Youssef Daoudi pour “Monk !”, un épais roman graphique publié par Les Éditions Martin de Halleux, le Prix du livre de Jazz fut remis en mains propres à son auteur, grand amateur de jazz et du génial pianiste dont certains épisodes de la vie nous sont ici contés. Bénéficiant de savants cadrages, d’une mise en page subtile et aérée, les dessins de Daoudi font entendre comme par magie la musique de Thelonious Monk et de ses amis boppers, ses compagnons de route. En quelques traits de plume, Monk reprend vie devant nos yeux et fait chanter son inimitable piano. Ce bouquin en trois couleurs est une vraie réussite.

On est content pour Fabien Mary, souvent finaliste du Prix Django Reinhardt, mais heureux récipiendaire en 2018 du Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” un opus en octet du label participatif Jazz&People. Huit nouvelles compositions inspirées par les pérégrinations new-yorkaises du trompettiste qui les imagina puis les arrangea après une mauvaise chute. Un disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui pourrait être américain. Avec Hugo Lippi (guitare), Sylvain Romano (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie), Fabien Mary interpréta La Mesha, une ballade célèbre de Kenny Dorham.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Le Prix du Musicien Européen échut au tromboniste Samuel Blaser. C’est la seconde année consécutive que la Suisse est à l’honneur avec ce prix, la chanteuse Susanne Abbuehl l’ayant obtenu l’an dernier. Un prix remis par Son Excellence Monsieur Bernardino Regazzoni, ambassadeur de Suisse en France (et prochainement en Chine). Installé à Berlin, Samuel Blaser est l’auteur d’un corpus d’œuvres au sein desquelles les noms d’Oliver Lake, de Wallace Roney, Paul Motian, Russ Lossing, Thomas Morgan, Drew Gress, Gerald Cleaver sont familiers aux amateurs de jazz. Sans mollir, il nous offrit en solo une version pour le moins singulière de Creole Love Call, le thème de Duke Ellington donnant lieu à une sorte conversation entre deux personnages, le trombone, parfois avec sourdine, assurant les deux voix, glissandos et effets de growl nourrissant une improvisation audacieuse.

L’attribution du Prix de la Meilleure Réédition à “The Savory Collection 1935-1940”, un coffret Mosaïc d'enregistrements radiophoniques de Bill Savory consacrés à Lionel Hampton, Count Basie, Coleman Hawkins, Herschel Evans et Lester Young fut une surprise. On attendait “Both Directions at Once, The Lost Album” de John Coltrane ou “Long Ago and Far Away” de Charlie Haden et Brad Mehldau sur la plus haute marche du podium – ce prix récompense également des inédits. La commission préféra saluer le travail de Michael Cuscuna, maître d’œuvre de cette réédition Mosaïc.

Je partage avec d’autres l’idée que 2018 n’a pas été une grande année pour le Jazz Vocal. En absence de grands enregistrements et bien que “Melodic Canvas” soit le meilleur disque de la chanteuse Robin McKelle, le chanteur Kurt Elling, déjà récompensé par l’Académie en 1997 pour son album “The Messenger” (Blue Note), obtint le prix pour “The Question”, un disque du label Okeh. En son absence, c’est un autre finaliste, Allan Harris, un artiste « indéfectiblement lié à la scène new-yorkaise » qui fit acte de présence. Avec Laurent Coulondre au piano, il interpréta Memphis, un blues, un extrait de son album hommage au chanteur Eddie Jefferson inventeur des « vocalese ».

 

On regretta l'indisponibilité du pianiste Kenny Barron récipiendaire du Grand Prix de l’Académie pour son album “Concentric Circles” sur Blue Note. Un prix saluant la carrière exemplaire d’un musicien qui, outre des disques très réussis sous son nom, fut le dernier accompagnateur de Stan Getz et l’un des co-leaders de Sphere, l’un des groupes phares des années 80. François Lacharme en profita pour saluer Jean-Philippe Allard, qui produisit les derniers enregistrements de Getz avec le pianiste – le coffret “People Time” sur Verve, récompensé par l’Académie du Jazz en 2009 –, et quelques grands albums de Barron sur Impulse !

Confié à une commission, le Prix du Jazz Classique, fut attribué au groupe Les Rois du Fox-Trot pour leur “Hommage à Duke Ellington” (Ahead) devant “Beat” (Stunt Records), un album éblouissant du batteur danois Snorre Kirk, également finaliste du Grand Prix de l’Académie. En duo avec Sylvain Romano à la contrebasse, le saxophoniste Nicolas Montier, l’un de nos rois couronnés du fox-trot, nous offrit une version lyrique de Gone With the Wind, un standard de 1937 qu'il qualifia avec humour de « morceau normalement très joli ».

Pour remettre le prix phare de cette soirée, le très convoité Prix Django Reinhardt doté de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas, premier sponsor de l’Académie, François Lacharme appela sur scène Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la Fondation. Le prix fut attribué au saxophoniste Baptiste Herbin, 31 ans, un musicien originaire de Chartres, un habitué des jam-sessions parisiennes dont le premier disque “Brother Stoon” (Just Looking Productions) date de 2012. Baptiste est souvent au Brésil dont il adore les musiques. Il compte y enregistrer son prochain album en juin. À l’occasion de la remise de son prix, accompagné par le pianiste brésilien Leonardo Montana, Sylvain Romano à la contrebasse et Aldo Romano à la batterie, il interpréta Elsa M, une composition d’Aldo traité à la manière d’un choro brésilien.

 

Viendra-t-il ? C’est la question que se posaient les membres du Bureau de l’Académie du Jazz quelques jours avant cette remise de prix à propos de Martial Solal, Prix Django Reinhardt en 1955 et Président d’honneur de l’Académie. L’illustre pianiste qui avait donné un éblouissant concert en solo Salle Gaveau quelques jours plus tôt, un exercice pour le moins fatigant au regard de ses 91 ans, déclara forfait. Dommage, car lors de sa dernière assemblée générale, l’Académie avait décidé de l’honorer en lui offrant un trophée pour l’ensemble de son œuvre. Martial ayant beaucoup d’humour, le Prix du Jeune Talent s’imposait.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

 

LE PALMARÈS 2018

 

 

 

 

Prix Django Reinhardt :

BAPTISTE HERBIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

KENNY BARRON QUINTET « Concentric Circles »

(Blue Note / Universal)

Prix du Disque Français :

FABIEN MARY « Left Arm Blues (And Other New York Stories) »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Musicien Européen :

SAMUEL BLASER

Prix de la Meilleure Réédition :

THE SAVORY COLLECTION 1935-1940

(Mosaïc Records)

Prix du Jazz Classique :

LES ROIS DU FOX-TROT « Hommage à Duke Ellington »

(Ahead / Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

KURT ELLING « The Question »

(Okeh / Sony Music)

Prix Soul :

THEO LAWRENCE & THE HEARTS « Homemade Lemonade »

(BMG / Warner)

Prix Blues :

WALTER “WOLFMAN WASHINGTON « My Future Is My Past »

(Anti- / Pias)

Prix du Livre de Jazz :

YOUSSEF DAOUDI « Monk ! »

(Les Éditions Martin de Halleux)

Prix Spécial de l’Académie du Jazz :

MARTIAL SOLAL, pour l’ensemble de son œuvre

  

            ...............BEFORE & BACKSTAGE.............

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Photos © Antoine Piéchaud, sauf Allan Harris, François Lacharme & les lauréats de l'Académie © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, sauf :

Aldo Romano & Joe Lovano / Alexandre Petrucciani & Franck Avitabile / Pierre de Chocqueuse & Aldo Romano,  © Francis Capeau

Laurent Coulondre & Allan Harris / François Lacharme avec brosse à dents / Flavio Boltro / Alexandre Petrucciani & François Lacharme / photo de groupe (Aldo Romano, Leonardo Montana, Alexandre Petrucciani...) / Joe Lovano & François Lacharme / Franck Avitabile au piano / Philippe Petrucciani / Aldo Romano lecteur © Antoine Piéchaud

Partager cet article

Repost0
5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 09:02
Michel, tout simplement

À la tête du Studio Recall dont il est aussi l’ingénieur du son, Philippe Gaillot, un bon ami, m’en parla le premier. Se rendant à un concert de jazz à Montpellier dans les années 70 – un trio inconnu occupait la scène –, il avait été frappé par l’énergie et la maturité du pianiste, un petit bonhomme haut comme trois pommes qui, doté de mains immenses, ne jouait pas comme les autres. Plusieurs années s’écoulèrent avant que je ne fasse sa connaissance en 1981. Après un premier disque pour EPM, un label confidentiel, Michel Petrucciani venait d’enregistrer en trio le premier des six albums que Jean-Jacques Pussiau allait bientôt produire pour OWL, son label. Certains d’entre eux comptent parmi les plus belles réussites de Michel.  

 

Chef de publicité du mensuel Jazz Hot, je m’étais lié d’amitié avec Jean-Jacques et me rendais fréquemment à son bureau, rue Liancourt, bureau qu’il partageait avec Geneviève Peyregne. J’y croisais des musiciens, Aldo Romano et Eric Watson, le plus souvent, Ran Blake lorsqu’il se rendait à Paris. Quand cela lui était possible, Jean-Jacques me faisait écouter le test pressing du prochain disque qu’il allait sortir et attendait mes commentaires. La vingt-cinquième référence de son catalogue, le OWL 025, était celui de Michel dont le visage poupin, photographié par Gilles Ehrmann et mis en valeur par la maquette de Bernard Amiard, intriguait. Quant à la musique, elle fut pour moi un véritable choc. Entre force et délicatesse, vélocité et romantisme, ce piano ne pouvait que me plaire.

 

Rue Liancourt, Jean-Jacques me fit donc entendre la plupart des disques de Michel, mais jamais en sa présence. “Toot Sweet”, son duo avec Lee Konitz, fut une source d’émerveillement ainsi que “Oracle’s Destiny”, son opus en solo que je préfère. Jean-Jacques m’avait bien sûr présenté Michel et avant qu’il ne s’installe en Californie, à Big Sur, il nous arrivait parfois de déjeuner ensemble. Aldo qui le portait lors de ses déplacements était souvent là lui-aussi ainsi que Geneviève qui s’occupait de ses concerts. J’ai oublié la plupart de nos conversations pleines de musique, mais je garde en mémoire le timbre de sa voix juvénile. Michel avait son franc parler, était direct dans ses propos. Il avait ses têtes et n’était pas toujours commode. Les journalistes incompétents en prenaient pour leur grade.

 

Ces deux photos prises par Jean-Marc Birraux lors d’un Grand Échiquier sont un peu plus tardives. Elles datent d’octobre 1985. Michel avait signé avec le légendaire label Blue Note et sa notoriété de pianiste s’était répandue partout. Sur la première, Jacques Chancel et Jean-Jacques Pussiau à gauche, Eugenia Morrison, son amie du moment (un morceau de “Note’n Notes” s’intitule Eugenia), Geneviève Peyregne et BHL à droite n’ont d’yeux que pour lui. Je l’ai peu fréquenté à cette époque. Michel voyageait, passait beaucoup de temps en Amérique. Le vaste monde serait bientôt son terrain de jeu.

 

C’est en me rendant au festival de jazz de Montréal, en juillet 1989, que l’occasion de le revoir se présenta. Michel venait de sortir “Music”, un disque plus commercial dans lequel il intègre des instruments électriques dans sa musique. Je pris le temps de le saluer après son concert, lui confiant que son album me plaisait. Comment ne pas aimer Looking Up, le morceau plein de fraîcheur par lequel il débute ? La même année, en septembre, Michel se produisit près de Rouen au festival de Blainville-Crevon. Jérôme Bénet, son maître d’œuvre, me demanda de présenter le concert. Je ne me souviens pas de la musique, mais garde en mémoire cette journée, celle de ma rencontre avec Bénédicte que j’allais épouser quelques mois plus tard. D’autres concerts de Michel nous réunirent dont celui, remarquable, qu’il donna en solo au Théâtre des Champs-Elysées en 1994. Il avait alors signé avec Francis Dreyfus, un homme d’affaires habile qui ne lui fera pas faire que de bons disques, mais le fit connaître auprès d’un vaste public ignorant tout du jazz. Michel s’éteindra célèbre à New York le 6 janvier 1999 à l’âge de trente-sept ans. 

 

Le 9 février, dans le cadre de sa traditionnelle remise de prix, l’Académie du Jazz lui rendra hommage à La Seine Musicale. Ses amis, mais aussi des musiciens qui jouèrent et enregistrèrent avec lui, tous témoins de ces années déjà lointaines au cours desquelles Michel était encore avec nous, s’y sont donnés rendez-vous. Vous en saurez davantage en parcourant la notice de mes « concerts qui interpellent » consacrée à un  événement qui, pour moi, réveille bien des souvenirs. Michel, ce drôle de petit homme qui faisait de si grands disques et jouait un si beau piano, méritait bien cet édito un peu long. 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Hailey Tuck au New Morning le 7 février. Enregistré à Los Angeles et produit par Larry Klein (Melody Gardot, Madeleine Peyroux), “Junk” (Silvertone / Sony Music), l'album que la chanteuse a publié l'an dernier, contient des chansons de Leonard Cohen, Ray Davis, Joni Mitchell, Paul McCartney, Last in Line, sa seule composition, s’intégrant parfaitement au répertoire d'un disque mêlant habilement le jazz et le folk. Née à Austin et installée à Paris, Hailey Tuck possède un grain de voix particulier. On pense à Madeleine Peyroux, mais aussi à Blossom Dearie à l'écoute de sa belle version de Some Other Time.

-Pierrick Pédron (saxophone alto) et le pianiste japonais Yutaka Shiina au Duc des Lombards le 7 et le 8 (deux concerts, 19h30 et 21h30). Sous la houlette de ce dernier, est né à Tokyo en mai 2018 le Yutaka Shiina Tokyo-Paris-Rome-New York Connection. Outre Pierrick, il comprend un autre poids lourd du saxophone, le ténor italien Max Ionata, Thomas Bramerie à la contrebasse et Junji Hirose à la batterie constituant la section rythmique de la formation. Né en 1964, pianiste du quartette de Roy Hargrove en 1990, Yutaka Shiina a enregistré plusieurs albums en trio sous son nom pour BMG. “United” (1998) réunit Christian McBride à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) réunissant neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D installé dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. L’un des ingénieurs du son du studio de Meudon y posa ses micros, enregistrant nos musiciens qui n’eurent chacun qu’une seule journée pour jouer la musique de leur choix. Deux soirées leur sont réservées au Sunside pour fêter en public la sortie de ces neuf disques. Le 8, Vincent Bourgeyx, Pierre De Bethmann, Pierre Christophe et Laurent Coq se relaieront au piano. Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin et Manuel Rocheman prendront la relève le 9. En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Le 9, l’Académie du Jazz remettra ses prix pour l’année 2018 dans l’auditorium de La Seine Musicale. Cette soirée qui débutera à 20h00 sera aussi un concert-hommage au pianiste Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans en janvier 1999. Je vous en ai communiqué le programme début décembre, vous annonçant que Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White participeront à l'évènement. Les lauréats de l’Académie du jazz qui se produiront en première partie de programme ne vous seront révélés que ce soir-là. Prévoyant, vous avez déjà acheté votre place, car ce concert, d’ores et déjà historique, affiche bien sûr complet.

-Accompagné par les musiciens de son trio – Yoni Zelnick à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie – le pianiste Yonathan Avishai présentera son nouveau disque au studio de l’Ermitage le 20 février. “Joys and Solitudes” dont vous pourrez lire ma chronique dans le nouveau numéro de Jazz Magazine (Choc) est le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM après deux albums pour le label Jazz & People, “The Parade”, un de mes treize Chocs de l’année 2016, révélant aussi un compositeur habile et un brillant orchestrateur. “Joys and Solitudes” est tout aussi enthousiasmant. Membre du quartette du trompettiste Avishai Cohen avec lequel il prépare un album en duo, Yonathan Avishai confirme sa place au sein du peloton de tête des pianistes de jazz.

-Le 25 à 20h30, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie accueille Brad Meldhau et le ténor anglais Ian Bostridge, grand interprète des lieder de Franz Schubert. Appréciant beaucoup la musique allemande et vouant lui aussi un culte à Schubert, le pianiste a consacré l’an dernier un disque à Bach et joue parfois en concert des intermezzi de Brahms. “Dichterliebe” (Les amours du poète), cycle de 16 lieder que Robert Schumann composa en 1840 sur des poèmes de l’écrivain Heinrich Heine, et un cycle de mélodies pour voix et piano composées par Brad Mehldau qui en a choisi tous les textes, seront au programme de ce concert, première date d’une tournée qui passera par Barcelone, Hambourg, Londres, Luxembourg et Berlin.

-Geoffrey Keezer au Duc des Lombards les 26 et 27 (deux concerts par soir, à 19h30 et 21h30). Génial mais imprévisible, le pianiste déconcerte ses admirateurs par l’originalité et la variété de ses projets. Il se passionne pour toutes sortes de musiques et ses disques peu nombreux et mal distribués, témoignent de son éclectisme culturel. Une composition de Duke Ellington peut y rencontrer un prélude de Bach, un des thèmes du film “Le Seigneur des Anneaux”, des musiques d’Hawaii, d’Okinawa, de Java et du Japon, Keezer jouant tout aussi bien du vibraphone, du marimba que du piano. C’est sur ce dernier instrument qu’il a enregistré en 2011 à San Diego “Heart of the Piano” (Motéma)  son plus bel opus en solo. Richie Goods (contrebasse), Jon Wikan (batterie) et la chanteuse Gillian Margot seront avec lui sur la scène du Duc pour interpréter le répertoire éclectique de “On My Way To You” (MarKeez Records), un album de 2018, son plus récent enregistrement.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits Photos : Michel Petrucciani au Grand Échiquier © Jean-Marc Birraux – Hailey Tuck © Rocky Schenck – Pierrick Pédron © Philippe Marchin – Donald Kontomanou, Yoni Zelnik & Jonathan Avishai © Caterina di Perri / ECM – Ian Bostridge © Sim Canetty-Clark – Brad Mehldau © Michael Wilson – Geoffrey Keezer & Gillian Margot © Photo X/D.R.

Partager cet article

Repost0
24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:46
THE BARLOYD’S SESSIONS

“At Barloyd’s” (Jazz&People / Pias)

Coffret de 9 CD(s) réunissant 9 pianistes et quelques invités.

 

Le dénominateur commun de ces neuf enregistrements est le piano de concert à partir duquel ils ont été réalisés, un magnifique Steinway D longtemps abandonné à son sort au fond d’un hangar. Accordeur réputé, Bastien Herbin, le frère de Baptiste, le saxophoniste, l’acquit et le restaura patiemment, redonnant vie à l'instrument maltraité. Une fois réglé, ce piano avait besoin d’être joué pour à nouveau chanter, gronder, crier, pleurer faire pleinement battre son cœur remis à neuf.

 

L’instrument fut donc déposé dans le salon de l’appartement que Laurent Courthaliac alias Barloyd habite près de la République. Outre l’assurance que l’occupant des lieux allait beaucoup en jouer, Bastien Herbin savait aussi que d’autres pianistes parisiens allaient être tentés d’y poser leurs doigts, de faire fonctionner ses mécaniques. Partant de là, pourquoi ne pas en profiter pour les enregistrer ? Un studio mobile fut donc installé chez Barloyd par Julien Bassères, l’un des ingénieurs du son du studio de Meudon, chaque pianiste ne disposant que d’une seule journée pour jouer la musique de son choix, seul ou accompagné par un complice, un saxophoniste ou un bassiste dialoguant parfois avec lui. Neuf d’entre eux sont donc aujourd’hui réunis dans cet élégant coffret. Olivier Linden en a réalisé la maquette et Laurent Castanet les photos, des images en couleur de la capitale.

Tous reprennent des standards, des thèmes empruntés à des comédies musicales de Broadway et des compositions de jazzmen devenues fameuses. Thelonious Monk est ici le musicien le plus joué. Cinq de nos neuf pianistes jouent ses morceaux, Ask Me Know faisant l’objet de deux versions. Bien que diversifié, ce matériel thématique atteste leur attachement à un genre musical qui outre une grammaire et un vocabulaire spécifique, possède aussi une longue histoire. Le jazz, Franck Amsallem, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe, Laurent Coq l’ont d’ailleurs étudié et vécu en Amérique. Féru de be-bop, Laurent Courthaliac a été l’élève de Barry Harris et Pierre Christophe celui de Jaki Byard. Alain Jean-Marie, le vétéran de ces pianistes, a accompagné et enregistré avec de grands musiciens américains et le trio de Fred Nardin, le benjamin, comprend le contrebassiste israélien Or Barket et le batteur américain Leon Parker.

 

Plus de la moitié du CD de Laurent Coq et la presque totalité de celui de Pierre De Bethmann sont des compositions originales. La seule reprise de ce dernier, Ambleside est un morceau que John Taylor jouait souvent et qu’il a plusieurs fois enregistré. Tous les autres sont de Pierre. Leur complexité ne les empêche nullement d’être accessibles. Attends et son balancement, son thème étrange et insaisissable, est même très séduisant. S’y ajoutent trois Barloydesque(s), trois courtes improvisations. Pour être savante, la musique de Pierre est moins imprégnée de blues, des racines de la musique afro-américaine. On est plus proche de la musique classique européenne, mais le savoir-faire est évident et la technique considérable. Contrairement aux standards qui apportent des repères, une base mélodique sur laquelle l’auditeur peut s’appuyer, cette musique, fort intrigante au demeurant, demande une écoute attentive.

 

Pierre Christophe n'a pas la même démarche. Il n’est pas ici le compositeur inspiré de “Valparaiso” un disque Black & Blue entièrement consacré à ses compositions, mais l’humble et talentueux serviteur d’un répertoire dont il conserve et transmet la mémoire. Parfois accompagné par Olivier Zanot au saxophone alto, il est le seul pianiste de ce coffret qui délaisse ses œuvres au profil de celles des autres. Avec une seule composition personnelle, Laurent Courthaliac fait de même. Homme de culture, il apprécie les chansons inusables du « Great American Song Book », nombreuses dans un album qu’il partage avec Clovis Nicolas, présent à la contrebasse sur trois plages. Alain Jean-Marie aussi ne joue que des standards. Enfin, presque, car il reprend un morceau de Baptiste Herbin qui joue abondamment du saxophone alto dans son disque. Alain s’est toutefois réservé Lament (J.J. Johnson) et Drop Me Off in Harlem (Duke Ellington), deux thèmes dans lesquels il n’est plus l’accompagnateur dévoué du saxophoniste, mais un maître du piano.

 

Franck Amsallem et Fred Nardin jouent également peu leurs compositions. Franck chante sur Young and Foolish et Young at Heart mais c’est ici le pianiste qui impressionne. Son Bud Will Be Back Shortly, l’un des deux thèmes qu’il a écrit, est d’une rare élégance harmonique. Plus jeune, Fred Nardin a moins d’expérience mais est tout aussi talentueux. Ses reprises, il va les chercher chez des musiciens de jazz reconnus, John Coltrane, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Duke Pearson et plus près de nous Eric Reed. “Opening” (Jazz Family) le premier disque qu’il a publié sous son seul nom, abrite Hope et Travel to, deux morceaux qu’il a écrits. Sa nouvelle version de Hope, en solo, est très réussie. Pour l'accompagner, Fred fait parfois appel à un bassiste, Samuel Hubert.  

 

Vincent Bourgeyx procède pareillement dans l’album qui lui est consacré. Son interlocuteur à la contrebasse est Pierre Boussaguet avec lequel il a enregistré “Hip”, l’un de mes treize Choc de 2012. “Short Trip”, son disque le plus récent pour Fresh Sound New Talent, contient Abbey et When She Sleeps, deux des trois thèmes qu’il a composés et qu’il reprend ici. Associant Kurt Weill et Ira Gershwin, This is New y figure aussi. Sa nouvelle version de When She Sleeps est beaucoup plus développée, plus lyrique que la précédente. Contrairement à ce qu'indique la pochette, Vincent l’interprète en solo.

 

Grand technicien du piano, Manuel Rocheman joue avec autant de bonheur des standards du bop, des classiques de Broadway que ses propres compositions – Promenade et Heart to Heart que contient “MisTeRIO” (Bonsaï), son plus récent album. Depuis sa découverte tardive de Bill Evans, Manuel tempère toutefois sa virtuosité et laisse davantage respirer les belles lignes mélodiques de sa musique. Le disque qu’il lui a consacré en trio en 2010, “The Touch of your Lips” (Naïve), contient d’ailleurs La valse des chipirons. Autre reprises, You Must Believe in Spring de Michel Legrand qui donne son titre à un album posthume de Bill Evans et B Minor Waltz, une des célèbres compositions de ce dernier.

 

Ils seront tous au Sunside en février, Pierre De Bethmann, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe et Laurent Coq le 8, Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin, et Manuel Rocheman le 9. Maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent aux deux concerts. 

Partager cet article

Repost0
14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 09:37
Les ermites aussi partent à la retraite !

Janvier. Celui de la Montagne Sainte-Geneviève vient de prendre la sienne, au grand dam des amateurs de jazz et de blues fort contrariés par cette nouvelle. Cela faisait presque trente-trois ans que Gilles Coquempot s’était installé là-haut, à l’ombre du clocher de l’église Saint-Étienne-du-Mont qui chaque samedi soir à dix-huit heures trente, fait carillonner ses cloches, étourdissant vacarme rendant l’écoute de toute autre musique impossible. Dans son antre, Crocojazz, un ermitage d’une propreté exemplaire malgré l’usure du temps, le Père Gilles était l’un des derniers vendeurs de jazz à connaître parfaitement son métier. Ses clients venaient parfois de lointains pays pour acquérir telle ou telle pièce manquante de leur discothèque, “Gone With the Woodwinds! de Lyle Murphy que l’oncle Galip, grand amateur de jazz West Coast, avait fait entendre à Istanbul à ce client turc, alors qu’il n’était encore qu’un gamin en culottes courtes, ou la musique d’“Odds Against Tomorrow” – un album United Artists, l’UAL 4061 précisait l’ermite dont le savoir jazzistique impressionnait ses visiteurs – qui avait tant marqué cet australien de passage, une partition de John Lewis qui apporte beaucoup au film de Robert Wise qu’il avait vu adolescent dans un cinéma de Brisbane.

 

Des disques de jazz et de blues, le Père Gilles leur en avait vendu beaucoup, surtout des vinyles, des éditions originales aujourd’hui recherchées. Les pèlerins criaient miracle lorsqu’ils dénichaient l’album depuis si longtemps désiré. L’ermite exauçant souvent leurs prières, leurs cris de joie s’entendaient jusque dans la rue escarpée qu’ils avaient eu tant de mal à gravir. Oubliés les souffrances de la montée, les cœurs trop palpitants, les jambes lourdes et flageolantes. Ils repartaient aussi joyeux que s’ils avaient découvert le Saint Graal ou l’Arche d’Alliance.

 

De tels ermitages, il n’en existe presque plus à Paris. Les vinyles aujourd’hui fabriqués qui remplissent les bacs des FNAC et des grandes surfaces sont le plus souvent des copies numériques. Des rééditions analogiques, il n’y en a pas beaucoup. Le Père Maxime qui vend toujours d’anciennes et précieuses reliques au pied des arènes de Lutèce prend lui aussi de l’âge. Également fréquentée par beaucoup d’étrangers, la petite boutique de la rue de Navarre déborde de trésors. Les prix sont raisonnables. Les pièces rares coûtent beaucoup plus cher, mais personne ne vous oblige à les acheter. Paris Jazz Corner reste l’un des derniers magasins de disques qui vend encore du jazz dans une capitale qui naguère en comptait beaucoup. Aujourd’hui le clic remplace la claque d’une heureuse découverte. Quel plaisir peut-on éprouver à acheter sur internet ? Il faut se rendre à l’évidence, le disquaire parisien, hélas!, appartient au passé.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

-Melanie De Biaso à la Seine Musicale (auditorium, 20h30) le 17 janvier. Ceux qui comme moi ont assisté au concert qu’elle donna au théâtre de l’Odéon en juin dernier ne l’ont pas oubliée. Sur scène la chanteuse se donne entièrement à son art, envoûte par sa voix expressive et grave, sa gestuelle, les fascinantes ambiances nocturnes d’une musique modale que traversent les troublantes improvisations qu’elle s’autorise à la flûte. Pour cette prestation très attendue, Matthieu Van (piano, vintage synthétiseurs), Axel Gilain (contrebasse, basse électrique, guitare) et Aarich Jespers (batterie, percussions) remplaceront les fidèles Pascal Mohy et Pascal Paulus aux claviers qui l’accompagnent depuis ses débuts discographiques. Publié en 2007 “A Stomach is Burning” relève encore du jazz. “No Deal” qui paraît six ans plus tard et contient 33 minutes de musique est une plongée dans un univers beaucoup plus personnel, une musique onirique au fort pouvoir de séduction. Un large public est au rendez-vous lorsque Melanie De Biaso fait paraître “Lilies” en 2017, un recueil de chansons qui étonnent et ouvrent davantage encore les portes du rêve.

Les ermites aussi partent à la retraite !

-Bobo Stenson au studio 104 de Radio France le 19 à 20h30 dans le cadre de l’émission Jazz Sur le Vif animé par Arnaud Merlin. Méconnu en France et jouant très rarement à Paris, le pianiste suédois est pourtant l’un des meilleurs de la planète jazz. Son toucher délicat, ses harmonies élégantes et sophistiquées, son goût du détail et de la mélodie n’ont pas échappé à l’Académie du Jazz qui, toujours vigilante lui décerna son Prix du Jazz Européen en 2001. À cette date, outre plusieurs albums sous son nom pour ECM, Bobo Stenson a déjà enregistré des albums importants avec Charles Lloyd et Tomasz Stanko. Il se déplace à Paris avec les musiciens de son trio habituel. Anders Jormin, son bassiste depuis les années 80 est également l’auteur d’une partie non négligeable d’un répertoire éclectique. Créant un tissu percussif souple et distendu qui donne beaucoup de liberté au pianiste, Jon Fält, son batteur depuis l’enregistrement de “Cantando” en décembre 2007, complète la formation. Le groupe BwaLaurent Coq (Fender Rhodes), Ralph Lavital (guitare), Swaéli Mbappé (basse électrique), Laurent-Emmanuel Tilo Bertholo (batterie) – assurera la première partie du concert.

-Martial Solal en solo Salle Gaveau le 23 (20h30), un événement que ne peut difficilement ignorer un amateur de piano. Né en 1927 (il a eu 91 ans le 23 août), Martial le sorcier espiègle fait chanter son instrument mieux que tout autre avec l’humour dont il sait si bien saupoudrer sa musique. L’esprit vif, les doigts toujours agiles, Martial, enchanteur beaucoup plus facétieux que Merlin, étonne toujours. Les notes qu’il bouscule et renverse joyeusement, les citations drôles et inattendues dont il aime truffer ses morceaux témoignent de l’art pianistique de la joie que sa musique fait entendre.

 

-“Histoires improvisées” (JMS / Pias) son dernier disque est sorti beaucoup trop tardivement pour que je puisse en parler. Je vous recommande ici cet album entièrement créé en studio par Martial qui, tirant d’un chapeau des petits papiers, découvrit les sujets de ses improvisations : Lizt, Alger, À bout de souffle, Claudia, What is this Lee… soit 19 pièces assez courtes à inventer. Le pianiste les commente oralement, puis les illustrant avec des notes aussi brillantes qu'inattendues, fait délicieusement tourner nos têtes.

-“Bird with Strings” à la Philharmonie le 27 (grande salle Pierre Boulez, 20h30). Charlie Parker qui rêvait de faire un album avec des cordes l’enregistra en novembre 1949. Rassemblés dans un coffret comprenant trois 78 tours, ces six morceaux connurent un grand succès. Un hautbois, quelques violons, un alto, un violoncelle, une harpe, un piano (Stan Freeman), et une section rythmique (Ray Brown et Buddy Rich) offraient de nouvelles combinaisons sonores au saxophoniste qui réclamait depuis longtemps des cordes à Norman Granz, le producteur de ses disques Mercury. Christophe Dal Sasso leur apportant aujourd’hui de nouveaux arrangements, ces standards du jazz (Just Friends, Summertime, Everything Happens to Me, April in Paris, I Didn’t Know What Time It Was, If I Should Lose You) se verront confiés aux saxophonistes Géraldine Laurent, Pierrick Pédron, Thomas de Pourquery, Olivier Bogé et Logan Richardson, le chef Bastien Stil assurant la direction de l’orchestre.

-Un concert en hommage au pianiste et compositeur Thierry Lalo, fondateur et directeur musical des Voice Messengers, disparu le 16 novembre dernier, aura lieu le dimanche 27 de 18h00 à minuit au Sunside. Pour son disque “Lumières d’Automne” (Black & Blue), la formation avait obtenu en 2007 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Augmentée de ses anciens membres, elle interprétera les compositions et arrangements de Thierry. Michele Hendricks, Manuel Rocheman, Jean-Loup Longnon, François Laudet, Chloé Cailleton, Raphaël Dever, Philippe Soirat, Glenn Ferris, Jérôme Barde et plusieurs autres musiciens ont également confirmé leur présence à cette soirée. Les recettes serviront à financer le prochain album du groupe, son troisième. Je rappelle que la collecte mise en place pour y contribuer se poursuit pendant plusieurs semaines. Le lien pour y accéder est le suivant : www.helloasso.com/associations/les-voice-messengers-association-loi-1901

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Salle Gaveau : www.sallegaveau.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédits Photos : Gilles Coquempot © L’Anachorète du Grand Désert – Bobo Stenson Trio © Catarina Di Perri / ECM Records – Thierry Lalo © Jean-Louis Blérol.

Partager cet article

Repost0
1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 00:17
Voeux 2019

  Bonne et Heureuse année  2019

                       Happy New Year

                                                         🎵🎵🎵

Felice anno nuovo - Frohes neues Jahr - Feliz año nuevo - Feliz ano novo

Partager cet article

Repost0
21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 10:35

Ce 21 décembre, le soleil entre dans le solstice d’hiver, l’annonce d’une année qui s’achève. Avec les fêtes, les familles se retrouvent, se réunissent. On fraternise avec le voisin, on réunit ses amis autour du sapin illuminé. Offrir, partager, prendre le temps de lire, écouter, rêver… Janvier, c’est aussi la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz, mais vous patienterez quelques semaines de plus pour les découvrir.

 

Comme je vous l’ai précédemment annoncé, le palmarès sera dévoilé le 9 février à la Seine Musicale au cours d’un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans en 1999. Ne tardez pas à acheter des billets pour cet événement exceptionnel réunissant les nombreux musiciens qui ont tenu à y participer. Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White assureront la deuxième partie et les lauréats de l'Académie du Jazz la première.

 

Le blog de Choc a fêté ses dix ans en septembre. J'ai beaucoup hésité à l'arrêter mais votre fidélité m'en a finalement dissuadé. Cette aventure va donc se poursuivre en 2019 avec peut-être moins de chroniques, de concerts qui interpellent. L'actualité du jazz en décidera, mais les bons disques qui actuellement me parviennent et doivent bientôt paraître m'encouragent à garder le rythme.

 

Comme chaque année, ce blog sommeillera jusqu’à la mi-janvier. Pas plus tard, car des concerts alléchant sont prévus – Martial Solal à Gaveau, Bobo Stenson à Radio France – et, mon enthousiasme pour le jazz ne faiblissant pas, je me dois de vous en tenir informé.

 

                       Bonnes et heureuses fêtes de fin d’année.

 

-Réservation concert hommage à Michel Petrucciani à la Seine Musicale : www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/michel-petrucciani_e422

Partager cet article

Repost0
14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 09:58
Photo : Opération Greenhouse © Collection Everett

Photo : Opération Greenhouse © Collection Everett

Vous les attendiez ces 13 disques que je place au-dessus des autres, mes lauréats de 2018. Vous retrouverez dans ce palmarès des musiciens qui ont l’habitude d’y être. Fred Hersch, Brad Mehldau, Enrico Pieranunzi font régulièrement de grands disques. Bruno Angelini aussi. Déjà Choc de l’année en 2017, le batteur danois Snorre Kirk récidive avec un album encore plus enthousiasmant. Tous ont fait l’objet de chroniques dans ce blog ou dans Jazz Magazine. Comme à mon habitude, je n’écris que sur ceux qui m’éblouissent, préférant passer les autres sous silence. Ce choix subjectif correspond à mes goûts. Ceux qui me lisent régulièrement connaissent mon intérêt pour le piano mais Jacques Vidal est un contrebassiste, Eddie Daniels un clarinettiste et Snorre Kirk un batteur.

 

Des regrets, j’en ai bien sûr. Sélectionner 13 disques n’est pas facile. J’aurai pu tout aussi bien choisir “Wine & Waltzes” ou “Blue Waltz” d’Enrico Pieranunzi, mais “Monsieur Claude” garde ma préférence. Thomas Bramerie, Stephan Oliva, Stéphane Kerecki, Kenny Werner, John Surman et Andy Sheppard ont également sorti de bons albums cette année. Ces deux derniers sont des artistes ECM, un catalogue riche en merveilles. Présents dans ce palmarès, les CD(s) de Tord Gustavson, Bobo Stenson et Keith Jarrett (un de mes deux inédits) sont aussi des disques ECM. Ils confirment la bonne santé du jazz européen qui représente plus de 50% d’une sélection que je vous invite à découvrir et bien sûr à écouter.

 

11 nouveautés…

Bruno ANGELINI : “Open Land”

(La Buissonne / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 16 avril

Open Land”, fait entendre un univers musical onirique d’une grande richesse, un jazz de chambre mélodique et largement ouvert à l’improvisation. Les timbres sont traités avec une grande douceur par les musiciens, Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violons), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Edward Perraud (batterie). Contrairement à “Instant Sharings”, son premier opus, la formation s’est rendue au studio la Buissonne avec un répertoire original apporté par son pianiste et rôdé en concert. Des compositions pensées pour les couleurs, les timbres des instruments qui, entremêlés, donnent au groupe sa sonorité particulière, sa signature qui le distingue de tous les autres.

Marc COPLAND : “Gary”

(Illusions / www.illusions-music.fr)

Chronique dans le blog de Choc le 15 novembre

Presque entièrement consacré à des compositions de Gary Peacock, produit par Philippe Ghielmetti et enregistré en avril à La Buissonne par Gérard de Haro, “Gary” est l’un des grands opus de Marc Copland, un disque en solo dans lequel le pianiste donne à ce répertoire qu’il connaît bien une grande dimension onirique. Mises en valeur, habillées d’harmonies flottantes et rêveuses que favorisent un jeu de pédales très élaboré et une grande finesse de toucher, les mélodies deviennent prétextes à d’inépuisables variations de couleurs harmoniques et acquièrent un aspect grandiose et introspectif que les propres enregistrements du bassiste sont loin de toujours posséder.

Eddie DANIELS : “Heart of Brazil”

(Resonance / Bertus)

Chronique dans le blog de Choc le 13 juillet  

De son propre aveu, Eddie Daniels ne connaissait pas la musique du compositeur brésilien Egberto Gismonti avant que George Klabin, le producteur de cet album, ne la lui fasse entendre. Éblouissant à la clarinette dont il est un virtuose incontesté, mais également très convaincant au saxophone ténor, Daniels habille ici de nouveaux arrangements la musique du compositeur brésilien, un mélange équilibré et savoureux de musique savante et populaire dépassant le cadre de la samba, du choro ou de la bossa nova. Un quartette comprenant le pianiste Josh Nelson (l’un des arrangeurs de cet album), le batteur brésilien Maurizio Zottarelli, et un quatuor à cordes qui dialogue souvent avec les solistes (le Harlem Quartet), en assure l’instrumentation.

Tord GUSTAVSEN Trio : “The Other Side”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°709 - septembre (Choc)

Après plusieurs albums en quartette, et un disque en trio avec la chanteuse germano-afghane Simin Tander, Tord Gustavsen a choisi de revenir au trio piano, contrebasse, batterie. Enregistré avec Jarle Vespestad, son batteur habituel, et Sigurd Hole, un nouveau bassiste, “The Other Side” son huitième opus pour ECM est plus que jamais inspiré par la musique sacrée, hymnes religieux norvégiens et chorals de Jean-Sébastien Bach constituant une part importante du répertoire. L’épure, l’ascétisme musical que recherche le pianiste s’exprime dans son jeu qui ornemente a minima pour mieux dire l’essentiel. Les notes se font ici légères comme si l’Esprit Saint soufflait sur elles, la musique, lente, contemplative et d’une grande simplicité mélodique, acquérant une profondeur spirituelle à laquelle on n’est plus habitué.

Fred HERSCH Trio : “Live in Europe”

(Palmetto / Bertus)

Chronique dans Jazz Magazine n°705 - mai (Choc)

Enregistré dans un studio de Bruxelles lors d’une récente tournée européenne effectuée avec John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie), ses musiciens habituels, ce “Live in Europe” est encore plus enthousiasmant que “Sunday Night at the Vanguard”, un disque que Fred Hersch considère comme étant le meilleur de ses nombreux albums en trio. C’est dire l’excellence du programme musical qui nous est ici proposé. Dédiant comme à son habitude ses compositions à des amis, des artistes qu’il affectionne, Hersh joue à cache-cache avec des notes que ses deux mains autonomes font sortir de son piano. Jouant simultanément plusieurs lignes mélodiques, recourant au contrepoint, il aborde blues et calypso, reprend deux thèmes de Wayne Shorter et termine sa prestation par un Blue Monk qui ensorcelle.

Snorre KIRK : “Beat”

(Stunt / Una Volta Music)

Chronique dans Jazz Magazine n°712 - décembre (Choc)

Le procédé est connu : on frappe dans ses mains pour se réchauffer. Le batteur Snorre Kirk vient du froid, du Danemark, non pour espionner mais pour battre d’autres tambours, rythmer une musique chaude comme de la braise. Count Basie, Duke Ellington et Wynton Marsalis se font entendre dans ses compositions, ses arrangements très soignés. Dans la même veine musicale que “Drummer & Composer” publié l’an dernier, l’un des treize Chocs 2017 de ce blog, “Beat” est encore plus enthousiasmant. Cocktail détonnant à base de swing, de blues et de rythmes afro-cubains, il réunit un sextette comprenant cornet, saxophone alto (ou clarinette) saxophone ténor, piano, contrebasse et batterie. Jan Harbeck, le ténor de la formation, a enregistré un album très réussi avec le saxophoniste Walter Smith III et son pianiste, Magnus Hjorth, est l’un des grands de l’instrument.

Brad MEHLDAU Trio : “Seymour Reads the Constitution !”

(Nonesuch / Warner)

Chronique dans Jazz Magazine n°706 - juin (Choc)

On peut lui préférer, “Blues and Ballads” publié il y a deux ans, l’un des treize Chocs 2016 de ce blog, un album aux tempos lents au sein duquel la mélodie est constamment privilégiée. D’une grande unité stylistique et lourd d’improvisations audacieuses “Seymour Reads the Constitution!” reste toutefois un grand disque de Brad Mehldau. Mêlant compositions nouvelles et standards – Beatrice de Sam Rivers et De-Dah de Elmo Hope, mais aussi Friends de Brian Wilson et Great Day de Paul McCartney –, le pianiste envoûte par son flot de notes, son univers harmonique aux longues phrases en constante expansion. Étroitement associés à sa musique Larry Grenadier et Jeff Ballard canalisent cette énergie qui le pousse à questionner sans relâche et jusqu’au vertige les thèmes qu’il aborde pour nous offrir la plus belle des musiques.  

Enrico PIERANUNZI / Diego IMBERT / André CECCARELLI :

“Monsieur Claude {A Travel with Claude Debussy}”

(Bonsaï Music / Sony Music)

Chronique dans le blog de Choc le 26 mars

Multipliant les enregistrements, Enrico Pieranunzi a fait paraître quatre albums en 2018. Je les aime tous, mais ma préférence va à ce “Monsieur Claude” consacré à des relectures de quelques pages de Claude Debussy, un disque publié en début d’année qui, du fait de la présence dans quatre morceaux de la chanteuse Simona Severini, fait polémique. C’est pourtant elle qui ajoute à ce enregistrement un supplément d’âme, le rend si attachant. Composé par le Maestro, L’adieu, un poème de Guillaume Apollinaire confié à sa voix, rencontre l’interprète idéale pour en chanter les notes. Dans quatre autres plages, David El Malek rejoint le trio du pianiste. Diego Imbert et André Ceccarelli  – l’album sort sous leurs trois noms – en constituent la section rythmique et font merveille en trio.

Bruno RUDER & Rémi DUMOULIN : “Gravitational Waves”

(Association du Hajeton / Absilone)

Chronique dans le blog de Choc le 23 février

Enregistré en public en janvier 2016 avec le batteur Billy Hart, qui trouve ici un répertoire sur mesure lui permettant d’exprimer pleinement son art, “Gravitational Waves” contient une musique généreuse, ouverte et étonnamment vivante. Le batteur apporte beaucoup à ces morceaux composés par le pianiste Bruno Ruder et le saxophoniste Rémi Dumoulin, leaders d’une formation que complète le trompettiste Aymeric Avice et le bassiste Guido Zorn. Adoptant une ponctuation rythmique inhabituelle, Hart suggère le tempo sans le jouer, profite des simples riffs, des courts motifs mélodiques qui structurent la musique pour inventer avec ses partenaires de jeu un jazz moderne parfois abstrait, souvent lyrique dont la trame musicale, riche en surprises, offre tous les possibles.

Bobo STENSON Trio : “Contra la indecisión”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°702 - février (Choc)

Aucune note inutile chez ce grand Monsieur du piano dont le jeu délicatement introspectif est d’une telle finesse harmonique qu’il faut plusieurs écoutes pour pleinement la goûter. Avec le contrebassiste Anders Jormin qui signe ici la moitié du répertoire, Bobo Stenson a longtemps été le pianiste de Charles Lloyd, les deux complices se retrouvant également sur deux albums ECM du regretté Tomasz Stanko, le label munichois publiant aussi ceux de son trio. Jon Fält, son batteur, l’a rejoint en 2007 et “Contra la indecisión” est le troisième album qu’ils font ensemble. Une esthétique européenne du jazz s’affirme dans leur musique souvent modale. Leurs relectures décalées d’œuvres composées par Erik Satie, Béla Bartók et Federico Mompou comptent parmi les grands moments de cet opus d’une rare élégance.

Jacques VIDAL Quintet : “Hymn”

(Soupir Editions / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc le 24 octobre

Publié en 2007, “Mingus Spirit” aurait certainement été un de mes 13 Chocs de l’année 2007 si ce blog crée l’année suivante, avait alors existé. Comme lui, “Hymn” rassemble des compositions personnelles de Jacques Vidal sur lesquelles souffle l’esprit de Mingus. Une épaule démise l’empêchant de jouer de la contrebasse, Jacques s’est remis à l’écriture et réintroduit le piano dans sa musique. Arrangée par ses soins, elle reflète l’attention qu’il porte aux timbres, aux couleurs, aux volumes, un travail sur la forme, une mise en espace laissant beaucoup de liberté aux solistes, à Pierrick Pédron et Daniel Zimmermann déjà présents dans “Mingus Spirit”. Retrouvant son instrument un temps délaissé, Jacques donne une assise rythmique et livre des commentaires mélodiques à sa musique lyrique et inspirée.   

…Et deux inédits

 

Charlie HADEN & Brad MEHLDAU : “Long Ago and Far Away”

(Impulse / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 24 novembre

Charlie Haden a toujours aimé rencontrer d’autres musiciens. Plusieurs de ses disques sont des duos qui ont parfois été publiés après sa mort. Enregistré en public avec Brad Mehldau en novembre 2007, “Long Ago and Far Away” est presque du même niveau que trois autres albums dans lesquels il est associé à des pianistes, le sublime “Tokyo Adagio” avec Gonzalo Rubalcaba et les non moins enthousiasmant “Night and the City” avec Kenny Barron et “Nightfall” avec John Taylor. Les six standards qu’il contient permettent à Mehldau de jouer souvent son meilleur piano. Une contrebasse aussi mélodique que rythmique et au son volumineux l’accompagne sans jamais chercher à s’imposer. My Love and I de David Raskin, un morceau qu’Haden interprète souvent, et la somptueuse version de Everything Happens to Me qui conclut cette rencontre en sont les deux sommets.

Keith JARRETT Trio : “After the Fall”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 19 mars

Enregistré en novembre 1998, après la maladie qu’il l’a contraint d’arrêter tous ses concerts, “After The Fall” (après la chute) est le disque de la résurrection de Keith Jarrett, de son retour sur scène après presque deux ans d’absence. Il doute encore de lui, mais avec Gary Peacock et Jack DeJohnette, il sait qu’il peut donner le meilleur de lui-même et retrouver sa confiance. Bouncing With Bud de Bud Powell qui lui permet d’éprouver la mobilité de ses doigts, Doxy de Sonny Rollins, One For Majid de Pete La Roca, Scrapple from the Apple de Charlie Parker, le bebop est la musique idéale pour constater l’état de sa technique. When I Fall in Love, une ballade, révèle la délicatesse de son toucher et une version excitante d’Autumn Leaves, dans laquelle Jarrett dialogue avec son batteur et laisse parler une contrebasse inventive, témoignent de son piano retrouvé.

Partager cet article

Repost0
10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 09:12
Les beaux cadeaux du Maestro

Pas moins de quatre enregistrements d’Enrico Pieranunzi ont été publiés en 2018. “Monsieur Claude” (Bonsaï Music), dans lequel le Maestro habille de rythmes et d’harmonies nouvelles la musique de Claude Debussy, a fait l’objet d’une chronique dans ce blog le 26 mars. Trois mois plus tard, en juin, Cam Jazz commercialisait “Wine & Waltzes”, un disque en solo du pianiste enregistré dans le chai d’une entreprise viticole du Frioul. Deux autres albums sont parus en novembre. Consacré à la musique du célèbre compositeur américain, “Play Gershwin” rassemble piano, clarinette et violon et relève de la musique de chambre. S’il peut dérouter l’amateur de jazz, ce dernier ne peut ignorer “Blue Waltz”, un duo au sommet avec le contrebassiste danois Thomas Fonnesbæk enregistré dans un club de Copenhague.

“Wine & Waltzes” (Cam Jazz / Pias)

Wine & Waltzes”, est l’un des six albums de la série « A Night at the Winery », tous enregistrés live entre le 5 et le 10 juin 2017 dans les caves et chais de six entreprises viticoles de la région Vénétie-Frioul Julienne. Le 6 juin, constamment inspiré par les imposants tonneaux qui l’entourent, Enrico Pieranunzi fait joyeusement chanter son piano dans le chai de la « Winery Bastianich ». Espiègle dans Wine & Waltzes qui introduit et donne son nom à cet opus en solo, rêveur dans Flowering Stones qui le conclut, le Maestro romain met ici sa grande technique au service d’un répertoire de valses qu’il a composées et dont certaines sont inoubliables. C’est le cas de sa célèbre Fellini’s Waltz qu’il enregistra en 2003 en duo avec Charlie Haden à la contrebasse et que contient son disque “FelliniJazz”. Des valses, il en a composées beaucoup. Je pense notamment à Sunday Waltz et à Waltz for a Future Movie qui se trouvent dans le second volume de ses enregistrements consacrés à Ennio Morricone, à September Waltz, également absent de ce programme, qu’il enregistra plusieurs fois en trio. Enrico a préféré reprendre Blue Waltz, un des morceaux de “Stories publié en 2014. Son balancement exquis, sa mélodie attachante lui inspire des variations qu’il développe avec brio. Mélancolique mais se faisant de plus en plus lyrique au fur et à mesure que progresse l’improvisation qui lui est attachée, sa cadence finale relevant du blues, B.Y.O.H. est un autre grand moment de ce concert auquel j’aurais aimé assister.

“Play Gershwin” (Cam Jazz / Pias)

Play Gershwin” rassemble Enrico Pieranunzi au piano, son frère Gabriele Pieranunzi au violon et Gabriele Mirabassi à la clarinette. Ce n’est pas un disque de jazz mais de la musique de chambre, la réduction pour trois instruments des deux plus célèbres pages symphoniques du compositeur (An American in Paris et Rhapsody in Blue), ces trois mêmes instruments se voyant confier un nouvel arrangement de quatre de ses Préludes pour piano. An American in Paris date de 1928 et c’est la première œuvre que George Gershwin a lui-même orchestrée. Pour la jouer en trio, Enrico Pieranunzi s’est appuyé sur une transcription pour piano de William Daly (Gershwin lui dédia en 1926 ses Préludes pour piano) et sur la version pour deux pianos que le compositeur nous a laissée. L’ajout de quelques mesures et d’une brève cadence peu avant la coda sont les seuls changements notables apportés à cette partition réorchestrée. Écrite en 1924, la Rhapsody in Blue fut plus difficile à transposer. Comment réduire la masse orchestrale à trois instruments sans dénaturer l’œuvre de Gershwin ? Le Maestro choisit de conserver les nombreuses parties de piano existantes et d’en ajouter d’autres, le piano restant plus que jamais l’instrument principal de cette œuvre pour piano et orchestre, les parties jouées par ce dernier se voyant habilement réparties entre le violon et la clarinette. Composé par Enrico Pieranunzi et permettant aux trois musiciens d’improviser, sa Variazoni su un tema di Gershwin complète avec bonheur ces transpositions musicales que Gershwin n’aurait pas désavouées.

(Avec Thomas Fonnesbæk) : “Blue Waltz” (Stunt / Una Volta Music)

Souvent invité à jouer à Copenhague, une ville qu’il apprécie beaucoup, Enrico Pieranunzi est un habitué de son festival de jazz qui chaque année s’y déroule en juillet. Deux soirs de suite, les 14 et 15 juillet 2017, le Bistro Gustav l’accueillit pour des concerts en duo avec le bassiste danois Thomas Fonnesbæk. Digne héritier du grand Niels-Henning Ørsted Pedersen, ce dernier est LE bassiste européen à suivre de près. C’est auprès de Sinne Eeg que je l’ai découvert, son disque en duo avec cette dernière en 2015 étant pour moi le meilleur album de la chanteuse. Toujours pour Stunt Records, le bassiste a également enregistré un excellent disque en trio avec le pianiste Aaron Parks et le batteur Karsten Bagge. Vous en trouverez une chronique dans ce blog. “Blue Waltz” est une rencontre heureuse. Enrico Pieranunzi insuffle de la joie à ses compositions, y met beaucoup de lui-même et, partageant ses chorus avec une contrebasse très souvent mélodique, joue ici un merveilleux piano. Sa Blue Waltz qui donne son nom à l’album est particulièrement réussie. Les deux musiciens n’en font jamais trop, mais s’écoutent, placent toujours leurs notes aux bons endroits. Certaines pièces sont plus vives que d’autres, voire rythmiquement complexes (Wimp), mais un dialogue fluide prédomine ici, comme une conversation entre deux complices qui se retrouvent après une longue absence et ont beaucoup de choses à se dire. Composés par le Maestro, Come Rose Dai Muri, Molto Ancora, Miradas et leurs mélodies lumineuses génèrent des phrases lyriques, des échanges aussi passionnants qu’attachants.

 

Photo Enrico Pieranunzi © Soukizy

Partager cet article

Repost0
3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 09:44
Ils font des trous partout !

Décembre. Sous le voile gris masquant le bleu du ciel, le piéton de Paris déambule difficilement dans l’immense chantier qu’est devenu la capitale, des travaux ordonnés par la Mairie pour bannir la voiture. Les résultats ne se sont pas fait attendre : l’autobus circule mal, se traîne cahin-caha au sein d’un flot de véhicules quasiment à l’arrêt ; pris en otage, le piéton évite difficilement vélos et patinettes qui empruntent indifféremment chaussées et trottoirs. Protégé par de chauds vêtements, il slalome entre les trous, les déviations, les désordres de rues. Pour faire ses achats de Noël – une bonne idée de cadeau : “À bâtons rompus” (Éditions MF), le livre d’entretiens de Daniel Humair avec Franck Médioni, visiter les rares disquaires en activité, rejoindre les clubs qui programment sa musique préférée, le piéton qui est aussi amateur de jazz affronte l’embouteillage quasi-permanent d’une ville sens dessus dessous atteinte comme beaucoup d’autres d'une violente épidémie de jaunisse qui gagne tout le pays.

 

Pour lutter contre l’adversité, la morosité ambiante qui gagne du terrain, rien de tel que la musique. La présence à Paris en décembre des pianistes Bill Carrothers (au Duc des Lombards le 6) et Tord Gustavsen (au Sunside le 8 et le 9) nous en offre l’occasion. Le premier ne quitte plus guère la petite ville du Michigan dans laquelle il réside et n’a pas fait de disque depuis cinq ans. Les visites du second se font rares. Enregistré cette année “The Other Side (ECM) est l’un de ses plus beaux albums.

 

Séduira-t-il dans quelques jours les membres de l’Académie du Jazz ? Vous l’apprendrez le 9 février prochain, date de sa cérémonie de remise des prix. À cette occasion, l’auditorium de la Seine Musicale ouvrira ses portes au public pour une soirée exceptionnelle au cours de laquelle sera donné un concert en hommage à Michel Petrucciani (Prix Django Reinhardt 1981) disparu il y a vingt ans en 1999. De nombreux musiciens ont déjà confirmé leur présence *(1). La première partie sera assurée par les lauréats des trophées 2018 de l’Académie dont vous découvrirez alors les noms. Pour vous faire patienter, mes incontournables Chocs de l’année vous seront révélés à la mi-décembre, un peu avant la mise en sommeil de ce blog jusqu’au 15 janvier prochain.

 

La disparition le 16 novembre du pianiste et compositeur Thierry Lalo, fondateur et directeur musical des Voice Messengers, endeuille cette année qui s’achève. Pour son disque “Lumières d’Automne” (Black & Blue), la formation avait obtenu en 2007 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Le plus cher désir de Thierry, auteur d’une remarquable étude sur John Lewis aux éditions Parenthèses, était d’enregistrer avec elle un troisième album. Pour le financer, une collecte a été mise en place par sa famille et ses proches *(2). Elle devrait également permettre de réorganiser la production et la direction musicale du meilleur groupe de jazz vocal de l'hexagone afin qu'il puisse continuer à chanter et à faire vivre sa musique.

 

*(1) Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White.

 

*(2) www.helloasso.com/associations/les-voice-messengers-association-loi-1901

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Ils font des trous partout !

-Le Zoot Octet à la Petite Halle le 5 décembre. Je découvre la formation avec  “Zoot Suite Vol.2 (Zoot Records / Socadisc), son deuxième album, et elle m’impressionne. Organisés en collectif depuis septembre 2016, les jeunes musiciens qui le constituent en ont composé le répertoire, le graphisme et la couverture, enregistrant leur disque en analogique. Outre sa qualité sonore, il séduit par la fraîcheur de ses arrangements, ses emprunts au cœur même du jazz qui enrichissent sa musique. Un quatuor à cordes – Jeroen Suys et Clémence Mériaux (violon), Anna Sypniewski (alto), Floria Pons (violoncelle) apporte ses timbres à une masse orchestrale colorée au sein de laquelle se distingue Noé Codjia (trompette), Ossian Macary et Paco Andreo (trombone), Thomas Gomez (saxophone alto), Neil Saidi (saxophone baryton), Clément Trimouille (guitare), Pablo Campos (piano), Clément Daldosso (contrebasse) et David Paycha (batterie). Une belle surprise de fin d’année à glisser dans la hotte du Père Noël et à découvrir sur scène.

-Le 5 également, Madeleine Peyroux est attendue à la Cigale (20h00), avec probablement Peter Warren (claviers), David Baerwald (guitares électriques et acoustiques), Brian MacLeod (batterie, percussions) qui ont été étroitement associés à la création d’“Anthem” (Decca), un album magnifiquement produit par Larry Klein qui voit la chanteuse revenir à la composition, imaginer une multitude d’histoires différentes en prise direct avec l’actualité, la musique servant d’exutoire à sa colère. Bénéficiant d’arrangements brillants, ce disque aux textes engagés, l’un des meilleurs qu’elle a enregistré, mêle allègrement les genres musicaux de la grande Amérique.  

-La présence de Bill Carrothers au Duc des Lombards le 6 pour deux concerts (19h30 et 21h30) est assurément l’un des évènements de ce mois de décembre. Le pianiste habite une petite ville du Michigan que l’hiver recouvre de neige. Il n’a pas joué à Paris depuis longtemps et ses disques se font rares. Rien à ma connaissance depuis “Sunday Morning (Visions Fugitives) enregistré en 2013. Au Duc, il jouera en solo, un exercice qui lui est familier et dans lequel il excelle comme en témoignent ses deux albums consacrés à la guerre de Sécession, mais aussi “Family Life” (Pirouet), un portrait musical de sa famille, et “Excelsior” (Outhere), le plus beau de ses disques en solo, un opus également enregistré à la Buissonne dans lequel le pianiste se penche sur son passé, fait appel à sa mémoire, se souvient de la petite ville du Minnesota naguère célèbre pour son parc d’attraction dans laquelle il passa sa jeunesse.

Ils font des trous partout !

-Mes concerts du mois sont ceux que donneront Tord Gustavsen en trio au Sunside le 8 et le 9 décembre (19h00 et 21h30 le 8, 20h00 le 9). La dernière visite du pianiste remonte à janvier 2016, le Sunside l’accueillant alors avec la chanteuse Simin Tander et Jarle Vespestad, son batteur habituel à l’occasion de la sortie de “What Was Said” (ECM), un disque en partie consacré à des hymnes religieux norvégiens. “The Other Side” (ECM), son nouvel album enregistré en trio avec Vespestad à la batterie et un nouveau bassiste, Sigurd Hole, en contient quelques-uns, des pièces lentes et contemplatives d’une grande simplicité mélodique. Arrangés par Tord, des chorals de Jean-Sébastien Bach et quelques compositions complètent le répertoire, la musique d’église restant sa principale source d’inspiration. Modale et intimiste, elle s’étire, prend le temps de rêver et de nous faire rêver.

-Après des concerts au Sunside en septembre, c’est le 10 décembre au Pan Piper que le bassiste Jacques Vidal et les musiciens de sa formation – Daniel Zimmermann (trombone), Pierrick Pédron (saxophone alto), Richard Turegano (piano), et Philippe Soirat (batterie) – joueront le répertoire de son nouveau disque, “Hymn” (Soupir Editions), un recueil de compositions originales, une musique généreuse et sensuelle sur laquelle plane toujours l’ombre tutélaire du grand Charles Mingus. Les deux souffleurs de l’orchestre lui apportent leurs chorus flamboyants, les chaudes couleurs de leurs instruments. L’alto de Pierrick Pédron illumine Charles Mingus’ Sound of Love, Daniel Zimmermann au trombone se réservant Hymn, des pièces lentes et majestueuses, deux des nombreux sommets de cet album chaleureux et constamment inspiré.

-Le 17 (à partir de 20h00), la salle Pleyel accueille l’incontournable You & The Night & The Music qu’organise chaque année TSF Jazz. Douze formations sont au programme de cette 16ème édition, soit 3 heures de musique retransmises en direct sur l’antenne de la radio. Les deux orchestres de cérémonie sont l’Amazing Keystone Big Band et le NOLA French Connection Brass Band. Au programme également : Thomas Dutronc, Shai Maestro, Judi Jackson, le trio de l’excellent pianiste Christian Sands, la chanteuse Hailey Tuck (une des révélations de l‘année), le saxophoniste Samy Thiébault, le chanteur Hugh Coltman, le Florian Pellissier Quintet, la chanteuse Alina Engibaryan, , la violoniste Fiona Monbet, le Mingus Project du bassiste Géraud Portal, le Mario Canonge / Michel Zenino Quintet et des invités surprises. 

-Le 20 au Sunside (21h00), Leïla Olivesi présentera la musique de sa “Suite Andamane”, son cinquième album, qu’elle enregistrera en studio en janvier. Après “Utopia” (Jazz&People), elle a choisi de réunir autour de son piano Adrien Sanchez (saxophone ténor), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et de confier les parties vocales à la chanteuse Chloé Cailleton. L’autre partie du disque, orchestrale, rassemblera un nonette, Quentin Ghomari (trompette), Baptiste Herbin (saxophone alto) et Jean-Charles Richard (saxophone soprano et baryton) rejoignant la formation. Le sous-titre de l’album « Travel Songs », chansons que Leïla a partagées ces derniers mois avec Chloé Cailleton en résume la musique, fruits des nombreux voyages de la pianiste. Philippe Georges (trombone) et Stéphane Adsuar (qui remplace Donald à la batterie) seront également présents sur la scène du Sunside. Pour permettre de financer une partie de l’album, un crowdfunding est actuellement en cours sur le site d’HelloAsso - www.helloasso.com/associations/attention-fragile/collectes/suite-andamane

-Le 22 au Triton (20h30), le violoncelliste Vincent Courtois fêtera le septième anniversaire du trio qu’il anime avec Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Robin Fincker (saxophone ténor et clarinette) et présentera à cette occasion un nouveau répertoire inspiré par des nouvelles et des romans de Jack London. « Je l’ai découvert assez tard, en automne 2016, d’abord, les “Chroniques des mers du Sud” puis l’initiatique et incontournable “Martin Eden”. L’œuvre dense et souvent autobiographique de cet écrivain américain, si riche et si puissante, n’a alors cessé de me suivre, d’accompagner mon quotidien, mes voyages et donc la musique que je joue. » (Vincent Courtois).

-Comme l’an dernier, aux mêmes dates, les 28, 29 et 30 décembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30), mais avec Géraud Portal (contrebasse) et Lawrence Leathers (batterie), Jacky Terrasson retrouvera le public du Sunside. Je me souviens d'un autre concert en décembre 2016, quelques jours avant le nouvel an. Son disque avec Stéphane Belmondo était paru quelques mois plus tôt et nos deux complices en jouèrent les morceaux. On le voit moins souvent aujourd’hui dans les clubs. Le pianiste n’a pas enregistré de nouvel album en trio depuis “Take This” en 2014, un opus très décevant. On l’a entendu en petite forme cette année. Dommage, car nous sommes nombreux à souhaiter que Jacky Terrasson, l’un des grands de la planète jazz, retrouve son piano. Il peut tout aussi bien jouer d’exquises ballades mélancoliques et rêveuses que tenir des tempos déraisonnables et énergiques. Ancré dans le blues et le rythme, son jeu très physique étonne et enthousiasme.

-La Petite Halle : www.lapetitehalle.com

-La Cigale : www.lacigale.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Pan Piper : www.pan-piper.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Le Triton : www.letriton.com

 

Crédits Photos : Chantier à la Bastille © Pierre de Chocqueuse – Michel Petrucciani (affiche concert) © Jean Ber – Madeleine Peyroux © Yann Orhan – Madeleine Peyroux © Yann Orhan – Tord Gustavsen trio © Hans Fredrick Asbjornsen – Jacques Vidal © Alain Saillant – Leïla Olivesi © Rémi Denis – Vincent Courtois / Daniel Erdmann / Robin Fincker © Tina Merandon – Jacky Terrasson © Philippe Levy-Stab – Zoot Octet, Bill Carrothers © Photos X/D.R.  

Partager cet article

Repost0
24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 10:22
Charlie HADEN & Brad MEHLDAU : “Long Ago and Far Away” (Impulse! / Universal)

C’est en septembre 1993, lors d’un concert du saxophoniste Joshua Redman en Pennsylvanie que Charlie Haden entend la première fois Brad Mehldau. Ce dernier est depuis quelques semaines le pianiste du quartette de Redman. Trois ans plus tard, en novembre 1996, au Jazz Bakery de Los Angeles, Haden, Mehldau et Lee Konitz enregistrent pour Blue Note l’album “Alone Together” qui sortira sous le nom du saxophoniste. Le club abritera le trio l’année suivante pour un second disque Blue Note, “Another Shade of Blue”. Rejoints par le batteur Paul Motian, nos trois musiciens se produiront également au Birdland de New York en décembre 2009. ECM en publia un enregistrement.

Et puis il y a ce disque de novembre 2007, la captation d’un concert donné dans une église, la Christuskirche de Mannheim, dans le cadre de l’Enjoy Jazz Festival. Un inédit que l’on doit à Jean-Philippe Allard, déjà responsable du magnifique “Tokyo Adagio” réunissant Charlie Haden et le pianiste Gonzalo Rubalcaba, un enregistrement de 2005 qu’Impulse! édita dix ans plus tard. Bien que différent – Mehldau et Rubalcaba ne jouent pas le même piano –, “Long Ago and Far Away” qui contient six longs standards est presque aussi bon. Construit sur une ligne de blues, Au Privave de Charlie Parker, son premier thème, n’est pas abordé sur un tempo très rapide. La contrebasse et le piano en détachent toutes les notes, cheminent ensemble sans se presser, sans que l’un des deux instruments ne prenne le dessus. Ce n’est pas le meilleur morceau de l’album mais d’emblée la contrebasse assure une assise solide à la musique. Le son épais, volumineux, de l’instrument traduit un jeu tout aussi mélodique que rythmique.

 

Dans ses solos, Charlie Haden ne perd jamais de vue le thème qu’il développe. Brad Mehldau peut en décliner deux à la fois. La grande indépendance de ses mains le lui permet. Comme Keith Jarrett, il possède un rare sens de la forme et construit ses improvisations avec une logique qui leur donne un aspect achevé. Ses longs chorus dans Long Ago and Far Away sont aussi ingénieux qu’inattendus. Il faut attendre la seconde plage, My Old Flame, pour les retrouver. Il en expose délicatement la mélodie avant de laisser Haden improviser. Les deux hommes reprennent My Love and I, un morceau que le contrebassiste affectionne et que David Raksin composa pour le film “Bronco Apache” (“Apache”). Il le joue à Tokyo avec Rubalcaba. Il l’a également enregistré avec son Quartet West et sait lui donner rythme et couleurs. Everything Happens to Me conclut magnifiquement cette rencontre au sommet. Jouées par Brad qui en reprend en solo la mélodie, ses dernières minutes sont inoubliables. Charlie Haden disparaîtra sept ans plus tard, le 11 juillet 2014.

 

Photo © Evert-Jan Hielema

Partager cet article

Repost0