Certains se noient dans des verres d’eau, d’autres sous des piles de CD. Les écouter prend du temps. Les chroniquer encore plus. Les meilleurs d’entre eux font l’objet des
pages d’écriture de ce blog ou de papiers dans Jazz Magazine / Jazzman. Pas tous. Trop de bons disques sortent parfois le même mois et le temps me manque pour vous en parler. J’ai donc décidé
d’en repêcher quelques-uns. Si les chroniques que je leur consacre sont plus brèves que d’habitude, ils méritent autant d’attention que les autres. J’aurai eu mauvaise conscience de mettre ce
blog en sommeil pour l’été sans vous les avoir conseillés. Bonne écoute à tous et à toutes. Votre blogueur de Choc.
Keith BROWN
“Sweet & Lovely ”
(Space Time Records/Socadisc)
Premier album pour Keith Brown, jeune pianiste originaire du Tennessee et fils de Donald Brown, pianiste et compositeur à la discographie imposante. Pour le produire, Xavier « grandes oreilles » Felgeyrolles, noctambule invétéré que l’on rencontre souvent dans les clubs de la rue des Lombards, a cassé sa tirelire, un cochon rose en porcelaine. Son label abrite quelques-uns des meilleurs jazzmen américains, mais les esgourdes de Xavier ont sonné comme les trompettes qui mirent à mal les murailles de Jéricho le jour où le jeune saxophoniste (alto et soprano) Baptiste Herbin a croisé son chemin. Il rejoint Keith sur deux plages qui ne dévoilent pas sa vraie valeur. Stéphane Belmondo a davantage de métier dans celles dans lesquelles il est convié, mais c’est avec le trio qui l’accompagne, Essiet Okon Essiet à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, que Keith Brown révèle la grande qualité de son jeu, un piano trempé dans le blues et la tradition du jazz qui procure un plaisir immédiat dans Meudon by Night, Just Friends et You don’t Know What Love Is, une pièce en solo débordante de feeling. (Paru le 15 avril).
Sinne EEG
“Don't Be so Blue”
(Red Dot Music/Integral distribution)
Les amateurs de jazz vocal auraient bien tort de passer à côté de cet album, le cinquième de son auteur, une chanteuse danoise fêtée dans les pays scandinaves, mais encore ignorée du public français. Sinne Eeg impressionne par son physique de sportive de haut niveau, mais cette mezzo soprano possède surtout une voix très juste, sa large tessiture lui permettant d'aborder le scat de manière très originale. Enregistré en quartette avec un pianiste qui sait lui choisir les harmonies les plus délicates (Jacob Christoffersen) et une section rythmique comprenant le batteur le plus réputé du royaume du Danemark (Morten Lund), celui là même qui accompagne Stefano Bollani dans plusieurs de ses disques, “Don’t Be so Blue” s’écoute avec un plaisir sans cesse renouvelé. Outre le fait qu’elle compose d’excellents morceaux, Dame Eeg reprend avec bonheur des standards et nous livre une version particulièrement émouvante de Goodbye, un thème de Gordon Jenkins, une mélodie que Benny Goodman adorait. (Paru le 23 mai).
Pierre GUICQUERO PG
Project
“Bleu Outre Mémoire”
(Black & Blue/Socadisc)
Avec ses Be-Bop Stompers, Pierre Guicquéro joue des standards de bop à la sauce néo-orléanaise, mais c’est à la tête de son PG Project, formation de sept musiciens comprenant quatre souffleurs que Pierre, tromboniste et auvergnat, donne vie à ses propres compositions. Des morceaux festifs et joyeux, comme en témoigne le titre Bleu Outre Mémoire qui donne son nom à l’album. Confiés aux voix mélodiques des cuivres et des anches, ils s’enracinent dans l’histoire du jazz. Le blues, le jazz néo-orléanais tendent la main à un hard bop funky et convivial dont la virtuosité est toujours musicale. Pierre est aussi un arrangeur plein de ressources qui mêle habilement les timbres des instruments dont il dispose. Outre son trombone, le PG Project comprend un trompettiste qui joue du bugle et deux saxophonistes qui pratiquent plusieurs instruments ce qui diversifie les combinaisons et les couleurs sonores. Une excellente section rythmique avec piano (Bruno Martinez) complète le groupe dont les notes bleues de leur disque n’oublient pas de swinguer. (Paru le 4 avril).
Gretchen PARLATO
“The Lost and Found”
(ObliqSound/Naïve)
“In a Dream” son album précédent a placé sur orbite cette chanteuse, lauréate de la fameuse Thelonious Monk International Competition en 2004. Co-produit par le pianiste Robert Glasper au Fender Rhodes dans In a Dream Remix, ce nouveau disque est pourtant beaucoup plus réussi. Gretchen Parlato a un style, une manière de phraser qui n’est pas habituelle. Une voix juvénile et transparente psalmodie d’étranges vocalises, chuchote les paroles des chansons qu’elle interprète, les étale avec nonchalance. Gretchen chante les siennes, reprend des morceaux de ses musiciens, et propose des versions très originales de Blue in Green (Miles Davis) Juju (Wayne Shorter) et Holding Back the Years (Simply Red). Organisés autour des nappes sonores des claviers confiés à Taylor Eigsti – les quelques chorus qu’il s’offre au piano acoustique retiennent l’attention – , les arrangements minimalistes de l’album renforcent l’aspect hypnotique de la musique. Cette simplicité sied à la chanteuse qui nous offre un disque pour le moins envoûtant. (Paru le 3 mai).
Enrico PIERANUNZI
“ Plays Bach, Handel & Scarlatti”
(Cam Jazz/Harmonia Mundi)
Enrico Pieranunzi entretient depuis longtemps des rapports étroits avec la musique de tradition savante européenne. Il en a beaucoup joué dans sa jeunesse, menant une carrière de concertiste et enseignant le piano classique aux élèves du conservatoire de Frosinone. Il y a trois ans, le maestro enregistra un disque de sonates de Domenico Scarlatti, le « maestro al cembalo » de son temps. Enrico en reprend quelques-unes au piano. Aux versions qu‘il nous donne s’ajoute celles qu’il a sélectionnées pour ce nouveau disque et qu’il interprète sur un Steinway et un piano-forte. A Venise, Scarlatti s’était lié d’amitié avec Haendel. Ils étaient nés en 1685, comme Bach, d’où l’idée de leur consacrer cet enregistrement. De Bach, Enrico nous livre des chorales admirables (BWV 402 et BWV 122/6 Das neugeborne Kindelein – Le petit enfant nouveau-né écrite pour le premier dimanche après Noël). De Haendel il reprend la Sarabande en mi mineur HWV 438. Chaque pièce de ces trois compositeurs se voit précédée ou suivie d’une improvisation, Enrico passant de l’écrit à l’improvisé avec un brio, une facilité déconcertante. (Paru le 19 mai).
Craig TABORN
“Avenging Angel”
(ECM/Universal)
Craig Taborn s’est fait connaître auprès de James Carter qu’il accompagne dans ses premiers et meilleurs albums. On trouve surtout son piano dans des enregistrements de musiciens qui recherchent l’aventure de la modernité. Il a fait peu de disques sous son nom et “Avenging Angel”, le premier qu’il enregistre pour ECM dépasse largement le cadre du jazz. Treize pièces improvisées en constituent le programme. Certaines d’entre-elle plongent dans un univers sonore abstrait dont le fil conducteur mène toujours quelque part. D’autres, romantiques et tonales, séduisent par leurs couleurs, leurs notes rêveuses et hypnotiques. Sa musique est étroitement liée aux possibilités de l’instrument sur lequel il joue. Il utilise ainsi comme « pure source sonore » le Stenway D mis à sa disposition pendant cette séance de deux jours au cours de laquelle d’autres morceaux furent enregistrés. Attachant beaucoup d’attention aux timbres, aux harmoniques de son piano, Craig captive par sa capacité à le faire sonner, obtenant avec peu de notes un tissu orchestral riche et diversifié. (Paru le 6 juin).
Francesco TRISTANO
“bachCage”
(Deutsche Grammophon/Universal)
Né en 1981, diplômé de la Julliard School de New York, lauréat du 6ème concours international de piano XXe siècle d’Orléans, Francesco Tristano est un des rares concertistes classiques qui se permet d’improviser. Son adaptation des Quatre Saisons et l’album qu’il consacre aux toccatas de Girolamo Frescobaldi contiennent des pièces et des interludes improvisés. Si ses compositions mâtinées d’electro sont moins évidentes, le pianiste est un formidable interprète du répertoire du XXe siècle. On lui doit un enregistrement très convaincant des œuvres pour piano de Luciano Berio. Dans “bachCage”, Bach rencontre John Cage né en 1912, leurs œuvres s’éclairant mutuellement. Entre la Partita n°1 en si bémol majeur du premier que jouait si bien Dinu Lipatti, The Seasons de Cage, et une version inouïe d’In a Landscape, l’un des plus beaux morceaux composés par ce dernier, Tristano ose de courtes et brillantes incises de sa propre musique. Le disque fascine aussi par sa prise de son. Enregistré avec de très nombreux micros, il a bénéficié de multiples procédés de modification du son au cours de sa postproduction. (Paru le 9 mai).
Jean-François ZYGEL -
Antoine HERVE
“Double Messieurs”
(Naïve Classique)
Pas évident les duos de piano. Plus difficile que le solo, l’exercice demande une attention de tous les instants. Il faut aussi très bien connaître son partenaire, surtout lorsqu’il s’amuse à pimenter le jeu collectif par des notes liftées qu’il s’agit de saisir au vol, faire rebondir en permanence un dialogue créatif. Jean-François Zygel et Antoine Hervé se rencontrèrent dans la classe de répétition de Marie-Louise Lemitre qui préparait au Conservatoire de Paris, « une main de fer dans un gant de velours » qui dispensait une formation solide. On le constate dans le programme de ce CD enregistré dans six villes françaises entre octobre 2009 et août 2010, un florilège de moments inspirés dans lequel le swing chaloupe des lignes mélodiques souvent empruntées à des thèmes classiques. Les cascades de notes perlées ludiques et romantiques, les acrobaties malicieuses de ces improvisations aux cadences infernales achèvent de convaincre. (Paru le 7 avril).
LAURENT DE WILDE
“Colors of Manhattan” - “Open Changes”
(Gazebo/L’autre distribution)
Deux des albums que Laurent de Wilde avait
enregistré pour IDA Records au début des années 90 sont ressortis en digipack. “Colors of Manhattan” (1990) rassemble un exceptionnel quartette autour du pianiste. A la trompette ou au bugle,
Eddie Henderson souffle des notes bleues et colorées dans un répertoire dont on savoure la douceur des ballades. Ira Coleman à la contrebasse et
Lewis Nash à la batterie servent idéalement les solistes, le piano élégant de Laurent ponctuant avec douceur les propos du trompettiste. Inoubliable version onirique de
Fleurette Africaine. En trio
avec Ira Coleman et Billy Drummond (batterie), “Open Changes” (1992) est davantage centré sur le piano de Laurent qui pose sur des
standards ses propres harmonies. A l’exemple d’Ahmad Jamal, sa principale inspiration d’alors avec Herbie Hancock, il choisit d’épurer son jeu, parvient à nous
éblouir avec peu de notes. Il leur donne de l’oxygène, les aère par ses silences. Les couleurs de ses voicings, la finesse de son touché achèvent de nous convaincre qu’il s’agit bien du
plus bel opus en trio du pianiste. (Parus le 20 juin)
Photo montage avec demoiselle © Pierre de Chocqueuse
C
-Enrico Pieranunzi
-Gretchen Parlato
-
-Return to Forever
-Kenny Werner
-Fly
-
-Herbie Hancock
quatre albums sur HighNote. Il joue souvent du bugle, instrument qui donne une sonorité plus ronde à ses compositions. Influencée par
-Dan Tepfer
saxophoniste joue avec plus de cœur que jamais. Il peine à trouver sa sonorité en début de concert, ne souffle pas toujours des notes
très justes, mais exprime mieux que hier son chant intérieur, une musique qui lui ressemble, apaisé, spirituelle et mystique. Assujetties aux mélodies, ses notes flottent dans l’espace comme si
de grandes ailes les portaient vers le ciel. Discret au piano,
-
-Jazz à Foix :
la prendre en défaut, de surprendre une note un peu fausse dans cette voix en or qui fait corps avec elle. Rien à faire, Denise la place toujours au bon endroit, fait swinguer les
mots et les met sur orbite. Auprès d’elle, le piano d’Olivier s’immerge dans le blues comme s’il prenait un bain dans le Mississippi. Ses notes sont les bulles d’air qui remontent à la surface du
fleuve. Elles aèrent des musiques qui s’embrassent sur les lèvres, jazz, blues et soul étroitement mêlés ne formant plus qu’une seule musique. Aucun tour de passe-passe, la magie opère sans
trucages. « No Tricks » affirment Denise et Olivier sur la pochette du premier disque qu’ils ont enregistré ensemble, un répertoire de standards et de compositions originales que l’on
peine à croire écrites en terre gauloise. Naalaiya
presque la taille. Leurs
refrains entêtants perdurent dans la mémoire comme la flamme d’une veilleuse refusant de s’éteindre. Pour les jouer, Denise et Olivier ont fait appel à leurs complices. Olivier
Temime
MERCREDI 8 juin
réinventer, donne une nouvelle jeunesse à des thèmes de
se parlent, se répondent, inventent avec bonheur et
malice. Les chorus de Beuf furent particulièrement réjouissants. Le saxophoniste possède une sonorité moelleuse et épaisse qui rend son chant très expressif. Le Lann conversa longuement avec lui,
mêlant les phrases finement sculptées de sa trompette au timbre suave du ténor. Dervieu s’en donna à cœur joie dans les breaks latins de Love for Sale
JEUDI 9 juin
n’oublient jamais le blues. Il fournit un accompagnement
appréciable à la chanteuse, offre à sa voix des couleurs qu’elle caresse et étire, recouvre d’un voile sensible et intimiste.
de clavier. Il dialogue souvent avec la
contrebasse qui anticipe ses accords malicieux, joue le blues avec une sensibilité remarquable et remplit l’espace sonore par un jeu orchestral qui pallie l’absence d’autres instruments.
Ulysses Owen, un batteur un peu sage, complète le trio. Ce dernier n’innove en rien, mais les standards qu’il reprend - I Mean You, In a Mellow Tone, My
Favorite Things, Giant Steps - héritent tous de chorus stupéfiants. Ancrées dans le swing et la tradition, ces passionnantes relectures furent gages d’une excellente soirée.
S
L’ange du
bizarre le pousse à greffer des accords nouveaux sur des pièces anciennes, à y introduire des dissonances inattendues, à jouer un piano sombre et austère qui refuse l’ornement pour aller à
l’essentiel. Nicolas Thys
MARDI 31 mai
L
enfants poursuivis. Ces séquences particulièrement sombres donnent un relief saisissant à la mélodie exquise de ”The Killer’s Kiss”. Au cours d’une séquence improvisée, le pianiste nous a
fait voir la mer, ses vagues que
B
C
sont courtes, structurées, ramassées sur
elles-mêmes. La main gauche effleure les basses ; la droite, puissante, martèle souvent le même accord. Répétitif, le premier morceau progresse crescendo, renferme des passages intenses et
violents qui s‘apaisent comme la vague après la tempête. La seconde pièce fourmille de dissonances. Un thème s’y dessine, mais Craig ne s’y attarde pas. Il préfère jouer à vive allure un piano
heurté, mêler des clusters à des myriades de notes scintillantes et les faire puissamment sonner. A des cadences enflammées succède le tempo lent d’une ballade dont la mélodie brumeuse, légère
comme si le vent l’avait sculptée dans un nuage, est exposée obstinément. Associées à des ostinato envoûtants, les esquisses mélodiques se firent plus nombreuses dans le second set, la musique
rêveuse, chargée de délicates attentions harmoniques, s’approchant davantage de celle de son disque. Craig Taborn mit aussi davantage de blues dans ses improvisations inspirées
et d’un jour ordinaire en fit un dimanche pas comme les autres.
L
J
-Eddy Louiss
Celle de
-
-
qu’intimiste.
-Stéphane Belmondo
-Paul Abirached
-Tangora
-Bruno Angelini
-Consacrée à l’histoire du trombone dans le jazz, la leçon de jazz que donne tous les mois le professeur Antoine Hervé
-Stéphane Kerecki
qu’il m’a fait parvenir en février et qui fait entendre un mélange irrésistible de jazz néo-orléanais et de modernité tempéré par le funk, le groove émanant de tous les
instruments de l’orchestre, un septette qui enjolive et sert magnifiquement les joyeuses compositions du leader. Avec Pierre au trombone,
-
-Taylor Eigsti
-Terence Blanchard
-Sunset - Sunside :