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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:55
Éloge de la vieillesse

Février : Un an seulement après Jim Hall (décédé le 13 décembre 2013), Buddy DeFranco nous a quittés le 24 décembre à l’âge de 90 ans. Des musiciens de cette génération, des témoins qui donnèrent au jazz ses lettres de noblesse et connurent son âge d’or, il n’en reste plus beaucoup. Les survivants n’ont pas tous la santé de Sonny Rollins ou d’Ahmad Jamal qui maîtrisent leurs instruments comme au mitan de leur carrière, comme si le temps les avait oubliés. Difficile pour certains d’entre eux d’éviter tremblements, fausses notes et approximations. Le feeling compense toutefois ces défaillances dues à l’âge. L’expérience aussi. On s’économise, on joue moins vite. Une respiration plus lente embellit la musique. Le poids des ans peut inclure la sagesse. Comment ne pas être ému devant le chant du cygne d’un Lee Konitz. Le son si mince de son alto peine à porter ses notes. La musique pourtant surgit encore, avec ses fêlures, ses fièvres, lumière pâle mais assurément visible et vivante. Entendre Hal Singer souffler ses 95 bougies dans son ténor en octobre fut aussi un grand moment d’émotion.

 

Si certains préfèrent arrêter, passer à autre chose c’est le cas de Robert Wyatt qui a récemment annoncé qu’il ne souhaitait plus faire de disques – d’autres n’ont plus grand-chose à dire et vivent sur leur réputation. Dans son nouveau disque, Bob Dylan, 75 ans l’an prochain, reprend des chansons enregistrées par Frank Sinatra. Sa voix défaillante ne leur rend pas justice. Entouré par un petit ensemble de vents, une pedal steel envahissante, le génial créateur de “Blonde on Blonde” n’est que l’ombre de lui même. En petite forme depuis plusieurs mois, Keith Jarrett donne le change en publiant de vieilles bandes. Enregistré avec Paul Motian et Charlie Haden qui nous ont récemment quittés, “Hamburg ’72”, opus peu inspiré du pianiste est pourtant fort applaudi. Un concert dans lequel les cris d’orfraie qu’il tire de son saxophone soprano insupportent. Au piano son immense technique ne compense pas toujours son manque d’idées, mais il nous a donné de si grands disques que l’on peut se montrer indulgent.

 

Jazz Magazine l’est tellement qu’il accorde un Choc à l’album. Le numéro de février inaugure une nouvelle formule, une mise en page plus aérée à laquelle il faudra s’habituer. Le nom de Jazzman a pourtant disparu de la couverture. Dommage pour cette revue qui eut son importance et que beaucoup regrettent. On se consolera en se rendant dans les rares clubs de jazz qui parsèment encore la capitale, ou encore dans le Val-de-Marne, à Créteil ou Villejuif pour “Sons d’hiver” et son plein de frissons. L’événement du mois reste toutefois le concert que donnera le Vintage Orchestra au Sunside le 9. Après Laurent Cugny qui a remonté un big band autour de Gil Evans, Dominique Mandin ressuscite le sien pour célébrer le répertoire du Thad Jones / Mel Lewis Orchestra. Le jazz vieillit bien. Mais qui a dit qu’il était mort ?

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Éloge de la vieillesse

-Depuis le 5 février, René Urtreger fait entendre son beau piano au Duc des Lombards. Le 7, le saxophoniste Pierrick Pedron rejoindra Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, ses musiciens habituels, pour apporter d’autres couleurs à sa musique.

Éloge de la vieillesse

-Laurent de Wilde au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie, c’est toujours le 7 mais au Sunside. En trio, Laurent cisèle un jazz acoustique qui lui tient beaucoup à cœur. Constamment renouvelée, sa musique devient échange, dialogue, et ne manque jamais de se faire belle.

Éloge de la vieillesse

-Cela faisait un moment que l’on entendait plus parler du Vintage Orchestra, formation de seize musiciens que dirige Dominique Mandin. On y découvrit la jeune Sophie Alour au saxophone ténor. Après plusieurs années de silence (“Thad” leur disque précédent remonte à 2004) l’orchestre qui se consacre toujours au répertoire du Thad Jones/Mel Lewis Big Band, donnera un concert exceptionnel au Sunside le 9 février. Outre Dominique Mandin et Sophie Alour aux saxophones, il aligne dans ses rangs des musiciens qui nous sont familiers tels Olivier Zanot (saxophone), Thomas Savy (clarinettes), Fabien Mary et Yoann Loustalot (trompettes), Daniel Zimmermann et Jerry Edwards dans la section de trombones, Florent Gac, Yoni Zelnik et Andrea Michelutti assurant la rythmique.

Éloge de la vieillesse

-Un all-star réuni et dirigé par le trompettiste Jeremy Pelt occupera le Sunside le 10. Steve Nelson au vibraphone, Dany Grissett au piano Peter Washington à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, l’affiche est pour le moins alléchante. Ils joueront probablement un bop tonique et rafraichissant. Véloce, Pelt étonne par sa maîtrise technique et sa vélocité. Ses notes jaillissent impeccablement sculptées, portées par un souffle puissant. Nelson séduit par son jeu tant rythmique que mélodique et la section rythmique ne peut qu’impressionner.

Éloge de la vieillesse

-Le label Parallel Records fête les deux premières sorties de son catalogue le 11 au Sunside. Intitulé “Very Blue”, l’un des deux disques réunit le pianiste Emil Spanyi et le contrebassiste Jean Bardy. C’est la première fois qu’Emil Spanyi co-signe un disque sous son nom. On l’a entendu jouer un magnifique piano auprès de Nicolas Folmer et de Daniel Humair. Le duo interprète des standards – Come Sunday, I Love You Porgy, Along Came Betty et propose quelques compositions originales.

Éloge de la vieillesse

-Hank Mobley et Grant Green à l’honneur le 11 et le 12 au Duc des Lombards, le saxophoniste Eric Alexander consacrant plusieurs concerts à leurs musiques. Des rendez-vous en quintette avec une section rythmique confiée à Viktor Nyberg (contrebasse) et à Bernd Reiter (batterie). Le guitariste allemand Helmut Kagerer aura mission d’évoquer Green. Quant au piano, Eric Alexander fait le bon choix en s'entourant d'Olivier Hutman. Rompu au vocabulaire du bop, le blues dans les doigts, Olivier saura saupoudrer la musique d’harmonies fines et faire battre son cœur.

Éloge de la vieillesse

-Dans le cadre du festival Sons d’Hiver, le théâtre Romain Rolland de Villejuif accueille Theo Bleckmann en solo le 11 et le 12. Chanteur inclassable à la voix de haute-contre, on lui doit quelques perles sur le label Winter & Winter : un disque du Refuge Trio (Gary Versace et John Hollenbeck sont de l'aventure), “Twelve Songs” de Charles Ives avec Kneebody et “Hello Hearth !”, un hommage à Kate Bush dont il reprend les musiques.

Éloge de la vieillesse

-Le 13, Patrice Caratini présente au Sunset son Voyage Sextet. La formation comprend aussi Denis Leloup (trombone), François Bonhomme (cor), Clément Caratini (clarinette), Maryll Abbas (accordéon) et Leonardo Sanchez (guitare). Au programme : du jazz, des pièces brèves, mais aussi de la musique française de la première moitié du XXe siècle qui laisse de la place aux solistes.

Éloge de la vieillesse

-Le même soir à 20h30, toujours dans le cadre du Festival Sons d’Hiver, la Maison des Arts de Créteil propose un concert du trompettiste Ambrose Akinmusire. Son dernier disque, “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint”, vient de recevoir le Grand Prix 2014 de l’Académie du Jazz, mais sur scène, Ambrose propose une musique différente et largement improvisée. Entouré de ses musiciens habituels – Walter Smith III au saxophone ténor, Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie – il retrouvera à Créteil le guitariste Charles Altura et le chanteur Theo Bleckmann qui ont participé à l’album.

Éloge de la vieillesse

-Au Duc des Lombards, le 18, le pianiste Pierre Christophe proposera un nouveau répertoire, celui de Dave Brubeck, mais aussi quelques compositions personnelles dont il a le secret. Olivier Zanot au saxophone alto tiendra le rôle de Paul Desmond. Enfin, on ne change pas une rythmique qui gagne. Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie seront donc bien au rendez-vous.

Éloge de la vieillesse

-Aaron Goldberg au New Morning le 24, en trio avec Reuben Rogers à la contrebasse et Gregory Hutcherson, batteur avec lequel il aime jouer lorsqu’Eric Harland est indisponible. “The Now”, son nouvel album, contient des compositions personnelles, quelques standards du bop, des pièces empruntées au répertoire sud-américain et même un morceau traditionnel haïtien. On n’est jamais déçu par les concerts de ce pianiste qui propose des relectures raffinées de morceaux peu joués, leur donne rythme, couleurs et un supplément d'âme.

Éloge de la vieillesse

-Chris Potter retrouve le New Morning le 25 avec Adam Rogers (guitare), Fima Ephron (basse) et Nate Smith (batterie). Saxophoniste musclé, technicien doué et demandé, il apparaît dans de nombreux albums de Paul Motian (il intégra très jeune son Electric Bebop Band) et signe régulièrement des disques sous son nom. Les meilleurs sont ceux dans lesquels, à la tête de formations de taille moyenne, il donne libre cours à son talent d’arrangeur. “Song for Anyone” en 2007 ou “Imaginary Cities”, son plus récent disque pour ECM, sont ainsi des réussites.

Éloge de la vieillesse

-Antonio Faraò au Duc des Lombards en trio le 27 avec Sylvain Romano (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) et en quartette le 28, Pierrick Pedron (saxophone alto) rejoignant la formation. Coloriste raffiné aimant les logues phrases fluides et chantantes mais capable de jouer un piano énergique, Faraò a signé plusieurs albums remarquables ces dernières années. Les plus recommandables : “Domi” en trio avec Darryl Hall et André Ceccarelli, et “Evan” disque dans lequel il a la bonne idée de réunir Joe Lovano, Ira Coleman et Jack DeJohnette.

Éloge de la vieillesse

-Larry Willis en duo avec Buster Williams le 27 et le 28 au Sunside. Plus âgé de deux ans que Williams qui est né en 1942, Willis appris le piano en autodidacte. Jackie McLean lui fournit un de ses premiers engagements. Il tient le piano dans “Right Now !” (1965), sa première apparition sur un disque. Plus de 300 suivront avant qu'il ne devienne, dans la seconde moitié des années quatre-vingt, le pianiste du sextette de Carla Bley dont le succès le fit connaître à un large public. La carrière de Buster Williams est tout aussi exceptionnelle. Membre des Jazz Crusaders et de la formation électrique d’Herbie Hancock (celle qui enregistre les sommets du genre que sont “Mwandishi”, “Crossings” et “Sextant”), il a également travaillé avec Woody Shaw, Ron Carter, Billy Hart et côtoyé les grands du jazz. Il se distingue à la contrebasse par sa maîtrise sonore, l’assise rythmique exceptionnelle qu’il apporte à la musique.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Sons d’Hiver : www.sonsdhiver.org

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédit Photos : René Urtreger © Philippe Marchin –  Laurent de Wilde © Sylvain Gripoix – Jeremy Pelt © Sally Pritchard – Emil Spanyi & Jean Bardy © Marc Ulrich – Eric Alexander © Gene Martin – Theo Bleckmann © Jörg Grosse Geldermann – Patrice Caratini © Nathalie Mazeas – Ambrose Akinmusire © R.R. Jones – Pierre Christophe © Sébastien Caverne – Chris Potter © Bart Babinsky / ECM – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Vintage Orchestra, Aaron Goldberg, Larry Willis & Buster Williams © Photos X/D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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