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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 08:38

Troisième volet des “New York Trio Recordings“ de Marc Copland. Après Gary Peacock et Bill Stewart dans le premier, Gary Peacock et Paul Motian dans le second, le pianiste change à nouveau de section rythmique, reprend Stewart et remplace Peacock par Drew Gress, sa musique se voyant ainsi portée d’une autre manière. Stewart semble mieux convenir que Motian pour la rythmer, la pousser en avant. Il prend des initiatives, anticipe le flux harmonique, rentre davantage dans la musique. On peut préférer le premier volume au second, mais Gress joue plus juste que Peacock et donne beaucoup d’épaisseur à ses notes rondes et puissantes. Dans Like it Never Was, une des compositions de “7 Black Butterflies“, un de ses albums, il se place volontairement en retrait pour laisser Stewart ponctuer la musique de ses cymbales. Night Whispers débouche vite sur une improvisation collective et dans Space Acres et The Bell Tolls, Copland revient obstinément sur les mêmes accords pour permettre à ses partenaires d’embellir harmoniquement et rythmiquement les morceaux. Le pianiste fait beaucoup jouer ses musiciens. Il les provoque, les relance par quelques notes, par un motif rythmique inlassablement répété qui les oblige à façonner une musique de groupe. Copland ne joue pas non plus comme les autres pianistes. Trois courtes versions d’Emily en solo, différentes les unes des autres, témoignent de la singularité de son langage harmonique. Son utilisation judicieuse des pédales lui permet de nuancer constamment son phrasé legato, de modifier la couleur de ses notes raffinées, d’allonger ou de diminuer leur résonance. Ce nouvel album de Marc Copland confirme sa place auprès des grands. On l’écoute avec un plaisir intense.

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 17:46

Etonnant parcours que celui d’Enrico Rava. En 1957 à Turin, il assiste à un concert de Miles Davis et décide de jouer du bop à la trompette alors qu’il pratique du dixieland au trombone. Dans les années 60, il joue avec Gato Barbieri, Steve Lacy, souffle des notes de feu, recherche le jaillissement du cri. Installé  à New York en 1967, il se produit tout naturellement avec les musiciens d’avant-garde, travaille au sein de la Jazz Composer’s Orchestra Association de Carla Bley et Mike Mantler. Cette esthétique free qui est la sienne jusqu’aux années 90 va progressivement s’estomper. Enrico Rava s’intéresse alors à l’écriture musicale, compose en se préoccupant davantage de la forme. Il adoucit son jeu, fait sonner sa trompette comme celle de Miles Davis. C’est un musicien lyrique qui grave une nouvelle série d’albums pour ECM à partir de 2003. “Easy Living“ est même une énorme surprise. Nulle urgence dans son jeu, mais des phrases chantantes, une célébration de la mélodie inattendue. A ses côtés, Stefano Bollani, un jeune pianiste italien, fait déjà parler de lui. Il joue dans ce “New York Days“, enregistré en quintette à New York. Le trompettiste y retrouve Paul Motian, le batteur d’“Escalator Over the Hill“ et de “Tati“, un grand disque en trio. Larry Grenadier assure la contrebasse et le saxophoniste Mark Turner complète le groupe. Bien que ce dernier aime les accords tarabiscotés, sa sonorité réfléchie s’accorde à celle, chantante, de Rava. Il muscle la musique par la vivacité de ses chorus, pousse le trompettiste à monter dans les aigus, à retrouver un peu le vertige de ses années rebelles. Le jazz abordé est ici est largement modal. Le trompettiste avoue avoir réduit sa musique à l’essentiel, à des mélodies très simples (le thème de Certi Angoli Segreti fait penser à du Nino Rota). Il laisse ainsi ses musiciens tisser des fils harmoniques, embellir la musique et la faire respirer. Les climats sont plus sombres que d’habitude. Les tempos plus lents favorisent la recherche de paysages sonores proches de l’abstraction (Outsider). Comme d’habitude, Motian commente, propose un langage rythmique qui lui est personnel. Attentif, Grenadier économise ses notes, joue les plus utiles, fait parfois tenir à sa contrebasse un rôle de bourdon. Le flux harmonique ralenti permet l’enchevêtrement de nombreuses séquences rythmiques. Constamment à l’écoute, Bollani cimente les échanges, les contre-chants auxquels se livrent la trompette et le saxophone. Ses petites notes élégantes relancent le discours mélodique, le prolongent par de belles improvisations (Lady Orlando). Un des très beaux disques de cette nouvelle année.

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 10:44

Theo Bleckmann enregistre beaucoup. Il travaille avec Moss, groupe vocal prometteur dont on attend un second album et vient de publier un recueil de chansons de Charles Ives dans lequel le groupe Kneebody l’accompagne. Convié en 2002 à un Wall-to-Wall Joni Mitchell Marathon Concert, Bleckmann avait alors formé un trio avec Gary Versace et John Hollenbeck. Ce Refuge Trio sort aujourd’hui un premier opus inattendu sur le label Winter & Winter. Il s’ouvre sur une version dépouillée de Refuge of the Roads, un morceau de Mitchell, le dernier d’“Hejira“, un des grands disques de la chanteuse. Une minute et neuf secondes sans aucun autre instrument que la voix très pure de Bleckmann. Des effets électroniques en prolongent le timbre dans To What Shall I Compare This Life introduit à l’accordéon. La voix chante inlassablement les paroles d’un mantra dont le piano égraine les notes. Le xylophone lui confère un aspect étrange. Les musiciens profitent des possibilités que leur offre le studio pour étoffer l’instrumentation de leur répertoire. Excellent pianiste, Gary Versace est aussi un spécialiste de l’orgue Hammond et un accordéoniste chevronné. Batteur, percussionniste, John Hollenbeck joue aussi du vibraphone et des métallophones. La musique créée par le groupe est ainsi une suite de paysages musicaux aux couleurs très variées. Edge, un court morceau d’accordéon composé par Versace, sert d’introduction à l’illustration musicale d’un texte écrit au XVIIe siècle par Mizuta Masahide, poète et samouraï. Bleckmann vocalise sur Peace d’Ornette Coleman. La mélodie apparaît tardivement sous les doigts du pianiste. Un habile bruissement percussif le commente. Misterioso de Thelonious Monk génère un délire sonore auquel participe activement un piano atonal. On cherche vainement à reconnaître le thème dans les phrases abstraites que joue Versace, mais c’est Bleckmann qui en chante les notes. Hollenbeck tire des sons cristallins de ses vibraphones et ses crotales (cymbales à doigts) tintinnabulent joyeusement. La pièce se nomme Yang Peiyi, du nom de la petite fille à la voix superbe que la télévision chinoise préféra ne pas montrer lors des derniers Jeux Olympiques. Elle est suivie par Hymn, une prière, un des plus beaux moments d’un disque féerique.

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 10:06

Six morceaux en trio, cinq en double trio (deux batteries et deux contrebasses entourent le saxophoniste) et deux en quartette avec un seul batteur. Les contrebassistes Larry Grenadier et Reuben Rogers, les batteurs Brian Blade et Gregory Hutchinson se partagent le travail, permutent selon les plages sans nullement modifier la sonorité générale de l’album. Principal soliste de cette musique austère, Joshua Redman s’est déjà confronté au trio avec contrebasse et batterie dans “Black East“, enregistré en 2007 avec trois sections rythmiques différentes. Il sait trouver la musique en lui-même, possède suffisamment d’imagination et de maîtrise technique pour se passer de filet protecteur. L’absence d’un piano, d’une guitare ou d’un autre instrument harmonique constitue un véritable piège pour un saxophoniste sans expérience. S’il permet d’improviser plus librement, de s’échapper des barres de mesure et du cadre harmonique, le musicien peut se perdre dans la multitude de notes et d’accords que permet son instrument. Prologue de ce nouvel album, Uncharted exprime bien l’intériorité du projet. Redman minimise les risques en construisant ses improvisations sur de véritables thèmes qu’il développe et harmonise avec lyrisme. Hutchhiker’s Guide et Round Reuben relèvent même du bop. Le saxophoniste en modernise le vocabulaire, s’en sert comme point d ‘appui. Il procède autrement dans Identity Thief, suite d’accords abstraits sur lesquels les musiciens greffent des rythmes. Redman s‘embarque dans cette aventure avec des complices. Ils l’ont maintes fois accompagné et lui permettent de placer la barre très haut, d’aller plus loin dans sa quête musicale. Deux contrebassistes et deux batteurs sont loin de troubler son jeu de ténor. Le soutien harmonique de l’une des contrebasses parfois jouée à l’archet lui apporte une assise confortable. Sa musique profite d’une plus grande richesse sonore, d’un foisonnement rythmique appréciable. On ne peut que s’en réjouir.

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 09:36

Depuis “Hide & Seek“ publié en 2001, Michael Mantler n’avait pas enregistré un album entier de nouvelles compositions. Sept concertos (pour trompette, guitare, saxophone, marimba et vibraphone, trombone, piano et percussion) pallient aujourd’hui à ce manque. Les musiciens du Kammerensemble Neue Musik Berlin, un orchestre de chambre de quinze membres, accompagnent les solistes dont certains viennent du jazz (Roswell Rudd, Bob Rockwell) et du rock (Nick Mason). Loin de casser les formes par un langage libertaire, ces derniers improvisent sur des thèmes, suivent des partitions. Le premier concerto, le plus cuivré, relève de la musique contemporaine. La musique y serait austère sans les notes de jazz émises par la trompette. Dans le second, les cordes cohabitent mieux avec la guitare de Bjarne Roupé. Ils parviennent à s’entendre sur un discours et une cadence commune. Les cuivres affichent une certaine réserve et la musique se fait moins agressive. Celle sur laquelle Bob Rockwell improvise tient de la forme chorale. Ecriture et improvisation s’équilibrent avec bonheur dans ce concerto pour saxophone. Rockwell souffle des phrases tendres et lyriques. L’orchestre pose les couleurs sonores d’un paysage inquiétant, des pages abstraites que réchauffe le ténor. Confiée à Pedro Carneiro, la pièce suivante pour marimba et vibraphone, une des plus réussie, met également en valeur les cordes. Les lamelles de bois du marimba donnent une couleur inimitable à la musique. La partition de Roswell Rudd est également très belle. L’orchestre tisse de longues nappes sonores, étale le même accord en attente des questions que soulève le trombone. Il finit par répondre à ce dernier et esquisse tardivement les pas d’une danse à laquelle se mêle la voix rauque et primitive de l’instrument soliste. Contrairement aux autres, le concerto pour piano et orchestre, le plus long de l’album (un peu plus de 12 minutes) semble entièrement écrit. La pianiste Marjella Stockhausen, la fille de Karlheinz, tient le piano. Le langage est moderne, agréablement dissonant, mais tonal. Célèbre pour avoir rythmé pendant de longues années la musique du Pink Floyd, Nick Mason assure la batterie et les instruments rythmiques du dernier morceau, un concerto pour percussions. La masse orchestrale s’enrichit de nouvelles couleurs, scande des mesures binaires, abrite une guitare électrique et brouille davantage les frontières entre les genres que les concertos précédents.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 17:10

Pitié!“ est un spectacle, un ballet pour dix danseurs proche d’un opéra, une transposition moderne de la "Passion selon Saint Matthieu" de Jean Sébastien Bach. L’audition de la partition originale dure quatre heures. Associé au chorégraphe Alain Platel, le saxophoniste Fabrizio Cassol l’a réduite, n’essaye pas de la faire sonner comme une musique occidentale, mais la mêle aux sons du jazz, la teinte de blues et de gospel, y introduit des influences maliennes et africaines. Sa relecture préserve ses principaux arias et chorals, mais change certaines mélodies. Une nouvelle instrumentation les colore autrement. Egalement modifié, le récit accorde un rôle important à Marie la mère du Christ, absente dans l’oeuvre de Bach, et s’attache à exprimer sa douleur, ce qui donne un poids émotif important à la nouvelle partition.
S’appuyant sur une tradition ésotérique selon laquelle le Christ est à la fois une âme masculine et féminine, Cassol choisit pour tenir le rôle la voix androgyne d’un jeune contre-ténor congolais, Serge Kakudji. Marie est confiée à une soprano et Marie-Madeleine, l’âme sœur, à une mezzo. Magic Malik, l’ange, joue de la flûte et son chant de tradition orale diffère des autres vocalistes. Plus lyriques que baroques, leurs voix ont du caractère, un timbre spécifique.
Outre le groupe Aka Moon (Michel Hatzigeorgiou à la basse électrique, Stéphane Galland à la batterie, lui-même au saxophone alto), Cassol utilise un orchestre de dimensions modestes. Trompette (celle «féminine» d’Airelle Besson représente l’intuition), violon, violoncelle, accordéon enveloppent les récitatifs traités comme des chansons. La mélodie initiale et la polyphonie à trois voix d’Erbarme Dich, vibrant appel à la miséricorde, sont préservées. Les parties instrumentales (le Prélude, les prologues de certaines arias), offrent quelques solos, des contrepoints mélodiques. Les deux violons brodent un joli dialogue dans Ich will dir mein Herze schenken ; Sanne van Hek s’offre un chorus de trompette dans Gerne wil ich mich ; l’accordéon de Philippe Thuriot tient un grand rôle dans Tränen et l’étonnant Sturm donne à plusieurs instrumentistes la possibilité d’improviser. Après Erbarme Dich, l’une des arias les plus célèbres de l’œuvre, sa pièce centrale, l’univers de Bach est laissé de côté au profit d’une approche plus africaine de la musique dont l’écoute se révèle fascinante. Ja ! freilich relève du gospel et la polyphonie du chœur final est transposée pour sept instruments mélodiques. Une version pas comme les autres d’un chef-d’œuvre de l’art lyrique.

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:41

La réunion attendue de Bebo et Chucho Valdés, le père et le fils. Deux pianos. Chucho utilise celui que l’on entend dans le haut-parleur de droite. Il est aujourd’hui beaucoup plus célèbre que son père, un très vieux monsieur né en 1918, nonagénaire depuis octobre. Seul survivant des grands pianistes afro-cubains des années 40 et 50, arrangeur et pianiste du fameux Tropicana, club légendaire des années pré-castristes de la Havane, Bebo connaît tous les rythmes et les danses de Cuba, le mambo, le son, le bembé, la rumba et ses nombreuses variantes. En 1952 à Miami, il participe à l’enregistrement de “Cubano“, un disque de jazz afro-cubain produit par Norman Granz dont je reproduis la pochette. Bebo tient le piano de la formation, le André’s All Stars. Il crée la même année le rythme batanga, un dérivé du mambo qui offre de larges espaces aux solistes et fait le lien entre l’Afrique et Cuba. Le mambo, il le popularise en 1957  à la tête d’un nouvel orchestre Sabor de Cuba dont Chucho est alors le pianiste. Trois ans plus tard, il quitte Cuba, réside au Mexique, gagne l’Espagne et pour finir s’installe en Suède en 1963 où il se fait peu à peu oublier. Une poignée d’albums parmi lesquels “Lagrimas Negras“ réalisé avec le chanteur de flamenco Diego El Cigala et un film, “Calle 54“, réalisé par le cinéaste espagnol Fernando Trueba, mettent fin dans les années 90 à un long purgatoire musical. Une version de The Peanut Vendor pour un album de Paquito D’Rivera en 1995 et La comparsa à deux pianos pour “Calle 54“ en mars 2000 constituaient ses seuls enregistrements avec Chucho. “Juntos para Siempre“ répare cette lacune. Il s’ouvre sur une composition de Chucho dédiée à Bebo, une pièce romantique dans laquelle l’influence de Debussy s'accorde à un joyeux feu d’artifice de rythmes. Les deux hommes reprennent plusieurs boléros dont le célèbre Tres palabras d’Osvaldo Farrés (l’auteur du fameux Quizás, Quizás, Quizás qu’interprètent Nat King Cole et Doris Day). Perdido et Tea for Two ancrent cette rencontre dans le jazz. Chucho délaisse ici les cadences infernales, les tourbillons de trilles, adopte un jeu sobre et lyrique et instaure avec son père un dialogue serein. Bebo offre une pièce à son fils et ajoute au programme Rareza del siglo écrit dans les années 40 pour l’orchestre de Julio Cueva au sein duquel il officiait au piano. Une joyeuse conga conclut un disque d’une grande fraîcheur musicale. Père et fils cajolent leurs plus belles notes et nous offrent un grand bain de tendresse.

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 14:43

Pianiste new-yorkais d’origine indienne, Vijay Iyer a longtemps poursuivi des études de mathématique et de physique. Découvert en Europe avec Steve Coleman, il a depuis enregistré une bonne dizaine d’albums mal distribués que peu de gens connaissent. Dans “Tragicomic“, Vijay destine sa musique difficile à un public plus large. Associées au nombre d’or, ses recherches portent sur l’harmonie (la gamme tempérée dodécaphonique directement liée au nombre d’or) et les rythmes, son propre héritage culturel déterminant leur choix. Ses compositions baignent ainsi dans ceux de la musique Carnatique de l’Inde du Sud, une musique beaucoup plus intellectuelle que sensuelle. Si Andrew Hill et Cecil Taylor inspirent son piano moderne, le jeu modal de McCoy Tyner est perceptible dans Macaca Please et The Weight of Things, la pièce qui ouvre l’album. Egalement d’origine indienne, Rudresh Mahanthappa, le saxophoniste de cette séance, a écouté John Coltrane. Ses phrases brûlantes maintiennent une urgence permanente. Les aigus de son alto vrillent les tympans profanes, questionnent l’harmonie jusqu’au-boutiste. Le pianiste profite de cette tension pour cultiver un lyrisme inhabituel. Le chant de l’Inde du Sud transparaît dans des thèmes aux notes suspendues et aux forts parfums mélodiques (Age of Everything, Threnody). Dans les plages en trio avec Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, un jeu ludique s’installe entre des musiciens qui prennent plaisir à se surprendre. Construite avec peu de notes, Becoming, une ballade toute simple, parvient à faire rêver.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 09:46

Enfant de la banlieue, Issam Krimi a eu ses années rock. Lycéen, la guitare électrique remplaça un temps ses cours de piano classique. Il revint à l’instrument et poursuivit son étude au CNR de La Courneuve. Si des leçons de musicologie à l’université de Paris 8 lui firent découvrir John Cage, Henri Dutilleux, Gyorgy Ligeti et Luciano Berio, le jazz de Miles Davis, Herbie Hancock, Weather Report, Brad Mehldau fait également partie de la culture de ce jeune pianiste de 28 ans, de même que la pop, l’électro ou le rock de Nirvana et de Radiohead. Antoine Hervé, qui fut l’un de ses professeurs de piano, produisit en 2005 son premier album “Eglogues 3“. Aujourd’hui sort “Post Jazz“ un disque d’une fausse simplicité malgré le souhait d’Issam de créer une véritable musique populaire. Il s’ouvre par un morceau très rentre-dedans dont la batterie gonflée à l’hormone de croissance sonore évoque The Bad Plus, E.S.T. ou la musique du trio de Neil Cowley. Cette impression de redite s’estompe vite derrière les visions musicales du compositeur. Produit comme un disque de rock, soigneusement travaillé en studio avec la complicité d’un ingénieur du son compétent (Pierre Luzy), “Post Jazz“ frappe par son éclectisme et l’habileté de sa construction. Toutes sortes de musiques s’y rencontrent et forment un patchwork sonore inclassable. Le saxophone ténor d’Alban Darche souffle de vrais chorus de jazz. Le piano bruine des notes inattendues (Caudalie) ou égraine une jolie mélodie romantique (L’oubli des lèvres). Le violoncelle d’Olivier Koundouno confère un lyrisme sombre à des thèmes qui pourraient illustrer bien des films. Excellent pianiste, Issam Krimi ne se met pas en avant dans ce travail d’écriture ouvert et audacieux. La musique circule, valorisée par un habillage habile, des sonorités travaillées. La dernière plage, Aspasie perdue, rassemble quantité d’idées aussi bien écrites qu’improvisées. Le moment fort d’un album qui en contient beaucoup.

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 15:46

Une réunion d’amis, tous excellents musiciens, autour d’un pianiste qui aime arranger ses propres thèmes, mélodies qu’il ne pare jamais des mêmes couleurs. Normal. Donald Brown dédie six des dix morceaux de son nouveau disque à des musiciens qu’il admire. Une jolie façon de remercier Kenny Garrett, Ron Carter, George Coleman et James Williams avec lesquels il a joué, Steve Nelson et Bill Mobley qui participent à cet enregistrement. Le septième cadeau est pour Dorothy, son épouse. Wynton Marsalis, Joe Henderson et Milton Nascimento ont composé les trois autres morceaux. Les siens révèle un créateur inventif attaché au vocabulaire du bop et à la tradition. Sa connaissance de l’harmonie lui permet de créer un jazz moderne dans lequel le rythme, funky (Eminence, Skatter Brain) ou ternaire (Skain Domain) conserve une place prépondérante. Donald Brown laisse jouer ses musiciens. Le vibraphone cristallin de Steve Nelson se marie fort bien aux sonorités du Fender. Lionel Loueke tire des sonorités incroyables de sa guitare, fait danser des rondes fiévreuses à ses notes. Abordé sur un tempo de bossa-nova, Carter Country offre un beau chorus à Bill Mobley, grand technicien de la trompette, compositeur et arrangeur talentueux. Ne manquez pas la dernière plage de l’album, un magnifique duo avec Donald qui fait fondre le stress. Donald Brown aime le blues, le vrai, celui de Memphis, sa ville natale, qui est aussi celle de Bill Mobley, de George Coleman (dédicataire de The Thing about George Coleman) et de James Williams. La paire rythmique Robert HurstEric Harland fait des merveilles, notamment dans Skain Domain de Marsalis. Ecrit par Joe Henderson, Gazelle met en évidence la modernité du batteur. Jean Toussaint joue du soprano mais aussi du ténor dans le très beau Vera Cruz de Nascimento. On aimerait que ce talentueux saxophoniste enregistre plus souvent. Je ne détaillerai pas davantage cet album. A vous de l’écouter, d’en apprécier les rythmes et les finesses.

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