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5 mars 2019 2 05 /03 /mars /2019 09:43
Quelques souvenirs d'André Francis

Cher André,

Pour le jeune homme que j’étais dans les années 70, tu as d’abord incarné une voix, celle annonçant les innombrables concerts que tu organisais et que diffusaient les radios nationales du service public. Une voix chaleureuse, reconnaissable entre toutes, la voix bleue de tous les jazz. Depuis 1964, tu étais l’âme de son Bureau à Radio France, mais je ne te connaissais pas encore. Ce n’est que lorsque Maurice Cullaz m’invita à rejoindre l’Académie du Jazz en 1985 que je fis ta connaissance. Tu assurais alors la direction artistique du Festival de Jazz de Paris et t’apprêtais à prendre la présidence de l’Orchestre National de Jazz. Maurice qui n’avait pas toujours bon caractère, dirigeait alors l’Académie de façon quelque peu fantaisiste, attribuant des prix à des musiciens que notre Assemblée Générale qui se tenait à son domicile n’avait pas validés. Tu prenais habituellement la tête des frondeurs, bataillant avec Maurice pour imposer nos votes, ne mâchant pas tes mots pour lui crier ses vérités.

 

Je ne savais alors pas grand-chose de ton histoire, de ton parcours. J’ignorais que tu étais né à Paris en 1925, que tu avais suivi des cours de théâtre, rue Blanche, pour devenir acteur, que tu avais été figurant dans “Les Enfants du Paradis”, le plus beau film du cinéma français, et que tu peignais, ton jardin secret. J’appris tardivement que c’était grâce à toi qu’existaient les deux disques de Bill Evans enregistrés à l’Espace Cardin en novembre 1979, concert auquel j’avais eu la chance d’assister. Tu avais quitté en 1996 cette Maison de la Radio dans laquelle tu travaillais depuis près de cinquante ans pour habiter en face, de l’autre côté du pont de Grenelle, au 31ème étage d’un gratte-ciel, dans un appartement acheté non sans mal à un célèbre artiste japonais qui après en avoir signé la promesse de vente, avait disparu pour réapparaitre quelques mois plus tard, en morceaux dans une glacière, sombre affaire de yakusas.

 

C’est dans cet appartement débordant de livres, de disques, de papiers, que tu m’as raconté cette histoire. Une fois par an, tu y accueillais les délibérations de la Commission Livres de l’Académie du Jazz. Une Académie dont tu étais non seulement le doyen, mais aussi l’un des membres fondateurs. Nous allions ensuite déjeuner dans un restaurant près de chez toi, toujours le même car tu y avais tes habitudes. Tu aimais les livres et en avais même écrit un, Jazz, publié au Seuil en 1958 dans la collection Microcosme, un gros succès de librairie. Tu me l’avait offert dédicacé au début des années 90 à l’occasion d’une de ses nombreuses rééditions : « Non pour t’apprendre quelque chose, mais pour te manifester mon amitié ». Tu te trompais car j’avais encore beaucoup à apprendre de toi sur cette musique qui nous passionnait. Quant à ton amitié, tu me la témoignas lorsque, me sachant sur la corde raide sur un plan financier, tu me proposas de devenir ton assistant sur les concerts de jazz de la Foire de Paris que tu organisais. J’avais entre-temps retrouvé du travail et déclinai ton amicale et touchante proposition.

 

Ces dernières années, mon appartement du boulevard Beaumarchais a souvent abrité les réunions du Bureau de l’Académie du Jazz. En tant que membre, tu y étais bien sûr convié, non par e-mail car tu ne savais pas faire marcher un ordinateur, mais par téléphone. Nos longues conversations m’apprirent à mieux te connaître. C’est aussi par téléphone que tu me communiquais tes votes qui permettaient d’établir la pré-liste des disques et des musiciens qui seraient en compétition. Tu donnais chaque année le maximum de points à Andy Emler. Peu importe l’album qu’il avait enregistré. Il fallait lui donner le Prix Django Reinhardt et tous les prix de la terre et du ciel. C’est au téléphone que je t’ai parlé pour la dernière fois cet automne. Tu n’allais pas bien, n’écoutais et ne lisais plus rien et c’est sans toi que la Commission Livres de l’Académie s’est réunie à mon domicile en décembre. Tu avais 93 ans lorsque tu es parti dans ton sommeil le 12 février au petit matin après une vie bien remplie. Lorsque je pense à toi c’est toujours ta voix que j’entends en premier. Tu as tant fait pour le jazz que tu ne seras pas oublié.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Marc Copland au Sunside le 8 mars avec Drew Gress à la contrebasse et Joey Baron à la batterie. Un album avec eux doit sortir au début de l’été. Son titre : “And I Love Her”, une mélodie inoubliable que l’on doit aux Beatles et que Brad Mehldau reprend dans son disque “Blues and Ballads”. Sa section rythmique est celle des derniers disques ECM du regretté John Abercrombie. Marc en était le pianiste. Avec elle et le trompettiste Ralph Alessi, il a également publié deux albums sur le label InnerVoiceJazz. En attendant la parution de “And I Love Her”, je vous conseille vivement de vous procurer “Gary” un opus en solo que Marc Copland a enregistré l’an dernier au studio La Buissonne, un de mes chocs de l’année 2018. Il ne coûte que 15 euros (port payé) et n'est disponible que sur le site www.illusionsmusic.fr

-Autre concert très attendu, celui que Fred Hersch doit donner le 9 en solo au studio 104 de Radio France (20h30) dans le cadre de l’émission Jazz Sur le Vif animé par Arnaud Merlin. Pour mémoire, le pianiste a reçu le Prix in Honorem de l’Académie Charles Cros pour l’ensemble de sa carrière et par deux fois le Grand Prix de l’Académie du Jazz, en 2015 notamment, pour “Solo”, un enregistrement live. Hersch excelle dans l’exercice. Enregistré au JJC Art Center de Séoul en avril 2017, “{Open Book}”, un autre sommet de sa discographie, confirme qu'il est aujourd'hui l'un des très grands de l’instrument. Dans ses tapisseries de notes peuvent cohabiter plusieurs lignes mélodiques qui n’appartiennent qu’à son piano. Le quartette du saxophoniste Mark TurnerJason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse) et Jonathan Pinson (batterie) – assurera la première partie.

-Champian Fulton retrouve le Duc des Lombards les 11 et 12 mars (19h30 et 21h30) après y avoir revisité l’opéra de George Gershwin, “Porgy and Bess”, en septembre. Gilles Naturel (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie) assurant la rythmique, la chanteuse new-yorkaise sera accompagnée par Scott Hamilton, saxophoniste chaleureux et lyrique. Excellente chanteuse – sa voix évoque quelque peu la grande Dinah Washington –, Champian Fulton est aussi une pianiste expérimentée dont l’influence de Red Garland et d’Erroll Garner se perçoit dans son swing. Malheureusement passé inaperçu malgré une chronique dans Jazz Magazine et largement consacré aux standards de la grande Amérique, “The Stylings of Champian”, le double CD qu’elle a sorti l’an dernier, est l’un des meilleurs disques de jazz vocal de 2018. 

Quelques souvenirs d'André Francis

-Le 12, Philippe Soirat fête au Sunside la sortie de “Lines and Spaces” (Absilone), le second album qu’il enregistre sous son nom. Avec lui, les musiciens de “You Know I Care”, son premier disque (2015). David Prez au saxophone, Vincent Bourgeyx au piano et Yoni Zelnik à la contrebasse accompagnent le batteur qui reprend avec bonheur des compositions de ses complices et des standards du jazz moderne, Lines and Spaces, un thème de Joe Lovano, donnant son nom à l’album. Remodelés, parfois même restructurés sur un plan rythmique, ces derniers font peau neuve, Countdown de John Coltrane bénéficiant ainsi d’une relecture inédite. Portés par une section rythmique superlative – associé à la contrebasse de Yoni Zelnik, le drive de Philippe Soirat favorise le swing –, David Prez et Vincent Bourgeyx en très grande forme, se partagent la plupart des chorus. Avec Dong, le pianiste signe une composition très originale. Sa mélancolie, on la doit au timbre un peu métallique du saxophone ténor qui sollicite beaucoup les aigus de l’instrument. Pétries d’harmonies étranges, les longues phrases oniriques que David Prez brode autour de A Shorter One, probable hommage à Wayne Shorter dont le groupe reprend Second Genesis, ce dernier ne les aurait pas désavouées.

Quelques souvenirs d'André Francis

-Le 13 au New Morning, Fred Nardin fête lui aussi la sortie d’un nouveau disque, “Look Ahead”, le premier qu’il publie chez Naïve. On y retrouve Or Bareket (contrebasse) et Leon Parker (batterie) dans un répertoire que le pianiste a presque entièrement composé. La seule reprise de l’album est une relecture vitaminée de One Finger Snap, un thème qu’Herbie Hancock enregistra en 1964 pour “Empyrean Isles”, l’un de ses disques Blue Note. Fred Nardin l’aborde à très grande vitesse. Il aime les tempos rapides, fait souvent courir ses doigts sur le clavier, sa vélocité n’excluant pas les nuances. Reposant sur un thème riff, le morceau Look Ahead hérite d’un solide chorus de piano. Le tonique New Direction également. La musique s’ancre ici dans la tradition du jazz. Just Easy repose sur une grille de blues. On a l’impression d’écouter un vieux standard, une musique familière. Memory of T. est bien sûr un hommage à Thelonious Monk. Si Fred Nardin fait preuve d’audace dans ses improvisations chargées de notes, il séduit aussi par les harmonies délicates, les belles couleurs qu’il pose sur ses ballades. Three For You que la contrebasse d’Or Bareket introduit, et Prayers qui referme paisiblement l’album, en témoignent.

-Attendu en solo au Bal Blomet le 19 (20h30), le pianiste Makoto Ozone fit beaucoup parler de lui en 1984 lorsque CBS France fit paraître “Makoto Ozone”, le premier album qui porte son nom. Il donna cette année là un récital au Carnegie Hall et devint bientôt membre du quartette de Gary Burton. Malheureusement, à l’exception des quelques disques qu’il grava avec le vibraphoniste, la plupart de ses albums n’ont jamais été distribués dans l’hexagone. Dommage, car ils réunissent une pléiade d’excellents musiciens parmi lesquels, John Abercrombie, Marc Johnson, John Scofield, Christian McBride, Peter Erskine pour ne pas les citer tous. Depuis quelques années le pianiste interprète également de la musique classique et a enregistré du Mozart et du Prokofiev avec le Scottish National Jazz Orchestra. Outre un florilège de ses propres compositions, Makoto Ozone jouera au Bal Blomet la “Rhapsody in Blue” de George Gershwin, une œuvre qu’il a interprétée en décembre dernier à la Maison de la Culture du Japon avec le No Name Horses Big Band.  

-Né au Sunset dans les années 90, associant orgue Hammond, guitare et batterie, le trio réunissant Emmanuel Bex (l’un des très rares organistes qui ne m’ennuie pas sur l’instrument), Philippe Catherine et Aldo Romano n’avait encore jamais enregistré de disque. “La Belle vie” (Sunset Records) répare cette lacune. Il est en vente depuis le 1er février et pour en saluer la sortie, nos trois musiciens donnent un concert au New Morning le 22, un « Sunset hors les murs » qui les verront interpréter le répertoire de l’album, leurs propres compositions. Hommage à Maurice Cullaz, La Belle vie pour Maurice d’Emmanuel Bex précédemment enregistré par ce dernier avec le BFG trio (Bex, Ferris, Goubert), donne son titre à ce premier album.

-Marc Benham semble connaître et apprécier toutes les périodes de l’histoire du jazz qu’il rassemble dans un piano espiègle. En partie acquise lors de ses études classiques, sa grande technique lui permet d’aborder tous les styles. Le stride, le dixieland, le swing, le bop n’ont pas de secrets pour lui. Il joue James P. Johnson, Fats Waller auquel il a consacré un disque en 2016 (“Fats Food” chez Frémeaux & Associés), mais aussi Keith Jarrett, Chick Corea, la musique de Super Mario, un jeu vidéo, et s’amuse à décortiquer non sans humour des standards.

 

“Gonam City” (NeuKlang), son disque le plus récent , Marc Benham l’a enregistré sur un piano de 102 notes avec Quentin Ghomari, le trompettiste de Papanosh. Des thèmes de Bud Powell, Sidney Bechet, Charles Mingus et des compositions originales en constituent le répertoire, point d’ancrage d’une musique poétique et originale au sein de laquelle tradition et modernité se rejoignent et se fondent. Les deux hommes sont au Sunset le 22 mars et leur disque, qui ne ressemble à aucun autre, donne bigrement envie d’aller les écouter.

-Rencontre improbable et étonnamment réussie du reggae et de la musique électronique, Sly Dunbar (batterie) et Robbie Shakespeare (basse), la plus célèbre section rythmique de l’histoire du reggae, retrouvent le 28 au New Morning le trompettiste norvégien Nils Petter Molvær et le guitariste Eivind Aarset, un cinquième homme, Vladislav Delay, renforçant la palette sonore de la formation. En attendant le concert, on écoutera la musique hypnotique et planante de “Nordub” (Okeh / Sony Music) leur unique album paru l’an dernier, un voyage sonore au sein duquel le groove jamaïcain réchauffe singulièrement le Nu Jazz norvégien.  

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com  

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

 

Crédits Photos : André Francis © Pierre de Chocqueuse – Marc Copland © Francesco Prandoni – Fred Hersch © Martin Zeman – Champian Fulton © Philippe Marchin – Philippe Soirat Quartet © Jean-Baptiste Millot – Fred Nardin Trio © Philippe Levy-Stab – Makoto Ozone © Kazashito Nakamura – Quentin Ghomari & Marc Benham © Pégazz & L’Hélicon – Nordub © Photos X/D.R.

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 10:45
Quelques « Sunnyside » de la GRANDE Amérique

Distribué en France par Socadisc, fondé en 1982 par François Zalacain, Sunnyside Records compte aujourd’hui plusieurs centaines d’albums à son catalogue. Nombre d’entre eux ont fait l’objet de chroniques dans ce blog, notamment des disques de Kevin Hays, Fred Hersch, Jean-Michel Pilc, Greg Reitan, Guilhem Flouzat (en trio avec le pianiste Sullivan Fortner), Dan Tepfer, Jeremy Udden, Denny Zeitlin et le coffret consacré au pianiste Joe Castro. En attendant la sortie prochaine des nouveaux albums de Nick Sanders et de Russ Lossing, trois disques récents du catalogue ont retenu mon attention. Vous trouverez la chronique du nouveau CD d’Aaron Goldberg dans le numéro de mars de Jazz Magazine qui sort ces jours-ci. Les deux autres, je vous invite présentement à les découvrir.

QUARTETTE OBLIQUE

(Sunnyside / Socadisc)

Dave Liebman aux saxophones (ténor et soprano), Marc Copland au piano, Drew Gress à la contrebasse et Michael Stephans à la batterie, soit le Quartette Oblique, quatre amis réunis sous l’égide du batteur qui a rédigé les notes de pochette de l’album, un opus enregistré live au Deer Head Inn (Delaware), le 3 juin 2017. Une majorité de standards dont trois thèmes de Miles Davis y sont interprétés. All Blues et So What, les plus longues plages du disque, les plus fiévreuses, sont pain béni pour Dave Liebman. Au soprano dans All Blues, au ténor dans So What, il souffle des phrases brûlantes, de longues plaintes véhémentes qui peuvent blesser certaines oreilles. Le saxophoniste tord aussi le cou à ses notes dans Nardis, les fait hurler. Au sein de Quest, un autre pianiste, Richie Beirach, éteignait l’incendie. Marc Copland fait de même, refroidit quelque peu la musique lorsqu’elle devient incandescente. En utilisant le vocabulaire du bop (dans All Blues notamment, morceau qui voit les musiciens s’écarter habilement du thème), mais en jouant aussi un piano cristallin aux notes tintinnabulantes. Une splendide version de In a Sentimental Mood dans laquelle chante le soprano, Vertigo, un thème de John Abercrombie qu’il enrichit d’une improvisation onirique, et Vesper, une valse flottante composée par Drew Gress, témoignent de la singularité de son art pianistique, un jeu volontairement brumeux, des accords qui étonnent et respirent. L’utilisation judicieuse des pédales de l’instrument lui permet de nuancer constamment son phrasé legato, de modifier la couleur de ses notes, d’allonger ou de diminuer leur résonance. Dans ces ballades, le saxophoniste tempère son ardeur. Ses instruments se font miel. Vesper lui donne l’occasion de solliciter les graves de son ténor. Adoptant un jeu mélodique, Dave Liebman souffle ses notes avec douceur et révèle son lyrisme.

Steve KUHN Trio

“To And From The Heart”

(Sunnyside / Socadisc)

Après “Wisteria” (ECM en 2011) et “At This Time…” (Sunnyside en 2016), ce disque est le troisième que Steve Kuhn, Steve Swallow et Joey Baron enregistrent ensemble. C’est aussi le plus réussi, les trois hommes parvenant ici à fusionner leurs instruments, à rendre leur musique étonnamment fraîche et mélodique. Batteur toujours à l’écoute de ses partenaires, Joey Baron adapte sa frappe au volume de la musique, pratique un jeu aussi fin que fluide dans les ballades, plus musclé lorsque la matière sonore nécessite de l’épaisseur. Toujours à la basse électrique, Steve Swallow reprend deux de ses thèmes dont Thinking of Loud qui introduit le disque. Sa belle mélodie est l’un des fleurons de “Real Book” (XtraWatt), un opus de 1993 qui réunit autour du bassiste Tom Harrell, Joe Lovano, Mulgrew Miller et Jack DeJohnette. Après avoir laissé Kuhn l’introduire au piano, il prend un premier solo. L’instrument ronronne, assure une judicieuse « walking bass », mais développe aussi le thème et chante comme un instrument mélodique. Swallow s’impose ici comme un soliste, prend des chorus sur de nombreux morceaux, le pianiste devenant alors accompagnateur de son bassiste. Si Kuhn connaît parfaitement les grilles du bop, c’est ici Bill Evans et non Bud Powell qui lui sert de modèle. Ballades qui nous sont familières (Never Let Me Go), incursions sur tempo médium au sein de mélodies parfois inattendues (Into the New World de la pianiste japonaise Michika Fukumori), la musique s’approche ici avec délicatesse, se joue avec le cœur. Réunies en un seul morceau, Trance et Oceans in the Sky, deux célèbres compositions de Kuhn, lui donnent l’occasion de jouer un piano plus modal, plus orchestral. Les belles notes ruissèlent sous les doigts du pianiste qui en fait chanter les thèmes et les rend inoubliables.

 

Quartette Oblique © Photo X/D.R.

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 09:26
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Prix Django Reinhardt en 1982, Michel Petrucciani aurait sûrement été très heureux d’assister à cette soirée hommage organisée par l’Académie du Jazz à La Seine Musicale le 9 février, vingt ans après sa disparition, d’entendre ses compositions jouées par ses amis musiciens et d'autres, non moins enthousiastes, rassemblés par François Lacharme qui avait choisi l'instrumentation, le répertoire et réparti les rôles . Joe Lovano et Géraldine Laurent (saxophones ténor et alto), Flavio Boltro et Lucienne Renaudin Vary trompettes) s'étaient vus confier les instruments à vent. Jacky Terrasson, Franck Avitabile et Laurent Coulondre, ce dernier jouant aussi de l’orgue, se relayaient au piano au cours de la soirée. Le guitariste en était Philippe Petrucciani, le frère de Michel. Géraud Portal à la contrebasse et Lenny White assuraient la section rythmique, sans oublier Aldo Romano, le compagnon des premiers disques de Michel, venu improviser un duo avec Lovano. Onze musiciens qui multiplièrent les combinaisons instrumentales, solo, duo trio, quartette, quintette, le rappel, Little Peace in C for U, que Michel Petrucciani enregistra avec Stéphane Grappelli, rassemblant neuf d’entre eux.

Après quelques mots émouvants d’Alexandre Petrucciani sur son père, Franck Avitabile au piano nous régala en solo d’un medley autour de J’aurais tellement voulu, une composition de Frédéric Botton que Michel reprend dans le film de Claude Berri “Une femme de ménage” et que Franck interprète aussi au générique. En duo avec Géraldine Laurent à l’alto, Franck reprit I Hear a Rhapsody, un standard que Michel et Lee Konitz interprètent dans “Toot Sweet” (OWL), un disque que produisit Jean-Jacques Pussiau. Présent à cette soirée, il fut salué par François Lacharme, car sans lui, certains des plus beaux disques de Michel n’auraient jamais été enregistrés. En duo avec Laurent Coulondre à l’orgue Hammond, Franck Avitabile nous offrit aussi une version de Rachid, un thème inclus dans “Conférence de Presse Vol.2” (Dreyfus), l’un des deux albums que Michel réalisa avec Eddy Louiss.

C’est en 1989, toujours sous les auspices de Jean-Jacques Pussiau, que Joe Lovano et Aldo Romano enregistrèrent “Ten Tales” pour OWL records. Ils avaient participé au Transatlantik Quartet d’Henri Texier et jouer à nouveau ensemble ne leur posait aucun problème. Pour célébrer Michel et leurs retrouvailles, ils improvisèrent un morceau, tambours et cymbales ponctuant et colorant très librement le chant du saxophone ténor. De son livre, “Ne joue pas fort, joue loin” (Éditions des Équateurs), des « fragments de jazz » publiés en 2015, le batteur entreprit la lecture d'un passage relatant sa rencontre avec Michel en 1980, la découverte de son piano à Saint-Martin-de-Castillon, le début d’une longue amitié.

Malgré sa participation à quelques enregistrements de Charles Lloyd dont il relança la carrière, Michel Petrucciani a peu joué dans les disques d’autres jazzmen. Exception notable, il est le pianiste de “From the Soul” que Joe Lovano enregistra en quartette en 1991 avec Dave Holland et Ed Blackwell. L’album contient Lines & Spaces, un morceau de Joe qui fut interprété en quartette, Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White entourant le saxophoniste. Ce dernier accompagna aussi la jeune trompettiste Lucienne Renaudin Vary, révélation de cette soirée, dans Hommage à Enelram Atsenig un extrait du premier album de Michel pour OWL.

Joe Lovano excelle dans les ballades. Ses phrases mélodiques aérées, son lyrisme, sa sonorité pleine et profonde donnent beaucoup de chaleur à la musique. Une magnifique version de Body and Soul en duo avec Jacky Terrasson confirma cette évidence. En grande forme, jouant un piano très physique dont les fermes accords n’oublient pas d’être mélodiques, ce dernier brilla en solo dans Michel et Michel, un medley au sein duquel il improvisa autour de You Must Believe in Spring de Michel Legrand, les musiques des deux Michel fusionnant harmonieusement.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Au programme également, deux extraits de “Music” (Blue Note), le plus réussi des albums « électriques » de Michel Petrucciani : Play Me, une pièce funky jouée en quartette avec Philippe Petrucciani à la guitare, et le célèbre Looking Up, en trio avec Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White, l’un des grands moments de ce concert.  Lenny White est l'un des batteurs de “Music” et il a enregistré ces deux morceaux avec Michel. Il est également le producteur de “The Manhattan Project” (Blue Note), un album de 1989 qui, sous sa houlette, rassemble Wayne Shorter, Michel Petruccciani, Stanley Clarke, Gil Goldstein et Pet Levin, Old Wine New Bottles, la première plage du disque, une de ses compositions, trouvant ici sa raison d’être.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

                                       NOUBA AU NUBIA

 

L’ « after », la fête après le concert, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Avec par ordre d'entrée en scène (lorsque les personnes ont été identifiées) :

Jacky Terrasson & Aldo Romano - André Villéger (discutant avec Jacqueline & Francis Capeau) - Aniurka, Xavier Felgeyrolles & Philippe Etheldrède - François Lacharme, Flavio Boltro & Joe Lovano - Claude Tissendier & Jean-Michel Proust - Françoise Philippe, Gérard Collet, Géraldine Laurent & Claude Carrière - Henri Texier - Hervé Sellin - Daniel Humair & Joe Lovano - Sylvie Durand & Véronique Coquempot - Jacky Terrasson & François Lacharme - Jean-Jacques Pussiau, Marielle Schipper & Franck Avitabile - Glenn Ferris & Anouk Allibaud-Ferris - Joe Lovano - Lucienne Renaudin Vary - Gilles Coquempot - Rachid Boutihane-Petrucciani, Philippe Petrucciani & François Lacharme - Aldo Romano & Franck Avitabile - Françoise Philippe & Jacques Pauper - Pierre de Chocqueuse, Pierre Christophe, Jean-Louis Lemarchand, Lionel Eskenazi & Baptiste Herbin - Marie-Laure Roperch, Rachid Boutihane-Petrucciani et une amie - Samuel Blaser & François Lacharme - Agnès Thomas, Anne Chepeau & Christophe Deghelt -Bénédicte de Chocqueuse, Véronique Coquempot, Philippe Gaillot & Aniurka - Franck Avitabile, Daniel Humair, Bruno Pfeiffer & Joe Lovano - Marc Sénéchal & Christine Badier - Simon Barreau & Marie-Claude Nouy - Alexandre Petrucciani, Geneviève Pereygne & Joe Lovano - Jacky Terrasson & Hervé Sellin - Laurent Coulondre - Mr. Bernardino Regazzoni & François Lacharme - Pierre de Chocqueuse, Claude Tissendier, Jean-Michel Proust & Michel Stochitch - Marie-Laure Roperch & Rachid Boutihane-Petrucciani - Michel Stochitch, Jean-Louis Lemarchand, Marc Benham, Samuel Blaser et (au premier plan) Gilles Coquempot & Luce-Anne Girard de La Seine Musicale. 

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Photos © Antoine Piéchaud & Pierre de Chocqueuse

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 09:10
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Rendez-vous médiatique et jazzistique incontournable que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des prix de l'Académie du Jazz* s’est tenue pour la première fois le 9 février dans l’auditorium de La Seine Musicale. Une cérémonie ouverte au public, l’Académie ayant choisi de la coupler à un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani, décédé il y a vingt ans le 6 janvier 1999. Le palmarès 2018 vous a été dévoilé lors de cette soirée. Les médias en ont fait largement écho et il est visible sur le site de l’Académie depuis plusieurs jours. Vous le trouverez également bien complet à la fin de cet article privilégiant le visuel. Attardez-vous sur les photos de mon carrousel jazzistique, sur ces instantanés pris la veille pendant les répétitions et en coulisses avant et pendant le concert. Le compte-rendu de ce dernier sera très prochainement dans le blogdeChoc. Avec des photos de « l’after » qui se déroula au Nubia, le club de jazz de Richard Bona, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Vous y reconnaitrez sans doute des visages familiers, le vôtre peut-être. Le petit monde du jazz s'y montre dans sa diversité.   

 

*Le collège électoral qui le décerne comprend une soixantaine d’académiciens, des journalistes essentiellement. Les membres des sociétés civiles et les gens du « métier » (producteurs, attaché(e)s de presse, éditeurs, agents artistiques) n’y sont pas admis, disques et musiciens étant ainsi récompensés en toute indépendance.

C’est dans un auditorium presque plein – quelques invités institutionnels avaient oublié de venir, laissant ainsi des places vides – que François Lacharme, incarnation de l'éclatante vitalité de l'Académie, prit la parole pour remercier La Seine Musicale, saluer le public, les personnalités et les musiciens présents.

 

Décerné à Youssef Daoudi pour “Monk !”, un épais roman graphique publié par Les Éditions Martin de Halleux, le Prix du livre de Jazz fut remis en mains propres à son auteur, grand amateur de jazz et du génial pianiste dont certains épisodes de la vie nous sont ici contés. Bénéficiant de savants cadrages, d’une mise en page subtile et aérée, les dessins de Daoudi font entendre comme par magie la musique de Thelonious Monk et de ses amis boppers, ses compagnons de route. En quelques traits de plume, Monk reprend vie devant nos yeux et fait chanter son inimitable piano. Ce bouquin en trois couleurs est une vraie réussite.

On est content pour Fabien Mary, souvent finaliste du Prix Django Reinhardt, mais heureux récipiendaire en 2018 du Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” un opus en octet du label participatif Jazz&People. Huit nouvelles compositions inspirées par les pérégrinations new-yorkaises du trompettiste qui les imagina puis les arrangea après une mauvaise chute. Un disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui pourrait être américain. Avec Hugo Lippi (guitare), Sylvain Romano (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie), Fabien Mary interpréta La Mesha, une ballade célèbre de Kenny Dorham.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Le Prix du Musicien Européen échut au tromboniste Samuel Blaser. C’est la seconde année consécutive que la Suisse est à l’honneur avec ce prix, la chanteuse Susanne Abbuehl l’ayant obtenu l’an dernier. Un prix remis par Son Excellence Monsieur Bernardino Regazzoni, ambassadeur de Suisse en France (et prochainement en Chine). Installé à Berlin, Samuel Blaser est l’auteur d’un corpus d’œuvres au sein desquelles les noms d’Oliver Lake, de Wallace Roney, Paul Motian, Russ Lossing, Thomas Morgan, Drew Gress, Gerald Cleaver sont familiers aux amateurs de jazz. Sans mollir, il nous offrit en solo une version pour le moins singulière de Creole Love Call, le thème de Duke Ellington donnant lieu à une sorte conversation entre deux personnages, le trombone, parfois avec sourdine, assurant les deux voix, glissandos et effets de growl nourrissant une improvisation audacieuse.

L’attribution du Prix de la Meilleure Réédition à “The Savory Collection 1935-1940”, un coffret Mosaïc d'enregistrements radiophoniques de Bill Savory consacrés à Lionel Hampton, Count Basie, Coleman Hawkins, Herschel Evans et Lester Young fut une surprise. On attendait “Both Directions at Once, The Lost Album” de John Coltrane ou “Long Ago and Far Away” de Charlie Haden et Brad Mehldau sur la plus haute marche du podium – ce prix récompense également des inédits. La commission préféra saluer le travail de Michael Cuscuna, maître d’œuvre de cette réédition Mosaïc.

Je partage avec d’autres l’idée que 2018 n’a pas été une grande année pour le Jazz Vocal. En absence de grands enregistrements et bien que “Melodic Canvas” soit le meilleur disque de la chanteuse Robin McKelle, le chanteur Kurt Elling, déjà récompensé par l’Académie en 1997 pour son album “The Messenger” (Blue Note), obtint le prix pour “The Question”, un disque du label Okeh. En son absence, c’est un autre finaliste, Allan Harris, un artiste « indéfectiblement lié à la scène new-yorkaise » qui fit acte de présence. Avec Laurent Coulondre au piano, il interpréta Memphis, un blues, un extrait de son album hommage au chanteur Eddie Jefferson inventeur des « vocalese ».

 

On regretta l'indisponibilité du pianiste Kenny Barron récipiendaire du Grand Prix de l’Académie pour son album “Concentric Circles” sur Blue Note. Un prix saluant la carrière exemplaire d’un musicien qui, outre des disques très réussis sous son nom, fut le dernier accompagnateur de Stan Getz et l’un des co-leaders de Sphere, l’un des groupes phares des années 80. François Lacharme en profita pour saluer Jean-Philippe Allard, qui produisit les derniers enregistrements de Getz avec le pianiste – le coffret “People Time” sur Verve, récompensé par l’Académie du Jazz en 2009 –, et quelques grands albums de Barron sur Impulse !

Confié à une commission, le Prix du Jazz Classique, fut attribué au groupe Les Rois du Fox-Trot pour leur “Hommage à Duke Ellington” (Ahead) devant “Beat” (Stunt Records), un album éblouissant du batteur danois Snorre Kirk, également finaliste du Grand Prix de l’Académie. En duo avec Sylvain Romano à la contrebasse, le saxophoniste Nicolas Montier, l’un de nos rois couronnés du fox-trot, nous offrit une version lyrique de Gone With the Wind, un standard de 1937 qu'il qualifia avec humour de « morceau normalement très joli ».

Pour remettre le prix phare de cette soirée, le très convoité Prix Django Reinhardt doté de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas, premier sponsor de l’Académie, François Lacharme appela sur scène Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la Fondation. Le prix fut attribué au saxophoniste Baptiste Herbin, 31 ans, un musicien originaire de Chartres, un habitué des jam-sessions parisiennes dont le premier disque “Brother Stoon” (Just Looking Productions) date de 2012. Baptiste est souvent au Brésil dont il adore les musiques. Il compte y enregistrer son prochain album en juin. À l’occasion de la remise de son prix, accompagné par le pianiste brésilien Leonardo Montana, Sylvain Romano à la contrebasse et Aldo Romano à la batterie, il interpréta Elsa M, une composition d’Aldo traité à la manière d’un choro brésilien.

 

Viendra-t-il ? C’est la question que se posaient les membres du Bureau de l’Académie du Jazz quelques jours avant cette remise de prix à propos de Martial Solal, Prix Django Reinhardt en 1955 et Président d’honneur de l’Académie. L’illustre pianiste qui avait donné un éblouissant concert en solo Salle Gaveau quelques jours plus tôt, un exercice pour le moins fatigant au regard de ses 91 ans, déclara forfait. Dommage, car lors de sa dernière assemblée générale, l’Académie avait décidé de l’honorer en lui offrant un trophée pour l’ensemble de son œuvre. Martial ayant beaucoup d’humour, le Prix du Jeune Talent s’imposait.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

 

LE PALMARÈS 2018

 

 

 

 

Prix Django Reinhardt :

BAPTISTE HERBIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

KENNY BARRON QUINTET « Concentric Circles »

(Blue Note / Universal)

Prix du Disque Français :

FABIEN MARY « Left Arm Blues (And Other New York Stories) »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Musicien Européen :

SAMUEL BLASER

Prix de la Meilleure Réédition :

THE SAVORY COLLECTION 1935-1940

(Mosaïc Records)

Prix du Jazz Classique :

LES ROIS DU FOX-TROT « Hommage à Duke Ellington »

(Ahead / Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

KURT ELLING « The Question »

(Okeh / Sony Music)

Prix Soul :

THEO LAWRENCE & THE HEARTS « Homemade Lemonade »

(BMG / Warner)

Prix Blues :

WALTER “WOLFMAN WASHINGTON « My Future Is My Past »

(Anti- / Pias)

Prix du Livre de Jazz :

YOUSSEF DAOUDI « Monk ! »

(Les Éditions Martin de Halleux)

Prix Spécial de l’Académie du Jazz :

MARTIAL SOLAL, pour l’ensemble de son œuvre

  

            ...............BEFORE & BACKSTAGE.............

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Photos © Antoine Piéchaud, sauf Allan Harris, François Lacharme & les lauréats de l'Académie © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, sauf :

Aldo Romano & Joe Lovano / Alexandre Petrucciani & Franck Avitabile / Pierre de Chocqueuse & Aldo Romano,  © Francis Capeau

Laurent Coulondre & Allan Harris / François Lacharme avec brosse à dents / Flavio Boltro / Alexandre Petrucciani & François Lacharme / photo de groupe (Aldo Romano, Leonardo Montana, Alexandre Petrucciani...) / Joe Lovano & François Lacharme / Franck Avitabile au piano / Philippe Petrucciani / Aldo Romano lecteur © Antoine Piéchaud

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 09:02
Michel, tout simplement

À la tête du Studio Recall dont il est aussi l’ingénieur du son, Philippe Gaillot, un bon ami, m’en parla le premier. Se rendant à un concert de jazz à Montpellier dans les années 70 – un trio inconnu occupait la scène –, il avait été frappé par l’énergie et la maturité du pianiste, un petit bonhomme haut comme trois pommes qui, doté de mains immenses, ne jouait pas comme les autres. Plusieurs années s’écoulèrent avant que je ne fasse sa connaissance en 1981. Après un premier disque pour EPM, un label confidentiel, Michel Petrucciani venait d’enregistrer en trio le premier des six albums que Jean-Jacques Pussiau allait bientôt produire pour OWL, son label. Certains d’entre eux comptent parmi les plus belles réussites de Michel.  

 

Chef de publicité du mensuel Jazz Hot, je m’étais lié d’amitié avec Jean-Jacques et me rendais fréquemment à son bureau, rue Liancourt, bureau qu’il partageait avec Geneviève Peyregne. J’y croisais des musiciens, Aldo Romano et Eric Watson, le plus souvent, Ran Blake lorsqu’il se rendait à Paris. Quand cela lui était possible, Jean-Jacques me faisait écouter le test pressing du prochain disque qu’il allait sortir et attendait mes commentaires. La vingt-cinquième référence de son catalogue, le OWL 025, était celui de Michel dont le visage poupin, photographié par Gilles Ehrmann et mis en valeur par la maquette de Bernard Amiard, intriguait. Quant à la musique, elle fut pour moi un véritable choc. Entre force et délicatesse, vélocité et romantisme, ce piano ne pouvait que me plaire.

 

Rue Liancourt, Jean-Jacques me fit donc entendre la plupart des disques de Michel, mais jamais en sa présence. “Toot Sweet”, son duo avec Lee Konitz, fut une source d’émerveillement ainsi que “Oracle’s Destiny”, son opus en solo que je préfère. Jean-Jacques m’avait bien sûr présenté Michel et avant qu’il ne s’installe en Californie, à Big Sur, il nous arrivait parfois de déjeuner ensemble. Aldo qui le portait lors de ses déplacements était souvent là lui-aussi ainsi que Geneviève qui s’occupait de ses concerts. J’ai oublié la plupart de nos conversations pleines de musique, mais je garde en mémoire le timbre de sa voix juvénile. Michel avait son franc parler, était direct dans ses propos. Il avait ses têtes et n’était pas toujours commode. Les journalistes incompétents en prenaient pour leur grade.

 

Ces deux photos prises par Jean-Marc Birraux lors d’un Grand Échiquier sont un peu plus tardives. Elles datent d’octobre 1985. Michel avait signé avec le légendaire label Blue Note et sa notoriété de pianiste s’était répandue partout. Sur la première, Jacques Chancel et Jean-Jacques Pussiau à gauche, Eugenia Morrison, son amie du moment (un morceau de “Note’n Notes” s’intitule Eugenia), Geneviève Peyregne et BHL à droite n’ont d’yeux que pour lui. Je l’ai peu fréquenté à cette époque. Michel voyageait, passait beaucoup de temps en Amérique. Le vaste monde serait bientôt son terrain de jeu.

 

C’est en me rendant au festival de jazz de Montréal, en juillet 1989, que l’occasion de le revoir se présenta. Michel venait de sortir “Music”, un disque plus commercial dans lequel il intègre des instruments électriques dans sa musique. Je pris le temps de le saluer après son concert, lui confiant que son album me plaisait. Comment ne pas aimer Looking Up, le morceau plein de fraîcheur par lequel il débute ? La même année, en septembre, Michel se produisit près de Rouen au festival de Blainville-Crevon. Jérôme Bénet, son maître d’œuvre, me demanda de présenter le concert. Je ne me souviens pas de la musique, mais garde en mémoire cette journée, celle de ma rencontre avec Bénédicte que j’allais épouser quelques mois plus tard. D’autres concerts de Michel nous réunirent dont celui, remarquable, qu’il donna en solo au Théâtre des Champs-Elysées en 1994. Il avait alors signé avec Francis Dreyfus, un homme d’affaires habile qui ne lui fera pas faire que de bons disques, mais le fit connaître auprès d’un vaste public ignorant tout du jazz. Michel s’éteindra célèbre à New York le 6 janvier 1999 à l’âge de trente-sept ans. 

 

Le 9 février, dans le cadre de sa traditionnelle remise de prix, l’Académie du Jazz lui rendra hommage à La Seine Musicale. Ses amis, mais aussi des musiciens qui jouèrent et enregistrèrent avec lui, tous témoins de ces années déjà lointaines au cours desquelles Michel était encore avec nous, s’y sont donnés rendez-vous. Vous en saurez davantage en parcourant la notice de mes « concerts qui interpellent » consacrée à un  événement qui, pour moi, réveille bien des souvenirs. Michel, ce drôle de petit homme qui faisait de si grands disques et jouait un si beau piano, méritait bien cet édito un peu long. 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Hailey Tuck au New Morning le 7 février. Enregistré à Los Angeles et produit par Larry Klein (Melody Gardot, Madeleine Peyroux), “Junk” (Silvertone / Sony Music), l'album que la chanteuse a publié l'an dernier, contient des chansons de Leonard Cohen, Ray Davis, Joni Mitchell, Paul McCartney, Last in Line, sa seule composition, s’intégrant parfaitement au répertoire d'un disque mêlant habilement le jazz et le folk. Née à Austin et installée à Paris, Hailey Tuck possède un grain de voix particulier. On pense à Madeleine Peyroux, mais aussi à Blossom Dearie à l'écoute de sa belle version de Some Other Time.

-Pierrick Pédron (saxophone alto) et le pianiste japonais Yutaka Shiina au Duc des Lombards le 7 et le 8 (deux concerts, 19h30 et 21h30). Sous la houlette de ce dernier, est né à Tokyo en mai 2018 le Yutaka Shiina Tokyo-Paris-Rome-New York Connection. Outre Pierrick, il comprend un autre poids lourd du saxophone, le ténor italien Max Ionata, Thomas Bramerie à la contrebasse et Junji Hirose à la batterie constituant la section rythmique de la formation. Né en 1964, pianiste du quartette de Roy Hargrove en 1990, Yutaka Shiina a enregistré plusieurs albums en trio sous son nom pour BMG. “United” (1998) réunit Christian McBride à la contrebasse et Clarence Penn à la batterie.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) réunissant neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D installé dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. L’un des ingénieurs du son du studio de Meudon y posa ses micros, enregistrant nos musiciens qui n’eurent chacun qu’une seule journée pour jouer la musique de leur choix. Deux soirées leur sont réservées au Sunside pour fêter en public la sortie de ces neuf disques. Le 8, Vincent Bourgeyx, Pierre De Bethmann, Pierre Christophe et Laurent Coq se relaieront au piano. Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin et Manuel Rocheman prendront la relève le 9. En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Le 9, l’Académie du Jazz remettra ses prix pour l’année 2018 dans l’auditorium de La Seine Musicale. Cette soirée qui débutera à 20h00 sera aussi un concert-hommage au pianiste Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans en janvier 1999. Je vous en ai communiqué le programme début décembre, vous annonçant que Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White participeront à l'évènement. Les lauréats de l’Académie du jazz qui se produiront en première partie de programme ne vous seront révélés que ce soir-là. Prévoyant, vous avez déjà acheté votre place, car ce concert, d’ores et déjà historique, affiche bien sûr complet.

-Accompagné par les musiciens de son trio – Yoni Zelnick à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie – le pianiste Yonathan Avishai présentera son nouveau disque au studio de l’Ermitage le 20 février. “Joys and Solitudes” dont vous pourrez lire ma chronique dans le nouveau numéro de Jazz Magazine (Choc) est le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM après deux albums pour le label Jazz & People, “The Parade”, un de mes treize Chocs de l’année 2016, révélant aussi un compositeur habile et un brillant orchestrateur. “Joys and Solitudes” est tout aussi enthousiasmant. Membre du quartette du trompettiste Avishai Cohen avec lequel il prépare un album en duo, Yonathan Avishai confirme sa place au sein du peloton de tête des pianistes de jazz.

-Le 25 à 20h30, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie accueille Brad Meldhau et le ténor anglais Ian Bostridge, grand interprète des lieder de Franz Schubert. Appréciant beaucoup la musique allemande et vouant lui aussi un culte à Schubert, le pianiste a consacré l’an dernier un disque à Bach et joue parfois en concert des intermezzi de Brahms. “Dichterliebe” (Les amours du poète), cycle de 16 lieder que Robert Schumann composa en 1840 sur des poèmes de l’écrivain Heinrich Heine, et un cycle de mélodies pour voix et piano composées par Brad Mehldau qui en a choisi tous les textes, seront au programme de ce concert, première date d’une tournée qui passera par Barcelone, Hambourg, Londres, Luxembourg et Berlin.

-Geoffrey Keezer au Duc des Lombards les 26 et 27 (deux concerts par soir, à 19h30 et 21h30). Génial mais imprévisible, le pianiste déconcerte ses admirateurs par l’originalité et la variété de ses projets. Il se passionne pour toutes sortes de musiques et ses disques peu nombreux et mal distribués, témoignent de son éclectisme culturel. Une composition de Duke Ellington peut y rencontrer un prélude de Bach, un des thèmes du film “Le Seigneur des Anneaux”, des musiques d’Hawaii, d’Okinawa, de Java et du Japon, Keezer jouant tout aussi bien du vibraphone, du marimba que du piano. C’est sur ce dernier instrument qu’il a enregistré en 2011 à San Diego “Heart of the Piano” (Motéma)  son plus bel opus en solo. Richie Goods (contrebasse), Jon Wikan (batterie) et la chanteuse Gillian Margot seront avec lui sur la scène du Duc pour interpréter le répertoire éclectique de “On My Way To You” (MarKeez Records), un album de 2018, son plus récent enregistrement.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits Photos : Michel Petrucciani au Grand Échiquier © Jean-Marc Birraux – Hailey Tuck © Rocky Schenck – Pierrick Pédron © Philippe Marchin – Donald Kontomanou, Yoni Zelnik & Jonathan Avishai © Caterina di Perri / ECM – Ian Bostridge © Sim Canetty-Clark – Brad Mehldau © Michael Wilson – Geoffrey Keezer & Gillian Margot © Photo X/D.R.

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:46
THE BARLOYD’S SESSIONS

“At Barloyd’s” (Jazz&People / Pias)

Coffret de 9 CD(s) réunissant 9 pianistes et quelques invités.

 

Le dénominateur commun de ces neuf enregistrements est le piano de concert à partir duquel ils ont été réalisés, un magnifique Steinway D longtemps abandonné à son sort au fond d’un hangar. Accordeur réputé, Bastien Herbin, le frère de Baptiste, le saxophoniste, l’acquit et le restaura patiemment, redonnant vie à l'instrument maltraité. Une fois réglé, ce piano avait besoin d’être joué pour à nouveau chanter, gronder, crier, pleurer faire pleinement battre son cœur remis à neuf.

 

L’instrument fut donc déposé dans le salon de l’appartement que Laurent Courthaliac alias Barloyd habite près de la République. Outre l’assurance que l’occupant des lieux allait beaucoup en jouer, Bastien Herbin savait aussi que d’autres pianistes parisiens allaient être tentés d’y poser leurs doigts, de faire fonctionner ses mécaniques. Partant de là, pourquoi ne pas en profiter pour les enregistrer ? Un studio mobile fut donc installé chez Barloyd par Julien Bassères, l’un des ingénieurs du son du studio de Meudon, chaque pianiste ne disposant que d’une seule journée pour jouer la musique de son choix, seul ou accompagné par un complice, un saxophoniste ou un bassiste dialoguant parfois avec lui. Neuf d’entre eux sont donc aujourd’hui réunis dans cet élégant coffret. Olivier Linden en a réalisé la maquette et Laurent Castanet les photos, des images en couleur de la capitale.

Tous reprennent des standards, des thèmes empruntés à des comédies musicales de Broadway et des compositions de jazzmen devenues fameuses. Thelonious Monk est ici le musicien le plus joué. Cinq de nos neuf pianistes jouent ses morceaux, Ask Me Know faisant l’objet de deux versions. Bien que diversifié, ce matériel thématique atteste leur attachement à un genre musical qui outre une grammaire et un vocabulaire spécifique, possède aussi une longue histoire. Le jazz, Franck Amsallem, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe, Laurent Coq l’ont d’ailleurs étudié et vécu en Amérique. Féru de be-bop, Laurent Courthaliac a été l’élève de Barry Harris et Pierre Christophe celui de Jaki Byard. Alain Jean-Marie, le vétéran de ces pianistes, a accompagné et enregistré avec de grands musiciens américains et le trio de Fred Nardin, le benjamin, comprend le contrebassiste israélien Or Barket et le batteur américain Leon Parker.

 

Plus de la moitié du CD de Laurent Coq et la presque totalité de celui de Pierre De Bethmann sont des compositions originales. La seule reprise de ce dernier, Ambleside est un morceau que John Taylor jouait souvent et qu’il a plusieurs fois enregistré. Tous les autres sont de Pierre. Leur complexité ne les empêche nullement d’être accessibles. Attends et son balancement, son thème étrange et insaisissable, est même très séduisant. S’y ajoutent trois Barloydesque(s), trois courtes improvisations. Pour être savante, la musique de Pierre est moins imprégnée de blues, des racines de la musique afro-américaine. On est plus proche de la musique classique européenne, mais le savoir-faire est évident et la technique considérable. Contrairement aux standards qui apportent des repères, une base mélodique sur laquelle l’auditeur peut s’appuyer, cette musique, fort intrigante au demeurant, demande une écoute attentive.

 

Pierre Christophe n'a pas la même démarche. Il n’est pas ici le compositeur inspiré de “Valparaiso” un disque Black & Blue entièrement consacré à ses compositions, mais l’humble et talentueux serviteur d’un répertoire dont il conserve et transmet la mémoire. Parfois accompagné par Olivier Zanot au saxophone alto, il est le seul pianiste de ce coffret qui délaisse ses œuvres au profil de celles des autres. Avec une seule composition personnelle, Laurent Courthaliac fait de même. Homme de culture, il apprécie les chansons inusables du « Great American Song Book », nombreuses dans un album qu’il partage avec Clovis Nicolas, présent à la contrebasse sur trois plages. Alain Jean-Marie aussi ne joue que des standards. Enfin, presque, car il reprend un morceau de Baptiste Herbin qui joue abondamment du saxophone alto dans son disque. Alain s’est toutefois réservé Lament (J.J. Johnson) et Drop Me Off in Harlem (Duke Ellington), deux thèmes dans lesquels il n’est plus l’accompagnateur dévoué du saxophoniste, mais un maître du piano.

 

Franck Amsallem et Fred Nardin jouent également peu leurs compositions. Franck chante sur Young and Foolish et Young at Heart mais c’est ici le pianiste qui impressionne. Son Bud Will Be Back Shortly, l’un des deux thèmes qu’il a écrit, est d’une rare élégance harmonique. Plus jeune, Fred Nardin a moins d’expérience mais est tout aussi talentueux. Ses reprises, il va les chercher chez des musiciens de jazz reconnus, John Coltrane, Thelonious Monk, Ornette Coleman, Duke Pearson et plus près de nous Eric Reed. “Opening” (Jazz Family) le premier disque qu’il a publié sous son seul nom, abrite Hope et Travel to, deux morceaux qu’il a écrits. Sa nouvelle version de Hope, en solo, est très réussie. Pour l'accompagner, Fred fait parfois appel à un bassiste, Samuel Hubert.  

 

Vincent Bourgeyx procède pareillement dans l’album qui lui est consacré. Son interlocuteur à la contrebasse est Pierre Boussaguet avec lequel il a enregistré “Hip”, l’un de mes treize Choc de 2012. “Short Trip”, son disque le plus récent pour Fresh Sound New Talent, contient Abbey et When She Sleeps, deux des trois thèmes qu’il a composés et qu’il reprend ici. Associant Kurt Weill et Ira Gershwin, This is New y figure aussi. Sa nouvelle version de When She Sleeps est beaucoup plus développée, plus lyrique que la précédente. Contrairement à ce qu'indique la pochette, Vincent l’interprète en solo.

 

Grand technicien du piano, Manuel Rocheman joue avec autant de bonheur des standards du bop, des classiques de Broadway que ses propres compositions – Promenade et Heart to Heart que contient “MisTeRIO” (Bonsaï), son plus récent album. Depuis sa découverte tardive de Bill Evans, Manuel tempère toutefois sa virtuosité et laisse davantage respirer les belles lignes mélodiques de sa musique. Le disque qu’il lui a consacré en trio en 2010, “The Touch of your Lips” (Naïve), contient d’ailleurs La valse des chipirons. Autre reprises, You Must Believe in Spring de Michel Legrand qui donne son titre à un album posthume de Bill Evans et B Minor Waltz, une des célèbres compositions de ce dernier.

 

Ils seront tous au Sunside en février, Pierre De Bethmann, Vincent Bourgeyx, Pierre Christophe et Laurent Coq le 8, Franck Amsallem, Alain Jean-Marie, Fred Nardin, et Manuel Rocheman le 9. Maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent aux deux concerts. 

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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 09:37
Les ermites aussi partent à la retraite !

Janvier. Celui de la Montagne Sainte-Geneviève vient de prendre la sienne, au grand dam des amateurs de jazz et de blues fort contrariés par cette nouvelle. Cela faisait presque trente-trois ans que Gilles Coquempot s’était installé là-haut, à l’ombre du clocher de l’église Saint-Étienne-du-Mont qui chaque samedi soir à dix-huit heures trente, fait carillonner ses cloches, étourdissant vacarme rendant l’écoute de toute autre musique impossible. Dans son antre, Crocojazz, un ermitage d’une propreté exemplaire malgré l’usure du temps, le Père Gilles était l’un des derniers vendeurs de jazz à connaître parfaitement son métier. Ses clients venaient parfois de lointains pays pour acquérir telle ou telle pièce manquante de leur discothèque, “Gone With the Woodwinds! de Lyle Murphy que l’oncle Galip, grand amateur de jazz West Coast, avait fait entendre à Istanbul à ce client turc, alors qu’il n’était encore qu’un gamin en culottes courtes, ou la musique d’“Odds Against Tomorrow” – un album United Artists, l’UAL 4061 précisait l’ermite dont le savoir jazzistique impressionnait ses visiteurs – qui avait tant marqué cet australien de passage, une partition de John Lewis qui apporte beaucoup au film de Robert Wise qu’il avait vu adolescent dans un cinéma de Brisbane.

 

Des disques de jazz et de blues, le Père Gilles leur en avait vendu beaucoup, surtout des vinyles, des éditions originales aujourd’hui recherchées. Les pèlerins criaient miracle lorsqu’ils dénichaient l’album depuis si longtemps désiré. L’ermite exauçant souvent leurs prières, leurs cris de joie s’entendaient jusque dans la rue escarpée qu’ils avaient eu tant de mal à gravir. Oubliés les souffrances de la montée, les cœurs trop palpitants, les jambes lourdes et flageolantes. Ils repartaient aussi joyeux que s’ils avaient découvert le Saint Graal ou l’Arche d’Alliance.

 

De tels ermitages, il n’en existe presque plus à Paris. Les vinyles aujourd’hui fabriqués qui remplissent les bacs des FNAC et des grandes surfaces sont le plus souvent des copies numériques. Des rééditions analogiques, il n’y en a pas beaucoup. Le Père Maxime qui vend toujours d’anciennes et précieuses reliques au pied des arènes de Lutèce prend lui aussi de l’âge. Également fréquentée par beaucoup d’étrangers, la petite boutique de la rue de Navarre déborde de trésors. Les prix sont raisonnables. Les pièces rares coûtent beaucoup plus cher, mais personne ne vous oblige à les acheter. Paris Jazz Corner reste l’un des derniers magasins de disques qui vend encore du jazz dans une capitale qui naguère en comptait beaucoup. Aujourd’hui le clic remplace la claque d’une heureuse découverte. Quel plaisir peut-on éprouver à acheter sur internet ? Il faut se rendre à l’évidence, le disquaire parisien, hélas!, appartient au passé.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

-Melanie De Biaso à la Seine Musicale (auditorium, 20h30) le 17 janvier. Ceux qui comme moi ont assisté au concert qu’elle donna au théâtre de l’Odéon en juin dernier ne l’ont pas oubliée. Sur scène la chanteuse se donne entièrement à son art, envoûte par sa voix expressive et grave, sa gestuelle, les fascinantes ambiances nocturnes d’une musique modale que traversent les troublantes improvisations qu’elle s’autorise à la flûte. Pour cette prestation très attendue, Matthieu Van (piano, vintage synthétiseurs), Axel Gilain (contrebasse, basse électrique, guitare) et Aarich Jespers (batterie, percussions) remplaceront les fidèles Pascal Mohy et Pascal Paulus aux claviers qui l’accompagnent depuis ses débuts discographiques. Publié en 2007 “A Stomach is Burning” relève encore du jazz. “No Deal” qui paraît six ans plus tard et contient 33 minutes de musique est une plongée dans un univers beaucoup plus personnel, une musique onirique au fort pouvoir de séduction. Un large public est au rendez-vous lorsque Melanie De Biaso fait paraître “Lilies” en 2017, un recueil de chansons qui étonnent et ouvrent davantage encore les portes du rêve.

Les ermites aussi partent à la retraite !

-Bobo Stenson au studio 104 de Radio France le 19 à 20h30 dans le cadre de l’émission Jazz Sur le Vif animé par Arnaud Merlin. Méconnu en France et jouant très rarement à Paris, le pianiste suédois est pourtant l’un des meilleurs de la planète jazz. Son toucher délicat, ses harmonies élégantes et sophistiquées, son goût du détail et de la mélodie n’ont pas échappé à l’Académie du Jazz qui, toujours vigilante lui décerna son Prix du Jazz Européen en 2001. À cette date, outre plusieurs albums sous son nom pour ECM, Bobo Stenson a déjà enregistré des albums importants avec Charles Lloyd et Tomasz Stanko. Il se déplace à Paris avec les musiciens de son trio habituel. Anders Jormin, son bassiste depuis les années 80 est également l’auteur d’une partie non négligeable d’un répertoire éclectique. Créant un tissu percussif souple et distendu qui donne beaucoup de liberté au pianiste, Jon Fält, son batteur depuis l’enregistrement de “Cantando” en décembre 2007, complète la formation. Le groupe BwaLaurent Coq (Fender Rhodes), Ralph Lavital (guitare), Swaéli Mbappé (basse électrique), Laurent-Emmanuel Tilo Bertholo (batterie) – assurera la première partie du concert.

-Martial Solal en solo Salle Gaveau le 23 (20h30), un événement que ne peut difficilement ignorer un amateur de piano. Né en 1927 (il a eu 91 ans le 23 août), Martial le sorcier espiègle fait chanter son instrument mieux que tout autre avec l’humour dont il sait si bien saupoudrer sa musique. L’esprit vif, les doigts toujours agiles, Martial, enchanteur beaucoup plus facétieux que Merlin, étonne toujours. Les notes qu’il bouscule et renverse joyeusement, les citations drôles et inattendues dont il aime truffer ses morceaux témoignent de l’art pianistique de la joie que sa musique fait entendre.

 

-“Histoires improvisées” (JMS / Pias) son dernier disque est sorti beaucoup trop tardivement pour que je puisse en parler. Je vous recommande ici cet album entièrement créé en studio par Martial qui, tirant d’un chapeau des petits papiers, découvrit les sujets de ses improvisations : Lizt, Alger, À bout de souffle, Claudia, What is this Lee… soit 19 pièces assez courtes à inventer. Le pianiste les commente oralement, puis les illustrant avec des notes aussi brillantes qu'inattendues, fait délicieusement tourner nos têtes.

-“Bird with Strings” à la Philharmonie le 27 (grande salle Pierre Boulez, 20h30). Charlie Parker qui rêvait de faire un album avec des cordes l’enregistra en novembre 1949. Rassemblés dans un coffret comprenant trois 78 tours, ces six morceaux connurent un grand succès. Un hautbois, quelques violons, un alto, un violoncelle, une harpe, un piano (Stan Freeman), et une section rythmique (Ray Brown et Buddy Rich) offraient de nouvelles combinaisons sonores au saxophoniste qui réclamait depuis longtemps des cordes à Norman Granz, le producteur de ses disques Mercury. Christophe Dal Sasso leur apportant aujourd’hui de nouveaux arrangements, ces standards du jazz (Just Friends, Summertime, Everything Happens to Me, April in Paris, I Didn’t Know What Time It Was, If I Should Lose You) se verront confiés aux saxophonistes Géraldine Laurent, Pierrick Pédron, Thomas de Pourquery, Olivier Bogé et Logan Richardson, le chef Bastien Stil assurant la direction de l’orchestre.

-Un concert en hommage au pianiste et compositeur Thierry Lalo, fondateur et directeur musical des Voice Messengers, disparu le 16 novembre dernier, aura lieu le dimanche 27 de 18h00 à minuit au Sunside. Pour son disque “Lumières d’Automne” (Black & Blue), la formation avait obtenu en 2007 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Augmentée de ses anciens membres, elle interprétera les compositions et arrangements de Thierry. Michele Hendricks, Manuel Rocheman, Jean-Loup Longnon, François Laudet, Chloé Cailleton, Raphaël Dever, Philippe Soirat, Glenn Ferris, Jérôme Barde et plusieurs autres musiciens ont également confirmé leur présence à cette soirée. Les recettes serviront à financer le prochain album du groupe, son troisième. Je rappelle que la collecte mise en place pour y contribuer se poursuit pendant plusieurs semaines. Le lien pour y accéder est le suivant : www.helloasso.com/associations/les-voice-messengers-association-loi-1901

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Salle Gaveau : www.sallegaveau.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédits Photos : Gilles Coquempot © L’Anachorète du Grand Désert – Bobo Stenson Trio © Catarina Di Perri / ECM Records – Thierry Lalo © Jean-Louis Blérol.

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 00:17
Voeux 2019

  Bonne et Heureuse année  2019

                       Happy New Year

                                                         🎵🎵🎵

Felice anno nuovo - Frohes neues Jahr - Feliz año nuevo - Feliz ano novo

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21 décembre 2018 5 21 /12 /décembre /2018 10:35

Ce 21 décembre, le soleil entre dans le solstice d’hiver, l’annonce d’une année qui s’achève. Avec les fêtes, les familles se retrouvent, se réunissent. On fraternise avec le voisin, on réunit ses amis autour du sapin illuminé. Offrir, partager, prendre le temps de lire, écouter, rêver… Janvier, c’est aussi la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz, mais vous patienterez quelques semaines de plus pour les découvrir.

 

Comme je vous l’ai précédemment annoncé, le palmarès sera dévoilé le 9 février à la Seine Musicale au cours d’un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans en 1999. Ne tardez pas à acheter des billets pour cet événement exceptionnel réunissant les nombreux musiciens qui ont tenu à y participer. Franck Avitabile, Flavio Boltro, Laurent Coulondre, Géraldine Laurent, Joe Lovano, Philippe Petrucciani, Géraud Portal, Lucienne Renaudin Vary, Aldo Romano, Jacky Terrasson et Lenny White assureront la deuxième partie et les lauréats de l'Académie du Jazz la première.

 

Le blog de Choc a fêté ses dix ans en septembre. J'ai beaucoup hésité à l'arrêter mais votre fidélité m'en a finalement dissuadé. Cette aventure va donc se poursuivre en 2019 avec peut-être moins de chroniques, de concerts qui interpellent. L'actualité du jazz en décidera, mais les bons disques qui actuellement me parviennent et doivent bientôt paraître m'encouragent à garder le rythme.

 

Comme chaque année, ce blog sommeillera jusqu’à la mi-janvier. Pas plus tard, car des concerts alléchant sont prévus – Martial Solal à Gaveau, Bobo Stenson à Radio France – et, mon enthousiasme pour le jazz ne faiblissant pas, je me dois de vous en tenir informé.

 

                       Bonnes et heureuses fêtes de fin d’année.

 

-Réservation concert hommage à Michel Petrucciani à la Seine Musicale : www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/michel-petrucciani_e422

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14 décembre 2018 5 14 /12 /décembre /2018 09:58
Photo : Opération Greenhouse © Collection Everett

Photo : Opération Greenhouse © Collection Everett

Vous les attendiez ces 13 disques que je place au-dessus des autres, mes lauréats de 2018. Vous retrouverez dans ce palmarès des musiciens qui ont l’habitude d’y être. Fred Hersch, Brad Mehldau, Enrico Pieranunzi font régulièrement de grands disques. Bruno Angelini aussi. Déjà Choc de l’année en 2017, le batteur danois Snorre Kirk récidive avec un album encore plus enthousiasmant. Tous ont fait l’objet de chroniques dans ce blog ou dans Jazz Magazine. Comme à mon habitude, je n’écris que sur ceux qui m’éblouissent, préférant passer les autres sous silence. Ce choix subjectif correspond à mes goûts. Ceux qui me lisent régulièrement connaissent mon intérêt pour le piano mais Jacques Vidal est un contrebassiste, Eddie Daniels un clarinettiste et Snorre Kirk un batteur.

 

Des regrets, j’en ai bien sûr. Sélectionner 13 disques n’est pas facile. J’aurai pu tout aussi bien choisir “Wine & Waltzes” ou “Blue Waltz” d’Enrico Pieranunzi, mais “Monsieur Claude” garde ma préférence. Thomas Bramerie, Stephan Oliva, Stéphane Kerecki, Kenny Werner, John Surman et Andy Sheppard ont également sorti de bons albums cette année. Ces deux derniers sont des artistes ECM, un catalogue riche en merveilles. Présents dans ce palmarès, les CD(s) de Tord Gustavson, Bobo Stenson et Keith Jarrett (un de mes deux inédits) sont aussi des disques ECM. Ils confirment la bonne santé du jazz européen qui représente plus de 50% d’une sélection que je vous invite à découvrir et bien sûr à écouter.

 

11 nouveautés…

Bruno ANGELINI : “Open Land”

(La Buissonne / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 16 avril

Open Land”, fait entendre un univers musical onirique d’une grande richesse, un jazz de chambre mélodique et largement ouvert à l’improvisation. Les timbres sont traités avec une grande douceur par les musiciens, Bruno Angelini (piano), Régis Huby (violons), Claude Tchamitchian (contrebasse) et Edward Perraud (batterie). Contrairement à “Instant Sharings”, son premier opus, la formation s’est rendue au studio la Buissonne avec un répertoire original apporté par son pianiste et rôdé en concert. Des compositions pensées pour les couleurs, les timbres des instruments qui, entremêlés, donnent au groupe sa sonorité particulière, sa signature qui le distingue de tous les autres.

Marc COPLAND : “Gary”

(Illusions / www.illusions-music.fr)

Chronique dans le blog de Choc le 15 novembre

Presque entièrement consacré à des compositions de Gary Peacock, produit par Philippe Ghielmetti et enregistré en avril à La Buissonne par Gérard de Haro, “Gary” est l’un des grands opus de Marc Copland, un disque en solo dans lequel le pianiste donne à ce répertoire qu’il connaît bien une grande dimension onirique. Mises en valeur, habillées d’harmonies flottantes et rêveuses que favorisent un jeu de pédales très élaboré et une grande finesse de toucher, les mélodies deviennent prétextes à d’inépuisables variations de couleurs harmoniques et acquièrent un aspect grandiose et introspectif que les propres enregistrements du bassiste sont loin de toujours posséder.

Eddie DANIELS : “Heart of Brazil”

(Resonance / Bertus)

Chronique dans le blog de Choc le 13 juillet  

De son propre aveu, Eddie Daniels ne connaissait pas la musique du compositeur brésilien Egberto Gismonti avant que George Klabin, le producteur de cet album, ne la lui fasse entendre. Éblouissant à la clarinette dont il est un virtuose incontesté, mais également très convaincant au saxophone ténor, Daniels habille ici de nouveaux arrangements la musique du compositeur brésilien, un mélange équilibré et savoureux de musique savante et populaire dépassant le cadre de la samba, du choro ou de la bossa nova. Un quartette comprenant le pianiste Josh Nelson (l’un des arrangeurs de cet album), le batteur brésilien Maurizio Zottarelli, et un quatuor à cordes qui dialogue souvent avec les solistes (le Harlem Quartet), en assure l’instrumentation.

Tord GUSTAVSEN Trio : “The Other Side”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°709 - septembre (Choc)

Après plusieurs albums en quartette, et un disque en trio avec la chanteuse germano-afghane Simin Tander, Tord Gustavsen a choisi de revenir au trio piano, contrebasse, batterie. Enregistré avec Jarle Vespestad, son batteur habituel, et Sigurd Hole, un nouveau bassiste, “The Other Side” son huitième opus pour ECM est plus que jamais inspiré par la musique sacrée, hymnes religieux norvégiens et chorals de Jean-Sébastien Bach constituant une part importante du répertoire. L’épure, l’ascétisme musical que recherche le pianiste s’exprime dans son jeu qui ornemente a minima pour mieux dire l’essentiel. Les notes se font ici légères comme si l’Esprit Saint soufflait sur elles, la musique, lente, contemplative et d’une grande simplicité mélodique, acquérant une profondeur spirituelle à laquelle on n’est plus habitué.

Fred HERSCH Trio : “Live in Europe”

(Palmetto / Bertus)

Chronique dans Jazz Magazine n°705 - mai (Choc)

Enregistré dans un studio de Bruxelles lors d’une récente tournée européenne effectuée avec John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie), ses musiciens habituels, ce “Live in Europe” est encore plus enthousiasmant que “Sunday Night at the Vanguard”, un disque que Fred Hersch considère comme étant le meilleur de ses nombreux albums en trio. C’est dire l’excellence du programme musical qui nous est ici proposé. Dédiant comme à son habitude ses compositions à des amis, des artistes qu’il affectionne, Hersh joue à cache-cache avec des notes que ses deux mains autonomes font sortir de son piano. Jouant simultanément plusieurs lignes mélodiques, recourant au contrepoint, il aborde blues et calypso, reprend deux thèmes de Wayne Shorter et termine sa prestation par un Blue Monk qui ensorcelle.

Snorre KIRK : “Beat”

(Stunt / Una Volta Music)

Chronique dans Jazz Magazine n°712 - décembre (Choc)

Le procédé est connu : on frappe dans ses mains pour se réchauffer. Le batteur Snorre Kirk vient du froid, du Danemark, non pour espionner mais pour battre d’autres tambours, rythmer une musique chaude comme de la braise. Count Basie, Duke Ellington et Wynton Marsalis se font entendre dans ses compositions, ses arrangements très soignés. Dans la même veine musicale que “Drummer & Composer” publié l’an dernier, l’un des treize Chocs 2017 de ce blog, “Beat” est encore plus enthousiasmant. Cocktail détonnant à base de swing, de blues et de rythmes afro-cubains, il réunit un sextette comprenant cornet, saxophone alto (ou clarinette) saxophone ténor, piano, contrebasse et batterie. Jan Harbeck, le ténor de la formation, a enregistré un album très réussi avec le saxophoniste Walter Smith III et son pianiste, Magnus Hjorth, est l’un des grands de l’instrument.

Brad MEHLDAU Trio : “Seymour Reads the Constitution !”

(Nonesuch / Warner)

Chronique dans Jazz Magazine n°706 - juin (Choc)

On peut lui préférer, “Blues and Ballads” publié il y a deux ans, l’un des treize Chocs 2016 de ce blog, un album aux tempos lents au sein duquel la mélodie est constamment privilégiée. D’une grande unité stylistique et lourd d’improvisations audacieuses “Seymour Reads the Constitution!” reste toutefois un grand disque de Brad Mehldau. Mêlant compositions nouvelles et standards – Beatrice de Sam Rivers et De-Dah de Elmo Hope, mais aussi Friends de Brian Wilson et Great Day de Paul McCartney –, le pianiste envoûte par son flot de notes, son univers harmonique aux longues phrases en constante expansion. Étroitement associés à sa musique Larry Grenadier et Jeff Ballard canalisent cette énergie qui le pousse à questionner sans relâche et jusqu’au vertige les thèmes qu’il aborde pour nous offrir la plus belle des musiques.  

Enrico PIERANUNZI / Diego IMBERT / André CECCARELLI :

“Monsieur Claude {A Travel with Claude Debussy}”

(Bonsaï Music / Sony Music)

Chronique dans le blog de Choc le 26 mars

Multipliant les enregistrements, Enrico Pieranunzi a fait paraître quatre albums en 2018. Je les aime tous, mais ma préférence va à ce “Monsieur Claude” consacré à des relectures de quelques pages de Claude Debussy, un disque publié en début d’année qui, du fait de la présence dans quatre morceaux de la chanteuse Simona Severini, fait polémique. C’est pourtant elle qui ajoute à ce enregistrement un supplément d’âme, le rend si attachant. Composé par le Maestro, L’adieu, un poème de Guillaume Apollinaire confié à sa voix, rencontre l’interprète idéale pour en chanter les notes. Dans quatre autres plages, David El Malek rejoint le trio du pianiste. Diego Imbert et André Ceccarelli  – l’album sort sous leurs trois noms – en constituent la section rythmique et font merveille en trio.

Bruno RUDER & Rémi DUMOULIN : “Gravitational Waves”

(Association du Hajeton / Absilone)

Chronique dans le blog de Choc le 23 février

Enregistré en public en janvier 2016 avec le batteur Billy Hart, qui trouve ici un répertoire sur mesure lui permettant d’exprimer pleinement son art, “Gravitational Waves” contient une musique généreuse, ouverte et étonnamment vivante. Le batteur apporte beaucoup à ces morceaux composés par le pianiste Bruno Ruder et le saxophoniste Rémi Dumoulin, leaders d’une formation que complète le trompettiste Aymeric Avice et le bassiste Guido Zorn. Adoptant une ponctuation rythmique inhabituelle, Hart suggère le tempo sans le jouer, profite des simples riffs, des courts motifs mélodiques qui structurent la musique pour inventer avec ses partenaires de jeu un jazz moderne parfois abstrait, souvent lyrique dont la trame musicale, riche en surprises, offre tous les possibles.

Bobo STENSON Trio : “Contra la indecisión”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°702 - février (Choc)

Aucune note inutile chez ce grand Monsieur du piano dont le jeu délicatement introspectif est d’une telle finesse harmonique qu’il faut plusieurs écoutes pour pleinement la goûter. Avec le contrebassiste Anders Jormin qui signe ici la moitié du répertoire, Bobo Stenson a longtemps été le pianiste de Charles Lloyd, les deux complices se retrouvant également sur deux albums ECM du regretté Tomasz Stanko, le label munichois publiant aussi ceux de son trio. Jon Fält, son batteur, l’a rejoint en 2007 et “Contra la indecisión” est le troisième album qu’ils font ensemble. Une esthétique européenne du jazz s’affirme dans leur musique souvent modale. Leurs relectures décalées d’œuvres composées par Erik Satie, Béla Bartók et Federico Mompou comptent parmi les grands moments de cet opus d’une rare élégance.

Jacques VIDAL Quintet : “Hymn”

(Soupir Editions / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc le 24 octobre

Publié en 2007, “Mingus Spirit” aurait certainement été un de mes 13 Chocs de l’année 2007 si ce blog crée l’année suivante, avait alors existé. Comme lui, “Hymn” rassemble des compositions personnelles de Jacques Vidal sur lesquelles souffle l’esprit de Mingus. Une épaule démise l’empêchant de jouer de la contrebasse, Jacques s’est remis à l’écriture et réintroduit le piano dans sa musique. Arrangée par ses soins, elle reflète l’attention qu’il porte aux timbres, aux couleurs, aux volumes, un travail sur la forme, une mise en espace laissant beaucoup de liberté aux solistes, à Pierrick Pédron et Daniel Zimmermann déjà présents dans “Mingus Spirit”. Retrouvant son instrument un temps délaissé, Jacques donne une assise rythmique et livre des commentaires mélodiques à sa musique lyrique et inspirée.   

…Et deux inédits

 

Charlie HADEN & Brad MEHLDAU : “Long Ago and Far Away”

(Impulse / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 24 novembre

Charlie Haden a toujours aimé rencontrer d’autres musiciens. Plusieurs de ses disques sont des duos qui ont parfois été publiés après sa mort. Enregistré en public avec Brad Mehldau en novembre 2007, “Long Ago and Far Away” est presque du même niveau que trois autres albums dans lesquels il est associé à des pianistes, le sublime “Tokyo Adagio” avec Gonzalo Rubalcaba et les non moins enthousiasmant “Night and the City” avec Kenny Barron et “Nightfall” avec John Taylor. Les six standards qu’il contient permettent à Mehldau de jouer souvent son meilleur piano. Une contrebasse aussi mélodique que rythmique et au son volumineux l’accompagne sans jamais chercher à s’imposer. My Love and I de David Raskin, un morceau qu’Haden interprète souvent, et la somptueuse version de Everything Happens to Me qui conclut cette rencontre en sont les deux sommets.

Keith JARRETT Trio : “After the Fall”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 19 mars

Enregistré en novembre 1998, après la maladie qu’il l’a contraint d’arrêter tous ses concerts, “After The Fall” (après la chute) est le disque de la résurrection de Keith Jarrett, de son retour sur scène après presque deux ans d’absence. Il doute encore de lui, mais avec Gary Peacock et Jack DeJohnette, il sait qu’il peut donner le meilleur de lui-même et retrouver sa confiance. Bouncing With Bud de Bud Powell qui lui permet d’éprouver la mobilité de ses doigts, Doxy de Sonny Rollins, One For Majid de Pete La Roca, Scrapple from the Apple de Charlie Parker, le bebop est la musique idéale pour constater l’état de sa technique. When I Fall in Love, une ballade, révèle la délicatesse de son toucher et une version excitante d’Autumn Leaves, dans laquelle Jarrett dialogue avec son batteur et laisse parler une contrebasse inventive, témoignent de son piano retrouvé.

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