
“Un soir au club“ est d’abord un roman de Christian Gailly publié aux Editions de Minuit en 2002, un livre rythmé par le
jazz présent dans toutes ses pages. Nardis, le nom du personnage central du récit est un thème que Miles Davis composa pour Cannonball
Adderley en 1958. Bill Evans le jouait souvent. Lauréat du Prix du Livre Inter, le roman trouva vite un
public séduit par la rencontre inattendue de Simon et Debbie, une histoire d’amour qui bouleverse leur vie.
Fort de 170.000 exemplaires vendus, le livre devient aujourd’hui un film, un premier long-métrage pour Jean Achache qui fut l’assistant de Georges Lautner, Robert Enrico (“Le vieux
fusil“), Bertrand Tavernier (sur “Un Dimanche à la campagne“ et “Un coup de torchon“) et qui a signé de très nombreux documentaires. Le
réalisateur s’est enthousiasmé pour le livre et ses personnages : « Ils se sont installés dans ma vie, dans mon quotidien. Ils ont pris leur place au milieu de mes obsessions, de mes désirs,
de mes amis. Ils n’étaient plus les personnages d’un roman beau et captivant, ils étaient trois personnes qui vivaient près de moi et dont j’avais entrepris de raconter
l’histoire. »
Lors d’un déplacement en province, Simon Nardis, célèbre pianiste qui s’est écarté de la scène du jazz pour raison d’alcoolisme, franchit les portes d’un
club. Une envie irrésistible de se mettre au piano, des verres de vodka, la voix de Debbie la propriétaire du lieu qui l’accompagne, Simon se laisse emporter. Sa passion pour le jazz, l’alcool,
l’ivresse amoureuse, ce qui constituait son ancienne vie le rattrape.
Enregistré live et confié à Michel
Benita, le jazz y tient une place très importante. Recrutés lors d’une audition à Brest, Gaetan Nicot (piano), Xavier Lugué
(contrebasse) et Marc Delouya (batterie), le trio du club, improvisent sur des compositions de Michel. Ce
dernier a également écrit
plusieurs chansons pour Elise
Caron qui tient le rôle de Debbie. Chanté par Elise, Whispering, le très beau générique fin de l’album devient The Sound of
Memory. Thierry Hancisse est Simon Nardis. Ce n’est pas lui que l’on entend au piano mais Antoine Hervé. L’acteur pose ses doigts sur les notes retranscrites par Antoine et donne vraiment l’impression que c’est lui qui les joue. Amoureux du livre, Jean Achache
en livre une adaptation fidèle. Son film conserve l’aspect envoûtant de ses pages et les deux actrices (Elise Caron et Marilyne Canto) sont parfaites. Le choix de Thierry Hancisse est plus
contestable. L’acteur joue un musicien moins sympathique que celui du roman. Le film est surtout porté par les deux femmes. Elles lui donnent sa
crédibilité et le rendent attachant. Séduit par le charme qu’il distille et persiste longtemps après sa vision, j’ai contacté Elise Caron qui répond ici à mes questions.
Elise, avais-tu lu “Un soir au club“ avant que Jean Achache te propose le rôle de Debbie ?
-Je n’avais pas lu le livre. C’est Michel Benita qui a pensé à moi pour le rôle. Il m’a mis en contact avec Jean. J’avais rencontré Michel à la Réunion en 1988. Il donnait une série de concerts avec Andy
Emler, François Jeanneau et Joël Allouche et j’étais en vacances. Andy animait un stage de jazz et j’y ai participé. Nous sommes restés ensemble trois semaines et nous nous sommes
très bien entendus.
Qu’est-ce qui t’a séduit dans le personnage de Debbie ?
-Ce quelque chose de légèrement sulfureux qu’elle possède sans en avoir l’air. Ce n’est pas une femme froide et calculatrice. Elle profite des situations, mais tombe quand même amoureuse ; elle provoque, mais elle est prise à son propre piège. Dans une scène supprimée, elle explique qu’avant de rencontrer Simon, elle pouvait avoir des aventures avec des musiciens de passage. Mais avec Simon, il ne se passe pas la même chose. Elle est admirative. Je n’ai donc pas eu besoin d’insister sur le côté provoquant du personnage. Un grand trouble réciproque saisit au même moment ces deux êtres qui vivent une rencontre exceptionnelle.
Comment s’est effectué le tournage ? Quels souvenirs en gardes-tu ?
-Le tournage a duré un peu plus d’un mois, une petite semaine à Paris et le reste à Brest. Le temps était très mauvais. Il faisait froid. La ville
dégage une atmosphère particulière que le film traduit bien. Il n’y a pas grand monde dans les rues. Elles sont très larges et le vent s’y engouffre. Le film a été tourné dans un club mythique,
l’Espace Vauban. Nous y sommes restés une semaine entière. La toute dernière scène du film, celle dans laquelle Debbie se rend au club et découvre Simon au piano, est la dernière qui a été
tournée au Vauban. Ça a été un moment fort, très chargé sur un plan émotionnel, une scène qui a eu des répercussions sur la suite du tournage, qui ancre l’esprit du film. Nous avons eu une
journée pour répéter la musique et tout a été filmé en direct. Les prises devaient être bonnes à la fois pour l’image et le son. La musique commandait. Je n’ai pas trop l’habitude de chanter des
standards de jazz. Il fallait les chanter avec un maximum de naturel tout en surveillant constamment ses expressions et ses gestes à cause de la caméra.
Tu as même composé un petit morceau de musique, un Haïku…
-Il y avait un piano dans l’appartement qu’occupe Debbie et je voulais faire un truc un peu mystérieux, jouer une courte pièce. J’ai proposé un de
mes morceaux. Ayant l’intention d’en écrire d’autres, je l’ai intitulé Haïku 1. J’ai dans l’idée d’en faire plus
tard une chanson. D’un autre côté, composer reste pour moi difficile. Je suis très lente. Je n’ai jamais suivi de cours d’harmonie, de composition. Je fais tout à l’oreille. Je pianote et,
parfois après des heures, il en sort quelque chose, une mélodie sur laquelle il va me falloir trouver des paroles.
As-tu eu du mal à rentrer dans la peau de ton personnage ?
-A force de tourner des scènes les unes après les autres, on arrive à imaginer et
à devenir le personnage. Cela se passe petit à petit. Une des scènes culminantes du film est celle qui se déroule sur la plage, une scène d’amour très pudique qui a été plutôt drôle à tourner.
Certaines scènes
intermédiaires ont été plus difficiles à jouer. Je ne savais
pas ce que je devais ressentir à ces moments-là, je n’avais pas d’avis. Après les avoir tournées, je me suis rendue compte que je ne les avais pas maîtrisées, qu’elles m’avaient échappées.
Peut-être par inexpérience, car cela faisait longtemps que je n’avais pas joué un rôle aussi important au cinéma. Je me sens plus à l’aise avec le théâtre. On profite jour après jour de son
travail, de ce que l’on a fait la veille et les jours précédents. Une expérience théâtrale est pour moi apaisante. On se sent beaucoup plus légère. On dispose de davantage de temps pour répéter.
Le cinéma est un autre travail. Il demande un regard encore plus aiguisé sur soi-même. Un film est définitif. L’image fige le moindre faux-pas. Sa dimension macroscopique oblige à rentrer
davantage dans les détails, à toujours garder un œil sur soi.
Photos X/DR
JEUDI 29 octobre
souffler à
pleins poumons un torrent de notes festives et colorées. Rollins a lancé un thème riff dont il suit et ornemente la ligne mélodique.
basse électrique ajoute de l’épaisseur à la musique) et Rollins attaque un morceau rapide dans lequel s’instaure une longue conversation avec son tromboniste. Une
magnifique version de Over the Rainbow
JEUDI 5 novembre
pièce dédiée à Krisnamurti
LUNDI 9 novembre
accompagne, envoûte par un ostinato hypnotique. La rythmique encadre avec fluidité
et souplesse, peut doubler brusquement un tempo, jouer ternaire ou déployer une entière liberté métrique. La solide contrebasse de
MARDI 10 novembre
dispose d’un excellent pianiste, Ivan Gonzalez Lewis pour jouer des
voicings aux harmonies colorées et parfois dissonantes et d’une solide section rythmique. Aux congas, Yusnier Sanchez Bustamente fait merveille. A la batterie, Georvis
Pico Milian assure brillamment le tempo. A la contrebasse, Reinier Elizarde étonne par la richesse de ses lignes mélodiques. Très directif, Murray ne parvient pas toujours à éviter les
ensembles de flotter. Ses musiciens n’ont guère eu le temps de répéter les morceaux et leur jeu collectif manque parfois de précision. Ils jouent toutefois avec beaucoup de cœur une musique festive
et généreuse. David Murray véhicule toute l’histoire du jazz dans son saxophone. Que ce soit au ténor
ou à la clarinette basse, il attaque ses notes avec véhémence et utilise tout le registre de ses instruments. Il peut gronder comme l’orage ou souffler du miel,
jouer des phrases chaudes et sensuelles qui s’enroulent autour des mélodies ou éructer des dissonances. Musicien complet, il nous offre en quartette une superbe version de No Me Platiques,
l’orchestre terminant sa prestation sur le très beau Aqui Se Habla en Amor. Un rappel : Quizas, Quizas, Quizas

M
C
la plupart des morceaux de “Cole Español“ et de“More Cole
Español“ constituant son répertoire. Les solistes pallient l’absence de la voix et les thèmes, tour à tour portés et développés par les instruments mélodiques de la formation (saxophones,
trompettes trombone et piano), portent des couleurs empruntées aux arrangements de
JEUDI 15 octobre
égale puissance. Imperturbable et le blues dans les doigts, Lightsey trempe la musique dans un grand bain de swing
H
MARDI 20 octobre
d'installer un tissu rythmique très dense.
D
A
L
nuages“
présentée dans sa version scénique au Théâtre du Rond-Point, musique de Laurent Cugny (en photo avec Julien Delli Fiori) que l’on retrouve quelques jours plus tard au Sunside en duo
avec Enrico Pieranunzi pour un concert alléchant. Les amateurs de découvertes iront écouter le saxophoniste Robin Verheyen au Duc des Lombards, le quartette inédit réunissant Adam
Nussbaum, Pierrick Pedron, Hervé Sellin et Riccardo Del Fra au Sunset et le Festival Jazzy Colors du 14 au 27 novembre rassemblant des musiciens de treize pays. On
consultera le programme
détaillé de cette manifestation sur le net et
dans ma sélection mensuelle de réjouissances jazzistiques. N’oubliez pas We Want Miles au Musée de la Musique, exposition qui se regarde et s‘écoute, un casque audio prêté par le musée
permettant de se brancher à des bornes audio ou vidéo et de nombreuses niches ovoïdes diffusant de la musique. Exposition qui se raconte tous les jeudis, les conférenciers étant Laurent
Cugny (de 19h30 à 21h30 du 5 novembre au 21 janvier) et Philippe Baudoin (de 16h30 à 18h30 jusqu’au 28 janvier). L’autre événement jazzistique de novembre est la sortie le 18 du premier
long-métrage de Jean Achache “Un soir au club“ adapté d’un roman de Christian Gailly publié aux Editions de Minuit et lauréat du prix du livre Inter en 2002. Michel Benita a
composé presque toute la musique et Antoine Hervé joue les parties de piano de Thierry Hancisse, acteur principal du film avec la fascinante Elise Caron (photo ci-dessus) dont
vous lirez courant novembre dans ce blog l’interview qu’elle a m’a récemment accordée.
LES
CONCERTS DE NOVEMBRE

celles des îles.
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MERCREDI 14 octobre
opéra en allemand, acte idéologique fort car, en choisissant cette langue, il le
destinait à un public bourgeois ou populaire. Interprétée par des artistes d’une autre culture cette “Flûte enchantée“ (“Impempe Yomlingo“) chantée en anglais, en xhosa et dans d’autres dialectes
africains, s’adresse également à un public plus large que celui de l’opéra traditionnel. La musique de
choisie pour ses similitudes avec les
rites d’initiations de sa propre culture - épreuves de purification par l’eau et le feu - , et certains contes sud-africains. Dans l’un d’entre eux, un conte tsonga, un être courageux doit
entreprendre l’ascension d’une montagne et y jouer de la flûte afin d’empêcher les oiseaux ndlati