Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:41

La réunion attendue de Bebo et Chucho Valdés, le père et le fils. Deux pianos. Chucho utilise celui que l’on entend dans le haut-parleur de droite. Il est aujourd’hui beaucoup plus célèbre que son père, un très vieux monsieur né en 1918, nonagénaire depuis octobre. Seul survivant des grands pianistes afro-cubains des années 40 et 50, arrangeur et pianiste du fameux Tropicana, club légendaire des années pré-castristes de la Havane, Bebo connaît tous les rythmes et les danses de Cuba, le mambo, le son, le bembé, la rumba et ses nombreuses variantes. En 1952 à Miami, il participe à l’enregistrement de “Cubano“, un disque de jazz afro-cubain produit par Norman Granz dont je reproduis la pochette. Bebo tient le piano de la formation, le André’s All Stars. Il crée la même année le rythme batanga, un dérivé du mambo qui offre de larges espaces aux solistes et fait le lien entre l’Afrique et Cuba. Le mambo, il le popularise en 1957  à la tête d’un nouvel orchestre Sabor de Cuba dont Chucho est alors le pianiste. Trois ans plus tard, il quitte Cuba, réside au Mexique, gagne l’Espagne et pour finir s’installe en Suède en 1963 où il se fait peu à peu oublier. Une poignée d’albums parmi lesquels “Lagrimas Negras“ réalisé avec le chanteur de flamenco Diego El Cigala et un film, “Calle 54“, réalisé par le cinéaste espagnol Fernando Trueba, mettent fin dans les années 90 à un long purgatoire musical. Une version de The Peanut Vendor pour un album de Paquito D’Rivera en 1995 et La comparsa à deux pianos pour “Calle 54“ en mars 2000 constituaient ses seuls enregistrements avec Chucho. “Juntos para Siempre“ répare cette lacune. Il s’ouvre sur une composition de Chucho dédiée à Bebo, une pièce romantique dans laquelle l’influence de Debussy s'accorde à un joyeux feu d’artifice de rythmes. Les deux hommes reprennent plusieurs boléros dont le célèbre Tres palabras d’Osvaldo Farrés (l’auteur du fameux Quizás, Quizás, Quizás qu’interprètent Nat King Cole et Doris Day). Perdido et Tea for Two ancrent cette rencontre dans le jazz. Chucho délaisse ici les cadences infernales, les tourbillons de trilles, adopte un jeu sobre et lyrique et instaure avec son père un dialogue serein. Bebo offre une pièce à son fils et ajoute au programme Rareza del siglo écrit dans les années 40 pour l’orchestre de Julio Cueva au sein duquel il officiait au piano. Une joyeuse conga conclut un disque d’une grande fraîcheur musicale. Père et fils cajolent leurs plus belles notes et nous offrent un grand bain de tendresse.

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 14:43

Pianiste new-yorkais d’origine indienne, Vijay Iyer a longtemps poursuivi des études de mathématique et de physique. Découvert en Europe avec Steve Coleman, il a depuis enregistré une bonne dizaine d’albums mal distribués que peu de gens connaissent. Dans “Tragicomic“, Vijay destine sa musique difficile à un public plus large. Associées au nombre d’or, ses recherches portent sur l’harmonie (la gamme tempérée dodécaphonique directement liée au nombre d’or) et les rythmes, son propre héritage culturel déterminant leur choix. Ses compositions baignent ainsi dans ceux de la musique Carnatique de l’Inde du Sud, une musique beaucoup plus intellectuelle que sensuelle. Si Andrew Hill et Cecil Taylor inspirent son piano moderne, le jeu modal de McCoy Tyner est perceptible dans Macaca Please et The Weight of Things, la pièce qui ouvre l’album. Egalement d’origine indienne, Rudresh Mahanthappa, le saxophoniste de cette séance, a écouté John Coltrane. Ses phrases brûlantes maintiennent une urgence permanente. Les aigus de son alto vrillent les tympans profanes, questionnent l’harmonie jusqu’au-boutiste. Le pianiste profite de cette tension pour cultiver un lyrisme inhabituel. Le chant de l’Inde du Sud transparaît dans des thèmes aux notes suspendues et aux forts parfums mélodiques (Age of Everything, Threnody). Dans les plages en trio avec Stephan Crump à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, un jeu ludique s’installe entre des musiciens qui prennent plaisir à se surprendre. Construite avec peu de notes, Becoming, une ballade toute simple, parvient à faire rêver.

Partager cet article
Repost0
18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 09:46

Enfant de la banlieue, Issam Krimi a eu ses années rock. Lycéen, la guitare électrique remplaça un temps ses cours de piano classique. Il revint à l’instrument et poursuivit son étude au CNR de La Courneuve. Si des leçons de musicologie à l’université de Paris 8 lui firent découvrir John Cage, Henri Dutilleux, Gyorgy Ligeti et Luciano Berio, le jazz de Miles Davis, Herbie Hancock, Weather Report, Brad Mehldau fait également partie de la culture de ce jeune pianiste de 28 ans, de même que la pop, l’électro ou le rock de Nirvana et de Radiohead. Antoine Hervé, qui fut l’un de ses professeurs de piano, produisit en 2005 son premier album “Eglogues 3“. Aujourd’hui sort “Post Jazz“ un disque d’une fausse simplicité malgré le souhait d’Issam de créer une véritable musique populaire. Il s’ouvre par un morceau très rentre-dedans dont la batterie gonflée à l’hormone de croissance sonore évoque The Bad Plus, E.S.T. ou la musique du trio de Neil Cowley. Cette impression de redite s’estompe vite derrière les visions musicales du compositeur. Produit comme un disque de rock, soigneusement travaillé en studio avec la complicité d’un ingénieur du son compétent (Pierre Luzy), “Post Jazz“ frappe par son éclectisme et l’habileté de sa construction. Toutes sortes de musiques s’y rencontrent et forment un patchwork sonore inclassable. Le saxophone ténor d’Alban Darche souffle de vrais chorus de jazz. Le piano bruine des notes inattendues (Caudalie) ou égraine une jolie mélodie romantique (L’oubli des lèvres). Le violoncelle d’Olivier Koundouno confère un lyrisme sombre à des thèmes qui pourraient illustrer bien des films. Excellent pianiste, Issam Krimi ne se met pas en avant dans ce travail d’écriture ouvert et audacieux. La musique circule, valorisée par un habillage habile, des sonorités travaillées. La dernière plage, Aspasie perdue, rassemble quantité d’idées aussi bien écrites qu’improvisées. Le moment fort d’un album qui en contient beaucoup.

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 15:46

Une réunion d’amis, tous excellents musiciens, autour d’un pianiste qui aime arranger ses propres thèmes, mélodies qu’il ne pare jamais des mêmes couleurs. Normal. Donald Brown dédie six des dix morceaux de son nouveau disque à des musiciens qu’il admire. Une jolie façon de remercier Kenny Garrett, Ron Carter, George Coleman et James Williams avec lesquels il a joué, Steve Nelson et Bill Mobley qui participent à cet enregistrement. Le septième cadeau est pour Dorothy, son épouse. Wynton Marsalis, Joe Henderson et Milton Nascimento ont composé les trois autres morceaux. Les siens révèle un créateur inventif attaché au vocabulaire du bop et à la tradition. Sa connaissance de l’harmonie lui permet de créer un jazz moderne dans lequel le rythme, funky (Eminence, Skatter Brain) ou ternaire (Skain Domain) conserve une place prépondérante. Donald Brown laisse jouer ses musiciens. Le vibraphone cristallin de Steve Nelson se marie fort bien aux sonorités du Fender. Lionel Loueke tire des sonorités incroyables de sa guitare, fait danser des rondes fiévreuses à ses notes. Abordé sur un tempo de bossa-nova, Carter Country offre un beau chorus à Bill Mobley, grand technicien de la trompette, compositeur et arrangeur talentueux. Ne manquez pas la dernière plage de l’album, un magnifique duo avec Donald qui fait fondre le stress. Donald Brown aime le blues, le vrai, celui de Memphis, sa ville natale, qui est aussi celle de Bill Mobley, de George Coleman (dédicataire de The Thing about George Coleman) et de James Williams. La paire rythmique Robert HurstEric Harland fait des merveilles, notamment dans Skain Domain de Marsalis. Ecrit par Joe Henderson, Gazelle met en évidence la modernité du batteur. Jean Toussaint joue du soprano mais aussi du ténor dans le très beau Vera Cruz de Nascimento. On aimerait que ce talentueux saxophoniste enregistre plus souvent. Je ne détaillerai pas davantage cet album. A vous de l’écouter, d’en apprécier les rythmes et les finesses.

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 09:14

Guillermo Klein ne nous avait pas habitué à pareille musique. Les influences afro-cubaines du pianiste argentin désormais installé à Barcelone s’y font entendre à travers un foisonnement sonore dans lequel le rythme n’est pas seulement ponctuation mais couleur. Glissements de tempos, métriques distendues et mouvantes entourent ainsi des harmonies étonnamment légères compte tenu du nombre de musiciens en présence. Klein s’est livré à un vrai travail d’arrangeur. Il fait respirer la masse orchestrale en ne faisant pas toujours jouer ses musiciens ensemble, et aménage de l’espace pour leurs chorus, son piano étant davantage fil conducteur qu’instrument soliste. La répétition mécanique d’un simple riff ralenti et accéléré (un effet emprunté aux studios de musique électro-acoustique) confère à la seconde partie de Miula un effet hypnotique, procédé que Klein renouvelle sur les rythmes de Luz De Liz (filtros). Si ces derniers influencent la structure harmonique de certains morceaux, l’album possède un aspect très lyrique. Après Luciana Souza, une nouvelle chanteuse, l’Espagnole Carmen Canela, donne de la voix, Guillermo utilisant davantage la sienne, les parties vocales répondant aux instrumentaux, aux saxophones de Miguel Zenon, Chris Cheek et Bill McHenry, à la guitare omniprésente à New York de Ben Monder (l’album y a été enregistré en juin 2007). Produit par le très dynamique François Zalacain, "Filtros“ rassemble un fameux plateau. Sandro Tomasi assure au trombone et Jeff Ballard révèle l’étendue de ses connaissances rythmiques. Les quelques morceaux de forme chorale confèrent une grande sérénité à ce magnifique opus, un aspect quasi religieux que confirme la dernière plage, une adaptation touchante de Louange à l’Eternité de Jésus, cinquième mouvement du “Quatuor pour la fin du temps“ d’Olivier Messiaen.

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 17:07

Brillant est le mot qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on découvre ce disque, un enregistrement inédit de 1992 que le pianiste choisit aujourd’hui de publier. Avec Gary Peacock en grande forme à la contrebasse et Bill Stewart , déjà un solide batteur qui sait faire danser ses cymbales, Bill Carrothers, 28 ans lorsqu’il enregistre ces faces, éblouit par la richesse de son vocabulaire harmonique, la subtilité de ses voicings. Le toucher est beau et précis. Les mains agiles se jouent des difficultés techniques que posent ses compositions et une poignée de standards bien choisis : When Will the Blues Leave, une ritournelle d’Ornette Coleman ; Off Minor, petit thème génialement simple que seul Thelonious Monk pouvait écrire, et My Heart Belongs to Daddy de Cole Porter. Il est amusant de comparer ce piano avec celui qui aujourd’hui épaule le violoncelle de Matt Turner dans un CD consacré au répertoire de Stephen Foster. Depuis quelques années, Bill questionne les musiques de l’Amérique, celles de sa guerre civile, mais aussi de la Grande Guerre au lendemain de laquelle le jazz prend son essor. Elles occupent une place importante dans son univers, et l'on en perçoit déjà la trace dans le long exposé en solo de Jésus’ Last Ballad. Les standards qu’il reprend traduisent également l’intérêt qu’il porte à de vieux morceaux oubliés. S’il ne visite plus les mêmes musiques, Bill Carrothers ne joue pas non plus le même piano. L’ange du bizarre l’aiguillonne davantage et lui inspire des dissonances, des harmonies abstraites, un jeu plus staccato, Bill cherchant à greffer des accords nouveaux sur d’anciennes pièces dont il préserve la mémoire.

Partager cet article
Repost0
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 09:19

Enrico Pieranunzi est quasiment inconnu en France, lorsque le public de jazz le découvre en 1989 dans deux des titres de “A Sip of your Touch“, premier album de son compatriote Riccardo Del Fra pour IDA Records . Dans la foulée, Philippe Vincent, le fondateur du label, lui propose d’enregistrer plusieurs disques en 1990, « une année qui fut pour moi un tournant, tant dans ma vie privée que dans ma musique ». En juin, Marc Johnson l’invite à se produire en trio avec lui et Peter Erskine dans un festival de musique classique en Virginie. Marc et Enrico se piquent alors au jeu du dialogue. Pour le pianiste romain qui maîtrise tous les aspects du piano, un approfondissement harmonique et une autre manière de jouer le tempo s’offrent à lui. Quant à l’ancien contrebassiste de Bill Evans, il se complaît dans ce jeu intuitif dans lequel chacun peut à tout moment orienter le discours de l’autre, proposer autre chose, une mélodie nouvelle entrevue fugacement ou l’idée d’un thème travaillé plus tard à l’ombre des studios. Les 17 et 18 décembre, les deux hommes enregistrent pour IDA “The Dream Before Us“ après une série de concerts dont un donné à Lausanne le 13 décembre pour la Radio Suisse Romande aujourd’hui publié. « Je me souviens parfaitement que nous n’avions rien planifié. Nous avons juste commencé à jouer en complète interaction, à l’écoute de nos imaginations, de nos sensibilités respectives » écrit-il dans les notes du livret. Sans aucune préméditation, les deux hommes rencontrent en chemin une poignée de standards qu’ils développent. A l’époque de cet enregistrement, l’univers d’Enrico Pieranunzi reste encore marqué par l’héritage du bebop historique. Des années de piano classique ont développé son sens de la forme et de la rigueur. Sa main gauche, solide et puissante égrène des lignes dures, des accords énergiques. Avec Marc Johnson, il prend des risques, installe des dissonances obsédantes dans Singing All Times et Minding, deux des pièces d’une Blue Suite conséquemment abstraite. Influencé par le jeu modal de Bill Evans, il joue aussi un piano lyrique et romantique qui est toujours sa signature. Mélange de standards et de parties improvisées, la magnifique Yellow Suite en témoigne.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 17:34
Après avoir exploré le jazz moderne et enregistré en quartette des compositions personnelles (avec Ben Monder à la guitare, Joe Martin à la contrebasse et Ted Poor à la batterie, personnel du premier disque de Jérôme sur Bee Jazz en 2007), Jérôme Sabbagh revient aux fondamentaux, à la relecture de grands standards, célèbres ou oubliés de l’histoire du jazz. En trio. Elève de Miroslav Vitous, Ben Street a enregistré avec le guitariste Kurt Rosenwinkel et le saxophoniste Sam Rivers. « Ben a toujours été l’un de mes contrebassistes préférés…Il possède une très forte personnalité musicale et est l’un des musiciens les plus exigeants que je connaisse ». Rodney Green travailla deux ans avec Diana Krall et tient la batterie dans plusieurs albums du saxophoniste Greg Osby. « Je l’ai rencontré par hasard et il est devenu mon batteur de trio préféré. J’adore son toucher, la manière dont il développe des idées, la profondeur de son écoute ». Les deux hommes assurent un solide appui rythmique au saxophone qui, partant des mélodies, prend seul les décisions harmoniques, exercice périlleux et difficile sans un piano pour asseoir la tonalité, garder les accords d’un thème dont on va changer les notes pour le mener ailleurs, lui apporter une expression personnelle. Le saxophone doit jouer davantage, souffler une plus grande quantité de notes. La contrebasse l’épaule par ses propres chorus, mais Jérôme prend des risques, introduit en solo Body and Soul et en explore l’harmonie sur plus de sept minutes. Le saxophone convoque Thelonious Monk, Bill Evans, Bud Powell, Billy Strayhorn, s’empare avec respect de quelques-unes de leurs œuvres et les habille avec des phrases fluides et chantantes qui n’appartiennent qu’à lui-même.
Partager cet article
Repost0
5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 19:03

D’emblée, la contrebasse d’Arild Andersen chante des notes admirables avec un son énorme. Volumineux comme une montagne, le saxophone de Tommy Smith gronde avec une autorité que l’on n’a plus l’habitude d’entendre dans le jazz. Excellemment enregistrée, la batterie aux peaux très tendues de Paolo Vinaccia né en Italie, il réside en Norvège depuis 1979 - sonne comme si elle était accordée pour un concert de rock. Le nouveau trio d’Arild Anderson, l’un des meilleurs bassistes du nord de l’Europe, fait entendre une musique aussi explosive que lyrique. Dans les ballades, des morceaux d’une douceur hypnotique, le ténor charme par des phrases d’une suavité rare. L’absence de piano n’est pas un problème, Anderson élargissant la palette sonore de sa formation par les effets électroniques qu’il ajoute à sa contrebasse (emploi d’un octaveur, mise en boucle de certaines notes, de courtes phrases dont la répétition donne un certain mystère à la musique). Composée en 2005  pour fêter de centenaire de la libération de la Norvège de l’asservissement suédois, Independency, longue suite divisée en quatre parties approchant les 45 minutes, abrite des moments d’une grande  puissance. Un saxophone virtuose souffle des notes incandescentes (Independency Part 2), métal en fusion sur lequel coule du miel, de petites notes onctueuses qui plongent dans le rêve. Le groupe nous en entrouvre les portes, dessine les images sonores de paysages de neige dans le troisième mouvement d’Independency. Originaire d’Edimbourg, élève de la Berklee College of Music de Boston et auteur d’une bonne vingtaine d’albums sous son nom, Tommy Smith n’a jamais tant impressionné que dans cet enregistrement live réalisé en septembre 2007 au Belleville Club et au Drammen Théâtre d’Oslo. Prelude to a Kiss d’Ellington, la seule reprise de l’album, subit ainsi une profonde relecture, sa structure harmonique en sortant amplement transformée. Ce disque essentiel se clôt avec Dreamhorse, magnifique dialogue contrebasse/saxophone arbitré par la batterie sur une mélodie gardée longtemps par la mémoire.

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 18:21

Le piano improvise avec lyrisme dès les premières mesures de Totò Sexy, première plage de l’album. Antonio Faraò ne possède pas seulement une technique impressionnante, il joue avec beaucoup de sensibilité et possède un beau toucher, autant d’atouts rendant attractif le programme de ce disque, quatre compositions personnelles et huit morceaux d’Armando Trovajoli auquel il rend hommage. Auteur de plus de 300 musiques de film, de comédies musicales, et de quelques œuvres de musique classique, ce dernier enregistra également des disques de jazz pour RCA, parmi lesquels “Trovajoli Jazz Piano“ réédité au Japon. Grâce à sa mère qui l’appréciait, Faraò se familiarisa très tôt avec sa musique, découvrant des affinités mélodiques avec la sienne. Trovajoli signa les partitions de “Riz amer“ (Giuseppe De Santis), “Mariage à l’italienne“ (Vittorio De Sica), “Les Monstres“ (Dino Risi), “Une journée particulière“ et “Nous nous sommes tant aimés“ (Ettore Scola), célèbres joyaux du cinéma italien. Antonio Faraò les délaisse pour des films plus confidentiels, des réalisateurs moins renommés (Luigi Magni, Mario Vicario, Mario Amendola) dont les œuvres n’ont pas toutes été distribuées en France. Son choix s’est volontairement porté sur des musiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le jazz, des airs peu connus qu’il peut à loisir remodeler, habiller d’harmonies et de rythmes nouveaux tout en préservant les mélodies initiales. Le seul film très connu de cette sélection est “Parfum de Femme“ (“Profumu di donna“) réalisé en 1974 par Dino Risi, un rôle en or pour Vittorio Gassman. Le titre anglais “Woman’s Perfume“, donne son nom à cet album que Faraò a enregistré à Paris en septembre 2006. Avec Dominique Di Piazza et André Ceccarelli, il possède un nouveau trio modifiant les couleurs de sa musique. La basse électrique de Di Piazza possède une sonorité ronde et chaude. Elle se marie bien au drive raffiné du batteur et assure un riche contrepoint de notes à un pianiste qui ornemente et invente brillamment. La pièce en solo, Il Prete Sposato (“Un Prêtre à marier“ de Mario Vicario (1971) avec Magali Noël), donne envie de l’écouter davantage sans accompagnateurs. Les thèmes qu’il compose convainquent un peu moins. On écoute davantage les grappes de notes qu’il brode autour, leurs harmonies chantantes et inspirées. On plonge dans ce beau piano comme dans un bain d’eau fraîche un soir d’été caniculaire. Il procure un bien être immédiat.
Meilleurs morceaux : Profumo Di Donna, Il Prete Sposato, Il Vedovo, Paolo Il Caldo.
      

Partager cet article
Repost0