Mars : Jean-Paul a enfin trouvé le Tony Williams qu’il recherchait, 3€ dans un dépôt vente d’Albertville, le CD coincé entre George
Moustaki et André Rieu dans une boîte à chaussures poussiéreuse. Il est actuellement sur la piste d’un des très rares exemplaires de l’édition originale de la “Queen Suite“ enregistrée à
titre privé par Duke Ellington et son orchestre en 1959 et édité sur Pablo dans les années 70. On a longtemps cru que seule la Reine d’Angleterre en détenait une copie. Jean-Paul prétend que
le Duke et Norman Granz en possédaient également une et qu’il en existe un quatrième exemplaire. Plusieurs voyages en Suisse et en Amérique l’ont conforté dans cette certitude. Il est donc
prêt à mettre plusieurs milliers d’euros dans une rareté qui intéresse pas mal de monde. Les marchands japonais sont sur le coup. Jean-Paul se croit suivi, surveillé. Je pense qu’il affabule. Il
m’a présenté Bernard, un informaticien et pianiste de jazz de passage à Paris. Chauve, le regard chafouin, un triple menton reposant sur un tronc massif, de courtes jambes boudinées et des pieds
minuscules, Bernard prétend travailler pour une des plus importantes sociétés d’électronique de la planète. Il s’est récemment rendu à l’Olympia écouter Pat Metheny jouer de ses guitares et
des instruments qu’il pilote par ordinateur. Bernard me dit en posséder de plus sophistiqués. Son employeur (il m’a demandé d’en taire le nom) en fabrique. L’Orchestrion : de la roupie de sansonnet, affirme-t-il. Bernard
expérimente depuis peu un orchestre d’une quinzaine de robots musiciens qu’il anime avec ses boutons. Les débuts furent difficiles. Sa musique n’attirait pas grand monde (mauvaise langue, Jean-Paul
prétend que Bernard manque totalement d’inspiration) jusqu’au jour où, lors d’un concert privé donné à Londres, ses machines, détraquées, jouèrent librement une musique « neuve, totalement
livrée à elle-même, cacophonique, violente et sans structures » (ce sont ses propres mots). Un célèbre critique parisien en vacances cria au génie. Persuadé d’en être un, Bernard pense faire
carrière à Paris, sponsorisé par son employeur qui mise sur de l’argent à gagner. Il voit grand Bernard. Il imagine déjà un orchestre de taille symphonique entièrement robotisé jouant de la musique
aléatoire. « De toute manière, les gens sont sourds » prétend-il « On peut leur donner à entendre n’importe quoi. Free jazz, musique contemporaine, où se trouve la
différence ? ». Bernard est heureux. « Terminés les conflits d’ego avec d’autres musiciens, les cachets à répartir entre les membres de l’orchestre, les grèves des intermittents du
spectacle » affirme-t-il en ricanant. Des orchestres sans musiciens : on n’arrête pas le progrès.
QUELQUES CONCERTS EN MARS
-S’il compose
une bonne partie de son répertoire, Brad Mehldau est d’abord un improvisateur, d’où l’intérêt des concerts qu’il donne en solo, aventures qu’il fait partager en temps réel avec son public.
C’est justement au piano que le théâtre du Châtelet l’accueille le 3 mars, quelques jours avant la sortie de son nouveau disque. Produit par Jon Brion (“Largo“) et intitulé “Highway Rider“,
ce double CD rassemble quinze pièces très diverses dont certaines enregistrées avec les cordes d’un orchestre de chambre. Outre Larry Grenadier, Jeff Ballard et Joshua Redman
le plus souvent au soprano ce qui est inhabituel, un second batteur, Matt Chamberlain, officie dans quelques morceaux.
-Quest au Sunside le 7 et le 8. Deux soirées pour écouter un saxophone incandescent répondre à un piano romantique et rêveur, découvrir une musique à
la fois puissante et tendre arbitrée par une section rythmique mobile et inventive. Dave Liebman aux saxophones (soprano et ténor), Richie
Beirach au piano, Ron McClure à la contrebasse et Billy Hart à la batterie ont leurs propres engagements et donnent peu de concerts ensemble. Constitué au début des années 80 (avec Al Foster à la batterie) et reformé en 2005, le groupe est une véritable légende. On se précipitera.
-Guillaume de Chassy au cinéma Le Balzac (1, rue Balzac, 75008 Paris) le 9. La première
partie du concert sera consacrée à “Pictorial Music“, nouveau disque en solo de Guillaume inspiré par les images du réalisateur et plasticien Antoine Carlier. (sortie le 26 mars sur Bee Jazz). Avec "Shift", le pianiste dialoguera ensuite en temps réel sur des séquences cinématographiques proposées par Carlier qui, présent sur
scène avec sa banque d’images animées, improvise lui aussi en fonction de la musique.
-On ne
manquera pas le 15 la visite au New Morning du SF Jazz Collective. Fondé en 2004 par le saxophoniste Joshua Redman, le groupe rassemble chaque année pour quelques concerts des musiciens de jazz pour le moins célèbres. Après Redman et Joe Lovano, Mark Turner officie au ténor. Le trompettiste Avishai Cohen remplace Dave Douglas (et avant lui Nicholas Payton). Les autres membres
de la formation sont Miguel Zenon au saxophone alto, Robin Eubanks au trombone, Edward
Simon au piano, Matt Penman à la contrebasse et Eric Harland à la batterie. Le SF Jazz Collective propose un répertoire de compositions originales autour de l’œuvre d’un musicien. Après Ornette Coleman, John Coltrane, Herbie Hancock, Thelonious Monk, Wayne Shorter et McCoy Tyner, c’est la musique d’Horace
Silver qui est aujourd’hui à l’honneur.
-L’incontournable leçon de jazz de
l’Oncle Antoine (Hervé) à l’Auditorium St Germain (19h30) le 16. Ce mois-ci : le blues vu du
piano.
-Jacky Terrasson au Sunside du 16 au 18 avec les musiciens de son nouveau trio. Ben Williams à la contrebasse et Jamire
Williams à la batterie n’ont aucun lien de parenté, mais se complètent et poussent Jacky à jouer son meilleur piano.
Les trois hommes donnèrent un concert mémorable l’été dernier à Marciac. On attend beaucoup de ces trois soirées parisiennes, prélude à la sortie du nouveau disque de Jacky, “Push“ , parution fin
avril sur le label
Concord.
-Le contrebassiste Arild Andersen
au Duc des Lombards le 18 avec Tommy Smith au saxophone ténor et Paolo Vinaccia à la batterie, musiciens qui l’entourent dans “Live at Belleville“, magnifique album de 2008 enregistré pour ECM, musique forte, intense saupoudrée d’effets électroniques.
Le trio alterne morceaux de bravoure fiévreux (Smith soufflant des phrases brûlantes) et compositions oniriques, la belle contrebasse mélodique d’Andersen plongeant la musique dans un bain de
lyrisme.
-Nul
doute que les quatre concerts que s’apprête à donner Herb Geller au Duc des Lombards les 19 et 20 mars constituent des événements. Légende de la
West Coast (il fut membre des orchestres d’Howard Rumsey, Shorty Rogers, Bill
Holman, Shelly Manne dans les années 50), le saxophoniste ne s’était
plus produit à Paris depuis des années. En quartette, l’altiste peut encore nous surprendre.
-Beaucoup de concerts alléchants le 20. A
17h30, le sextette de Sylvain Beuf en donne un (gratuit, mais dans la limite des places disponibles) dans le studio Charles Trenet de la Maison de
Radio France.

- Le vibraphoniste Mike Mainieri
est attendu le même soir au New Morning avec Northern Lights, groupe au sein duquel le norvégien
Bugge Wesseltoft tient le piano. Au saxophone, Bendik Hofseth, lui aussi norvégien remplaça en
1987 Michael Brecker au sein de Steps. Le Suédois Lars Danielsson est également célèbre. Ses disques en quartette avec Dave Liebman, Bobo Stenson et Jon Christensen, sa contribution à des enregistrements de John Scofield, Jack DeJohnette, Mike Stern, Charles Lloyd, l’ont fait connaître à un large public. Le batteur Audun Kleive complète ce super groupe
scandinave.
- Toujours le 20, Daniel Yvinec
et Guillaume de Chassy donnent en quartette un concert au Sunside (avec Antonin Tri Hoang
au saxophone alto et Fabrice Moreau à la batterie) dans le cadre de la
seconde édition du festival Bee Jazz, du 19 au 23 mars, au Sunside et au Sunset. Consultez les programmes des deux
clubs.
-La carrière de James Moody donne
envie de l’écouter. Sa présence dans les formations de Dizzy Gillespie, Max Roach,
Kenny Barron et le groupe qu’il constitua en 1953 avec Eddie Jefferson suffisent à nous convaincre que
le saxophoniste (et flûtiste) est un grand musicien. Il se produit au Duc les 22 et 23 avec Kirk Lightsey au piano, Wayne Dockery
à la contrebasse et François Laudet à la batterie. On ne peut que se laisser
tenter.

-Kevin Mahogany et Cyrus Chestnut
au Duc des Lombards les 24 et 25. Le premier est un grand chanteur, auteur en 1997 d’un album exceptionnel, “Another Time, Another Place“. Le second fut le
pianiste de Wynton Marsalis, Freddie Hubbard et James Carter. Il a également travaillé avec Jon Hendricks et sait parfaitement adapter son jeu de
piano aux voix qu’il accompagne. Une rencontre pour le moins prometteuse.

-On retrouve le sextette de Sylvain
Beuf le 31 au New Morning pour fêter la sortie le 23 mars de “Joy“ (Such Prod/Harmonia Mundi), nouvel album (excellent) du saxophoniste enregistré live au
Jazz Club de Dunkerke. Avec lui, Denis Leloup au trombone, Pierrick Pedron au saxophone
alto, Jean-Yves Jung au piano, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Agulhon
à la batterie.
Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com
Sunset - Sunside : http://www.sunset-sunside.com
Cinéma Le Balzac : http://www.cinemabalzac.com
New Morning : http://www.newmorning.com
Auditorium St Germain : http://www.mpaa.fr
Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com
Maison de Radio France : http://www.radiofrance.fr/
CREDITS PHOTOS : Duke Ellington & Elisabeth II, Brad Mehldau, SF Jazz Collective, Herb Geller,
James Moody, Sylvain Beuf © photos X/DR - Guillaume de Chassy & Antoine Carlier © Paul Briault - Jacky Terrasson New Trio, Arild Andersen Trio ©
Pierre de Chocqueuse.