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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 10:25
Quelques têtes de Jazz en Tête

Des images rapportées du dernier festival Jazz en Tête (21-26 octobre), celles de jazzmen qui nous viennent surtout d'Amérique, celles d'un jazz ancré dans le blues et que fêtent depuis trente-deux ans à Clermont-Ferrand quelques irréductibles auvergnats. Festival pas comme les autres, Jazz en Tête dévoile chaque année de nouvelles têtes, Xavier « Big Ears » Feygerolles, son directeur artistique, laissant traîner partout ses grandes oreilles. Si les musiciens du Messenger Legacy et la chanteuse Cyrille Aimée qui interpréta en quartette de larges extraits de son dernier album, un opus entièrement consacré à Stephen Sondheim, ne nous sont pas inconnus*, chaque nouvelle édition du festival est l'occasion de découvertes. Jazz en Tête 2019 nous révéla ainsi Richie Goods, un bassiste aussi époustouflant à la contrebasse qu’à la basse électrique, mais aussi Jimmy James, l’assourdissant guitariste du Delvon Lamarr Organ Trio et le jeune trompettiste Giveton Gelin qui, accompagné par l’admirable Sullivan Fortner au piano, nous offrit un de ces concerts que la mémoire n'oublie pas. Mais la grande révélation de cette 32ème édition de Jazz en Tête fût de découvrir sur scène la jeune chanteuse Jazzmeia Horn. Accompagnée par un autre grand pianiste, Keith Brown, elle envoûta le public clermontois par sa voix, sa grâce et son charisme.

 

*Dianne Reeves, Ed Cherry, Alain Jean-Marie, le Black Art Collective, formation comprenant le trompettiste Jeremy Pelt et le saxophoniste Wayne Escoffery, étaient également programmés. N’ayant pas assisté à leurs concerts, ils n’apparaissent pas dans ce carrousel de têtes.

Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
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Quelques têtes de Jazz en Tête
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Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête
Quelques têtes de Jazz en Tête

Crédits Photos : Keith Brown (de dos) avec Rashaan Carter & Jazzmeia Horn © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, avec par ordre d’apparition : Cyrille Aimée, Giveton Gelin, Daniel Desthomas avec Chris Cheek et Xavier Felgeyrolles, Jazzmeia Horn, Brian Lynch, Giveton Gelin Quartet, Bill Pierce, François Nugier & Michel Vasset, Doug Octa Port, Jeremy Bruyère, Sullivan Fortner, Françoise Philippe & Bernard Vasset, Rashaan Carter, Philippe Etheldrède, Jimmy James, Craig Handy, Essiet Okon Essiet, The Goods Project, Baptiste Herbin, Nathalie Raffet & Corine Adellan, Philippe Coutant, Ralph Peterson, Delvon Lamarr, Sybille Soulier, Richie Goods, le quartette de Giveton Gelin avec Baptiste Herbin.

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 09:26
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Prix Django Reinhardt en 1982, Michel Petrucciani aurait sûrement été très heureux d’assister à cette soirée hommage organisée par l’Académie du Jazz à La Seine Musicale le 9 février, vingt ans après sa disparition, d’entendre ses compositions jouées par ses amis musiciens et d'autres, non moins enthousiastes, rassemblés par François Lacharme qui avait choisi l'instrumentation, le répertoire et réparti les rôles . Joe Lovano et Géraldine Laurent (saxophones ténor et alto), Flavio Boltro et Lucienne Renaudin Vary trompettes) s'étaient vus confier les instruments à vent. Jacky Terrasson, Franck Avitabile et Laurent Coulondre, ce dernier jouant aussi de l’orgue, se relayaient au piano au cours de la soirée. Le guitariste en était Philippe Petrucciani, le frère de Michel. Géraud Portal à la contrebasse et Lenny White assuraient la section rythmique, sans oublier Aldo Romano, le compagnon des premiers disques de Michel, venu improviser un duo avec Lovano. Onze musiciens qui multiplièrent les combinaisons instrumentales, solo, duo trio, quartette, quintette, le rappel, Little Peace in C for U, que Michel Petrucciani enregistra avec Stéphane Grappelli, rassemblant neuf d’entre eux.

Après quelques mots émouvants d’Alexandre Petrucciani sur son père, Franck Avitabile au piano nous régala en solo d’un medley autour de J’aurais tellement voulu, une composition de Frédéric Botton que Michel reprend dans le film de Claude Berri “Une femme de ménage” et que Franck interprète aussi au générique. En duo avec Géraldine Laurent à l’alto, Franck reprit I Hear a Rhapsody, un standard que Michel et Lee Konitz interprètent dans “Toot Sweet” (OWL), un disque que produisit Jean-Jacques Pussiau. Présent à cette soirée, il fut salué par François Lacharme, car sans lui, certains des plus beaux disques de Michel n’auraient jamais été enregistrés. En duo avec Laurent Coulondre à l’orgue Hammond, Franck Avitabile nous offrit aussi une version de Rachid, un thème inclus dans “Conférence de Presse Vol.2” (Dreyfus), l’un des deux albums que Michel réalisa avec Eddy Louiss.

C’est en 1989, toujours sous les auspices de Jean-Jacques Pussiau, que Joe Lovano et Aldo Romano enregistrèrent “Ten Tales” pour OWL records. Ils avaient participé au Transatlantik Quartet d’Henri Texier et jouer à nouveau ensemble ne leur posait aucun problème. Pour célébrer Michel et leurs retrouvailles, ils improvisèrent un morceau, tambours et cymbales ponctuant et colorant très librement le chant du saxophone ténor. De son livre, “Ne joue pas fort, joue loin” (Éditions des Équateurs), des « fragments de jazz » publiés en 2015, le batteur entreprit la lecture d'un passage relatant sa rencontre avec Michel en 1980, la découverte de son piano à Saint-Martin-de-Castillon, le début d’une longue amitié.

Malgré sa participation à quelques enregistrements de Charles Lloyd dont il relança la carrière, Michel Petrucciani a peu joué dans les disques d’autres jazzmen. Exception notable, il est le pianiste de “From the Soul” que Joe Lovano enregistra en quartette en 1991 avec Dave Holland et Ed Blackwell. L’album contient Lines & Spaces, un morceau de Joe qui fut interprété en quartette, Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White entourant le saxophoniste. Ce dernier accompagna aussi la jeune trompettiste Lucienne Renaudin Vary, révélation de cette soirée, dans Hommage à Enelram Atsenig un extrait du premier album de Michel pour OWL.

Joe Lovano excelle dans les ballades. Ses phrases mélodiques aérées, son lyrisme, sa sonorité pleine et profonde donnent beaucoup de chaleur à la musique. Une magnifique version de Body and Soul en duo avec Jacky Terrasson confirma cette évidence. En grande forme, jouant un piano très physique dont les fermes accords n’oublient pas d’être mélodiques, ce dernier brilla en solo dans Michel et Michel, un medley au sein duquel il improvisa autour de You Must Believe in Spring de Michel Legrand, les musiques des deux Michel fusionnant harmonieusement.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Au programme également, deux extraits de “Music” (Blue Note), le plus réussi des albums « électriques » de Michel Petrucciani : Play Me, une pièce funky jouée en quartette avec Philippe Petrucciani à la guitare, et le célèbre Looking Up, en trio avec Jacky Terrasson, Géraud Portal et Lenny White, l’un des grands moments de ce concert.  Lenny White est l'un des batteurs de “Music” et il a enregistré ces deux morceaux avec Michel. Il est également le producteur de “The Manhattan Project” (Blue Note), un album de 1989 qui, sous sa houlette, rassemble Wayne Shorter, Michel Petruccciani, Stanley Clarke, Gil Goldstein et Pet Levin, Old Wine New Bottles, la première plage du disque, une de ses compositions, trouvant ici sa raison d’être.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

                                       NOUBA AU NUBIA

 

L’ « after », la fête après le concert, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Avec par ordre d'entrée en scène (lorsque les personnes ont été identifiées) :

Jacky Terrasson & Aldo Romano - André Villéger (discutant avec Jacqueline & Francis Capeau) - Aniurka, Xavier Felgeyrolles & Philippe Etheldrède - François Lacharme, Flavio Boltro & Joe Lovano - Claude Tissendier & Jean-Michel Proust - Françoise Philippe, Gérard Collet, Géraldine Laurent & Claude Carrière - Henri Texier - Hervé Sellin - Daniel Humair & Joe Lovano - Sylvie Durand & Véronique Coquempot - Jacky Terrasson & François Lacharme - Jean-Jacques Pussiau, Marielle Schipper & Franck Avitabile - Glenn Ferris & Anouk Allibaud-Ferris - Joe Lovano - Lucienne Renaudin Vary - Gilles Coquempot - Rachid Boutihane-Petrucciani, Philippe Petrucciani & François Lacharme - Aldo Romano & Franck Avitabile - Françoise Philippe & Jacques Pauper - Pierre de Chocqueuse, Pierre Christophe, Jean-Louis Lemarchand, Lionel Eskenazi & Baptiste Herbin - Marie-Laure Roperch, Rachid Boutihane-Petrucciani et une amie - Samuel Blaser & François Lacharme - Agnès Thomas, Anne Chepeau & Christophe Deghelt -Bénédicte de Chocqueuse, Véronique Coquempot, Philippe Gaillot & Aniurka - Franck Avitabile, Daniel Humair, Bruno Pfeiffer & Joe Lovano - Marc Sénéchal & Christine Badier - Simon Barreau & Marie-Claude Nouy - Alexandre Petrucciani, Geneviève Pereygne & Joe Lovano - Jacky Terrasson & Hervé Sellin - Laurent Coulondre - Mr. Bernardino Regazzoni & François Lacharme - Pierre de Chocqueuse, Claude Tissendier, Jean-Michel Proust & Michel Stochitch - Marie-Laure Roperch & Rachid Boutihane-Petrucciani - Michel Stochitch, Jean-Louis Lemarchand, Marc Benham, Samuel Blaser et (au premier plan) Gilles Coquempot & Luce-Anne Girard de La Seine Musicale. 

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 2 - le concert

Photos © Antoine Piéchaud & Pierre de Chocqueuse

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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 09:10
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Rendez-vous médiatique et jazzistique incontournable que préside et orchestre François Lacharme depuis 2005, la traditionnelle remise des prix de l'Académie du Jazz* s’est tenue pour la première fois le 9 février dans l’auditorium de La Seine Musicale. Une cérémonie ouverte au public, l’Académie ayant choisi de la coupler à un concert hommage au pianiste Michel Petrucciani, décédé il y a vingt ans le 6 janvier 1999. Le palmarès 2018 vous a été dévoilé lors de cette soirée. Les médias en ont fait largement écho et il est visible sur le site de l’Académie depuis plusieurs jours. Vous le trouverez également bien complet à la fin de cet article privilégiant le visuel. Attardez-vous sur les photos de mon carrousel jazzistique, sur ces instantanés pris la veille pendant les répétitions et en coulisses avant et pendant le concert. Le compte-rendu de ce dernier sera très prochainement dans le blogdeChoc. Avec des photos de « l’after » qui se déroula au Nubia, le club de jazz de Richard Bona, sous le patronage du Conseil des Vins de Saint-Émilion. Vous y reconnaitrez sans doute des visages familiers, le vôtre peut-être. Le petit monde du jazz s'y montre dans sa diversité.   

 

*Le collège électoral qui le décerne comprend une soixantaine d’académiciens, des journalistes essentiellement. Les membres des sociétés civiles et les gens du « métier » (producteurs, attaché(e)s de presse, éditeurs, agents artistiques) n’y sont pas admis, disques et musiciens étant ainsi récompensés en toute indépendance.

C’est dans un auditorium presque plein – quelques invités institutionnels avaient oublié de venir, laissant ainsi des places vides – que François Lacharme, incarnation de l'éclatante vitalité de l'Académie, prit la parole pour remercier La Seine Musicale, saluer le public, les personnalités et les musiciens présents.

 

Décerné à Youssef Daoudi pour “Monk !”, un épais roman graphique publié par Les Éditions Martin de Halleux, le Prix du livre de Jazz fut remis en mains propres à son auteur, grand amateur de jazz et du génial pianiste dont certains épisodes de la vie nous sont ici contés. Bénéficiant de savants cadrages, d’une mise en page subtile et aérée, les dessins de Daoudi font entendre comme par magie la musique de Thelonious Monk et de ses amis boppers, ses compagnons de route. En quelques traits de plume, Monk reprend vie devant nos yeux et fait chanter son inimitable piano. Ce bouquin en trois couleurs est une vraie réussite.

On est content pour Fabien Mary, souvent finaliste du Prix Django Reinhardt, mais heureux récipiendaire en 2018 du Prix du Disque Français pour son album “Left Arm Blues (And Other New York Stories)” un opus en octet du label participatif Jazz&People. Huit nouvelles compositions inspirées par les pérégrinations new-yorkaises du trompettiste qui les imagina puis les arrangea après une mauvaise chute. Un disque made in France aux couleurs du bop et du blues qui pourrait être américain. Avec Hugo Lippi (guitare), Sylvain Romano (contrebasse) et Mourad Benhamou (batterie), Fabien Mary interpréta La Mesha, une ballade célèbre de Kenny Dorham.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Le Prix du Musicien Européen échut au tromboniste Samuel Blaser. C’est la seconde année consécutive que la Suisse est à l’honneur avec ce prix, la chanteuse Susanne Abbuehl l’ayant obtenu l’an dernier. Un prix remis par Son Excellence Monsieur Bernardino Regazzoni, ambassadeur de Suisse en France (et prochainement en Chine). Installé à Berlin, Samuel Blaser est l’auteur d’un corpus d’œuvres au sein desquelles les noms d’Oliver Lake, de Wallace Roney, Paul Motian, Russ Lossing, Thomas Morgan, Drew Gress, Gerald Cleaver sont familiers aux amateurs de jazz. Sans mollir, il nous offrit en solo une version pour le moins singulière de Creole Love Call, le thème de Duke Ellington donnant lieu à une sorte conversation entre deux personnages, le trombone, parfois avec sourdine, assurant les deux voix, glissandos et effets de growl nourrissant une improvisation audacieuse.

L’attribution du Prix de la Meilleure Réédition à “The Savory Collection 1935-1940”, un coffret Mosaïc d'enregistrements radiophoniques de Bill Savory consacrés à Lionel Hampton, Count Basie, Coleman Hawkins, Herschel Evans et Lester Young fut une surprise. On attendait “Both Directions at Once, The Lost Album” de John Coltrane ou “Long Ago and Far Away” de Charlie Haden et Brad Mehldau sur la plus haute marche du podium – ce prix récompense également des inédits. La commission préféra saluer le travail de Michael Cuscuna, maître d’œuvre de cette réédition Mosaïc.

Je partage avec d’autres l’idée que 2018 n’a pas été une grande année pour le Jazz Vocal. En absence de grands enregistrements et bien que “Melodic Canvas” soit le meilleur disque de la chanteuse Robin McKelle, le chanteur Kurt Elling, déjà récompensé par l’Académie en 1997 pour son album “The Messenger” (Blue Note), obtint le prix pour “The Question”, un disque du label Okeh. En son absence, c’est un autre finaliste, Allan Harris, un artiste « indéfectiblement lié à la scène new-yorkaise » qui fit acte de présence. Avec Laurent Coulondre au piano, il interpréta Memphis, un blues, un extrait de son album hommage au chanteur Eddie Jefferson inventeur des « vocalese ».

 

On regretta l'indisponibilité du pianiste Kenny Barron récipiendaire du Grand Prix de l’Académie pour son album “Concentric Circles” sur Blue Note. Un prix saluant la carrière exemplaire d’un musicien qui, outre des disques très réussis sous son nom, fut le dernier accompagnateur de Stan Getz et l’un des co-leaders de Sphere, l’un des groupes phares des années 80. François Lacharme en profita pour saluer Jean-Philippe Allard, qui produisit les derniers enregistrements de Getz avec le pianiste – le coffret “People Time” sur Verve, récompensé par l’Académie du Jazz en 2009 –, et quelques grands albums de Barron sur Impulse !

Confié à une commission, le Prix du Jazz Classique, fut attribué au groupe Les Rois du Fox-Trot pour leur “Hommage à Duke Ellington” (Ahead) devant “Beat” (Stunt Records), un album éblouissant du batteur danois Snorre Kirk, également finaliste du Grand Prix de l’Académie. En duo avec Sylvain Romano à la contrebasse, le saxophoniste Nicolas Montier, l’un de nos rois couronnés du fox-trot, nous offrit une version lyrique de Gone With the Wind, un standard de 1937 qu'il qualifia avec humour de « morceau normalement très joli ».

Pour remettre le prix phare de cette soirée, le très convoité Prix Django Reinhardt doté de 3000 euros grâce à la générosité de la Fondation BNP Paribas, premier sponsor de l’Académie, François Lacharme appela sur scène Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la Fondation. Le prix fut attribué au saxophoniste Baptiste Herbin, 31 ans, un musicien originaire de Chartres, un habitué des jam-sessions parisiennes dont le premier disque “Brother Stoon” (Just Looking Productions) date de 2012. Baptiste est souvent au Brésil dont il adore les musiques. Il compte y enregistrer son prochain album en juin. À l’occasion de la remise de son prix, accompagné par le pianiste brésilien Leonardo Montana, Sylvain Romano à la contrebasse et Aldo Romano à la batterie, il interpréta Elsa M, une composition d’Aldo traité à la manière d’un choro brésilien.

 

Viendra-t-il ? C’est la question que se posaient les membres du Bureau de l’Académie du Jazz quelques jours avant cette remise de prix à propos de Martial Solal, Prix Django Reinhardt en 1955 et Président d’honneur de l’Académie. L’illustre pianiste qui avait donné un éblouissant concert en solo Salle Gaveau quelques jours plus tôt, un exercice pour le moins fatigant au regard de ses 91 ans, déclara forfait. Dommage, car lors de sa dernière assemblée générale, l’Académie avait décidé de l’honorer en lui offrant un trophée pour l’ensemble de son œuvre. Martial ayant beaucoup d’humour, le Prix du Jeune Talent s’imposait.

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

 

LE PALMARÈS 2018

 

 

 

 

Prix Django Reinhardt :

BAPTISTE HERBIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

KENNY BARRON QUINTET « Concentric Circles »

(Blue Note / Universal)

Prix du Disque Français :

FABIEN MARY « Left Arm Blues (And Other New York Stories) »

(Jazz&People / Pias)

Prix du Musicien Européen :

SAMUEL BLASER

Prix de la Meilleure Réédition :

THE SAVORY COLLECTION 1935-1940

(Mosaïc Records)

Prix du Jazz Classique :

LES ROIS DU FOX-TROT « Hommage à Duke Ellington »

(Ahead / Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

KURT ELLING « The Question »

(Okeh / Sony Music)

Prix Soul :

THEO LAWRENCE & THE HEARTS « Homemade Lemonade »

(BMG / Warner)

Prix Blues :

WALTER “WOLFMAN WASHINGTON « My Future Is My Past »

(Anti- / Pias)

Prix du Livre de Jazz :

YOUSSEF DAOUDI « Monk ! »

(Les Éditions Martin de Halleux)

Prix Spécial de l’Académie du Jazz :

MARTIAL SOLAL, pour l’ensemble de son œuvre

  

            ...............BEFORE & BACKSTAGE.............

Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1
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Académie du Jazz : tous en Seine, acte 1

Photos © Antoine Piéchaud, sauf Allan Harris, François Lacharme & les lauréats de l'Académie © Pierre de Chocqueuse.

Photos carrousel © Pierre de Chocqueuse, sauf :

Aldo Romano & Joe Lovano / Alexandre Petrucciani & Franck Avitabile / Pierre de Chocqueuse & Aldo Romano,  © Francis Capeau

Laurent Coulondre & Allan Harris / François Lacharme avec brosse à dents / Flavio Boltro / Alexandre Petrucciani & François Lacharme / photo de groupe (Aldo Romano, Leonardo Montana, Alexandre Petrucciani...) / Joe Lovano & François Lacharme / Franck Avitabile au piano / Philippe Petrucciani / Aldo Romano lecteur © Antoine Piéchaud

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 09:45
Toujours en Tête

Retour de Clermont-Ferrand, de la musique et des images plein la tête. Ce sont ces dernières que je souhaite vous fait partager, des instants volés lors d’un festival qui n’est décidément pas comme les autres, un festival de jazz qui ne programme que du jazz et s’adresse aux vrais amateurs de jazz. Ici point de fusion flamenco-guinéenne, de chants pygmées, de be-bop serbo-croate, mais pendant cinq jours du jazz, du vrai, de l’authentique. Certains concerts furent bien sûr plus réussis que d’autres. Je n’y étais que trois jours, il m’est donc impossible de vous parler des prestations de Tigran Hamasyan, de Charenée Wade, de Baptiste Herbin et du pianiste James Francies. Mais ce que j’ai vu et entendu mérite quelques lignes.

 

Le 26, soutenu par une section rythmique aussi inventive que phénoménale (Joe Sanders à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie), Logan Richardson fit cracher des notes brûlantes à son saxophone alto, ses longues improvisations témoignant de la richesse de son imaginaire. Quant à Wallace Roney, toujours aussi inspiré par Miles Davis dans ses ballades, il amenait avec lui au sein de son quintette un jeune saxophoniste de 17 ans, Emilio Modeste, un peu vert mais prometteur, le grand Curtis Lundy faisant merveille à la contrebasse.

 

Le 27, un autre quintette nous offrit une première partie de concert aussi tumultueuse que musicale, celui du batteur E.J. Strickland qu’animent Marcus Strickland au ténor et Godwin Louis à l’alto, deux saxophonistes expérimentés. Pilier du festival depuis de longues années, le pianiste Donald Brown ne pouvait pas manquer cette 30ème édition. Il s’installa sur scène avec un All-Stars au sein duquel brillèrent Steve Nelson au vibraphone et Ed Cherry à la guitare. Avec Darryl Hall à la contrebasse et Eric Harland à la batterie, les compositions sophistiquées de Brown n’eurent jamais à souffrir d’un manque de pertinence rythmique. Invité surprise, Jean Toussaint sut mêler subtilement ses saxophones à un flux sonore souvent enthousiasmant.

 

Le 28, et bien que n’étant pas au programme, Roberta Gambarini assura un bon tour de chant grâce à des standards bien choisis et une section rythmique de rêve, James Cammack, Eric Harland et Kirk Lightsey au piano. Mais le meilleur concert du festival fut celui que donna Roy Hargrove. Il fait moins parler de lui, mais lorsqu’il tient la forme, l’homme éblouit par son savoir-faire, le groove qu’il communique à une musique que déhanche un swing réellement contagieux. Toujours accompagné du fidèle Justin Robinson au saxophone alto, le trompettiste s’est trouvé en la personne de Tadataka Unno un pianiste inventif pour colorer d’harmonies sa musique. Mais surtout Quincy Phillip, son batteur, est une formidable machine à rythmes que l’on est pas prêt d’oublier.

 

De ces rares moments, voici donc quelques images. Images saisies sur la scène de la Maison de la Culture, mais aussi dans les loges où musiciens, journalistes et bénévoles se retrouvent et fraternisent.

Photos © Pierre de Chocqueuse, avec par ordre d’apparition à l’écran : Wallace Roney avec Curtis Lundy et Oscar Williams Jr.Logan Richardson & Joe Sanders Joe SandersCurtis LundyEmilio ModesteDaniel DesthomasMichel Vasset Jeff Ballard & Philippe CoutantMarcus StricklandGodwin LouisMélanie Villenet & Françoise PhilippePhilippe Etheldrède, Philippe Coutant et Nathalie RaffetE.J. StricklandMarcus StricklandGodwin LouisTaber GableGodwin LouisFrancis CapeauEd CherryXavier FelgeyrollesDonald BrownJean ToussaintDarryl HallDodoFrançoise Philippe & Kirk LightseyIsabelle Roy Kirk Lightsey, Xavier Felgeyrolles & Jean ToussaintRoberta Gambarini avec Kirk Lightsey, James Cammack et Eric HarlandDonald Brown, Roberta Gambarini & Kirk Lightsey, Roy HargroveJustin Robinson & Roy HargroveJustin Robinson & Tadataka Unno.        

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 10:56
Trophées du Sunside 2017 : constats et découvertes

Entre le 5 et le 7 septembre, douze jeunes formations, « bataillèrent » pour remporter l’un des Trophées du Sunside, des prix destinés aux meilleurs groupes et aux meilleurs solistes de la génération montante, les talents de demain. Quatre formations, quatre heures de musique à écouter et à noter trois soirs durant pour que le jury dont j’étais l’un des membres puisse parvenir au palmarès qui fut dévoilé dès le 8 au matin. Le bilan de cette 17ème édition fut incontestablement positif, tant sur le plan musical que sur celui de l’audience. Voir le club de la rue des Lombards investi par un public jeune et enthousiaste donnait du baume au cœur.

La musique apporta son lot de bonnes surprises et de déceptions, ces dernières moins nombreuses que d’autres années grâce au bon niveau technique des musiciens et à la forte personnalité de certains d’entre eux, les groupes proposant du jazz sortant des sentiers battus et des arrangements originaux se voyant récompensés. Leurs judicieuses combinaisons de timbres permirent ainsi à Oggy & The Phonics de remporter le 1er prix du meilleur groupe. Savamment filtrées par des pédales d’effets contribuant à l’identité sonore de la formation, clarinette (Clément Meunier, 1er prix du meilleur soliste), saxophone ténor (Louis Billette), et guitare (Théo Duboule) mêlent leurs sonorités et servent des compositions lyriques et fort bien orchestrées, une musique énergique que rythment Gaspard Colin (basse) et Nathan Vandenbulcke (batterie). Un album autoproduit, “Folklore Imaginaire”, est disponible sur leur site. Après avoir patiemment écouté quantité de thèmes bien fades sauvés par le savoir-faire des musiciens tous capables d’improviser, le jury ne pouvait qu’applaudir les morceaux mélodiques que le groupe proposait. Car, doté d’une technique impressionnante et souvent bardé de diplômes, le musicien de jazz ne cherche trop souvent qu’à faire entendre sa propre musique, se prend pour un compositeur ce qui est loin d’être toujours le cas. Composer un thème séduisant, une vraie mélodie, denrée rare aujourd’hui, n’est pas chose facile. Une ritournelle ou un riff font parfois l’affaire, mais un Ornette Coleman ne se révèle pas tous les jours.

La plupart des musiciens qui se produisirent alternativement au Sunside et au Sunset pendant trois soirs semblaient oublier que tout jazzman dispose d'un vivier de mélodies susceptibles de nourrir son art, de faire du neuf avec du vieux, de créer des nouveaux morceaux à partir d’un répertoire existant. Des mélodies sur lesquelles le musicien peut greffer des improvisations toujours nouvelles et faire chanter de belles phrases mélodiques à l’instrument qu’il pratique. Libre à lui d’imposer de nouveaux standards plus proches de son environnement musical, de son époque. C’est ce que fait Brad Mehldau lorsqu’il reprend des thèmes de Paul McCartney, de Radiohead ou de Sufjan Stevens. La communauté des jazzmen s’enracine ainsi dans un vaste répertoire toujours renouvelé. C’est pour vérifier cet enracinement que le jury demanda à chaque formation de jouer un standard de son choix. Le résultat fut souvent concluant. Et même enthousiasmant dans le cas d’Oggy & The Phonics qui nous offrit une version très originale du Pithecanthropus Erectus de Charles Mingus. Un seul groupe ne se livra pas à cet exercice. Relevant davantage de la musique improvisée que du jazz, leur musique « coup de poing » n’avait qu’un seul mérite : ne pas laisser indifférent.

Car nos oreilles eurent parfois à souffrir, certains batteurs plus fougueux que d’autres, faisant inutilement monter le niveau sonore. Un bon batteur est un batteur que l’on n’entend pas disait Bill Evans. Une boutade certes, mais un batteur qui joue trop fort entraîne inévitablement ses partenaires à faire de même et ce, au détriment de la musique. Cette dernière souffre souvent d’un trop plein de notes. Asphyxié, le tissu musical respire mal, un niveau sonore trop élevé n’arrangeant pas les choses. Groupe vocal féminin réunissant Nirina Rakotomavo, Cynthia Abraham et Céline Boudier (remplacée pour ce concert par Camille Durand), les Selkies surent ainsi nous plonger dans un bain de fraicheur, nous remettre d’aplomb. Leurs voix chaudes et sensuelles s’assemblent, s’harmonisent et se complètent pour chanter du folk, du jazz, des musiques sans frontières. Une mention spéciale du jury récompensa leur prestation. J’ai également apprécié le Gabriel Midon Quartet. Contrairement à d’autres bassistes qui se prennent pour Scott LaFaro ou Jaco Pastorius, Gabriel Midon n’oublie pas que le rôle de son instrument, véritable colonne vertébrale de sa formation, est principalement de porter la musique. Il prend bien quelques solos mélodiques mais toujours à bon escient et préfère laisser ses musiciens parfaire ses intéressantes compositions. Le saxophoniste Romain Cuoq et le pianiste Clément Simon se montrèrent ainsi beaucoup plus à l’aise et performants qu’au sein du groupe de ce dernier.

Trophées du Sunside 2017 : constats et découvertes

Mais la grande découverte de ces Trophées reste pour moi la chanteuse Marie Mifsud. Récompensée par un deuxième prix d’orchestre, sa prestation scénique surpassa toutes les autres. Très à l’aise, mettant aisément le public dans sa poche, elle fut la seule à offrir un vrai spectacle, un show professionnel. Venue du lyrique, Marie Mifsud apprit l’art du jazz vocal auprès de la grande Sara Lazarus. Contrôlant parfaitement son souffle, elle possède une excellente diction et fait ce qu’elle veut avec sa voix. Une voix de soprano qui escalade sans peine les octaves, fait danser les mots et les onomatopées. Mimi Perrin aurait adoré ! Batteur du petit orchestre qui l’accompagne, Adrien Leconte écrit des textes pleins d’humour. Marie contracte, prolonge ou en étire les syllabes pour leur donner du swing. Des compositions originales, mais aussi de grands standards de jazz (Señor Blues d’Horace Silver, Puttin’ on the Ritz très drôle et très champagne en rappel) confiés à un quintette au sein duquel chaque musicien a un rôle précisément défini. Car la mise en place, impeccable, ne souffre d’aucun écart, le groupe allant jusqu’à posséder son propre ingénieur du son. Un bon flûtiste Quentin Coppale double la voix et dialogue avec elle. Le piano de Tom Georgel apporte à la musique son assise harmonique. Quant à la contrebasse bien boisée de Victor Aubert, elle a bien sûr une réelle importance. Marie Mifsud a fait paraître il y a quelques mois “LÀ” un disque autoproduit d’une trentaine de minutes, sept morceaux parmi lesquels des reprises de Take The A Train, Soul Eyes, Black Coffee et Duke Ellington’s Sound of Love. On peut se le procurer sur le site de la chanteuse.

-Oggy & The Phonics : www.oggyandthephonics.com

-Marie Mifsud : www.mariemifsud.com

 

PALMARÈS :

MEILLEUR GROUPE : 1er prix : Oggy & The Phonics - 2ème prix : Marie Misfud Quintet - Mention Spéciale du Jury : Selkies

MEILLEUR SOLISTE : 1er prix : Clément Meunier (clarinette) - 2ème prix : Pierre Carbonneaux (saxophone).

 

Photos © Patrick Martineau - Portrait de Marie Mifsud © Flavien Prioreau

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 16:30
L'Académie remet ses prix

Mon traditionnel compte-rendu de la remise des prix de l’Académie du Jazz. Vous en connaissez déjà le palmarès ce qui me permet de privilégier l’image, de mettre en ligne des photos des lauréats, des musiciens présents à cette soirée et de nos amis qui œuvrent efficacement dans les métiers de la musique, journalistes, photographes, attaché(e)s de presse, organisateurs de concerts, ingénieurs du son, sans oublier de nombreux musiciens et quelques membres de l’Académie dont les visages vous sont peut-être familiers.

L'Académie remet ses prix

 

LA REMISE DES PRIX

C’était donc le 22 janvier dernier au Pan Piper, impasse Lamier dans le 11ème arrondissement de Paris. La cérémonie commença par la remise du Prix du Meilleur Livre, “Music is my Mistress”, les singulières et savoureuses mémoires de Duke Ellington. Publiées aux Etats-Unis en 1973, elles n’avaient jamais été traduites en français. Henri Bovet des Éditions Slatkine & Cie reçut le trophée des mains de François Lacharme. Peu de discours cette année. La plupart des lauréats étant présents, le Président a souhaité privilégier la musique, cette dernière bénéficiant de la bonne acoustique de la salle et de la qualité de la sonorisation.

Invités à rendre hommage à Thelonious Monk qui, né en 1917, aurait eu 100 ans cette année, René Urtreger au piano et Jean-Louis Chautemps au saxophone ténor nous offrirent une belle version de Pannonica, que Monk composa en septembre 1956 chez la baronne Nica de Koenigswarter. Le pianiste l'enregistra un mois plus tard, le 9 octobre, avec Sonny Rollins, Ernie Henry, Oscar Pettiford et Max Roach, jouant la mélodie sur un célesta.

De la musique avec les lauréats du Prix du Jazz Classique, Jérôme Etcheberry (trompette), Michel Pastre (saxophone ténor) – les timbres de leurs instruments respectifs se mêlent de bien belle façon – et Louis Mazetier (piano).

 

De la musique encore après que François Lacharme eut remercié les sponsors de l’Académie, cette dernière fonctionnant grâce à la générosité de généreux mécènes : la Fondation BNP Paribas, la SACEM, la SPEDIDAM, le Conseil des Vins de Saint-Émilion dont les dives bouteilles furent appréciées lors des agapes qui suivirent, mais aussi le Goethe Institut qui accueille depuis quelques années nos fiévreux débats.

De la musique car Michele Hendricks est sur scène pour recevoir le Prix du Jazz Vocal. Pour “A Little Bit of Ella”, un disque qui inexplicablement n’avait jamais vu le jour, un enregistrement de 1998 avec Tommy Flanagan au piano. It Don’t Mean a Thing puis un arrangement de Sweet Georgia Brown et la salle, conquise par l’agilité de son scat, la salua de ses applaudissements.

On a bien sûr regretté l’absence du trompettiste Avishai Cohen se trouvant quelque part en Inde, en pleine jungle, et donc dans l’incapacité de se voir remettre le Grand Prix de l’Académie pour “Into the Silence”, son premier disque pour ECM, un silence troublé par les bruits inquiétants du lieu qui l’entoure dans le petit film de remerciement qu’il nous fit parvenir. François Arveiller d’Universal récupéra le trophée...

...pour laisser le micro à un autre artiste ECM, le saxophoniste Andy Sheppard, Prix du Musicien Européen que l’on a pu entendre en novembre dernier au Jazz Club Étoile au sein du Gil Evans Paris Workshop que dirige Laurent Cugny. C’est avec Nguyên Lê à la guitare et Michel Benita à la contrebasse que le saxophoniste interpréta Looking for Ornette, la dernière plage de “Surrounded By Sea”, un album ECM de 2015, son plus récent. On aurait souhaité entendre davantage le chant enveloppant de son instrument, ses improvisations mélodiques sensibles et lyriques, mais d’autres prix sont à remettre, d’autres musiques attendent d'être écoutées.

La prestation de Laurent Courthaliac souleva l’incompréhension de certains. C’est oublier que le Prix du meilleur disque français ne récompense pas quelques minutes de concert, mais un album studio “All My Life”, le meilleur du pianiste à ce jour, une réussite qui doit aussi beaucoup à ses arrangements, aux solistes qui l’entourent (Fabien Mary, Bastien Ballaz, Dmitry Baevsky, David Sauzay, Xavier Richardeau, ils méritent tous d’être salués) et aux orchestrations soignées de Jon Boutellier.

Mais une puissante onde sonore envahit la salle. En quartette avec Samuel Hubert (basse électrique) et Romain Sarron (batterie), Corey Dennison et Gerry Hundt son complice font jaillir de leurs guitares les notes brûlantes d’une musique simple, mais terriblement efficace. Ils viennent de Chicago et ont voyagé jusqu’à nous pour recevoir leur récompense, le Prix Blues que leur remet Jacques Périn et Nicolas Teurnier, tous deux membres de l’Académie.

Difficile après cela pour le lauréat du très convoité Prix Django Reinhardt de maintenir pleinement l’attention avec sa musique plus riche sur le plan harmonique, mais moins festive et plus difficile à mettre en scène. Après avoir reçu son trophée des mains de Jean-Jacques Goron, Délégué Général de la fondation BNP Paribas, trophée accompagné d’un chèque de 3000€ offert par la fondation, Fred Nardin suscita pourtant l’admiration par la qualité et la modernité de son piano. Avec Samuel Hubert cette fois à la contrebasse et Romain Sarron, notre jeune et talentueux récipiendaire joua Green Chimneys de Monk et une de ses compositions chaloupées qui devrait être au programme de l’album en trio qu’il prépare.

L'Académie remet ses prix

 

L'AFTER
 

Avec des photos de Jean-François Pitet, René Urtreger & Jacqueline, Jean-Pierre Vignola, Paul Lay, Michel El-Malem, Arnaud Merlin, Jean Szlamowicz, Geneviève Peyregne, Christian Bonnet, Philippe Gaillot, Sophie Le Roux, Jean Delmas, Françoise Philippe, Bruno Rousselet, Jean-Jacques Goron, Laurent Courthaliac, Laurent Cugny, Laurent Mignard, Jean-Jacques Pussiau, Daniel Humair, Pierre Megret, Lionel Eskenazi, Chelima Fade, Claude Carrière, Philippe Etheldrède, Philippe Soirat, Alain Jean-Marie, Leïla Olivesi, Philippe Marchin, Agnès Thomas, Marie-Claude Nouy, Corey Dennison, Gilles Coquempot, Jean-Philippe Doret, Olivier Temime, Claudette de San Isidoro, Andy Sheppard, Pierre de Chocqueuse, Jean-Louis Lemarchand, Philippe Baudoin, Francis Capeau, Olga, Glenn Ferris. © Pierre de Chocqueuse

L'Académie remet ses prix
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LE PALMARÈS 2016

 

Prix Django Reinhardt :

FRED NARDIN

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

AVISHAI COHEN « Into the Silence »

(ECM/Universal)

Prix du Disque Français :

LAURENT COURTHALIAC « All My Life »

(Jazz & People / PIAS)

Prix du Musicien Européen :

ANDY SHEPPARD

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

THAD JONES / MEL LEWIS ORCHESTRA « All My Yesterdays, The Debut 1966 Recordings at the Village Vanguard »

(Resonance / Socadisc)

Mention Spéciale :

FRANÇOIS RILHAC « It's Only a Paper Moon »

(Black & Blue)

Prix du Jazz Classique :

JÉRÔME ETCHEBERRY / MICHEL PASTRE / LOUIS MAZETIER

« 7:33 Bayonne »

(Jazz aux Remparts)

Prix du Jazz Vocal :

MICHELE HENDRICKS « A Little Bit of Ella »

(Cristal Records)

Prix Soul :

WILLIAM BELL « This Is Where I Live »

(Stax / Universal)

Prix Blues :

COREY DENNISON « Corey Dennison Band »

(Delmark / Socadisc)

Prix du Livre de Jazz :

DUKE ELLINGTON « Music is my Mistress »

(Editions Slatkine)

 

CREDITS PHOTOS : Les Trophées 2016 - Le Pan Piper - François Lacharme avec René Urtreger & Jean-Louis Chautemps - Henri Bovet - Louis Mazetier avec Jérôme Etcheberry & Michel Pastre - François Lacharme - Michele Hendricks - François Lacharme & François Arveiller - Andy Sheppard - Laurent Courthaliac - Corey Dennison - Fred Nardin & Jean-Jacques Goron © Philippe Marchin - Photo de groupe et les photos de l'After © Pierre de Chocqueuse

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 09:12
Soir de fête

Présidée par François Lacharme, l’Académie du Jazz fêtait ses soixante ans au théâtre du Châtelet le 8 février et, pour la première fois de son histoire, accueillait le grand public lors d’une soirée de gala au cours de laquelle elle dévoila son palmarès 2015. La remise des prix fut toutefois écourtée au profit d’un programme musical varié et attractif, la musique restant la grande gagnante de cette soirée inoubliable.

Soir de fête

Un All Stars d’anciens lauréats du Prix Django Reinhardt en constituait la première partie. Récipiendaire du prix en 1961, René Urtreger eut l’honneur d’ouvrir les festivités. Il choisit une composition récente, Timid, dédiée à Agnès Desarthe qui termine d’écrire un livre sur le pianiste pour les Éditions Odile Jacob (parution prévue au printemps). Après cette belle prestation en solo, René fut rejoint sur scène par Airelle Besson et Eric Le Lann (trompettes), Géraldine Laurent, Pierrick Pedron et Stéphane Guillaume (saxophones), Henri Texier (contrebasse) et Simon Goubert (batterie). Summertime (dans une réduction du superbe arrangement de Gil Evans) et Milestones furent ainsi joués en octette.

Soir de fête
Soir de fête

Toujours avec René Urtreger au piano, Henri Texier à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie, Airelle Besson et Stéphane Guillaume nous offrirent une belle version de Django, un thème de circonstance. Géraldine Laurent et Eric Le Lann firent de même dans The Man I Love et dans What’s New, Airelle s’associa au saxophone alto de Pierrick Pedron, les huit musiciens de l’orchestre constituant ainsi des quintettes au personnel interchangeable. Autre temps fort, une relecture acrobatique de The Bridge (Sonny Rollins), exploit réalisé sans piano par les trois saxophones, la contrebasse et la batterie. Les lauréats du Prix Django Reinhardt remplissaient aussi la salle. Antoine Hervé, Laurent Cugny, Pierre de Bethmann, Jean-Louis Chautemps, Laurent de Wilde, Sophia Domancich, Médéric Collignon, j’en oublie bien sûr, n'avaient pas voulu manquer l’événement. D’autres non plus. Le Châtelet, archi-comble, avait un air de fête.

Soir de fête

Après un court entracte, François Lacharme revint sur scène remercier les sociétés civiles (SACEM, SPEDIDAM, ADAMI) et les partenaires de l’Académie parmi lesquels la Fondation BNP Paribas dont l’Académie bénéficie depuis plusieurs années du généreux mécénat. La remise des prix fut courte. Peu de blabla, mais le micro laissé à des lauréats heureux qui prirent le temps de le dire. Le Prix du Disque Français fut remis à Géraldine Laurent pour “At Work(Gazebo / L'autre distribution), un disque en quartette produit par le pianiste Laurent de Wilde qui recueille bien des récompenses, l’Académie Charles Cros l'ayant également primé.

Soir de fête

Récompensé pour l’ensemble de son œuvre, John Surman qui vit à Oslo avait fait le voyage pour recevoir Le Prix du Jazz Européen et participer au concert. Pianiste du Duke Orchestra, Philippe Milanta obtenait le Prix du Jazz Classique pour “For Duke and Paul”, un album enregistré avec le saxophoniste André Villeger. Quant au très convoité Prix Django Reinhardt, la plus prestigieuse récompense que décerne chaque année l’Académie, il échut à Paul Lay, qui au piano nous offrit une version de Cheek to Cheek aussi moderne et audacieuse qu’inattendue.

Soir de fête

Le rideau se leva sur le Duke Orchestra* dirigé avec talent et savoir-faire par Laurent Mignard. On est soulevé par le swing, la puissance sonore des sections, conquis par la beauté et l’intelligence d’un répertoire intemporel. L’orchestre attaqua très fort avec Kinda Dukish couplé avec Rockin’in Rhythm, morceaux qui firent trembler les murs du théâtre, Philippe Milanta nous offrant un mirifique solo de piano. Carl Schlosser fit chanter Cop Out à son saxophone ténor. Didier Desbois brilla à l’alto dans Things Ain’t What They Used to Be et le saxophone baryton de Philippe Chagne donna expressivité et chaleur à l’immortel(le) Sophisticated Lady, les musiciens, tous excellents, se partageant des chorus mémorables. Un des autres sommets de la soirée nous fut donné avec la Harlem Suite que Duke Ellington enregistra en décembre 1951 pour Columbia. Une partition qui permet à Aurélie Tropez de mettre en valeur sa clarinette. Assurant les effets de growl, la trompette de Jérôme Etcheberry y tient une place importante. Cet orchestre irrésistible est porté par une section rythmique associant étroitement le piano de Philippe Milanta, la contrebasse de Bruno Rousselet et la batterie confiée à Julie Saury, celle de Sam Woodyard acquise récemment par la Maison du Duke*, mariage de trois gros instruments organisant le rythme, posant le temps sur lequel tous les musiciens doivent obéir et se régler.

*Dirigé par Laurent Mignard, le Duke Orchestra comprend : Benjamin Belloir, Gilles Relisieux, Jérôme Etcheberry, Richard Blanchet (trompettes), Nicolas Grymonprez, Michaël Ballue, Jerry Edwards (trombones), Didier Desbois, Aurélie Tropez (saxophones alto, clarinettes), Fred Couderc, Carl Schlosser (saxophones ténor), Philippe Chagne (saxophone baryton, clarinette basse), Philippe Milanta (piano), Bruno Rousselet (contrebasse) et Julie Saury (batterie).

 

* La Maison du Duke : www.maison-du-duke.com

Soir de fête
Soir de fête

Les invités du Duke Orchestra qu’annonçait le programme étaient bien sûr très attendus. Parmi eux, John Surman qui avait apporté son saxophone soprano joua un arrangement de Passion Flower de son ami John Warren, et séduisit le public par sa sonorité veloutée, la douceur de son timbre donnant un surplus de tendresse à ce classique ellingtonien.

Soir de fête

Récipiendaire du Prix Django Reinhardt en 1966, Jean-Luc Ponty avait fait parvenir à Laurent Mignard deux de ses compositions arrangées par Jim McNeely. To and Fro, la première, exige une cadence quelque peu alambiquée. Le violoniste parvint toutefois à s’intégrer facilement à la formation qui avait eu le temps de travailler ses morceaux. Nul autre que lui maîtrise à ce point l’instrument dans le jazz, le musicien virtuose séduisant par sa sonorité heureuse, la chaleur expressive de son timbre. Bénéficiant d’un arrangement plus chatoyant, The Struggle of the Turtle to the Sea, sa seconde pièce, une ballade, fut un des grands moments de cette sacrée soirée. Seul bémol, Sanseverino fut modérément apprécié dans It Don’t Mean a Thing malgré la parfaite tenue du Duke Orchestra pendant sa prestation. Bien chanter Ellington n’est pas à la portée de tous. La longue introduction de Take the “A Train confié au piano, les magnifiques couleurs peintes par les anches et les cuivres que le swing met si bien en mouvement, nous firent oublier le scat approximatif du musicien dont les efforts pour se rapprocher du jazz méritaient indulgence.

Soir de fête

Ce soir de fête s’acheva tard dans la nuit au Sunset. Le Conseil des Vins de Saint-Emilion régalait. Le bleu du jazz se teintait de rouge dans le noir de la nuit.

Photos © Philippe Marchin

Soir de fête

LE PALMARÈS 2015

 

Prix Django Reinhardt :

PAUL LAY

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

FRED HERSCH « SOLO »

(Palmetto)

Prix du Disque Français :

GÉRALDINE LAURENT « AT WORK »

(Gazebo/L’Autre Distribution)

Prix du Musicien Européen :

JOHN SURMAN

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

ERROLL GARNER « THE COMPLETE CONCERT BY THE SEA »

(Columbia Legacy/Sony Music)

Prix du Jazz Classique :

ANDRÉ VILLÉGER / PHILIPPE MILANTA « FOR DUKE AND PAUL »

(Camille Productions/Socadisc)

Prix du Jazz Vocal :

CÉCILE McLORIN SALVANT « FOR ONE TO LOVE »

(Mack Avenue/Harmonia Mundi)

Prix Soul :

TAD ROBINSON « DAY INTO NIGHT »

(Severn/www.severnrecords.com)

Prix Blues :

HARRISON KENNEDY « THIS IS FROM HERE »

(Dixiefrog/Harmonia Mundi)

Prix du livre de Jazz :

JULIA BLACKBURN « LADY IN SATIN »

(Rivages Rouge/Payot)

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 09:42
Frontenay : le jazz en jaune

Frontenay (Franche-Comté) : accroché au flanc de la montagne, son château (XIIe siècle) et ses terrasses accueillent l’amateur de jazz. En contrebas, l’église et son cimetière qu’ombrage une allée de tilleuls. L’écrivain Bernard Clavel y repose. Un havre de paix que ne trouble guère la musique du festival qui s’y déroule tous les deux ans. On excuse d’ailleurs bien volontiers ces vibrations de l’air que portent des vents capricieux.

Frontenay : le jazz en jaune

La musique du batteur Mourad Benhammou et de ses Jazzworkers s’ancre dans le hard bop des années 50 et 60, celui des Jazz Messengers d’Art Blakey. Les thèmes sont le plus souvent exposés à l’unisson par la trompette de Fabien Mary, le saxophone de David Sauzay. Au piano, Pierre Christophe fait des merveilles. Ses harmonies nourrissent la musique, lui donnent des couleurs rubicondes.

Frontenay : le jazz en jaune

Les vins de la région colorent ainsi les joues de ceux qui en abusent. Difficile de résister aux Côtes du Jura Tradition, assemblage heureux de chardonnay et de savagnin. Vieilli en fût de chêne six ans et trois mois, ce même savagnin donne le fameux vin jaune qui ne ressemble à aucun autre. Une bouteille de 62cl, le clavelin, en garde les arômes. Dans clavelin, il y a clave, instrument et rythmes adoptés par la musique afro-cubaine. Le vin jaune se marie fort bien avec le jazz. Sa robe cousine avec celle du soleil.

Frontenay : le jazz en jaune

Celle que porte Lou Tavano met en valeur sa jolie plastique. Lou se déplace avec aisance. Elle a fait du théâtre, sait capter l’attention du public, le soulève, le subjugue. Sa voix est fraîche et joliment timbrée. Elle a beaucoup chanté dans les clubs de jazz de la capitale et les festivals sont aujourd’hui nombreux à l’accueillir. Avec elle de jeunes musiciens : Arno de Casanove (trompette) et Maxime Berton (saxophones) pour mettre des couleurs sur une musique qui tend la main à d’autres genres que le jazz, Alexandre Perrot (contrebasse) et Ariel Tessier (batterie) pour lui donner du rythme. Les arrangements habiles de son pianiste et compagnon, Alexey Asantcheeff font ressortir leurs mélodies. Après “Lou Tavano Meets Alexey Asantcheeff”, un premier disque auto-produit, le Lou Tavano Sextet a terminé l’enregistrement d’un album pour ACT. Sortie prévue en janvier 2016.

Frontenay : le jazz en jaune

Nikki et Jules s’entendent pour que la fête commence. Nikki c’est Nicole Rochelle. Elle danse, se trémousse, arpente la scène comme une coureuse de marathon. Difficile de la prendre en photo avec mon vieux Kodak ! Jules c’est Julien Brunetaud. Petit, il est tombé dans la potion magique du boogie et du blues. Avec eux, Bruno Rousselet fait vrombir sa basse électrique et Julie Saury cravache sa batterie. Le swing n’a pas de secrets pour eux. Ils savent chauffer une salle, préparer le terrain à la vedette de la soirée, à Lucky Peterson qui a manqué son avion. Mais ses musiciens sont là, ceux qu’il utilise pour ses concerts européens, de fameux bûcherons dont les cognées chantent les notes lourdes d’un rock’n’roll qui n’est pas ma tasse de thé. J’attends prudemment à la buvette que le brouhaha s’estompe. On y trouve des breuvages beaucoup plus à mon goût. Des agapes qui se poursuivent en jaune tard dans la nuit chez le clan Petitot, Nicolas et son père Dominique. Avec Jean-Claude Pacaud, ils sont les âmes fortes d’un festival qu’il fait bon fréquenter.

Photos © Pierre de Chocqueuse. Clavelin de vin jaune © Photo X/D.R.

Frontenay : le jazz en jaune

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 09:45
Vendanges académiques : le cru 2014

Rendez-vous médiatique autant que jazzistique, l’Académie du Jazz attire et rassemble. Comprenant des musiciens, des journalistes, des représentants du métier du disque et des sociétés civiles, la foule qui se pressait le lundi 19 janvier au théâtre du Châtelet à sa traditionnelle remise des prix ne me contredira pas. Chaque année, l’Académie décerne dix prix. Ils témoignent de la pluralité « d’une musique tolérante qui a prospéré dans des lieux de tolérance » précisa le Président François Lacharme dans son discours introductif, ajoutant que les tragiques évènements survenus au siège de Charlie Hebdo privaient l’Académie de la présence de Cabu.  « Il était assis avec nous et nous manque beaucoup ». Musique que personne ne s’accorde à définir de manière satisfaisante, le jazz parvient, année après année, à fédérer un aréopage de journalistes aux goûts variés, un corps électoral qui, en toute indépendance, établit un palmarès reflétant sa richesse.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le Prix du livre de Jazz échut à Lau- rent Cugny pour le premier tome d’“Une histoire du jazz en France” aux Editions Outre-Mesure, passionnant ouvrage universitaire de plus de six cents pages (quatre tomes sont prévus), et à Jean-Luc Katchoura pour une non moins volumineuse biographie de Tal Farlow réalisée avec la collaboration de Michele Hyk-Farlow. Veuve du guitariste, elle confia ses archives à l’auteur, l’ouvrage, édité par les Editions Paris Jazz Corner (Arnaud Boubet) et mis en page par Philippe Ghielmetti, se voyant ainsi illustré par une très riche iconographie. Nos deux ex æquo furent quelque peu surpris lorsque François Lacharme tendit à chacun la moitié d’un trophée, une blague académique bien sûr, saluée par des rires et des applaudissements.

Vendanges académiques : le cru 2014

Ne pouvant participer à cette cérémonie, Robert Cray, Prix Blues pour “In My Soul”, son neuvième album, avait fait parvenir un petit film dans lequel il remercie du fond du cœur l’Académie et sa commission blues. Rédacteur en chef de la revue Soul Bag et membre de cette commission, Nicolas Teurnier décachetant les enveloppes révéla les finalistes, Robert Cray, mais aussi Mali Music (de son vrai nom Kortney Jamaal Pollard) pour le Prix Soul. Son disque, “Mali Is”, mêle naturellement de nombreuses influences, folk, blues, jazz, soul, gospel faisant bon ménage dans un opus très réussi.

Vendanges académiques : le cru 2014

Deux ex æquo également pour le Prix du Meilleur Inédit ou de la Meilleure Réédition privilégiant un travail éditorial. Attaché à la sauvegarde de notre patrimoine sonore, Patrick Frémeaux fut récompensé pour l’ensemble de ses rééditions jazz consacrées à la discographie des géants qui en ont bâti l’histoire ou à des anthologies, des coffrets aux livrets particulièrement soignés, les textes bilingues d’Alain Gerber, Daniel Nevers, Gilles Pétard, Alain Tercinet, ou du regretté Pierre Lafargue aidant à comprendre cette musique, à la rendre perméable aux non-initiés.

Vendanges académiques : le cru 2014

Également primé, Sidney Bechet “In Switzerland / En Suisse”. Tirée à 2000 exemplaires, cette édition (un coffret) comprend 4 CD audio et un livre bilingue (français / anglais) de 216 pages qui réunit 250 photos et 140 documents rares ou inédits. Les textes sont de Fabrice Zammarchi et de Roland Hippenmeyer, les biographes du saxophoniste; les préfaces de Daniel Sidney Bechet son fils, de Bob Wilber son élève et de Claude Wolff son manager. La musique réunit plus de 4h15 de concerts, de spectacles radiophoniques, d’interviews rares ou inédits provenant des archives de Radio-Genève, de Radio-Lausanne et de fonds privés. Le trophée fut remis à Fabrice Zammarchi (photo), David Hadzis portant le projet au nom de la United Music Foundation. Installée à Genève, créée depuis moins de deux ans, cette fondation a pour objectif la préservation du patrimoine musical enregistré et sa mise en valeur. Daniel Sidney Bechet (caisse claire et charleston), Olivier Franc (sur le soprano de Bechet) et Jean-Baptiste Franc (piano) assurèrent un intermède musical en interprétant Sweet Louisiana et I’ll Be Proud of You.

Vendanges académiques : le cru 2014

L’Académie rendit aussi hommage à Billie Holiday. Née en 1915, elle aurait eu cent ans en avril prochain ce qui explique que le carton d’invitation à la présente cérémonie, une photo de Jean-Pierre Leloir, porte son effigie. Pour en parler, François Lacharme convia au téléphone Michel Gaudry, l’un des derniers musiciens qui joua avec elle. Il tient la contrebasse dans le document prêté par l’INA (“Music Hall Parade, 1958”) qui fut projeté dans le foyer.

Vendanges académiques : le cru 2014

Auteur d’un roman (“My Name is Billie Holiday” chez Albin Michel) et d’un spectacle sur la chanteuse, Viktor Lazlo monta sur scène pour lui témoigner son admiration : « Sa voix véhiculait tant de sensations ! En vieillissant, mon parcours m’a progressivement rapproché d’elle. J’ai plongé dans un répertoire que, sans elle, je n’aurais probablement jamais connu, essayant dans mon spectacle de restituer le bonheur qu’elle m’avait apporté. »

Vendanges académiques : le cru 2014

Victor Lazlo remit à la chanteuse danoise Sinne Eeg le Prix du Jazz Vocal pour son album “Face the Music”, son septième, un disque enregistré sur trois jours à Copenhague, l’un des seuls à avoir été correctement distribué en France où elle reste par trop méconnue. Sinne avait fait le voyage de Los Angeles pour recevoir son prix. Elle chante des standards, ses propres morceaux, maîtrise parfaitement le scat et affectionne les morceaux de bravoure. Accompagné par Jacob Christoffersen, son pianiste, et par Stéphane Kerecki à la contrebasse, elle reprit un morceau du répertoire de Billie Holiday, You’ve Changed, et l’une de ses compositions, Crowded Heart, deuxième plage de l’album récompensé.

Vendanges académiques : le cru 2014

Le très convoité Prix Django Reinhardt fut attribué à Airelle Besson devant la chanteuse Cécile McLorin Salvant et le pianiste Paul Lay. Retenue en Algérie par un problème de visa, Airelle ne put venir chercher son prix, mais envoya une vidéo réalisée à New York quelques jours plus tôt dans laquelle, très émue, elle remercie vivement les membres de l’Académie du Jazz « J'aurais tant aimé être des vôtres pour partager ce moment unique. J'ai pensé à vous très fort et suis extrêmement triste et désappointée de n’avoir pas été présente » écrit-elle dans une lettre qui l’accompagne. En son absence, Patrick Schuster des disques Naïve et Petra Gehrmann de Métisse Music, son éditeur, saluèrent la trompettiste, « une artiste très fine, ouverte à de nombreux genres de musique, toujours d’accord pour travailler sur d’autres projets que les siens », mais aussi son partenaire, le guitariste Nelson Veras.

Vendanges académiques : le cru 2014

Pressé de remettre le Prix du disque Français à Stéphane Kerecki pour son album “Nouvelle Vague”, taquiné pour les chaussettes notoirement dépareillées qu’il portait lors de sa dernière visite à l’Académie (une photo faisant foi), Jean-Pierre Mocky, répondit avec humour aux questions de François Lacharme. Après un film avec Gérard Depardieu et Pierre Richard récemment terminé, le cinéaste doit en tourner un autre, toujours avec Depardieu, en Russie, du Tchekhov, « un type formidable qui a écrit 700 nouvelles que personne ne connaît », Mocky nous confiant aussi ses impressions sur les réalisateurs de la Nouvelle Vague.

Vendanges académiques : le cru 2014
Vendanges académiques : le cru 2014

Accompagné par John Taylor au piano, Stephane Kerecki interpréta Gary, un des morceaux de “Patience”, un disque de 2010, le premier que Stéphane et John enregistrèrent ensemble, et, composé par Paul Misraki, le thème principal d’“Alphaville” de Jean-Luc Godard, un extrait du disque primé que Stéphane décrit comme « une aventure, la rencontre de cinq personnes. John Taylor, Emile Parisien, Fabrice Moreau et Jeanne Added ont eu une énorme responsabilité dans l’élaboration de cette musique. Sans eux, ce disque n’aurait vraiment pas été le même ».

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Le Grand Prix de l’Académie du Jazz fut attribué à Ambrose Akinmusire pour “The Imagined Savior Is Far Easier To Paint” devant un album Impulse ! de Ran Blake. Le précédent disque du trompettiste avait déjà été récompensé “When the Heart Emerges Glistening” obtenant le prix en 2011. Ne pouvant être présent, Ambrose fit parvenir à l’Académie un petit film dans lequel il improvise sur un piano droit. Des post-it sont fixés au cadre. Il s’en saisit pour caresser les touches de son clavier et les présenter à la caméra. On découvre alors, non sans surprise, que tous contiennent un nom, celui d’une victime des responsables de la tuerie de Charlie Hebdo. En son absence, Nicolas Pflug (Blue Note) et Mariah Wilkins (son manager, ici en photo), récupérèrent le trophée.

Vendanges académiques : le cru 2014

Cabu possédait de nombreux amis parmi les académiciens (Christian Bonnet, Claude Carrière) et aimait participer à cette remise de prix. « Il était là et il croquait tout le monde, de dos, de face, de profil, son crayon recréant le mouvement, le swing qu’il aimait tant. Cabu était un amoureux du jazz et des jazzmen ». Ce portrait du dessinateur est de Jean-François Pitet, un de ses proches. Pour lui rendre hommage, il nous offrit un montage de ses dessins, un petit film dont la projection fut saluée par une émouvante standing ovation. On y voit Cabu dessiner et danser sur « un morceau qu’il appréciait, un morceau de son idole Cab Calloway, Jumpin’ Jive dans une version de 1943, celle de “Stormy Weather”. Lorsque Cabu l’écoutait, il ne tenait pas en place ».

Après avoir remercié les sponsors de l’académie et leurs représentants, Jean-Luc Choplin directeur du Châtelet, Jean-Jacques Goron et Ann d’Aboville de la Fondation BNP Paribas, François Besson et Lilian Goldstein de la SACEM, Jean-Paul Bazin de la SPEDIDAM, le Goethe Institut dont les locaux de l’avenue d’Iena abrite depuis plusieurs années l’Assemblée Générale de l’Académie, et Franck Binard, Président du Conseil des vins de Saint-Émilion, François Lacharme appela sur scène Dominique Renard, le directeur du Festival de Jazz de Saint-Émilion (« un assemblage de vin et de musique ») afin de remettre le Prix du Jazz Européen.

Vendanges académiques : le cru 2014

Les pianistes Michael Wollny et John Taylor se le partagèrent. Interrogé sur sa carrière, Taylor, né en 1942, cita les noms de Ronnie Scott, Johnny Griffin, Joe Henderson, Lee Konitz et Kenny Wheeler, musiciens qu’il accompagna. On lui doit la création du groupe Azimuth (avec la chanteuse Norma Winstone qui fut son épouse) et il enregistra quatre albums en trio pour ECM sous le leadership du batteur Peter Erskine. Le label italien Cam Jazz abrite ses disques les plus récents. Taylor confia être particulièrement touché par ce prix, le premier qu’on lui remettait. Il salua également son collègue Michael Wollny qui fut un de ses élèves lorsqu’il enseignait en Allemagne. Le manager de ce dernier, Philippe Ochem, prit ensuite la parole : « Michael donne ce soir un concert à l’auditorium de la radio de Brême, au nord de l’Allemagne. Il m’a chargé de vous dire qu’il était très honoré de partager ce trophée avec John Taylor qui a été son professeur et mentor ».

Vendanges académiques : le cru 2014

Après un intermède pianistique confié à Taylor qui interpréta en solo une version mémorable d'Ambleside, composition qu’il a enregistrée plusieurs fois, François Lacharme appela sur scène Petula Clark, Sapho, Christian Morin et Fabienne Thibeault pour remettre le Prix du Jazz Classique. Un choix de dernière minute, des évènements imprévus rendant impossible la présence d'Abd Al Malik et de Juliette Greco, les remettants prévus. Cette dernière exprima ses regrets dans un texto qu’elle fit parvenir à l’Académie : « Je suis tellement triste de ne pas pouvoir partager avec vous le pain, le vin et les bonheurs fous que provoque la musique. Me reste votre invitation et vos mots, et cela est aussi du bonheur. » Le prix fut attribué à Tchavolo Schmitt pour son album “Mélancolies d’un soir”.

Vendanges académiques : le cru 2014

Lauréats et remettants furent appelés à se rassembler pour une photo et le public convié au traditionnel cocktail tant prisé pour ses grands crus de Saint-Émilion – Château Jucalis, Clos des Menuts et autres dives bouteilles débouchées par l’infatigable commissaire Mégret –, François Lacharme concluant cette remise de prix par la formule désormais célèbre « Après le bla-bla, le glou-glou », invitation oh combien irrésistible à déguster des vins divins. La remise des prix 2014 : un grand cru assurément !

Le site officiel de l’Académie du Jazz pour la connaître davantage : www.academiedujazz.com

Vendanges académiques : le cru 2014

LE PALMARÈS 2014

Prix Django Reinhardt :

Airelle Besson

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

Ambrose Akinmusire « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint » (Blue Note/Universal)

Prix du Disque Français :

Stéphane Kerecki « Nouvelle Vague » (Out Note/Harmonia Mundi)

Prix du Musicien Européen :

Ex-aequo : John Taylor, Michael Wollny

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

Ex-aequo :

Patrick Frémeaux pour l’ensemble de ses rééditions jazz

Sidney Bechet « In Switzerland / En Suisse »  (Coffret de 4CDs United Music Foundation)

Prix du Jazz Classique :

Tchavolo Schmitt « Mélancolies d’un soir » (Label Ouest)

Prix du Jazz Vocal :

Sinne Eeg « Face The Music » (Stunt/UnaVoltaMusic)

Prix Soul :

Mali Music « Mali Is… » (ByStorm-RCA/Sony),

Prix Blues :

The Robert Cray Band « In My Soul » (Provogue/Wagram)

Prix du livre de Jazz :

Ex-aequo :

Laurent Cugny « Une Histoire Du Jazz En France Tome 1 : Du Milieu Du XIXe Siècle à 1929 » (Outre Mesure)

Jean-Luc Katchoura With Michele Hyk-Farlow « Tal Farlow : Un Accord Parfait / A Life In Jazz Guitar » (Paris Jazz Corner)

Vendanges académiques : le cru 2014

CREDITS PHOTOS :

François Lacharme, Jean-Luc Katchoura & Laurent Cugny, Patrick Frémeaux, Fabrice Zammarchi, Viktor Lazlo, Sinne Eeg, Petra Gehrmann & Patrick Schuster, Jean-Pierre Mocky & François Lacharme, Stéphane Kerecki, Mariah Wilkins, Cabu, John Taylor, Petula Clark avec Sapho, Christian Morin, Tchavolo Schmitt et Fabienne Thibeault, Le commissaire Mégret, Lauréats 2014 et remettants  © Philippe Marchin

 

Billie Holiday sur écrans, Stéphane Kerecki & John Taylor © Pierre de Chocqueuse

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 12:22
L'Académie fait sa Grand Messe

Mardi 14 janvier

Corps électoral, officiels du Ministère de la Culture, représentants des sociétés civiles, responsables de compagnies de disques, attachés de presse, journalistes et pique-assiettes, tous se pressent à la Grand Messe de l’Académie du Jazz qui se tient une fois l’an au foyer du Châtelet. Vénérable institution – elle fêtera en 2015 son soixantième anniversaire –, l’Académie que préside François Lacharme y remet ses prix. Malgré la longueur des sermons, les cantiques furent plus réjouissants que d’habitude. Les prix aussi, bien qu’étant difficile de satisfaire les anciens et les modernes, de réconcilier des chapelles dont les affiliés n’écoutent pas le même jazz, musique plurielle et américaine qui, transplantée en Europe, souffre aujourd’hui d’un problème aigu d’identité. Qu’est-ce que le jazz ? Avec la surmultiplication des genres musicaux, la réponse semble encore plus difficile à donner qu’elle ne l’était. Pourtant, à l’issue d’un vote et de discussions passionnées, une cinquantaine de journalistes  parviennent chaque année en toute indépendance à établir un palmarès qui reflète bien son dynamisme et sa diversité.

L'Académie fait sa Grand Messe
L'Académie fait sa Grand Messe

Remis par Jean-Luc Choplin, directeur du théâtre du Châtelet, à Adeline Regnault (Éditions 13ème Note), le Prix du Livre de Jazz, le premier à être décerné, couronna “Lâchez-moi !”, autobiographie du pianiste Hampton Hawes (1928-1977) écrite en collaboration avec Don Asher, musicien et auteur de six romans. La vie de Hawes en fut un également. Junkie, ses mésaventures souvent hilarantes le menèrent à toucher le fond et à tâter de la prison. Gracié par le président Kennedy en 1963, il se consacra sérieusement au jazz et devint le pianiste préféré des musiciens californiens. Publié en 1972, “Lâchez-moi !” (“Raise Up Off Me : A Portrait of Hampton Hawes”) n’avait jamais été traduit en français.

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Récompensé pour l’ensemble de son œuvre, Tomasz Stanko obtint le Prix du Musicien Européen. Retenu à Varsovie, il fit parvenir à l’Académie un petit film dans lequel il remercie cette dernière en musique. Invisible en France depuis plusieurs années, scandaleusement oublié des festivals de l’hexagone qui préfèrent remplir leurs grandes surfaces au détriment de la qualité, le trompettiste polonais a pourtant signé avec “Wislawa” le plus beau disque de l’année 2013.

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Donald Byrd, Herb Geller, Mulgrew Miller, Chico Hamilton, Cedar Walton, Yusef Lateef, ils furent nombreux à passer de l’autre côté en 2013. Avec eux, Jim Hall, le plus subtil des guitaristes de jazz disparu le 10 décembre. En guise d’hommage, Christian Escoudé et Alain Jean-Marie interprétèrent Careful, un blues de 16 mesures, son cheval de bataille.

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Décédé en 1983, Earl Hines doit swinguer comme un fou au paradis des jazzmen. On oublie aujourd’hui l’importance de ce pianiste et chef d’orchestre qui rompit avec le stride, imposa son propre jeu de piano et l’adapta aux bouleversements du be-bop. Le Prix du Meilleur Inédit ou de la Meilleure Réédition revint à un florilège de ses œuvres, à un coffret Mosaïc de 7 CDs regroupant des enregistrements effectués entre 1928 et 1945, l’Académie primant aussi la qualité du travail éditorial d’un label dont Michael Cuscuna et Scott Wenzel sont les deux responsables.

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Le Prix du Jazz Vocal revint à “Woman Child” disque de Cécile McLorin Salvant, également en lice pour un Prix Django Reinhardt qui lui échappa de peu. Convaincu par son timbre de voix admirable, Jean-François Bonnel fut l’un des premiers à reconnaître son talent. Répondant aux questions de François Lacharme, il nous confia son admiration pour cette artiste exceptionnelle, « la chanteuse de jazz du XXIème siècle » selon ses propres termes. Assurant un concert à New York, Cécile ne put venir chercher son prix, mais fit parvenir une vidéo à l’Académie, un petit film dans lequel, outre ses remerciements, elle nous régala de son chant.

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Chet Baker nous quittait en 1988, il y a 25 ans. Il n’en avait pas soixante, jouait alors beaucoup, soufflant sans vibrato de longues phrases délicates, douloureuses, comme si sa vie dépendait de ces moments intimes qu’il nous invitait à partager à ses concerts. Pour le saluer, François Lacharme appela sur scène Riccardo Del Fra et Alain Jean-Marie. Pour nous gratifier d’une version sensible de I’m a Fool to Want You.

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Le bassiste céda sa place à Rachel Gould, chanteuse qui, en 1979, enregistra avec Chet un “All Blues” inoubliable. En duo avec Alain, I Remember You et Everything Happens to You, nous fit regretter la trop grande discrétion d’une voix qui n’a rien perdu de son éclat.

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François Lacharme confia à Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde, le soin de remettre le très attendu Prix Django Reinhardt. Associant jazz et grands crus, l’auteur de “Comment goûter un vin” (Éditions du Chêne) fut pour le moins surpris lorsque Vincent Peirani, le lauréat, déclara ne pas boire d’alcool. Saint Vincent (de Saragosse), le saint patron des vignerons, n’inspire donc pas l’accordéoniste dont les 2,05 mètres impressionnent. Sa technique aussi. Youn Sun Nah, qui chante peu de jazz mais possède une voix qui interpelle, a été bien avisée de le prendre avec elle. Vincent ajoute de la mélancolie à sa musique. La sienne touche à tout. Au jazz aussi, et la belle mélodie d’Abbey Lincoln qu’il reprit ne dérangea personne.

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Auteur de “Casque d’or”, de “Touchez pas au grisbi” et de “Rendez-vous de juillet”, film particulièrement apprécié par les amateurs de jazz, Jacques Becker fut un grand supporter de l’Académie. Egalement cinéaste (“L’été meurtrier”, “Les enfants du marais”), son fils Jean aime aussi le jazz. “Échappement libre” (musique de Martial Solal) et son invisible et mythique “Pas de caviar pour tante Olga” (du bon Jacques Loussier) en témoignent. Jean Becker évoqua ses souvenirs et remit le Prix du Jazz Classique au Tuxedo Big Band pour leur album “Lunceford Still Alive !”.

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Très disputé et remis par la très charmante Ann d’Abboville de la fondation BNP Paribas, le Prix du Disque Français qui couronne le meilleur disque enregistré par des musiciens français échut à l’Amazing Keystone Big Band pour son adaptation de “Pierre et le Loup” (Le Chant du Monde), une commande du Festival Jazz à Vienne. Arrivé second et pourtant favori, Ping Machine ne parvint pas à se hisser sur la première marche du podium. Il faut dire que les thèmes de Prokofiev, le sérieux et la qualité des arrangements de la jeune formation lyonnaise firent la différence.

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C’est une version réduite de l’orchestre – David Enhco (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Jon Boutellier et Jean-Philippe Scali (saxophones), Fred Nardin (piano), Patrick Maradan (contrebasse) et Romain Sarron (batterie) – qui monta sur scène pour nous en livrer des extraits.

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Charles Bradley reçut le Prix Soul pour son album “Victim of Love” et Eric Bibb le Prix Blues pour “Jericho Road” publié sur le label Dixiefrog. Bibb réside à Londres et est le neveu de John Lewis, le pianiste du Modern Jazz Quartet aujourd’hui disparu. Ayant fit le voyage, il reçut le prix des mains de Nicolas Teurnier (membre de l’Académie) et en compagnie de Glen Scott, son producteur (et pianiste), nous présenta sa musique qui relève aussi du folk et du gospel. Son hommage à Nelson Mandela fut très apprécié.

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Pour remettre le Grand Prix de l’Académie du Jazz (le meilleur disque de l’année), François Lacharme appela Pierre Richard et lui fit la surprise d’un petit film dans lequel il assure une chorégraphie mimée pendant que les Double Six de Mimi Perrin y interprètent Au bout du fil (Meet Benny Bailey).

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Le Prix revint à “Duke at the Roadhouse”, album réunissant Eddie Daniels et Roger Kellaway, pianiste récompensé par l’Académie pour “Heroes” en 2007. Eddie Daniels avait fait le voyage de Santa Fe pour recevoir son prix. La veille, avec Alain Jean-Marie et Gilles Naturel (contrebasse), il avait donné un concert exceptionnel dans un Sunside affichant complet. Peu de journalistes (hélas), mais Phil Costing et un public enthousiaste pour saluer le meilleur clarinettiste de la planète jazz, qui, au saxophone ténor, est également impressionnant. Retrouvant Alain au Châtelet et n’utilisant que sa clarinette, il joua avec aisance, fluidité et virtuosité deux morceaux de l’album primé dont Duke at the Roadhouse, son titre éponyme qu’il a lui-même écrit.

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Un palmarès 2013 à la hauteur de l’institution incontournable qui chaque année le décerne et mérite d’être saluée. Toutefois, la durée de la cérémonie, presque trois heures, écourta le cocktail et sa dégustation de vins de Saint-Emilion. Au grand regret de tous ceux qui ne manquent jamais ce grand rendez-vous académique, moment d’échanges, de découvertes musicales, de surprises et d'émois.

L'Académie fait sa Grand Messe

LE PALMARÈS 2013

Prix Django Reinhardt :

Vincent Peirani

Grand Prix de l’Académie du Jazz :

Eddie Daniels & Roger Kellaway « Duke at the Roadhouse » (IPO)

Prix du Disque Français :

Amazing Keystone Big Band « Pierre et le loup » (Le Chant du Monde/Harm. Mundi)

Prix du Musicien Européen :

Tomasz Stanko

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

Earl Hines « Classic Earl Hines Sessions 1928-1945 » (Coffret 7CDs Mosaïc)

Prix du Jazz Classique :

Tuxedo Big Band « Lunceford Still Alive ! » (Jazz aux Remparts)

Prix du Jazz Vocal :

Cécile McLorin Salvant « Woman Child » (Mack Avenue/Universal)

Prix Soul :

Charles Bradley « Victim of Love » (Daptone/Differ Ant),

Prix Blues :

Eric Bibb « Jericho Road » (Dixiefrog/Harmonia Mundi)

Prix du livre de Jazz :

Hampton Hawes avec Don Asher « Lâchez-moi ! » (13E Note Editions)

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CREDIT PHOTOS :

Eddie Daniels, Le Foyer du Châtelet, Jean-Luc Choplin & Adeline Regnault, Christian Escoudé, Riccardo Del Fra, Rachel Gould, Jacques Becker, Ann d’Aboville et François Lacharme, L’Amazing Keystone (Big) Band, Pierre-Richard & François Lacharme), Eddie Daniels & Alain Jean-Marie, Saint-Emilion sur table, Lauréats & Remettants © Philippe Marchin.

Earl Hines © Mosaïc Records

Cécile McLorin Salvant © John Abbott

Vincent Peirani, Eric Bibb © Pierre de Chocqueuse

Tomasz Stanko © Photo X/D.R.

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