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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 09:37

 kurt-Elling-c-Anna-Webber.jpgMoins inspiré depuis quelques disques, Kurt Elling a la bonne idée de reprendre dans son nouvel opus quelques-unes des innombrables chansons qui virent le jour au 1619 Broadway, siège du Brill Building, immeuble de Manhattan érigé en 1930 et associé à l’histoire de la musique populaire américaine. “1619 Broadway, the Brill Building Project” (Concord / Universal) est un album plus conséquent que “The Kurt-Elling--1619-Broadway-cover.jpgGate” (2011) ou “Dedicated to You” (2009). Aidé par son pianiste Laurence Hobgood, le chanteur en a soigné les arrangements, se démarquant beaucoup des originaux, même si dans Pleasant Valley Sunday, un tube pour les Monkeys en 1967, la guitare rock’n’rollienne de John McLean (déjà présente dans “The Gate”) adopte la sonorité typique de ces années-là. Les couleurs de l’album sont toutefois celles du jazz. Elling fait à nouveau appel à Ernie Watts et ses chorus de ténor donnent de l'épaisseur à I’m Satisfied, enregistré en 1968 par Lou Rawls, et à So Far Away, une chanson que Carole King enregistra en 1971 dans son album “Tapestry“.

Brill Building

 

Bien que largement consacré à des grands succès des années 60, l’album contient Come Fly With Me, une chanson de Sammy Cahn et Jimmy Van Heusen que Frank Sinatra popularisa en 1958, et Tutti for Cootie, un morceau que Jimmy Hamilton enregistra avec Duke Ellington en 1965 sous le nom de Fade Up. Dès avant la guerre, le 1619 Broadway hébergeait auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Irving Mills, qui fut longtemps l’imprésario du Duke, y avait ses bureaux.

 

Au début des années 60, Al Nevins et Don Kirshner y installèrent Aldon Music, leur maison d’édition, et réunirent autour d’eux une équipe de jeunes et talentueux auteurs compositeurs afin de livrer clefs en main aux maisons de disques des chansons sur Kirshner--King--Goffin.jpgmesure destinées à leurs artistes. Gerry Goffin et Carole King (en photo avec Don Kirshner, l’une des deux têtes d’Aldon Music. Kurt Elling interprète leur Pleasant Valley Sunday), Barry Mann et Cynthia Weill (I’m Satisfied), mais aussi Howard Greenfield et Neil Sedaka, Doc Pomus et Mort Shuman travaillèrent pour eux. Les futurs « tubes » étaient confiés à des musiciens de studio et à des jazzmen (Hank Jones, Urbie Green, Ernie Royal, Bucky Pizzarelli) qui contribuèrent à créer un « Brill Building Sound ».

 

Burt-Bacharach---Hal-David.jpgD’autres paroliers et compositeurs indépendants occupèrent l’immeuble ainsi que celui du 1650 Broadway situé un peu plus loin. Burt Bacharach et Hal David (A House is not a Home, un tube pour Dionne Warwick en 1964) et Jerry Leiber et Mike Stoller qui entourent Elvis Presley sur la photo y emménagèrent. Ces derniers écrivirent Shoppin’ for Clothes pour les Coasters, et co-signèrent On Broadway avec Barry Mann et Cynthia Weill, un méga hit pour les Drifters en 1963. Avant d’interpréter ses propres chansons, Paul Simon fréquenta lui aussi le Brill Building, réalisant des démos pour d’autres artistes. Jerry Leiber, Mike Stoller & ElvisElling reprend son American Tune, un des fleurons de “There Goes Rhymin’ Simon. Nous sommes en 1973 et le Brill Building est alors déserté par ses meilleurs talents. Depuis la seconde moitié des années 60, chanteurs et groupes composent leurs propres morceaux. Paul Simon, mais aussi Barry Mann, Neil Sedaka, Carole King font carrière sous leur nom. L’industrie du disque n’a plus besoin de prêt-à-chanter. Une page de l’histoire de la musique populaire américaine est définitivement tournée.

Photos : Kurt Elling © Anna Webber - Don Kirshner, Carole King & Gerry Goffin / Burt Bacharach & Hal David / Jerry Leiber, Mike Stoller & Elvis Presley photos X/D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Dossier
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 10:14
Les jazzmen sont aujourd’hui nombreux à puiser leur inspiration dans le rock et la pop music des années 60 et 70. Un certain nombre d’enregistrements publiés depuis quelques mois sentent bons les prés et les fleurs des champs.

Celles de la campagne anglaise parfument “Around Robert Wyatt“ (Bee Jazz/Abeille Musique), premier opus de l’Orchestre National de Jazz sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Amateur du légendaire Soft Machine, Daniel a organisé un des trois programmes de l’orchestre autour des compositions de son ex-batteur. Vincent Artaud a habillé ses mélodies inoubliables d’arrangements somptueux. Les voix de Yael Naïm, Arno, Camille, Rokia Traoré, Irène Jacob, Daniel Darc et de Robert lui-même les portent au septième ciel.


Si la place accordée à l’improvisation est assez restreinte (reproche que ne manquent pas de faire les détracteurs de l’orchestre), que dire du nouveau disque de Brian Blade, “Mama Rosa“ (Verve/Universal), étonnant recueil de chansons que l’on croirait surgir de la Californie des années 70. Le batteur de Wayne Shorter utilise des musiciens de son Fellowship Band (Jon Cowherd, Kurt Rosenwinkel, Chris Thomas), chante, joue du piano, de la guitare, de la basse et bien sûr de la batterie. La guitare électrique de Daniel Lanois sonne comme celle de Neil Young et l’on n’écoute pas ce disque inattendu et superbe sans penser au célèbre “If I Could Only Remember My Name…“ de David Crosby et à “No Other“ opus inoubliable de Gene Clark, deux fleurons de la pop californienne.

Le pianiste Alexandre Saada n’hésite pas à donner dans la pop anglaise de la fin des années 60. Dessinée par son frère Emmanuel, la pochette de “Panic Circus“ (Promise Land/Codaex), son nouvel album, évoque les années colorées du Flower Power. La musique aussi. Les musiciens n’oublient pas le jazz, mais privilégient les mélodies qu’ils habillent de sonorités cristallines et trempent dans un grand bain d’eau fraîche. Alexandre improvise au Fender Rhodes ; outre du ténor, Sophie Alour joue de la clarinette et de la flûte, instrument qui donne un aspect champêtre à la musique et fait penser aux premiers albums de Traffic avec le regretté Chris Wood. Jean-Daniel Botta, le bassiste, prête sa voix à deux chansons. Sorties il y a quarante ans, elles auraient probablement fait un tabac sur Radio Caroline.

A Thin Sea of Flesh“ (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi), le nouveau disque d’Elise Caron est également très british. Issu du conservatoire de Marseille, l’auteur des musiques, Lucas Gillet, leur a donné un aspect très anglais, enveloppant la voix pure et sensuelle d’Elise dans des volutes sonores raffinées. Magnifique comédienne, cette dernière chante des poèmes de Dylan Thomas, leur confère une dimension saisissante. Ecoutez Paper and Sticks, And Death Shall Have No Dominion, I Have Longed to Move Away, pièces possédant chacune une instrumentation propre, morceaux lyriques d’une fraîcheur évidente. Avec Aldo Romano, Henri Texier, Alex Tassel, Franck Avitabile et Géraldine Laurent (le 21), Elise sera au Sunside samedi et dimanche prochains (20 et 21 juin) dans un programme consacré à Boris Vian.

Pierrick Pedron phrase bop sur des accords de rock dans “Omry“ (« ma vie »), un album qui se veut un hommage au Pink Floyd et à la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum. Pierrick détourne des mélodies, en invente d’autres et subjugue au saxophone alto. Malgré une guitare et des claviers électriques, l’album reste toutefois davantage ancré dans le jazz que dans le rock. Je n’en aime pas trop la musique, mais on ne peut l’ignorer.


Plainville“ (Fresh Sound New Talent/Socadisc), le second disque du saxophoniste Jeremy Udden, est une énorme surprise. De facture classique, son opus précédent ne nous a pas préparé à ce jazz blues teinté de folk et de country music. L’instrumentation du groupe fait penser au Band, groupe légendaire qui naguère accompagna Bob Dylan. L’album ouvre sur une mélodie divine introduite par un orgue à pompe et un banjo. On est d’emblée en Amérique, à Plainville, bourgade rurale de la Nouvelle Angleterre entre Boston et Providence. Jeremy Udden y passa sa jeunesse. Son album accorde une large place aux guitares électriques et acoustiques. Curbs et Big Lick sonnent très rock. Brandon Seabrook joue aussi du banjo et de la pedal steel guitar. On pense à certains disques de Bill Frisell. Comme lui, Jeremy Udden réinvente et transpose de manière onirique les musiques qui bercèrent son adolescence et nous livre un superbe livre d’images sonores sur la grande Amérique.

Le jazz de l’été se pare donc des couleurs de la pop. Samedi prochain à 16 heures 30, la pianiste italienne Rita Marcotulli donnera un concert hommage au Pink Floyd au Parc Floral de Vincennes. Le 2 juillet, Donald Fagen et Walter Becker seront à l’Olympia avec Steely Dan. Leur tournée européenne s’intitule Left Bank Holiday. Outre Fagen (chant et claviers) et Becker (guitare), elle réunit Marvin Stamm (trompette), Jim Pugh (trombone), Walt Weiskopf et Roger Rosenberg (saxophones), Jon Herington (guitare), Jim Beard (claviers), Freddie Washington (basse), Keith Carlock (batterie) et les choristes Tawatha Agee, Janice Pendarvis et Catherine Russell. Un concert événement à ne pas manquer.
 
Photo Elise Caron © Gala Colette

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