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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 09:22
Marc COPLAND : “Gary” (Illusions / UVM)

Marc Copland et Gary Peacock ont très souvent joué ensemble. Gary tient la contrebasse dans le premier disque de Marc qui s’appelait alors Marc Cohen. C’était en 1988 et leur complicité dure toujours. Marc est aujourd’hui le pianiste du trio de Gary que complète le batteur Joe Baron. Deux albums existent sur ECM. Le premier, “Now This”, contient quatre des huit thèmes de “Gary”, un disque en solo presque entièrement consacré aux compositions du bassiste enregistré en avril par Gérard de Haro au studio La Buissonne. Deux d’entre elles, Requiem et Vignette, sont les deux dernières plages de “Gary” mais aussi de “What It Says”, l’un des deux opus que Marc et Gary ont enregistré en duo, un disque également produit par Philippe Ghielmetti.

Ces morceaux, Gary Peacock les a souvent joués. Avec Marc Copland mais aussi avec le pianiste Masabumi Kikuchi au sein du groupe Tethered Moon dont il fut le bassiste. “Voices” qu’il enregistra au Japon en 1971, où il séjourna longtemps, contient la toute première version de Voice from the Past. Dans “Gary”, Marc met en valeur sa mélodie et parvient à lui donner un aspect grandiose que ne possède pas l’original. Il prend le temps d’en poser les notes, de les faire sonner et respirer. Il fait de même dans Gary, un thème d’Annette Peacock qui fut l’épouse du bassiste avant de devenir celle de Paul Bley. L’album ECM “Paul Bley with Gary Peacock”, l’un des premiers que publia la firme munichoise, en contient une version plus abstraite en trio. Moor y figure aussi. Le bassiste l’enregistra également à Tokyo en 1970 avec Masabumi Kikuchi et Hiroshi Murakami à la batterie. Marc Copland le joue comme une valse lente, l’habille d’harmonies flottantes et rêveuses. Associée à un jeu de pédales très élaboré, la finesse de son toucher favorise le scintillement de ses notes. Dans Gaia, de légères vibrations sonores les diffractent comme si un miroir en renvoyait l’écho, une mélodie devenant ainsi prétexte à d’inépuisables variations de couleurs harmoniques. La version de Gaia en trio que contient “Now This” est un peu plus rapide et Marc y fait joliment tintinnabuler ses notes. En solo, sans un batteur pour marquer le tempo, le pianiste donne une bien plus grande dimension onirique à la musique.

Traversé de notes diaphanes et cristallines, Empty Carousel que Gary Peacock enregistra en 1993 avec Ralph Towner envoûte par son aspect sombre, la gravité de sa ligne mélodique. Random Mist est au départ une improvisation à la contrebasse, une mélodie née de l’instant. On la trouve dans le second des deux albums que Peacock enregistra en duo avec Paul Bley, une séance italienne de 1992 pour le label Soul Note. A la demande de Philippe Ghielmetti, Marc en a relevé le thème et greffe dessus une improvisation majestueuse. Requiem que Peacock enregistra plusieurs fois invite à un certain recueillement. C’est une pièce austère dont les accords alambiqués frappent l’oreille et que la mémoire conserve. “Gary” se referme sur une version de Vignette différente de toutes celles qui existent déjà. C’est la plus célèbre composition de Gary Peacock qui l’enregistra une première fois avec Keith Jarrett et Jack DeJohnette en 1977 pour “Tales of Another” (ECM). Jarrett fut si content de cette séance studio organisée par le bassiste qu’il constitua avec eux son trio dont les premiers disques verront le jour en 1983. Vignette, Marc Copland tarde à en dévoiler le thème pour le peindre tout autrement, donner de subtiles nuances à ses notes, rendre troubles et brumeuses leurs sonorités que magnifie un piano ne ressemblant à aucun autre.

 

1 CD Digipack disponible début décembre en magasin (UVM Distribution) ou sur www.illusionsmusic.fr  (15 euros port payé).

 

Photo © Philippe Ghielmetti

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 09:20
Keith JARRETT : “La Fenice” (ECM / Universal)

Temple de l’opéra italien dont la construction s’acheva en 1792, la Fenice de Venise brûla deux fois, la seconde en 1996. Reconstruit à l’identique, le théâtre rouvrit ses portes en 2003. Trois ans plus tard, en juillet 2006, Keith Jarrett en occupe la scène pour un concert en solo. L’exercice lui est depuis longtemps familier. Depuis son “Köln Concert” qui l’a rendu célèbre, il s’est produit un peu partout dans le vaste monde, ECM publiant dans le plus grand désordre des enregistrements de ses concerts. Regroupés au sein d’un coffret de 4 CD(s) intitulé “A Multitude of Angels”, ceux qu’il donna à Gênes, Modène, Ferrare et Turin en 1996 ne virent le jour qu’en 2016. Vienne, Paris, Munich, Rio, Londres, New York, Milan (à la Scala, autre temple de l’opéra en 1995), plusieurs villes japonaises (ses “Sun Bear Concerts” de 1976 et “Radiance” enregistré à Osaka et à Tokyo en 2002, l’un des sommets de sa discographie) prirent le risque de l’accueillir. Car au moindre bruit (toux, pet, grincement de siège), le pianiste caractériel peut rentrer dans sa loge et ne plus en sortir. Mais à Venise, malgré un début de concert quelque peu laborieux, Keith Jarrett va progressivement jouer son meilleur piano.

Huit morceaux improvisés (Part I à VIII) et quelques standards constituent le programme de ce double CD. Le premier morceau (Part I), le plus long de ces deux disques (17 minutes environ) est un tour de chauffe pour ses doigts. Jarrett les fait courir dix bonnes minutes avant de décliner un thème, jouer rubato de sombres accords. Un flot de notes abstraites et dissonantes lui succède (Part II). Il est fin prêt à éblouir, à se transformer en derviche. À une suite de notes entoupinées dont la répétition envoûte (Part III), fait suite une ballade inventée en temps réel, si parfaite que l’on peine à la croire improvisée. Brillante et acrobatique, la Part V relève de la chevauchée fantastique. La sixième, une longue et enivrante progression d’accords, parfois grandioses, sonne magnifiquement. Avec un grand sens de la forme, le pianiste bâtit une cathédrale sonore au sein même d’un temple lyrique. Le lieu se prête à l’introspection de son répertoire. Jarrett le fait en reprenant The Sun Whose Rays, un des thèmes de “The Mikado”, opéra de Arthur Gilbert et A.S. Sullivan. Car les pièces lentes, celles qui lui permettent de jouer un piano intensément lyrique, sont bien les plus séduisantes de ces deux disques. Le second en contient davantage que le premier. À un blues expressif (Part VIII) succède une version éblouissante de My Wild Irish Rose. Le controversé “The Melody At Night With You” (1998) en contient une version beaucoup moins convaincante. Autre grand moment, Blossom joué en rappel. Keith Jarrett l’enregistra en 1974 avec Jan Garbarek, Palle Danielsson et Jon Christensen, pour “Belonging”, un de ses disques inoubliables.

 

Photo : © Roberto Masotti / ECM Records

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 09:50
It's Monk's Time

Novembre. Le ronronnement de ma chaudière me fait comprendre que le froid frappe à ma porte. On s’emmitoufle dans des habits plus chauds. On apprécie les bons potages, les noix, les champignons lorsqu’on en trouve. Le brouillard est plus fréquent, les feuilles délaissent les arbres et il fait nuit beaucoup plus tôt. Il fait bon rester chez soi avec un livre. C’est la saison des prix littéraires, la commission livres de l’Académie du Jazz que je préside se réunit à la fin du mois et les ouvrages consacrés au jazz monopolisent mes lectures.

 

Celle d’un gros bouquin épatant, un roman graphique dessiné par Youssef Daoudi, “Monk !”, m’a récemment mis en joie. Les Éditions Martin de Halleux le mettent en vente le 8 novembre. L’amitié qui unissait Thelonious Monk à la baronne Pannonica de Koenigswarter est au centre de ce livre de 352 pages à la reliure cousue et cartonnée. Née Rothschild, Kathleen Annie Pannonica, conductrice d’ambulances pendant la guerre, fut la bénédiction des jazzmen. L’histoire ne retient que le dernier de ses prénoms, celui d’un papillon de nuit, que son père, féru d’entomologie, lui donna. Monk fit sa connaissance en 1953 et passa dans sa maison de Weehawken (New Jersey) les dernières années de sa vie. Elle lui servait de chauffeur, d’ange gardien. Ses avocats aidèrent des jazzmen qui, comme Monk, ne savaient se défendre.

 

Monk !” n’est pas une biographie classique et Youssef Daoudi n’a retenu que certains épisodes de la vie du pianiste. Il y a peu de textes dans ce roman graphique aux cadrages étonnants mais les indications que nous donne l’auteur suffisent à sa parfaite compréhension. Daoudi préfère laisser parler et rêver ses personnages. La musique est omniprésente dans ses dessins, dans ses onomatopées. En quelques traits, Monk vit, s’anime, danse, tourbillonne. Nica en papillon virevolte devant nos yeux. La mise en page aérée met en valeur leurs mouvements, nous fait entendre Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, John Coltrane. Autre protégé de la baronne, Charlie Parker y fait chanter son instrument. Pour raconter en images et en sons cette histoire, Youssef Daoudi s’est inspiré de plusieurs ouvrages, le “Monk” de Laurent de Wilde, divers articles et revues. L’auteur cite ses sources. Il a mis trois ans à achever cet ouvrage en trois couleurs, une vraie réussite, un cadeau idéal pour les fêtes.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT  

-Organisé par le FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers de Paris), et parrainé par le pianiste Bojan Z, la 16ème édition du festival Jazzycolors se déroulera du 30 octobre au 30 novembre. Vingt et un concerts sont prévus dans onze centres et instituts culturels étrangers de la capitale. Les musiciens viennent de nombreux pays et je suis loin de tous les connaître. Parmi ceux qui me sont familiers, je vous recommande le concert du batteur danois Snorre Kirk à la Maison du Danemark le 15 novembre. Ne manquez pas non plus celui de la pianiste Ramona Horvath à l’Ambassade de Roumanie le 2. Autre pianiste que j’affectionne, Giovanni Guidi sera le 16 à l’Institut Culturel Italien pour un duo avec le saxophoniste Francesco Bearzatti. On consultera sur le net le programme complet de cette manifestation.     

-La pianiste roumaine Ramona Horvath en concert à l’ambassade de Roumanie (Hôtel de Béhague, 123 rue Saint-Dominique, 75007 Paris) le 2 novembre (20h00), dans le cadre du festival Jazzy Colors. Avec elle, les musiciens de son trio, les excellents Nicolas Rageau (contrebasse) et Philippe Soirat (batterie), mais aussi Ronald Baker (trompette et vocal) qui sert le jazz avec énergie et passion. Diplômée du Conservatoire de Bucarest et installée à Paris depuis 2009, Ramona Horvath joue avec brio un jazz moderne qui n’oublie pas ses racines. “XS Bird et “Lotus Blossom”, les deux albums qu’elle a enregistrés pour le label Black & Blue, témoignent de la maîtrise de son piano. Invité sur quelques plages du second, un opus largement consacré à des standards, André Villéger y prend des chorus de ténor éblouissants.

-Le 7 (21h00), le New Morning accueille Stefano Bollani et les musiciens brésiliens de “Que Bom” (Alobar), un album qu’il a enregistré à Rio de Janeiro en décembre dernier. Jorge Helder (contrebasse), Jurim Moreira (batterie), Armando Marçal et Thiago Da Serrinha (percussions) en joueront la musique, des mélodies solaires aux harmonies colorées, certaines spécialement composées pour son disque, le premier qu’il sort sur son propre label. On regrettera l’absence sur la scène du New Morning de Caetano Veloso, João Bosco, Hamilton de Holanda, Jacques Morelenbaum les prestigieux invités de l'album. En forme, le pianiste virtuose peut se montrer éblouissant. Sa musique heureuse et séduisante possède un charme auquel il est tout à fait permis de succomber.

It's Monk's Time

-Le San Francisco Jazz Collective à la Cité de la Musique le 8 et le 9 (20H30). Fondée en 2004, cette formation dont les albums ne sont disponibles que sur internet en quantité limitée rassemble chaque année pour des concerts huit musiciens de jazz autour du répertoire d’un musicien célèbre. Chaque membre du groupe arrange un thème de ce dernier et lui rend hommage en signant une composition en son honneur. Miguel Zenon (saxophone alto), Robin Eubanks (trombone) et Edward Simon étaient déjà présents au sein du groupe lorsque ce dernier se produisit au New Morning en mars 2010. David Sanchez (saxophone ténor), Etienne Charles (trompette), Warren Wolf (vibraphone), Matt Brewer (contrebasse) et Obed Calvaire complètent cet All Star. Au programme de ces deux concerts : Miles Davis (le 8) et Antônio Carlos Jobim (le 9).

-Dave Liebman (saxophone) et Marc Copland (piano) au Sunside le 11(18h30 et 20h30). Ils ne se produisent pas souvent ensemble à Paris. J’ai le souvenir d’un concert enthousiasmant dans ce même Sunside en décembre 2011. Le saxophoniste qui a beaucoup joué avec Richie Beirach n’a enregistré que deux albums avec Copland pour le label HatOLOGY, “Lunar” en quartette en 2001, et “Bookends” en 2002, un duo piano / saxophone d’anthologie. Soufflant de la lave en fusion, Dave Liebman met souvent le feu à la musique. Il peut aussi se montrer fin mélodiste. On peut compter sur Marc Copland pour tempérer son ardeur, entraîner le saxophoniste sur des chemins plus lyriques. Entre les doigts de Marc, une mélodie devient prétexte à d’inépuisables variations de couleurs harmoniques. “Gary”, le disque en solo qu’il vient de faire paraître sur le label Illusions en témoigne.

-Jeff « Tain » Watts au Duc des Lombards, le 12, 13 et 14 novembre (19H30 et 21h30) avec Antonio Faraò (piano) et Ira Coleman (contrebasse), Jeff Watts assurant bien sûr la batterie. Le saxophoniste cubain Irving Acao se joindra au trio le 14. À lui seul, le batteur mérite le déplacement. Il s’est fait connaître dans les formations de Wynton et de Branford Marsalis, interprète le batteur Rhythm Jones dans le film “Mo’Better Blues” de Spike Lee et a enregistré une dizaine d’albums sous son nom. Au Duc, il rendra hommage au pianiste Kenny Kirkland disparu il y a vingt ans, le 12 novembre 1998. Kirkland a également joué avec les frères Marsalis et bien sûr avec le batteur. Il laisse un unique album solo “Kenny Kirkland” (GRP) enregistré en 1991.

-Mon concert du mois est celui du batteur Snorre Kirk le 15 (20h00) à la maison du Danemark (142 avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris). Les musiciens qui l’accompagnent – Tobias Wiklund (cornet), Klas Lindquist (saxophone alto, clarinette), Jan Harbeck (saxophone ténor), Magnus Hjorth (piano), Lasse Mørck (contrebasse) – ont récemment enregistré avec lui un album enthousiasmant. “Beat” (Stunt Records, sortie française le 16 novembre)) est dans la même veine musicale que “Drummer & Composer” publié l’an dernier, l’un des treize Chocs 2017 de ce blog. Le batteur a réduit sa formation à un sextette mais la  musique, un cocktail détonnant à base de swing, de blues et de rythmes afro-cubains est bien la même. Count Basie, Duke Ellington et Wynton Marsalis se font entendre dans les étonnantes compositions aux arrangements très soignés du batteur. Ses musiciens sont formidables, à commencer par Magnus Hjorth, pianiste subtil et économe qui, le blues dans les doigts, place toujours des notes inattendues. Méconnu des amateurs de jazz français, Snorre Kirk souhaite vous faire écouter sa musique. Ne manquez pas son premier concert parisien.

-Giovanni Guidi (piano) et Francesco Bearzatti à l’Institut Culturel Italien (50, rue de Varenne, 75007 Paris) le 16. Un  premier album en 2006 sur le label Venus, quatre autres sur Cam Jazz et enfin deux disques sur ECM parmi lesquels le remarquable “This Is The Day” en trio, l’un des 12 Chocs 2015 de ce blogdeChoc, ont suffi à placer Giovanni Guidi dans le peloton de tête des meilleurs pianistes italiens. Souvent associé au Mo’Avast Band du bassiste Mauro Gargano et poids lourd du saxophone ténor, Francesco Bearzatti, Prix du Musicien Européen de l’Académie du Jazz en 2011, s’est imposé avec “Monk’N’Roll une relecture décalée de quelques œuvres de Thelonious Monk, et “This Machine Kills Fascists, un disque de 2015 dans lequel il s’attaque au répertoire de Woody Guthrie. Entre un saxophoniste qui aime tordre le cou à ses notes et un pianiste jouant avec finesse et sensibilité, mais qui peut tout aussi bien surprendre par des phrases abstraites et dissonantes, des harmonies inattendues, cette rencontre ne peut qu’être passionnante.

-The Aziza Quartet de Dave Holland au Studio 104 de Radio France le 17 à 20h30 dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif animée par Arnaud Merlin. Une rare occasion de découvrir une formation quelque peu fantôme, ses quatre musiciens Chris Potter au saxophone ténor, Lionel Loueke à la guitare et Eric Harland à la batterie et bien sûr Dave Holland à la contrebasse participant avec de nombreuses formations ce qui ne favorise pas leur réunion. Cet All Stars n'a fait paraître qu'un seul album sur Dare Records en 2016. Mal distribué, il est en outre loin de refléter la musique que le groupe est capable de jouer sur scène. Le Gaël Horellou / Ari Hoenig QuartetGaël Horellou (saxophone alto), Étienne Déconfin (piano), Victor Nyberg (contrebasse) et Ari Hoenig (batterie) assurera la première partie de ce concert.

-Chick Corea en solo à la Cité de la Musique le 20 et le 21 novembre (20H30). Le pianiste est depuis longtemps rompu à l’exercice, le pianiste entreprend actuellement une tournée mondiale (22 concerts entre le 10 octobre et le 29 novembre). Livré à lui même devant un public, il revient sur d’anciennes compositions, reprend les standards qui ont jalonné sa carrière, des œuvres de musiciens dont il apprécie la musique, Thelonious Monk, Bud Powell et Bill Evans, auxquels il a consacré des albums. Il joue aussi des pièces classiques, du Scriabin et du Bartók et ses Children’s Songs dont la composition s’étala sur une dizaine d'années. Son riche vocabulaire pianistique emprunte autant à la musique classique européenne qu’au jazz. Musicien romantique, Chick Corea affectionne une harmonie ample et délicate mais possède aussi touché percussif et apprécie les rythmes latins. Son magnifique piano ne laisse jamais indifférent.

-Monty Alexander en solo à la Seine Musicale le 23 (Auditorium, 20h30). Né en 1944 et originaire de la Jamaïque, il joue toujours avec la même aisance et le même bonheur son piano espiègle. Trempé dans le reggae et le calypso, son jazz possède des rythmes et des couleurs qui lui sont propres. Vif, coloré et souvent percussif, son jeu virtuose a souvent été comparé à celui d’Oscar Peterson. Les albums qu’il a enregistrés pour le label Motéma avec son Harlem-Kingston Express déménagent et contiennent d’étonnantes versions de The Harder They Come de Jimmy Cliff et de No Woman No Cry de Bob Marley, mais c’est en concert qu’il donne le meilleur de lui-même, s’amuse et soulève l’enthousiasme par son swing contagieux.

-Dominique Lemerle en quartette au Sunside le 27 (21h00) avec les musiciens de son album – Manuel Rocheman (piano), Michel Perez (guitare) et Tony Rabeson (batterie). Le contrebassiste s’est fait connaître dans les clubs de la capitale, auprès de Chet Baker, Michel Graillier, Tal Farlow, René Urtreger, Johnny Griffin et Jimmy Gourley pour ne pas citer tous les musiciens avec lesquels il a joué. “This is New” (Black & Blue) est le premier disque qu’il enregistre sous son nom. De facture classique, il ne renferme que des standards, certains forts célèbres – My Funny Valentine, My Foolish Heart, Manoir de mes rêves –, d’autres associés aux jazzmen qui les ont écrits – Miles Davis, Jim Hall, Bill Evans –, Lemerle nous en offrant des versions inspirées. Une réussite que l’on doit aussi aux deux principaux solistes de l’album Manuel Rocheman et Michel Perez, inventifs sur ce matériel thématique bien choisi.

-La bientôt célèbre Marie Mifsud retrouve le Jazz Café Montparnasse le 29. Son principal atout : une voix qui lui permet tout aussi bien de rugir comme une lionne que de murmurer des chansons douces et envoûter son public. L’orchestre qui l’accompagne en est l’écrin idéal. Quentin Coppale improvise à la flûte, Tom Georgel fournit les harmonies adéquates au piano, Victor Aubert à la contrebasse et Adrien Leconte complétant la section rythmique. Avec Marie, ce dernier écrit des textes malicieux et les met en musique, des chansons au sein desquelles le swing, le tango, le rock se donnent la main, quelques standards de jazz réinventés complétant le répertoire. Il faut absolument écouter la formation en concert. Intrépide, Marie Mifsud prend des risques, fait danser ses notes, plonge le verbe dans le swing. Une étonnante chanteuse à découvrir.

-Festival Jazzycolors : www.ficep.info/jazzycolors

-New Morning : www.newmorning.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Radio France - Jazz sur le Vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Jazz Café Montparnasse : www.jazzcafe-montparnasse.com

 

Crédits Photos : Dessin de Thelonious Monk © Youssef Daoudi – Ramona Horvath, © Thierry Loisel – Stefano Bolani Que Bom Band © Vinicius Giffoni – San Francisco Jazz Collective © Jay Blakesberg – Giovanni Guidi & Francesco Bearzatti © Paolo Soriani – Aziza Quartet © Govert Driessen – Chick Corea © Toshi Sakurai – Marie Mifsud © Philippe Marchin – Marc Copland & Dave Liebman, Jeff « Tain » Watts, Snorre Kirk © Photos X/D.R.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 09:39
À voix basses

On ne présente plus Stéphane Kerecki et Jacques Vidal. Leurs contrebasses chantent depuis longtemps au sein de l’hexagone. Ils ont récemment publié deux albums qui ne se ressemblent pas. Celui de Stéphane rassemble des compositions associées à la vague musicale électro que nos voisins d’outre manche baptisèrent « French Touch ». Celui de Jacques est entièrement consacré à de nouveaux morceaux, ce qu’il n’avait pas fait depuis plus de dix ans. Deux réussites du jazz made in France. 

Stéphane KERECKI Quartet : “French Touch” (Incises / Outhere)

Après “Nouvelle Vague” (Out Note), Prix du disque français 2014 de l’Académie du Jazz, un disque au sein duquel Stéphane Kerecki reprend et adapte les thèmes de quelques films de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Louis Malle, Jacques Demy, le bassiste se penche aujourd’hui sur la « French Touch », une vague musicale électro apparue dans les années 90 et dont les groupes phares, Air (Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin) et Daft Punk, (Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo) donnèrent une touche sonore bien française à une « house music » qui n’a jamais été ma tasse de thé et dont j’avoue ne presque rien connaître. C’est donc avec appréhension que j’ai abordé cet album et son écoute m’a agréablement surpris. Loin de reposer sur des effets sonores, des rythmes répétitifs et assourdissants, il fait entendre de vraies mélodies (celle, magnifique, de Wait, probable sommet et conclusion de l’album) jouées dans un contexte acoustique. Les thèmes génèrent de savoureuses improvisations, apportent des moments de grâce inattendus. Souvent enthousiasmant au saxophone soprano, Émile Parisien fait chanter son instrument et élève le discours musical jusqu’à des cimes lyriques insoupçonnables. Jozef Dumoulin n’abuse jamais des effets qu’il tire de ses claviers. Ses nombreuses interventions au piano révèlent la beauté de ses couleurs harmoniques. Portée par la contrebasse à la sonorité ample de Stéphane qui dialogue à part entière avec les autres instruments, et par la batterie de Fabrice Moreau, peintre de sons au drive subtil qui sait faire respirer ses rythmes, la musique de ce disque est l’un des évènements de cette rentrée.

Jacques VIDAL Quintet : “Hymn” (Soupir Éditions / Socadisc)  

Plusieurs disques consacrés à Charles Mingus ont été publiés cette année parmi lesquels “Let My Children Hear Mingus” (Jazz Family), un double CD de Géraud Portal paru en mai, et “My Mingus Soul” (Ahead Records), un enregistrement récent du saxophoniste Philippe Chagne. Reprendre des compositions de Mingus, Jacques Vidal le fait depuis longtemps dans ses disques. Il sort aujourd’hui “Hymn”, un recueil de compositions personnelles toutes imprégnées par l’esprit de Mingus, ce qu’il n’avait plus fait depuis “Mingus Spirit” (Nocturne) en 2006, une réussite qui témoignait déjà de sa filiation étroite avec le contrebassiste disparu. Un accident de vélo, une épaule démise et une longue convalescence l’empêchant de jouer de la contrebasse lui ont donné le temps de renouer avec l’écriture. To Dance, le morceau groovy et chaloupé qui ouvre l’album, permet de découvrir un habile pianiste, Richard Turegano, Jacques réintroduisant ainsi le piano dans sa musique. Les autres solistes nous sont davantage familiers. Pierrick Pédron et Daniel Zimmermann accompagnent la contrebasse de Jacques depuis des années. Dans Walk in New York, l’alto du premier nous immerge dans un ciel bleu et sans nuages. Le lamento de son saxophone illumine Charles Mingus’ Sound of Love et émeut profondément. Daniel Zimmermann fait merveille dans Hymn, morceau au sein duquel son trombone dialogue avec la contrebasse. Daniel fait aussi entendre sa voix dans Miles, un autre grand moment de cet album de jazz écrit et arrangé avec soin et tendresse, un disque qui permet à tous les musiciens de s’exprimer, une « Jazz attitude » dont témoigne la composition du même nom. Au fil des plages, la contrebasse de Jacques Vidal assure assise rythmique et commentaires mélodiques, les coups d’archet de sa Variation sur le thème d’Alice relevant de la poésie. Cette musique inspirée, chaleureuse et respectueuse des codes du jazz, Charles Mingus l’aurait certainement approuvée.       

À voix basses

Crédits Photos : Stéphane Kerecki « French Touch » Quartet © Franck Juery – Jacques Vidal Quintet © Philippe Marchin.      

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 10:00
Sont-elles vraiment si différentes ?

Née en Géorgie, Madeleine Peyroux a grandi entre Brooklyn et le Quartier Latin. Elle parle deux langues et a toujours introduit quelques chansons françaises dans son répertoire. Née à Miami de mère française et de père haïtien, Cécile McLorin Salvant vécut un temps à Aix en Provence. Elle aussi est bilingue et ses albums contiennent également de vieilles chansons françaises. La voix de Madeleine évoque Billie Holiday, surtout dans ses deux premiers disques. Celle de Cécile rappelle plutôt Sarah Vaughan. Toutes deux aiment reprendre des blues. “Dreamland” (1996), le premier opus que Madeleine enregistra, contient des reprises de Bessie Smith, Billie Holiday et Fats Waller. “Woman Child” (2013), le premier vrai album de Cécile après un premier enregistrement confidentiel s’ouvre sur St. Louis Blues et renferme une version de Baby Have Pity on Me de Clarence Williams. Au regard de ces similitudes, sont-elles vraiment si différentes ?

Madeleine PEYROUX : “Anthem” (Decca / Universal)

Magnifiquement produit par Larry Klein avec lequel elle enregistra en 2004 “Careless Love” et “Bare Bones” en 2009, deux de ses meilleurs albums, “Anthem” voit Madeleine Peyroux revenir à la composition. Ses morceaux, elle les signe avec ses musiciens, un processus collectif d’écriture conduisant à imaginer une multitude d’histoires différentes en prise direct avec l’actualité – l’état du monde, l’Amérique de Donald Trump focalisé sur l’argent et qui oublie ses pauvres –, la musique servant d’exutoire à sa colère. « Réunis dans la même pièce, chacun laissant ses sentiments et ses expériences personnelles engendrer de nouvelles idées », Peter Warren (claviers), David Baerwald (guitares électriques et acoustiques), Larry Klein (basse et claviers), Brian MacLeod (batterie, percussions) ont été étroitement associés à la création de cet album.

 

All My Heroes est ainsi un hommage aux grandes figures disparues qui surent « allumer des feux dans la pénombre » et Lullaby l’émouvante berceuse que chante pour son enfant une migrante au milieu de l’océan. Paul Eluard écrivit son poème Liberté pendant la dernière guerre mondiale. Francis Poulenc le mit en musique en 1944. La version proposée ici a été adaptée et arrangée par Madeleine et Larry Klein. Anthem, une composition de Léonard Cohen dont le sujet est l’espoir (rien n’est parfait, mais l’imperfection contient beauté, foi et espoir) tranche avec ce pessimisme tout en « reliant entre elles toutes les histoires présentées dans le disque ».

 

Mais sa réussite tient aussi à sa musique. Avec ses complices, la chanteuse mêle allègrement les genres musicaux de la grande Amérique. Down on Me est un blues électrique bien graisseux animé par la guitare de David Baerwald qui étire ses notes et fait rugir son instrument. L’instrumentation de All my Heroes relève du folk. Grégoire Maret joue de l’harmonica dans On a Sunday Afternoon et Party Tyme que des choristes colorent de soul. Chris Cheek se distingue au saxophone baryton dans The Brand New Deal, composition à l’orchestration et au beat irrésistibles. Servi par les arrangements brillants mais jamais clinquants de Larry Klein, “Anthem” est un des sommets de la discographie de la chanteuse.

Cécile McLorin Salvant “The Window” (Mack Avenue / PIAS)

Elle a une fois encore dessiné et peint la pochette de son disque. Dans “The Window”, la chanteuse ne s’engage pas sur des sujets de société, mais médite sur la nature versatile de l’amour. Cécile chante l’amour impossible, l’amour contrarié à travers un répertoire remontant parfois fort loin. J’ai l’cafard qu’elle interprète en français date de 1926. Fréhel et Damia l’interprétèrent. On se demande qui lui a fait connaître cette antiquité, cette vieille romance de caf’conc. Tell Me Why (1951) a été un des grands tubes des Four Aces, quartet vocal très populaire en Amérique. Stevie Wonder enregistra Visions en 1973. Cécile nous en livre une version magnifique. Avec Obsession, un thème du guitariste et chanteur brésilien Dori Caymmi, c'est le morceau le plus récent du répertoire de cet album que complètent des extraits de comédies musicales mais aussi Wild is Love que Nat « King » Cole enregistra en 1960. Un sujet de circonstance pour la chanteuse qui conclut son album sur une version inattendue de The Peacocks, probablement le thème le plus célèbre du pianiste Jimmy Rowles. La chanteuse Norma Winstone y posa des paroles et l’enregistra avec Rowles en 1993 sous le nom de A Timeless Place.

 

Ce morceau, Cécile McLorin Salvant l’a enregistré live au Village Vanguard, invitant la saxophoniste chilienne Melissa Aldana à s’y exprimer au ténor. Ever Since the One I Love’s Been Gone de Buddy Johnson et Somewhere, un extrait de “West Side Story” proviennent du même club. Ce n’est pas Aaron Diehl qui accompagne la chanteuse dans ce disque, mais Sullivan Fortner. Comme lui, il trempe ses doigts agiles dans le blues non sans moderniser un répertoire quelque peu poussiéreux. On se surprend à suivre ses surprenantes lignes mélodiques, à se réjouir de ses audaces, à le préférer à la chanteuse. Car dans cet album largement enregistré en studio et en duo, Cécile en fait parfois trop, compense une instrumentation réduite à un simple piano par des effets vocaux parfois déplacés. Théâtralisant les morceaux qu’elle reprend, elle passe du murmure au cri, donne sans prévenir de l’ampleur à sa voix comme si les micros n’existaient pas, comme une chanteuse de Vaudeville des années 20.

 

Les amateurs de jazz classique boivent du petit lait, séduits par l’aspect vieillot d’une partie de ce répertoire, par cet orgue à pompe que Fortner utilise dans J’ai l’cafard, par cette voix en or tenant du miracle. Celle, plus limitée, de Madeleine Peyroux parvient néanmoins à émouvoir. En phase avec les courants musicaux actuels, son disque est plus attractif que celui de Cécile. Il manque à cette dernière un directeur artistique, quelqu’un qui puisse lui faire connaître d’autres musiques, lui fasse davantage chanter des mélodies de son temps.

Crédits Photos : Madeleine Peyroux © Yann Orhan – Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner © Mark Fitton

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 10:13

Octobre. La sécheresse que subit l’Europe du Nord depuis plusieurs mois retarde l’arrivée des champignons mais n’empêche pas les disques de pleuvoir. Ils me tombent dessus comme les feuilles des arbres un jour de grand vent. Que tous ne relèvent pas du jazz ne serait pas grave si la qualité musicale était au rendez-vous. Hélas, une bonne partie de la musique que je reçois est tellement métissée qu’il est difficile de déterminer ce que l’on écoute. Censé aider l’auditeur à en pénétrer les arcanes, l’argumentaire qui accompagne l’ovni sonore est souvent tout aussi obscur que ce dernier. J’extrais de l’un d’entre eux ces quelques phrases hermétiques : « La première partie du morceau repose sur les harmonies issues de la théorie de l’harmonie négative révélée par le pianiste et musicologue suisse, Ernst Levy* qui dit que la cadence en chute de quintes VI-II-V-I est équivalente à celle en chute de quartes bIII-bVII-IV-I. L’une s’apparente au terme de cadence « Authentique » alors que l’autre s’apparente à celui de cadence « Plagale ». Si bien qu’en C, A-D-G-C devient dans son équivalent plagal Eb-Bb-F-C, soit A=Eb, D=Bb, et G=F ».

 

Il pleut des disques en octobre. Ceux qui sont vraiment bons ne sont pas légions, mais les nouveaux albums solo de Keith Jarrett (enregistré à La Fenice de Venise en 2006) et de Marc Copland (consacré aux compositions de Gary Peacock) que j’ai eu la chance d‘écouter mettent du baume au cœur. Sans atteindre un tel niveau musical, d’autres disques sortent du lot. Je profite des concerts que leurs auteurs donnent dans les clubs de la capitale pour vous en présenter quelques-uns, des disques de jazz qui ressemblent à du jazz. Ce n’est pas si courant.

 

*Compositeur, pianiste, musicologue et chef d’orchestre suisse (1895-1981).

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Pluies sonores

-Enrico Rava retrouve le Sunside du 4 au 6 octobre (le 4 et le 5 à 21h00, le 6 à 19h00 et 21h30). Le trompettiste y joue souvent lorsqu’il visite Paris. Il y était en janvier dernier et retrouve ses accompagnateurs habituels, Baptiste Trotignon au piano, Darryl Hall à la contrebasse et Aldo Romano, son vieux complice à la batterie. Rava a enregistré de grands disques pour ECM. “Wild Dance, son plus récent date de 2015. Adepte du free jazz dans les années 70, il privilégie depuis plusieurs années la mélodie. Sa trompette solaire chante les notes tendres et délicates de pièces modales, véritables paysages sonores que son instrument dessine et colore.  

-Luigi Grasso à la Petite Halle, 211 avenue Jean Jaurès 75019 Paris (20h30), le 5 dans le cadre de « Sunset hors les murs ». Le saxophoniste (alto et baryton) vient fêter la sortie d’ “Invitation au Voyage” (Camille Productions / Socadisc), un album à l’instrumentation inhabituelle. Pour ce concert, Émilien Veret remplacera Thomas Savy à la clarinette basse, Géraud Portal en sera le bassiste et Laurent Courthaliac renforcera la formation au piano. Il n’y en a pas dans cet enregistrement aux couleurs très soignées au sein duquel l’un des deux trompettistes est Fabien Mary. Ce dernier indisponible, Joan Mar Sauque Vila tiendra seul l'instrument. Balthazar Naturel (saxophone ténor et cor anglais), Armand Dubois (cor), Thomas Gomez (sax alto) et Lucio Tomasi (batterie) compléteront l'orchestre, rejoints par quelques invités : Pasquale Grasso (guitare), et Keith Balla (batterie) présents sur l’album, de même que China Moses et Paola Mazzoli qui interprètent chacune un morceau. Cette dernière, une chanteuse de lyrique, fait sensation dans Invitation au Voyage. Arrangeur talentueux, Luigi Grasso réussit un album intemporel ancré dans la tradition du jazz tout en étant parfaitement contemporain. Comme son nom l’indique, son disque nous invite à l’accompagner dans ses voyages. Les nombreux pays qu’il a visités lui ont inspiré des compositions qu’il a ciselées avec un soin particulier. Variant l’instrumentation et les couleurs de ses morceaux, ses arrangements rappelant le nonette de Miles Davis mais aussi Gil Evans et Tadd Dameron (“Magic Touch” enregistré en 1962), cet « Italien du monde » passe allègrement du bop au swing, de la West Coast au jazz cool et signe un opus très attachant.

-Do Montebello en concert à l’Alhambra le 10 octobre (20h30). Dans “Birdy Heart” (AxolOtljazz / La Lichère /Frémeaux & Associés), elle chante la splendeur de l’âme qui, échappant au regard, se révèle dans le rayonnement de chaque être. Cet album est le dernier que produit AxolOtljazz, label fondé par Jean-Louis Wiart et qui après vingt ans d’existence, cesse son activité. Do l’a enregistré au Brésil avec Sergio Farias et Roberto Taufic (guitares) et Airton Guimarães (contrebasse). Entièrement acoustique, il contient des thèmes de Luiz Eça (le superbe Imagem qui introduit l’album), Antônio Carlos Jobim, Edu Lobo et quelques standards de jazz, Never Let Me Go que Nat « King » Cole interprète dans le film de Michael Curtiz “The Scarlet Hour” (“Énigme policière”) et Peace d’Horace Silver. Des chansons parfois co-signées avec Sergio Farias que Do interprète en portugais, français et anglais. Marc Berthoumieux (accordéon), Jacques Morelenbaum (violoncelle) et Toninho Horta (guitare) jouent sur certaines d’entre-elles. De ce dernier, elle reprend Waiting for You, un thème qu’il écrivit avec Joyce et que renferme l’album “Music Inside”.

-À l’initiative de l’association Paris Jazz Club, 180 concerts rassemblant plus de 400 musiciens sont proposés sur quinze jours entre le 12 et le 27 octobre dans le cadre de la 7ème édition du festival Jazz sur Seine, devenu un rendez-vous incontournable de notre automne culturel. Pour 40 euros, un « pass » à utiliser dans trois lieux différents donne accès à trois concerts. Une « offre découverte » (10 euros) est également proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires. Les concerts d’Ornella Vanoni (le 13), de Ben Wendel (le 15), de Dmitry Baevsky & Jebb Patton (le 19), du Yes! Trio (le 21 et le 22), d’Ethan Iverson & Mark Turner (le 23 et le 24), de Carla Bley et de Laurent Fickelson (le 24), de Pablo Campos (le 25) auxquels je consacre des notices allongées rentrent dans le cadre de cette manifestation. Ne manquez pas la soirée « showcases » en entrée libre le mardi 16 octobre dans six clubs du quartier des Halles. Dix-huit groupes de la nouvelle scène jazz française présenteront leur musique. Jazz sur Seine organise aussi des master-classes et des ateliers de sensibilisation des scolaires au sein de leurs établissements. Un atelier de musicothérapie par le jazz est également proposé aux patients d’une maison d’accueil spécialisée du nord est parisien.

-À l’occasion de la réédition sur le label Tŭk Music Reloaded de son album “Argilla”, la célèbre chanteuse italienne Ornella Vanoni donnera un concert au New Morning le 13 octobre (20h30). Ses musiciens ne sont pas tous inconnus à l’amateur de jazz puisque Bebo Ferra (guitare) et Roberto Cipelli (piano) accompagnent le trompettiste Paolo Fresu dans ses disques. Également présent, ce dernier dialoguera avec la chanteuse, improvisera des obbligatos, Piero Salvatori (violoncelle), Loris Leo Lari (contrebasse) et Tommaso Bradascio (batterie) complétant la formation. Ornella Vanoni enregistra son premier disque en 1961. Elle se lia d’amitié avec Vinicius de Moraes et Toquinho et enregistra avec eux en 1976 l’album “La voglia, la pazzia, l'incoscienza e l'allegria”. Aux Etats-Unis dix ans plus tard, elle réunira autour d’elle en studio Gil Evans, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Lee Konitz, George Benson, Randy & Michael Brecker, Ron Carter et Steve Gadd. Le disque s’intitule “Ornella &…”.

-Sans posséder un tel casting, “Argilla” (1997), rassemble d’excellents musiciens. On y retrouve bien sûr Paolo Fresu et les membres de son célèbre quintet italien dont Roberto Cipelli était déjà le pianiste, mais aussi Antonio Salis (accordéon) et Furio Di Castri (contrebasse) dans le superbe Nu’ Quarto ‘E Luna. Nguyên Lê fait rugir sa guitare dans Viaggerai, quelques-uns des meilleurs musiciens transalpins de l’époque participant à cette séance. Jazz, musique brésilienne, reprise du célèbre Sorry, Seems to be the Hardest Word d’Elton John, ce disque très soigné s’écoute avec beaucoup de plaisir. (Sortie le 23 novembre).

-Ben Wendel au Duc des Lombards les 14 et 15 octobre. Son Seasons Band réunit une brochette de jazzmen incontournables : Sullivan Fortner (piano), Gilad Hekselman (guitare), Joe Martin (contrebasse) et Kendrick Scott (batterie). En 1876, Piotr Ilitch Tchaïkovski écrivit douze pièces pour piano pour les douze mois d’une année. Reprenant cette idée, le saxophoniste de Kneebody composa douze morceaux et, pendant un an les interpréta en duo avec des musiciens qu’il admirait, s’inspirant parfois des compositions de Tchaïkovsky pour écrire les siennes. Il les joue désormais en quintette, assurant lui-même le saxophone ténor et le basson.

-Soirée « showcases » le 16 octobre dans six clubs du quartier des Halles (entrée libre). Le Duc des Lombards, le Sunset, le Sunside, le Baiser Salé, la Guinness Tavern et le Klub ouvrent leurs portes au jazz et proposent chacun trois formations à découvrir. On suivra tout particulièrement les formations suivantes :

 

-Au Duc des Lombards le Aïrès Trio (Airelle Besson (tp) Édouard Ferlet (p), Stéphane Kerecki (b) et le Greenwich Session Band de Luigi Grasso invitant le pianiste Alain Jean-Marie.

-Au Baiser Salé la formation électrique du guitariste Romain Pilon.

-Au Sunset le Géraud Portal Sextet et French Touch de Stéphane Kerecki, formation réunissant Émile Parisien (ss), Jozef Dumoulin (claviers) et Fabrice Moreau (dm).

-Au Sunside le Florian Pellissier Quintet.

-Le 19, Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Jeb Patton (piano) fêtent au Sunside la sortie de “We Two” (Jazz&People). Ils se sont rencontrés il y a longtemps à New York, fréquentant les mêmes clubs de jazz, prenant part aux mêmes jam sessions. Aimant jouer des standards, ils ont décidé d’en enregistrer une dizaine. Au programme de leur album, des compositions d’Horace Silver, McCoy Tyner (Inception), Cole Porter, Charlie Parker, Jimmy Heath, Duke Ellington (magnifique version de son Sucrier Velours) et Joe Greene (Don’t Let the Sun Catch You Cryin’, une des plus belles pages de leur duo). Leur face à face privilégie dialogue et écoute et témoigne de leur complicité à faire revivre cette musique.

-Le Yes ! Trio Aaron Goldberg, (piano) Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) – au Sunside le 21 (18h00 et 20h30) et le 22 (19h30 et 21h30). “Yes !” (Sunnyside), leur premier et unique album, l’un de mes treize chocs de l’année, date de 2012. Enregistrés en une seule journée, les neuf morceaux qu’il contient privilégient swing et feeling. Batteur subtil, Ali Jackson place en douceur le rythme au cœur de la musique. Il lui suffit de claquer dans ses doigts pour installer le bon tempo, le rendre irrésistible. Profondément ancrée dans le blues qui s’affirme dans le piano d’Aaron Goldberg, la musique semble façonnée par les leçons d’un passé que nos trois musiciens n’ont pas oubliées. Lorsque vous lirez ces lignes, le groupe aura terminé l’enregistrement d’un nouvel album au studio de Meudon. En attendant qu’il soit disponible, vous êtes invités à en découvrir le répertoire sur scène.

-Octobre, le mois de Jazz en Tête à Clermont-Ferrand, un festival pas comme les autres, le seul qui programme des musiciens afro-américains que les autres festivals ne programment pas. Jazz en Tête prend des risques, nous fait découvrir des musiciens inconnus qui ne le restent pas longtemps. Normal, le directeur artistique de Jazz en Tête, Xavier « Big Ears » Felgeyroles a vraiment de grandes oreilles et ne les garde pas dans ses poches. En raison de la rénovation de la Maison de la Culture dans laquelle il se tient habituellement, son festival, 31 ans d’existence!, se déplace, se met sur son 31 à l’Opéra-Théâtre (22 boulevard Desaix). Lever de rideau le 23 octobre avec le saxophoniste ténor Walter Smith III qui interprétera en trio le répertoire de “TWIO” (Whirlwind Records), son dernier album, des pièces de Thelonious Monk, Jimmy Rowles, Gigi Gryce, Wayne Shorter, rien que du bon. Au même concert, le Yes ! Trio que les parisiens auront pu écouter au Sunside. Je ne vais pas vous détailler tout le programme. Il se trouve sur le site de Jazz en Tête, le festival se poursuivant jusqu’au 27 octobre. Mais ne manquez pas le 24 le quartette du pianiste Billy Childs (avec Steve Wilson aux saxophones alto et soprano), la chanteuse Robin McKelle le 25 (publié avant l’été, “Melodic Canvas” qu’elle interprétera est son meilleur disque), le bassiste Joe Sanders en quartette le 26 et le pianiste cubain Harold López Nussa le 27.

-Mark Turner et Ethan Iverson au Duc des Lombards le 23 et le 24. Les deux hommes viennent de faire paraître “Temporary Kings” sur le label ECM, de la musique de chambre pour saxophone et piano. Six des neuf plages de l’album sont des compositions d’Iverson et deux sont de Turner. Dixie’s Dilemma, la neuvième, est un morceau de Warne Marsh, le principal modèle du saxophoniste qui joue souvent dans l’aigu de son ténor de longues phrases mélodiques. Unclaimed Freight d’Iverson est un blues. Ce dernier joue un autre piano qu’au sein de The Bad Plus dont il est le pianiste. Des harmonies flottantes, oniriques naissent sous ses doigts. Turner et lui ont enregistré deux albums avec le batteur Billy Hart et Ben Street à la contrebasse. La musique ouverte et souvent abstraite de leur duo intimiste n’en est pas si éloignée.

-Carla Bley à la Seine Musicale le 24 (20h30 dans l’auditorium) avec Andy Sheppard (saxophones ténor et soprano) et Steve Swallow (basse électrique). Ils ont fait plusieurs disques ensemble, le piano minimaliste de Carla soutenant délicatement le chant lyrique d’un saxophoniste qui murmure et chante des notes tendres et élégantes. La basse du troisième, si reconnaissable, accompagne Carla Bley sur tous ses albums depuis “Musique Mécanique, un opus de 1978. L’auteure d’“Escalator Over the Hill”, opéra jazz qu’elle enregistra entre 1968 et 1971, posséda de nombreux orchestres, des formations de toutes tailles auxquels elle donna à jouer sa musique. Paul Bley qu’elle épousa en 1957 reprendra souvent ses compositions au piano, des pièces étranges, des miniatures très simples et très belles au fort pouvoir de séduction. Depuis des années, elle en joue certaines en trio (Utviklingssang, Vashkar) et en propose de nouvelles, ingénieuses et au charme puissant.

-Le 24, avec Éric Prost au saxophone ténor, Thomas Bramerie à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie, Laurent Fickelson jouera au Sunside “In the Street” (Jazz Family), nouvel album qu’il a enregistré avec eux, une des bonnes surprises de cette rentrée. Longtemps dans l’entourage des frères Belmondo – il tient le piano sur “Influence (B Flat) remarquable double CD enregistré en 2005 avec Yusef Lateef –, Laurent Fickelson réussit un de ces disques dont chaque écoute révèle de nouvelles subtilités. Accompagné par une section rythmique qui porte sans la charger la musique, le pianiste, lui-même influencé par McCoy Tyner, notamment dans Edda, y dialogue avec un saxophoniste coltranien à la sonorité ample et généreuse. Membre de l’Amazing Keystone Big Band, Éric Prost révèle pleinement son talent dans cet album constitué de compositions originales et de standards, Billy Strayhorn (Lush Life), Thelonious Monk (‘Round Midnight), Wayne Shorter (Edda) et bien sûr John Coltrane étant conviés à cette séance enthousiasmante.

-Pianiste, mais aussi chanteur, Pablo Campos jouera le répertoire de “People Will Say” (JazzTime records / UVM) au Duc des Lombards le 25 (19h30 et 21h30). Fasciné depuis son plus jeune âge par Nat « King » Cole, il a étudié le chant auprès du regretté Marc Thomas. Pablo Campos possède un timbre de voix claire et agréable et joue très bien du piano. Ce premier disque, il l’a enregistré à Brooklyn avec Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie) rencontrés à New York en 2016. Avoir à ses côtés la section rythmique de Bill Charlap profite bien sûr à la musique d’un album dans lequel s’invite sur quelques morceaux Dave Blenkhorn, guitariste australien au savoir-faire indéniable. Au programme, le Great American Songbook et ses mélodies inoubliables, des thèmes de Jerome Kern (Nobody Else But Me), Cole Porter (At Long Last Love), Arthur Schwartz (By Myself), Richard Rogers (Thou Swell) et bien sûr Nat « King » Cole (Beautiful Moons Ago). S’y ajoutent deux compositions du leader qui sont loin d’être négligeables.

-Steve Kuhn au Sunside le 30 (21h00) et le 31 (19h30 et 21h30) avec Buster Williams (contrebasse) et Billy Drummond (batterie). Ancrant son piano dans la tradition du bop, Bud Powell se faisant entendre dans son piano, Steve Kuhn est aussi un musicien lyrique, un disciple de Bill Evans qui aime diversifier son jeu. Il a accompagné Kenny Dorham, Stan Getz, Art Farmer et brièvement John Coltrane, connaît les grilles harmoniques du blues mais se plait aussi à jouer un jazz modal raffiné comme dans “Ecstasy”, un disque ECM de 1974. Buster Williams a lui aussi travaillé avec des géants du jazz. Sa maîtrise sonore, l’assise rythmique exceptionnelle qu’il apporte à la musique en font un bassiste très demandé. Billy Drummond s’est déjà produit avec Steve Kuhn au Sunside et au Duc des Lombards. C’est avec Joey Baron un des batteurs préférés du pianiste. Plusieurs enregistrements en témoignent.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Petite Halle : www.lapetitehalle.com

-Alhambra : www.alhambra-paris.com

-Jazz sur Seine : www.parisjazzclub.net

-New Morning : www.newmorning.com  

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

 

Crédits Photos : Baptiste Trotignon / Enrico Rava / Darryl Hall / Aldo Romano, Yes ! Trio (Aaron Goldberg, Ali Jackson, Omer Avital) © Philippe Marchin – Ben Wendel © Josh Goleman – Géraud Portal © Philippe Lévy-Stab – Mark Turner & Ethan Iverson © Robert Lewis –Steve Kuhn © Roberto Serra – Parapluies sonores, Ornella Vanoni & Paolo Fresu © photos X/D.R.

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 10:33

Dix ans, amis lecteurs, que ce blog existe, dix ans de sujets à trouver, d’articles, de chroniques à rédiger. Si l’alimenter régulièrement me demanda beaucoup de travail, lui trouver un nom fut facile. Choc comme Chocqueuse s’imposait. Dix ans plus tard, le blog de Choc existe toujours et j’en suis le premier surpris. Il fallait marquer le coup, organiser une fête. Stéphane Portet auquel j’en fis part en mars dernier me proposa spontanément de la faire au Sunset. Le 8 septembre, jour anniversaire de sa création ne convenant pas, la date du 16 fut choisie. Philippe Ghielmetti se chargea du carton d’invitation, Marie Perrier prépara un délicieux buffet bio et Marie Mifsud et ses musiciens – Quentin Coppalle (flûte), Tom Georgel (piano), Victor Aubert (contrebasse) et Adrien Leconte (batterie) – animèrent la soirée. Journalistes, producteurs de disques, membres de l’Académie du Jazz, attaché(e)s de presse, musiciens et amis me firent l’honneur d’y participer. Je vous laisse le soin de les reconnaître dans ce carrousel de photos de Philippe Marchin que je remercie également.   

Jour de fête

Photos © Philippe Marchin sauf celles de Gilles Coquempot, de Philippe Bourdin avec Patrick Levi & Véronique Coquempot, et de Jean-Jacques Goron avec Chantal, son épouse © Pierre de Chocqueuse. 

 

Jour de fête
Jour de fête
Jour de fête
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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 09:12
Un anniversaire à partager
Un anniversaire à partager

Septembre. Il y a plusieurs vies en nous. L’une des miennes s’étale sur 10 ans. Elle a débuté en 2008 avec ce blog consacré au jazz, proche reflet de mes goûts en la matière, le manque de temps et une actualité trop riche m’ayant cependant contraint à faire des choix, à aller, non sans regrets, à l’essentiel. Consacrer plus de temps à ce blog aurait certes été possible, mais vivre le jazz n’est pas ma seule passion. J’ai d’autres vies, d’autres plaisirs, d’autres ivresses. Livres, films, musées, voyages nourrissent aussi mon imaginaire, la vie des autres restant une source d’intérêt inépuisable pour quelqu’un de curieux.

 

Les jazzmen, leurs œuvres, leurs concerts m’ont donc permis de faire vivre ce blog pendant dix ans, la musique me fournissant les mots, les phrases de mes chroniques, de mes papiers d’humeur, de cet éditorial de septembre que vous lisez présentement. J’avoue avoir failli plusieurs fois abandonner, découragé par l’ingratitude de certains musiciens ne supportant pas que l’on émette la moindre réserve sur leur travail. Conséquence du politiquement correct qui bâillonne aujourd’hui toute critique, sujet traité l’an dernier dans l’un de mes éditos, j’ai donc rapidement décidé de ne parler que des disques qui me tiennent à cœur et d’ignorer les autres.

 

En effet, pourquoi perdre son temps à rédiger des chroniques sur des enregistrements dont le contenu musical est de peu d'intérêt à mes oreilles? Je préfère défendre ceux que je crois meilleurs que les autres, aussi bien des albums de musiciens inconnus que d’artistes confirmés. L’espace de liberté qu’offre un blog permet de traiter plus à fond un sujet, de décrire plus précisément la musique d’un disque pour vous donner envie de la découvrir.

 

Je n’aime guère rédiger des rubriques nécrologiques, mais il ne m’a pas été possible d’ignorer les disparus, de ne pas rendre hommage à des musiciens qui m’ont beaucoup apporté, à des amis chers qui sont partis trop tôt. Je pense surtout à Philippe Adler, à Christian Bonnet et à Heidi, l’amie américaine qui m’accompagna à tant de concerts. J'aurais aimé qu'ils assistent à cet anniversaire.

 

Inauguré le 8 septembre 2008 par la chronique de “A Stomach is Burning”, le premier disque de Mélanie De Biasio, ce blog a donc dix ans. Je n’envisage pas le fermer mais réduire sa voilure ne semble pas exclu. La fatigue, la lassitude, l’envie de passer à autre chose, de vivre autre chose… Rassurez-vous amis lecteurs, je ne vous laisserai pas tomber. Tant qu’il reste des jazzmen qui font de la bonne musique, ce blog a encore de beaux jours devant lui. Merci de lui être resté fidèle.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Excellent bassiste, Gilles Naturel séduit par l’intelligence de ses compositions et la finesse de ses arrangements. Le 15 septembre au Duc des Lombards (19h30 et 21h30), en compagnie de la chanteuse et pianiste new-yorkaise Champian Fulton, il revisite “Porgy and Bess” de George Gershwin au sein d’un nonet à l’instrumentation originale : trompettes (Martin Declercq et Ronald Baker, ce dernier assurant également certaines parties vocales), trombone (Michael Joussein), cor (Armand Dubois), saxophone ténor (Balthazar Naturel), violon (Philippe Chardon), violoncelle (Jérémy Garbag), et batterie (Stéphane Chandelier). L’opéra de Gershwin reste un réservoir inépuisable de mélodies pour les jazzmen : My Man’s Gone Now, It Ain’t Necessarily So, I Loves You Porgy et le célébrissime Summertime ne peuvent qu’interpeller.

-Relire autrement la musique de Thelonious Monk, jazzman le plus joué aujourd’hui, n’est pas donné à tout le monde. Avec son New Monk Trio, Laurent de Wilde y parvient. Les étranges mélodies de Thelonious, le pianiste les met à plat pour les reconstruire à sa manière, les respecte tout en les jouant différemment. L’album “New Monk Trio” (Gazebo) qu’il a enregistré l’an dernier, Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz, en témoigne. Laurent sera au Sunside les 20 et 21 septembre (à 19h30 et 21h30) avec ses musiciens, Jérôme Regard à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, et Arnaud Dolmen remplaçera ce dernier le 22 (concerts à 19h00 et 21h30).

-Thomas Bramerie en trio au Duc des Lombards les 20, 21 et 22 septembre avec le pianiste Carl-Henri Morisset au piano et Elie Martin-Charrière à la batterie. Tous les deux l’accompagnent dans “Side Stories” (Jazz Eleven), le premier album que Thomas a enregistré sous son nom. Bassiste très demandé, ce dernier rythme la musique mais en est aussi l’une des voix mélodiques. Avec lui, un pianiste dont la maîtrise des rythmes afro-cubain est parfaitement naturelle (Morisset est d’origine haïtienne) ose des harmonies insolites. Quelques invités sont attendus à ces soirées : les pianistes Eric Legnini (le 20) et Jacky Terrasson (le 21) et le trompettiste Stéphane Belmondo (le 22).

-Fondé par le batteur Daniel Humair et comprenant Stéphane Kerecki à  la contrebasse et Vincent Lê Quang aux saxophones, le trio Modern Art, attendu le 22 à 20h30 au Bal Blomet, invite le pianiste Emil Spanyi à le rejoindre pour improviser une musique aventureuse faisant écho aux formes, aux couleurs d’œuvres de peintres du XXème siècle qui ont été en relation avec le jazz. Reproduites dans le luxueux livret grand format accompagnant “Modern Art” (Incises), le premier opus du trio, des œuvres de Jackson Pollock, Bram Van Velde, Pierre Alechinsky, Cy Twombly et quelques autres (Sam Szafran que j’apprécie beaucoup) invitent à un passionnant voyage musical.

-Avec tambours (ceux du batteur Cédrick Bec) mais sans trompette et toujours au piano, Alexis Tcholakian fêtera le 25 au Sunside la sortie de son nouvel album, “Inner Voice Vol.1”, un opus en trio autoproduit (Lilian Bencini en est le bassiste) enregistré en décembre 2017. Admirateur de Bill Evans et ancien élève du regretté Bernard Maury, Alexis Tcholakian joue toujours un piano élégant aux harmonies rêveuses, compose de jolies mélodies dont il fait chanter les notes. Il les cajole, les poétise et nous les rend précieuses. Un second volume est prévu en mars 2019. Alexis en jouera quelques thèmes, pour notre joie à tous.

-Membre des Jazz Messengers d’Art Blakey dans les années 80 et familier du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand depuis de longues années, Jean Toussaint (saxophones ténor et soprano) est attendu au Duc des Lombards les 25 et 26 septembre. Avec lui un quartette comprenant Daniel Casimir à la contrebasse, Ben Brown à la batterie et le pianiste espagnol Alberto Palau. Plusieurs disques de cet excellent saxophoniste sont disponibles sur Space Time Records, le label de Xavier Felgeyrolles que les amateurs de bon jazz connaissent bien. Son onzième album, “Brother Raymond”, est paru en juin dernier aux Etats-Unis sur le label Lyte Records. 

-Antonio Faraò en trio au Duc des Lombards les 27, 28 et 29 septembre. Habitué du lieu, il s’y est souvent produit en trio avec des musiciens qu’il affectionne, les bassistes Thomas Bramerie et Stéphane Kerecki, les batteurs Daniel Humair et André Ceccarelli. Avec ce dernier, il a enregistré un excellent disque pour Cristal Records, “Domi”, en 2011, Darryl Hall complétant la formation à la contrebasse. Pour ces concerts, cette dernière se verra confier à Thomas Bramerie, le pianiste italien retrouvant André Ceccarelli à la batterie. Au service de la ligne mélodique des compositions qu’il harmonise avec finesse et sensibilité, Antonio Faraò peut tout aussi bien se montrer énergique que peindre des paysages aux couleurs élégantes. Son jazz raffiné et fluide possède un grand pouvoir de séduction.

-Ne manquez pas le quintette de Jacques Vidal au Sunside les 28 et 29 septembre. Le bassiste y fête la sortie d’un nouveau disque enthousiasmant, “Hymn” (Soupir Editions). Prolixes de chorus flamboyants, Daniel Zimmermann (trombone) et Pierrick Pédron (saxophone alto) travaillent depuis longtemps avec lui et apportent à sa musique les chaudes couleurs de leurs instruments. Car après plusieurs albums consacrés à Charles Mingus, son mentor, Jacques Vidal nous offre un disque de ses propres compositions, une musique généreuse et sensuelle sur laquelle plane toujours l’ombre tutélaire de Mingus (Charles Mingus’s Sound of Love). Ronde, boisée et asseyant parfaitement l’orchestre, la contrebasse du leader fait merveille, notamment dans Alice, sa poignante mélodie inspirant à Jacques Vidal un long solo à l’archet (Variation sur le thème d’Alice). Richard Turegano au piano (une découverte), et Philippe Soirat à la batterie complètent une formation à découvrir au grand complet sur la scène du Sunside.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

 

Crédits Photos : Champian Fulton & Gilles Naturel, New Monk Trio, Antonio Faraò © Philippe Marchin – Thomas Bramerie avec Carl-Henri Morisset & Stéphane Belmondo, Jean Toussaint © Pierre de Chocqueuse – Jacques Vidal © Jean-Baptiste Millot – Bougies anniversaire, Modern Art (Daniel Humair, Stéphane Kerecki & Vincent Lê Quang) © photo X/D.R.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 17:40
Sommeil estival

Ami(e)s lecteurs et lectrices, comme chaque été, ce blog sommeillera jusqu’en septembre, et peut-être même quelques jours de plus. Des vacances qui vont me permettre de ralentir le rythme, de prendre le temps, tout en sachant que loin de se laisser saisir, il file et nous échappe. Des journées plus longues, un tempo plus lent, loin d’une actualité qui galope, avec ses concerts, ses disques trop nombreux pour être tous écoutés. Ce blog fêtera son dixième anniversaire en septembre. Merci de votre fidélité. À tous et à toutes, je souhaite un bel été.

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 09:46
Rio, Carmo, destination Brésil

Le Brésil fait toujours rêver les jazzmen. Le pianiste Stefano Bollani s’y rend souvent et son nouvel album n’est pas le premier qu’il consacre à sa musique. Ayant découvert celle d’Egberto Gismonti, le clarinettiste / saxophoniste Eddie Daniels la reprend dans un disque enthousiasmant.  Deux opus aux capiteux parfums brésiliens pour accompagner vos vacances.

Stefano BOLLANI : “Que Bom (Alobar / UVM distribution)

Né à Milan en 1972, Stefano Bollani aime depuis longtemps la musique brésilienne. En 2007, il enregistrait à Rio “Carioca” (EmArcy), un album malheureusement un peu trop commercial, et en 2013 paraissait sur le label ECM “O que será”, un duo avec Hamilton de Holanda. Dans “Que Bom”, son nouveau disque, le premier qu‘il publie sur Alobar, son propre label, Bollani invite quelques amis musiciens, et non des moindres, à le rejoindre. Le bandolim de Hamilton de Holanda donne la réplique à son piano dans Ho Perduto Il Moi Pappagallino, un choro vitaminé. Caetano Veloso l’accompagne en italien dans La Nebbia a Napoli et dans une nouvelle version de Michelangelo Antonioni, un thème que nous découvrîmes il y a dix-huit ans déjà dans son “Noites do Norte”. Le violoncelliste Jacques Morelenbaum qui en signa l’arrangement est là aussi. De même que João Bosco et sa guitare. Il chante Nação, une de ses compositions. On y trouve certes quelques morceaux racoleurs au sein desquels le pianiste virtuose se livre à quelques facilités, Stefano Bollani en faisant parfois trop. Mais très vite le charme de cette musique opère et on se laisse séduire par ses couleurs, son aspect solaire prononcé, le pianiste parvenant à nous faire partager le plaisir qu’il éprouve à la jouer. Les nombreuses mélodies qu’il a composées pour cette séance ruissèlent d’harmonies élégantes, Habarossa, Ravaskia et Criatura Dourada reflétant la richesse de son imaginaire. Enregistré à Rio avec la même section rythmique de “Carioca”, mais beaucoup plus réussi que ce dernier, “Que Bom” et sa musique heureuse donne envie de rejoindre la terre de la samba.

Eddie DANIELS “Heart of Brazil” (Resonance / Bertus)

On n’attendait pas Eddie Daniels dans un « tribute to Egberto Gismonti ». Il ne connaissait d’ailleurs pas la musique du compositeur brésilien avant que George Klabin, le producteur de cet album, ne la lui fasse entendre. Dans les notes de pochette rédigées pour le livret, ce dernier avoue avoir longtemps cherché un musicien capable de reprendre ces musiques chères à son cœur, et de les arranger différemment sans les dénaturer. Eddie Daniels fut immédiatement conquis par ces mélodies influencées certes par le folklore brésilien, mais dépassant le cadre de la samba, du choro ou de la bossa nova. La musique aux arrangements sophistiqués (Maurice Ravel reste une des principales influences d'Egberto Gismonti) relève aussi de la musique classique européenne. Né en 1947 à Carmo, petite ville de l’état de Rio de Janeiro, ce dernier enregistra plusieurs albums pour le label ECM dans les années 80 et 90 (notamment avec Charlie Haden et Jan Garbarek au sein du trio Magico). Ceux qu’il fit au Brésil pour EMI-Odéon dominent toutefois sa discographie.

 

C’est ce répertoire que reprend largement Eddie Daniels qui emprunte aussi quelques compositions des années 80. Eblouissant à la clarinette, dont il est un virtuose incontesté – Lôro, la première plage, suffit à s’en convaincre ; quant à Folia, cette version enthousiasma Gismonti  –, Daniels joue souvent du ténor dans ce disque. Piano, contrebasse, batterie (le brésilien Maurizio Zottarelli), mais aussi un quatuor à cordes, le Harlem Quartet, dialoguant avec les solistes complètent l’instrumentation. Confiés au saxophoniste Ted Nash, mais aussi à Kuno Schmid, à Josh Nelson qui est l’excellent pianiste de cet album, et à Mike Patterson, les arrangements respectent les musiques originales du compositeur, son univers raffiné, mélange équilibré de musique savante et populaire, l’absence de parties vocales n’étant nullement un handicap. Les réussites sont ainsi très nombreuses dans ce magnifique opus qui offre des versions neuves de morceaux à jamais familiers – Água & Vinho, Adágio, Trem Noturno – des thèmes qu’Egberto Gismonti écrivit lorsqu’il était au sommet de son art.

 

 Vue aérienne de Rio de Janeiro © photo X/D.R.

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