Mardi 14 janvier
Corps électoral, officiels du Ministère de la Culture, représentants des sociétés civiles, responsables de compagnies de disques, attachés de presse, journalistes et pique-assiettes, tous se pressent à la Grand Messe de l’Académie du Jazz qui se tient une fois l’an au foyer du Châtelet. Vénérable institution – elle fêtera en 2015 son soixantième anniversaire –, l’Académie que préside François Lacharme y remet ses prix. Malgré la longueur des sermons, les cantiques furent plus réjouissants que d’habitude. Les prix aussi, bien qu’étant difficile de satisfaire les anciens et les modernes, de réconcilier des chapelles dont les affiliés n’écoutent pas le même jazz, musique plurielle et américaine qui, transplantée en Europe, souffre aujourd’hui d’un problème aigu d’identité. Qu’est-ce que le jazz ? Avec la surmultiplication des genres musicaux, la réponse semble encore plus difficile à donner qu’elle ne l’était. Pourtant, à l’issue d’un vote et de discussions passionnées, une cinquantaine de journalistes parviennent chaque année en toute indépendance à établir un palmarès qui reflète bien son dynamisme et sa diversité.
Remis par Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Châtelet, à Adeline Regnault (Éditions 13ème Note), le Prix du Livre de Jazz, le premier à être décerné, couronna “Lâchez-moi !”, autobiographie du pianiste Hampton Hawes (1928-1977) écrite en collaboration avec Don Asher, musicien et auteur de six romans. La vie de Hawes en fut un également. Junkie, ses mésaventures souvent hilarantes le menèrent à toucher le fond et à tâter de la prison. Gracié par le président Kennedy en 1963, il se consacra sérieusement au jazz et devint le pianiste préféré des musiciens californiens. Publié en 1972, “Lâchez-moi !” (“Raise Up Off Me : A Portrait of Hampton Hawes”) n’avait jamais été traduit en français.
Récompensé pour l’ensemble de son œuvre, Tomasz Stanko obtint le Prix du Musicien Européen. Retenu à Varsovie, il fit parvenir à l’Académie un petit film dans lequel il remercie cette dernière en musique. Invisible en France depuis plusieurs années, scandaleusement oublié des festivals de l’hexagone qui préfèrent remplir leurs grandes surfaces au détriment de la qualité, le trompettiste polonais a pourtant signé avec “Wislawa” le plus beau disque de l’année 2013.
Donald Byrd, Herb Geller, Mulgrew Miller, Chico Hamilton, Cedar Walton, Yusef Lateef, ils furent nombreux à passer de l’autre côté en 2013. Avec eux, Jim Hall, le plus subtil des guitaristes de jazz disparu le 10 décembre. En guise d’hommage, Christian Escoudé et Alain Jean-Marie interprétèrent Careful, un blues de 16 mesures, son cheval de bataille.
Décédé en 1983, Earl Hines doit swinguer comme un fou au paradis des jazzmen. On oublie aujourd’hui l’importance de ce pianiste et chef d’orchestre qui rompit avec le stride, imposa son propre jeu de piano et l’adapta aux bouleversements du be-bop. Le Prix du Meilleur Inédit ou de la Meilleure Réédition revint à un florilège de ses œuvres, à un coffret Mosaïc de 7 CDs regroupant des enregistrements effectués entre 1928 et 1945, l’Académie primant aussi la qualité du travail éditorial d’un label dont Michael Cuscuna et Scott Wenzel sont les deux responsables.
Le Prix du Jazz Vocal revint à “Woman Child” disque de Cécile McLorin Salvant, également en lice pour un Prix Django Reinhardt qui lui échappa de peu. Convaincu par son timbre de voix admirable, Jean-François Bonnel fut l’un des premiers à reconnaître son talent. Répondant aux questions de François Lacharme, il nous confia son admiration pour cette artiste exceptionnelle, « la chanteuse de jazz du XXIème siècle » selon ses propres termes. Assurant un concert à New York, Cécile ne put venir chercher son prix, mais fit parvenir une vidéo à l’Académie, un petit film dans lequel, outre ses remerciements, elle nous régala de son chant.
Chet Baker nous quittait en 1988, il y a 25 ans. Il n’en avait pas soixante, jouait alors beaucoup, soufflant sans vibrato de longues phrases délicates, douloureuses, comme si sa vie dépendait de ces moments intimes qu’il nous invitait à partager à ses concerts. Pour le saluer, François Lacharme appela sur scène Riccardo Del Fra et Alain Jean-Marie. Pour nous gratifier d’une version sensible de I’m a Fool to Want You.
Le bassiste céda sa place à Rachel Gould, chanteuse qui, en 1979, enregistra avec Chet un “All Blues” inoubliable. En duo avec Alain, I Remember You et Everything Happens to You, nous fit regretter la trop grande discrétion d’une voix qui n’a rien perdu de son éclat.
François Lacharme confia à Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde, le soin de remettre le très attendu Prix Django Reinhardt. Associant jazz et grands crus, l’auteur de “Comment goûter un vin” (Éditions du Chêne) fut pour le moins surpris lorsque Vincent Peirani, le lauréat, déclara ne pas boire d’alcool. Saint Vincent (de Saragosse), le saint patron des vignerons, n’inspire donc pas l’accordéoniste dont les 2,05 mètres impressionnent. Sa technique aussi. Youn Sun Nah, qui chante peu de jazz mais possède une voix qui interpelle, a été bien avisée de le prendre avec elle. Vincent ajoute de la mélancolie à sa musique. La sienne touche à tout. Au jazz aussi, et la belle mélodie d’Abbey Lincoln qu’il reprit ne dérangea personne.
Auteur de “Casque d’or”, de “Touchez pas au grisbi” et de “Rendez-vous de juillet”, film particulièrement apprécié par les amateurs de jazz, Jacques Becker fut un grand supporter de l’Académie. Egalement cinéaste (“L’été meurtrier”, “Les enfants du marais”), son fils Jean aime aussi le jazz. “Échappement libre” (musique de Martial Solal) et son invisible et mythique “Pas de caviar pour tante Olga” (du bon Jacques Loussier) en témoignent. Jean Becker évoqua ses souvenirs et remit le Prix du Jazz Classique au Tuxedo Big Band pour leur album “Lunceford Still Alive !”.
Très disputé et remis par la très charmante Ann d’Abboville de la fondation BNP Paribas, le Prix du Disque Français qui couronne le meilleur disque enregistré par des musiciens français échut à l’Amazing Keystone Big Band pour son adaptation de “Pierre et le Loup” (Le Chant du Monde), une commande du Festival Jazz à Vienne. Arrivé second et pourtant favori, Ping Machine ne parvint pas à se hisser sur la première marche du podium. Il faut dire que les thèmes de Prokofiev, le sérieux et la qualité des arrangements de la jeune formation lyonnaise firent la différence.
C’est une version réduite de l’orchestre – David Enhco (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Jon Boutellier et Jean-Philippe Scali (saxophones), Fred Nardin (piano), Patrick Maradan (contrebasse) et Romain Sarron (batterie) – qui monta sur scène pour nous en livrer des extraits.
Charles Bradley reçut le Prix Soul pour son album “Victim of Love” et Eric Bibb le Prix Blues pour “Jericho Road” publié sur le label Dixiefrog. Bibb réside à Londres et est le neveu de John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet aujourd’hui disparu. Ayant fit le voyage, il reçut le prix des mains de Nicolas Teurnier (membre de l’Académie) et en compagnie de Glen Scott, son producteur (et pianiste), nous présenta sa musique qui relève aussi du folk et du gospel. Son hommage à Nelson Mandela fut très apprécié.
Pour remettre le Grand Prix de l’Académie du Jazz (le meilleur disque de l’année), François Lacharme appela Pierre Richard et lui fit la surprise d’un petit film dans lequel il assure une chorégraphie mimée pendant que les Double Six de Mimi Perrin y interprètent Au bout du fil (Meet Benny Bailey).
Le Prix revint à “Duke at the Roadhouse”, album réunissant Eddie Daniels et Roger Kellaway, pianiste récompensé par l’Académie pour “Heroes” en 2007. Eddie Daniels avait fait le voyage de Santa Fe pour recevoir son prix. La veille, avec Alain Jean-Marie et Gilles Naturel (contrebasse), il avait donné un concert exceptionnel dans un Sunside affichant complet. Peu de journalistes (hélas), mais Phil Costing et un public enthousiaste pour saluer le meilleur clarinettiste de la planète jazz, qui, au saxophone ténor, est également impressionnant. Retrouvant Alain au Châtelet et n’utilisant que sa clarinette, il joua avec aisance, fluidité et virtuosité deux morceaux de l’album primé dont Duke at the Roadhouse, son titre éponyme qu’il a lui-même écrit.
Un palmarès 2013 à la hauteur de l’institution incontournable qui chaque année le décerne et mérite d’être saluée. Toutefois, la durée de la cérémonie, presque trois heures, écourta le cocktail et sa dégustation de vins de Saint-Emilion. Au grand regret de tous ceux qui ne manquent jamais ce grand rendez-vous académique, moment d’échanges, de découvertes musicales, de surprises et d'émois.
LE PALMARÈS 2013
Prix Django Reinhardt :
Vincent Peirani
Grand Prix de l’Académie du Jazz :
Eddie Daniels & Roger Kellaway « Duke at the Roadhouse » (IPO)
Prix du Disque Français :
Amazing Keystone Big Band « Pierre et le loup » (Le Chant du Monde/Harm. Mundi)
Prix du Musicien Européen :
Tomasz Stanko
Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :
Earl Hines « Classic Earl Hines Sessions 1928-1945 » (Coffret 7CDs Mosaïc)
Prix du Jazz Classique :
Tuxedo Big Band « Lunceford Still Alive ! » (Jazz aux Remparts)
Prix du Jazz Vocal :
Cécile McLorin Salvant « Woman Child » (Mack Avenue/Universal)
Prix Soul :
Charles Bradley « Victim of Love » (Daptone/Differ Ant),
Prix Blues :
Eric Bibb « Jericho Road » (Dixiefrog/Harmonia Mundi)
Prix du livre de Jazz :
Hampton Hawes avec Don Asher « Lâchez-moi ! » (13E Note Editions)














M
Comme Marlène Dietrich qu’elle admire,
Susanna Bartilla est née à Berlin. Devenue américaine en 1937, la muse de Joseph von
Sternberg entreprit une carrière de chanteuse qui la propulsa dans les années 60 sur les scènes du monde entier. Celle plus modeste de Susanna la conduit au Sunside pour le bonheur de
nos oreilles. Je retrouve Marlène dans sa voix grave un peu rauque et au fort vibrato, dans sa façon d’introduire I Can’t Give You Anything But Love.
Car Susanna ne chante pas
Lou
Tavano
Beaucoup de monde pour assister Hôtel Drouot à la vente des disques de Pierre
Mondy (Ferri & Associés). Les amateurs de jazz s’y étaient donnés rendez-vous avec pour conséquences des estimations souvent doublées, voire triplées et un montant total des enchères
approchant 90.000€. Des afficionados se disputèrent jusqu’à 1.000€ un lot de 17 disques de blues et de rhythm’n’blues. Il fallait monter à 1.100€ pour acquérir l’édition originale de “Bass on
Top” de Paul Chambers, disque du label Blue Note en édition originale estimé entre 200 et 400€. Reproduit en couverture du catalogue, le
Sonny Clark, un autre Blue Note, atteignait 1.300€ et un lot comprenant 24 albums de ce même label partait à 2.400€. La guitare inspira
également les acheteurs qui déboursèrent 1.150€ pour un lot de 37 disques consacrés à l’instrument. Wes Montgomery fit un tabac avec une
enchère de 1.200€ pour une réunion de trente-six de ses albums. Côté piano, notons les 700€ obtenus par un lot de 19 disques de Bill Evans.
Les coffrets Mosaïc furent également disputés. Il fallait proposer 1.000€ pour partir avec l’intégrale du label Commodore, soit avec trois coffrets renfermant 66 vinyles, et 880€ pour “The
Complete Capitol Recordings of the Nat King Cole Trio”, un coffret de 18 CD. Les Compact Discs triplèrent parfois leurs estimations grâce aux nombreux disques du catalogue Chronological Classics
que les lots renfermaient. Estimé entre 250 et 450€, un lot de 250 CD fut dispersé à 1.100,00€. En sus du montant de son enchère, tout acquéreur se devait acquitter 25,12% de frais (taxes
comprises). De jolies sommes pour des disques qui font toujours rêver.
Enrico
Pieranunzi
Youn Sun Nah dans un théâtre du Châtelet archi-plein pour le concert de sortie de “Lento”,
son nouvel album. Très varié, excellemment enregistré et produit, il s’adresse à un public beaucoup plus large que celui du jazz et séduit de nombreux mélomanes. Difficile de résister à cette
voix de soprano très pure qui met tant de passion et de sincérité dans ses chansons. Aussi bon soit-il, son dernier disque ne reflète pas l’immense talent de la chanteuse coréenne. Il faut la
voir, l’écouter sur une scène. Menue, elle semble fragile, comme une poupée de porcelaine. Sa timidité est un atout. Elle semble presque gênée de déplacer un si grand nombre de gens à ses
concerts. Elle murmure un simple bonsoir du bout des lèvres lorsque s’achève My Favorite Things, premier morceau de son tour de chant qu’elle débute
seule avec un piano à pouces comme instrument. Ses musiciens vont alors la rejoindre, à commencer par Ulf Wakenius son guitariste. C’est
avec lui qu’elle prend le plus de risques. Difficiles à chanter, d’une grande complexité rythmique, ses staccatos demandent une maîtrise vocale exceptionnelle. Breakfast in Bagdad et Momento Magico exigent de sa part des onomatopées d’une grande précision
rythmique et
mélodique. Très concentrée, Youn Sun Nah utilise aussi son corps pour s’unir à la musique. Elle la sent jaillir en elle comme si
l’inconscient parlait au conscient, l’artiste exprimant son vrai moi, l’authenticité de sa propre nature. Avec Ulf, elle explore le registre grave d’une voix naturellement douce qui s’étonne
d’être applaudie. Sa tessiture impressionnante (au moins deux octaves et demie) lui permet de pousser dans les aigus les rugissements du tigre. Son répertoire, essentiellement celui de “Lento”,
inclut plusieurs titres de “Same Girl”, son disque précédent. Outre Ulf Wakenius, ses musiciens – Vincent Peirani (accordéon), Lars Danielsson (contrebasse et violoncelle) et Xavier Desandre-Navarre (percussions) – improvisent discrètement, assurent à sa voix un accompagnement minimaliste, la portent sans jamais la couvrir. En
duo avec Ulf, son premier rappel, une reprise d’Avec le temps de Léo Ferré, reste pour moi
inoubliable. Youn le chanta avec un phrasé parfait, une émotion palpable. J’ai vu ce soir-là virevolter des anges dans un Châtelet silencieux qui retenait ses larmes.
M
Retrouver le Hadouk Trio dans une salle parisienne, fusse t’elle la Salle
Gaveau dont le décor convient mal à sa musique métissée et planante, c’est passer un bon moment avec des musiciens qui ont l’habitude de jouer et de partager leurs créations ensemble. Le groupe
existe depuis une dizaine d’années et s’est constitué un vaste répertoire dont il reprend sur scène les pièces les plus attractives : Baldamore,
Train Bleu des Savanes, Dragon de Lune, Barca Solaris,
mais aussi Lomsha, Babbalanja et Soft Landing, trois
morceaux de “Air Hadouk” un disque de 2009, le plus récent du trio dont un nouvel album est attendu pour la fin de l’année. Une grande variété de timbres résulte du mariage des instruments de
nombreux continents que pratiquent nos trois musiciens. Loy Ehrlich assure
au hajouj, basse à trois cordes des
gnawas, tout en prenant soin des claviers. Le kit de batterie de Steve Shehan est un étrange bric-à-brac de percussions d’origines diverses.
Steve utilise une étrange pédale charleston dont on aimerait connaître le mécanisme. Il joue souvent avec les mains, ses doigts agiles se faisant miel au contact du hang, sphère métallique dont
les sonorités évoquent le steel drum de Trinidad et le métallophone balinais. Didier Malherbe, le troisième homme, excelle au doudouk, sorte
d’hautbois arménien fabriqué dans un bois d’abricotier, et apporte à la musique une saveur sonore aussi fruitée que délectable.
Par manque de couverture médiatique, l’existence de Ronin reste aussi
confidentielle que les contenus des coffres de son pays d’origine. Sa musique constitue pourtant un trésor inestimable qui ne demande qu’à se faire connaître de tous. Bien que complets les deux
soirs, les deux concerts que Ronin donna au Centre Culturel Suisse de Paris ne permirent qu’à un petit nombre de parisiens avertis de
découvrir un groupe possédant de précieux atouts pour séduire un public
autrement plus large que celui du jazz. L’élément le plus important dont dispose le quintette zurichois – réduit à un quartette pour ces concerts
parisiens – est probablement le groove, une pulsation irrésistible qui porte et soulève la musique. Constamment sous-tension, cette dernière repose
sur de savantes métriques répétitives, des rythmes pairs et impairs souvent entremêlés au sein de modules non dénués de perspectives mélodiques. Peu éclairée par des spots dont jaillissent
parfois des lumières blanches aveuglantes, la formation joue une musique architecturée qui nécessite une mise en place chirurgicale. Au claviers (acoustiques et électriques), Nik Bärtsch contrôle le flux rythmique qui, malgré l’absence des percussions d’Andi Pupato, bénéficie de l’efficacité redoutable de
Kaspar Rast son batteur. Sha joue surtout de la clarinette basse (il pratique aussi le saxophone alto). Enfin, Thomy Jordi, le nouveau
bassiste, tient un rôle essentiel dans cette musique hypnotique jouée en temps réel sans overdubs et boucles préenregistrées.
Le New Morning accueillait Eliane Elias et Marc Johnson en trio avec Joe La Barbera. Une affiche alléchante car Marc et Joe furent tous deux
membres du dernier trio de Bill Evans, à la fin des années 70. Ce sont eux qui accompagnent le pianiste à l’Espace Cardin le 26 novembre
1979, concerts publiés sous le nom de “The Paris Concert, Edition One & Two” et qui comptent parmi les plus beaux disques de cette époque. Eliane et Marc ont rendu hommage à Evans en 2008
dans “Something for You”, un disque en trio avec Joey Baron à la batterie dans lequel
la pianiste se fait également chanteuse.
Elle possède une voix agréable et ses reprises en portugais (sa langue maternelle) lui ont valu une renommée auprès d’un public plus large que celui du jazz. Les albums qu’elle publie depuis
quelques années pour Blue Note accordent une place prépondérante à son chant. C’est pourtant la pianiste qui impressionne l’amateur de jazz. Publié l’an dernier sous les noms de Marc Johnson & Eliane Elias, “Swept Away” (ECM) met en valeur les couleurs de son piano, ses
phrases qui n’ignorent rien du blues. De longues études de piano classique lui ont apporté un bagage harmonique appréciable et elle sait habiller un thème, lui donner poids et relief.
Son concert parisien fut toutefois une
déception. Tendue, trop nerveuse, la belle Eliane ne parvint pas ce soir là à faire respirer sa musique, à huiler par l’émotion un jeu trop mécanique malgré la paire rythmique Johnson / La
Barbera à ses côtés, ce dernier assurant un soft drumming d’une rare délicatesse aux balais. Les meilleurs moments furent la fin du second set et les
quelques morceaux d’Antonio Carlos Jobim et de Gilberto Gil qu’elle chanta.
Puisse-t-elle nous revenir en meilleure forme pour nous faire entendre son vrai piano.
Le New Blood Quartet, nouvelle formation d’Aldo Romano mit le feu au Sunside à travers la musique de “The Connection
Pendant quelques heures, le public du Sunside se
vit plonger dans l’âge d’or que connut le jazz entre 1955 et 1965, décade prodigieuse dont les chefs-d’œuvre se ramassaient à la pelle. Complétant idéalement la formation, le jeune pianiste
Alessandro Lanzoni montra également un savoir-faire impressionnant au piano et Michel
Benita tout sourire faisait chanter à sa contrebasse les notes d’un plaisir non dissimulé de jouer pareille musique.
Au Sous-sol, le Sunset accueillait le même soir l’excellent trompettiste Fabien
Mary qui confirma son attachement aux traditions du jazz dans un récital en quartette faisant une large place aux standards, un répertoire souvent associé à des trompettistes, à
Kenny Dorham, Dizzy Gillespie qu’il se plaît à reprendre. Fabien n’oublie jamais de
swinguer. Ses improvisations mélodiques sont toujours portées par des rythmes aussi légers qu’efficaces, la section rythmique comprenant Fabien
Marcoz (contrebasse) et Pete Van Nostrand (batterie). Bien que jo
Sous-médiatisé, ne bénéficiant pas de tourneur, ses disques ne possédant pas de distribution régulière, le pianiste
Ignasi Terraza reste quasiment inconnu des amateurs de jazz français. Il entreprit de sérieuses études classiques avant de se mettre au jazz
deux ans plus tard et de donner des concerts dès 18 ans. Depuis, il parcourt le monde. Si les deux Amériques, l’Asie et bien sûr de nombreux pays européens font fête à son piano, la France
l’ignore, préfère les stars préfabriqués aux vrais talents. Ignasi Terraza rassure. Il reste attaché à la grammaire, au vocabulaire du jazz
et joue un piano en voie de disparition, enseveli par de purs harmonistes qui oublient trop souvent le swing, et l’importance du blues. S’il doit
beaucoup aux musiciens
qu’il a écoutés et qui l’ont précédé, il s’est forgé un discours personnel, possède une main gauche souple et mobile qui lui permet des improvisations osées aux lignes mélodiques
attractives. Il reprend de nombreux standards, les réinvente avec goût, une modernité de bon aloi. Son répertoire comprend également des compositions personnelles, des pièces finement écrites
avec de vrais thèmes pour nourrir ses solos. Pierre Boussaguet (contrebasse) et Esteve
Pi (batterie) ont enregistré avec lui un album à Bangkok en octobre 2010. C’est ce même trio qui accompagnait Terraza au Duc des Lombards pour en jouer de larges extraits. Oscar’s Will écrit en hommage à Oscar Peterson, Under the
Sun un calypso, une Emotional Dance abordée sur un rythme de samba, Les dotze van tocant, un
traditionnel catalan et Cançó num.6, une pièce de Federico Mompou, compositeur lui-aussi
catalan qu’affectionne les jazzmen, furent les moments forts d’un concert inoubliable.
improvisation,
Mehldau installant un ostinato rythmique dans les graves, Hays jouant le thème avant d’assurer à son tour la cadence, longues gerbes de notes colorées et fleuries, le discours se faisant capiteux
et suave. Nos deux pianistes jouèrent aussi leurs propres compositions, Unrequited (de Brad) et Elegia
(de Kevin), toutes deux incluses dans l’album. Exposée par lui-même en solo, celle de Kevin traduit sa connaissance du répertoire classique, son piano baignant dans des harmonies qu’auraient
appréciées Gabriel Fauré et Claude Debussy. Si Mehldau introduisit
Unrequited, Hays s’en empara et le porta vers la lumière avant que Brad ne lui confère un tempo plus lent et mélancolique. A des échanges intenses succéda la plénitude d’une musique
apaisée. Egalement au programme, une poignée de standards dont une relecture de Caravan, tricotage savant de notes serrées générant le swing, un
balancement qui sied au jazz, et une reprise émouvante de When I Fall in Love, Brad faisant intensément respirer ses accords, Kevin se glissant sans
peine dans le tissu poétique pour achever d’en broder les notes. Les deux hommes ce soir-là se complétaient à merveille.

Jordi Pujol
Pas de remettant pour le Prix du jazz classique, attribué à “Live at the Players”, un
disque d’Aaron Diehl, jeune pianiste talentueux que j’aurais aimé saluer. Aaron a depuis publié un excellent disque en quartette sur le
label Mack Avenue : “The Bespoke Man’s Narrative”. Son jazz est moderne, intemporel. Il a travaillé avec Wynton Marsalis, s’est produit
avec Benny Golson, et est aussi capable de jouer du bop que de reprendre Scott Joplin
et Jelly Roll Morton.
Chargé de rendre hommage à Dave Brubeck, autre cher disparu, René Urtreger, Prix Django Reinhardt en 1961, trouva des mots
très juste pour nous parler de celui qui fut un compositeur important et un pianiste fertile en idées mélodiques. René joua aussi sa musique, reprit en solo The Duke , une de ses plus belles compositions.
Remis
par
Appelée sur scène par François Lacharme, Victoria Abril contamina l’assistance par sa bonne humeur. Les Michu qui somnolaient furent ravis d’applaudir l’une des actrices fétiches de Pedro Almodóvar
(“Attache -moi ! ”, “Talons aiguilles”) et que l’on peut aussi voir dans “Gazon maudit” de Josiane Balasko, film oh combien apprécié
par Monsieur Michu ! Chanteuse, Victoria a fait paraître un disque de bossa-nova et un recueil de chansons françaises revisitées par le
flamenco. Elle était donc la personne adéquate pour remettre le Prix du Jazz Européen à son compatriote Jorge Pardo, un flûtiste /
saxophoniste qui depuis de longues années pratique le métissage du jazz et des rythmes d’Andalousie. Bien qu’ayant travaillé avec Paco de
Lucia, Chick Corea et Pat Metheny, il reste méconnu du public français. Pas
de l’Académie du Jazz qui ce soir lui fait fête. Son improvisation en solo sur des thèmes de Maurice Ravel (Le Boléro) et de Manuel de Falla fut aussi osée que remarquée.
Autre remettant surprise, le cinéaste Yves Boisset (“Le juge Fayard dit le Shérif”, “La femme flic”) remit le très convoité Prix Django Reinhardt au saxophoniste Émile Parisien. Non sans nous avoir parlé de son métier et regretté que pour le jeune public d’aujourd’hui le cinéma commence souvent avec Quentin Tarantino (lui-même cinéphile) et qu’un Louis Jouvet est aujourd’hui largement oublié.
François Lacharme le fit parler de son plus grand succès commercial, “Un Taxi Mauve”, film adapté du roman de Michel Déon, avec Charlotte Rampling, Philippe
Noiret, mais aussi Fred Astaire dont ce fut la dernière apparition à l’écran - « Un type adorable. Il avait alors 84 ans et
dansait encore divinement… ».







Emmanuel
Bex met un point d'orgue


Près d'Elisabeth Caumont, Christian Bonnet, trésorier de l'académie,

Une bonne partie des photos de ce reportage sont de Philippe Marchin
qui, sur le cliché de gauche, admire la nouvelle tête de Médéric Collignon. Boute-en-train infatigable, ce dernier amuse aussi Marc Sénéchal, attaché de presse
aujourd'hui indépendant dont on ne voit qu'un quart de tête.
La cuisine adjacente à la Salle Nijinski dans laquelle se
déroule notre cocktail académique sert de studio de photos. A gauche la très charmante Franny pose dans un manteau d'hiver moscovite. A droite la délicieuse
Laurence a fait fondre le coeur de Circuit 24 qui a insisté pour poser avec elle. Son châssis aux lignes élégantes n'a effectivement rien à envier à celui d'une
voiture de course.

Jean-Philippe Viret
sans sa contrebasse et prêt à "rhabiller le gamin" pour le supplément d'âme qu'apporte aussi le bon vin. Le chapeau toujours vissé sur la tête, Michel Contat, monsieur jazz
Télérama, ne me contredira pas. On taquine beaucoup Bajoues profondes dans ce blog avec des histoires à dormir debout. C'est pourtant ce qu'il parvient à faire, malgré la foule
bruyante qui l'entoure et fait la fête.





