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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 09:56
Éloge de la lecture

Juillet. Le Sunside*, le Baiser Salé et le Triton ont ouvert leurs portes dans le respect du protocole sanitaire. Le Duc des Lombards** annonce la reprise de ses concerts le vendredi 3. On bouge, on se déplace, mais avec précaution. Heureux de pouvoir à nouveau circuler dans les rues récemment désertées de la capitale, le parisien attablé aux terrasses des cafés profite des beaux jours, du soleil retrouvé. Sous le regard blasé du garçon agile qui virevolte entre les tables pour servir le client, il respire un air pollué par un trop plein de véhicules aux gaz malodorants. Plongé dans la lecture d’un épais bouquin, il n’en est pas incommodé, reste sourd aux voitures qui klaxonnent, aux ambulances qui pinponnent. Son livre lui ouvre les portes d’un monde qui lui fait oublier le sien. Sans quitter la chaise sur laquelle il reste assis, il se promène dans le temps, rencontre des personnages et accompagne leurs aventures.

 

Ceux du Haut Pays que Jean Giono dépeint dans “Ennemonde et autres caractères” et “L’Iris de Suse” que je viens de relire sont même inoubliables. Giono décrit avec précision leurs physiques, leurs sentiments, leurs caractères bien trempés, mais le lecteur les voit avec ses propres yeux. S’attachant à eux, il appréhende sans pouvoir rien y changer les situations troubles aux dénouements incertains que l’auteur lui impose. Car ce dernier tire les fils d’un récit auquel notre imaginaire participe mais dont il a le dernier mot. L’intrigue d’un livre est parfois mince, mais on se laisse porter par le rythme des phrases, la petite musique enfermée dans ses pages.

 

Une œuvre littéraire donne parfois de grandes réussites cinématographiques mais il est souvent préférable de lire le livre avant de voir le film. Bien qu’émerveillés par la mise en scène de David Lean, les très nombreux spectateurs du “Docteur Jivago” sont loin d’avoir tous lu le chef-d’œuvre de Boris Pasternak. Son épaisseur a pourtant contraint les scénaristes à tailler dans le récit pour en réduire l’intrigue. La même chose est arrivée au gros roman de John Steinbeck “À l’Est d’Éden” qu’Elia Kazan adapta à l’écran en 1955. Confiant le rôle principal à un James Dean inexpressif, et ne gardant que la dernière partie de l’ouvrage, Kazan a réduit cette grande fresque familiale à un simple psychodrame et trahit l’écrivain. S’il peut lui servir de support et, par son succès, le rendre populaire, un film ne peut se substituer à un livre dont l’auteur raconte lui-même l’histoire. En parcourant ses pages c’est sa voix même que l’on entend. La beauté de sa langue, son parler imagé, sa poésie, y sont conservés intacts.  

 

On peut très bien rester chez soi avec un livre, mais juillet invite à prendre des vacances, à quitter les villes pour la campagne, la mer ou la montagne. Dans ses bagages, des livres, pour voyager plus loin, changer d’époque et de lieux. Télérama vient récemment de révéler les 100 livres préférés de sa rédaction. « 100 livres pour une bibliothèque idéale » titre le magazine. Existe-t-elle ? Je pense que non. Une bibliothèque n’est jamais idéale car toujours en devenir, agrandie par la découverte de nouveaux livres.

 

Dans la sélection que publie Télérama, certains m’interpellent. Je ne les ai pas tous lus mais “Le Maître et Marguerite” de Mikhaïl Boulgakov, “Ada ou l’ardeur” de Vladimir Nabokov et “Le Maître du Haut Château” de Philip K. Dick, des incontournables, sont à placer dans vos valises. Je vous invite également à découvrir deux ouvrages de ma propre bibliothèque “Le Temps où nous chantions” de Richard Powers et “Les Saisons de la nuit” de Colum McCann. Le premier aborde le racisme de l’Amérique à travers le destin de trois enfants aux ascendances juives et noires. Ses nombreuses pages sur la musique sont admirables. Consacré aux sans-abri qui vivent dans les tunnels qu’empruntent les trains traversant New-York, le second est tout aussi émouvant.

 

Comme chaque année à la même époque, ce blog sera prochainement mis en sommeil. Soyez prudents, portez des masques et bonnes lectures.    

*Le club organise en juillet et en août son festival Pianissimo. Au programme de cette XVème édition, les pianistes Jackie Terrasson (le 3 et le 4 juillet), Paul Lay (le 7 et le 8), Fred Nardin (le 10 et le 11), Alain Jean-Marie (le 15 et le 16) , Laurent de Wilde (le 23 et le 24), Leila Olivesi (le 25), Yonathan Avishai (le 28 et le 29), Vincent Bourgeyx (le 30), Carine Bonnefoy (le 31), Pierre de Bethmann (le 4 et le 5 août), Franck Amsallem (le 6), Baptiste Trotignon (le 7 et le 8), Marc Benham (le 11), Laurent Coulondre (le 12 et le 13), Benjamin Moussay (le 19), René Urtreger (le 21 et le 22) et Ramona Horvath (le 23) pour ne citer que ceux qui m'interpellent. La plupart de ces pianistes sont attendus en trio. Ramona Horvath, Leila Oliveisi et Franck Amsallem se produiront en quartette. Benjamin Moussay présentera en solo “Promontoire”, son premier disque pour ECM). Deux concerts par soir en général. En outre, le trio de Laurent Courthaliac animera des jam sessions tous les lundis de juillet et les lundis 3, 10 et 17 août (entrée gratuite). On consultera le site du Sunside pour les horaires et le programme complet du festival.

 

**Thomas Enhco (piano) et Stéphane Kerecki (contrebasse) sont attendus au Duc des Lombards les 15 et 16 juillet et le Florian Pellissier Quintet les 17 et 18 (concerts à 19h30 et 21h45).

 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : http://www.ducdeslombards.com

 

Reading on the Beach © Photo X/D.R.

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 10:11
Une liberté sous surveillance

Juin. Après 55 jours de confinement (durée de l’isolement que subirent en 1900 les Européens assiégés à Pékin dans le quartier des ambassades et des légations étrangères), les villes retrouvent progressivement leur aspect habituel. À Paris, profitant du beau temps, les promeneurs redécouvrent les joies du shopping, envahissent à nouveau les parcs et les jardins dont les arbres ont retrouvé leurs feuilles pour se prélasser au soleil, fréquentent à nouveau les bouquinistes des quais de Seine à la recherche de livres épuisés. Le parvis de Notre-Dame est désormais accessible à tous. Dans les rues, vélos et trottinettes brûlent à nouveau les feux rouges. Les motos pétaradent et les voitures trop nombreuses font du sur place aux heures de pointe.

 

Si les salles de concert et les restaurants resteront fermés jusqu’au 22, ces derniers peuvent désormais utiliser leurs terrasses (bien que rien ne soit prévu en cas de pluie) et les magasins accueillir avec précaution leurs clients. Paris Jazz Corner a rouvert ses portes. Gibert Joseph également. On y avance masqué, ganté ou les mains protégées par le gel hydro-alcoolique que l’on nous offre avant d’en franchir l’unique porte d’entrée. Le virus traîne peut-être sur les livres, les disques, les DVD, les emballages plastifiés qui les recouvrent. Ces mesures qui nous rappellent que nous sommes encore constamment en danger ne risquent-elles pas de provoquer faillites et licenciements et de propager de nouveaux virus, ceux du chômage et de la précarité ?   

 

La prudence est telle que l’on peut se demander comment feront les restaurateurs confrontés à des règles de distanciation leur obligeant à retirer une table sur deux de leurs établissements ? Les clubs de jazz risquent également d’être pénalisés par un trop plein d’ordonnances restrictives. S’il reste relativement facile d’espacer les sièges du New Morning, que faire des nombreux auditeurs agglutinés près du bar qui restent debout pendant les concerts ? Comment les contraindre à rester éloignés les uns des autres et à porter des masques ? Le Duc des Lombards dont l’espace est déjà confiné, va-t-il pouvoir réduire sa jauge de moitié ? C’est ce que compte faire le Sunside dès sa réouverture le 22 juin, avec au programme une jam session autour de Cedar Walton animé par David Sauzay. La salle du bas, le Sunset, n’ouvrira pas avant septembre. Pour compenser le manque à gagner, les concerts seront doublés (deux sets à 19h30 et à 21h30, ce qui se pratique déjà au Duc).

 

En juin seront enfin commercialisés des albums qui auraient dû paraître en avril et en mai. Quelques nouveautés importantes sont également attendues – Ambrose Akinmusire, Marcin Wasilewski Trio avec Joe Lovano –, mais les sorties de disques se feront surtout à partir de septembre. Cela me permet de poursuivre mon étude sur le jazz et le cinéma qui m’amène à revoir des films et à écouter leurs bandes-son. Il me sera toutefois difficile de l’achever avant l’été. D’ici là, le monde qui n’est déjà plus celui que nous avons connu aura peut-être encore changé. On peut donc aisément patienter.

 

Illustration © X/D.R.

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 10:05
Drôle de mois de mai

Mai 2020. Privé de ses promeneurs, de ses cafés et de ses terrasses, noires de monde en cette période de l’année où le soleil chasse l’hiver et annonce déjà l’été, on peine à reconnaître Paris. L’an dernier, il pleuvait des concerts sur la capitale. En mai 2018, je déplorais que les grands festivals programment si peu de jazz et de jeunes musiciens talentueux. Enfin, il y a trois ans, le 1er mai 2017, cherchant à en découdre avec les forces de l’ordre, quelques centaines d’enragés, cassaient, pillaient et vociféraient devant mes fenêtres.

 

Aujourd’hui plus personne. Les rues sont vides, les magasins fermés. Les visiteurs sont restés chez eux. Les vendeurs de muguet manquent à l’appel et on offre des fleurs avec mille précautions. Le 15 avril, le Covid-19 nous a enlevé Lee Konitz*. Dans l’incapacité de faire imprimer son numéro 727, Jazz Magazine le propose sous forme numérique à ses lecteurs pour la première fois depuis sa naissance en décembre 1954. Les festivals d’été n’auront pas lieu et comme les bars, les restaurants, les musées et les salles de concert, les clubs de jazz devront malheureusement attendre des jours meilleurs. On se console par l’annonce d’une réouverture probable le 11 mai des librairies et des disquaires. Pour le moment, pour la sécurité de tous, le confinement se poursuit. Le port du masque sera bientôt obligatoire.

 

Le temps pour moi est passé trop vite. Lire, écrire, écouter de la musique, visionner des films, regarder les programmes d’Arte occupent mes journées. Sans concerts à annoncer, de nouveaux disques à conseiller, les sorties physiques de ces derniers ayant été repoussées, j’ai partagé avec vous en avril ma redécouverte de quelques Blue Note oubliés. La réouverture des disquaires qui vendent encore du jazz conditionnant la reprise des chroniques que j’ai été amené à interrompre**, j’ai commencé la rédaction d’une série d’articles sur le cinéma et le jazz que vous découvrirez ce mois-ci. Trop longue pour être mise en ligne en une seule fois, sa publication s’étalera. Exceptionnellement, des liens vous permettront de visionner les bandes annonces de quelques films que j’ai été amené à revoir. Ayant réécouté leurs musiques, j’y ai redécouvert des pépites, des partitions que j’avais oubliées. Le confinement, cette parenthèse temporelle qui nous est imposée, m’a laissé le loisir de regarder derrière moi, de plonger dans le monde d'hier déjà différent du nôtre mais qui demain peut l’être encore davantage car, avec le Covid-19, rien ne sera plus comme avant.

 

*Outre ses albums avec Lennie Tristano et Warne Marsh et son “Lee Konitz Meets Jimmy Giuffre” pour Verve en 1959, c’est “Toot Sweet” (Owl) qu’il enregistra à Paris en mai 1982 avec Michel Petrucciani qui me vient à l’esprit lorsque je pense à lui. En 1999, Jean-Jacques Pussiau produira également pour BMG France “Sound of Surprise”, un de ses derniers grands disques.    

 

**Je me refuse à parler de la musique uniquement disponible sur les plateformes de streaming ou vendue sur internet. La fermeture des magasins nous a donné un aperçu de la ville qui risque de devenir celle de demain, une ville dans laquelle, tué par les achats en ligne, le disquaire, comme tant d’autres points de vente, n’existera plus.

 

Photo X/D.R.

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:57
Confinement : le temps retrouvé

Chick Corea à la Philharmonie, Xavier Desandre Navarre au Studio de l’Ermitage, Enrico Pieranunzi au Sunside, Anne Ducros enthousiasmant le Café de la Danse, c’était hier, en mars, quelques jours avant que le Président de la République s’exprimant le 16 à la télévision ne décide un confinement général sur l’ensemble du territoire. Depuis, les rues sont vides, les écoles, les magasins, les théâtres, les cinémas fermés, les parcs interdits au public. Occupant le terrain abandonné par l’homme, les animaux se réapproprient les villes. Des canards se dandinent en toute tranquillité devant la Comédie Française. Les rares passants que l’on croise portent des masques, gardent leur distance comme pour se protéger de la peste. Car c’en est une, invisible, inodore et incolore, un ennemi qui peut être mortel. Qui pouvait imaginer chose pareille il y a seulement quelques semaines ?

 

Confiné dans sa maison ou son appartement, on s’organise. Le temps passe trop lentement pour les uns, trop vite pour les autres. S’il ne nous est impossible de le ralentir, on peut en modifier la perception en changeant nos habitudes. Temps de pause et de découverte de soi-même, parenthèse temporelle, le confinement nous y oblige. Prendre des nouvelles des uns et des autres, leur parler au téléphone, rester en contact par courriel avec ses amis, avec des membres de la communauté du jazz – musiciens, producteurs, attaché(e)s de presse, journalistes –, resserrer des liens distendus, la réclusion rapproche, nous donne une magnifique occasion d’aller vers l’autre et de lui consacrer du temps.

 

Je plains les couples mal assortis qui découvrent leur impossibilité à vivre ensemble, ceux qui ne vivent que pour le sport et ne s’intéressent à rien d’autre, ces supporters de l’entreprise football qui, privés de matchs et désœuvrés, tournent chez eux en rond comme le ballon qu’ils vénèrent. Ceux qui aiment se plonger dans les livres s’en sortent beaucoup mieux. Le musicien qui pratique quotidiennement son instrument aussi. Les clubs de jazz ayant fermé leurs portes et les maisons de disques reporté leurs sorties, on écoute chez soi des albums plus anciens que le temps peut nous faire oublier. Les nouveautés n’arrivant plus, j’ai l’intention ce mois-ci de vous faire partager mon admiration pour des enregistrements que vous connaissez peut-être pas et vous les faire découvrir. La musique, ce puissant anti-stress, devrait être vendu en pharmacie.

 

Un grand merci à Sylvie Durand qui m’a fait parvenir un lien permettant de découvrir gratuitement sur Vimeo “The Ballad of Fred Hersch” (1*), un film de Charlotte Lagarde et Carrie Lozano consacré au pianiste. On suit ce dernier à Cincinnati chez sa mère, chez lui à New York, en Pennsylvanie chez Scott Morgan, son compagnon, mais aussi dans des clubs de jazz (en solo et en trio au Village Vanguard), en studio avec le guitariste Julian Lage et au cours d’une longue répétition de “My Coma Dreams” (2*), un spectacle associant théâtre et musique avec Hersch au piano, un orchestre de dix musiciens et un chanteur. Des documents d’archive (Hersh jouant du Monk au sein du quintette d’Art Farmer en 1982) et des interviews du journaliste David Hadju et du pianiste Jason Moran enrichissent ce portrait intimiste.

 

Confinement oblige, pour la première fois depuis que ce blog existe, vous ne trouverez-pas à la suite de cet édito mes concerts et disques qui interpellent. J’avais prévu de vous annoncer ceux de Sébastien Lovato, Lionel Martin & Mario Stantchev, Jacky Terrasson, Jan Harbeck, Yonathan Avishai, Jean-Louis Matinier & Kevin Seddiki, Sinne Eeg, Marie Mifsud et Baptiste Herbin. Tous devaient se produire dans des salles parisiennes, et certains fêter la sortie d’un nouvel album. Ce n’est que partie remise. Le temps passe très vite, trop vite, comme un cheval au galop. Demain sera déjà septembre. Espérons qu’il sera loin ce mois d’avril 2020 où l’on ne se déconfinait pas d’un fil.

 

1* “The Ballad of Fred Hersch” : www.vimeo.com/145825359

2* Disponible en DVD chez Palmetto, distribution Bertus.  

 

Je vous signale également que chaque soir à 19h00 précise (heure d’été en France), Fred Hersch nous donne à entendre sur sa page Facebook un morceau en direct de chez lui (“Tune of the Day”). Toutes ces vidéos étant archivées, il est possible de les revoir en replay - www.facebook.com/fredherschmusic

 

Photos : Pendules photo X/D.R - Fred Hersch © John Abbott

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2 mars 2020 1 02 /03 /mars /2020 10:32
Chefs-d'oeuvre en péril ?

Mars. La fin prochaine du CD est annoncée. Détrônée par le streaming, la musique du futur va-t-elle se passer de support physique et redevenir volatile, immatérielle, ce qu’elle a très longtemps été avant que l’homme ne trouve le moyen technique de s’en saisir et de la conserver ? Nous n’en sommes pas encore là. Une grande quantité de CD sort tous les mois mais l’espace que les grandes enseignes leur consacre s’est réduit comme peau de chagrin au bénéfice du vinyle, un support à la mode, survivant d’une technologie aujourd’hui obsolète.

 

Souvent publiées à compte d’auteur, les nouveautés surchargent leurs rayons, mais y trouver un disque de jazz vieux de plusieurs mois peut tenir du miracle. Contrairement au livre qui dispose d’une seconde vie avec son édition de poche, le CD disparaît très vite, et avec lui des chefs-d’œuvre souvent méconnus qu’il devient impossible d’écouter. Certains sont devenus des pièces rares recherchées par des amateurs avisés, introuvables même sur le géant Amazon que vous n’allez quand même pas continuer d’enrichir. Depuis son apparition en 1983 et jusqu’au récent retour du vinyle, c’est sur ce seul support que la musique a été préservée, trente-cinq ans de l’histoire du jazz devenue difficilement accessible, les plateformes numériques étant loin de proposer la totalité du matériel enregistré.

 

S’ils ne sont plus guère nombreux, certains disquaires parisiens vendent encore du CD d’occasion. Vaste caverne d’Ali Baba remplie de disques, le sous-sol de Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, réserve de bonnes surprises, des occasions nombreuses qui n’y restent jamais longtemps. Il faut y passer souvent, demander conseil aux deux vendeurs qualifiés du rayon jazz, Etienne et Sylvain, qui, ordinateur aidant, peuvent vous mettre sur liste d’attente, et vous prévenir lorsqu’ils ont rentré la rareté désirée. Depuis que Gilles Coquempot a pris sa retraite et délaissé son ermitage de la Montagne Sainte-Geneviève, peu d’endroits accueillent des pèlerins en recherches jazzistiques.

 

Situé 5, rue de Navarre, à deux pas des arènes de Lutèce, le prieuré tout peinturé de bleu qu’occupe le Père Maxime, Paris Jazz Corner*, le coin du jazz parisien, renferme bien des trésors, des vinyles de collection, mais aussi de très nombreux CD(s) épuisés. Que n’y ai-je pas trouvé en m’y rendant régulièrement ? Le Père Maxime, je le fréquente depuis longtemps. Sa compétence est grande lorsqu'il s'agit de guitaristes. Retiré dans le Gard, son supérieur, le Père Boubet, lui a confié les clefs des lieux en toute confiance. Il a également la mienne. Il connaît les goûts des uns et des autres, sait ce que vous recherchez et peut vous mettre des disques de côté lorsqu’il les voit passer.

 

Grâce à lui et à quelques autres, le jazz de ces trente-cinq dernières années n’est pas encore enterré. Proposés à la vente, des chefs-d’œuvre que peu de gens connaissent circulent encore. Le CD dont la mort est paraît-il programmée assure toujours une vie durable à la musique. Big Brother n’a pas encore triomphé.

 

*Le site de PJC sur internet propose d'autres disques – CD(s) et vinyles – que ceux vendus rue de Navarre. On peut y trouver son bonheur : www.parisjazzcorner.com

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Chick Corea à la Philharmonie, grande salle Pierre Boulez, le 2 mars (20h30) avec Christian McBride (contrebasse) et Brian Blade (batterie), musiciens avec lesquels il se produit depuis longtemps en concert. Ils sont présents sur “Trilogy 2”, publié au Japon en 2018 puis en Europe l’an dernier. À l’approche de ses 80 ans (il est né le 12 juin 1941), le pianiste enregistre beaucoup. Outre “Antidote”, un disque dans lequel il célèbre ses origines latines avec le Spanish Heart Band (l’un de mes 13 Chocs de l’année 2020), deux récents albums de lui en trio sont disponibles sur son site, sur Stretch Records son propre label. John Patitucci et Dave Weckl (son Akoustic Band) l’accompagnent dans l’un, Carlitos Del Puerto et Marcus Gilmore dans l’autre. Excellents tous les deux, ils confirment que Corea a toujours sa place au sein de l’élite des pianistes de jazz.

-Au Studio de l’Ermitage le 4 mars (21h00), Xavier Desandre Navarre fête la sortie de “In-Pulse 2” enregistré avec des musiciens de son disque précédent, “In-Pulse” publié en 2014, à savoir Stéphane Guillaume aux saxophones et à la clarinette basse, Emil Spanyi au piano et Stéphane Kerecki à la contrebasse, Xavier assurant batterie et percussions pour rythmer ses musiques aux arrangements soignés, véritables bandes-son de films imaginaires qui invitent au voyage. Sous ma plume, vous lirez une chronique détaillée de l’album dans le numéro de mars de Jazz Magazine. Elle est bien sûr très positive.

-Enrico Pieranunzi retrouve Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) au Sunside le 4 et le 5 (à 21h00) pour un « Tribute to Claude Debussy », jouer la musique de “Monsieur Claude” un album qu’il a enregistré avec eux pour Bonsaï Music, l’un de mes Chocs de l’année 2018. En grande forme, le Maestro y arrange à sa manière quelques œuvres du compositeur français (Passepied, La fille aux cheveux de lin, Valse Romantique). S’y ajoutent quelques mélodies inoubliables qu'il a imaginées (L’Adieu sur un poème de Guillaume Apollinaire), la présence de la jeune chanteuse Simona Severini sur quelques plages le rendant très attachant.

-Anne Ducros au Café de la Danse le 8. Accompagnée par Adrien Moignard, guitariste toujours surprenant, et Diego Imbert, contrebassiste très demandé, gardien du tempo mais aussi voix mélodique appréciée, la meilleure de nos chanteuses de jazz éblouit dans “Something” (Sunset Records), son nouveau disque produit par Stéphane Portet. Dédié à Didier Lockwood présent dans “Purple Songs” (Dreyfus Jazz), un album d’Anne primé par l’Académie du Jazz en 2001, cet enregistrement capte merveilleusement les nuances, le timbre de sa voix. Les parties instrumentales sont d’une rare élégance. Une guitare merveilleuse fait corps avec son chant, joue les notes justes qui le met en valeur. Samba Saravah (paroles françaises de Pierre Barouh), Your Song (Elton John) Something de George Harrison devenu un standard, Anne leur donne une âme en leur confiant la sienne. Qu’elle chante en anglais, en français ou en italien (Estate), sa diction parfaite, son phrasé aérien et souple, ses onomatopées inventives suscitent l’admiration. Sa version The Very Thought of You, un thème de Ray Noble que Billie Holiday, Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan interprétèrent, compte parmi les meilleures. Un grand disque assurément.

-Pierre de Bethmann (piano et Fender Rhodes), Sylvain Romano (contrebasse) et Tony Rabeson (batterie) au Sunside les 13 et 14 mars (21h30). En trio, le pianiste puise dans un répertoire inattendu pour le relire avec ingéniosité et talent. Comme son nom l’indique “Essais / Volume 3” (Alea) est le troisième album qu’il sort avec cette formation, ré-harmonisant souvent en profondeur les thèmes qu’il reprend. La Cane de Jeanne de Georges Brassens, Que Sera, Sera immortalisé par Doris Day dans “L’Homme qui en savait trop” (“The Man Who Knew Too Much”) d’Alfred Hitchcock, version de 1956. La contrebasse de Sylvain Romano l’introduit, sa ligne mélodique, celle d’une valse, inspirant au pianiste des notes délicieuses. Son jeu élégant éclaire d’une douce lumière la Sonate Opus 105 de Robert Schumann, et L’Ours de Jean-Loup Longnon, sa virtuosité se manifestant davantage dans Cyclic Episode, une composition de Sam Rivers aujourd’hui à la mode. L’interaction permanente qui règne entre les musiciens donne beaucoup de saveur à une musique qui les inspire et qu’ils prennent manifestement plaisir à jouer. Philippe Gaillot les a enregistrés au Studio Recall, dans une configuration proche de celle d’un concert. La séance se passa si bien que le matériel thématique recueilli permettra de publier deux albums. Le second, “Essais / Volume 4”, sortira en automne.

Le 15 mars 2020

Par décision gouvernementale et pour des raisons de santé publique, les concerts qui suivent sont annulés et certains d'entre-eux reportés à des dates ultérieures. Ce qui n'empêche nullement d'écouter les disques dont on devait fêter la sortie.  

-Banlieues Bleues du 6 mars au 3 avril : la plupart des formations de cette 37ème édition me sont parfaitement inconnues. Sarah Murcia s’y produit toutefois le dimanche 15 mars à 17h00 au nouveau théâtre de Montreuil. La chanteuse tient la contrebasse dans “Characters on a Wall”, le dernier disque de Louis Sclavis et m’a fait parvenir le sien, “Eyeballing”(dStream / L’Autre Distribution), un album difficilement classable mais dont la musique m’interpelle. On est plus près du rock progressif que du jazz, malgré les chorus que s’offrent Olivier Py aux saxophones ténor et soprano, et François Thuillier au tuba, improvisations qui enrichissent notoirement la musique. La singularité de cette dernière vient également de Benoît Delbecq qui outre du piano préparé, programme et invente les rythmes inouïs et entêtants de l’album – sur Come Back Later et Eyeballing notamment. Mais c’est un autre programme que proposera Sarah Murcia à Montreuil, “My Mother is a Fish”, libre adaptation musicale du célèbre roman de William Faulkner “Tandis que j’agonise”, Mark Tomkins (chant), Gilles Coronado (guitare) et Franck Vaillant (batterie) rejoignant les musiciens de l’album. 

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Au Pan Piper le 16 (20h30), Claude Tchamitchian jouera la musique de “Poetic Power” (Émouvance / Absilone) , son nouveau disque enregistré avec Christophe Monniot au saxophone alto et Tom Rainey à la batterie. Le contrebassiste a organisé son album comme une suite, alternant fulgurances et envoûtements mélodiques, moments intenses et accalmies poétiques et magiques. Si Christophe Monniot met parfois le feu à ses notes, son chant imprévisible peut aussi se faire léger et aérien, la musique moins volubile gagnant en légèreté. Ici, trois solistes s’écoutent et dialoguent constamment. Claude Tchamitchian assure un tempo très souple mais impressionne aussi par son jeu mélodique, ses cordes frottées par l’archet accompagnant souvent une musique libre, spontanée et étonnamment expressive. Tom Rainey la colore, tambours et cymbales frappés et caressés lui apportant un riche foisonnement percussif. Cette déambulation musicale largement improvisée reste toutefois bornée par des thèmes qui permettent de suivre le trio pas à pas. Comme les cailloux du Petit Poucet, ils nous aident à sortir indemnes et subjugués d’une aventure sonore peu ordinaire.

-Le Trio Viret au Studio 104 de Radio France le 17 (20h30). Il fête ses vingt ans d’existence ce qui n’a pas échappé à Arnaud Merlin, programmateur de l’émission Jazz sur le Vif. Bien qu’occupés ces dernières années par leurs propres projets, Jean-Philippe Viret (contrebasse), Édouard Ferlet (piano) et Fabrice Moreau (batterie) se sont retrouvés en février 2019 à la Générale de Montreuil où leurs deux concerts ont été enregistrés. Publié l’automne dernier sur le label Melisse, “Ivresse” restitue parfaitement la musique du trio, un jazz de chambre raffiné à l’écriture lyrique qui génère de brillantes improvisations. Au même programme, le Jim Black AlasnoaxisChris Speed (saxophone ténor), Ilmar Jensson (guitare), Skuli Sverrisson (basse) et Jim Black (batterie et electronics) – me rend plus circonspect.

-Après le Sunside, club dans lequel il a fêté en octobre dernier la sortie de “Gotham Goodbye” (Jazz&People), l’un des 13 Chocs 2019 de ce blogdeChoc, l’excellent pianiste Franck Amsallem présentera le 18 au Duc des Lombards la musique de son disque ainsi que quelques autres morceaux (deux concerts, 19h30 et 21h45). À l’exception de Sylvain Romano (contrebasse) remplaçant Viktor Nyberg indisponible, Irving Acao (saxophone) et Gautier Garrigue (batterie) sont bien les musiciens de l’album. Vous en trouverez la chronique dans ce blog à la date du 18 octobre en vous servant de son moteur de recherche.

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Brad Mehldau au New Morning pour quatre concerts, les 18, 19, 20 et 21 mars, tous à 21h00, avec Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard, les musiciens de son trio. Étroitement associés à sa musique, ils assurent un tapis rythmique très dense derrière un pianiste trouvant pour chaque morceau interprété des harmonies neuves et appropriées. Tirant parti de son jeu ambidextre, il aime répandre un flot de notes, étaler de longues phrases en expansion, ses improvisations n’en restant pas moins lisibles. “Blues and Ballads” (2016), un album apaisé et aux tempos lents dans lequel il privilégie la mélodie, et “Seymour Reads The Constitution !” (2018), deux disques du label Nonesuch, sont les plus récents enregistrements du trio. Brad Mehldau y joue son meilleur piano.

-Le Happy Hours Quartet de Christophe Marguet le 19 mars au Comptoir de Fontenay-sous-Bois (20H45). Le batteur aime changer de formation et participer à celles des autres. “Letters to Marlene”, disque co-signé avec Guillaume de Chassy, “Spirit Dance” en quintette avec le guitariste David Chevallier, et “Old And New Songs” l’ont récemment fait remarquer. Ce dernier album est aussi le nom du groupe, un quartette comprenant le trompettiste et joueur de bugle Yoann Loustalot. On le retrouve dans le Happy Hours Quartet dont est membre Julien Touery, le pianiste de “Slow”, un récent disque de Loustalot. Hélène Labarrière (contrebasse) complète le quartette qui joue un jazz allègre, des compositions dues à Christophe Marguet pour la plupart, certaines excellentes (Haute-Fidélité et Trop Tard ?). Toutes bénéficient d’arrangements très soignés. “Happy Hours”(Mélodie en sous-sol / L’Autre Distribution), le disque, sera commercialisé le 27 mars.  

-Mélanie Dahan le 20 au Pan Piper (20h00). Elle vient de faire paraître “Le chant des possibles” (Backstage Production / L’Autre distribution), un disque dans lequel elle interprète des textes d’auteur, des poèmes (entre autres) de Tahar Ben Jelloun, Andrée Chedid, Henri de Regnier mis en musique par le pianiste Jeremy Hababou. Mélanie Dahan les chante avec tendresse et en français, y greffant des vocalises, des onomatopées habiles, attachée à la musicalité d’une langue qui convient très bien à son chant aérien. Je me souviens d’un concert d’Antoine Hervé au théâtre Jean Vilar de Suresnes en mars 2011, ce dernier reprenant de célèbres chansons françaises avec, pour les chanter, la voix délicieuse de Mélanie. On la retrouve avec plaisir dans cet opus qui lui ressemble, son chant aérien enserré dans l’écrin que lui apporte les musiciens qui l’accompagnent, des arrangements beaux et soignés la mettant en valeur. Outre Jeremy Hababou (piano), Arthur Alard (batterie) et Benjamin Petit (saxophone) qui entourent Mélanie dans l’album, Bertrand Beruard (contrebasse) et Marc Benham (claviers) seront avec elle sur scène, devant un public dont vous serez peut-être.

-Au Café de la Danse le 21 (20h00), Henri Texier présentera la musique de “Chance” (Label Bleu / L’Autre Distribution), son nouvel album, l’un des plus attachant de sa longue discographie. Ses musiciens sont les mêmes qui ont enregistré avec lui “Sand Woman” publié il y a deux ans. Vincent Lê Quang (saxophones ténor et soprano), Sébastien Texier (saxophone alto et clarinettes), Manu Codja (guitare) et Gautier Garrigue (batterie) constituent autour de sa contrebasse une formation idéale. Henri, 75 ans depuis janvier, a pourtant joué avec bien des célébrités de la planète jazz. Mais avec ce Sand Quintet , la magie opère, perceptible dans la musique qui est vraiment celle d’un groupe, une musique souvent sereine, création collective à laquelle contribue tout l’orchestre, Cinecitta (de Texier fils), Simone et Robert (de Texier père) et Laniakea (de Gautier Garrigue) , ballades somptueusement orchestrées, rendant l’album inoubliable.

-Dernière minute : une rencontre inédite à ne pas manquer au Bal Blomet le 24 (20h00), celle du pianiste Marc Copland avec le batteur Daniel Humair, le saxophoniste Jean-Charles Richard et le bassiste Stéphane Kerecki, quatre grands musiciens à découvrir ensemble le temps d’une soirée que l’on peut prévoir exceptionnelle.

-Le pianiste suisse Marc Perrenoud au Duc des Lombards le 26 (19h30 et 21h45). Avec lui Marco Mueller (contrebasse) et Cyril Regamey (batterie), les musiciens de “Morphée” (Neukland / Pias), son cinquième album en trio, le huitième sous son nom. Publié l’an dernier, le premier disque d’Aksham que Marc Perrenoud co-dirige avec la chanteuse Elina Duni et le trompettiste David Enhco ne m’avait pas particulièrement séduit. L’un de ses morceaux, A Flower to My Daughter, devient ici une ballade attachante. Les autres thèmes de cet opus ont été écrits en août 2019 à Genève, la nuit, ce qui peut expliquer l’aspect onirique de certaines compositions (Morphée, A Feather). Stairs fascine par sa lenteur, sa mélodie très simple faite avec peu de notes. Les deux prises envoûtent pareillement. Les morceaux rapides de l’album révèlent la complicité des trois musiciens. East Tower est particulièrement brillant ; joué à très grande vitesse, The REB emporte et enivre. “Morphée” doit paraître le 20 mars prochain. Un pianiste inspiré y exprime son talent.

Chefs-d'oeuvre en péril ?

-Kandace Springs au Café de la Danse le 28 (20h00). Née à Nashville et repérée par Prince, nous l’avons découverte en 2016 avec “Soul Eyes”, un album élégant et quelque peu commercial produit par Larry Klein pour Blue Note. Deux ans plus tard, sur le même label, paraissait “Indigo”, un disque plus funky, davantage marqué par le hip hop et le rhythm’n’blues, produit par le batteur Karriem Riggins. C’est à nouveau Larry Klein qui officie derrière “The Women Who Raised Me” (Blue Note / Universal) qui sortira la veille du concert, le 27 mars. Enregistré avec Steve Cardenas (guitare), Scott Coley (contrebasse), Clarence Penn (drums) et quelques invités (Avishai Cohen, Chris Potter, David Sanborn), la chanteuse / pianiste rend hommage aux voix qui l’ont inspiré dans son enfance, celles d’Ella Fitzgerald, Nina Simone, Carmen McRae et plus près de nous Sade, Diana Krall, Norah Jones (qui intervient sur Angel Eyes), Diana Krall et quelques autres. Reprenant leurs succès, elle les interprète magnifiquement dans ce qui est son meilleur disque.     

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-Pan Piper : www.pan-piper.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/jazz-1920

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Comptoir : www.musiquesaucomptoir.fr

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Maxime Hubert devant Paris Jazz Corner © Pierre de Chocqueuse – Xavier Desandre Navarre © Sophie Bourgeix – André Ceccarelli, Enrico Pieranunzi & Diego Imbert © Christophe Charpenel – Trio Viret © Grégoire Alexandre – Franck Amsallem © Philippe Lévy-Stab – Brad Mehldau Trio © Michael Wilson – Happy Hours Quartet © Jérôme Prébois – Marc Perrenoud Trio © Liliroze – Kandace Springs © Blue Note Records – Chick Corea, Christian McBride & Brian Blade / Marc Copland & Daniel Humair © Photos X/D.R. – Les photos de Tom Rainey, Christophe Monniot & Claude Tchamitchian sont un montage de Christian Kirk-Jensen.

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 09:56
Boris Vian toujours à flot

Marcher, l’exercice est devenu familier aux parisiens, pris en otage par une poignée d’irréductibles « ératépistes » en colère. Pas de métros, presque pas d’autobus entre le 5 décembre et la mi-janvier. Inquiet de devoir zigzaguer à ses risques et périls sur une trottinette électrique, le parisien d’âge mûr s’est donc deux mois durant transformé en marcheur, sport auquel le manifestant lambda, parfois porteur d’un gilet jaune, est depuis longtemps rôdé. Les jambes lourdes, pressé de rentrer chez lui, de tremper ses pieds enflés dans des bains chaud de gros sel, il a délaissé clubs de jazz et magasins de disques, et a même oublié de profiter des soldes.

 

Les disquaires parisiens, Boris Vian, s’y rendait souvent à pied. Il est en visite chez l’un d’entre eux sur la photo de Jean-Pierre Leloir qui illustre le carton d’invitation de la remise des prix 2019 de l’Académie du Jazz. Lors de cette cérémonie qui s’est tenue le 27 janvier dernier au Pan Piper et dont vous trouverez prochainement un compte rendu complet dans ce blog, Boris Vian ne fut pas oublié. Marginalisé de son vivant, l’auteur de “L’Écume des jours” aurait sans doute été surpris d’une célébrité post-mortem concernant aussi bien lui-même que son œuvre. Membre de l’Académie du Jazz (Jean-Pierre Leloir l’était également), l’écrivain aurait eu 100 ans le 10 mars 2020 si une crise cardiaque ne l’avait emporté.

 

Jusqu’à sa disparition, le 23 juin 1959, Boris Vian écrivit, rédigea des textes pour des pochettes de disques, dirigea des séances d’enregistrement, donna des conférences, enregistra ses propres chansons et les chanta dans des cabarets parisiens, fournit des articles à Jazz Hot dont il tint la revue de presse de décembre 1947 à juillet 1958, et à de nombreux autres journaux. Deux ouvrages importants et complémentaires ont été publiés sur lui l’an dernier. La commission Livres de l’Académie du Jazz a judicieusement choisi de les primer.

 

Conçu par Alexia Guggemos et Nicole Bertolt, mandataire et directrice du patrimoine Boris Vian, “Boris Vian 100 ans” (Éditions Heredium), beau livre anniversaire accompagnant les célébrations officielles de ce centenaire, se décline par centaines : 100 dates à rebrousse-poil, 100 citations ou aphorismes, 100 livres / disques, 100 noms de ceux qui ont compté, mais aussi 100 objets parfois insolites photographiés par Alexia Guggemos dans l’appartement que Vian et son épouse occupaient Cité Véron. Devant une telle richesse iconographique que met en valeur une mise en page très soignée, on pardonnera aux auteurs la confusion quasiment surréaliste de la page 231 que je vous laisse le soin de découvrir.

 

Chrono-bio-bibliographie, “Anatomie du Bison” (Éditions des Cendres) associe étroitement l’œuvre et la vie de Boris Vian (alias Bison Ravi, son anagramme et l’un de ses pseudonymes) que l’on suit parfois au jour le jour, une vie de jazz et de verbe, en phase avec le bouillonnement artistique parisien et germanopratin de l’après-guerre. Ouvrage de référence comprenant plusieurs index aussi pratiques que détaillés, il bénéficie également d’une importante iconographie, documents rares et souvent inédits provenant de la collection personnelle des deux auteurs, Christelle Gonzalo et François Roulmann.

 

Collaborateurs des “Œuvres romanesques complètes” de Boris Vian dans la Pléiade, ces derniers exercent tous les deux le métier de libraire. Dans le 4ème arrondissement, 2 rue de l’Ave Maria, Christelle Gonzalo vend des livres, des plans et des documents anciens sur Paris et son histoire. Un peu plus loin, 12 rue Beautreillis, François Roulmann propose des vieux livres sur la musique et ses instruments et de la littérature. Je lui ai récemment acheté “La Fontaine des Lunatiques” d’André de Richaud, une édition originale avec envoi. Un grand livre, disponible chez Grasset dans la collection Les Cahiers Rouges. Mais, contrairement à Boris Vian, toujours vivant dans les mémoires, qui s’intéresse encore à cet auteur oublié ?

 

-Une soirée Boris Vian sera organisée par l'Académie du Jazz au Pan Piper le 23 mars. Vous en serez informé.

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

Boris Vian toujours à flot

-Le 4 février (20h00), la Maison de la Poésie – Passage Molière, 157 rue Saint-Martin 75003 Paris) propose un Ciné-concert autour de “Martin Eden”, film réalisé en 1914 par Hobart Bosworth, et roman dont le personnage principal possède de nombreux points communs avec son auteur, Jack London, qui le publia en 1909. Vincent Courtois (violoncelle), Robin Fincker (clarinette et saxophone ténor) et Daniel Erdmann (saxophone ténor) pour la musique, John Greaves et Pierre Baux pour les textes, Thomas Costberg assurant l’éclairage du spectacle, nous feront revivre ce douloureux récit, le plus incontournable des écrits de London. Inspiré par l’œuvre et la vie de ce dernier et enregistré à Oakland (Californie du Nord) après un voyage du trio Courtois / Fincker / Erdmann sur les terres de l’écrivain, “Love of Life” (La Buissonne) fait entendre une musique puissante et forte, un tourbillon de notes parfois brûlantes illustrant la vie tumultueuse de Jack London, personnage dont la vie fut aussi un roman. Chronique prochaine de l’album dans le blogdeChoc.  

-Ayant carte blanche au Sunside pour jouer avec les musiciens de son choix, le trompettiste Nicolas Folmer y invite le 7 février Daniel Humair, batteur appréciant les métriques souples et ouvertes, les rencontres qui permettent d’explorer et d’inventer d’autres formes de jazz. Il y a quelques années, des concerts au Duc des Lombards donnèrent naissance à un quartette qui, outre Nicolas Folmer et Daniel Humair, comprenait Alfio Origlio (piano) et Laurent Vernerey (contrebasse). Deux albums pour Cristal Records furent enregistrés, “Lights” en 2012 et “Sphere” en 2014, Alfio Origlio se voyant alors remplacé au piano par Emil Spanyi. Ce dernier complètera la formation au Sunside, ainsi que Philippe Bussonnet à la contrebasse. Attendons-nous à des chorus inventifs, à une musique inattendue et surprenante privilégiant interaction et jeu collectif.

-Diego Imbert et son quartette sans piano au Sunset le samedi 8 (21h30). Comprenant Alex Tassel au bugle, David El-Malek au saxophone ténor, Diego Imbert à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, la formation qui existe depuis 2007 a enregistré trois albums : “A l’ombre du saule pleureur” (2009), “Next Move” – l’un des treize Choc de ce blogdeChoc en 2011 –, et “Colors” composé et enregistré en 2013 mais publié en 2015. Un coffret, “L’Intégrale” (Trebim Music / L’Autre Distribution), les réunit depuis décembre. La musique ouverte de ce pianoless quartet offre de grands espaces de liberté aux solistes, les deux souffleurs, saxophone ténor et bugle, improvisant d’habiles contrechants mélodiques. Discrète, la contrebasse soutient le rythme, entretient un dialogue actif et souvent mélodique avec les autres instruments.

-Omer Avital et Yonathan Avishai au Sunside, les 11 et 12 février (21h00). Compositeur inspiré, le premier est le bassiste du Yes ! Trio dont l’album “Groove du jour” (Jazz&People) vient d’obtenir le grand prix de l’Académie du Jazz. Après deux albums pour Jazz&People, le second voit désormais ses disques publiés sur ECM. Parus l’an dernier, “Playing the Room”, un duo avec le trompettiste Avishai Cohen, et “Joys and Solitudes” enregistré avec Yoni Zelnik et Donald Kontomanou, les musiciens de son trio, l’un de mes Chocs de l’année 2019, témoignent de la grande sensibilité de ce pianiste qui fait respirer ses phrases, joue peu de notes mais sait bien les choisir pour mieux les faire chanter.

-Le 13 (à 21h00), avec Carl-Henri Morisset (piano) remarqué dans le quartette de Pierrick Pédron, et Benjamin Henocq (batterie), Darryl Hall fêtera au Sunside la sortie de “Swingin’ Back” (Space Time Records / Socadisc), le second disque de sa très longue carrière, un opus enregistré à la suite d’un accident de santé qui l’empêcha de jouer, de parler, de marcher pendant plusieurs mois. Les quinze plages de ce “Swingin’ Back” attestent que, loin d’avoir perdu ses moyens, Darryl maîtrise mieux que jamais son instrument. Au cœur de ce projet, sa contrebasse souvent mélodique porte la musique, lui donne un swing appréciable. Reprendre Curação Vagabundo de Caetano Veloso, Libera Me de Gabriel Fauré ou le thème de la Panthère Rose (Pink Panther) d’Henry Mancini témoignent de l’éclectisme de Darryl, globe-trotter invétéré de la planète jazz. Avec lui, se font entendre les deux fils de Donald Brown. Les doigts trempés dans le blues, Keith, le pianiste, fait merveille dans les nombreuses plages en trio de l’album, piano et contrebasse se partageant les chorus. Outre quelques compositions originales, “Swingin’ Back” renferme également des thèmes de Joe Henderson (Inner Urge), Dizzy Gillespie et George Shearing (son célèbre Lullaby of Birdland). Trois duos avec le saxophoniste Baptiste Herbin et deux autres avec la chanteuse italienne Chiara Pancaldi complètent avec bonheur un opus très réussi.

-Récemment associé au saxophoniste Joe Lovano à l’occasion d’une brève tournée européenne (on écoutera “Roma”, l’enregistrement d’un de leurs concerts, publié l’an dernier par ECM), Enrico Rava retrouve au Sunside le 14 (19h30 et 21h30) et le 15 (19h00 et 21h30) son vieux complice le batteur Aldo Romano, comme lui un compositeur de mélodies solaires et raffinées. Ayant depuis plusieurs années adopté le bugle, Rava lui fait chanter des notes délicates, s’attache à rendre les plus belles possibles ses improvisations lyriques au sein desquelles il privilégie la douceur. Ses pièces modales et lentes sont les tendres paysages de son imaginaire. Comme toujours lorsque Enrico Rava et Aldo Romano jouent ensemble à Paris, Baptiste Trotignon (piano) et Darryl Hall (contrebasse) seront avec eux sur la scène du Sunside.

Boris Vian toujours à flot

-Oded Tzur au Café de la Danse le samedi 15 (ouverture des portes à 19h30 et début du concert à 20H15) qui se produit dans le cadre d’une vaste tournée internationale avec son groupe : Nitai Hershkovits (piano) Petros Klampanis (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie). Né à Tel Aviv, Oded Tzur habite New York et est l’un des élèves d’Hariprasad Chaurasia, l’un des maîtres du bansurî, une flûte en bambou de l’Inde du Nord. Il sort sur ECM un premier album pour le moins intrigant. “Here Be Dragons” (parution le 14 février) propose une musique modale puissamment onirique. Certaines pièces sont de courts ragas dont la dimension spirituelle est évidente. D’autres des miniatures que se réservent les solistes, la sonorité de Tzur au saxophone ténor, bien qu’évoquant celle de Charles Lloyd, lui étant très personnelle. Sous ma plume, on lira une chronique plus développée de son disque dans le numéro de mars de Jazz Magazine.

-Robinson Khoury au New Morning le 19 (21h00) avec Mark Priore (piano), Manu Codjia (guitare), Etienne Renard (contrebasse) et Elie Martin-Charrière (batterie). Tous jouent dans “Frame of Mind” (Gaya / L’Autre Distribution), son premier album dont c’est le concert de sortie. Virtuose de l’instrument qu’il pratique, le trombone, Khroury en fait clairement entendre la voix. Vocalisant le discours instrumental, il maîtrise parfaitement les effets de growl. Utilisant une sourdine wa wa (dans Ask Me Know de Thelonious Monk qui, contrairement à ce qu’indique la pochette, n’est pas la sixième mais la huitième plage), il tire de son trombone des sons rauques aux inflexions expressives. Ses compositions aux arrangements très travaillés accueillent le blues, la guitare électrique de Manu Codjia contribuant à leur modernité et leur apportant beaucoup. Écrit pour deux trombones, Velouté d’arpèges truffé se savoure sans modération. Quant à Alizée, sa mélodie bénéficie de la riche palette sonore de l’ensemble Octotrip (composé de trombones et de tubas) associé à une section rythmique. Récemment nommé tromboniste soliste du prestigieux Metropole Orkest (Pays-Bas), Robinson Khoury est assurément un des grands de l’instrument. Ce disque remarquable, le premier qu’il fait paraître sous son nom, en témoigne. 

-Alexis Valet (vibraphone) et le quartette Cyclic EpisodeTony Tixier (piano) Luca Fattorini (contrebasse) et Francesco Ciniglio (batterie) – au Sunset le 20 (20h30). Le groupe s’est constitué au lendemain d’un concert donné le 2 janvier dernier au Caveau des Oubliettes. Nicolas Moreaux en est le bassiste. Indisponible, Luca Fattorini le remplace pour ce concert. Mariage heureux d’un vibraphone et d’un piano arbitré par une contrebasse et une batterie, l’instrumentation fut chère à Bobby Hutcherson, disparu en 2016. Mais c’est une composition d’un autre artiste Blue Note, Sam Rivers, qui donne son nom à une formation qui joue ses propres compositions mais aussi des standards. Vibraphoniste à suivre, Alexis Valet a récemment fait paraître un disque acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions Avec le saxophoniste Ben Van Gelder, le pianiste Tony Tixier anime Scopes, un quartette qui a publié un album de jazz moderne interpellant sur le label Whirlwind l’an dernier. Leur association ne peut qu’être fructueuse.

-Ne manquez pas le concert évènementiel que donnera John Surman le samedi 22 février au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) dans le cadre de l'émission Jazz sur le Vif qu'anime Arnaud Merlin. Figure majeure du jazz européen, le saxophoniste et poly-instrumentiste britannique a composé et enregistré beaucoup de musique. Figure marquante de l’avant-garde à ses débuts, il s’est peu à peu assagi, écrivant des pièces pour ballets (Portrait of a Romantic) et la bande-son d’un film imaginaire sur le Devonshire dont il est originaire. Pour ce concert parisien, il sera accompagné par le contrebassiste Chris Laurence qui travaille avec lui depuis plus de vingt-cinq ans et le Trans4mation String QuartetRita Manning et Patrick Kiernan (violons), Bill Hawkes (alto) et Nick Cooper (violoncelle) – quatuor à cordes avec lequel il a enregistré deux albums sur ECM. Jérôme Sabbagh (saxophone) & le Greg Tuohey GroupGreg Tuohey (guitare), Joe Martin (contrebasse), Kush Abadey (batterie) – assureront la première partie.

 

-Felipe Cabrera (contrebasse) au Duc des Lombards le 25 et le 26 (19h30 et 21h45) avec le 25 Irving Acao (saxophone ténor), Leonardo Montana (piano) et Lukmil Perez (batterie). Le 26, Inor Sotolongo (congas, percussions) et Carlos Miguel Hernandez (chant) s’ajouteront à la formation. Natif de la Havane, Felipe Cabrera accompagna pendant quinze ans (de 1984 à1999) le pianiste Gonzalo Rubalcaba. Installé depuis à Paris, il a beaucoup joué avec des musiciens latino et africains et de nombreux jazzmen, sa solide formation musicale lui permettant d’être parfaitement à l’aise avec eux. C’est aussi un compositeur inspiré comme en témoigne ses disques, mélange de musiques à la fois populaires et savantes. Après le magnifique “Night Poems” (Absilone) en duo avec Leonardo Montana en 2014, il a publié à l’automne dernier “Mirror” (MDC / New Tracks) un album autobiographique d’une grande richesse et d’une grande précision d’écriture qui reflète les étapes de sa vie entre Paris et la Havane. Cet opus dont la principale source d’inspiration est l’Afrique – il débute et se termine par un salut à Elegua, divinité des chemins dans le panthéon afro-cubain –, Felipe Cabrera l’interprétera en quartette au Duc le 25 et nous plongera le 26 dans l’ambiance survoltée des jam sessions cubaines (Descargas).

-Maison de la Poésie : www.maisondelapoesieparis.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Collage Boris Vian © Pierre & Bénédicte de Chocqueuse – Pierre Baux, John Greaves, Robin Fincker, Vincent Courtois, Daniel Erdmann © Ouest-France – Yonathan Avishai & Omer Avital © Jacob Khrist – Darryl Hall © Philippe Levy-Stab – Oded Tzur Quartet © Caterina di Perri / ECM Records – Robinson Khoury © Amy Gibson – Alexis Valet © Fatiha Berrak – John Surman © Ann Odebey – Felipe Cabrera © Karen Paulina Biswell – Nicolas Folmer & Daniel Humair, Diego Imbert © Photo X/D.R.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 10:10
Interruption hivernale

21 décembre :  le soleil vient d’entrer dans le solstice d’hiver par la porte du Capricorne. Il se cache, voilé par des nuages et des rideaux de pluie. La terre se trouvant plus loin, il réchauffe moins les marcheurs, plus nombreux que d’habitude. Privés de bus et de rames de métro, les parisiens arpentent les rues de la capitale sans trop baguenauder. On a hâte de rentrer chez soi, de reposer ses jambes, ses pieds fatigués. Dans quelques jours les fêtes, mais le cœur n’y est pas. On souhaite réunir sa famille à Noël autour du sapin, ses amis au nouvel an, mais pourront-ils se déplacer ?

 

Ces désagréments n’ont pas affecté ce blog, décembre étant un temps de pause, un moment pour lire, écouter, rêver, l’actualité du jazz, réduite en cette période de l’année, laissant un répit appréciable. Comme je vous l’ai annoncé l’an dernier à l’occasion de son dixième anniversaire, j’ai poursuivi l’aventure de ce blogdeChoc avec moins de chroniques et de plus longues pauses entre-elles. Mes vacances estivales se sont ainsi prolongées jusqu’à fin du mois de septembre, sans protestations de votre part ce qui m’encourage à récidiver et à mettre ce blog un peu plus longtemps en sommeil. Rendez-vous début février avec les concerts du mois et le traditionnel compte rendu en images de la remise des prix de l’Académie du Jazz qui se déroulera fin janvier au Pan Piper.

 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter d’excellentes fêtes de fin d’année. N’oubliez-pas de décorer votre sapin de CD(s) multicolores, d’offrir des disques de jazz à vos amis. Puissent mes récents Chocs de l’année vous inspirer des idées de cadeaux. Que votre enthousiasme pour le jazz reste intact et vous mette toujours du baume au cœur.  

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 09:16
ECM : 50 ans d'excellence

1969 : Contrebassiste dans l’orchestre philharmonique de Berlin que dirige alors Herbert von Karajan mais aussi dans le trio de free jazz que dirige Joe Viera, saxophoniste aujourd’hui oublié, Manfred Eicher a quitté Berlin pour Munich. Mal Waldron y habite et se produit dans les clubs de la ville. Associé à Karl Egger, un homme d’affaires qui souhaite comme lui se lancer dans la production de disques, il crée ECM (Edition of Contemporary Music) et enregistre le pianiste en trio le 24 novembre au Tonstudio Bauer de Ludwigsburg. Le titre de l’album : “Free At Last”. Un grand label vient de naître.

 

Fasciné par le piano de Paul Bley, l’album “Now He Sings, Now He Sobs” de Chick Corea, le jazz très libre de Marion Brown et la sonorité de saxophone de Jan Garbarek qu’il a entendue au sein de l’orchestre de George Russell, Manfred Eicher les contacte. Avec quelques autres, ils vont devenir les premiers artistes de son catalogue. Si la plupart d’entre eux sont américains, la culture musicale de Manfred Eicher est largement européenne. La musique de chambre l’a toujours attiré. Rendre le plus perceptible possible la dynamique des instruments, leurs timbres, leurs harmoniques sera son esthétique. Il écrit à Keith Jarrett qui accepte le projet en solo qu’il lui propose. Ce sera “Facing You”, un disque important dans l’histoire du piano jazz. Jarrett l’enregistre à Oslo le 10 novembre 1971,  plus de trois ans avant le “Köln Concert” (24 janvier 1975) qui va lui apporter la gloire.

 

Lorsque je découvre ECM dans les années 70 avec des disques en solo de Chick Corea et de Keith Jarrett, le catalogue s’est déjà beaucoup étoffé. Il abrite alors le premier disque de Return to Forever, “Open, to Love” de Paul Bley, “Conference of the Birds” de Dave Holland et des albums de Gary Burton, Bobo Stenson, Richard Beirach, Steve Kuhn, Ralph Towner, Terje Rypdal et John Abercrombie. ECM était à l’époque distribué en France par Phonogram. Les bureaux se trouvaient boulevard de l’Hôpital, au numéro 24. Travaillant chez Polydor qui appartenait comme Phonogram au groupe PolyGram, j’y passais tous les mois, le sympathique Jacques Sanjuan me remettant les nouveautés du label. Je garde des souvenirs précis de ma découverte de “Bright Size Life” de Pat Metheny et de “My Song” du quartette européen de Keith Jarrett, un disque dont le titre éponyme reste pour moi l’une des plus belles compositions du pianiste.

 

Diversifiant ses activités musicales, Manfred Eicher crée en 1984 ECM New Series, une division d’ECM consacrée à la musique classique et à la musique contemporaine. Des disques de Steve Reich étaient déjà au catalogue. Au fil du temps, le nouveau label va accueillir des œuvres d’Arvo Pärt (“Tabula Rasa” publié en 1984), Tigran Mansurian, Valentin Silvestrov, Giya Kencheli, Gavin Bryars et Erkki-Sven Tüür, compositeurs dont on doit à Manfred Eicher de connaître les musiques.

 

PolyGram ayant été intégré à Universal Music en 1998, ECM est depuis lors distribué en France par la plus grande des trois majors du disque. Responsable du label de 1992 à 2013, Marie-Claude Nouy a beaucoup travaillé à en faire connaître les artistes. ECM qui vient de fêter son 50ème anniversaire possède aujourd’hui, tous genres confondus, un catalogue de plus de 1600 références – “Munich” de Keith Jarrett qui est paru en novembre en est la 1667ème. Habillés de pochettes à l’esthétique sophistiquée et bénéficiant toujours d’une prise de son très soignée (« le plus beau son après le silence »), les grands disques se bousculent. Publiés dans les années 2000, “Restored, Returned” de Tord Gustavsen, “Wislawa” de Tomasz Stanko, “Lift Every Voice” de Charles Lloyd, “New York Days” d’Enrico Rava, “This Is the Day” de Giovanni Guidi, “Black Orpheus” disque testament du pianiste Masabumi Kikuchi et “Nuit blanche” du Tarkovski Quartet de François Couturier, pour n’en citer que quelques-uns, sont de grandes réussites du jazz moderne. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres, sans parler des albums qui n’ont pas encore été enregistrés. La saga ECM ne fait-elle que commencer ?

 

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

ECM : 50 ans d'excellence

-Yes ! TrioAaron Goldberg (piano), Omer Avital (contrebasse) et Ali Jackson (batterie) – au New Morning le 3 décembre pour fêter la sortie de “Groove du jour” (Jazz&People), deuxième album d’une formation dont les membres se connaissent depuis vingt-cinq ans. Entre les mains d’Ali Jackson, un simple tambourin suffit parfois à en marquer les temps. Une simplicité rythmique qui n’exclut nullement la sophistication harmonique du matériel thématique. Irriguée par le blues, la musique célèbre le swing et étale les belles couleurs de ses lignes mélodiques. Pianiste virtuose, Aaron Goldberg sait tout aussi bien jouer des notes exquises et délicates. La contrebasse ronde et boisée d’Omer Avital, principal pourvoyeur de thèmes du trio, les chante et leur donne un souple et subtil balancement.

-Thomas Mayeras, ce nom ne me disait rien jusqu’à ce qu’une attachée de presse avisée me fasse parvenir ce disque, son second, qui sort le 6 décembre. J’y découvre un jeune pianiste dont l’impressionnante technique reste constamment au service du swing et du bop. Mayeras ne cherche pas à taire les musiciens qu’il admire et l’inspire, Oscar Peterson, Phineas Newborn, des pianistes aux mains pleines de doigts qui, tout en jouant beaucoup de notes, savent parfaitement les organiser, les faire respirer et chanter. Car derrière ce jazz que l’on peut qualifier aujourd’hui de « classique », c’est bien le blues qui irrigue ces compositions originales rafraichissantes. À peine deux jours de studio ont suffi à les enregistrer. Outre des hommages à Sonny Clark (Dial “T” for Tommy) et à Charlie Parker (Devil’s Care), “Don’t Mention It” (Cristal Records / Sony Music) contient un arrangement très réussi de La Mer de Charles Trenet, un morceau depuis longtemps à son répertoire. Nicola Sabato (contrebasse) et Germain Cornet (batterie), tous les deux épatants, l’accompagnent dans cet album. Le Sunside les accueille le 10 décembre, Alex Gilson (contrebasse) remplaçant Nicola Sabato. Faites-vous donc plaisir.

-Jacky Terrasson le 12 au New Morning. Un « Sunset Hors les Murs » pour accompagner la sortie de “53” (Blue Note), l’un des meilleurs albums d’un pianiste qui, en forme, donne des concerts inoubliables. C’est d‘ailleurs sur scène que Jacky exprime le plus fidèlement son art pianistique, mélange de force et de tendresse, son piano percussif pouvant aussi se faire miel. Quinzième album publié sous son nom, “53” réunit trois trios. Présents sur le disque, Géraud Portal et Lukmil Perez assureront la rythmique. D’autres concerts sont également prévus les 27, 28 et 29 décembre au Sunside (à 19h30 et 22h00 les vendredi 27 et samedi 28 ; 19h00 et 21h30 le dimanche 29). Géraud Portal jouera alors de la basse électrique et Sylvain Romano de la contrebasse.   

-Enrico Pieranunzi à La Seine Musicale le 13 à 20h30. Un concert à marquer d’une pierre blanche. Le Maestro retrouve en effet Marc Johnson à la contrebasse et Joey Baron à la batterie, tous deux membres du trio qui fut le sien à partir des années 80. Le pianiste romain enregistra et tourna beaucoup avec eux. Enregistré en 1986, leur second opus, “Deep Down” (Soul Note) est aujourd’hui un classique pour les amateurs de jazz. Citons aussi “Live in Japan” (Cam Jazz), un double CD enregistré en 2004 qu’Enrico apprécie particulièrement. Ce trio d’une interactivité exceptionnelle, Enrico Pieranunzi en gardait la nostalgie. Bassiste d’Eliane Elias, son épouse, Marc Johnson était depuis plusieurs années indisponible. Les entendre à nouveau jouer ensemble constitue bien un événement.

ECM : 50 ans d'excellence

-Le samedi 14 décembre, entre 14h00 et 24h00, le Triton fête ses vingt ans d’existence avec certains des musiciens qui en ont fait l’histoire (entrée libre). Les citer tous serait fastidieux. Le mieux est de se rendre sur le site du club, mais sachez que vous pourrez écouter en salle 1 : Emmanuel Bex, François Laizeau et Géraldine Laurent (à 15h30), Henri Texier et sa formation (à 16h30), Vincent Courtois, Louis Sclavis et Benjamin Moussay (à 17h30), Sylvain Luc, Michel Portal et Andy Emler (à 18h45) – En salle 2 : Elise Caron et Denis Chouillet (à 14h45), Emmanuel Borghi et Himiko Paganotti (à 15h15), Régis Huby en trio (à 17h15), Didier Malherbe, Loy Ehrlich et Sophia Domancich (à 21h45), Yves Rousseau, Thomas Savy et Sophia Domancich (à 22h15), Michel Benita et Bruno Ruder (à 22h45). De grands moments en perspective !

-Depuis quelques années en décembre, la salle Pleyel accueille You & The Night & The Music, le concert évènement qu’organise chaque année TSF Jazz. Douze artistes ou formations qui ont marqué les douze mois de l’année qui s’achève sont au programme de cette 17ème édition le lundi 16 décembre (20h00), soit 3 heures de musique retransmises en direct sur l’antenne de la radio. L’invité d’honneur est Fred Hersch et l’orchestre de cérémonie le Louis Cole Big Band. Au programme également : Sylvain Luc et Stéphane Belmondo, le trompettiste Théo Croker, le trio du pianiste Eric Legnini, le guitariste Hugo Lippi qui a publié un très bon disque cette année (“Confort Zone” sur le label Gaya), Plume et Géraldine Laurent une des reines du saxophone alto, Laurent Coulondre dont le récent disque consacré à Michel Petrucciani a été unanimement salué par la critique, et l’incontournable Yes ! Trio qui donne quelques jours plus tôt un concert au New Morning. Programme complet sur le site de la radio et sur celui de la salle Pleyel.

-« New Orleans » à la Cité de la musique, salle des concerts, les 18 et 19 décembre (20h30). À l’origine, la musique de la capitale de la Louisiane est souvent une polyphonie à trois voix. La première, celle du cornet, expose le thème. La seconde, confiée à la clarinette, brode des contre-chants, les basses du trombone assurant la troisième. L’instrumentation des Hot Fives de Louis Armstrong (1925 et 1926) comprend aussi un piano et un banjo. Une batterie et un tuba s’ajoutent à celle de son Hot Seven. Tout cela c’était hier car La Nouvelle-Orléans offre depuis quelques années un jazz beaucoup plus contemporain. Sullivan Fortner, le talentueux pianiste de Cécile McLorin Salvant en est originaire. Pour rendre hommage à la musique de sa ville natale, ce dernier a assemblé un septuor franco-américain comprenant Stéphane Belmondo et Kevin Louis (trompettes et bugle), Glenn Ferris (trombone), Jacques Schwarz-Bart (saxophones), Roland Guerin (contrebasse) et Jamison Ross (batterie). Nous en découvrirons ensemble le répertoire.

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT EN JANVIER

 

-Que la mise en sommeil de ce blog en janvier, ne vous empêche pas d’écouter le vendredi 3 au Sunside le quartette de la saxophoniste Géraldine Laurent (avec Paul Lays au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie). Même recommandation pour le quartette ASTA (André Ceccarelli (batterie), Sylvain Beuf (saxophones), Thomas Bramerie (contrebasse) et Antonio Faraò (piano), également au Sunside le vendredi 10. J’ai récemment consacré des notices à ces deux formations qui se sont produites en octobre à Paris.

-Double plateau le samedi 18 janvier au Studio 104 de la Maison de la Radio (20h30) : le quartette du bassiste Clovis Nicolas comprenant Steve Fishwick (trompette), Dmitry Baevsky (saxophone alto) et Greg Hutchinson (batterie), suivi de la chanteuse Cécile McLorin Salvant qu’accompagnera le pianiste Sullivan Fortner. Contrebassiste français installé à New York depuis 2002, Clovis Nicolas s’est fait remarqué par ses deux disques publiés sur le label Sunnyside, “Nine Stories” (2014) et “Freedom Suite Ensuite” (2017). Ce dernier est largement consacré à la Freedom Suite de Sonny Rollins. Le saxophoniste l’enregistra en 1958. Quant à Cécile McLorin Salvant, elle se produit désormais sur scène et sur disque avec Sullivan Fortner qui ancre le répertoire varié de la chanteuse dans le blues non sans le moderniser par des lignes mélodiques audacieuses.

-Toujours en janvier, le 27, le saxophoniste Christophe Panzani fête au Studio de l’Ermitage (21h00) la sortie de son album “Les Mauvais tempéraments” (Jazz&People / Pias). Yonathan Avishai, Edouard Ferlet, Leonardo Montana, Tony Paeleman et Eric Legnini qui en sont les pianistes seront présents à la soirée. Eric Legnini excepté, tous jouent dans “Les Âmes perdues”, son opus précédent (un des 13 Chocs 2016 de ce blog), un disque qu’il a imaginé pour ses interprètes, sept pianistes, sept duos piano / saxophone ténor autour de sept de ses compositions.

 

Avec “Les Mauvais tempéraments”, Christophe Panzani s’aventure dans un domaine jamais exploré par les jazzmen. Les « Tempéraments » qu’évoque son titre est un procédé d’accordage des degrés et des intervalles d’une gamme musicale. Celle, tempérée, qui s’est imposée depuis le XIXème siècle étant légèrement fausse par rapport aux résonances naturelles, Christophe Panzani a cherché à retrouver ces rapports naturels qui existent entre les sons. Quatre morceaux de son disque sont interprétés sur des pianos accordés en tempérament Werckmeister III, procédé d’accordage fréquemment utilisé au XVIIème siècle. Ce dernier donne à la musique des sonorités différentes, plus douces, somme toute plus naturelles. Elles conviennent bien à la sensibilité de Christophe, à ses phrases rêveuses, au timbre léger et aérien de son ténor, à la fraîcheur de ses compositions oniriques. Trois de ces quatre morceaux ont également été enregistrés sur des pianos normalement accordés. On écoutera la différence. Nonobstant le fait que les possibilités d’alliage entre le piano et le saxophone ténor se trouvent agrandies, la musique de Christophe Panzani reste d’une grande délicatesse. Un seul ou parfois deux pianistes dialoguent avec lui (à quatre mains ou sur deux pianos) et s’invitent dans un disque pas comme les autres qui interroge et interpelle.

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Cité de la Musique / Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Radio France – Jazz sur le vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

-Crédits photos : Manfred Eicher © Marek Vogel / ECM Records – Yes ! Trio © Jean-Marc Lubrano – Jacky Terrasson © Marc Obin – Sullivan Fortner © Pierre de Chocqueuse – ASTA © Jean-Marc Gallet – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton.

-Illustration (“Les Mauvais tempéraments”) : Ludovic Debeurme

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 09:05
Jazz au Nord

Novembre. Comme l’an dernier, ma chaudière ronronne m’apportant une agréable chaleur. La pluie de ces derniers jours a rafraichi l’atmosphère, un mauvais temps annonçant les frimas de l’hiver. Se serrant les uns contre les autres pour offrir moins de prise au vent, les frileux se couvriront de leurs premiers vêtements chauds, se frapperont les mains l’une contre l’autre, se frictionneront au gant de crin pour se réchauffer. Les mélomanes s’engouffreront dans les clubs de jazz pour y écouter une musique capable de faire fondre glaciers et icebergs, une musique plus efficace contre le froid que le tricot de flanelle, le grog au citron et au miel, le whisky du capitaine.

 

Au Nord de l’Europe, les descendants des Vikings le savent bien. Ils ne soufflent plus dans des cornes de brume, mais dans des saxophones et des trompettes, jouent un jazz moderne qualifié de classique car profondément ancré dans le blues et le swing. Lors de la dernière remise de Prix de l’Académie du Jazz à La Seine Musicale, “Beat”, un disque de Snorre Kirk (1*), fut à deux doigts de remporter le Grand Prix 2018, récompense attribuée au meilleur album. Ceux qui comme moi eurent la chance d’assister au concert que le batteur danois donna l’an dernier le 15 novembre à la Maison du Danemark, d’entendre une musique dans laquelle, en petite formation, Duke Ellington, Count Basie et Wynton Marsalis se donnent la main, vécurent un moment inoubliable. Enthousiasmé, Sylvain Siclier lui consacra un article dithyrambique dans le Monde. Batteur mais aussi compositeur et arrangeur, Snorre Kirk amenait avec lui un sextette épatant.

 

Découvert avec “Blue Interval, un album qu’il enregistra en trio en 2013, Magnus Hjorth, pianiste de nationalité suédoise, subjugue l’auditeur avec peu de notes, son approche minimaliste du jazz allant de pair avec un toucher d’une rare finesse. Largement consacré à la musique de Ben Webster, “The Sound The Rhythm” du saxophoniste Jan Harbeck a fait l’objet d’une chronique récente dans ce blog. Lui aussi norvégien d’adoption, le cornettiste suédois Tobias Wiklund modernise avec humour le répertoire de Louis Armstrong. Décerné par Franck Bergerot, son disque “Where the Spirits Eat” a obtenu la mention « Révélation ! », l'équivalent d'un Choc, dans le numéro de juillet de Jazz Magazine. Tous sont membres de la formation de Snorre Kirk.

 

Mais savez-vous que l’un des meilleurs bassistes de la planète jazz est le danois Thomas Fonnesbæk ? On écoutera pour s’en convaincre les trois albums en duo qu’il a enregistrés avec la chanteuse Sinne Eeg (2*) et les pianistes Enrico Pieranunzi (“Blue Waltz” en 2018) et Justin Kauflin (“Synesthesia” en 2017). À l’exception de ce dernier publié sur Storyville, tous ces disques ont été édités par la firme danoise Stunt Records (3*) qui depuis sa création en 1983 enregistre aussi les jazzmen étrangers qui passent à Copenhague. Stefano Bollani, Enrico Pieranunzi et Aaron Parks y ont ainsi gravé d'excellents albums.

 

Le label munichois ECM possède également dans son catalogue de nombreux enregistrements de musiciens scandinaves, le plus célèbre étant le saxophoniste norvégien Jan Garbarek. Si le guitariste Eivind Aarset et le trompettiste Nils Petter Molvær, eux aussi norvégiens, proposent un jazz résolument moderne, les pianistes Bobo Stenson qui donna en janvier dernier un concert mémorable au Studio 104 de Radio France, et Tord Gustavsen ancrent davantage leur musique dans la tradition du jazz. Stan Getz qui s’installa à Stockholm en 1958, Dexter Gordon, Kenny Drew et Horace Parlan qui vécurent un temps au Danemark, leur transmirent une musique dont ils conservent la mémoire et qu’ils jouent aussi bien, voire mieux, que bien des musiciens américains. Avec eux, loin des métissages incongrus, comment peut-on perdre le Nord ?

 

Le Nordic Jazz Comets organise le 2 décembre prochain au Pan Piper (2-4 impasse Lamier 75011 Paris) une soirée consacrée au futur du jazz nordique. Avec le groupe danois Røgsignal (17h45), le quartette Kaisa’s Machine de la bassiste finlandaise Kaisa Mäensivu (18h30), le duo islandais du saxophoniste Tumi Arnason et du batteur Magnus Trygvason Eliassen (20h30), le trio norvégien du violoniste Erlend Apneseth (21h15) et le sextette suédois Fartyg 6 (22h00).

 

1* Intitulé “Tangerine Rhapsody” et enregistré en quartette avec le saxophoniste Stephen Riley, le prochain disque de Snorre Kirk paraîtra sur Stunt Records le 24 janvier 2020.

2* Son disque “Face the Music” (Stunt) a reçu le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2014.

3* Una Volta Music (UVM) assure sa distribution en France.

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Organisé par le FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers de Paris), et toujours parrainé par le pianiste Bojan Z, la 17ème édition du festival Jazzycolors se déroulera du 30 octobre au 30 novembre. Dix-neuf concerts sont prévus dans onze centres et instituts culturels étrangers de la capitale, mais aussi à l’Église Danoise et à l’ambassade de Bulgarie. Des musiciens de dix-huit pays que je suis loin de tous connaître. Quelques noms interpellent comme celui de la batteuse Marilyn Mazur qui se produira en trio le 21 novembre (20h00) à l’Église Danoise de Paris, un concert présenté par la Maison du Danemark. Ceux qui aiment The Bad Plus, ne manqueront pas le Vein Trio du pianiste suisse Michael Arbenz le 6 novembre (20h00) au Centre Culturel Suisse. Le guitariste hongrois Gábor Gadó et le trompettiste belge Laurent Blondiau nous sont également familiers. Ils seront au Centre Wallonie-Bruxelles le 20 (20h00). Un autre concert très attendu est celui que donnera en quartette la pianiste allemande Julia Hülsmann, une artiste ECM, au Goethe-Institut le 14 à 20h00. Je lui consacre une notice un peu plus loin. On consultera le programme complet de cette manifestation sur le site de la FICEP.     

Jazz au Nord

-Le trio ORBITStéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie) – au Sunside le 6 novembre (21h00). Le répertoire de leur album publié en mai sur le label Yolk Music, a été choisi en pensant spécifiquement au batteur – entendu au sein des groupes de Fred Hersch et de Kenny Werner –, aux timbres de son instrument, aux couleurs qu’il pose sur la musique. Caressant les peaux de ses tambours, le métal de ses cymbales, il les frotte, les gratte, en tire des sons qu’il courbe, plie et module à volonté. Quant à la musique, des compositions anciennes d’Oliva et Boisseau, elle fait entendre des échanges aussi fluides qu’énergiques et permet aussi au trio d’exprimer un jeu plus libre et plus abstrait, une musique bouillonnante et toujours en mouvement.

-Le nonette de la pianiste Leïla Olivesi le 6 (21h00) au Studio de l’Ermitage pour la sortie de sa “Suite Andamane” (Attention Fragile / L’autre distribution), son cinquième disque qui réunit Quentin Ghomari (trompette), Glenn Ferris (trombone), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Baptiste Herbin (saxophone alto), Jean-Charles Richard (saxophones soprano et baryton), Manu Codjia (guitare), Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie). Magnifiquement arrangés, riches de couleurs chatoyantes, les quatre mouvements de cette suite confirment le talent de compositrice de la pianiste qui a rassemblé autour d’elle un aréopage de musiciens exceptionnels pour un voyage à travers l’Afrique, l’Amérique et l’Asie. Pour compléter l’album, une ré-harmonisation inventive de Satin Doll que Duke Ellington aurait sûrement salué, et des « Travel Songs », chansons que Leïla partage avec Chloé Cailleton qui prête sa voix à des textes de Karine Leno Ancellin (Acacia Tree, SkypeTear), Djamila Olivesi (Les Amants) ou de Leïla elle-même (Black Widow relevé par la guitare stridente de Manu Codjia), la musique étant alors jouée en quintette (Geri’s House, hommage à la pianiste Geri Allen disparue en 2017) et même en septuor (Acacia Tree).

-Joe Lovano (saxophones), Marilyn Crispell (piano) et Carmen Castaldi (batterie) au New Morning le 7 (21h00).  Sous le nom de “Trio Tapestry”, le label ECM a sorti en début d’année leur premier album, un disque inattendu et un peu à part dans la longue discographie du saxophoniste, les compositions interprétées étant toutes construites sur la technique des douze tons enseignée par Gunther Schuller avec lequel Lovano travailla. Au saxophone ténor, ce dernier souffle de longues notes apaisées et les fait respirer. Il utilise aussi des gongs et joue du tarogató, un instrument hongrois ressemblant à une clarinette. Confié à Marilyn Crispell, experte en harmonies raffinées, le piano fait entendre des images, des couleurs. Carmen Castaldi, le batteur, strie l’espace de sonorités et joue librement avec les timbres. Souple et léger, son tissu percussif profite à la musique, à la tapisserie sonore enveloppante et souvent distendue que tisse le trio.

-Musicien à découvrir, Alexis Valet nous invite à écouter la musique de son nouveau disque le 7 au Studio de l’Ermitage (21h00). Un opus réunissant Adrien Sanchez (saxophone ténor), Simon Chivallon (piano), Damien Varaillon (contrebasse) et Stéphane Adsuar (batterie). L’occasion de fêter une double sortie d’albums, les premiers que sort le collectif Déluge sur son propre label, celui d’Alexis Valet, vibraphoniste et compositeur talentueux, et “Le JarDin” du saxophoniste Julien Dubois, un opus électrique. Bordelais installé à Paris et devenu un familier des clubs de jazz de la rue des Lombards, Alexis Valet a sorti deux EP avant d’enregistrer ce disque de jazz acoustique révélant la fraîcheur de ses compositions. Stephon Harris, Warren Wolf et Steve Nelson, vibraphonistes qu’il admire, inspirent les effets stellaires de son jeu, ses grooves hypnotiques. Les rythmes souvent impairs de l’album génèrent peu de swing mais n’entravent pas non plus son flux musical, long ruban de notes colorées que déroule les solistes. Le mariage toujours heureux du piano et du vibraphone, le chant du saxophone ténor, la douce mélancolie de la trompette d’Hermon Mehari dans Krysna, une splendeur, enrichissent beaucoup la musique. Outre ce dernier, Alexis Valet a invité le guitariste Romain Pilon et le flûtiste Magic Malik et composé des morceaux pour leurs instruments. Leurs timbres étoffent cet enregistrement réussi possédant une réelle cohésion sonore.

-Ambrose Akinmusire et son quartette à l’Espace Sorano de Vincennes le 9 (20h30). Avec Sam Harris (piano), Matt Brewer (contrebasse) et Justin Brown, le trompettiste surprend par sa musique inattendue et inventive, des compositions ouvertes qu’il ne cesse d’allonger, de transformer au grès de ses concerts. Publié en 2018, enregistré avec des cordes et mêlant rap, chant et spoken word, son disque le plus récent, “Origami Harvest” (Blue Note), son disque le plus récent témoigne de la conscience politique de l’artiste, un afro-américain courageux s’interrogeant sur une Amérique qui assassine trop souvent ses jeunes Noirs. Il faut être parfaitement bilingue pour en saisir le message, mais le patchwork musical emporte l’adhésion.

-Le 9 également, Pablo Campos reprendra le répertoire de “People Will Say” (JazzTime records 2018) au Duc des Lombards (19h30 et 21h45). Chanteur – il a étudié le chant avec Marc Thomas – mais aussi pianiste, il bénéficie sur ce premier album de la section rythmique de Bill Charlap ce qui donne du poids à la musique, essentiellement de larges extraits du Great American Songbook, des thèmes de Jerome Kern, Cole Porter, Arthur Schwartz, Richard Rogers et Nat « King » Cole, sa principale influence. En quartette avec César Poirier (saxophone alto & clarinette), Viktor Nyberg (contrebasse) et Philip Maniez (batterie), il nous dévoilera également ses nouvelles compositions.  

-Tim Hagans en quintette au Sunset les 9 et 10 novembre (à 21h00 le samedi 9, à 20h00 le dimanche 10) avec Marek Konarski aux saxophones, Carl Winther au piano, le bassiste finlandais Johnny Åman et le batteur Anders Mogensen. On a un peu perdu de vue ce trompettiste aux attaques franches et à la sonorité mordante qui se produit rarement sur des scènes françaises. Il a peu sorti d’albums sous son nom ces dernières années. Enregistré avec le NDR Bigband, “Faces Under the influence” (2017) reste son album le plus récent. Les labels Pirouet et Palmetto (“The Moon is Waiting” en 2011) abritent son travail, mais c’est pour Blue Note que Tim Hagans a gravé son meilleur opus, “No Words” en 1993. Autour d’une rythmique comprenant Scott Lee à la contrebasse et Bill Stewart à la batterie, il réunit le saxophoniste Joe Lovano, le guitariste John Abercrombie et le pianiste Marc Copland. Un must !

-Emmet Cohen en trio au Duc des Lombards le 14 (19h30 et 21h45) avec Yasushi Nakamura (contrebasse) et Bryan Carter (batterie). On l’a entendu l’an dernier en trio sur la scène du Sunside dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. Pianiste et compositeur de jazz américain diplômé de la Manhattan School of Music et de l’université de Miami, Emmet Cohen a récemment remporté le Grand Prix de l’American Pianists Association après en avoir été deux fois finaliste. Une récompense décernée auparavant à Sullivan Fortner, Aaron Parks, Dan Tepfer et Aaron Diehl. Attaché à la tradition du jazz, il l’enseigne à la Young Arts Foundation et dans le cadre d’un programme pour les jeunes au Lincoln Center. Pianiste, mais aussi organiste à résidence au Smoke, célèbre club de jazz de Harlem, membre des trios de Christian McBride et du batteur Ali Jackson, il a joué et enregistré avec Ron Carter, Jimmy Cobb et Bryan Lynch. Un musicien à découvrir.

-Également le 14 (à 20h00), la pianiste allemande Julia Hülsmann est attendue au Goethe-Institut de Paris avec les membres de son quartette dans le cadre du festival Jazzy Colors. Une belle occasion de découvrir la musique d’une artiste ECM qui sort prochainement son septième album sur le label munichois. Elle a enregistré plusieurs opus en trio avec Marc Muellbauer (contrebasse) et Heinrich Köbberling (batterie) qui l’accompagnent depuis dix-sept ans, mais c’est “A Clear Midnight”, un disque de 2014 largement consacré à Kurt Weill mettant en vedette le chanteur Theo Bleckmann qui a focalisé l’attention sur elle, sur son piano nerveux et sensible. Julia Hülsmann a depuis modifié sa formation, le saxophoniste berlinois Uli Kempendorff la rejoignant dans “Not Far From Here”, son nouveau disque, mais aussi sur scène. Sa présence change quelque peu la sonorité du groupe, donne de l’énergie à la musique. Ce dernier souffle des phrases impétueuses et acérées, mais ensoleille aussi les mélodies ou les rend brumeuses et fantomatiques lorsque le contexte l’exige. Chaque membre du répertoire signe des compositions originales, Julia Hülsmann en apportant cinq. Trois d’entre-elles – Weit Weg, Streiflicht et No Game – sont des pièces qu’elle a d’abord jouées en solo avant de les adapter pour le quartette. Enregistré en mars à La Buissonne, ce disque, l’un des meilleurs de la pianiste, contient également deux versions de This Is Not America, bande-son du film de John Schlesinger “The Falcon and the Snowman” que David Bowie co-signa avec Pat Metheny et Lyle Mays.

-“At Barloyd’s” (Jazz&People) est un coffret de neuf CD(s) sorti en début d’année qui réunit neuf pianistes et quelques invités autour d’un Steinway D. Ces disques ont tous été enregistrés dans l’appartement parisien de Laurent Courthaliac, alias Barloyd. Les musiciens en fêtèrent la sortie au Sunside en février au cours de deux soirées mémorables. Dans le cadre du festival Pianomania, le Sunside les convie à nouveau à jouer leur musique le 15 et le 16 novembre (20h00), Laurent Coulondre et René Urtreger qui n’ont pas participé au coffret remplaçant les musiciens indisponibles. Le programme de ces deux soirées sera le suivant :

Alain Jean-Marie, Laurent Coulondre et Pierre Christophe le 15.

René Urtreger, Laurent Coq et Frank Amsallem le 16.

En tant que maître de cérémonie, Laurent Courthaliac sera présent à ces deux concerts.

-Du piano toute la journée le 17 aux Bouffes du Nord dans le cadre du festival Pianomania. Le site du théâtre donne des informations. Je vous en communique le programme, rien que des pianistes. Le matin, de 11h00 à 13h30 : Armel Dupas, Pierre Christophe, Sophia Domancich et Thomas Enhco. L’après-midi, de 15h00 à 19h00 : Edouard Ferlet, Alain Jean-Marie, Franco d’Andrea, Bojan Z, Fred Nardin et Juliette. Le soir, de 20h30 à 23h00 : Philippe Cassard, Baptiste Trotignon et des invités surprise. 

-Double concert à La Seine Musicale le 18 (20h00) dans le cadre du festival Pianomania avec le trio du pianiste Jason Moran et Kenny Barron en solo. Ce dernier, l’un des grands pianistes de la tradition du jazz, ne dédaigne pas s’ouvrir à des formes musicales contemporaines, tenter des expériences qui lui sont inconnues. Sa grande connaissance des subtilités harmoniques le lui permet. En solo, son jeu raffiné ancré dans le blues génère constamment du swing. Avec Greg Osby son premier employeur, ou Charles Lloyd qu’il a magnifiquement accompagné, Jason Moran ne joue pas le même piano qu’avec Tarus Mateen (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie) ses musiciens depuis bientôt vingt ans. Avec eux, le pianiste nous fait parcourir l’histoire du jazz, du stride de Fats Waller que le pianiste célèbre à sa manière dans un de ses enregistrements pour Blue Note, au jazz moderne et protéiforme qui se joue aujourd’hui. Réinventées par le trio, habillées de neuf, ces musiques se parent d’habits neufs et se font intemporelles.

-Eddie Gomez en quintette au Sunside le 22 et le 23 novembre (21h00) avec Marco Pignataro et Renato D’Aiello (saxophone ténor), Teo Ciavarella (piano) et Alfonso Vitale (batterie). Longtemps membre du trio de Bill Evans – il joue dans “You Must Believe in Spring, chef d’œuvre posthume du pianiste –, cofondateur du groupe Steps Ahead avec le saxophoniste Michael Brecker, le contrebassiste, l’un des grands virtuoses de l’instrument, se produit peu sur des scènes françaises. Il est venu au Sunside en février 2013 avec Marco Pignataro, l’un des deux saxophonistes de sa formation. Eddie Gomez, c’est une basse ronde et mélodique qui chante souvent des harmoniques et improvise brillamment. L’un des concerts à ne pas manquer ce mois-ci.

-Yonathan Avishai a publié en début d’année un magnifique album en trio sur ECM. Il est aussi le pianiste de la formation du trompettiste Avishai Cohen. Sous le nom de ce dernier et sur le même label, deux albums en témoignent. Toujours sur ECM, ils ont récemment fait paraître ensemble “Playing the Room”, un duo trompette / piano intimiste dans lequel ils reprennent des standards (Crescent de John Coltane, Azalea de Duke Ellington, Dee Dee d’Ornette Coleman, Sir Duke de Stevie Wonder) et interprètent chacun une composition originale. Les plus chanceux d’entre vous en découvriront la musique le 26 novembre à la synagogue Copernic, 24 rue Copernic 75116 Paris (20h30).

-Elle se nomme Dominique Fils-Aimé et s’est fait remarquée l’an dernier sur la scène musicale canadienne avec “Nameless”, premier album d’une trilogie dont le deuxième, “Stay Tuned !” sort en France le 15 novembre sur le label Modulor. Quinze chansons brûlantes dans lesquelles la chanteuse revient sur la lutte pour les droits civiques des années 60 en Amérique et rend hommage aux grandes figures afro-américaines de l’époque, à Nina Simone, Joséphine Baker, Lena Horne, Malcom X et Martin Luther King. Plus proche de la soul music et du gospel que du jazz et comprenant quinze chansons originales son disque séduit d’emblée par ses arrangements a minima très soignés, les instruments servant d’écrin aux riches harmonies vocales de la chanteuse qui sont mises en avant, cette dernière assurant magnifiquement toutes les voix. Révélation Jazz Radio-Canada 2019-2020, Dominique Fils-Aimé  sera en concert à Paris le 29 novembre au Centre Culturel Canadien (20h00) avec Simon Denizart (claviers, piano), Étienne Miousse (guitare), Danny Trudeau (basse électrique) et Michel Medrano Brindis (batterie). Une voix veloutée et chaude à découvrir.

-FICEP - Jazzycolors : www.ficep.info/jazzycolors

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Espace Sorano : http://www.espacesorano.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Goethe Institut : www.goethe.de/paris

-Bouffes du Nord : www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/piano-mania

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

-Synagogue Copernic : www.copernic.paris/fr/activites/concerts

-Centre Culturel Canadien : www.canada-culture.org/event/dominique-fils-aime

 

Crédits photos : Affiche Jazzycolors 2019 © Stéphane Roqueplo – ORBIT Trio © Sébastien Toulorge – Trio Tapestry © Jazz Dock – Ambrose Akinmusire © Christie Hemm Klok – Tim Hagans © All About Jazz – Emmet Cohen © Mark Sheldon – Julia Hülsmann Quartet © Dovile Sermokas / ECM Records – Kenny Barron © Philippe Lévy-Stab – Avishai Cohen & Jonathan Avishai © Francesco Scarponi / ECM Records – Fjords norvégiens & Pablo Campos © photos X/D.R.

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 10:15
Des inédits très inégaux

Octobre. L’automne et les couleurs fauves de ses arbres dont les feuilles, bientôt, se ramasseront à la pelle. On se régale avec les premières noix, les châtaignes que certains imbéciles confondent avec les marrons d’Inde, fruits non comestibles du marronnier. Puissent les pluies d’octobre nous apporter ceps, girolles et autres délicieux champignons. Seuls les connaisseurs en feront la cueillette.

 

Comme chaque année en octobre, les clubs de Paris et de la région parisienne s’associent pour fêter le jazz. À Clermont-Ferrand, se prépare fiévreusement Jazz en Tête, un festival de jazz 100% jazz que les vrais connaisseurs n’ont pas l’habitude de manquer. Les disques se font également plus nombreux après une accalmie estivale laissant quelque répit au journaliste saturé de musique. On sort à tour de bras des albums souvent autoproduits ou abrités par de petits labels indépendants. Les Majors ne veulent plus prendre de risques. Elles préfèrent consacrer leurs budgets à promouvoir des enregistrements de célébrités d’hier et d’aujourd’hui plutôt que de miser et accompagner de nouveaux talents, les faire suivre par des directeurs artistiques qui ont encore de grandes oreilles.

 

Des bandes inédites de Miles Davis et de John Coltrane viennent ainsi d’être commercialisées. Annoncé à grand renfort de publicité, “Rubberband” pose problème. En octobre 1985, le trompettiste enregistra onze titres à Los Angeles avant de les abandonner pour travailler avec Marcus Miller sur “Tutu”. Ces morceaux, Warner Music les sort aujourd’hui, dénaturés, remis au goût du jour par de nombreux ajouts qui accentuent l’aspect résolument commercial de cette musique, plus proche du funk que du jazz, musique qui, à l’époque, n’intéressait plus Miles Davis.

 

“Blue World” de John Coltrane est d’une autre tenue. Après “Both Direction At Once”, un album studio de bonne facture publié l’an dernier, Universal, via son label Impulse, met en vente des faces inédites que le saxophoniste enregistra avec son quartette en juin 1964 pour servir de bande-son à un film de Gilles Groulx, un obscur cinéaste canadien : “Le Chat dans le sac”. Rien de vraiment neuf, car Coltrane reprend sans trop les développer cinq vieux thèmes de son répertoire, Naima étant le plus célèbre. Présenté comme une nouvelle composition, Blue World est un démarquage de Out of This World d’Harold Arlen déjà enregistré par le saxophoniste. En outre, si la durée de l’album est à peine de 37 minutes, ce dernier offre 2 prises de Naima et 3 prises de Village Blues. C’est peu pour une curiosité bénéficiant d’un si grand battage médiatique.

 

La musique est bonne mais quitte à choisir, on écoutera plutôt “Getz at The Gate” (Verve), double CD de Stan Getz enregistré en 1961 qu’Universal a sorti en catimini en juin et dont vous lirez la chronique dans ce blog à la date du 8 juillet, ou le “Live in Tokyo’91” du Barney Wilen Quartet (Elemental Music), réunissant Olivier Hutman, Gilles Naturel et Peter Gritz. Ce ne sont pas les meilleurs albums de ces deux saxophonistes, mais ces deux concerts aux minutages généreux (139 minutes pour le Getz, 136 pour le Wilen) donnent à entendre de l’excellente musique.

 

Au moment d’écrire ces lignes, j’apprends la disparition d’Eglal Farhi à l’âge de 97 ans. Elle était l’âme du New Morning qu’elle avait ouvert en 1981. Je l’ai souvent rencontrée mais la connaissais mal. C’était une grande Dame. Cet édito lui est dédié.  

QUELQUES CONCERTS ET QUELQUES DISQUES QUI INTERPELLENT

 

-Le Trio Viret au Studio de l’Ermitage le 2 octobre (21h00). Antoine Banville en a été le premier batteur. Fabrice Moreau l’a rejoint en 2008 et il fête aujourd’hui ses vingt ans d’existence. Ces dernières années, Jean-Philippe Viret a travaillé avec un quatuor à cordes au sein duquel sa contrebasse a remplacé le second violon. Hommage à François Couperin, “Les Idées heureuses”, l’un de mes Chocs 2017, reste une remarquable réussite. Quant au pianiste Édouard Ferlet, c’est Jean-Sébastien Bach qui a beaucoup occupé son temps. Nos trois musiciens se sont retrouvés à Montreuil, à la Générale, en février 2019 et leurs deux concerts ont été enregistrés en vue d’un nouvel album, le premier du trio depuis cinq ans. Il s’intitule “Ivresse”, vient de paraître sur le label Mélisse, et les compositions exigeantes et lyriques de ce jazz de chambre dont les belles mélodies racontent des histoires, font souvent tourner la tête. Toujours à l’affût de l’inattendu, les trois hommes dialoguent, improvisent et créent une musique enivrante.

-Antoine Paganotti est l’un des deux batteurs de la formation du bassiste Nicolas Moreaux dont Pierre Perchaud est le guitariste. Ils se produiront en quartette au Baiser Salé le 9 à 21h30. Francesco Geminiani le quatrième homme porte le nom d’un célèbre musicien du XVIIIème siècle. La musique que joue ce saxophoniste ténor né en Italie et installé à New York est toutefois beaucoup plus moderne que celle, baroque, de son illustre homonyme. “Colorsound” (Auand Records), un album enregistré en trio en 2015 en témoigne. Les curieux l’écouteront avant de découvrir le musicien en concert.

-Tom Harrell (trompette & bugle) avec Danny Grissett (piano), Ugonna Okegwa (contrebasse) et Johnathan Blake (batterie) au Duc des Lombards le 9 et le 10 (19h30 et 21h45). On écoutera “Infinity” (HighNote), son dernier album publié en mars, mais aussi “The Crystal Paperweight” (Abeat Records / UMV), disque de la chanteuse Ann Malcolm arrangé par Tom Harrell présent à la trompette dans un répertoire consacré à ses propres compostions. Le trompettiste tient aussi une place importante dans “Common Practice”, premier album ECM du pianiste Ethan Iverson (The Bad Plus) après un opus en duo avec le saxophoniste Mark Turner l’an dernier.

-Le pianiste Laurent Coulondre fête le 10 au Bal Blomet (20h30) la sortie de son disque hommage à Michel Petrucciani. Avec lui Jérémy Bruyère (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) qui l’accompagnent dans “Michel On My Mind”, un opus particulièrement réussi dont vous trouverez prochainement la chronique dans ce blog. Au programme, des compositions de Michel, un thème d’Eddy Louiss que Laurent interprète à l’orgue et deux originaux de sa plume.

-Comme chaque année à la même époque, à l’initiative de l’association Paris Jazz Club, les clubs de jazz de Paris et de la région parisienne font leur festival. 180 concerts, 450 musiciens et 25 clubs pour les accueillir entre le 11 et le 26 octobre, c’est ce qu’offre la 8ème édition de Jazz sur Seine, incontournable rendez-vous de l'automne culturel. Pour 40 euros, un « pass » à utiliser dans trois lieux différents donne accès à trois concerts. Une « offre découverte » (10 euros) est également proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires. Organisée avec le soutien de l’ADAMI, une soirée Showcases (entrée libre selon les places disponibles) se déroulera le mardi 15 octobre dans six clubs du quartier des Halles afin de découvrir dix-huit groupes de la nouvelle scène jazz française. Développé par Paris Jazz Club, un volet d’actions culturelles (master-classes, atelier de musicothérapie par le jazz, ateliers pour enfants) est également proposé. Faisant l’objet de notices, les concerts ci-dessous signalés Jazz sur Seine (JsS) rentrent dans le cadre de cette manifestation.

-Le 11 au Triton, accompagné de Jean-Philippe Viret qui dialogue constamment avec lui à la contrebasse, et de Philippe Soirat, batteur au drive subtil, le pianiste Emmanuel Borghi invite le saxophoniste Pierrick Pédron à rejoindre son trio. Loin de la musique de Magma dont il fut le pianiste, ou de celle de son épouse Himiko dans laquelle il s’implique activement, ce fin mélodiste nous invite à partager avec lui le répertoire de “Secret Beauty” (Assai Records), un disque de 2018, son jardin acoustique et secret, terres harmoniques qu’il fait bon arpenter (JsS).

-Le pianiste Kevin Hays et le guitariste Lionel Loueke en duo à l’Espace Sorano de Vincennes le 12 octobre (20h30). Le premier a déjà une longue carrière derrière lui. Outre de nombreux albums sous son nom, il a enregistré un disque en duo avec Brad Mehldau et possède un impressionnant bagage harmonique. Le second s’est surtout fait connaître auprès d’Herbie Hancock et sa guitare percussive, africaine et libre ne ressemble à aucune autre. Distribué en France par UVM, “Hope”, le disque qu’ils ont réalisé ensemble à New York pour le label anglais Edition Records fait entendre une musique acoustique aussi riche qu’imprévisible (JsS).

Des inédits très inégaux

-Soirée Showcases le 15 dans six clubs du quartier des Halles toujours dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. L’entrée est libre selon la disponibilité des places. On consultera la programmation complète sur le site. Je ne connais pas tous les artistes qui se produiront ce soir là au Sunset, Sunside, Baiser Salé, Duc des Lombards, Klub et à la Guinness Tavern, mais ne manquez pas si possible au Sunside le Tropical Jazz Trio (Alain-Jean Marie, Patrice Caratini et Roger Raspail) (à 20h00), la formation de la pianiste Leïla Olivesi (à 21h00) et le quartette Flash Pig (à 22h00). Au Sunset (20h30) le guitariste Hugo Lippi dont un magnifique album, “Comfort Zone”,  vient de faire paraître sur le label Gaya. Au Duc des Lombards la chanteuse Lou Tavano (à 20h30) et au Baiser Salé le trio réunissant Julie Saury, Carine Bonnefoy et Felipe Cabrera ((à 20h00).

-Franck Avitabile en trio au Duc des Lombards le 19 (19h30 et 21h45) avec Diego Imbert (contrebasse) et Laurent Bataille (batterie). On ne l’a guère entendu ces derniers mois sur une scène parisienne. Participant en février dernier au concert hommage à Michel Petrucciani organisé par l’Académie du Jazz à la Seine Musicale, il joua ce soir là un merveilleux piano, nous rassurant sur son art. Musicien sensible et exigeant, Franck Avitabile pare de belles harmonies ses propres compositions et celles des autres, des morceaux de Michel Petrucciani disparu il y a vingt ans, mais aussi de Boris Vian et de Serge Gainsbourg au programme de ce concert (JsS).

-Le violoniste Mathias Lévy au Sunset le 19 (21h00) avec Jean-Philippe Viret à la contrebasse et Sébastien Giniaux à la guitare. Avec quelques invités bien choisis (Vincent Peirani et Vincent Ségal), ils l’accompagnent dans son nouvel album “Unis Vers” (Harmonia Mundi / Pias), un disque enregistré après un hommage à Stéphane Grappelli dont Mathias joue sur le violon fabriqué par le luthier Pierre Hel en 1924 et offert par Grappelli au Musée National de la Musique. Un disque de compositions personnelles qui échappe à toute classification, mélange de musiques anciennes et contemporaines dont les meilleurs moments enchantent (Ginti Tihai, Rêve d’éthiopiques, Home de l’être écrit par Viret), mais dans lequel le violoniste brouille les pistes, nous fait passer d’un univers à un autre. Loin du jazz manouche de ses débuts, Mathias Lévy qui fait merveilleusement chanter son instrument s’essaye à la musique classique improvisée, musique libre, intrigante et trempée dans la modernité qu’il fait bon écouter (JsS).

-L’autre festival qui interpelle en octobre c’est Jazz en Tête, un festival clermontois qui fête cette année ses 32 ans d’existence. L’amateur de jazz oublie rarement de s’y rendre. On y court, on s’y précipite en avion, en train (en avance car le Téoz qui assure la liaison Paris-Clermont est célèbre pour ses retards), en moto, à bicyclette et en trottinette (la gendarmerie a récemment arrêté quelques imprudents qui empruntaient l’autoroute pour y arriver plus vite). Car Jazz en Tête est un festival de Jazz pas comme les autres, un des seuls, voir le seul, à ne programmer que du jazz. La plupart des formations qui s’y produisent nous viennent de la grande Amérique. Découvreur de talents, Xavier « Big Ears » Felgeyrolles a été le premier a y présenter les trompettistes Roy Hargrove, Marquis Hill et Ambrose Akinmusire, le saxophoniste Walter Smith III, les pianistes Robert Glasper et Sullivan Fortner, le guitariste Lionel Loueke, le chanteur Gregory Porter pour n’en citer que quelques-uns.

Déplacé l’an dernier à l’Opéra-Théâtre, le festival retrouve une Maison de la Culture rénovée pour six soirées festives du lundi 21 au samedi 26 octobre. On consultera le programme complet sur le site de Jazz en Tête. Ne manquez pas les chanteuses Dianne Reeves (le 23), Cyrille Aimée attendue dans le répertoire de son dernier disque consacré au compositeur Stephen Sondheim (le 24) et Jazzmeia Horn (le 26). Lauréate de la prestigieuse Thelonious Monk Competition en 2015, cette dernière vient de faire paraître un album remarquable sur le label Concord Jazz, “Love & Liberation”. Sullivan Fortner tient le piano dans quatre morceaux. On le retrouvera le même soir au sein du quartette de Giveton Gelin, trompettiste adoubé par le regretté Roy Hargrove.

-Sunset Hors les Murs du quartette ASTA au Bal Blomet le 22 (20h30). ASTA, l’acronyme des prénoms d’André Ceccarelli (batterie), Sylvain Beuf (saxophones), Thomas Bramerie (contrebasse) et Antonio Faraò (piano). Beuf et Faraò avaient participé à l’enregistrement de “West Side Story”, un disque de 1997 publié sous le nom du batteur. Ce dernier en reprend ce mois-ci le répertoire avec d’autres musiciens pour des concerts au Baiser Salé. Quant à ASTA, André l’a conduit au Studio de Meudon et le quartette y a enregistré onze compositions originales. Intitulé “Passers of Time”, l’album sort sur Bonsaï Records. Vous en découvrirez la musique au Bal Blomet (JsS).

-Sunset Hors les Murs de Géraldine Laurent au New Morning le 25 (à 21h00). Avec elle, Paul Lay au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Il y a quatre ans, en février 2015, Géraldine enregistrait avec ces mêmes musiciens l’album “At Work”. Depuis, la formation a beaucoup tourné, ses membres apprenant à mieux se connaître pour aller plus loin, se dépasser ensemble. “Cooking” (Gazebo / L’autre distribution), le nouveau disque de Géraldine, en témoigne. Bien présente, la rythmique donne du poids à ces compositions originales qui se créent et se recréent au moment d’être jouées. Rejoint par la basse ronde de Yoni Zelnik qui donne à la musique un swing appréciable, Donald Kontomanou martèle les peaux de ses tambours et fouette énergiquement ses cymbales. Paul Lay joue un piano très libre et ne cesse de surprendre par les dédales harmoniques de son jeu expressif. Et bien sûr il y a Géraldine qui souffle fiévreusement dans son saxophone alto. Si ses notes nous parviennent souvent brûlantes, elle met aussi beaucoup de tendresse dans les longues phrases contemplatives de ses ballades, dans les mélancoliques Broadwalk et Day Off, purs diamants taillés avec amour par son souffle (JsS). 

Des inédits très inégaux

-C’est en 1997 que le batteur André Ceccarelli nous livra sur BMG sa propre version du célèbre “West Side Story” de Leonard Bernstein. Un album enregistré avec Sylvain Beuf au saxophone ténor, Antonio Faraò au piano, Rémi Vignolo à la contrebasse (il n’avait pas encore adopté la batterie) et quelques invités parmi lesquels Dee Dee Bridgewater, Richard Galliano et Biréli Lagrène. André propose de nous faire revivre son disque au Baiser Salé les 25 et 26 octobre (deux concerts par soir, 19h30 et 21h30). Avec lui pour cette relecture très attendue, trois musiciens italiens, Rosario Giuliani aux saxophones, Julian Oliver Mazzariello au piano et le chanteur Walter Ricci, le batteur assurant la rythmique avec Diego Imbert à la contrebasse et le percussionniste François Constantin (JsS).

-Franck Amsallem au Sunside le 29 (21h00) avec les musiciens de “Gotham Goodbye” (Jazz&People), un disque dont vous découvrirez ce mois-ci la chronique dans ce blog. Après avoir participé au coffret “At Barloyd’s” (9 CD(s), neuf pianistes), Franck s’est rendu au studio Sextan pour y enregistrer cet album avec Irving Acao au saxophone, Viktor Nyberg à la contrebasse et Gautier Garrigue à la batterie. Bien qu’attaché à la tradition du jazz, à son répertoire qu’il connaît bien, il n’y reprend qu’un seul standard (Last Night When We Were Young) préférant jouer ses propres compositions, des morceaux finement écrits et ciselés pour ce nouveau quartette. Son merveilleux piano y dialogue avec le saxophone ténor d’Acao, un poids lourd de l’instrument qui apporte beaucoup de chaleur à la musique.

-Dan Tepfer (piano) et Leon Parker (batterie) se sont produits au Sunside l’an dernier en mai. Ils aiment jouer ensemble et se tendre des pièges, leurs improvisations libres se nourrissant des lignes mélodiques inventives du premier, des rythmes variés du second, davantage un percussionniste qu’un batteur, son instrument réduit à l’essentiel – une cymbale, une caisse claire, une grosse caisse, un seul tom lorsqu’il le juge nécessaire – assurant le tempo comme une section rythmique à lui seul. Ils remettent ça, toujours au Sunside, le 30 octobre à 21h00, fins prêts pour de nouvelles aventures, inventer spontanément de la musique et nous la faire partager.

-Fred Hersch au Bal Blomet le 2 novembre (20h30). Avec lui John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie), musiciens avec lesquels il joue depuis dix ans. Un coffret de 6 CD(s) retraçant l’histoire du trio doit sortir prochainement. En attendant, on ne manquera pas ce concert qui peut se révéler enthousiasmant. Car Fred Hersch est aujourd’hui l’un des grands pianistes de la planète jazz. La délicatesse de son toucher, ses choix harmoniques, les couleurs dont il pare ses morceaux font la différence. Brad Mehldau qui fut son élève lui doit beaucoup. Comme lui, ses deux mains jouent souvent plusieurs lignes mélodiques en même temps. La gauche, autonome, dialogue avec la droite, comme si deux pianistes conversaient entre eux, déroulaient de longues tapisseries de notes. Pour son album “Solo” (Palmetto), Fred Hersch a reçu en 2015 le Grand Prix de l’Académie du Jazz. En  2017, le Prix in Honorem de l’Académie Charles Cros lui a été attribué pour l’ensemble de sa carrière. Enfin, son trio a été récemment désigné « Groupe de Jazz 2019 » par le magazine Down Beat.

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Baiser Salé : www.lebaisersale.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Jazz sur Seine : www.parisjazzclub.net

-Le Triton : www.letriton.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédits Photos : John Coltrane © Jim Marshall LLC – Nicolas Moreaux & Pierre Perchaud © Jean-Baptiste Millot – Tom Harrell © Salvatore Corso – Laurent Coulondre, Jérémy Bruyère et André Ceccarelli © Vincent Le Gallic – Lionel Loueke & Kevin Hayes © Jordan Kleinman – Franck Avitabile © Pierre de Chocqueuse – Jazzmeia Horn © Emmanuel Afolabi – Franck Amsallem © Philippe Lévy-Stab – Fred Hersch Trio © John Abbott – Emmanuel Borghi, ASTA, Dan Tepfer & Leon Parker © Photos X/D.R. 

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