Un dimanche sur deux, retrouvez les coups de cœur du blogueur de Choc.
Concerts, disques, films, livres, pièces de théâtre, rencontres, événements et scènes de la vie parisienne à vous faire partager... Suivez le blogueur de Choc…DIMANCHE 1e mars
Radio France, Studio Charles Trenet : concert inaugural du nouvel ONJ placé sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Au programme “Broadway in Satin“ consacré au répertoire de Billie Holiday, morceaux dont la chanteuse donna des versions insurpassables.
Choisissant d’innover, Daniel Yvinec a chargé Alban Darche de les
moderniser. Conservant les mélodies, ce dernier a changé tout le reste, dotant chaque morceau d’une orchestration nouvelle, d’une instrumentation différente. Skylark mêle ainsi les
sonorités de deux saxophones alto, une clarinette basse, une trompette et un cor et Body and Soul voit son solo harmonisé par un petit ensemble comprenant saxophone alto, ténor, flûte,
clarinette basse et trompette. Le traitement sonore réservé aux morceaux est beaucoup moins conventionnel. Eve Risser
joue du piano préparé, tisse des sons inédits de sa table d’harmonie. Un saupoudrage
électronique apporte de nouvelles couleurs et plonge les thèmes dans la modernité. Des rythmes binaires et martelés, des arrangements souvent lourds les structurent,
la masse orchestrale laissant peu de place aux solistes. Ces derniers se font
entendre dans les nombreux intermèdes qui relient les morceaux entre eux, moments surprenants animés par le batteur, dialogues entre une clarinette basse et ses propres notes que les haut-parleurs
lui renvoient, chorus d’alto sur la voix enregistrée de Billie Holiday, poussée de soprano sur un léger voile d’effets sonores. Les improvisations collectives sont également nombreuses. Une
fanfare déjantée introduit Strange Fruit rythmé par un banjo. Dans My Man, l’instrument égraine les accords du blues. A mi-chemin entre Carla Bley et Nino Rota, ce
morceau carnavalesque plein de trouvailles et de
dissonances résume bien la
musique de l’orchestre, véritable auberge espagnole anticipant un troisième programme consacré à "Carmen". Les voix enfin pour conter et chanter Billie. Celle, enregistrée, d’Archie Shepp
nous lit des extraits de son autobiographie. Ian Siegal et Karen Lanaud reprennent ses mélodies. Le premier, un chanteur de blues, possède une voix rauque et puissante. Plus
classique, le timbre de la seconde peine à se faire entendre, couverte par les instruments d’un orchestre qui, à défaut de toujours bien sonner, joue beaucoup trop fort. Leurs voix se mêlent dans
You’ve Change dont la guitare égraine les accords. Comment ne pas songer au duo Tom Waits – Crystal Gayle qui illumine le film “One from the Heart“ (“Coup de cœur“) de
Francis Ford Coppola ? De bonnes idées, une mise en place parfois approximative, des longueurs, des moments superbes, difficile de juger l’ONJ à sa juste valeur sur ce premier
concert. Le second, celui de Banlieues Bleues fut, paraît-il, désastreux. Laissons lui donc le temps de grandir.JEUDI 5 mars
Revu “Model Shop“, film mal-aimé, la suite américaine de “Lola“, depuis longtemps invisible. Jacques Demy le tourne en 1968 à Los Angeles. Les grands studios
américains ont apprécié ses comédies musicales, “Les Parapluies de Cherbourg“, “Les Demoiselles de Rochefort“ et Columbia accepte de financer ce nouveau long-métrage. Contre toute attente, Demy
choisit de faire simple avec un budget modeste : vingt-quatre heures de la vie de
George Matthews (joué par Gary Lockwood, l’un des deux cosmonautes de “2001 l’odyssée de l’espace“), jeune architecte sans travail sur le point d’être envoyé au
Vietnam. Fasciné par une femme rencontrée dans un parking, il la suit jusqu’à son lieu de travail, une boutique dans laquelle, elle se loue comme modèle à des photographes. La jeune femme, c’est
Anouk Aimée, la Lola de Demy dont on retrouve la trace six ans plus tard. A George, elle confie son histoire. Michel, l’homme qui est allé la chercher à Nantes pour l’amener vivre en
Amérique, l’a finalement quittée. Elle s’est remise à travailler après avoir renvoyé son fils en France et économise pour le rejoindre. George lui donnera l’argent destiné à payer la traite de sa
voiture. A la veille d’un aller simple pour une guerre qu’il refuse, il permet à Lola de rentrer chez elle. On sent Jacques Demy désenchanté par l’Amérique dont il a longtemps rêvé. Frankie
le marin au grand cœur de “Lola“ est mort au Vietnam au début de la guerre, une guerre qui fait dire à George désabusé : « Qu’y a-t-il de plus beau que la vie ? » “Model
Shop“ n’existe qu’au sein d’un gros coffret Arte Video (Ciné-Tamaris)
réunissant tous les films de Demy. Sur le même DVD se trouve “Lola“, son premier opus, restauré en 2000, l’un des plus beaux films du cinéma français. Quel plaisir de revoir Anouk Aimée
chanter et danser, déambuler dans les rues de Nantes. Passage Pommeraye, elle rencontre Roland (Marc Michel) perdu de vue depuis quinze ans. Comme Jacques Demy, il rêve de l’Amérique.
Comme Frankie le marin de Chicago, il tombe amoureux de Lola qui chante, danse, se donne, mais n’aime qu’une fois. Son cœur appartient à Michel. Elle l’attend. Comme George, l’architecte de “Model
Shop“, Roland reste seul à la fin du film qui fascine par sa grâce et sa poésie. Une mise en scène élégante, des dialogues subtils et très justes lui donnent beaucoup de charme. La photo – du scope
noir et blanc - est de Raoul Coutard ; la musique de Michel Legrand. Confiée au groupe Spirit que Demy découvrit sur la scène du Kaleidoscope à son arrivée à Los Angeles, celle
de “Model Shop“ plonge dans les sonorités de l’acid-rock de la fin des années 60. Mêlant habilement jazz et rock psychédélique, le groupe fait entendre de très beaux instrumentaux. La guitare
magique de Randy California, disciple inspiré de Jimi Hendrix, illumine Clear, le thème principal du film orchestré par Marty Paich. Constatant son échec commercial,
la maison de disque de Spirit abandonna l’idée d’en sortir la musique. Dispersée au sein de plusieurs albums du groupe, elle ne fut éditée qu’en 2005.LUNDI 9 mars
Beau concert donné par Yaron Herman au théâtre des Champs-Elysées. En compagnie de son trio, le pianiste fête la sortie de “Muse“ son nouvel album, et lui
réserve une place de choix. En solo, il commence par brouiller les pistes, entremêle avec ferveur Eli Eli et Hallelujah, un morceau de Leonard Cohen que Yaron affectionne.
Muse et sa partie de cordes empruntée à Keith Jarrett vient ensuite. Les membres du Quatuor Manfred peinent un peu sur la musique. La mise en place n’est pas parfaite, mais
ils offrent de belles couleurs à Isobel joué plus tard en rappel, et à Rina Ballé, la dernière plage du nouveau disque. Magnifiquement introduit à la contrebasse, son thème permet
à Yaron de se lancer dans un chorus époustouflant. Sa mélodie frappe l’oreille et soulève l’enthousiasme du public. La guitare de Dominic Miller s’est jointe au trio, mais c’est dans
Shape of my Heart, en duo avec le piano de Yaron, qu’elle livre ses plus belles notes. Avec Matt Brewer à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie, Yaron va donner le
meilleur de lui-même. Un batteur complice rythme ses longues phrases pleines de notes inattendues. La contrebasse recherche le dialogue et mêle ses propres lignes mélodiques à celles du piano.
Toxic de Britney Spears réinventé à chaque concert, Twins,
Perpetua, Vertigo et leurs acrobaties rythmiques donnent le vertige, mais les doigts de Yaron savent aussi se faire légers et tendres dans les ballades. Ils
égrainent de petites notes fragiles et s’appliquent à les faire délicatement sonner. Après une version de Con Alma beaucoup plus développée que celle du disque, Yaron enrichie d’harmonies
exquises What Are You Doing the Rest of Your Life ?, un thème de Michel Legrand. Un émouvant Ose Shalom en trio conclut magnifiquement une soirée très intense.MARDI 10 mars
Baptiste Trotignon au New Morning, une belle occasion d’écouter de larges extraits de son nouvel album. Sa section rythmique américaine indisponible, Thomas
Bramerie assure brillamment à la contrebasse et Franck Agulhon remplace Eric Harland à la batterie. Difficilement. Sa frappe lourde et puissante couvre les instruments de
l’orchestre, l’oblige à jouer plus fort. On s’habitue à ce martèlement, captivée par la richesse harmonique d’habiles compositions à tiroirs qui réservent bien des surprises. Récemment blessé à la
main, Mark Turner rejoint le groupe au ténor et joue comme si rien ne lui était arrivé. Ses courtes phrases mélodiques se mêlent à celles, délicates, du bugle de Tom Harrell. Beaucoup
plus présents que sur le disque, les deux souffleurs se révèlent constamment inspirés. Tom fait merveille dans Blue, un thème exquis aux notes tendres et lumineuses. Baptiste assure le
tempo puis improvise une série de variations qui enchantent. Trempé dans le
bop, Dexter conclut un premier set qui donne envie d‘écouter le second, une longue suite encore inédite sur disque. On a du mal à croire que le groupe la joue pour la seconde
fois tant la mise en place est parfaite. Tom détache clairement de petites notes délicieuses, leur laisse le temps de s’envoler. Ses chorus aériens reflètent sa très grande sensibilité. Une des
pièces s’articule autour d’un rythme de samba. Un long chorus de Baptiste fait monter la température de quelques degrés. Après un interlude en solo, le piano égraine les notes rêveuses d’une
ballade. Bugle et ténor en colorent le thème. I Feel in Love Too Easily en rappel. Tom Harrell souffle des notes magnifiques et nous émeut profondément.JEUDI 12 mars
Violet Hour, le sextet de Gerald Cleaver au Duc des Lombards, un hommage aux grands batteurs de Détroit, sa ville natale - Roy Brooks, Lawrence
Williams, George Goldsmith et Richard “Pistol“ Allen. Le groupe joue du hard bop, mais sa manière de le rythmer et les couleurs qu’il donne à cette musique suffisent à la
moderniser. Le set débute par une improvisation de Ben Waltzer, le pianiste. Exposée tardivement par les trois
souffleurs, Jeremy Pelt à la trompette, J.D. Allen au saxophone
ténor et Andrew Bishop à la clarinette basse, la mélodie surgit d’un amoncellement de notes graves. Ce dernier instrument renforce l’aspect sombre et inquiétant de la musique. Mais Andrew
Bishop joue aussi du ténor et du soprano et les accords de Ben Walzer ne sont pas toujours si étranges. Le piano intègre une section rythmique très souple – Chris Lightcap tient
la contrebasse - qui permet aux solistes de s’exprimer avec une
grande
liberté. La vedette de l’orchestre Jeremy Pelt impressionne par sa maîtrise technique et sa vélocité. Les notes jaillissent, chaudes, sensuelles, impeccablement sculptées, portées par un
souffle puissant. Il possède une capacité pulmonaire exceptionnelle, une carrure impressionnante. Il tire de sa trompette de somptueuses lignes mélodiques, joue du bugle dans les ballades pour
rendre veloutées et sensuelles. Batteur au jeu très fin, Gerald Cleaver rythme subtilement la musique, le plus souvent sur ses cymbales. On découvre un compositeur habile dont le jazz
moderne s’enracine profondément dans la tradition. La formation a enregistré un premier album “Gerald Cleaver’s Detroit“ sur Fresh Sound New Talent. On peut y prêter attention. Photos ©Pierre de Chocqueuse. Affiche de Model Shop © Columbia Films. Affiche de Lola © Les films de ma vie. Jaquette DVD Model Shop/Lola © Arte Video/Ciné-Tamaris. Photo affiche Yaron Herman © Gala


Mars : On s’attarde davantage aux terrasses des cafés. Les jours rallongent, Le froid va et vient mais peu à peu s’éloigne pour le bonheur des
noctambules qui arpentent plus nombreux les rues sous les feux des lumières de la ville. Les clubs de la rue des Lombards, le Sunset, le Sunside, le Baisé Salé, le Duc des Lombards, mais aussi le
New Morning rue des Petites Ecuries, déversent leurs lumières et offrent un espace de liberté aux jazzmen qui peuvent ainsi faire entendre les musiques fugitives qu’ils improvisent. A peine jouées,
elles disparaissent, s’échappent. La mémoire ne les conserve que partiellement. On les retrouve sur disque, mais différentes. Pour les capter, les saisir vivantes au moment même où elles naissent,
il faut sortir, aller à leur rencontre. Les concerts que j’annonce me tentent, éveillent ma curiosité. s’accordent à mes goûts. Ce blog n’a pas la vocation d’être exhaustif. Le cinéma, le théâtre,
les livres interpellent aussi. Des choix s’imposent. Allez-vous partager les miens ?
L
chanteur canadien Denzal Sinclaire posera sa voix chaude sur les
mélodies qu’il décline au piano. Il s’est fait connaître en France en 2006 avec “My One and Only Love“, un album qui pèse son poids de charme. Les 11 et 12, Gerald Cleaver, l’excellent
batteur de Yaron Herman, nous présente Violet Hour, une formation au sein de laquelle brille Jeremy Pelt étoile montante de la trompette. Ne manquez pas le saxophoniste
américain Don Menza le 17 mars, ses visites se font rares.Il a naguère brillé au sein des orchestres de Buddy Rich et de Woody Herman et fut membre du groupe Supersax.
Cerise sur le gâteau de cet anniversaire, Martial Solal donnera huit concerts en solo entre le 25 et le 28 mars (deux concerts par soir, à 20h et 22h). Il renouvelle sans cesse son
répertoire et parvient toujours à surprendre.
D
cette formation inédite devrait pour le moins assurer. Pianiste titulaire du Vanguard Jazz Orchestra, ancien compagnon de route de Stan
Getz, le pianiste Jim McNeely se produira les 20 et 21 avec Riccardo Del Fra à la contrebasse et Julien Loutelier à la batterie. Le 27, le trio TLB - Claude
Terranova au piano, Christian Lété à la batterie, Tony Bonfils à la contrebasse - fête la sortie de “Triple Cross“ son nouvel album. Le groupe existe depuis huit ans et affiche
une remarquable cohésion. Dommage que la pochette de son disque soit si laide. Quelques marches plus bas, le Sunset accueille les 22 et 23 le Paolo Fresu Devil Quartet, groupe jouant un
mélange de jazz, de rock, de pop et de world. Pas de piano mais Bebo Fera à la guitare pour assurer le groove et les effets sonores d’une musique lyrique en partie constituée de ballades,
pain béni pour la trompette magique et chantante de Fresu.
A

une thématique qui se veut un hommage aux musiques de la Nouvelle-Orléans avec le Donald Harrison Quintet (le 30 à Montreuil-sous-bois), les
Soul Rebels, Terence Blanchard, The Wild Magnolias et une Mardi Gras Parade prévue à Pantin le 28. Le 6 mars à Saint-Ouen, le pianiste Jason Moran rend hommage
à Thelonious Monk à travers une recréation de son concert de 1959 à Town Hall. Le lendemain, toujours à Saint-Ouen, le nouvel ONJ de Daniel Yvinec se penche sur le répertoire
de Billie Holiday. Revus par Alban Darche, ses plus célèbres morceaux se parent de nouvelles couleurs, de nouveaux rythmes. Le programme s’intitule “Broadway in Satin“. Attendez-vous
à des surprises. Le 18, Le Blanc-Mesnil accueille le 18 le trio du saxophoniste Joshua Redman – avec Ruben Rogers à la contrebasse et Gregory Hutchinson à la batterie.
“Compass“, leur dernier album est particulièrement inventif. Le groupe mérite le
déplacement. Il tient une forme éblouissante.
U
Laurent a composé la
musique de cette œuvre d’une durée de deux heures en un seul acte avec un
prologue et un épilogue. Autour de ce dernier au piano, neuf musiciens multiplient les combinaisons instrumentales, la musique bénéficiant ainsi d’une grande variété de couleurs. Une des chansons
nécessite que la guitare ; d’autres
seulement l’accordéon. La
partition prévoit un trio, un quintette de vents sans rythmique et des morceaux en sextette et septette. Cinq jours de studio sont réservés pour la musique. Les voix (celles de David Linx,
Laïka Fatien et Yann-Gaël Poncet) seront enregistrées plus tard, en mai. Le disque, un double CD, doit sortir en janvier 2010 sur Signature,
un label de Radio France.
Olivier Govin
(saxophones), Thomas Savy (clarinettes, saxophones), Eric Karcher (cor), Lionel Suarez (accordéon), Frédéric Favarel (guitares), Jérôme Regard (contrebasse) et
Frédéric Chapperon (batterie) se concentrent devant leurs partitions. Le tentet au complet refait une prise de J’ai fouillé Los Angeles, un des derniers morceaux de l’opéra. Le
piano joue des accords délicieux, de petites notes perlées. Cor, clarinette basse, saxophone baryton, trombone habillent le
thème, colorent une musique lente et majestueuse. Pierre Olivier Govin
n’est pas content et va refaire sa partie de saxophone. On passe à une autre scène : Je ne veux pas que vous dormiez dehors. Un problème se pose à la mesure 17. On recommence, mais la
contrebasse a besoin d'être accordée. On reprend à la mesure 49. Ce n’est pas encore ça. Le batteur demande une nouvelle prise du morceau en entier… Sans faire de bruit, je fais quelques photos,
impatient de découvrir cet opéra dans sa totalité. Il sera donné dans sa version de concert les 1er et 2 avril à la Comédie de Saint Etienne :
VENDREDI 20 février
l’alto, Géraldine les souffle fiévreuses,
mais avec panache et lyrisme. Barracudas, un thème de Gil Evans que Shorter reprend dans l’album “Etcetera“ est ainsi développé par une succession de courtes phrases, de petits cris
étranglés. Dans The Soothsayer, le saxophone rugit de courts motifs mélodiques auxquels répond un piano virtuose qui développe un jeu orchestral. Yoni Zelnik fait puissamment sonner
sa contrebasse et Luc Insemann fouette avec vigueur ses cymbales, enserre la musique dans un tissu percussif suffisamment souple pour lui permettre de toujours respirer. Nous eûmes ainsi
droit à quelques-uns des morceaux que Shorter composa et enregistra au sein du second quintette de Miles Davis, la plus étonnante formation du trompettiste. Pris sur un tempo plus lent que
l’original, Fall envoûte par sa mélodie singulière, un leitmotiv de quelques notes autour desquelles sax et piano brodent de nombreuses variations. Le très beau Pinocchio inspire
également les solistes. Leur relecture parvient à conserver l’aspect fascinant du thème. Le groupe s’impose comme une évidence. Monk ne m’aurait pas contredit.
LUNDI 23 février
les plus importants écrivains exilés « soucieux de combattre le
national-socialisme et de défendre la véritable littérature allemande ». Déchu de sa nationalité, il s’installe aux Etats-Unis en 1936 et fonde une revue, Decision, dans laquelle il
dénonce le danger de l’Allemagne hitlérienne. Naturalisé américain, il s’engage, prend part à la campagne d’Italie et retourne en Allemagne en 1945, comme correspondant spécial du Stars and
Stripes, journal publié par l’armée. A cette occasion, il rencontre Richard Strauss, 81 ans, « un grand homme complètement dénué de grandeur ! », indifférent au sort des victimes d’une
guerre meurtrière. La dernière partie du livre se présente sous forme de lettres. Celle très longue qu’il écrit à son père le 16 mai 1945 pour ses soixante-dix ans décrit une Allemagne en ruine. On
le sent désabusé, déçu par l’attitude d’un peuple « qui ne nie plus que sa propre culpabilité ». Le cœur tourmenté et facile à blesser, il achève “Le Tournant“ à Cannes en avril 1949. Il se suicide
un mois plus tard, le 21 mai 1949.
MARDI 24 février
France avec le Trio BFG
(Bex-Ferris-Goubert), le groupe Palatino et bien d’autres formations. Jean-Yves Legrand a suivi Glenn pendant deux ans. Son film mêle des extraits de concerts et
des séances de répétition avec le Pentessence Quintet, formation avec laquelle il travaille depuis 2004. On le voit répéter en trio avec son Glenn Ferris Trio, Vincent Segal au
violoncelle et Bruno Rousselet à la contrebasse, enregistrer pour Olivier Ker Ourio. Mais surtout Glenn nous parle avec beaucoup d’humour de son instrument, un tube avec une coulisse
« qui handicape le mouvement ». Longuement interviewé sur sa carrière, sa vie de musicien, sa musique, Glenn ne se prend jamais au sérieux et nous fait rire. Il y a du Chaplin dans ce
personnage drôle et sympathique, ce grand musicien que ce joli film nous fait mieux connaître.
Drew et son batteur
Tom Rainey tissent les notes d’une toile percussive extrêmement serrée. Des pulsations irrégulières, des métriques changeantes bousculent le discours de solistes constamment en éveil. Drew
commente et improvise. Craig Taborn pratique un jeu de piano minimaliste, crée avec peu de notes de courtes séquences mélodiques et magiques. Il préfère
asseoir l’harmonie, calmer l’ardeur fiévreuse des souffleurs. Au saxophone
alto, Tim Berne libère un flot sonore d’une énergie intense, sculpte des sons souvent proche du cri. Ralph Alessi n’est pas seulement un grand virtuose, ses chorus fourmillent d’idées
nouvelles, de phrases toujours différentes. Sa trompette croise l’alto pour de brefs passages à l’unisson, des contre-chants, des dialogues à deux voix dont les thèmes relèvent de l’écriture du
bop. Très structurée sur le plan de la forme, complexe sur le plan de l’écriture, cette musique offre aussi de nombreuses séquences mélodiques, des ballades aux arrangements plus classiques jouées
avec beaucoup de chaleur. On goûte avec bonheur ces moments plus paisibles, ces beaux instants de séduction.
“
concerts avec André ont suivi. Peu après, Jean-Louis Wiart nous a approché
pour le second volet du triptyque, “Wonderful World“. Nous avons enregistré les voix dans les rues de New York en septembre 2004 et improvisé la musique en studio quelques semaines plus tard.
Jean-Louis l’a co-produit avec Bee Jazz. Un réalisateur, Antoine Carlier, a créé des images très poétiques sur la musique et ce projet a beaucoup tourné sur scène, souvent avec David
Linx en invité. L’album a tellement bien marché, que nous nous sommes demandé, Daniel et moi, ce que nous pourrions bien faire après. Nous voulions un
- 
quelque chose à lui proposer,
je lui ai suggéré un disque avec ce trio. Il a refusé et Jean-Louis Wiart a accepté de le produire avec moi. Et puis Mohamed a changé d’avis après nous avoir vu en concert. Jean-Louis s’est
donc retiré du projet et nous avons enregistré “Faraway so Close“ à La Buissonne en novembre 2007. Une osmose naturelle existe entre nous et nos concerts l’ont renforcée. Je suis très fier de ce
disque. Je souhaitais lui apporter la plus grande sobriété possible et je pense y être parvenu, malgré un bagage technique qui ne constitue pas toujours un atout lorsque l’on recherche l’épure. Je
ne voulais pas qu’un instrument soit mis en avant plus qu’un autre. J’aurais été blessé si on m’avait dit « Super le pianiste, quelle technique faramineuse ! » et que l’on ne parle pas des autres
membres du groupe. J’ai donc été heureux de découvrir que les critiques percevaient ce travail collectif qui est vraiment le nôtre. Bien qu’impliqués dans d’autres projets, nous trouverons le temps
de poursuivre une collaboration que j’estime rare et sincère.
Motian » Jean-Louis Wiart a proposé de co-produire l’album avec Bee Jazz, et
l’on a réservé un studio merveilleux à New York, le Sear Sound. Avec le mythique James Farber aux commandes, nous savions que la prise de son serait superlative. Nous avons enregistré tous
ensemble dans la même pièce sans casques audio et sans répétitions préalables. Motian ne répète pas. Un enregistrement à l’ancienne : deux prises au maximum par morceau et pas de re-recording. Mais
auparavant, Daniel et moi sommes allés travailler dans les Landes, dans une maison que mes parents possèdent au bord de l’océan Atlantique. Enfermés comme des ermites, nous avons écouté plus de 150
chansons s’étalant sur un siècle parmi lesquelles un extrait d’une opérette de Francis Poulenc chantée par Yvonne Printemps, des chansons de Joséphine Baker, Prince,
Neil Young, Jacques Brel, Léo Ferré, Georges Brassens, Paul McCartney, Paul Simon et quelques standards de Broadway. Nous en avons sélectionné une quarantaine et
après les avoir retranscrites, nous les avons essayées en duo. Nous en avons gardé vingt-cinq pour la séance. Pour finir, quatorze figurent sur l’album.
lendemain matin, Paul est revenu pour deux titres avec
Murphy dont la fameuse ballade Then I’ll Be Tired of You que Mark a chanté d’une manière inoubliable. Nos deux invités nous ont parfois déconcertés. Paul Motian est à ses heures une
sorte de flibustier roublard et goguenard à l’humour caustique. Mais surtout, il est bien autre chose qu’un batteur. C’est un immense artiste, un styliste, un prince qui a aussi un côté “mauvais
garçon“. La vie d’un musicien new-yorkais est très dure et comme tant d’autres la sienne n’a pas toujours été facile. Lorsque je suis entré dans le studio le premier jour, Paul arrivé plus tôt
installait ses cymbales. Il m’en désigna une et m’expliqua qu’il l’utilisait lorsqu’il jouait au Village Vanguard avec Bill Evans. Mark Murphy est un grand ours barbu avec des bagues
énormes à tous les doigts. Il ne se nourrit que de chocolats fourrés et boit du coca cola. Il a monté les six étages à pied car l’ascenseur était en panne. On a cru qu’il allait nous faire une
crise cardiaque car il est arrivé tout essoufflé. Il semblait avoir oublié les paroles des chansons et était complètement perdu. Et puis, l’enregistrement a commencé et là un chant extrêmement
touchant s’élève, quelque chose de merveilleux. Nous avons intitulé ce recueil de chansons intemporelles du siècle passé “Songs from the Last Century“. Avec lui s’achève un cycle de trois albums
dédiés à la mélodie, une aventure humaine et artistique exceptionnelle.



fantastique chanteuse, Magali Pietri.
-
suivait avec beaucoup d ‘attention mon travail. Trois ans plus tard, je lui ai proposé un
autre projet avec Ker Ourio, Surménian, deux percussionnistes, Pierre Dayraud
dit avoir carte blanche pour un concert et me propose de le rejoindre. C’était le
5 mai 2002, le jour de la réélection de Jacques Chirac. Depuis lors, nous ne nous sommes plus quittés. Je l’ai invité à participer à mes concerts, nous avons fait de nombreuses jam-sessions
ici même à Bourg-la-Reine, dans cette maison et je me suis retrouvé dans un tourbillon dont j’étais à l’origine. J’étais bien, je me sentais prêt, comme un vin qui a longtemps reposé dans une cave.
J’avais fait les choses à l’envers. Les fleurs et les fruits étaient sur les branches de l’arbre avant son enracinement. L’arbre a pris racine sur le tard, mais profondément. Mon piano a
aujourd’hui une identité, une couleur parce que j’en ai solidement ancré le vocabulaire dans la tradition. Je compose peu en ce moment, mais je passe des heures à travailler les standards et
Bach et plus je les approfondis, plus les choses deviennent évidentes sur scène lorsque j’improvise. Porté par l’inspiration du moment, je joue avec mes forces et mes faiblesses. Je ne
cherche nullement à reproduire le travail de fond que je fais chez moi.
sortent-ils pas plutôt de l’imagination de Claire ? Sa fille– elle n’a aucun prénom – ne
porte-t-elle pas curieusement un uniforme d’infirmière ? Et puis quel âge a-t-elle ? Le choix de confier le rôle à une toute petite jeune femme augmente la confusion du spectateur. Ne sommes-nous
pas plutôt dans une histoire inventée par Claire au sein même d’une fiction théâtrale ? Jouée par de très bons acteurs et sobrement mis en scène par Marc Paquien, “La ville“ se
voit sans ennui malgré les zones d’ombre désirées par l’auteur. On se laisse porter par des dialogues brillants teintés d’un humour très britannique, par une langue fluide et rythmée remplie de
petites choses apparemment sans importance. Reliées les unes aux autres, elles forment la trame d’un récit complexe, une intrigue qui jusqu’au bout conserve son mystère.

son livre “Au temps du bœuf sur le toit“. Pianiste virtuose, Clément Doucet faisait le bœuf (l’expression y est née) avec Jean
Wiener. On y croisait Igor Stravinsky et Blaise Cendrars, Pablo Picasso et Coco Chanel, Francis
Poulenc et Jean Cocteau. Ce dernier suivit le Bœuf lorsque son propriétaire l’installa en 1941 au 34 rue du Colisée. Boiseries de chêne, peintures, photographies, décors
géométriques à chevrons, verres gravés, grands panneaux en laque de Coromandel, l’endroit tout en enfilade évoque un grand paquebot art déco. Juliette Greco et Serge
Reggiani, Django Reinhardt et Charlie Parker le fréquentèrent après la guerre. Propriété du Groupe Flo depuis 1985, le Bœuf sur le Toit accueillera des
jazzmen les premiers lundi de chaque mois. La programmation a été confiée à Frédéric Charbaut. Espérons-la d’un effet bœuf.
trompettes, trombones, saxophones (alto, soprano, ténor et baryton), tuba et deux gros soubassophones aux pavillons rutilants pour jouer les basses créent une
pâte sonore colorée, la douce petite musique des flûtes accompagnant le tonnerre des cuivres, les lignes mélodiques suaves et élégantes des anches. Pour marquer les rythmes, deux batteurs
percussionnistes complètent cette vraie fanfare malgré la présence d’un préposé aux claviers et occasionnellement d’une basse électrique. Capable de se produire en pleine rue, en bas de chez
vous, le Surnatural Orchestra transporte avec lui ses lumières, ses lampes, ses luminaires. Avec leurs longues tiges flexibles, ces derniers ressemblent à de longues fleurs
géantes. Ils
éclairent des tenues de scène bariolées, un spectacle coloré et visuel. Un
fil tendu aux deux extrémités de la piste circulaire du Cabaret Sauvage attend des funambules ; une corde suspendue au sommet du chapiteau, invite à des numéros d’acrobates. Ces voltigeurs amis
font partie d’un cirque, la Compagnie des Colporteurs. Leurs numéros
accompagnent de nouvelles compositions aux titres surprenants (Six apparitions de Berlusconi sur un écran), mais aussi des improvisations collectives ou soundpainting, une musique
mobile, in progress, que dirige à tour de rôle les membres de l’orchestre ou l’homme sans tête qui donne son titre au nouvel album. On est pris dans un tourbillon de notes, une féérie de
couleurs et de lumières, gigantesque patchwork sonore dans lequel des valses à trois temps tendent la main au swing, rencontrent Nino Rota et Carla Bley, le
Willem Breuker Kollectif et Battista Lena. “Sans tête“, leur nouvel opus vient de paraître, deux disques dans un coffret cartonné. S’y ajoutent “Soif" épopée
marine de Nicolas Flesh, et une plaquette contenant des photos et dessins de Camille Sauvage. Prochain concert parisien au Studio de l’Ermitage les 10 et 11 mars
prochains.
soprano lançait des flammes. Le groupe jouait un jazz moderne tendu à l’extrême, comme un fil prêt à se rompre. La musique de ce nouveau quartette
présente des différences notables. Daniel Humair
que martèlement de tambours de guerre. Il colore le flux
harmonique, mais peut installer un vrai chabada pour ponctuer un morceau plus classique hérité du bebop. Dave Liebman possède une très forte personnalité. Dès qu’il souffle dans
un saxophone – ténor, mais surtout soprano – une sonorité puissante et originale s’impose et fascine. Au piano, Bobo Stenson calme les notes de feu du saxophoniste, développe un
jeu mélodique sensible et lyrique, introduit des dissonances, des ruptures, joue des phrases abstraites qui étonnent. Une basse solide fait le lien, tisse les fils d’un travail de groupe. Loin de
faire gronder son instrument, Jean-Paul Celea préfère commenter dans les aigus, saupoudrer d’harmonies les compositions de ses partenaires. La formation donne ses premiers
concerts. Elle est déjà très prometteuse.
"Les Enfants Terribles" de Jean Cocteau mis en scène par Paul Desveaux au Théâtre de l’Athénée. Ce n’est pas une pièce mais un opéra de
chambre composé pour trois pianos par Philip Glass, le troisième volet d’un tryptique consacré à Cocteau, après “Orphée“ (1993) et "La belle et la bête" (1995). Avec l’aide de la
chorégraphe Susan Marshall, Glass l’a conçu comme un dance-opera dans lequel les chanteurs sont aussi des danseurs. Frappé en pleine poitrine par une boule de neige lancée par
Dargelo, un camarade qu’il vénère, Paul (le baryton Jean-Baptiste Dumora) doit garder la chambre. Sa sœur Elisabeth (la soprano Myriam Zekaria) le veille
jalousement. Elle écarte Agathe, un double féminin de Dargelos (Muriel Ferraro, une soprano, tient les deux rôles) dont Paul est amoureux et manigance le mariage cette dernière
avec Gérard (le ténor Damien Bigourdan), le narrateur de l’histoire. Découvrant ces manœuvres, Paul s’empoisonne. Elisabeth rejoint son frère dans la mort. Ces quatre personnages
occupent la scène. Ils chantent, dansent, au rythme d’une musique ensorcelante. Une nouvelle chorégraphie confiée à Yano Latridès donne à voir des scènes presque irréelles :
celle de la boule-de-neige ; le frère et la sœur jouant à se disputer et à « partir » ; Paul somnambule tournant sur lui-même tel un derviche. Les moments féeriques ne manquent pas dans ce
spectacle qui nous mène dans des chambres mystérieuses où se promènent des enfants joueurs qui
préfèrent les rêves à la réalité. Un tapis, quelques coussins, deux chaises, un lit qui va et vient, il n’en faut pas davantage pour décorer l’espace
scénique et inventer une chambre, lieu clos « espace imaginaire où le territoire de l’intime se révèle à cœur ouvert. » Trois pianistes (Véronique Briel, Cécile
Restier, Vincent Leterme et Stéphane Petitjean en alternance) occupent le fond de la scène derrière un fin rideau qui sert d’écran aux ombres et aux
jeux de lumières. Ils répètent des figures, de courtes phrases sans cesse enrichies de micro-intervalles, quarts ou huitièmes de ton, progression additive de figures répétitives. La musique
rythmée et en mouvement épouse les tensions dramatiques du récit. L’ouverture est splendide, de même que l’interlude instrumental accompagnant la danse de Paul en somnambule. Dommage que
Muriel Ferraro articule mal. Elle compense ce défaut par sa grâce, sa mobilité. Jolie fille, elle tourbillonne et virevolte comme un papillon. On sort de ce spectacle de belles
images plein les yeux et hypnotisé par une musique qui vous trotte très longtemps dans la tête.
les jouer crescendo. La caisse claire porte le flux sonore à ébullition ; la contrebasse
réactive s’empare d’une ligne jouée par le piano pour la commenter. Une mélodie peut jaillir d’un amoncellement d’accords et de clusters. Vijay invente, varie sans cesse son langage pianistique
et prend des risques. Sa musique in progress bruisse de cadences sauvages et vibre de puissance. “Trajicomic“, son dernier album a été récompensé par Jazzman. Un Choc de l’année 2008 tout à fait
mérité. Vijay en joue quelques morceaux. Je reconnais Comin’up et sa renversante petite musique, sa structure rythmique particulière. Le second set moins abstrait, plus mélodique, me
laisse une profonde impression. Le jazz bat d’autres rythmes, explore de nouveaux champs harmoniques. On ne doute pas de sa bonne santé après un tel concert.