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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 09:39
À voix basses

On ne présente plus Stéphane Kerecki et Jacques Vidal. Leurs contrebasses chantent depuis longtemps au sein de l’hexagone. Ils ont récemment publié deux albums qui ne se ressemblent pas. Celui de Stéphane rassemble des compositions associées à la vague musicale électro que nos voisins d’outre manche baptisèrent « French Touch ». Celui de Jacques est entièrement consacré à de nouveaux morceaux, ce qu’il n’avait pas fait depuis plus de dix ans. Deux réussites du jazz made in France. 

Stéphane KERECKI Quartet : “French Touch” (Incises / Outhere)

Après “Nouvelle Vague” (Out Note), Prix du disque français 2014 de l’Académie du Jazz, un disque au sein duquel Stéphane Kerecki reprend et adapte les thèmes de quelques films de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Louis Malle, Jacques Demy, le bassiste se penche aujourd’hui sur la « French Touch », une vague musicale électro apparue dans les années 90 et dont les groupes phares, Air (Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin) et Daft Punk, (Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo) donnèrent une touche sonore bien française à une « house music » qui n’a jamais été ma tasse de thé et dont j’avoue ne presque rien connaître. C’est donc avec appréhension que j’ai abordé cet album et son écoute m’a agréablement surpris. Loin de reposer sur des effets sonores, des rythmes répétitifs et assourdissants, il fait entendre de vraies mélodies (celle, magnifique, de Wait, probable sommet et conclusion de l’album) jouées dans un contexte acoustique. Les thèmes génèrent de savoureuses improvisations, apportent des moments de grâce inattendus. Souvent enthousiasmant au saxophone soprano, Émile Parisien fait chanter son instrument et élève le discours musical jusqu’à des cimes lyriques insoupçonnables. Jozef Dumoulin n’abuse jamais des effets qu’il tire de ses claviers. Ses nombreuses interventions au piano révèlent la beauté de ses couleurs harmoniques. Portée par la contrebasse à la sonorité ample de Stéphane qui dialogue à part entière avec les autres instruments, et par la batterie de Fabrice Moreau, peintre de sons au drive subtil qui sait faire respirer ses rythmes, la musique de ce disque est l’un des évènements de cette rentrée.

Jacques VIDAL Quintet : “Hymn” (Soupir Éditions / Socadisc)  

Plusieurs disques consacrés à Charles Mingus ont été publiés cette année parmi lesquels “Let My Children Hear Mingus” (Jazz Family), un double CD de Géraud Portal paru en mai, et “My Mingus Soul” (Ahead Records), un enregistrement récent du saxophoniste Philippe Chagne. Reprendre des compositions de Mingus, Jacques Vidal le fait depuis longtemps dans ses disques. Il sort aujourd’hui “Hymn”, un recueil de compositions personnelles toutes imprégnées par l’esprit de Mingus, ce qu’il n’avait plus fait depuis “Mingus Spirit” (Nocturne) en 2006, une réussite qui témoignait déjà de sa filiation étroite avec le contrebassiste disparu. Un accident de vélo, une épaule démise et une longue convalescence l’empêchant de jouer de la contrebasse lui ont donné le temps de renouer avec l’écriture. To Dance, le morceau groovy et chaloupé qui ouvre l’album, permet de découvrir un habile pianiste, Richard Turegano, Jacques réintroduisant ainsi le piano dans sa musique. Les autres solistes nous sont davantage familiers. Pierrick Pédron et Daniel Zimmermann accompagnent la contrebasse de Jacques depuis des années. Dans Walk in New York, l’alto du premier nous immerge dans un ciel bleu et sans nuages. Le lamento de son saxophone illumine Charles Mingus’ Sound of Love et émeut profondément. Daniel Zimmermann fait merveille dans Hymn, morceau au sein duquel son trombone dialogue avec la contrebasse. Daniel fait aussi entendre sa voix dans Miles, un autre grand moment de cet album de jazz écrit et arrangé avec soin et tendresse, un disque qui permet à tous les musiciens de s’exprimer, une « Jazz attitude » dont témoigne la composition du même nom. Au fil des plages, la contrebasse de Jacques Vidal assure assise rythmique et commentaires mélodiques, les coups d’archet de sa Variation sur le thème d’Alice relevant de la poésie. Cette musique inspirée, chaleureuse et respectueuse des codes du jazz, Charles Mingus l’aurait certainement approuvée.       

À voix basses

Crédits Photos : Stéphane Kerecki « French Touch » Quartet © Franck Juery – Jacques Vidal Quintet © Philippe Marchin.      

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 10:00
Sont-elles vraiment si différentes ?

Née en Géorgie, Madeleine Peyroux a grandi entre Brooklyn et le Quartier Latin. Elle parle deux langues et a toujours introduit quelques chansons françaises dans son répertoire. Née à Miami de mère française et de père haïtien, Cécile McLorin Salvant vécut un temps à Aix en Provence. Elle aussi est bilingue et ses albums contiennent également de vieilles chansons françaises. La voix de Madeleine évoque Billie Holiday, surtout dans ses deux premiers disques. Celle de Cécile rappelle plutôt Sarah Vaughan. Toutes deux aiment reprendre des blues. “Dreamland” (1996), le premier opus que Madeleine enregistra, contient des reprises de Bessie Smith, Billie Holiday et Fats Waller. “Woman Child” (2013), le premier vrai album de Cécile après un premier enregistrement confidentiel s’ouvre sur St. Louis Blues et renferme une version de Baby Have Pity on Me de Clarence Williams. Au regard de ces similitudes, sont-elles vraiment si différentes ?

Madeleine PEYROUX : “Anthem” (Decca / Universal)

Magnifiquement produit par Larry Klein avec lequel elle enregistra en 2004 “Careless Love” et “Bare Bones” en 2009, deux de ses meilleurs albums, “Anthem” voit Madeleine Peyroux revenir à la composition. Ses morceaux, elle les signe avec ses musiciens, un processus collectif d’écriture conduisant à imaginer une multitude d’histoires différentes en prise direct avec l’actualité – l’état du monde, l’Amérique de Donald Trump focalisé sur l’argent et qui oublie ses pauvres –, la musique servant d’exutoire à sa colère. « Réunis dans la même pièce, chacun laissant ses sentiments et ses expériences personnelles engendrer de nouvelles idées », Peter Warren (claviers), David Baerwald (guitares électriques et acoustiques), Larry Klein (basse et claviers), Brian MacLeod (batterie, percussions) ont été étroitement associés à la création de cet album.

 

All My Heroes est ainsi un hommage aux grandes figures disparues qui surent « allumer des feux dans la pénombre » et Lullaby l’émouvante berceuse que chante pour son enfant une migrante au milieu de l’océan. Paul Eluard écrivit son poème Liberté pendant la dernière guerre mondiale. Francis Poulenc le mit en musique en 1944. La version proposée ici a été adaptée et arrangée par Madeleine et Larry Klein. Anthem, une composition de Léonard Cohen dont le sujet est l’espoir (rien n’est parfait, mais l’imperfection contient beauté, foi et espoir) tranche avec ce pessimisme tout en « reliant entre elles toutes les histoires présentées dans le disque ».

 

Mais sa réussite tient aussi à sa musique. Avec ses complices, la chanteuse mêle allègrement les genres musicaux de la grande Amérique. Down on Me est un blues électrique bien graisseux animé par la guitare de David Baerwald qui étire ses notes et fait rugir son instrument. L’instrumentation de All my Heroes relève du folk. Grégoire Maret joue de l’harmonica dans On a Sunday Afternoon et Party Tyme que des choristes colorent de soul. Chris Cheek se distingue au saxophone baryton dans The Brand New Deal, composition à l’orchestration et au beat irrésistibles. Servi par les arrangements brillants mais jamais clinquants de Larry Klein, “Anthem” est un des sommets de la discographie de la chanteuse.

Cécile McLorin Salvant “The Window” (Mack Avenue / PIAS)

Elle a une fois encore dessiné et peint la pochette de son disque. Dans “The Window”, la chanteuse ne s’engage pas sur des sujets de société, mais médite sur la nature versatile de l’amour. Cécile chante l’amour impossible, l’amour contrarié à travers un répertoire remontant parfois fort loin. J’ai l’cafard qu’elle interprète en français date de 1926. Fréhel et Damia l’interprétèrent. On se demande qui lui a fait connaître cette antiquité, cette vieille romance de caf’conc. Tell Me Why (1951) a été un des grands tubes des Four Aces, quartet vocal très populaire en Amérique. Stevie Wonder enregistra Visions en 1973. Cécile nous en livre une version magnifique. Avec Obsession, un thème du guitariste et chanteur brésilien Dori Caymmi, c'est le morceau le plus récent du répertoire de cet album que complètent des extraits de comédies musicales mais aussi Wild is Love que Nat « King » Cole enregistra en 1960. Un sujet de circonstance pour la chanteuse qui conclut son album sur une version inattendue de The Peacocks, probablement le thème le plus célèbre du pianiste Jimmy Rowles. La chanteuse Norma Winstone y posa des paroles et l’enregistra avec Rowles en 1993 sous le nom de A Timeless Place.

 

Ce morceau, Cécile McLorin Salvant l’a enregistré live au Village Vanguard, invitant la saxophoniste chilienne Melissa Aldana à s’y exprimer au ténor. Ever Since the One I Love’s Been Gone de Buddy Johnson et Somewhere, un extrait de “West Side Story” proviennent du même club. Ce n’est pas Aaron Diehl qui accompagne la chanteuse dans ce disque, mais Sullivan Fortner. Comme lui, il trempe ses doigts agiles dans le blues non sans moderniser un répertoire quelque peu poussiéreux. On se surprend à suivre ses surprenantes lignes mélodiques, à se réjouir de ses audaces, à le préférer à la chanteuse. Car dans cet album largement enregistré en studio et en duo, Cécile en fait parfois trop, compense une instrumentation réduite à un simple piano par des effets vocaux parfois déplacés. Théâtralisant les morceaux qu’elle reprend, elle passe du murmure au cri, donne sans prévenir de l’ampleur à sa voix comme si les micros n’existaient pas, comme une chanteuse de Vaudeville des années 20.

 

Les amateurs de jazz classique boivent du petit lait, séduits par l’aspect vieillot d’une partie de ce répertoire, par cet orgue à pompe que Fortner utilise dans J’ai l’cafard, par cette voix en or tenant du miracle. Celle, plus limitée, de Madeleine Peyroux parvient néanmoins à émouvoir. En phase avec les courants musicaux actuels, son disque est plus attractif que celui de Cécile. Il manque à cette dernière un directeur artistique, quelqu’un qui puisse lui faire connaître d’autres musiques, lui fasse davantage chanter des mélodies de son temps.

Crédits Photos : Madeleine Peyroux © Yann Orhan – Cécile McLorin Salvant & Sullivan Fortner © Mark Fitton

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 10:13

Octobre. La sécheresse que subit l’Europe du Nord depuis plusieurs mois retarde l’arrivée des champignons mais n’empêche pas les disques de pleuvoir. Ils me tombent dessus comme les feuilles des arbres un jour de grand vent. Que tous ne relèvent pas du jazz ne serait pas grave si la qualité musicale était au rendez-vous. Hélas, une bonne partie de la musique que je reçois est tellement métissée qu’il est difficile de déterminer ce que l’on écoute. Censé aider l’auditeur à en pénétrer les arcanes, l’argumentaire qui accompagne l’ovni sonore est souvent tout aussi obscur que ce dernier. J’extrais de l’un d’entre eux ces quelques phrases hermétiques : « La première partie du morceau repose sur les harmonies issues de la théorie de l’harmonie négative révélée par le pianiste et musicologue suisse, Ernst Levy* qui dit que la cadence en chute de quintes VI-II-V-I est équivalente à celle en chute de quartes bIII-bVII-IV-I. L’une s’apparente au terme de cadence « Authentique » alors que l’autre s’apparente à celui de cadence « Plagale ». Si bien qu’en C, A-D-G-C devient dans son équivalent plagal Eb-Bb-F-C, soit A=Eb, D=Bb, et G=F ».

 

Il pleut des disques en octobre. Ceux qui sont vraiment bons ne sont pas légions, mais les nouveaux albums solo de Keith Jarrett (enregistré à La Fenice de Venise en 2006) et de Marc Copland (consacré aux compositions de Gary Peacock) que j’ai eu la chance d‘écouter mettent du baume au cœur. Sans atteindre un tel niveau musical, d’autres disques sortent du lot. Je profite des concerts que leurs auteurs donnent dans les clubs de la capitale pour vous en présenter quelques-uns, des disques de jazz qui ressemblent à du jazz. Ce n’est pas si courant.

 

*Compositeur, pianiste, musicologue et chef d’orchestre suisse (1895-1981).

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Pluies sonores

-Enrico Rava retrouve le Sunside du 4 au 6 octobre (le 4 et le 5 à 21h00, le 6 à 19h00 et 21h30). Le trompettiste y joue souvent lorsqu’il visite Paris. Il y était en janvier dernier et retrouve ses accompagnateurs habituels, Baptiste Trotignon au piano, Darryl Hall à la contrebasse et Aldo Romano, son vieux complice à la batterie. Rava a enregistré de grands disques pour ECM. “Wild Dance, son plus récent date de 2015. Adepte du free jazz dans les années 70, il privilégie depuis plusieurs années la mélodie. Sa trompette solaire chante les notes tendres et délicates de pièces modales, véritables paysages sonores que son instrument dessine et colore.  

-Luigi Grasso à la Petite Halle, 211 avenue Jean Jaurès 75019 Paris (20h30), le 5 dans le cadre de « Sunset hors les murs ». Le saxophoniste (alto et baryton) vient fêter la sortie d’ “Invitation au Voyage” (Camille Productions / Socadisc), un album à l’instrumentation inhabituelle. Pour ce concert, Émilien Veret remplacera Thomas Savy à la clarinette basse, Géraud Portal en sera le bassiste et Laurent Courthaliac renforcera la formation au piano. Il n’y en a pas dans cet enregistrement aux couleurs très soignées au sein duquel l’un des deux trompettistes est Fabien Mary. Ce dernier indisponible, Joan Mar Sauque Vila tiendra seul l'instrument. Balthazar Naturel (saxophone ténor et cor anglais), Armand Dubois (cor), Thomas Gomez (sax alto) et Lucio Tomasi (batterie) compléteront l'orchestre, rejoints par quelques invités : Pasquale Grasso (guitare), et Keith Balla (batterie) présents sur l’album, de même que China Moses et Paola Mazzoli qui interprètent chacune un morceau. Cette dernière, une chanteuse de lyrique, fait sensation dans Invitation au Voyage. Arrangeur talentueux, Luigi Grasso réussit un album intemporel ancré dans la tradition du jazz tout en étant parfaitement contemporain. Comme son nom l’indique, son disque nous invite à l’accompagner dans ses voyages. Les nombreux pays qu’il a visités lui ont inspiré des compositions qu’il a ciselées avec un soin particulier. Variant l’instrumentation et les couleurs de ses morceaux, ses arrangements rappelant le nonette de Miles Davis mais aussi Gil Evans et Tadd Dameron (“Magic Touch” enregistré en 1962), cet « Italien du monde » passe allègrement du bop au swing, de la West Coast au jazz cool et signe un opus très attachant.

-Do Montebello en concert à l’Alhambra le 10 octobre (20h30). Dans “Birdy Heart” (AxolOtljazz / La Lichère /Frémeaux & Associés), elle chante la splendeur de l’âme qui, échappant au regard, se révèle dans le rayonnement de chaque être. Cet album est le dernier que produit AxolOtljazz, label fondé par Jean-Louis Wiart et qui après vingt ans d’existence, cesse son activité. Do l’a enregistré au Brésil avec Sergio Farias et Roberto Taufic (guitares) et Airton Guimarães (contrebasse). Entièrement acoustique, il contient des thèmes de Luiz Eça (le superbe Imagem qui introduit l’album), Antônio Carlos Jobim, Edu Lobo et quelques standards de jazz, Never Let Me Go que Nat « King » Cole interprète dans le film de Michael Curtiz “The Scarlet Hour” (“Énigme policière”) et Peace d’Horace Silver. Des chansons parfois co-signées avec Sergio Farias que Do interprète en portugais, français et anglais. Marc Berthoumieux (accordéon), Jacques Morelenbaum (violoncelle) et Toninho Horta (guitare) jouent sur certaines d’entre-elles. De ce dernier, elle reprend Waiting for You, un thème qu’il écrivit avec Joyce et que renferme l’album “Music Inside”.

-À l’initiative de l’association Paris Jazz Club, 180 concerts rassemblant plus de 400 musiciens sont proposés sur quinze jours entre le 12 et le 27 octobre dans le cadre de la 7ème édition du festival Jazz sur Seine, devenu un rendez-vous incontournable de notre automne culturel. Pour 40 euros, un « pass » à utiliser dans trois lieux différents donne accès à trois concerts. Une « offre découverte » (10 euros) est également proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires. Les concerts d’Ornella Vanoni (le 13), de Ben Wendel (le 15), de Dmitry Baevsky & Jebb Patton (le 19), du Yes! Trio (le 21 et le 22), d’Ethan Iverson & Mark Turner (le 23 et le 24), de Carla Bley et de Laurent Fickelson (le 24), de Pablo Campos (le 25) auxquels je consacre des notices allongées rentrent dans le cadre de cette manifestation. Ne manquez pas la soirée « showcases » en entrée libre le mardi 16 octobre dans six clubs du quartier des Halles. Dix-huit groupes de la nouvelle scène jazz française présenteront leur musique. Jazz sur Seine organise aussi des master-classes et des ateliers de sensibilisation des scolaires au sein de leurs établissements. Un atelier de musicothérapie par le jazz est également proposé aux patients d’une maison d’accueil spécialisée du nord est parisien.

-À l’occasion de la réédition sur le label Tŭk Music Reloaded de son album “Argilla”, la célèbre chanteuse italienne Ornella Vanoni donnera un concert au New Morning le 13 octobre (20h30). Ses musiciens ne sont pas tous inconnus à l’amateur de jazz puisque Bebo Ferra (guitare) et Roberto Cipelli (piano) accompagnent le trompettiste Paolo Fresu dans ses disques. Également présent, ce dernier dialoguera avec la chanteuse, improvisera des obbligatos, Piero Salvatori (violoncelle), Loris Leo Lari (contrebasse) et Tommaso Bradascio (batterie) complétant la formation. Ornella Vanoni enregistra son premier disque en 1961. Elle se lia d’amitié avec Vinicius de Moraes et Toquinho et enregistra avec eux en 1976 l’album “La voglia, la pazzia, l'incoscienza e l'allegria”. Aux Etats-Unis dix ans plus tard, elle réunira autour d’elle en studio Gil Evans, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Lee Konitz, George Benson, Randy & Michael Brecker, Ron Carter et Steve Gadd. Le disque s’intitule “Ornella &…”.

-Sans posséder un tel casting, “Argilla” (1997), rassemble d’excellents musiciens. On y retrouve bien sûr Paolo Fresu et les membres de son célèbre quintet italien dont Roberto Cipelli était déjà le pianiste, mais aussi Antonio Salis (accordéon) et Furio Di Castri (contrebasse) dans le superbe Nu’ Quarto ‘E Luna. Nguyên Lê fait rugir sa guitare dans Viaggerai, quelques-uns des meilleurs musiciens transalpins de l’époque participant à cette séance. Jazz, musique brésilienne, reprise du célèbre Sorry, Seems to be the Hardest Word d’Elton John, ce disque très soigné s’écoute avec beaucoup de plaisir. (Sortie le 23 novembre).

-Ben Wendel au Duc des Lombards les 14 et 15 octobre. Son Seasons Band réunit une brochette de jazzmen incontournables : Sullivan Fortner (piano), Gilad Hekselman (guitare), Joe Martin (contrebasse) et Kendrick Scott (batterie). En 1876, Piotr Ilitch Tchaïkovski écrivit douze pièces pour piano pour les douze mois d’une année. Reprenant cette idée, le saxophoniste de Kneebody composa douze morceaux et, pendant un an les interpréta en duo avec des musiciens qu’il admirait, s’inspirant parfois des compositions de Tchaïkovsky pour écrire les siennes. Il les joue désormais en quintette, assurant lui-même le saxophone ténor et le basson.

-Soirée « showcases » le 16 octobre dans six clubs du quartier des Halles (entrée libre). Le Duc des Lombards, le Sunset, le Sunside, le Baiser Salé, la Guinness Tavern et le Klub ouvrent leurs portes au jazz et proposent chacun trois formations à découvrir. On suivra tout particulièrement les formations suivantes :

 

-Au Duc des Lombards le Aïrès Trio (Airelle Besson (tp) Édouard Ferlet (p), Stéphane Kerecki (b) et le Greenwich Session Band de Luigi Grasso invitant le pianiste Alain Jean-Marie.

-Au Baiser Salé la formation électrique du guitariste Romain Pilon.

-Au Sunset le Géraud Portal Sextet et French Touch de Stéphane Kerecki, formation réunissant Émile Parisien (ss), Jozef Dumoulin (claviers) et Fabrice Moreau (dm).

-Au Sunside le Florian Pellissier Quintet.

-Le 19, Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Jeb Patton (piano) fêtent au Sunside la sortie de “We Two” (Jazz&People). Ils se sont rencontrés il y a longtemps à New York, fréquentant les mêmes clubs de jazz, prenant part aux mêmes jam sessions. Aimant jouer des standards, ils ont décidé d’en enregistrer une dizaine. Au programme de leur album, des compositions d’Horace Silver, McCoy Tyner (Inception), Cole Porter, Charlie Parker, Jimmy Heath, Duke Ellington (magnifique version de son Sucrier Velours) et Joe Greene (Don’t Let the Sun Catch You Cryin’, une des plus belles pages de leur duo). Leur face à face privilégie dialogue et écoute et témoigne de leur complicité à faire revivre cette musique.

-Le Yes ! Trio Aaron Goldberg, (piano) Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) – au Sunside le 21 (18h00 et 20h30) et le 22 (19h30 et 21h30). “Yes !” (Sunnyside), leur premier et unique album, l’un de mes treize chocs de l’année, date de 2012. Enregistrés en une seule journée, les neuf morceaux qu’il contient privilégient swing et feeling. Batteur subtil, Ali Jackson place en douceur le rythme au cœur de la musique. Il lui suffit de claquer dans ses doigts pour installer le bon tempo, le rendre irrésistible. Profondément ancrée dans le blues qui s’affirme dans le piano d’Aaron Goldberg, la musique semble façonnée par les leçons d’un passé que nos trois musiciens n’ont pas oubliées. Lorsque vous lirez ces lignes, le groupe aura terminé l’enregistrement d’un nouvel album au studio de Meudon. En attendant qu’il soit disponible, vous êtes invités à en découvrir le répertoire sur scène.

-Octobre, le mois de Jazz en Tête à Clermont-Ferrand, un festival pas comme les autres, le seul qui programme des musiciens afro-américains que les autres festivals ne programment pas. Jazz en Tête prend des risques, nous fait découvrir des musiciens inconnus qui ne le restent pas longtemps. Normal, le directeur artistique de Jazz en Tête, Xavier « Big Ears » Felgeyroles a vraiment de grandes oreilles et ne les garde pas dans ses poches. En raison de la rénovation de la Maison de la Culture dans laquelle il se tient habituellement, son festival, 31 ans d’existence!, se déplace, se met sur son 31 à l’Opéra-Théâtre (22 boulevard Desaix). Lever de rideau le 23 octobre avec le saxophoniste ténor Walter Smith III qui interprétera en trio le répertoire de “TWIO” (Whirlwind Records), son dernier album, des pièces de Thelonious Monk, Jimmy Rowles, Gigi Gryce, Wayne Shorter, rien que du bon. Au même concert, le Yes ! Trio que les parisiens auront pu écouter au Sunside. Je ne vais pas vous détailler tout le programme. Il se trouve sur le site de Jazz en Tête, le festival se poursuivant jusqu’au 27 octobre. Mais ne manquez pas le 24 le quartette du pianiste Billy Childs (avec Steve Wilson aux saxophones alto et soprano), la chanteuse Robin McKelle le 25 (publié avant l’été, “Melodic Canvas” qu’elle interprétera est son meilleur disque), le bassiste Joe Sanders en quartette le 26 et le pianiste cubain Harold López Nussa le 27.

-Mark Turner et Ethan Iverson au Duc des Lombards le 23 et le 24. Les deux hommes viennent de faire paraître “Temporary Kings” sur le label ECM, de la musique de chambre pour saxophone et piano. Six des neuf plages de l’album sont des compositions d’Iverson et deux sont de Turner. Dixie’s Dilemma, la neuvième, est un morceau de Warne Marsh, le principal modèle du saxophoniste qui joue souvent dans l’aigu de son ténor de longues phrases mélodiques. Unclaimed Freight d’Iverson est un blues. Ce dernier joue un autre piano qu’au sein de The Bad Plus dont il est le pianiste. Des harmonies flottantes, oniriques naissent sous ses doigts. Turner et lui ont enregistré deux albums avec le batteur Billy Hart et Ben Street à la contrebasse. La musique ouverte et souvent abstraite de leur duo intimiste n’en est pas si éloignée.

-Carla Bley à la Seine Musicale le 24 (20h30 dans l’auditorium) avec Andy Sheppard (saxophones ténor et soprano) et Steve Swallow (basse électrique). Ils ont fait plusieurs disques ensemble, le piano minimaliste de Carla soutenant délicatement le chant lyrique d’un saxophoniste qui murmure et chante des notes tendres et élégantes. La basse du troisième, si reconnaissable, accompagne Carla Bley sur tous ses albums depuis “Musique Mécanique, un opus de 1978. L’auteure d’“Escalator Over the Hill”, opéra jazz qu’elle enregistra entre 1968 et 1971, posséda de nombreux orchestres, des formations de toutes tailles auxquels elle donna à jouer sa musique. Paul Bley qu’elle épousa en 1957 reprendra souvent ses compositions au piano, des pièces étranges, des miniatures très simples et très belles au fort pouvoir de séduction. Depuis des années, elle en joue certaines en trio (Utviklingssang, Vashkar) et en propose de nouvelles, ingénieuses et au charme puissant.

-Le 24, avec Éric Prost au saxophone ténor, Thomas Bramerie à la contrebasse et Philippe Soirat à la batterie, Laurent Fickelson jouera au Sunside “In the Street” (Jazz Family), nouvel album qu’il a enregistré avec eux, une des bonnes surprises de cette rentrée. Longtemps dans l’entourage des frères Belmondo – il tient le piano sur “Influence (B Flat) remarquable double CD enregistré en 2005 avec Yusef Lateef –, Laurent Fickelson réussit un de ces disques dont chaque écoute révèle de nouvelles subtilités. Accompagné par une section rythmique qui porte sans la charger la musique, le pianiste, lui-même influencé par McCoy Tyner, notamment dans Edda, y dialogue avec un saxophoniste coltranien à la sonorité ample et généreuse. Membre de l’Amazing Keystone Big Band, Éric Prost révèle pleinement son talent dans cet album constitué de compositions originales et de standards, Billy Strayhorn (Lush Life), Thelonious Monk (‘Round Midnight), Wayne Shorter (Edda) et bien sûr John Coltrane étant conviés à cette séance enthousiasmante.

-Pianiste, mais aussi chanteur, Pablo Campos jouera le répertoire de “People Will Say” (JazzTime records / UVM) au Duc des Lombards le 25 (19h30 et 21h30). Fasciné depuis son plus jeune âge par Nat « King » Cole, il a étudié le chant auprès du regretté Marc Thomas. Pablo Campos possède un timbre de voix claire et agréable et joue très bien du piano. Ce premier disque, il l’a enregistré à Brooklyn avec Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie) rencontrés à New York en 2016. Avoir à ses côtés la section rythmique de Bill Charlap profite bien sûr à la musique d’un album dans lequel s’invite sur quelques morceaux Dave Blenkhorn, guitariste australien au savoir-faire indéniable. Au programme, le Great American Songbook et ses mélodies inoubliables, des thèmes de Jerome Kern (Nobody Else But Me), Cole Porter (At Long Last Love), Arthur Schwartz (By Myself), Richard Rogers (Thou Swell) et bien sûr Nat « King » Cole (Beautiful Moons Ago). S’y ajoutent deux compositions du leader qui sont loin d’être négligeables.

-Steve Kuhn au Sunside le 30 (21h00) et le 31 (19h30 et 21h30) avec Buster Williams (contrebasse) et Billy Drummond (batterie). Ancrant son piano dans la tradition du bop, Bud Powell se faisant entendre dans son piano, Steve Kuhn est aussi un musicien lyrique, un disciple de Bill Evans qui aime diversifier son jeu. Il a accompagné Kenny Dorham, Stan Getz, Art Farmer et brièvement John Coltrane, connaît les grilles harmoniques du blues mais se plait aussi à jouer un jazz modal raffiné comme dans “Ecstasy”, un disque ECM de 1974. Buster Williams a lui aussi travaillé avec des géants du jazz. Sa maîtrise sonore, l’assise rythmique exceptionnelle qu’il apporte à la musique en font un bassiste très demandé. Billy Drummond s’est déjà produit avec Steve Kuhn au Sunside et au Duc des Lombards. C’est avec Joey Baron un des batteurs préférés du pianiste. Plusieurs enregistrements en témoignent.

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Petite Halle : www.lapetitehalle.com

-Alhambra : www.alhambra-paris.com

-Jazz sur Seine : www.parisjazzclub.net

-New Morning : www.newmorning.com  

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

 

Crédits Photos : Baptiste Trotignon / Enrico Rava / Darryl Hall / Aldo Romano, Yes ! Trio (Aaron Goldberg, Ali Jackson, Omer Avital) © Philippe Marchin – Ben Wendel © Josh Goleman – Géraud Portal © Philippe Lévy-Stab – Mark Turner & Ethan Iverson © Robert Lewis –Steve Kuhn © Roberto Serra – Parapluies sonores, Ornella Vanoni & Paolo Fresu © photos X/D.R.

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25 septembre 2018 2 25 /09 /septembre /2018 10:33

Dix ans, amis lecteurs, que ce blog existe, dix ans de sujets à trouver, d’articles, de chroniques à rédiger. Si l’alimenter régulièrement me demanda beaucoup de travail, lui trouver un nom fut facile. Choc comme Chocqueuse s’imposait. Dix ans plus tard, le blog de Choc existe toujours et j’en suis le premier surpris. Il fallait marquer le coup, organiser une fête. Stéphane Portet auquel j’en fis part en mars dernier me proposa spontanément de la faire au Sunset. Le 8 septembre, jour anniversaire de sa création ne convenant pas, la date du 16 fut choisie. Philippe Ghielmetti se chargea du carton d’invitation, Marie Perrier prépara un délicieux buffet bio et Marie Mifsud et ses musiciens – Quentin Coppalle (flûte), Tom Georgel (piano), Victor Aubert (contrebasse) et Adrien Leconte (batterie) – animèrent la soirée. Journalistes, producteurs de disques, membres de l’Académie du Jazz, attaché(e)s de presse, musiciens et amis me firent l’honneur d’y participer. Je vous laisse le soin de les reconnaître dans ce carrousel de photos de Philippe Marchin que je remercie également.   

Jour de fête

Photos © Philippe Marchin sauf celles de Gilles Coquempot, de Philippe Bourdin avec Patrick Levi & Véronique Coquempot, et de Jean-Jacques Goron avec Chantal, son épouse © Pierre de Chocqueuse. 

 

Jour de fête
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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 09:12
Un anniversaire à partager
Un anniversaire à partager

Septembre. Il y a plusieurs vies en nous. L’une des miennes s’étale sur 10 ans. Elle a débuté en 2008 avec ce blog consacré au jazz, proche reflet de mes goûts en la matière, le manque de temps et une actualité trop riche m’ayant cependant contraint à faire des choix, à aller, non sans regrets, à l’essentiel. Consacrer plus de temps à ce blog aurait certes été possible, mais vivre le jazz n’est pas ma seule passion. J’ai d’autres vies, d’autres plaisirs, d’autres ivresses. Livres, films, musées, voyages nourrissent aussi mon imaginaire, la vie des autres restant une source d’intérêt inépuisable pour quelqu’un de curieux.

 

Les jazzmen, leurs œuvres, leurs concerts m’ont donc permis de faire vivre ce blog pendant dix ans, la musique me fournissant les mots, les phrases de mes chroniques, de mes papiers d’humeur, de cet éditorial de septembre que vous lisez présentement. J’avoue avoir failli plusieurs fois abandonner, découragé par l’ingratitude de certains musiciens ne supportant pas que l’on émette la moindre réserve sur leur travail. Conséquence du politiquement correct qui bâillonne aujourd’hui toute critique, sujet traité l’an dernier dans l’un de mes éditos, j’ai donc rapidement décidé de ne parler que des disques qui me tiennent à cœur et d’ignorer les autres.

 

En effet, pourquoi perdre son temps à rédiger des chroniques sur des enregistrements dont le contenu musical est de peu d'intérêt à mes oreilles? Je préfère défendre ceux que je crois meilleurs que les autres, aussi bien des albums de musiciens inconnus que d’artistes confirmés. L’espace de liberté qu’offre un blog permet de traiter plus à fond un sujet, de décrire plus précisément la musique d’un disque pour vous donner envie de la découvrir.

 

Je n’aime guère rédiger des rubriques nécrologiques, mais il ne m’a pas été possible d’ignorer les disparus, de ne pas rendre hommage à des musiciens qui m’ont beaucoup apporté, à des amis chers qui sont partis trop tôt. Je pense surtout à Philippe Adler, à Christian Bonnet et à Heidi, l’amie américaine qui m’accompagna à tant de concerts. J'aurais aimé qu'ils assistent à cet anniversaire.

 

Inauguré le 8 septembre 2008 par la chronique de “A Stomach is Burning”, le premier disque de Mélanie De Biasio, ce blog a donc dix ans. Je n’envisage pas le fermer mais réduire sa voilure ne semble pas exclu. La fatigue, la lassitude, l’envie de passer à autre chose, de vivre autre chose… Rassurez-vous amis lecteurs, je ne vous laisserai pas tomber. Tant qu’il reste des jazzmen qui font de la bonne musique, ce blog a encore de beaux jours devant lui. Merci de lui être resté fidèle.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Excellent bassiste, Gilles Naturel séduit par l’intelligence de ses compositions et la finesse de ses arrangements. Le 15 septembre au Duc des Lombards (19h30 et 21h30), en compagnie de la chanteuse et pianiste new-yorkaise Champian Fulton, il revisite “Porgy and Bess” de George Gershwin au sein d’un nonet à l’instrumentation originale : trompettes (Martin Declercq et Ronald Baker, ce dernier assurant également certaines parties vocales), trombone (Michael Joussein), cor (Armand Dubois), saxophone ténor (Balthazar Naturel), violon (Philippe Chardon), violoncelle (Jérémy Garbag), et batterie (Stéphane Chandelier). L’opéra de Gershwin reste un réservoir inépuisable de mélodies pour les jazzmen : My Man’s Gone Now, It Ain’t Necessarily So, I Loves You Porgy et le célébrissime Summertime ne peuvent qu’interpeller.

-Relire autrement la musique de Thelonious Monk, jazzman le plus joué aujourd’hui, n’est pas donné à tout le monde. Avec son New Monk Trio, Laurent de Wilde y parvient. Les étranges mélodies de Thelonious, le pianiste les met à plat pour les reconstruire à sa manière, les respecte tout en les jouant différemment. L’album “New Monk Trio” (Gazebo) qu’il a enregistré l’an dernier, Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz, en témoigne. Laurent sera au Sunside les 20 et 21 septembre (à 19h30 et 21h30) avec ses musiciens, Jérôme Regard à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, et Arnaud Dolmen remplaçera ce dernier le 22 (concerts à 19h00 et 21h30).

-Thomas Bramerie en trio au Duc des Lombards les 20, 21 et 22 septembre avec le pianiste Carl-Henri Morisset au piano et Elie Martin-Charrière à la batterie. Tous les deux l’accompagnent dans “Side Stories” (Jazz Eleven), le premier album que Thomas a enregistré sous son nom. Bassiste très demandé, ce dernier rythme la musique mais en est aussi l’une des voix mélodiques. Avec lui, un pianiste dont la maîtrise des rythmes afro-cubain est parfaitement naturelle (Morisset est d’origine haïtienne) ose des harmonies insolites. Quelques invités sont attendus à ces soirées : les pianistes Eric Legnini (le 20) et Jacky Terrasson (le 21) et le trompettiste Stéphane Belmondo (le 22).

-Fondé par le batteur Daniel Humair et comprenant Stéphane Kerecki à  la contrebasse et Vincent Lê Quang aux saxophones, le trio Modern Art, attendu le 22 à 20h30 au Bal Blomet, invite le pianiste Emil Spanyi à le rejoindre pour improviser une musique aventureuse faisant écho aux formes, aux couleurs d’œuvres de peintres du XXème siècle qui ont été en relation avec le jazz. Reproduites dans le luxueux livret grand format accompagnant “Modern Art” (Incises), le premier opus du trio, des œuvres de Jackson Pollock, Bram Van Velde, Pierre Alechinsky, Cy Twombly et quelques autres (Sam Szafran que j’apprécie beaucoup) invitent à un passionnant voyage musical.

-Avec tambours (ceux du batteur Cédrick Bec) mais sans trompette et toujours au piano, Alexis Tcholakian fêtera le 25 au Sunside la sortie de son nouvel album, “Inner Voice Vol.1”, un opus en trio autoproduit (Lilian Bencini en est le bassiste) enregistré en décembre 2017. Admirateur de Bill Evans et ancien élève du regretté Bernard Maury, Alexis Tcholakian joue toujours un piano élégant aux harmonies rêveuses, compose de jolies mélodies dont il fait chanter les notes. Il les cajole, les poétise et nous les rend précieuses. Un second volume est prévu en mars 2019. Alexis en jouera quelques thèmes, pour notre joie à tous.

-Membre des Jazz Messengers d’Art Blakey dans les années 80 et familier du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand depuis de longues années, Jean Toussaint (saxophones ténor et soprano) est attendu au Duc des Lombards les 25 et 26 septembre. Avec lui un quartette comprenant Daniel Casimir à la contrebasse, Ben Brown à la batterie et le pianiste espagnol Alberto Palau. Plusieurs disques de cet excellent saxophoniste sont disponibles sur Space Time Records, le label de Xavier Felgeyrolles que les amateurs de bon jazz connaissent bien. Son onzième album, “Brother Raymond”, est paru en juin dernier aux Etats-Unis sur le label Lyte Records. 

-Antonio Faraò en trio au Duc des Lombards les 27, 28 et 29 septembre. Habitué du lieu, il s’y est souvent produit en trio avec des musiciens qu’il affectionne, les bassistes Thomas Bramerie et Stéphane Kerecki, les batteurs Daniel Humair et André Ceccarelli. Avec ce dernier, il a enregistré un excellent disque pour Cristal Records, “Domi”, en 2011, Darryl Hall complétant la formation à la contrebasse. Pour ces concerts, cette dernière se verra confier à Thomas Bramerie, le pianiste italien retrouvant André Ceccarelli à la batterie. Au service de la ligne mélodique des compositions qu’il harmonise avec finesse et sensibilité, Antonio Faraò peut tout aussi bien se montrer énergique que peindre des paysages aux couleurs élégantes. Son jazz raffiné et fluide possède un grand pouvoir de séduction.

-Ne manquez pas le quintette de Jacques Vidal au Sunside les 28 et 29 septembre. Le bassiste y fête la sortie d’un nouveau disque enthousiasmant, “Hymn” (Soupir Editions). Prolixes de chorus flamboyants, Daniel Zimmermann (trombone) et Pierrick Pédron (saxophone alto) travaillent depuis longtemps avec lui et apportent à sa musique les chaudes couleurs de leurs instruments. Car après plusieurs albums consacrés à Charles Mingus, son mentor, Jacques Vidal nous offre un disque de ses propres compositions, une musique généreuse et sensuelle sur laquelle plane toujours l’ombre tutélaire de Mingus (Charles Mingus’s Sound of Love). Ronde, boisée et asseyant parfaitement l’orchestre, la contrebasse du leader fait merveille, notamment dans Alice, sa poignante mélodie inspirant à Jacques Vidal un long solo à l’archet (Variation sur le thème d’Alice). Richard Turegano au piano (une découverte), et Philippe Soirat à la batterie complètent une formation à découvrir au grand complet sur la scène du Sunside.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

 

Crédits Photos : Champian Fulton & Gilles Naturel, New Monk Trio, Antonio Faraò © Philippe Marchin – Thomas Bramerie avec Carl-Henri Morisset & Stéphane Belmondo, Jean Toussaint © Pierre de Chocqueuse – Jacques Vidal © Jean-Baptiste Millot – Bougies anniversaire, Modern Art (Daniel Humair, Stéphane Kerecki & Vincent Lê Quang) © photo X/D.R.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 17:40
Sommeil estival

Ami(e)s lecteurs et lectrices, comme chaque été, ce blog sommeillera jusqu’en septembre, et peut-être même quelques jours de plus. Des vacances qui vont me permettre de ralentir le rythme, de prendre le temps, tout en sachant que loin de se laisser saisir, il file et nous échappe. Des journées plus longues, un tempo plus lent, loin d’une actualité qui galope, avec ses concerts, ses disques trop nombreux pour être tous écoutés. Ce blog fêtera son dixième anniversaire en septembre. Merci de votre fidélité. À tous et à toutes, je souhaite un bel été.

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 09:46
Rio, Carmo, destination Brésil

Le Brésil fait toujours rêver les jazzmen. Le pianiste Stefano Bollani s’y rend souvent et son nouvel album n’est pas le premier qu’il consacre à sa musique. Ayant découvert celle d’Egberto Gismonti, le clarinettiste / saxophoniste Eddie Daniels la reprend dans un disque enthousiasmant.  Deux opus aux capiteux parfums brésiliens pour accompagner vos vacances.

Stefano BOLLANI : “Que Bom (Alobar / UVM distribution)

Né à Milan en 1972, Stefano Bollani aime depuis longtemps la musique brésilienne. En 2007, il enregistrait à Rio “Carioca” (EmArcy), un album malheureusement un peu trop commercial, et en 2013 paraissait sur le label ECM “O que será”, un duo avec Hamilton de Holanda. Dans “Que Bom”, son nouveau disque, le premier qu‘il publie sur Alobar, son propre label, Bollani invite quelques amis musiciens, et non des moindres, à le rejoindre. Le bandolim de Hamilton de Holanda donne la réplique à son piano dans Ho Perduto Il Moi Pappagallino, un choro vitaminé. Caetano Veloso l’accompagne en italien dans La Nebbia a Napoli et dans une nouvelle version de Michelangelo Antonioni, un thème que nous découvrîmes il y a dix-huit ans déjà dans son “Noites do Norte”. Le violoncelliste Jacques Morelenbaum qui en signa l’arrangement est là aussi. De même que João Bosco et sa guitare. Il chante Nação, une de ses compositions. On y trouve certes quelques morceaux racoleurs au sein desquels le pianiste virtuose se livre à quelques facilités, Stefano Bollani en faisant parfois trop. Mais très vite le charme de cette musique opère et on se laisse séduire par ses couleurs, son aspect solaire prononcé, le pianiste parvenant à nous faire partager le plaisir qu’il éprouve à la jouer. Les nombreuses mélodies qu’il a composées pour cette séance ruissèlent d’harmonies élégantes, Habarossa, Ravaskia et Criatura Dourada reflétant la richesse de son imaginaire. Enregistré à Rio avec la même section rythmique de “Carioca”, mais beaucoup plus réussi que ce dernier, “Que Bom” et sa musique heureuse donne envie de rejoindre la terre de la samba.

Eddie DANIELS “Heart of Brazil” (Resonance / Bertus)

On n’attendait pas Eddie Daniels dans un « tribute to Egberto Gismonti ». Il ne connaissait d’ailleurs pas la musique du compositeur brésilien avant que George Klabin, le producteur de cet album, ne la lui fasse entendre. Dans les notes de pochette rédigées pour le livret, ce dernier avoue avoir longtemps cherché un musicien capable de reprendre ces musiques chères à son cœur, et de les arranger différemment sans les dénaturer. Eddie Daniels fut immédiatement conquis par ces mélodies influencées certes par le folklore brésilien, mais dépassant le cadre de la samba, du choro ou de la bossa nova. La musique aux arrangements sophistiqués (Maurice Ravel reste une des principales influences d'Egberto Gismonti) relève aussi de la musique classique européenne. Né en 1947 à Carmo, petite ville de l’état de Rio de Janeiro, ce dernier enregistra plusieurs albums pour le label ECM dans les années 80 et 90 (notamment avec Charlie Haden et Jan Garbarek au sein du trio Magico). Ceux qu’il fit au Brésil pour EMI-Odéon dominent toutefois sa discographie.

 

C’est ce répertoire que reprend largement Eddie Daniels qui emprunte aussi quelques compositions des années 80. Eblouissant à la clarinette, dont il est un virtuose incontesté – Lôro, la première plage, suffit à s’en convaincre ; quant à Folia, cette version enthousiasma Gismonti  –, Daniels joue souvent du ténor dans ce disque. Piano, contrebasse, batterie (le brésilien Maurizio Zottarelli), mais aussi un quatuor à cordes, le Harlem Quartet, dialoguant avec les solistes complètent l’instrumentation. Confiés au saxophoniste Ted Nash, mais aussi à Kuno Schmid, à Josh Nelson qui est l’excellent pianiste de cet album, et à Mike Patterson, les arrangements respectent les musiques originales du compositeur, son univers raffiné, mélange équilibré de musique savante et populaire, l’absence de parties vocales n’étant nullement un handicap. Les réussites sont ainsi très nombreuses dans ce magnifique opus qui offre des versions neuves de morceaux à jamais familiers – Água & Vinho, Adágio, Trem Noturno – des thèmes qu’Egberto Gismonti écrivit lorsqu’il était au sommet de son art.

 

 Vue aérienne de Rio de Janeiro © photo X/D.R.

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 09:00
Éloge de la lenteur

Juillet. « En marche » écrivais-je en septembre dernier. Le moment s’y prêtait. La République s’était décidée à marcher. Sa gauche insoumise appelait ses marcheurs à arpenter les rues, à battre les pavés des villes, les chemins des campagnes. Quelques mois plus tard, alors que la vitesse vient d'être réduite sur certaines routes, nos marcheurs ne pensent plus qu’à courir. Le Trésor Public court après les milliards dont il a grand besoin, les footballeurs après un ballon qui roule plus vite que leurs jambes, les musiciens après nos chroniques, et les français après les festivals qui courent après les subventions. Carla Bruni à Jazz à Juan, la rencontre d'Ibrahim Maalouf et de Wynton Marsalis à Marciac, mariage de la carpe et du lapin, donnent aussi envie de courir, de prendre ses jambes à son cou.

 

L’homme est aujourd’hui tellement pressé que marcher ne lui suffit plus. Il court, il court, comme la banlieue, le furet du bois joli. Il court si vite qu’il passe et repasse au même endroit sans même s’en rendre compte, tourne en rond comme un cheval de bois de manège.

 

La période estivale est pourtant propice aux promenades. Ombrés d’arbres centenaires, jardins et parcs floraux inspirent les flâneurs. S’installer dans un hamac avec un bon roman, réécouter de vieux vinyles, visiter à petits pas des musées oubliés, musarder, nager dans le grand bleu, faire la sieste, prendre du bon temps au lieu de vouloir en gagner en courant, sont pourtant des pratiques accessibles. Pourquoi s’obstiner à courir ?

 

Attiré par la lenteur, par le bien qu’elle apporte, ce blog restera en sommeil plus longtemps que les autres années. Cet éditorial est mon dernier avant septembre qui voit le soleil entrer dans la Balance. On y cueille le téton de Vénus et la coucourelle angélique qu’Alexandre Vialatte appréciait. N’espérez pas me rencontrer dans les festivals. Mon farniente sera discret, loin du bruit et des foules que je fuis sans empressement, d’un bon pas malgré tout. La musique, j’en écoute toute l’année dans les clubs de la capitale. Grâce aux disques, l’été permet une autre forme d’intimité avec elle. On l’écoute plus sereinement, moins stressé par le temps, ce grand dévoreur qui ne cesse de courir.

QUELQUES CONCERTS ET FESTIVALS QUI INTERPELLENT

 

L’American Jazz Festiv’Halles et le Festival Pianissimo au Sunset-Sunside, le Festival All Stars 2018 au New Morning, le Paris Jazz Festival au Parc Floral de Vincennes, les Parisiens gâtés n’ont pas besoin de partir loin pour écouter du bon jazz. Cette sélection de concerts à ne pas manquer cet été en témoigne.

-Charles Lloyd au New Morning le 5 juillet avec The Marvels (les Prodiges), groupe réunissant Bill Frisell (guitare), Greg Leisz (pedal steel guitare), Reuben Rogers (contrebasse) et Eric Harland (batterie). Après un premier opus pour Blue Note en 2016, la formation sort un nouvel album sur le même label. Enregistré avec la chanteuse Lucinda Williams, “Vanished Gardens” célèbre le mariage du jazz, du blues, et de la country music américaine. Lloyd et Frisell se sont rencontrés en 2013. Leisz est un vieux complice du guitariste. Reuben et Harland constituent la rythmique habituelle du saxophoniste. Porté par les nappes sonores des guitares, Charles Lloyd fait merveille dans un répertoire éclectique.

-Le 5 toujours, Baptiste Herbin (saxophones alto et soprano) se produira en quartette au Sunside avec Pierre de Bethmann (piano), Geraud Portal (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie). Pierre est le pianiste de “Brother Stoon (Naïve), le brillant premier opus de Baptiste qui en a enregistré trois sous son nom. Se promenant rue des Lombards avec ses instruments, il aime rencontrer d’autres musiciens, improviser avec eux sur un matériel thématique éclectique. Sa musique privilégie l’héritage afro-américain, le rythme, le swing, le blues. Elle traduit aussi sa passion pour les musiques malgaches et brésiliennes. Un excellent pianiste brésilien, Eduardo Farias, l’entoure dans “Dreams and Connections (Space Time Records), son disque le plus récent.  

-Le 6, le New Morning accueille le Golden Striker Trio qui réunit le pianiste Donald Vega, le guitariste Russell Malone et le célèbre bassiste Ron Carter. Piano, guitare et contrebasse, cette instrumentation que Nat King Cole fit sienne dès 1937, fut également adoptée par Art Tatum, Ahmad Jamal et Oscar Peterson. Le premier pianiste de la formation (une composition de John Lewis, Golden Striker, lui donne son nom) était Mulgrew Miller. Décédé en 2013, il a été remplacé par Vega. Quant à Malone, il est le guitariste du trio depuis sa création. Enregistré live en 2016 au Theatherstübchen de Kassel (Allemagne), “Golden Striker” son dernier disque contient Laverne Walk qu’Oscar Pettiford écrivit pour Stan Getz, Samba de Orfeu de Luiz Bonfá et une délicate version de My Funny Valentine.

-Dayna Stephens au Duc des Lombards le 11 juillet. Natif de Brooklyn, il a étudié le saxophone à la Berklee School of Music et au Thelonious Monk Institute of Jazz. Paru en 2017 aux Etats-Unis, “Gratitude” (Contagious Music), son huitième album, réunit autour de lui Brad Mehldau, Julian Lage, Larry Grenadier et Eric Harland. La même équipe l’entoure dans “Peace”, publié sur le label Sunnyside en 2014. Dayna Stephens a également enregistré avec les pianistes Aaron Parks et Taylor Eigsti et les saxophonistes Jaleel Shaw et Walter Smith III. Il joue du saxophone baryton dans le dernier disque du pianiste Gerald Clayton et du ténor dans “Concentric Circles”, un disque Verve de Kenny Barron récemment publié. Il est attendu au Duc avec Taylor Eigsti (piano), Michal Baranski (contrebasse) et Greg Hutchinson (batterie).

-Harold López-Nussa en trio au Sunside le 12 et le 13 avec Gaston Joya (contrebasse) et Ruy Adrián López-Nussa (batterie). Après “El Viaje” (en 2016), disque au sein duquel la musique y est plus africaine (la présence du bassiste sénégalais Alune Wade), le trio sort fin juin sur le label Mack Avenue “Un Día Cualquiera”, un disque enregistré à Boston contenant surtout des compositions originales du pianiste. Reflet de la richesse et de la diversité de la musique cubaine, celle d’Harold López-Nussa mêle le jazz et ses harmonies travaillées à des éléments classiques, folkloriques et populaires de son île natale. Rythmée et élégante, elle comprend des morceaux vifs aux rythmes chaloupés mais aussi des pièces lyriques et tendres, telle cette version de Contigo en la Distancia, un boléro écrit en 1946 par le chanteur-compositeur cubain Cesar Portillo de la Luz.

-Les deux mêmes soirs (ceux des 12 et 13 juillet), le pianiste Christian Sands vient jouer en trio au Duc des Lombards avec Yasushi Nakamura (contrebasse) et Jerome Barber (batterie). On l’écoutera dans les albums qu’il a réalisés avec le bassiste Christian McBride, notamment dans “Live at the Village Vanguard” (Mack Avenue). C’est également sur ce label qu’il a enregistré “Reach”, un disque publié l’an dernier dans lequel il mêle blues, hip-hop et rythmes afro-cubains. Yasushi Nakamura en est le bassiste. Gilad Hekselman (guitare), Marcus Strickland (saxophone ténor et clarinette basse) et Cristian Rivera (percussion) en sont les invités.

-Bassiste français installé à New York, Clovis Nicolas revient jouer le 13 au Sunset la musique de “Freedom Suite Ensuite”, un disque qu’il a enregistré en 2016 et que Sunnyside a publié aux Etats-Unis l’année suivante. Steve Fishwick (trompette), Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Lawrence Leathers (batterie) en joueront avec lui le répertoire. Ce dernier comprend la Freedom Suite que Sonny Rollins enregistra en trio en février 1958 avec Oscar Pettiford à la contrebasse et Max Roach à la batterie, mais aussi Fine and Dandy et Little Girl Blue de Richard Rogers. Les autres morceaux sont des compositions originales de Clovis Nicolas qui, sans pianiste, ni guitariste, pose lui-même avec sa contrebasse les fondations harmoniques de sa musique.

-Le Gil Evans Paris Workshop au Parc Floral de Vincennes le 14 juillet (à 16h00, concert gratuit). Dirigée par Laurent Cugny ce grand orchestre de jazz, l’un des meilleurs de l’hexagone, fait revivre les arrangements de Gil Evans et ajoute constamment de nouveaux morceaux à son répertoire. Sister Satie d’Horace Silver, Guinnevere de David Crosby, Crepuscule with Nellie et Blue Monk de Thelonious Monk, Drizzling Rain du regretté Masabumi Kikuchi ont été joués lors des concerts que la formation a donnés cette année au Sunside. Les jeunes musiciens qui la constituent – certains font beaucoup parler d’eux – expérimentent, jouent une musique qui, jamais figée, se transforme constamment. Un thème du bluesman Willie Dixon, Spoonful, donne son nom au premier disque que le Gil Evans Paris Workshop a publié l’an dernier sur le label Jazz & People.

-Roy Hargrove au New Morning deux soirs de suite, les 16 et 17 juillet, dans le cadre de son Festival All Stars. Le trompettiste en est une. Il joue souvent dans ce club désormais chargé d’histoire de la rue des Petites Ecuries. Il y était en avril avec la même excellente formation : le fidèle Justin Robinson au saxophone alto, le pianiste Tadataka Unno pour colorer et nourrir sa musique d’harmonies sophistiquées, le bassiste Ameen Saleem qui parvient très bien à la porter. Un nouveau batteur, Evan Sherman, remplace Quincy Phillip. On attend qu’il donne un swing irrésistible à la musique généreuse du trompettiste. Avec eux, Roy Hargrove peut jouer sans problème le hard bop qu’il affectionne et que nous sommes nombreux à applaudir.

-Le Billy Hart Quartet au New Morning le 24. Joshua Redman remplace Mark Turner au saxophone ténor, Ben Street à contrebasse et Ethan Iverson, le pianiste de The Bad Plus restant membres de la formation du batteur. Cette dernière qui existe depuis 2003 a enregistré deux albums pour ECM : “All Our Reasons” en 2012 et “One Is The Other” en 2014. Sa musique, du jazz contemporain au continuum régulier, est judicieusement tempérée par les harmonies flottantes et inattendues d’Iverson. Car les musiciens aiment prendre des risques, les compositions ouvertes de Billy Hart, batteur à la frappe sèche, aux ponctuations énergiques et principal pourvoyeur des thèmes, offrant un vaste champ d’investigation à leurs recherches harmoniques et rythmiques.

-Connaissez-vous la chanteuse Marie Mifsud ? Vous répondez négativement, alors il est temps d’écouter sa musique. La péniche Marcounet la programme le 25. Avec elle, Quentin Coppale à la flûte, Tom Georgel au piano, Victor Aubert à la contrebasse et Adrien Leconte à la batterie, quatre musiciens qui ne gardent pas les mains dans leurs poches lorsqu’ils jouent. Le batteur écrit les originaux du répertoire, des morceaux malicieux taillés sur mesure pour la voix de la chanteuse, une voix de contralto qui contracte ou étire les syllabes pour leur donner du swing. Sur scène, Marie Mifsud et ses musiciens nous offrent un show inoubliable. Ils savent se servir de la scène pour faire passer leur musique et définitivement nous éblouir.

-Guilhem Flouzat au Duc des Lombard le 26 juillet. “A Thing Called Joe” (Sunnyside), disque que le batteur a enregistré l’an dernier sur le label Sunnyside, en a été la bonne surprise. Sullivan Fortner qui sort un nouvel album sur Impulse y joue un merveilleux piano. Au Duc, Sam Harris se verra confier l’instrument, Desmond White, bassiste habituel du batteur, complétant le trio. Pianiste du trompettiste Ambrose Akinmusire – il joue dans “A Rift in Decorum, Live at the Village Vanguard” et “The Imagined Savior Is Far Easier to Paint” –, Sam Harris a publié un seul album sous son nom en 2014, “Interludes” sur le label Fresh Sound New Talent. Il cultive les dissonances mais peut tout aussi jouer des harmonies d ‘une grande beauté mélodique.

-Le Festival Pianissimo qu’organise chaque année le Sunside débutera le 24 juillet avec un concert en quartette de Thomas Enhco et s’étalera sur tout le mois d’août. On consultera le programme complet de cette 13ème édition sur le site du club. Les pianistes qui interpellent sont beaucoup trop nombreux pour se voir consacrer des notices. Je vous en donne les noms et les dates de leurs concerts.

Antonio Faraò en trio les 27 et 28, Vincent Bourgeyx (avec Darryl Hall et Laurence Leathers) le 4 août, Fred Nardin (avec Or Bareket et Leon Parker) le 7, le trio de Pierre de Bethmann le 8, Enrico Pieranunzi en solo le 9, en duo avec Rosario Giuliani pour un hommage à Duke Ellington le 10 et en quartette le 11, René Urtreger (avec Yves Torchinsky et Eric Dervieu) le 17, Géraldine Laurent transformant le trio en quartette le 18, Paul Lay et Eric Le Lann (pour interpréter le répertoire de “Thanks a Million”, un disque hommage à Louis Armstrong qui doit paraître en octobre) le 23, Ramona Horvath (en trio et quartette avec André Villeger) le 28, Yonathan Avishai en trio le 30 et en quintette (“The Parade”) le 31 août.

-New Morning : www.newmorning.com 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Péniche Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

 

Crédits Photos : Charles Lloyd © Dorothy Darr – Baptiste Herbin, Clovis Nicolas, Guilhem Flouzat © Philippe Marchin – Dayna Stephens © Christopher Drukker – Christian Sands © Anna Webber – Roy Hargrove © Pierre de Chocqueuse – Montre et escargot (Eloge de la lenteur), The Golden Striker Trio, Harold Lopez-Nussa Trio, Billy Hart, Enrico Pieranunzi © Photo X/D.R.

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 16:22
Une découverte inattendue

La sortie mondiale le 29 juin prochain d’une séance studio inédite de John Coltrane sur Impulse !, label qui abrita les œuvres du saxophoniste à partir de 1961, fait grand bruit dans le monde du jazz. Rudy Van Gelder en enregistra la musique le 6 mars 1963 dans son studio d’Englewood Cliffs (New Jersey), la veille de l’enregistrement de l’album “John Coltrane and Johnny Hartman”. Hormis une des deux versions de Vilia éditée sur la compilation “The Definitive Jazz Scene Volume 3”, ces bandes ne furent jamais exploitées. On les croyait perdues jusqu’à la découverte récente d’une copie en excellent état que l’ingénieur du son avait remis au saxophoniste, une bande de référence mono que ce dernier avait emportée chez lui pour la faire écouter à Naima, son épouse. C’est cette dernière qu’édite aujourd’hui Universal. L’édition standard (1CD) de “Both Directions at Once : The Lost Album” comprend sept des quatorze morceaux retrouvés. Une « Deluxe Edition » (2CD) réunit les sept autres, tous des alternates. Des vinyles (simple et double) ont également été pressés pour marquer l’événement.

Malgré un agenda très chargé en mars 1963, un engagement de quinze jours au Birdland accaparant ses soirées, John Coltrane s’est réservé l’après-midi du 6 pour enregistrer sa musique en studio dans des conditions d’un live avec ses musiciens habituels, McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie. Il a cinq heures devant lui, n’aime pas trop multiplier les prises et ne le fait que lorsque cela s’avère nécessaire. Il revient ainsi plusieurs fois sur Impressions, un morceau qu’il a enregistré l’année précédente sous un autre titre et qui va donner son nom à l’un de ses albums. Le saxophoniste le joue en trio, développant un puissant et ensorcelant langage incantatoire. S’étant libéré de ses obsédantes préoccupations harmoniques, il cherche alors, non sans violence, à aller le plus loin possible dans sa quête musicale, n’hésitant pas à revenir dans ses chorus à une technique plus ancienne, à ses fameuses sheets of sound, nappes sonores arpégées qu’il étale comme des vagues.  

Les premières versions de Untitled Original 11383 et Untitled Original 11386, deux morceaux inédits que John Coltrane joue au soprano, sont quasiment parfaites. Fait plutôt rare, Jimmy Garrison s’offre un solo à l’archet dans le premier dont nous n’avons qu’une prise. Morceau élégant à la saveur latine appréciable, le second – trois alternates nous en sont proposés – est un parfait support pour Coltrane qui, contrairement à son habitude, reprend le thème entre son solo et celui de son pianiste. Deux jours plus tôt, le 4 mars, McCoy Tyner a enregistré dans le même studio pour Impulse ! “Nights of Ballads & Blues”, l’un de ses meilleurs disques. Très en doigts, il enroule ses grappes de notes autour des thèmes, assoit la tonalité que le saxophoniste tout feu tout flamme cherche souvent à bousculer. Pianiste orchestral à la sonorité brillante, il fait chanter ses phrases chargées de notes et d’arabesques.

 

L’absence d’un pianiste donne toutefois à John Coltrane une plus grande liberté harmonique. Outre Impressions, c’est également en trio qu’il reprend ici pour la première fois Nature Boy popularisé en 1948 par Nat King Cole, contrebasse et batterie assurant un hypnotique accompagnement rythmique à son saxophone qui s’écarte peu du thème. McCoy Tyner reste également silencieux dans la première partie de One Up, One Down, morceau au tempo vif dont la première des deux prises contient un échange entre le batteur et le ténor. La musique est familière aux spécialistes de Coltrane grâce à un disque pirate enregistré au Birdland quelques jours plus tôt. McCoy Tyner n’intervient pas non plus pendant les premières minutes de Slow Blues, le dernier morceau de la séance au sein duquel, porté par sa rythmique, le saxophoniste s’offre un chorus brûlant sur une simple grille de blues. Extrait de l’opérette de Franz Lehár, “La Veuve Joyeuse”, Vilia est interprété au ténor puis au soprano par Coltrane, cette seconde version convenant mieux au lyrisme du morceau.

 

John COLTRANE : “Both Directions at Once : The Lost Album” (Impulse ! / Universal) – Sortie le 29 juin.

 

Photos : The John Coltrane Quartet © Jim Marshall - McCoy Tyner & John Coltrane © Joe Alpert

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 09:14

Deux bons disques que vous pourrez écouter tout l’été et bien plus tard encore. Des jazzmen français en sont les auteurs bien que Nelson Veras, dont la guitare occupe une place importante dans la formation de Fred Pasqua, soit brésilien. Batteur, ce dernier fait actuellement beaucoup parler de lui. On peut l’entendre dans “Copper”, un album du guitariste Romain Pilon privilégiant les alliages sonores électriques, et dans le nouvel opus de Lucky Dog, un groupe dans lequel on retrouve Yoann Loustalot, leader du trio Aérophone dont le batteur est Pasqua. Quant à Nicolas Moreaux, il sort son troisième album. Le précédent, “Fall Somewhere”, date de 2013 et reçut cette année là le Grand Prix de l’Académie Charles Cros.

Fred PASQUA : “Moon River” (Bruit Chic : L’Autre Distribution)

Une rencontre avec Nelson Veras est à l’origine de ce disque, le premier que Fred Pasqua enregistre sous son nom. Le jeu de guitare si personnel de Veras, la finesse de ses harmonies, la richesse de sa palette rythmique, le batteur les imagine associés à d’autres instruments, à la contrebasse de Yoni Zelnick qu’il connaît bien – tous deux sont membres de Lucky Dog –, au timbre plein et rond du bugle de Yoann Loustalot. Car il fallait une autre voix mélodique pour interpréter le répertoire que le batteur souhaitait enregistrer, The Peacocks de Jimmy Rowles, Black Narcissus de Joe Henderson, Nascente de Milton Nascimento et bien sûr Moon River, un thème qu’Henry Mancini écrivit pour le film de Blake Edwards “Breakfast at Tiffany’s”, des mélodies familières qui, une fois entendues, lui trottaient dans la tête.

 

Enchainés les uns aux autres, treize thèmes sortis de la mémoire du batteur se parent d’habits neufs, trempent dans un bain de douceur. Des morceaux repensés, transformés par les improvisations qui s’y attachent. On peine ainsi à reconnaître Circle, une des pièces de “Miles Smiles”. Elle repose sur très peu de notes et son aspect quelque peu immatériel est parfaitement rendu par les accords oniriques qu’égraine la guitare. Longtemps masquée, la mélodie de The Peacocks se révèle tardivement et il faut prêter l’oreille pour découvrir Black Narcissus dans la version en trio que nous en donne Nelson Veras, son jeu de guitare très technique restant toujours fluide et poétique. Ce dernier nous fait rêver dans Gentle Piece de Kenny Wheeler, une pièce douce et tendre comme la plupart de celles que propose ce répertoire. Riot d’Herbie Hancock dans lequel Fred Pasqua s’offre un court solo de batterie, est toutefois abordé sur un tempo plus rapide, Yoann Loustalot et Veras dialoguant souvent dans les nombreuses plages en quartette de l’album. Car, accueillant aussi quelques invités, “Moon River” combine plusieurs formations à géométrie variable. Nascente est ainsi interprété en quartette sans Loustalot mais avec Adrien Sanchez au saxophone ténor, ce dernier se réservant Something Sweet Something, une improvisation en solo. Veras et Zelnik interprètent en duo Timeless de John Abercrombie et Central Park West fait entendre le saxophone ténor de Robin Nicaise. Moon River est chanté par le batteur Jean-Luc Di Fraya, de même que le court extrait de Soupir, l’un des trois poèmes de Stéphane Mallarmé que Maurice Ravel mit en musique. Laurent Coq tient le piano dans ces deux morceaux.

Nicolas MOREAUX : “Far Horizons” (Jazz&People / Pias)

J’aime beaucoup ce que fait le bassiste Nicolas Moreaux, le jazz souvent teinté de folk de sa formation qui possède une sonorité bien spécifique. Ses deux batteurs, Karl Jannuska et Antoine Paganotti donnent du groove aux compositions, mais apportent aussi aux ballades un foisonnement sonore bénéfique, notamment dans To Blossom. Ce son de groupe, on le doit aussi aux saxophones d’Olivier Bogé et de Christophe Panzani, à leurs timbres diaphanes, doux, légers, et à la guitare de Pierre Perchaud, musicien de formation classique dont les riches harmonies, les couleurs aux effets sonores bien dosés, profitent à la musique.

 

Ceux qui comme moi ont découvert l’univers musical de Nicolas Moreaux lors de la parution de “Fall Somewhere” ne seront pas déçus. Les compositions sont toujours très lyriques, bien que certaines d’entre-elles se révèlent plus énergiques que d’habitude. Morceau stimulant, The Bard fait entendre une musique heureuse. Tout comme celle de Music of the Heart, dont le groove, le balancement rythmique sert un thème très chantant. Mais ce sont surtout dans les ballades que le jazz atmosphérique que distille la formation est le plus prégnant ; dans Bird Symbolic qui contient un beau solo de contrebasse de Moreaux ; dans Far Horizons, une pièce onirique introduite par une guitare sonnant comme un banjo et qui, portée avec suavité par le ténor de Christophe Panzani, fait entendre Olivier Bogé au piano (il en joue sur plusieurs plages de l’album). Au saxophone alto, ce dernier dialogue avec le ténor dans To Blossom, une pause bienvenue après le tempétueux Sister Soul largement confié aux batteurs. I’ve Seen You in Me qui ferme l’album possède également un fort pouvoir de séduction. La guitare, puis le piano égrainent sa mélodie délicate et champêtre. On ne s’attend pas à entendre chanter Nicolas Moreaux, quelques notes d’une trompette toutes aussi inattendues accompagnant sa voix.

 

Concerts de sortie au Sunside, les 22 et 23 juin.

 

Photo de Nicolas Moreaux © André Gloukhian

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