Chaque dimanche, mes coups de cœur jazzistiques (élargis à des films,
des livres, des pièces de théâtre…). Rencontres, visions surprenantes, scènes de la vie parisienne à vous faire partager. Suivez le blogueur de Choc…
LUNDI 20 octobre
Quelques disques m’attendent à la rédaction de Jazzman. Celui de Theo Bleckman - douze chansons de
Charles Ives arrangées par le chanteur et le groupe Kneebody – sort du lot. Sortie française le 30 octobre. Le soir, dans l’auditorium de la SACEM, projection
d’un documentaire de 90 minutes sur Martial Solal en présence de ce dernier et du réalisateur Michel Follin. Le pianiste revient sur sa longue carrière, commente
les images d’archives et de concerts qui défilent sur la grande fenêtre de sa maison de Chatou. Ne manquez pas ce film diffusé sur Arte le lundi 3 novembre à 22 heures 45. On se bouscule au
cocktail qui suit la projection. Buffet chic et champagne choc pour quantité de journalistes affamés et assoiffés. Martial discute avec son ami André Hodeir. Une photo s’impose.
Ils acceptent avec plaisir.
MARDI 21 octobre
Travaux d‘écriture pour Jazzman. J’ignorais que Charles Ives avait composé 153 chansons. La réédition japonaise d’un
vieux CD de Richard Beirach récemment trouvé à la Fnac Montparnasse, (“Elegy for Bill
Evans“ avec George Mraz et Al Foster) m’enchante. Dans la soirée, je croise mon musicien en armure entre les bras d’infirmiers maousse costauds. Dans
une salle de l’Usine Spring Court dans le 11ème, Daniel Yvinec doit dévoiler les programmes de la saison 2009/2010 du prochain ONJ dont il est directeur artistique pour
trois ans. Rencontrant Daniel Humair, je lui montre une photo prise quelques jours auparavant dans un café parisien, celle d’un Super Baby dont le cœur plastifié fait méchamment
Boum. Daniel en est tout retourné. Constitué de jeunes musiciens – Yvinec en a
auditionné 150 en deux mois ! - , l’Orchestre National de Jazz, qu’il souhaite transformer en laboratoire de création musicale, démarre trois projets
spécifiques. Le premier autour de la voix de Robert Wyatt, enregistré a capella
(la musique sera arrangée par Vincent Artaud) ; le second “Broadway in Satin“, autour de Billie Holiday avec Alban Darche comme arrangeur ;
enfin la mise en musique de certaines scènes du “Carmen“ de Cecil B. DeMille (1915), projet auquel seront conviés Bernardo Sandoval et Benoît
Delbecq. Pas le temps de découvrir les musiciens de ce nouvel ONJ, je fonce au New Morning. Ronnie Lynn Patterson s’y produit avec Stéphane Kerecki à la
contrebasse et Louis Moutin à la batterie. Il subjugua ses auditeurs par son lyrisme, ses choix harmoniques tout droit venus du
cœur.
MERCREDI 22 octobre
Chroniques pour Jazzman, Molly Johnson (elle sera au Duc des Lombards les 14 et 15 novembre),
Aaron Parks, pianiste prometteur qui vient de sortir un premier album sur Blue Note. Je réécoute les Sun Bear Concerts de Keith Jarrett. Ce dernier jouait alors
un étonnant piano, inventait constamment de nouvelles idées mélodiques. Découverte d’un disque de Ralph Alessi de 2002 “This Against That“ sur RKM Music, label de Ravi
Coltrane (ne pas confondre avec le disque qui a fait l’objet du “Débat“ du numéro d’octobre de Jazzman). Alessi a composé une musique d’une grande intelligence tant sur le plan des
rythmes que de l’harmonie. Outre sa trompette, clarinette, guitare et piano lui donnent une grande variété de couleurs.
JEUDI
23 octobre
Déjeuner chez Guillaume de Chassy à Bourg-la-Reine. Une petite maison parmi d’autres dans une rue
tranquille. Mel, son épouse nous a préparé un excellent repas. Nous parlons de son prochain disque, enregistré à New York avec Daniel Yvinec,
Paul Motian et Mark Murphy. Guillaume me conduit au rez-de-chaussée et, assis à son piano, me fait écouter du Brahms (les 10 intermezzi
pour piano joués par Glenn Gould). Un bon moment passé ensemble. Revu “Le Masque de Dimitrios“, film que Jean Negulesco réalisa en 1944 avec Peter
Lorre et Sydney Greenstreet. Déception, le film trop bavard vieillit mal. Lorre n’est pas très crédible dans le rôle de l’écrivain et les décors artificiels respirent
trop le studio. Mieux vaut relire l’excellent roman d’Eric Ambler dont le film est tiré.
VENDREDI 24 octobre
Enfin en DVD, et pour un prix modique, “The Pillow Book“ de Peter Greenaway (dont “Le ventre de
l’architecte“ vient aussi de paraître). Le metteur en scène britannique hérisse pas mal de monde, mais l’histoire de Nagiko en quête d’un amant-calligraphe qui transformera son corps en livre
reste un de ses meilleurs films. De bons disques au courrier. Ceux d’Arild Andersen (“Live at Belleville“) et d’Antonio Faraò (“Woman’s Perfume“) feront
prochainement l’objet de chroniques dans ce blog. Terminé la lecture de “Jefferson Mississippi“, anthologie de textes de William Faulkner réunis par Michel Mohrt
et publiés par le Club du meilleur livre en 1956. L’ours, la plus longue nouvelle de ce florilège, comprend une phrase de 1600 mots (avec une parenthèse de plus de deux
pages).
SAMEDI 25
octobre
Bill Carrothers trio au Sunside (avec Nicolas Thys à la contrebasse et Dre
Pallemaerts à la batterie). La musique reflète la cohésion du groupe car le pianiste expérimente, change sans cesse sa manière de jouer, greffe des accords nouveaux sur les morceaux
qu’il interprète. Il peut égrainer
de belles notes perlées, imaginer une ligne
mélodique d’une grande poésie ou tout aussi bien adopter un jeu en accords, presque staccato, puissant dans les graves qu’il fait gronder comme l’orage. Son premier concert parisien, il le donna
en 1996 à la Villa, défunt club de la rue Jacob. Dany Michel (sur la photo avec Bill) en assurait la programmation. Philippe Ghielmetti, qui a produit plusieurs
albums du pianiste (le dernier avec le violoncelliste Matt Turner chroniqué dans ce même blog) assistait au concert. Un petit tour au Duc des Lombards pour écouter le grand Roy
Haynes et ses musiciens dans In a Sentimental Mood, la mélodie idéale pour terminer la nuit.
Photos ©Pierre de Chocqueuse



que
l’année suivante les bandes-son de “Experiment in Terror“ (“Allo, Brigade Spéciale“), et de “Days of Wine and Roses“, dont la chanson éponyme se voit récompensée. Ted Nash ne l’a pas
incluse au répertoire de son disque. Il écarte également Moon River, préférant reprendre le thème du film ainsi que la musique de “The Party“ beaucoup moins célèbre que ses scènes
hilarantes. Ted joue également au ténor le fameux Lujon, une des plages de l’album “Mr Lucky goes Latin“. Les frères Coen l’utilisent dans leur film “The Big Lebowski“. Ted Nash ne
reprend pas les arrangements d’Henri Mancini, mais
se sert de ses mélodies
pour improviser avec un quartette parfois réduit à un simple trio (Breakfast at Tiffany’s) ou à un duo (Cheryl’s Theme). Frank Kimbrough au piano, Rufus
Reid à la contrebasse et Matt Wilson à la batterie, accompagnent ses saxophones (ténor et alto) ou sa flûte dans le très beau Soldier in the Rain (“La dernière
bagarre“), composé pour un film de Ralph Nelson produit et écrit par Blake
Edwards. Si les musiques qu’Henri Mancini écrivit pour les films de Blake Edwards ont la préférence du saxophoniste, ce dernier reprend aussi celle de “The Night Visitor“ de
Laszlo Benedek, la célèbre Baby Elephant Walk d’“Hatari !“, film d’Howard Hawks, et celle de “Two for the Road“ (“Voyage à deux“), réalisé par
Stanley Donen en 1966. Son disque reste toutefois inégal. Pas assez développées, les plages les plus courtes sont moins intéressantes. Ted Nash aurait pu enregistrer un double
album. Il connaît parfaitement ces musiques qui ont bercé son adolescence. Il n’a pas choisi les plus connues, préférant réaliser un vrai disque de jazz, donner d’autres couleurs à ces thèmes. A
cet égard, son “Mancini Project“ reste une tentative de relecture originale parfaitement cohérente.








