Une sélection des meilleurs moments de “Cinéma Cinémas“
vient de paraître dans un coffret de 4 DVD (Ina / Tapioca films). On le doit à l’opiniâtreté de Jean-Pierre Jeunet co-producteur de cette édition. Douze émissions d’environ une heure
remontées par Claude Ventura, l’un des trois mousquetaires d’une aventure cinéphilique commencée en janvier 1982 et abritée pendant dix ans par Antenne 2. Anne Andreu, Michel Boujut et Claude Ventura rythmaient et fabriquaient un vrai
magazine.Les soirs de diffusion étaient des soirs de fête. Dès
l’apparition du générique réalisé par Guy Peellaert, peintures que berce la musique onirique composée par Franz Waxman pour “Une place au soleil“, nous savions que le rêve allait nous
happer, que derrière les portes entrouvertes par Eddie Constantine lorsqu’il arpente ce long couloir d’“Alphaville“ (images prêtées par Jean-Luc Godard pour passer d’un sujet à un
autre) se cachaient des reportages inoubliables.
Souvent introduit en voix off (Boujut ou Jean-Claude Dauphin pour les séquences américaines), chaque sujet dure entre quelques secondes et une vingtaine de minutes. Mis en
scène et bénéficiant de musiques appropriées, photos, coupures de journaux (Un bel été, Adieu Rita), livres pesés (Le poids des mots), machine à écrire tapant un texte de
Jean Eustache (Fragments d’un scénario abandonné) s’intègrent aux décors. Les images ont parfois l’air de sortir de tableaux d’Edward Hopper, comme celles filmées dans la
gare d’Union Station lors d’une interview d’Aldo Ray. A l’Ouest de l’Amérique, l’irremplaçable Philippe Garnier fait parler les acteurs et les actrices. Richard Widmark,
Jane Russell, Sterling Hayden,
Rock
Hudson, Angie Dickinson, Robert Mitchum répondent à ses questions. Frank Capra, Samuel Fuller, Richard Brooks, des géants de la mise en scène, font de même. A
Paris, Anne Andreu interroge Faye Dunaway, Maria Schneider, Lino Ventura, Bernard Blier.“Cinéma Cinémas“ nous montre aussi les premiers essais de Jean Seberg, Sandrine Bonnaire, Béatrice Dalle, Catherine Jacob. Les reportages sur William Faulkner, John Fante, Scott Fitzgerald, fascinent par leur
approche littéraire. Ventura et Garnier nous conduisent à Jacumba,
petite ville proche du Mexique, perdue au milieu du désert. William Wellman y tourna les extérieurs de “Beggars of Life“ en 1928 avec Louise Brooks. Une caméra indiscrète nous fait
découvrir Maurice Pialat, Jacques Doillon, John Cassavetes, Federico Fellini en plein tournage de “Police“, “La Pirate“, “Love Stream“, le “Satyricon“. Garnier enquête
sur les trois années que David Goodis passa à Hollywood et retrouve Sue Lyon, la Lolita de Stanley Kubrick.
Entièrement consacré à Alfred Hitchcock, le douzième et dernier épisode réunit des interviews de James Stewart, Claude Chabrol, Tippi Hedren, Anthony Perkins et constitue un ensemble exceptionnel de documents filmés. Le maître du suspense commente la séquence fameuse de l’avion dans “La mort aux trousses“. Janet Leigh raconte comment a été tournée la scène de douche de “Psychose“. Le décorateur Robert Boyle explique le story board des “Oiseaux“. Vous saurez tout ou presque sur cette émission mythique grâce à un très long texte de Philippe Garnier riche en anecdotes sur les conditions de tournage, un magnifique et copieux livret d’une soixantaine de pages accompagnant cette édition exemplaire.
Crédits photographiques: Claude Ventura©Cinéma Cinémas 1982 - Sterling Hayden©Cinéma Cinémas 1982 - Angie Dickinson©Cinéma Cinémas 1985 - La chaise de Richard Widmark©Cinéma Cinémas 1983. Merci à Laure de Lestrange de l'Ina.

enthousiaste d’une contrebasse à nouveau mélodique et aux cordes
chantantes. Après plusieurs essais de batteurs, il a engagé Marty Morell en automne 1968. Diplômé de la Manhattan School of Music, ce dernier écoute et anticipe les désirs du
pianiste, rythme la musique aux baguettes lorsque le niveau sonore l’exige, mais aussi aux balais, lorsque les ballades demandent à respirer. Le concert qu’il donne dans un club de Stockholm le
20 février 1970 est d’excellente qualité. Malheureusement, les réalisateurs de “Night Moods“, émission de télévision aux couleurs un peu passées ont cru bon intégrer de nombreuses scènes de rues
dans lesquelles, éclairés par les lumières de la ville, des passants déambulent. Gomez impressionne et Bill, très concentré, manifeste une maîtrise pianistique éblouissante. Cinq ans plus tard en
1975, ce dernier, veste rouge, porte barbe et cheveux longs. Depuis février, Eliot Zigmund remplace Morell et fait bruisser d’autres cymbales. La batterie devient plus une
affaire de timbres, de couleurs, que d’accompagnement rythmique. Gomez explore davantage le registre aigu de sa contrebasse, et en fait sonner les harmoniques. Après une longue introduction en
solo d’Evans, le trio joue Sareen Jurer, une composition méconnue d’Earl Zindars, l’auteur de How My heart Sings. Réalisées en studio, les images, bien
meilleures que celles du concert précédent, dévoilent un pianiste moins fiévreux soignant ses lignes mélodiques jusqu’à leur donner une gamme de nuances et de couleurs qui révèlent l’étendue de
son vocabulaire et la précision de son toucher.