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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 17:40
Sommeil estival

Ami(e)s lecteurs et lectrices, comme chaque été, ce blog sommeillera jusqu’en septembre, et peut-être même quelques jours de plus. Des vacances qui vont me permettre de ralentir le rythme, de prendre le temps, tout en sachant que loin de se laisser saisir, il file et nous échappe. Des journées plus longues, un tempo plus lent, loin d’une actualité qui galope, avec ses concerts, ses disques trop nombreux pour être tous écoutés. Ce blog fêtera son dixième anniversaire en septembre. Merci de votre fidélité. À tous et à toutes, je souhaite un bel été.

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 16:22
Une découverte inattendue

La sortie mondiale le 29 juin prochain d’une séance studio inédite de John Coltrane sur Impulse !, label qui abrita les œuvres du saxophoniste à partir de 1961, fait grand bruit dans le monde du jazz. Rudy Van Gelder en enregistra la musique le 6 mars 1963 dans son studio d’Englewood Cliffs (New Jersey), la veille de l’enregistrement de l’album “John Coltrane and Johnny Hartman”. Hormis une des deux versions de Vilia éditée sur la compilation “The Definitive Jazz Scene Volume 3”, ces bandes ne furent jamais exploitées. On les croyait perdues jusqu’à la découverte récente d’une copie en excellent état que l’ingénieur du son avait remis au saxophoniste, une bande de référence mono que ce dernier avait emportée chez lui pour la faire écouter à Naima, son épouse. C’est cette dernière qu’édite aujourd’hui Universal. L’édition standard (1CD) de “Both Directions at Once : The Lost Album” comprend sept des quatorze morceaux retrouvés. Une « Deluxe Edition » (2CD) réunit les sept autres, tous des alternates. Des vinyles (simple et double) ont également été pressés pour marquer l’événement.

Malgré un agenda très chargé en mars 1963, un engagement de quinze jours au Birdland accaparant ses soirées, John Coltrane s’est réservé l’après-midi du 6 pour enregistrer sa musique en studio dans des conditions d’un live avec ses musiciens habituels, McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie. Il a cinq heures devant lui, n’aime pas trop multiplier les prises et ne le fait que lorsque cela s’avère nécessaire. Il revient ainsi plusieurs fois sur Impressions, un morceau qu’il a enregistré l’année précédente sous un autre titre et qui va donner son nom à l’un de ses albums. Le saxophoniste le joue en trio, développant un puissant et ensorcelant langage incantatoire. S’étant libéré de ses obsédantes préoccupations harmoniques, il cherche alors, non sans violence, à aller le plus loin possible dans sa quête musicale, n’hésitant pas à revenir dans ses chorus à une technique plus ancienne, à ses fameuses sheets of sound, nappes sonores arpégées qu’il étale comme des vagues.  

Les premières versions de Untitled Original 11383 et Untitled Original 11386, deux morceaux inédits que John Coltrane joue au soprano, sont quasiment parfaites. Fait plutôt rare, Jimmy Garrison s’offre un solo à l’archet dans le premier dont nous n’avons qu’une prise. Morceau élégant à la saveur latine appréciable, le second – trois alternates nous en sont proposés – est un parfait support pour Coltrane qui, contrairement à son habitude, reprend le thème entre son solo et celui de son pianiste. Deux jours plus tôt, le 4 mars, McCoy Tyner a enregistré dans le même studio pour Impulse ! “Nights of Ballads & Blues”, l’un de ses meilleurs disques. Très en doigts, il enroule ses grappes de notes autour des thèmes, assoit la tonalité que le saxophoniste tout feu tout flamme cherche souvent à bousculer. Pianiste orchestral à la sonorité brillante, il fait chanter ses phrases chargées de notes et d’arabesques.

 

L’absence d’un pianiste donne toutefois à John Coltrane une plus grande liberté harmonique. Outre Impressions, c’est également en trio qu’il reprend ici pour la première fois Nature Boy popularisé en 1948 par Nat King Cole, contrebasse et batterie assurant un hypnotique accompagnement rythmique à son saxophone qui s’écarte peu du thème. McCoy Tyner reste également silencieux dans la première partie de One Up, One Down, morceau au tempo vif dont la première des deux prises contient un échange entre le batteur et le ténor. La musique est familière aux spécialistes de Coltrane grâce à un disque pirate enregistré au Birdland quelques jours plus tôt. McCoy Tyner n’intervient pas non plus pendant les premières minutes de Slow Blues, le dernier morceau de la séance au sein duquel, porté par sa rythmique, le saxophoniste s’offre un chorus brûlant sur une simple grille de blues. Extrait de l’opérette de Franz Lehár, “La Veuve Joyeuse”, Vilia est interprété au ténor puis au soprano par Coltrane, cette seconde version convenant mieux au lyrisme du morceau.

 

John COLTRANE : “Both Directions at Once : The Lost Album” (Impulse ! / Universal) – Sortie le 29 juin.

 

Photos : The John Coltrane Quartet © Jim Marshall - McCoy Tyner & John Coltrane © Joe Alpert

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 10:02
Venez bisser Bisceglia !

Manquer le concert que doit donner jeudi prochain 22 février au Sunside le trio du pianiste belge Michel Bisceglia serait une GROSSE erreur.

 

Aussi impardonnable que d’ignorer Enrico Pieranunzi ou Fred Hersch lorsqu’ils se produisent dans la capitale. J’ai le souvenir douloureux d’un Sunside au trois quart vide pour ce dernier il y a quelques années, une prestation éblouissante en solo que je me souviens avoir partagé, les larmes aux yeux, avec mon fidèle ami Jean-Louis Wiart. Le pianiste joua ce soir là avec l’émotion et l’intensité d’un concert d’adieu et nous offrit une version admirable de The Peacocks, un thème de Jimmy Rowles dont on retrouve certains éléments mélodiques dans Augmented Tree, une composition de Bisceglia. “Singularity”, un de ses disques en trio enregistré en 2013, la renferme. J’avoue ne pas tous les connaître, mais celui là est vraiment magnifique.

Né en 1970, Michel Bisceglia a constitué son trio en 1997 et enregistré avec lui six albums. Werner Lauscher (contrebasse) et Marc Léhan (batterie) qui seront avec lui au Sunside servent avec bonheur sa musique. Plus proche de Bill Evans que de Bud Powell, il fait délicatement vivre ses notes, leur donne de l’air pour les rendre légères, et ses harmonies subtilement colorées me vont droit au cœur. Il a également composé des musiques pour plusieurs films, notamment celle de “Blue Bird” (du réalisateur Gust Van den Berghe) réalisé avec les membres de son trio. Dans “About Stories” (1997), il invite Randy Brecker et Bob Mintzer à jouer sa musique. Le pianiste a aussi enregistré plusieurs albums avec le D.J. Buscemi. Celui qu’ils consacrent au cinéaste Dziga Vertov, “Vertov, l’uomo con la macchina da presa” ne peut laisser indifférent. Pour fêter les 20 ans de son trio, Prova Records, le label qui abrite la plupart de ses disques, sort “20 Years Recordings”, un disque qui rassemble quelques-uns de ses meilleurs morceaux.

Des concerts, Michel Bisceglia en donne très peu dans l’hexagone. Quelques chanceux ont pu l’entendre en 2015 au « Festival Août of Jazz » de Capbreton. S’il se produit dans les festivals de jazz de notre vaste monde – aux Etats-Unis, en Corée du Sud, en Chine, en Grande-Bretagne –, il ne joue jamais à Paris, pourtant proche de la Belgique où il réside. Vous me direz que le 22 février, il y a d’autres concerts en ville et donnés par de bons musiciens. C’est vrai, mais cette opportunité de découvrir le pianiste sur une scène parisienne risque de ne pas se reproduire de sitôt. A moins de vous rendre nombreux à son concert, d’y amener épouses et ami(e)s, et même vos voisins de palier et vos collègues de bureau s’ils aiment la bonne musique. N’hésitez pas, venez nombreux, venez bisser Bisceglia !

 

-Concert à 21h00. Pour vous encourager à sortir de chez vous et à braver cette nuit d’hiver (des vêtements chauds sont recommandés), le Sunside vous offre une réduction de 4 euros sur le site internet du Sunside www.sunset-sunside.com en tapant le code 16MB22 au moment de votre réservation (offre valable jusqu’à 18h00 le soir même du concert).

 

-Site de Michel Bisceglia : www.michelbisceglia.org

 

Photos X/D.R.

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1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 00:15
Voeux 2018

                 Bonne et Heureuse année  2018

                             Happy New Year

                                                         🎵🎵🎵

明けましておめでとう- Felice anno nuovo - Happy New Year - Feliz año nuevo - Frohes neues Jahr - Feliz ano novo - 新年快乐-

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22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 12:08

 

Les fêtes, le temps des emplettes et des illuminations. En décembre, le sapin roi des forêts reçoit boules et guirlandes et met ses habits de lumière, le soleil entre dans le solstice d’hiver et l’on frotte tant bien que mal ses membres engourdis par le froid. L’esquimau se couvre le corps de graisse de phoque. Le citadin se réchauffe avec d’autres liquides. Vêtements et vins chauds sont de rigueur. Les nuits sont plus longues, le sommeil plus profond. Comme chaque année le blog de Choc va sommeiller jusqu'à la mi-janvier et l’Académie du Jazz remettre ses prix. Vous en aurez un compte-rendu détaillé et retrouverez chaque semaine papiers d’humeur, concerts qui interpellent, chroniques de disques ou de livres, l’actualité du jazz en effervescence ne s’accordant aucun repos.

Créé en septembre 2008, ce blog fêtera ses dix ans d’existence le 8 septembre prochain. La chronique du disque d’une jeune chanteuse belge alors presque totalement inconnue en est l’article inaugural. Dans “A Stomach is Burning”, son album le plus jazz, Mélanie de Biasio affirme déjà un univers envoûtant très personnel. Le 9 décembre 2008, elle se produisait pour la première fois à Paris au Sunside devant un public clairsemé. Le 4 décembre dernier, elle se faisait applaudir au Trianon qui refusait du monde. Les années passent, de talentueux musiciens apparaissent, des amis chers disparaissent. En cette période de fêtes que je vous souhaite bonnes et heureuses, Philippe Adler et Christian Bonnet, qui nous ont récemment quittés, occupent mes pensées. Le temps emporte avec lui bien des choses, mais mon enthousiasme pour le jazz reste intact, avec ses disques et ses concerts qui donnent toujours du baume au cœur.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 12:09
Repos Estival

Neuf ans déjà que le blogdechoc est opérationnel. Comme chaque été, je le mets en sommeil, le temps de prendre quelques vacances, de profiter de la mer, du ciel, des montagnes, du temps qui file et nous échappe. Moins de CD(s) dans les boîtes à lettres, de courriels dans les boîtes de réception de nos ordinateurs, on peut donc réécouter de vieux disques, lire, faire la sieste, aller au cinéma, oublier le flot furieux d’une actualité qui, le reste de l’année, galope et ne laisse aucun répit. Rendez-vous en septembre avec des chroniques de disques, de livres, des concerts qui interpellent et passez tous un bel été.

 

Photo X / D.R.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 12:25
Voeux 2017

   Bonne et heureuse année 2017

 

- Felice anno nuovo - Happy New Year - Feliz año nuevo - Frohes neues Jahr - Feliz ano novo -

 

                                                                 "Aerostatic" © Harry Grant Dart 1908.

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 10:00
Chocs 2016 : 13 disques qui font partout parler

Vous les attendiez amis lecteurs, les voici avec leurs pochettes, chaque disque faisant l’objet d’un commentaire justifiant leur présence au sein d’une sélection forcément subjective. Contrairement aux années précédentes, je n’ai pas eu à écarter d’autres enregistrements qui méritaient de figurer dans ce palmarès. Sauf “Gershwin, disque réunissant Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva (piano) qui a fait l’objet d’un service de presse, a eu une chronique dans le numéro de juin de Jazz Magazine mais n’est jamais sorti suite à des problèmes de distribution. Il doit paraître au printemps prochain. Un Choc pour 2017 très certainement.

 

Le piano est une fois encore à l’honneur dans ce palmarès. Giovanni Guidi confirme sa place dans le peloton de tête des pianistes italiens, “Ida Lupino étant toutefois une œuvre collective que se partagent quatre musiciens. Si Brad Mehldau et Jacky Terrasson sont habitués aux récompenses, le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai se révèle à nous par un deuxième album enthousiasmant. Autres surprises, Bill Charlap sort le meilleur disque de sa déjà longue carrière et l’enregistrement inattendu du dernier concert que donna au Japon Masabumi Kikuchi nous fait regretter sa disparition. Personne n’imaginait que Nils Cline allait tremper sa guitare dans le jazz et que, confié à l’arrangeur Michael Leonhart, le disque dont il avait toujours rêvé serait si réussi. On n’attendait pas non plus une reformation de Steps Ahead. Associé le temps d’une séance d’enregistrement et quelques concerts au WDR Big Band de Cologne, ce groupe légendaire fait des étincelles. De même que Hans Ulrik, saxophoniste danois inconnu en France qui nous offre une “Suite of Time” dont le jazz peut être fier.   

 

Le jazz intimiste est également à la fête grâce à Jean-Christophe Cholet qui, sans son remarquable trio mais associé au trompettiste Matthieu Michel, réussit un opus d’une rare élégance. Quant au saxophoniste Christophe Panzani, il choisit de dialoguer avec sept pianistes différents dans “Les âmes perdues, son premier disque sous son nom. Une seule chanteuse dans ce palmarès 2016, mais pas n’importe laquelle. René Marie impose son immense talent dans “Sound of Red”, un disque dont elle signe également le répertoire. Un seul inédit, mais de taille, “All My Yesterdays réunit les tous premiers concerts du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra, formation incontournable de l’histoire du jazz moderne. Reste à vous souhaiter que ces treize albums trouvent grâce à vos yeux et à vos oreilles. Bonnes fêtes à tous et à toutes.     

 

12 nouveautés…

Yonathan AVISHAI / MODERN TIMES : “The Parade” (Jazz & People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc du 25 novembre

Après“Modern Time” enregistré en trio, le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai ose un magnifique album en quintette qui mêle habilement tradition et modernité. “The Parade confirme également le talent d’un compositeur dont la musique construite autour d’habiles et entêtantes ritournelles nous conduit dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans, lorsque, influencé par ses sources africaines, le jazz y était roi. Plus épicée que celle de “Modern Time, la musique de “The Parade n’en reste pas moins minimaliste. Peu de notes, mais des lignes mélodiques lisibles et aérées que met en valeur un pianiste élégant et sensible. L’aspect méditatif de son jeu économe, l’importance qu’il accorde au silence donne de l’air à la musique dont les rythmes simples et efficaces favorisent un swing irrésistible. César Poirier (saxophone alto et clarinette), Inor Sotolongo (percussions), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) participent avec lui à ce beau voyage en terre américaine, nouveau monde au sein duquel fusionna bien des cultures.

Bill CHARLAP Trio : “Notes from New York” (Impulse ! / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°683 - mai (Choc)

Dans ce répertoire de chansons extraites de comédies musicales (Tiny’s Tempo mis à part) enregistré en trio avec ses musiciens habituels – Peter Washington (contrebasse) et Kenny Washington (batterie) –, Bill Charlap allie précision de toucher et fermeté rythmique. Des doigts agiles parent ces vieilles et inusables mélodies de riches couleurs harmoniques, font pleuvoir sur elles un swing irrésistible. Espiègle (sa version de I’ll Remember April qui ouvre le disque), romantique (There is no Music), sollicitant tout le registre de l’instrument au cours d’improvisations acrobatiques, fin rythmicien de surcroît, le pianiste varie constamment son jeu. Joué en solo sur un tempo inhabituellement lent, On the Sunny Side of the Street révèle une sensibilité insoupçonnée. Bill Charlap signe ici le meilleur album d'une déjà longue carrière.

Jean-Christophe CHOLET / Matthieu MICHEL : “Whispers

(La Buissonne / Harmonia Mundi)

Chronique dans le blog de Choc du 10 mai

Jazz ? Musique improvisée ou contemporaine ? Qu’importe, car ici la musique s’impose, majestueuse dans sa simplicité, son absence d’artifice. Enregistré avec Matthieu Michel qui joue ici du bugle, instrument dont le timbre est plus doux que celui d’une trompette, la musique de “Whispers” semble naître de la brume, jaillir du silence, se chante, mais aussi se murmure. Les tempi sont lents, les harmonies magnifiques. Possédant un toucher élégant, Jean-Christophe Cholet fait magnifiquement sonner le piano du Studio La Buissonne. Peu de notes, mais de l’espace pour les faire respirer, pour goûter leurs nuances. L’accordéon de Didier Ithursarry renforce l’aspect crépusculaire de la musique, lui ajoute grâce et mystère. Présent sur quelques plages, Ramon Lopez ne se préoccupe pas des barres de mesure mais aère et colore le tempo, fait bruisser ses cymbales et parler ses tambours. Le rythme devient ici foisonnement, ponctuation sonore. Il est souvent suggéré, esquissé. Le swing n’a pas sa place dans cet album poétique, ce jazz de chambre intemporel à marquer d’une pierre blanche.

Nels CLINE : “Lovers” (Blue Note / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 23 septembre

Double CD renfermant dix-huit morceaux instrumentaux, “Lovers” fait entendre une musique d’ambiance sophistiquée et romantique relevant de la musique de film et du jazz. Souhaitant retrouver dans son disque un peu de la musique de Gil Evans, Quincy Jones, Gary McFarland, Johnny Mandel et Henry Mancini, ses arrangeurs préférés, le guitariste Nels Cline chargea Michael Leonhart de donner les couleurs de ses rêves à un matériel thématique singulièrement éclectique. « Pas trop de saxophones, mais des clarinettes et des flûtes » précise Cline dans ses notes de pochette. Si son jeu et son phrasé relèvent du jazz, le guitariste ne dédaigne pas recourir à des sonorités modifiant fréquemment le timbre de sa guitare. Cinq jours de studio furent nécessaires à l’enregistrement de dix-huit morceaux instrumentaux qui proviennent de films et de comédies musicales. Des thèmes de Jimmy Giuffre, Gábor Szabó, Arto Lindsay, Sonic Youth et Annette Peacock complètent un répertoire pour le moins éclectique au sein duquel Nels Cline est quasiment le seul soliste.

Giovanni GUIDI / Gianluca PETRELLA / Louis SCLAVIS / Gerald CLEAVER :

“Ida Lupino” (ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 15 septembre

Un quartette associant le temps d’une séance d’enregistrement le piano de Giovanni Guidi, le trombone de Gianluca Petrella, les clarinettes de Louis Sclavis et la batterie de Gerald Cleaver. Intitulé “Ida Lupino”, le disque qui en résulte fait entendre un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens réunis ici, tous sur la même longueur d’onde, rendent singulièrement inventif. Bien que l’étroite complicité unissant Guidi et Petrella soit au cœur du dispositif orchestral, la présence de Sclavis aux clarinettes et de Cleaver à la batterie est loin d’être anodine. Le batteur joue d’ailleurs sur un des meilleurs opus du pianiste, “We Don’t Live Here Anymore” (Cam Jazz) qui propose une musique très libre, proche de celle que contient ce nouvel album. Ida Lupino et Per i morti di Reggio Emilia mis à part, les autres morceaux, tour à tour abstraits et lyriques, ont été créés en studio. Affirmant un ample jeu mélodique, le pianiste confirme sa place dans le peloton de tête des pianistes italiens.  

Masabumi KIKUCHI : “Black Orpheus” (ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 15 avril

Donné au Bunka Kaikan Recital Hall de Tokyo en 2012, ce récital de Masabumi Kikuchi qui devait s’éteindre à New York le 6 juillet 2015 reste le dernier concert de sa carrière. Jouer en solo lui avait permis d’acquérir une solide expérience. Le pianiste avait d’ailleurs enregistré pour le label Verve plusieurs disques en solo, aussi envoûtants que méconnus. Neuf pièces improvisées constituent le programme de “Black Orpheus. Leurs tempos ne sont jamais rapides et les rares mélodies disparaissent sous des accords tumultueux, des flots de notes martelées qu’accompagnent de nombreuses dissonances. Dans les parties lentes, le pianiste se relâche, laisse la musique jaillir. Il abandonne alors son toucher percussif pour faire sonner délicatement les harmonies de mélodies rêveuses. Placée au centre de l’album, sa version de Manhã De Carnaval apparaît comme un moment de grâce. Le toucher du pianiste se fait miel. Des doigts de velours effleurent délicatement les touches. Il fait de même avec Little Abi, une ballade qu’il écrivit pour sa fille et qu’il joue en rappel. Mon disque de l’année.

René MARIE : “Sound of Red” (Motéma / Harmonia Mundi)

Chronique dans le blog de Choc du 15 juillet

Grande chanteuse de jazz de la grande Amérique, René Marie envoûte et enthousiasme. Curieuse, elle célèbre aussi d’autres musiques, la soul, le blues, le gospel et le folk. Tous ces genres cohabitent dans “Sound of Red”, un disque largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons. On retrouve auprès d'elle le bassiste Elias Bailey et le batteur Quentin E. Baxter. Confié à John Chin, le piano reste le principal interlocuteur de la chanteuse. Many Years Ago, une ballade dans laquelle il économise ses notes, et Go Home, un simple duo piano / voix, le morceau le plus émouvant de l’album, révèlent pleinement sa sensibilité harmonique. Outre plusieurs souffleurs (trompette, trombone, saxophones ténor et alto), la guitare de Romero Lubambo ajoute de chaudes couleurs méditerranéennes à Certaldo, et dans Blessing, l’un des deux gospels de cet enregistrement, Shayla Steele assure les chœurs. René Marie ensorcelle dans cet opus, son onzième, le meilleur album de jazz vocal publié cette année.

Brad MEHLDAU Trio : “Blues and Ballads” (Nonesuch / Warner)

Chronique dans le blog de Choc du 9 juin

Pas besoin d’être un jazz fan pour rentrer dans ce disque et y goûter sa musique. Enregistré avec les musiciens de son trio habituel – Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) – “Blues and Ballads se laisse aborder très facilement. Non que le pianiste cherche à simplifier son jeu, mais jouer avec une contrebasse et une batterie tempère son piano, l’oblige à freiner ses ambitions, à mieux structurer son discours. Ces ballades et ces blues, Brad les joue avec une sensibilité énorme, aère constamment son discours et trouve des harmonies adéquates pour chaque mélodie qu’il reprend. Son jeu ambidextre lui permet de jouer simultanément plusieurs thèmes, de converser avec lui-même, de répondre par des basses puissantes au questionnement mélodique de sa main droite. Des standards, Cheryl de Charlie Parker abordé énergiquement sur tempo medium, deux morceaux de Paul McCartney constituent le répertoire de l’album. Composé par ce dernier, And I Love Her est l’un des sommets de l’album. La qualité de ses voicings, ses phrases qui ondulent comme des vagues, son élégant balancement rythmique, soulèvent l’enthousiasme.

Christophe PANZANI : “Les âmes perdues” (Jazz & People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc du 28 juin

Au saxophone ténor, Christophe Panzani possède une sonorité bien particulière, un timbre doux, léger, aérien, une sonorité d’alto. On pense à Lee Konitz, mais aussi à Jeremy Udden, un altiste américain. Dans “Les âmes perdues il séduit par son lyrisme, la volupté de son souffle, s’exprime en poète sur des musiques qu’il a imaginées pour ses interprètes, des musiciens amis, sept pianistes chez lesquels il s’est rendu, parcourant la France (Paris, Tours, Poitiers) et l’Allemagne (Cologne) avec son matériel d’enregistrement, ses micros et son saxophone ténor. Tony Paeleman l’a aidé à enregistrer ses duos avec Edouard Ferlet et Dan Tepfer et s’est chargé de la prise de son d’ Étrangement calme, morceau dans lequel il tient lui-même le piano. Chaque pianiste apporte sa sensibilité, sa musicalité, son toucher, et joue sur son propre instrument ce qui donne un éclairage spécifique à chaque morceau. Dans Die Grünen Bohnen, les harmonies riches et colorées de Laia Genc semblent particulièrement inspirer les rêveries de Christophe. Nombreux, les moments de pur bonheur s’enchaînent, s’additionnent. Ce disque de 43 minutes interpelle !

STEPS AHEAD : “Steppin’ Out” (Jazzline / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc du 13 octobre

La surprise de l’année : sous la houlette du vibraphoniste Mike Mainieri, un disque inattendu de Steps Ahead tombe du ciel. Avec lui, quelque uns des anciens membres de la formation : le saxophoniste Bill Evans, le guitariste Chuck Loeb, le bassiste Tom Kennedy et le batteur Steve Smith qui succéda à Peter Erskine après l’enregistrement de “Magnetic” en 1986. Avec eux, les quatorze musiciens du WDR Big Band de Cologne dirigé par Michael Abene. Le répertoire : d’anciennes compositions de la formation et des morceaux naguère enregistrés par Mainieri dans ses propres albums. Tous se partagent les chorus, Steve Smith prenant même un solo dans Beirut, une pièce quelque peu funky. Plusieurs musiciens du WDR sont également mis à contribution : le trompettiste Ruud Breuls dans Blue Montreux, les trombonistes Shannon Barnett et Andy Hunter, ce dernier dialoguant Bill Evans dans le magnifique Sara's Touch. Très en forme, Evans échange aussi dans Oops des chorus brûlants avec Paul Heller, le sax ténor du WDR. Tous ces morceaux héritent de nouvelles introductions et interludes, les nouveaux arrangements très soignés de Michael Abene apportant un écrin chatoyant à la musique du groupe.

Jacky TERRASSON / Stéphane BELMONDO : “Mother” (Impulse ! / Universal)

Chronique dans le blog de Choc du 8 septembre

Enregistré à Pompignan au Studio Recall, un endroit particulièrement propice à la musique, “Mother” rassemble quatorze morceaux, des standards et des originaux, Pompignan et Pic Saint-Loup étant de courts intermèdes improvisés. Une trentaine de morceaux furent prêts en trois jours.  « Les ballades sonnaient particulièrement bien. Elles avaient une beauté et une atmosphère bien à elles » confie Jacky Terrasson. Elles sont nombreuses dans cet album qui traduit les états d’âme, les émotions des musiciens. Mother est dédié à la mère de Jacky disparu en juin. Les deux hommes en donnent bien sûr une version particulièrement émouvante, Stéphane Belmondo adoptant le bugle dont la sonorité plus ronde, plus douce que celle de la trompette, favorise un lamento intimiste. Il l’utilise également dans La chanson d'Hélène que Jacky enrichit d’harmonies délicates et dans Souvenirs, une composition de Stéphane non dénuée de vague à l’âme. “Mother” s’ouvre sur First Song (Charlie Haden) et se referme sur une sobre version de Que reste-t-il de nos amours ?, deux morceaux mélancoliques qui traduisent bien l’atmosphère feutrée et mélancolique de l’album.

Hans ULRIK : “Suite of Time” (Stunt / Una Volta)

Chronique dans le blog de Choc du 25 mars

Saxophoniste danois très apprécié dans son pays, Hans Ulrik fut invité en 2015 à composer la musique d’un office religieux pour célébrer le 75ème anniversaire de l’église Grundtvig qui se dresse, majestueuse sur la colline du Bispebjerg au nord ouest de Copenhague. Introduite par un prélude, complétée par un hymne, un sacrement et un postlude, sa Suite of Time, une œuvre relevant à 100% du jazz, comprend quatre mouvements, chacun d’eux associé à une date chapitrant un texte de l’historien Henrik Jensen que le livret de l’album reproduit. Pour la jouer, cinq musiciens dont les noms nous sont inconnus – Peter Rosendal (trompette et claviers), Henrik Gunde (piano), Kaspar Vadsholt (contrebasse), Anders Mogensen (batterie) – et Marilyn Mazur aux percussions sur trois morceaux. Trois autres plages parachèvent cette Suite : l’hymne Min Jesus, lad mit hjerte få dont la mélodie superbe est confiée au saxophone, The Sacrement / O du Guds Lam, morceau plus sombre au thème répété ad libitum et un sobre Postludium (postlude) dans lequel, en duo avec son pianiste, Hans Ulrik en état de grâce reprend le thème d’ouverture de l'album.

… Et un inédit

 

Thad JONES / Mel LEWIS Orchestra : “All My Yesterdays”

(Resonance  / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc du 25 mai

Édité à l’occasion du 50ème anniversaire de la naissance du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra, “All My Yesterdays” réunit la totalité exploitable de leurs premiers concerts (7 février et 21 mars 1966). L’orchestre réunit des chrétiens et des juifs, des blancs et des noirs, ce qui est encore inhabituel en Amérique. La musique qu’il propose est surtout beaucoup plus moderne que celle de la plupart des big band de l’époque. Au sein d’un même morceau, le Thad Jones / Mel Lewis Orchestra peut se transformer en trio, quartette, octette s’il est rejoint par une des sections, ou en une formation plus importante. Thad Jones peut décider de changer un morceau en cours d’exécution, la musique, constamment « in progress » n‘étant jamais figée. Le trompettiste joue ses propres arrangements, en confie les solos aux musiciens qu’il estime les plus aptes à les jouer et les dirige par signes, Mel Lewis adaptant son jeu à la taille de l’orchestre. Un copieux livret de 88 pages renfermant des interviews et de nombreuses photos accompagne cette édition incontournable.

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 15:04
Trêve de Noël

Les fêtes, un temps de repos et de paix (espérons-le !) après les massacres sanglants qui ont endeuillé notre pays. Le blog de Choc va sommeiller jusqu'à la mi-janvier. Rendez-vous en 2016 avec les rubriques habituelles, l’édito du mois, les concerts qui interpellent, les chroniques de disques. L’Académie du Jazz fêtera ses soixante ans. Un grand concert est prévu au théâtre du Châtelet le 8 février avec un double plateau exceptionnel. Constitué par des lauréats du Prix Django Reinhardt, un octette inédit assurera la première partie. Dirigé par Laurent Mignard, le Duke Orchestra sera l’attraction de la seconde. Des invités prestigieux – Jean-Luc Ponty, John Surman, Sanseverino – le rejoindront. À cette occasion sera également dévoilé le palmarès 2015 de l’Académie. Il réserve bien des surprises.

                         Joyeux Noël à tous et à toutes

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 09:36
Sommeil d'été

Un meunier ne laissa pour tous biens à trois enfants qu'il avait, que son moulin, son âne, et son chat. Les partages furent bientôt faits : l'aîné eut le moulin, le second eut l'âne, et le plus jeune n'eut que le chat. Ce dernier ne pouvait se consoler d'avoir un si pauvre lot : mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie honnêtement en se mettant ensemble ; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. Le chat qui entendait ce discours lui dit d'un air posé et sérieux : ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé que vous croyez. Le maître du chat lui avait vu faire tant de tours de souplesse pour prendre des rats et des souris qu'il ne désespéra pas d'en être secouru dans sa misère… (Charles Perrault : “Le Chat Botté”)

Se plonger dans des livres (relire le “Le Chat Botté” dont vous trouvez ici les premières lignes), se baigner dans la mer, se promener en montagne, flâner pieds nus en espadrilles, faire la sieste, réécouter de vieux disques… Comme chaque année, le blogueur de Choc prend des vacances et met son blog en sommeil. Rendez-vous en septembre avec des concerts qui interpellent et passez un bel été en musique.

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