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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 08:50
Une quinzaine qui interpelle

Dizzy Gillespie pour président : le trompettiste aurait fait un bien meilleur chef d’état que le Donald aujourd’hui au pouvoir. Il se présenta par deux fois à la présidence des Etats-Unis (1964 et 1972). Sans succès malgré sa notoriété. Car Dizzy ne fut pas seulement le musicien qui rendit populaire le be-bop, il fut aussi son ambassadeur. À partir de 1956, le Département d’État le chargea de faire connaître le nouveau jazz au Moyen-Orient, en Amérique du Sud, en Yougoslavie et en Grèce. Détenteur de la National Medal of Arts, Commandeur des Arts et des Lettres, Dizzy Gillespie, né le 21 octobre 1917, aurait eu cent ans dans quelques jours. Que sa musique soit aujourd’hui moins jouée que celle de Thelonious Monk, n’explique pas l’étrange silence qui entoure cet anniversaire. Les hommages pleuvent sur le pianiste dont on fête le centenaire de la naissance (il est du 10 octobre 1917) et Jazz Magazine lui consacre ce mois-ci un volumineux dossier. Rien sur Dizzy, oublié dans ce concert de louanges, sauf par la page Facebook de l'Académie du Jazz*. Il est encore temps de réparer cette injustice.

 

Jazz sur Seine c’est parti ! Entre le 13 et le 28 octobre, à l’initiative de l’association Paris Jazz Club, les clubs de la capitale et de l’île de France s’associent pour nous offrir des concerts à prix doux. Je vous en ai parlé au début du mois. Reportez-vous à mon dernier édito. L’autre événement incontournable d’octobre pour l’amateur de jazz, c’est le festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand, le seul de l’hexagone qui programme du jazz en majorité afro-américain. Point de musiques invertébrées qui remplissent amphithéâtres, vélodromes, pots de yaourt, boîtes à chaussures, grands magasins et ascenseurs mais un jazz inventif qui, nullement coupé de ses racines, ressemble encore à du jazz.

 

* Académie du Jazz / Facebook : http://fr-fr.facebook.com/academiedujazz/  

-Bruno Angelini & Stephan Oliva en solo le 17 (20h00) à la Cité Internationales des Arts (18 rue de l’Hôtel de Ville 75004 Paris – Billetterie sur place. Tarif unique : 10€). Un double concert au cours duquel le jazz se penchera sur des musiques de films. Bruno Angelini poétisera deux partitions d’Ennio Morricone, “Il était une fois la révolution et “Le bon, la brute et le truand deux films de Sergio Leone. Sorti en 2015, “Leone Alone”, est toujours disponible sur www.illusionsmusic.fr. Cinéphile passionné, Stephan Oliva jouera des œuvres de Bernard Herrmann qu’Alfred Hitchcock a souvent fait travailler. Hélas épuisé, l’album qu’il lui a consacré en 2007, “Ghosts of Bernard Herrmann”, s’impose par ses relectures décalées, les jeux d’ombre et de lumière qu’il projette sur une musique teintée de noir.

-Le trompettiste Wallace Roney au New Morning le 18 (et au festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand le 26), avec Emilio Modeste au saxophone ténor, Oscar L. Williams Jr. au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Eric Allen à la batterie, presque le groupe qui l’accompagna au Sunside en mars dernier, Modeste étant un nouveau venu. Miles Davis lui offrit sa trompette lors du dernier concert qu’il donna à Montreux. Il brilla au sein de la formation du batteur Tony Williams (quintette puis sextette) dans les années 80, et enregistra quantité d’albums sous son nom dont les derniers sont malheureusement mal distribués en France. Produit par Teo Macero et enregistré en 1995 avec déjà Eric Allen à la batterie, “The Wallace Roney Quintet” (Warner Bros.) reste pour moi une de ses grandes réussites.

-Danilo Pérez (piano), John Patitucci (contrebasse) et Brian Blade (batterie) au New Morning le 18. Ils accompagnent Wayne Shorter depuis des années, se pliant aux bizarreries du grand saxophoniste, donnant souvent une direction à sa musique totalement improvisée. Ces trois grands musiciens ont donc une grande habitude de jouer ensemble et leurs concerts pleins de surprises car d’une grande interactivité peuvent se révéler très créatifs. On attend donc une suite à “Children of The Light” (Mack Avenue 2015), leur seul album à ce jour en trio.

-Sylvain Rifflet au Flow le 19 (20h30), une péniche amarrée rive gauche, 4 Port des Invalides, contenant restaurant et salle de spectacle. Un concert donné à l’occasion de la sortie de “Re-Focus” son nouvel album, mon coup de cœur de la rentrée (vous lirez ma chronique dans le numéro d’octobre de Jazz Magazine). Le modèle est bien sûr “Focus” que Stan Getz enregistra pour Verve, en 1961, un disque à part dans sa discographie et l’un de ses chefs-d’œuvre. Hommage à Getz “Re-Focus” est toutefois un autre disque. Il contient de nouveaux morceaux superbement arrangés par Fred Pallem (le Sacre du Tympan) et n’est nullement un pastiche. Sylvain Rifflet l’interprétera sur scène avec les cordes de l’Ensemble Appassionato que dirige Mathieu Herzog, présentes dans l’enregistrement, Florent Nisse à la contrebasse et Guillaume Lantonnet à la batterie remplaçant Simon Tailleu et Jeff Ballard, la section rythmique de cet album étonnant.

-Le samedi 21 à 20h00, dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif, le Studio 104 de Radio France accueille le pianiste Hervé Sellin pour fêter en big band le centième anniversaire de la naissance de Thelonious Monk (il aurait eu 100 ans le 10 octobre). Sa musique arrangée par Hall Overton, Monk se produisit à deux reprises en grande formation. La première en février 1959 au Town Hall de New York et la seconde en décembre 1963 au Philharmonic Hall du Lincoln Center. Les deux concerts furent enregistrés. C’est le répertoire que Monk joua au Town Hall que reprend Sellin qui, lui-même au piano, a réuni autour de lui Nicolas Folmer (trompette), Lucas Spiler (trombone), Pierrick Pédron, Rick Margitza et André Villéger (saxophones), Armand Dubois (cor), Franz Langlois (tuba), Thomas Bramerie (contrebasse), et Philippe Soirat (batterie). Le quartette de Pierrick Pédron (je donne les noms de ses musiciens dans la notice que je lui consacre dans cette même rubrique) assurera la première partie de ce concert événement.

-Studio d’enregistrement, mais aussi label, La Buissonne fête le 23 octobre au New Morning son trentième anniversaire. Marc Copland, Stephan Oliva, Bill Carrothers, Bruno Angelini, pianistes que j’apprécie y ont enregistré mais aussi nombre de musiciens qui inventent une musique séduisante et souvent inclassable, de la musique improvisée, du jazz de chambre, de la musique tout simplement. Philippe Ghielmetti et Jean-Jacques Pussiau, aujourd’hui retiré ont fait confiance à Gérard de Haro pour enregistrer des disques inoubliables. Le label La Buissonne accueille les musiciens amis, une certaine avant-garde qui sait prendre des risques. Il y aura du monde au New Morning le 23 au soir, le label publiant à cette occasion sa trentième référence “Bandes Originales” de Vincent Courtois. Ce dernier en jouera la musique avec Daniel Erdman et Robin Fincker (saxophones) qui l’accompagnent dans ce nouvel album, librement inspiré par des bandes-son plus ou moins célèbres. D’autres musiciens seront aussi sur scène à l’occasion de cet anniversaire. Inscrits sur l’affiche, leurs noms ne peuvent laisser indifférents.

-On retrouve le saxophoniste (alto) Pierrick Pédron au Duc des Lombards pour fêter la sortie de “Unknown” (Crescendo), un album que Pierrick a enregistré avec Carl-Henri Morisset au piano, Thomas Bramerie à la contrebasse et Greg Hutchinson à la batterie. Ils seront avec lui au Duc les 23, 24 et 25 octobre (2 concerts par soir, 19h30 et 21h30) et nous aussi. Car ce vrai disque de jazz est probablement le meilleur opus du saxophoniste. Les ballades sont particulièrement réussies. Carl-Henri, vingt-trois ans, épaule Pierrick au piano. Ses doigts agiles colorent la musique, surprennent par ses harmonies et ses accords inattendus. Un quartet à découvrir sur scène .

Maison de la Culture de Clermont-Ferrand, salle Jean Cocteau :

Festival Jazz en Tête 30ème édition du 24 au 28 octobre.

 

Mardi 24 : Tigran Hamasyan (piano, en solo) – Charenée Wade (chant) avec TBE (saxophone alto), Darryl Hall (contrebasse) et Justin Faulkner (batterie). Mercredi 25 : Baptiste Herbin (saxophones alto et soprano) en quintette avec Renaud Gensane (trompette), Eduardo Farias (piano), Darryl Hall (contrebasse) et Justin Faulkner (batterie) – Eric Harland (batterie) avec James Francies (piano et claviers). Jeudi 26 : Logan Richardson (saxophone alto) en trio avec Joe Sanders (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie) – Wallace Roney (trompette) en quintette avec Emilio Modeste (saxophone ténor), Oscar L. Williams Jr. (piano), Curtis Lundy (contrebasse) et Eric Allen (batterie). Vendredi 27 : E.J. Strickland (batterie) en quintette avec Marcus Strickland (saxophone ténor), Godwin Louis (saxophone alto), Taber Gable (piano) et Josh Ginsburg (contrebasse) – Donald Brown (piano) avec Steve Nelson (vibraphone), Ed Cherry (guitare), Robert Hurst (contrebasse), Eric Harland (batterie) + invités. Samedi 28 : Massif Collectif avec Davy Sladek (saxophones soprano et alto), Franck Alcaraz (saxophone ténor), Yannick Chambre (Fender Rhodes), Dominique Mollet (contrebasse) et Marc Verne (batterie) – Roy Hargrove (trompette) en quintette avec Justin Robinson (saxophone & flûte), Tadataka Unno (piano), Ameen Saleem (contrebasse) et Quincy Phillip (batterie).

 

-À l’occasion de Jazz en Tête, le photographe Michel Vasset à qui l’on doit de très belles photos en noir et blanc (voir l’affiche ci-contre) expose Salle Gaillard, 2 rue Saint Pierre, du 6 octobre au 11 novembre, plus de 200 photographies retraçant l’histoire du festival.    

-Directeur artistique du nouveau disque de Pierrick Pédron, le pianiste Laurent De Wilde sort aussi un album en octobre. Comme son nom l’indique, “New Monk Trio” (Gazebo / L’Autre Distribution) est entièrement consacré à Thelonious Monk. Laurent en a joué le répertoire au Sunside en février dernier avec les musiciens qui l’ont enregistré avec lui, Jérôme Regard à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Ils sont programmés au Bal Blomet le 26, pour y désosser les compositions de Monk, en modifier les tempos, en altérer les formes. On peut faire confiance à Laurent De Wilde qui, l'ayant longuement étudié, disséqué et digéré, connaît sa musique mieux que personne. Loin de la paraphraser, il l'a arrangée à sa manière, donnant d’autres couleurs, d’autres rythmes aux thèmes familiers d'un compositeur abondamment fêté ces jours-ci.

-Réunissant Pierre Perchaud (guitare), Nicolas Moreaux (contrebasse) et Jorge Rossy (batterie) le trio Fox s’est associé avec le saxophoniste Chris Cheek pour enregistrer un second album, “Pelican Blues”, pour le label jazz&people. Un opus en vente depuis le 6 octobre. Ils en joueront les morceaux au Studio de l’Ermitage le 26 (21h00) avec un autre invité, Vincent Peirani à l’accordéon, également présent dans le disque. L’instrument s’y prête car sa musique est une sorte de rêverie sur les musiques entremêlées de la Louisiane  blues, cajun, zydeco , terre longtemps nourrie de culture française.

-Marc Copland au Sunside le 28. Le pianiste n’a pas joué à Paris depuis août 2016, un concert au New Morning au sein du groupe du regretté John Abercrombie. C’est en solo qu’il est attendu dans un club qu’il connaît bien et qui l’accueille régulièrement. Membre du trio du bassiste Gary Peacock qui vient de sortir un des meilleurs disques de sa longue carrière, Marc possède désormais son propre label, InnerVoiceJazz et édite ses propres disques qui ne sont pas distribués en France. Deux albums sont parus cette année : “Better By Far” en quartette avec Ralph Alessi (trompette), Drew Gress (contrebasse) et Joey Baron (batterie) et “Nightfall” en solo. C’est probablement le répertoire de ce dernier qu’il interprétera. Outre de nouvelles compositions très réussies, ce nouvel opus contient deux thèmes d’Abercrombie, un de Ralph Towner et une belle reprise de Jade Visions de Scott LaFaro.

-Guilhem Flouzat au Sunside le 30 octobre et le 1er novembre. Compositeur, arrangeur et batteur, il a enregistré en 2016 pour Sunnyside 9 portraits de musiciens amis. L’un d’entre eux est Desmond White, son bassiste,. C’est avec lui et le pianiste Sullivan Fortner qu’il est attendu dans un Sunside rénové pour fêter la sortie de leur disque en trio. Entièrement consacré à des standards, “A Thing Called Joe” (Sunnyside / Socadisc) rassemble des mélodies naguère popularisées par Frank Sinatra (There’s No You), Doris Day (When I Fall In Love), Peggy Lee et Ella Fitzgerald (Hapiness is a Thing Called Joe, un extrait de la comédie musicale “Cabin in the Sky” qui vit le jour en 1943). A ce répertoire s’ajoutent des compositions de Thelonious Monk, Jaki Byard et Joe Zawinul, Midnight Mood figurant dans “Money in the Pocket”, un de ses disques des années 60. Sur un tel répertoire, Sullivan Fortner fait des merveilles et se montre bien plus convaincant que dans son propre disque publié l’an dernier sur le label Impulse. Jouant de délicates notes perlées dans There’s No You, une ballade au tempo très lent, il colore subtilement la musique, adopte un jeu varié et inattendu et, dans Walking My Baby Back Home que chanta si bien Nat King Cole, introduit une dose d’humour appréciable. Une rythmique en apesanteur, aussi souple qu’inventive, chemine avec lui. Quarante précieuses minutes de bonne musique. 

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Flow Paris : www.flow-paris.com

-Radio France - Jazz sur le Vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-Le Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Crédits Photos : Sylvain Rifflet © Sylvain Gripoix – Thelonious Monk © Getty Images – Pierrick Pédron, Trio Fox + Chris Cheek & Vincent Peirani © Philippe Marchin – Marc Copland © Guido Werner – Dizzy Gillespie, Wallace Roney, Danilo Pérez / John Patitucci / Brian Blade, Laurent De Wilde © Photos X/D.R.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 10:09
De gauche à droite : Ambrose Akinmusire, Vincente Archer, Walter Smith III, Lionel Loueke, Robert Glasper & Eric Harland - Clermont-Ferrand 2006 - © Michel Vasset

De gauche à droite : Ambrose Akinmusire, Vincente Archer, Walter Smith III, Lionel Loueke, Robert Glasper & Eric Harland - Clermont-Ferrand 2006 - © Michel Vasset

Octobre. Les feuilles mortes s’amoncellent et se ramassent à la pelle, les érables prennent la couleur de l’aurore et, sous un cortège de nuages gris saturés de pluie, les champignons champignonnent. Les concerts aussi. Il y en a tant à Paris que mes « Concerts qui interpellent » ne portent que sur les quinze premiers jours du mois – vous patienterez jusqu’au 15 pour connaître ceux de la seconde quinzaine d’octobre que je vous recommande, un choix subjectif mais qui peut aussi être le vôtre. À l’initiative de l’association Paris Jazz Club, 25 clubs de la capitale et de l’île de France (Le Triton, le Carré Bellefeuille, l’Espace Carpeaux de Courbevoie) proposent la 6ème édition de leur festival Jazz Sur Seine, rendez-vous annuel désormais incontournable de notre automne culturel. Pour seulement 40€, un « pass » à utiliser dans trois lieux différents donne accès à trois concerts, une « offre découverte » étant également proposée aux étudiants, demandeurs d’emploi et élèves de conservatoires. Rassemblant 450 musiciens, 180 manifestations musicales vous sont ainsi proposées entre le 13 et le 28 octobre. Une soirée « showcases » en entrée libre est également prévue le 17 dans les clubs de la rue des Lombards. Ne manquez pas les concerts de Frédéric Nardin et d’Aaron Goldberg (mes « concerts qui interpellent » ne les ont pas oubliés) en attendant de découvrir à la mi-octobre la totalité de ma sélection du mois.

 

L’autre événement d’octobre, c’est le 30ème anniversaire de Jazz en Tête, le festival pas comme les autres, que la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand abritera entre le 24 et le 28. Vous trouverez la programmation complète sur le site du festival en attendant que je vous la transmette. Son directeur artistique, Xavier « Big Ears » Felgeyrolles, le chef indien du massif central, en a, comme chaque année, préparé le programme. Tigran Hamasyan, Wallace Roney, Donald Brown et Roy Hargrove sont les têtes d’affiche de cette 30ème édition. Tigran mis à part, ce sont tous des afro-américains, « Big Ears » privilégiant un jazz en osmose avec ses racines, son canal historique. Il reste toutefois ouvert à un jazz européen de qualité. La liste impressionnante et incomplète des musiciens européens invités depuis trente ans que je vous communique ci-dessous en témoigne*. Car si « Big Ears » a bien sûr ses préférences (ce jazz ancré dans la tradition pour lequel il bataille depuis des années), il a aussi des oreilles, des grandes, l’aspect qualitatif de la musique ne leur échappant pas. On ne sait trop où il est allé les chercher, mais il nous a aussi fait découvrir de grands musiciens, et pas seulement de la grande Amérique. Robert Glasper (en 2003), Lionel Loueke (en 2004), Ambrose Akinmusire & Walter Smith III (en 2006), Gregory Porter (en 2011), Cory Henry (en 2014) ont tous donné leur premier concert français à Jazz en Tête. Bon anniversaire Monsieur Felgeyrolles.

 

* Franck AmsallemStéphane & Lionel Belmondo Pierre de Bethmann Pierre Boussaguet André Ceccarelli Laïka Fatien Richard GallianoStéphane GuillaumeBaptiste HerbinDaniel HumairAlain Jean-MarieBireli LagrèneGéraldine LaurentEric LegniniJulien Lourau Sylvain LucGrégoire MaretGilles NaturelPierrick PédronVincent PeiraniMichel PetruccianiEnrico PieranunziJean-Michel PilcMichel PortalManuel Rocheman Aldo RomanoHervé SellinMartial SolalJacky TerrassonToots ThielemansAndré VillégerLaurent De Wilde.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT (première quinzaine d’octobre)

-Le 3 au Sunside, André Villéger (saxophones), Philippe Milanta (piano) et Thomas Bramerie (contrebasse) fêtent la sortie de “Strictly Strayhorn” (Camille Productions), disque consacré comme son nom l’indique à la musique de Billy Strayhorn. Villéger et Milanta nous ont déjà régalé l’an dernier avec “For Duke and Paul” (Duke Ellington et Paul Gonsalves), un album également produit par Michel Stochitch que je salue ici. Nouveau Président de la Maison du Duke, Claude Carrière en a de nouveau rédigé les notes de pochette, donnant quantité d’informations sur les compositions de Strayhorn que contient ce nouvel opus. Lotus Blossom, Lush Life et Passion Flower en sont les plus célèbres. André Villéger qui utilise plusieurs saxophones les reprend successivement au soprano, ténor et baryton. Auteur d’une bonne partie des arrangements de l’album, il joue aussi de la clarinette basse et nous offre avec Cap Strayhorn, écrit pour cette séance qu’il aborde avec suavité au ténor, un joli portrait musical du compositeur. Philippe Milanta fait de même avec Exquise, une délicieuse ballade aux tendres couleurs harmoniques. Ce jazz certes classique et donc indémodable est à écouter sans modération.

-Enrico Pieranunzi au Sunside les 6 et 7 octobre. En trio avec toujours André Ceccarelli à la batterie (personne ne s’en plaindra) mais Diego Imbert laissant la contrebasse à Darryl Hall. Enrico est un peu chez lui au Sunside. Il y joue souvent, les nombreux admirateurs de son merveilleux piano (je suis l’un d’entre eux) s’y pressant pour l’entendre. Très demandé mais souvent oublié par les festivals de l’hexagone, le maestro enregistre beaucoup. Il tient le piano dans “Tribute to Charlie Haden, un disque de Diego Imbert qui sort ces jours-ci. André Ceccarelli en est le batteur. Pierre Bertrand a arrangé la moitié du disque, des plages au sein desquelles des cordes et des bois s’ajoutent au trio. Enrico s’y montre éblouissant et apporte beaucoup à l’album. Ecoutez son piano dans In the Wee Small Hours of the Morning. De la grande musique tout simplement.

-Diana Krall à l’Olympia du 7 au 9 octobre. Après plusieurs albums dans lesquels elle aborde d’autres musiques, la chanteuse est revenue au jazz au début de cette année avec “Turn Up the Light, un disque entre swing et glamour produit par Tommy LiPuma qui devait décéder peu de temps après son enregistrement. On y retrouve ses musiciens habituels, les guitaristes Russell Malone et Anthony Wilson, le pianiste Gerald Clayton, le batteur Jeff Hamilton. Le disque n’est toutefois pas aussi convaincant que ses grands opus, “When I Look in your Eyes”, “The Look of Love” et “The Girl in the Other Room”, le seul dans lequel elle s’essaye à la composition. En outre, le prix très élevé des places (de 79,50€ à 156,50€ !!!) est pour le moins dissuasif.

-Refait à neuf, le Bal Blomet (33 rue Blomet 75015 Paris) programme du jazz avec le 12 octobre à 20h30 le nonet du pianiste Laurent Marode, auteur d’un album très réussi publié en début d'année chez Black & Blue. Arrangé avec talent et plein de bonnes idées, “This Way Please” swingue avec élégance, la présence d’un vibraphone donnant une touche originale à une musique aux arrangements très soignés. Pour l'accompagner rue Blomet, la même fine équipe que celle du disque, Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Luigi Grasso (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Frank Basile (saxophone baryton), Nicholas Thomas (vibraphone), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie). On peut difficilement trouver mieux.

-Le 13, Daniel Humair (batterie) Stéphane Kerecki (contrebasse) et Vincent Lê Quang (saxophone) fêtent au cinéma Le Balzac (1, rue Balzac 75008 Paris), la sortie de “Modern Art” (Incises), album de moments musicaux composés au regard d’une sélection d’œuvres de peintres du XXème siècle, des amateurs de jazz pour la plupart. Jackson Pollock, Bram Van Velde, Pierre Alechinsky, Cy Twombly et quelques autres dont les travaux sont reproduits dans le livret grand format accompagnant le disque inspirent au trio une musique aventureuse en correspondance avec les formes, les couleurs, les paysages intérieurs de ces peintres visionnaires. Consacré à la peinture et à la musique de Daniel Humair, “En résonnance”, film de Thierry Le Nouvel (52 minutes), sera projeté à cette occasion.

-De grands pianistes sont attendus au Sunside ce mois-ci. Parmi eux, Aaron Goldberg s’y produit trois soirs de suite (le 13 et le 14 à 21h30 et le 15 à 20h00) avec Yasuchi Nakamura à la contrebasse et Leon Parker à la batterie. C’est avec lui qu’Aaron a donné ses derniers concerts parisiens au Duc des Lombards en octobre 2015. Il n’a pas enregistré sous son nom depuis “The Now” (Sunnyside) en 2014, un recueil de compositions personnelles qui voisinent avec des standards du bop, des pièces sud-américaines et un morceau traditionnel haïtien. On n’est jamais déçu par ses prestations souvent enthousiasmantes en trio, format qui lui permet de révéler pleinement ses harmonies raffinées et la richesse de son jeu pianistique.

-Le 13 et le 14 au Duc des Lombards, club dans lequel il se produit souvent, Fred Nardin jouera le répertoire de son premier disque en trio en vente depuis le 15 septembre. Avec lui, Or Bareket à la contrebasse et Rodney Green à la batterie, ce dernier remplaçant Leon Parker indisponible. “Opening” (Jazz Family) contient des compositions originales, deux reprises de Thelonious Monk et une remarquable version de You’d Be So Nice to Come Home to, un morceau de Cole Porter qui témoigne de la grande maturité de ce jeune pianiste (Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz l’an dernier), de l’ancrage de son instrument dans la tradition. D’autres thèmes méritent également l’attention Lost in Your Eyes et Hope sont des ballades très réussies. Porté par un rythme irrésistible, Travel To… révèle une petite mélodie espiègle et chantante et raconte une histoire. C’est du très beau piano, même si Fred Nardin s’abandonne parfois à tricoter trop de notes, à exhiber une virtuosité qu’il n’a plus à prouver. On lui pardonne aisément ce péché de jeunesse.

-Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Le Bal Blomet : www.balblomet.fr

-Cinéma Le Balzac : www.cinemabalzac.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Ambrose Akinmusire / Vincente Archer / Walter Smith III / Lionel Loueke / Robert Glasper & Eric Harland © Michel Vasset – Enrico Pieranunzi © Stefano Cioffi – Vincent Lê Quang / Daniel Humair / Stéphane Kerecki © Olivier-Charles Degen – Aaron Goldberg © Dominique Rimbault. 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 09:59
En marche

Septembre. L’air un peu plus frais fait du bien aux bronches. Les marcheurs respirent mieux. Certains marchent à l’ombre, d’autres à droite. Même la République s'est mise à marcher. Il était temps ! C’est toutefois la gauche qui a le plus d’expérience dans ce domaine. Leurs longues marches à pied les dispensent de tout régime. Excellentes pour l’hygiène générale, elles réduisent les toxines et musclent les jambes. Les Insoumis qui la pratiquent assidûment nous promettent une rentrée sportive. De longs déplacements les verront battre interminablement les pavés parisiens. De bonnes chaussures sont conseillées. Attention aux attaques des indiens, aux piqûres de moustiques. Le chameau de bât est recommandé pour les très longs trajets. Le Paris - Caracas formellement déconseillé. Leur « líder máximo » ne marche pas sur l’eau.  

 

La grande majorité des français aspire toutefois à une rentrée plus calme, à des chants moins guerriers. Elle se fait à petits pas, doucement, tout doucement car, bien qu’un peu voilé, le soleil brille encore dans le bleu du ciel et invite à sortir. L’amateur de jazz en profite pour voler encore un peu de temps au temps avant de reprendre son travail, ses habitudes. Propice à des plongées dans la musique, la période estivale m’a donné l’occasion de réécouter des œuvres classiques. Les “13 Barcarolles” et les “Nocturnes” de Gabriel Fauré, mais aussi son “Second quintette pour piano et cordes opus 115” dont le troisième mouvement, une andante moderato, est une page admirable de la musique française. Se replonger dans Brahms (ses “10 Intermezzi pour piano” par Glenn Gould, disque que me fit connaître le pianiste Guillaume de Chassy), dans les quatuors à cordes méconnus de Carl Nielsen et de Joseph-Ermend Bonnal, (ce dernier écrivit aussi sous pseudonyme des pièces de ragtime), ou dans les œuvres pour piano de Jean Cras et de Gabriel Dupont (“Les Heures Dolentes”) procure un bonheur indicible.

 

Je n’en ai pas pour autant négligé le jazz, me penchant sur quelques disques déjà anciens de Tethered Moon. Seul survivant de ce trio qui comprenait les regrettés Masabumi Kikuchi et Paul Motian, Gary Peacock publie chez ECM “Tangents”, un des grands disques de cette rentrée. Très présente, sa contrebasse n’a jamais été aussi bien enregistrée. À la batterie, Joey Baron colore subtilement une musique que le piano de Marc Copland rend étonnamment abstraite. Vous lirez ma chronique de cet album dans le numéro de septembre de Jazz Magazine. Les sorties de disques se faisant plus rares, l’été m’a également permis de redécouvrir quelques trésors de ma discothèque. Parmi eux, “Dreamer” du pianiste Russ Lossing, un de ses premiers opus ; “Line On Love” du saxophoniste Marty Ehrlich (avec Craig Taborn au piano), un enregistrement de 2002 que Gilles Coquempot (Crocojazz) me fit découvrir ; “First Meeting” du bassiste Miroslav Vitous et “Illusion Suite” de Stanley Cowell, deux vinyles ECM. À l’heure du triomphe des musiques invertébrées, de la sous-culture de masse, jazz et classique sont des chefs-d’œuvre en péril dont il semble urgent de conserver la mémoire. Souhaitons qu’ils ne soient pas oubliés. 

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Jazz à La Villette 2017 : il y en a pour tous les goûts, le festival, largement ouvert à toutes sortes de musiques se poursuivant jusqu’au 13 septembre. Le 8, Laurent de Wilde retrouve son complice Ray Lema à la Cité de la Musique (20h00) pour un duo de piano au sommet. Ils ont enregistré un bien beau disque l’an dernier, mais leurs concerts leurs permettent d’aller plus loin, d’associer plus étroitement encore rythmes et mélodies colorées, d’exprimer librement les musiques qui leur trottent dans la tête. – Le dimanche 10, Dianne Reeves (photo) s’offre la Grande Halle de La Villette (19h00). La chanteuse reste une valeur sûre du jazz afro-américain. Une déjà longue et fructueuse carrière en témoigne. – Le 12, Archie Shepp, 80 ans, est attendu à la Philharmonie (20h00). Un duo avec le pianiste Jason Moran constituera la première partie de son concert. Puis, Olivier Miconi (trompette), Amina Claudine Myers (orgue et piano), Wayne Dockery (contrebasse), Hamid Drake (batterie) et un chœur entoureront le saxophoniste dans un hommage au gospel. Si vous supportez mal et les fausses notes (et Shepp en joue beaucoup), allez plutôt écouter la veille (le 11) à la Cité de la Musique (20h00) le New Jawn Quartet de Christian McBride, admirable bassiste dont le jazz moderne reste ancré dans la tradition. Avec lui au sein d’un quartette sans piano, deux souffleurs expérimentés : Josh Evans (trompette) et Marcus Strickland (saxophone), une vieille connaissance. A la batterie, Nasheet Waits est également bien connu des amateurs de jazz. Avec McBride, il forme une paire rythmique éblouissante qui donne des ailes à la musique.

-Musicien trop discret, Vincent Bourgeyx est attendu au Duc des Lombards les 18 et 19 septembre (19h30 & 21h30). Avec lui, les musiciens de “Short Trip (Fresh Sound), son dernier album, un disque de jazz comme on aimerait en entendre souvent. Matt Penmann (James Farm) à la contrebasse, Obed Calvaire (souvent avec Monty Alexander) à la batterie, mais aussi David Prez, le saxophoniste de la séance, deux plages de “Short Trip bénéficiant également de la chanteuse Sara Lazarus. Très à l’aise avec le blues, le pianiste, pose de belles couleurs sur une musique dont il connaît l’histoire et qui n’a pour lui plus de secrets, un jazz moderne imbibé de swing et de notes bleues mais aussi lyrique et tendre comme en témoigne les ballades qu’il transcende, arc-en-ciel de son répertoire éclectique.

-Anne Ducros et Christian Escoudé au Sunset les 22 et 23 (21h00). Avec ces deux là, on est sûr de passer une soirée inoubliable, voire deux, leur association inédite se poursuivant deux soirs. Cela fait des années que Christian fait chanter sa guitare. Quant à Anne, c’est la meilleure de nos chanteuses de jazz : une diction parfaite, un scat éblouissant mais aussi une manière unique de faire vivre les textes des chansons qu’elle reprend. Dans “Brother, Brother !”, son dernier disque, elle revisite des morceaux qu’elle apprécie depuis longtemps, des thèmes associés à Marvin Gaye, Sting, Joe Cocker, mais aussi à Juliette Gréco (Déshabillez moi) et à Yves Montand (La bicyclette), la bonne chanson française restant un vivier de mélodies inoubliables.

-Pianiste des deux derniers albums du trompettiste Avishai Cohen, un artiste ECM, Yonathan Avishai enregistre les siens avec ses musiciens et poursuit une fructueuse carrière sous son nom. Après “Modern Time” réalisé en trio, il a étoffé sa formation et enregistré l’an dernier un disque étonnant, “The Parade, nous menant dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans, un voyage au sein duquel son jeu de piano minimaliste aère un jazz raffiné au swing entêtant. Au Sunside le 23 (21h30), la chanteuse Monique Thomas rejoint sa formation habituelle, un quintette comprenant César Poirier (clarinette et saxophone alto), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo (percussions).

 

-Aldo Romano au Triton le 23 (21h00) avec Michel Benita à la contrebasse et Dino Rubino, pianiste à propos duquel le batteur ne tarit pas d’éloges. Les trois hommes ont enregistré au Triton un nouvel album “Mélodies en Noir & Blanc” dont ils fêtent la sortie. Aldo y reprend des titres de son répertoire, Song for Elis qu’il écrivit à la mémoire d’Elis Regina, Inner Smile qui donne son nom à un de ses albums, Dreams and Water qu’il enregistra plusieurs fois, la première en 1991 pour Owl Records, « (…) des morceaux que j’ai composés il y a un certain temps. Le temps passe, la musique reste, intemporelle. Intemporelle comme la chanson de Gérard Manset Il voyage en solitaire, que je chante ici mais qui chante en moi depuis la première fois que je l’ai entendue. »

-Habitué du Duc des Lombards – il y donna deux concerts en juin dernier –, le pianiste Dominique Fillon retrouve son club préféré les 26 et 27 septembre (19h30 et 21h30) pour rendre hommage à Al Jarreau, décédé cette année le 12 février à Los Angeles. Les musiciens de son trio habituel, Laurent Vernerey à la contrebasse (il joue dans l’électrique “Born in 68” publié en 2014, dernier disque à ce jour de Dominique) et Francis Arnaud à la batterie (présent dans “As It Comes”, un autre disque acoustique de Dominique), se verront rejoindre sur scène par le saxophoniste Yannick Soccal le 26 et le trompettiste Sylvain Gontard le 27.

-Jeremy Pelt au Sunside le 29 et le 30 pour souffler les notes brûlantes d’un bop moderne qu’il revendique et qu’il cisèle comme un orfèvre. Véloce et inspiré, ce trompettiste est un sculpteur de sons, des sons éphémères mais porteurs de swing et de lumière. Naguère membre du Mingus Big Band, du Roy Hargrove Big Band et du Village Vanguard Orchestra, accompagnateur de Nancy Wilson et des pianistes Cedar Walton et John Hicks, cet habitué du Festival Jazz en Tête a enregistré une dizaine de disques sous son nom. Victor Gould (piano), Vicente Archer (contrebasse), Jonathan Barber (batterie) et Jacquelene Acevedo (percussions) seront avec lui sur la scène du Sunside.

-Le samedi 30, dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif, le Studio 104 de Radio France fêtera les 20 ans du Jazz Ensemble, formation du contrebassiste Patrice Caratini. Des variations autour de la musique de Louis Armstrong en 1998 (“Darling Nellie Gray”), des chansons de Cole Porter en 2000 (“Anything Goes”), de la musique des îles (“Chofé biguine la” en 2001 et “Latinidad” en 2009), mais aussi des programmes consacrés à André Hodeir, au tandem Miles Davis / Gil Evans (“Birth of the Cool”), à Charles Mingus (“The black Saint And The Sinner Lady”), sont quelques-unes des créations / recréations que le Jazz Ensemble nous a offert en deux décennies. Cet anniversaire, Patrice le partagera bien sûr avec les musiciens d’un orchestre qui en a vu passer beaucoup. Parmi eux, les trompettistes Claude Egea et Pierre Drevet, le tromboniste Denis Leloup, les saxophonistes Matthieu Donarier et André Villéger, les pianistes Alain Jean-Marie et Manuel Rocheman. À la batterie Thomas Grimmonprez et Sara Lazarus aura mission des parties vocales. Je ne vous donne pas le nom du contrebassiste. C’est à 20h30 le 30 septembre. En trio, Matthieu Donarier (saxophones), Manu Codjia (guitare) et Joe Quitzke (batterie) assureront la première partie de ce concert exceptionnel.

-Jazz à la Villette : www.jazzalavillette.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Le Triton : www.letriton.com

-Radio France - Jazz sur le Vif : www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

 

Crédits photos : Gary Peacock © Caterina di Perri / ECM – Dianne Reeves © Jerris Madison – Anne Ducros & Christian Escoudé, Dino Rubino / Michel Benita / Aldo Romano, Dominique Fillon © Philippe Marchin – Yonathan Avishai Quintet © Eric Garault – Jeremy Pelt © Hans Speekenbrink – Patrice Caratini © Jean-Yves Ruszniewski – Vincent Bourgeyx © Photo X / D.R.

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 15:46
Adieu l'ami

Impitoyable faucheuse ! Après Philippe Adler et tant d’autres cette année, c’est Christian Bonnet qui s’en va là-haut retrouver nos chers et regrettés disparus. Claude Carrière me le présenta au début des années 90. Je préparais alors pour la Fnac Music la réédition des principaux enregistrements que John Hammond avait produit pour le label Vanguard. Né en 1945, Christian connaissait beaucoup mieux que moi ces disques historiques. Certaines faces de Jimmy Rushing comptaient beaucoup pour lui. Il les avait écoutées très jeune et en conservait pieusement le souvenir. Il travaillait place de l’Alma dans une agence de la Société Générale et c’est dans un restaurant proche de son bureau qu’il me remit des photocopies de toutes les pages concernant les années Vanguard du producteur, soit le 39ème chapitre de ses mémoires, “John Hammond On Record”, livre qui était alors difficile à trouver.

 

La rédaction de “Passeport pour le jazz” que j’écrivis un peu plus tard avec Philippe Adler fut une autre occasion de lui demander conseil. J’avais besoin de renseignements sur les grands orchestres de la « swing era » et il était parfaitement apte à me les fournir. Directeur de la collection Masters of Jazz, il rééditait depuis 1991 l’œuvre complète des grands de l’histoire du jazz. Une activité qu’il poursuivit avec BD Jazz puis avec la collection Cabu, ce dernier dessinant les pochettes. Saxophoniste, il joua pendant quarante ans dans les rangs du Swing Limited Corporation Big Band (SLC), orchestre dont Patrice Caratini fut un temps le bassiste. Ces dernières années, il possédait sa propre formation, le Black Label Swingtet pour laquelle il écrivait la plupart des arrangements. Membre de l’Académie du Jazz depuis 2009, il en devint le trésorier après la disparition de Jacques Bisceglia en 2013, réclamant patiemment aux retardataires leurs cotisations, s’occupant activement de cette institution.

 

D’humeur égale, Christian Bonnet ne se mettait jamais en colère. Diplomate, il ménageait les susceptibilités. Nos désaccords sur le jazz moderne, nos discussions passionnées sur la musique ne dégénéraient jamais en affrontements. Scrupuleusement honnête, il écoutait sur Deezer tous les disques appelés à concourir à l’Académie du Jazz. Nous avions depuis longtemps l’habitude de déjeuner ensemble tous les vendredi au Mékong près des arènes de Lutèce avec Francis Capeau, Philippe Etheldrède et Xavier « big ears » Felgeyrolles. Rejoint par Claude Carrière et occasionnellement par Philippe Coutant, notre petit groupe émigra au Petit Saigon, restaurant de la rue des Carmes que nous fit connaître Gilles Coquempot, présent lui aussi à nos agapes jazzistiques.

 

Très impliqué dans la bonne marche de la Maison du Duke, association qu’il présidait et dont il était également le trésorier, Christian Bonnet avait récemment contribué à rendre intelligible le message ducal en supervisant la traduction de “Music is my Mistress”, les mémoires de Duke Ellington. Opiniâtre, il était parvenu à les faire éditer en France, 43 ans après leur publication en Amérique. Sa disparition inattendue est douloureuse. Il laisse une veuve, deux fils et un grand vide. Je le vois encore à mon domicile où se réunissait souvent le Bureau de l’Académie, assis sur le fauteuil le plus solide dont je disposais car il était grand et possédait un physique athlétique comme le montre cette photo. Comment imaginer qu’il ne sera plus jamais avec nous lors de ces réunions conviviales qu’il ne manqua qu’une seule fois, la dernière, déjà appelé ailleurs, en une terra incognita dont personne n’est encore revenu.

 

Outre le décès à l’âge de 60 ans de Geri Allen, grande pianiste souvent présente dans ce blog – son disque “Flying Toward the Sound” (Motéma) fut un de mes 13 Chocs de 2010 –, j’apprends la disparition d’Alain Tercinet. Membre de l’Académie du Jazz, rédacteur et maquettiste de Jazz Hot pendant de longues années, collaborateur de Jazzman, Alain est l’auteur de plusieurs livres et de biographies remarquables – “Be-bop”, “Parker’s Mood”, “Stan Getz”. Sa contribution la plus importante à l’histoire du jazz reste son fameux “West Coast Jazz”, bible de tous les amateurs de jazz californien rééditée aux Éditions Parenthèses en 2015 dans une version modifiée et complétée. Alain signa également les notes de livret de la collection Jazz in Paris qu’Universal inaugura à l’automne 2000 et qui compte aujourd’hui plus de 130 références.

 

Comme chaque année, ce blog sera prochainement mis en sommeil jusqu’aux premiers jours de septembre. Vous en serez bien sûr avertis.          

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Originaire de Wilmington (Delaware) et depuis longtemps installée à Paris, Sarah Lazarus donne peu de concerts, enregistre parcimonieusement mais n’en est pas moins une grande chanteuse de jazz, une des meilleures. Pour vous en convaincre, écoutez “Short Trip, le dernier album du pianiste Vincent Bourgeyx. Les deux standards qui lui sont confiés comptent parmi les grands moments de ce très bel opus. I’ve Grown Accustomed To His Face a même rarement été aussi bien chanté. Le Sunside l’accueille le 8 juillet dans le cadre de la 26ème édition de l’American Jazz Festiv’Halles. Avec elle, Alain Jean-Marie au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Andréa Michelutti à la batterie. Personne ne s’en plaindra.

-Naguère batteur des groupes Weather Report et Steps Ahead, Peter Erskine a toujours recherché les aventures musicales. Ses quatre albums en trio pour ECM avec John Taylor et Palle Danielsson, ses deux opus avec Nguyên Lê et Michel Benita pour ACT et “Sweet Soul enregistré avec Joe Lovano, Kenny Werner et Marc Johnson sont de grandes réussites. Flirtant à nouveau avec la fusion, Erskine sera au Sunside le 11 avec The Dr. Um Band, formation avec laquelle il a enregistré deux albums. Le plus récent, “Second Opinion (Fuzzy Music), réunit Bob Sheppard (saxophone ténor), John Beasley (claviers) et Benjamin Sheperd (basses). Le batteur a fait le voyage avec eux. Ne manquez pas cette occasion inespérée de découvrir leur musique en concert.

-Laurent de Wilde et Ray Lema au Parc Floral de Vincennes (Espace Delta, 16h00) le 15 dans le cadre du Paris Jazz Festival. Se connaissant depuis longtemps, ils avaient toujours souhaité enregistrer ensemble. Ils l’ont fait l’an dernier, avec “Riddles” (Gazebo), duo de pianos dont la musique dansante associe avec bonheur rythmes et mélodies colorées. Le blues rencontre une mélodie traditionnelle du Sahel, une comptine se superpose à un ragtime de la Nouvelle Orléans. Le tango y croise le reggae. Dans cette invitation au voyage, l’Afrique y reste bien présente. Les cordes de son piano parfois enduites de Patafix, Laurent fait parfois sonner l’instrument comme un balafon. Loin d’un déluge de notes, la musique évite tout bavardage inutile et en sort constamment inventive.

-Le pianiste Joey Alexander au New Morning le 18 dans le cadre de son Festival All Stars. Né à Bali, ce jeune prodige de 14 ans a déjà enregistré deux albums sous son nom. Le premier contient une version époustouflante de Giant Steps. Beaucoup plus conséquent, “Countdown le second impressionne davantage. Émouvant dans ses ballades, éblouissant sur tempo rapide, l’adolescent possède une technique phénoménale et une vraie culture jazzistique. Les nombreux concerts qu’il donne à travers le monde lui ont permis de grandir, d’acquérir de l’assurance. On constatera les progrès accomplis en allant l’écouter rue des Petites-Écuries avec les musiciens de son trio, Alex Claffy à la contrebasse et Willie Jones III à la batterie.

-Buster Williams au Duc des Lombards le 19 et le 20 avec les musiciens de son quartette : Steve Wilson (saxophones), Georges Colligan (piano) et Kush Abadey (batterie). Né en 1942 dans le New Jersey, il reste l’un des grands bassistes de sa génération. Naguère membre des Jazz Crusaders et de la formation électrique d’Herbie Hancock (celle qui enregistra les sommets du genre que sont “Mwandishi”, “Crossings” et “Sextant”), il a joué avec les plus grands. Il possède une sonorité bien reconnaissable, tire de belles harmoniques de son instrument, la souplesse de son jeu de walking bass apportant une parfaite assise rythmique à la musique qu’il interprète.

-Le Gil Evans Paris Workshop au Sunside le 27. Les lecteurs de ce blog n’ignorent pas que Laurent Cugny a constitué il y a trois ans un nouvel orchestre de jeunes musiciens pour jouer la musique de Gil Evans et ses propres arrangements. Après une série de concert dans différents clubs de la capitale, la formation a fait paraître cette année un premier disque, deux CD(s) consacrés à des reprises de morceaux que Laurent affectionne (Lilia de Milton Nascimento), à des compositions d’Evans (Time of the Barracudas) ou à des arrangements de ce dernier, tel Spoonful du bluesman Willie Dixon qui donne son nom à ce premier double album. Un grand espace de liberté est laissé aux solistes – Antonin-Tri Hoang (saxophone alto), Martin Guerpin (saxophones soprano et ténor), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Quentin Ghomari (trompette), Bastien Ballaz (trombone) pour n’en citer que quelques-uns – pour faire vivre et revivre une musique subtilement modernisée.  

-René Marie également le 27 le Duc des Lombards – deux concerts 19h30 et 21h30, ce qui permet aussi de se rendre au Sunside. Avec elle, les musiciens de son Experiment in Truth Band John Chin (piano), Elias Bailey (contrebasse) et Quentin Baxter (batterie) – qui l’accompagnent dans “Sound of Red”, son dernier album, un opus largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons. C’est le meilleur disque de jazz vocal de l’an dernier. Éclectique, il s’ouvre à d’autres musiques, les racines musicales de la chanteuse la portant vers la soul, le blues, le gospel et le folk. Né à Séoul et excellent pianiste, John Chin assure offre à sa voix chaude et sensuelle de superbes harmonies. Très à l’aise sur une scène, René Marie, grande chanteuse de la grande Amérique subjugue et impressionne. Laissez-vous donc séduire.

-Le quatuor à cordes Supplément d’âme au Parc Floral de Vincennes (Espace Delta, 16h00) le 30. Il réunit depuis 2011 sous la houlette de Jean-Philippe Viret (contrebasse), Sébastien Surel (violon), David Gaillard (alto) et Éric-Maria Couturier (violoncelle). Au programme, de larges extraits de leur nouveau disque, “Les idées heureuses”, qui tourne autour de la musique de François Couperin. Car si certains morceaux s’inspirent de quelques-unes des pièces pour clavecin de Couperin, les autres sont des compositions personnelles aux mélodies séduisantes. Confiées à un quatuor à cordes dont le second violon est remplacé par une contrebasse, ce jazz de chambre mâtiné de musique baroque tient ses bienheureuses promesses.

-XIIème édition du festival Pianissimo en août au Sunside. Quelques concerts à ne pas manquer : Pierre de Bethmann et son trio le 8 avec Sylvain Romano (contrebasse) et Tony Rabeson (batterie) – Alain Jean-Marie et son Be Bop Trio le 17 et le 18 avec Philippe Aerts (contrebasse) et Lukmil Perez (batterie) – Fred Nardin et Jon Boutellier le 23 avec Patrick Maradan (contrebasse) et Romain Sarron (batterie) – René Urtreger en trio le 25 et le 26 avec Yves Torchinsky (contrebasse) et Eric Dervieu (batterie) – Tony Paeleman en quartette le 29 avec Julien Pontvianne (saxophone ténor), Nicolas Moreaux (contrebasse et Karl Jannuska (batterie) – Edouard Ferlet “Think Bach Opus 2” le 30.

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Paris Jazz Festival : www.parisjazzfestival.fr

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

 

Crédits Photos : Christian Bonnet © Pierre de Chocqueuse – Le Bureau de l'Académie du Jazz en janvier 2017 © Bénédicte de Chocqueuse – Sarah Lazarus © Olivier Humeau – Ray Lema & Laurent de Wilde © Jean-Baptiste Millot – Buster Williams © R. Cifarelli / Phocus – Jean-Philippe Viret  © Philippe Marchin – Pierre de Bethmann, Sylvain Romano, Tony Rabeson © Christophe Charpenel – Joey Alexander, Gil Evans Paris Workshop, René Marie © Photo X/D.R.

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 08:32
La bonne musique fait-elle encore recette ?

Lundi 29 mai : je découvre émerveillé l’auditorium de la nouvelle Seine Musicale située sur l’île Seguin qui, je vous rassure, n'est pas celui de la photo. Au programme, Menahem Pressler, 93 ans, une légende qui marche difficilement mais joue encore un magnifique piano. La communauté jazzistique s’est déplacée. Les pianistes Pierre Christophe, Olivier Hutman, Fred Nardin, la chanteuse Elise Caron et de nombreux membres de l’Académie du Jazz sont venus applaudir le maestro. La salle est pourtant loin d’être pleine. Peu de jeunes au sein d’un public averti comme si Mozart, Debussy et Chopin n’intéressait que les vieux. Même constatation une semaine plus tôt au Sunside. Faute de réservations suffisantes, l’un des trois concerts que devait y donner Fred Hersch fut annulé. Un pianiste de cette envergure ne parvenant pas à remplir une salle de 200 places à Paris, on se pose bien des questions.

 

Proie facile pour les radios et les télévisions commerciales, le Français qui n’a jamais été éduqué à la musique et ignore tout de son histoire s’est précipité sur l’événement musical de l’année, l’Eurovision, mascarade télévisuelle, triomphe de la vulgarité et du mauvais goût. Représentant la France, la jolie Alma y poussa une bien médiocre chansonnette pour trébucher, juste retour des choses, devant un concurrent inattendu, Salvador Sobral, 27 ans, représentant le Portugal, le seul qui avait quelque chose à chanter, pas grand chose, juste une petite mélodie, denrée rare aujourd’hui, la seule de ce show planétaire ridicule célébrant le niveau zéro de la musique.

 

Car il est plus facile de la vendre insipide que de proposer du jazz, de la musique classique ou contemporaine, musiques qui demandent un effort, une écoute attentive. On préfère niveler par le bas, médiatiser celles, jetables et vides, que le public réclame. Si Herbie Hancock, Ahmad Jamal, Chick Corea ou Keith Jarrett, têtes d’affiche de grands festivals, débutaient aujourd’hui leur carrière, arriveraient-ils à sortir du circuit des petits clubs dans lesquels tant de musiciens restent aujourd’hui confinés ? Apparu dans les années 90, Brad Mehldau y est parvenu mais que Fred Hersch, Enrico Pieranunzi ou Marc Copland, eux aussi de grands pianistes, restent prioritairement abonnés au Sunside, au Duc des Lombards ou au New Morning (pour ne citer que des clubs parisiens) relève du scandale. Les « majors » ne signent plus que les artistes que plébiscite un public peu cultivé facilement piégé par ses émotions. Rarement inventifs, les nouvelles vedettes remplissent les grandes salles, les festivals. Rares sont ceux qui proposent encore du jazz au sein de programmations éclectiques qui privilégient la rentabilité. La bonne musique ne fait hélas plus guère recette. Aidée par Jean-Michel Blanquer, notre nouveau Ministre de l‘Éducation Nationale, Françoise Nyssen, notre nouvelle Ministre de la Culture, femme cultivée, parviendra t-elle à renverser la situation, à éduquer dès l‘école primaire les enfants à la musique ? Un vœu pieux je vous l‘accorde. On peut toujours rêver.  

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Valeur sûre du saxophone, David Sauzay est attendu le 2 juin au Duc des Lombards avec un sextet comprenant Fabien Mary à la trompette, Vincent Bourgeyx au piano, Michael Joussein au trombone, Michel Rosciglionne à la contrebasse et Bernd Reiter à la batterie. Tous pratiquent un jazz moderne ancré dans la tradition. David Sauzay joue aussi avec Fabien Mary au sein de l’octet du pianiste Laurent Courthaliac, dans les Jazz Workers du batteur Mourad Benhammou et le nonet du pianiste Laurent Marode. Le saxophoniste qui a également enregistré un disque avec le pianiste Harold Mabern sait très bien s’entourer. La présence à ses cotés de Vincent Bourgeyx, un des meilleurs pianistes de l’hexagone, en témoigne.

-Ce n’est pas parce que l’on soupçonne l’ancien premier ministre d’avoir mis les doigts dans le pot de confiture que l’on doit bouder le petit frère, le vrai talent de la famille. Dominique Fillon s’est fait discret ces temps derniers ce qui est compréhensible. Son dernier disque “Born in 68 date de 2014, bien avant le brouhaha fait autour de son nom. Le pianiste prend donc son temps pour enregistrer et nous revient en trio pour quatre concerts hommages à Al Jarreau au Duc des Lombards le 3 et le 4 (deux concerts par soir, à 19h30 et 21h30). Avec lui, Laurent Vernerey le bassiste de l’électrique “Born in 68” et le batteur de Francis Arnaud présent dans “As It Comes”, un disque acoustique de 2011. Le trompettiste Sylvain Gontard le 3 et le saxophoniste Yannick Soccal le 4 se joindront à eux pour pimenter quelques morceaux.

-Do Montebello à bord de la péniche Le Marcounet (Pont des Célestins, quai de l’Hôtel de Ville) le 8 juin à 20h00 avec comme équipage Hervé Morisot et Serge Merlaud (guitares) et Ricardo Feijão (baixolão). Après “Adamah”, un disque à la musique très brésilienne qui la voit chanter les arbres, le vent, la pluie, les océans d’une terre malmenée, elle a enregistré un nouvel album à l’instrumentation sobre et dépouillée. On y découvre Jacques Morelenbaum, arrangeur de plusieurs opus de Caetano Veloso au violoncelle et un duo avec le guitariste Toninho Horta. Do passe aisément d’une langue à une autre, chante en portugais, en français et en anglais et nous tient sous le charme d’une voix très pure et très belle.

-Toujours dirigé par l’infatigable Laurent Mignard, Le Duke Orchesta sera à l’Entrepôt le 8 juin à partir de 20h30 (7/9 rue Francis de Pressensé 75014 Paris) pour jouer Duke Ellington. Avec Didier Desbois, Aurélie Tropez, Fred Couderc, Hugo Afettouche, Philippe Chagne (saxophones & clarinettes), Claude Egéa, Gilles Relisieux, François Biensan, Richard Blanchet (trompettes), Nicolas Grimonprez, Michael Joussein, Jean-Claude Onesta (trombones), Philippe Milanta (piano), Bruno Rousselet (contrebasse), Julie Saury (batterie) et un invité : Patrick Bacqueville.

-On retourne au Duc des Lombards le 13 juin pour un concert très attendu du pianiste Pierre Christophe dont le nouvel album “Tribute to Erroll Garner” (Camille Productions) est en vente depuis le 15 mai. Avec lui les musiciens de son disque, Raphaël Dever à la contrebasse, Stan Laferriere à la batterie et Laurent Bataille aux congas, instrumentation que l’elfe Garner appréciait. Au programme, des compositions de ce dernier, 7-11 Jump, Dreamy, Dancing Tambourine et l’incontournable Misty, le morceau le plus célèbre d’un enchanteur du piano dont la principal inspirateur fut le grand Fats Waller. Remercions Pierre Christophe, Prix Django Reinhardt 2007 de l’Académie du Jazz, de nous faire revivre sa musique.

-Le 15 à 21h00, le Studio de l’Ermitage accueille l’Orchestre de la Lune, grande formation dirigée par le saxophoniste et compositeur Jon Handelsmann réunissant chanteurs et chanteuses (Kania Allard, Brad Scott et Rosa Grace) et instrumentistes de talent. Point de contrebasse ni de claviers, Didier Havet au tuba assure les basses de cet orchestre festif et funky qui mêle jazz et reggae et joue des compositions aux arrangements très soignés. Il réunit de bons musiciens dont Daniel Zimmermann au trombone, Bobby Rangell au saxophone alto, Michael Felberbaum à la guitare et Xavier Desandre-Navarre aux percussions. Disponible depuis le 5 mai, leur disque s’intitule “Dancing Bob” (Cristal Records) et mérite une écoute attentive.

-Eric Le Lann au Sunside le 16 avec les musiciens de “Life on Mars”, un album de 2015, un des meilleurs de sa discographie. Cette réussite, on la doit également à Paul Lay qui joue un merveilleux piano, à Sylvain Romano dont la solide contrebasse porte la musique et au drumming subtil de Donald Kontomanou. Avec eux, Le Lann exprime ses sentiments, son lyrisme. En quelques notes, le mélodiste installe l’émotion. On pense à Chet Baker auquel il a rendu hommage dans un disque récent. Attendons-nous à un répertoire varié. Dans “Life on Mars”, la Danse Profane de Claude Debussy rencontre Life on Mars de David Bowie et Everytime We Say Goodbye de Cole Porter. Laissons nous donc surprendre.

-Franck Avitabile que l’on a un peu perdu de vue ces dernières années et qui n’a pas fait de disques sous son nom depuis 2009 (“Paris Sketches” consacré à ses propres compositions) est attendu au Duc des Lombards le 16 et le 17 avec Diego Imbert à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie. Le premier album que Franck fit paraître chez Dreyfus Jazz en 1998 (“In Tradition”) fut parrainé par Michel Petrucciani. “Right Time” qui lui succéda en 2000 fut enregistré en trio avec Niels-Henning Ørsted Pedersen à la contrebasse. On se réjouit de revoir sur une scène parisienne ce pianiste sensible et exigeant qui possède une technique éprouvée.

-Rémi Toulon au Sunside le 22 avec sa section rythmique habituelle – Jean-Luc Aramy (contrebasse) et Vincent Frade (batterie) –, mais aussi avec Sébastien Charlier à l’harmonica diatonique qui est l’invité de “Adagiorinho”, son nouvel album, « rencontre imaginaire entre un adagio européen et un chorinho du Brésil », dont ils fêtent la sortie. Je ne l’ai pas reçu mais le pianiste nous invite « à un voyage festif et mélodique où la samba côtoie le blues, Gainsbourg croise Djavan et Musset danse le Boogaloo » indique l’argumentaire de presse. Naguère élève de Samy Abenhaïm et de Bernard Maury à la Bill Evans Piano Academy, le pianiste nous a habitué à des compositions originales traduisant un réel savoir harmonique et à des reprises très personnelles. Il a précédemment enregistré deux albums sous son nom, “Novembre” en 2011 et “Quietly” en 2014.

-Herbie Hancock à la Seine Musicale le 29 juin (20h30), un concert événement bien sûr. Légende vivante du jazz, le pianiste américain né en 1940 a beaucoup apporté à son histoire. Membre du second quintet de Miles Davis, fondateur d’un sextette qui donna ses lettres de noblesse au jazz fusion, puis des Headhunters, l’auteur de Watermelon Man, Cantaloupe Island, Maiden Voyage s’intéressa aussi à la danse, à la musique électronique. Aimant s’amuser avec de nouveaux instruments, il s’impliqua aussi dans des projets commerciaux. Il n’a plus rien publié depuis “The Imagine Projecten 2010, superproduction plutôt réussie enregistrée avec des musiciens du monde entier. La Seine Musicale accueillera Herbie Hancock en quintet. Lionel Loueke (guitare, voix), James Genus (basse) et Vinnie Colaiuta (batterie) nous sont familiers. Producteur de disques de soul et de funk, le multi-instrumentiste Terrace Jamahl Martin (saxophone, claviers) sera pour beaucoup une découverte. Puissent-ils nous offrir un bon concert de jazz.

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Péniche Le Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-La Seine Musicale : www.laseinemusicale.com

 

Crédits Photos : "Salle désespérément vide" © Photo X/D.R. – David Sauzay, Dominique Fillon, Pierre Christophe, Eric Le Lann, Franck Avitabile © Philippe Marchin – Do Montebello © Pierre de Chocqueuse – Duke Orchestra © Pascal Bouclier – L’Orchestre de la Lune © Jean-François Humbert – Rémi Toulon © Amélie Gamet.

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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 09:10
Émois de mai

Joli mois de mai dit la comptine, mais cette année un mois de tous les dangers pour une France mise à mal depuis des années par ses Politiques, grands privilégiés de notre République. On tremble à juste titre devant le péril dans lequel peut conduire ces élections présidentielles. Le pire peut encore arriver. J’en ai un avant-goût ce 1er mai avec la centaine d’enragés qui cassent, pillent, vocifèrent et tempêtent devant mes fenêtres (j’habite tout près de la Bastille), qui cherchent à en découdre avec la police, bouclier d’une société depuis longtemps désemparée, comme si le tout gratuit et les belles promesses d’un État-providence étaient encore possibles. Cocktails Molotov, mais aussi pierres, pavés, cailloux, boulons, tout ce qui peut tomber sous la main des agités pleut sur des CRS caparaçonnés comme des troupes au combat. Pessimiste de nature, ce tumulte me trouble moins que les jours à venir. En attendant, entre deux pétarades assourdissantes de bombes lacrymogènes, j’écoute de la musique, du jazz dont le bleu n’est pas du tout marine, “Bitter Ending”, “Jazz et Jazz”, “Anna Livia Plurabelle” qui, 50 ans après son premier enregistrement (1966), reste d’une modernité stupéfiante. Ces disques d’André Hodeir me donnent du baume au cœur, m’isolent du bruit et de la fureur de ces jours incertains.

 

Ces réécoutes attentives, je les dois à Pierre Fargeton, à la pertinence de ses commentaires et de ses analyses. Maître de conférences à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, titulaire d’un doctorat de musicologie consacré à la musique d’André Hodeir, il vient de faire paraître “André Hodeir le jazz et son double” aux Éditions Symétrie (préface de Martial Solal) un bouquin, lourd et épais, pas loin de 800 pages, une somme très complète et détaillée enrichie d’une abondante iconographie. Fargeton s’est livré à plusieurs entretiens avec Hodeir et a eu accès à ses archives ce qui rend son livre passionnant. J’y suis plongé depuis deux semaines, redécouvrant un des rares compositeurs français qui laisse une œuvre importante au regard de l’histoire du jazz.

 

Compositeur, homme de radio, fondateur du Jazz Groupe de Paris, auteur de nombreux articles (notamment dans Jazz Hot dont il fut dès après guerre un des plus éminents collaborateurs) et de plusieurs livres, les plus célèbres étant “Hommes et problèmes du jazz” et “Les Mondes du jazz”, ouvrages fondamentaux pour ceux qui veulent réfléchir sur le jazz, André Hodeir (1921-2011) est malheureusement trop oublié et trop peu joué. Le dernier concert donné autour de ses œuvres date du 3  décembre 2011. On le doit au Patrice Caratini Jazz Ensemble qui ce jour-là, dans le studio 105 Charles Trenet de Radio-France, interpréta quelques-unes de ses compositions (et arrangements) dont sa célèbre et admirable Jazz Cantata. Je ne vais pas vous détailler ici le livre de Pierre Fargeton qui malgré son prix (70€) et la difficulté de compréhension que pose une partie de l’ouvrage (sa deuxième et troisième partie, analyses des techniques du langage musical du compositeur), me semble incontournable. Je consacrerai prochainement un article à André Hodeir dans les pages de ce blog. Il vous faudra attendre un peu. La patience n’est-elle pas mère de toutes les vertus ?

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Concert de sortie au Triton le 4 mai de “Spirit Dance, nouveau disque d’Yves Rousseau (contrebasse) et de Christophe Marguet (batterie). Après 15 ans de complicité et de concerts partagés, ils ont réuni un nouvel orchestre pour jouer leurs musiques, de beaux thèmes brillamment orchestrés. Fabrice Martinez (trompette et bugle), David Chevallier (guitare électrique) et Bruno Ruder (piano & Fender Rhodes) créent avec eux une texture sonore plus ou moins électrique selon les plages. Certaines sont fondées sur la pulsion et l’énergie, d’autres privilégient la mélodie et le lyrisme. L’imagination fertile canalise les influences au profit d’une parfaite lisibilité du discours musical. Une formation à suivre assurément.

-Du 9 au 11 mai, Catherine Russell occupera la scène du Duc des Lombards. Mark Shane (piano), Matt Munisteri (guitare), Nicki Parrott (contrebasse) et Mark McLean l’accompagnent depuis longtemps et constituent un véritable groupe. Fille de Luis Russell qui fut l’un des pianistes et directeur musical de Louis Armstrong, la chanteuse travailla longtemps comme choriste avant de posséder sa formation. Sa voix chaude et sensuelle fait revivre d’anciennes mélodies de l’histoire du jazz, des joyaux de l’ère du swing et des blues éternels. Son album “Strictly Romancin a reçu en 2012 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz.

-Le 10, le pianiste Bruno Angelini présentera au Sunside Open Land, un quartette comprenant Régis Huby aux violons, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Sylvain Darrifourq (remplaçant ce soir là Edward Perraud) à la batterie. La musique fait suite à celle de l’album “Instant Sharings” enregistré en 2014 avec les mêmes musiciens. Récompensé par un Choc dans le numéro de Jazz Magazine de juin 2015, ce disque inclassable réunit jazz moderne et musique contemporaine. Les compositions de Bruno voisinent avec des thèmes de Paul Motian, Wayne Shorter et Steve Swallow, la musique évoluant librement sous l’action collective des musiciens. Au Sunside, le groupe jouera également de nouvelles compositions, prélude à l’enregistrement d’un nouvel album en juin prochain à La Buissonne.

-Ne manquez pas le 12 au Duc des Lombards le concert de sortie de “Princess”, album réunissant le pianiste Stephan Oliva, la chanteuse suisse Susanne Abbuehl et le percussionniste norvégien Øyvind Hegg-Lunde. Largement consacré à la musique de Jimmy Giuffre peu interprétée par les jazzmen, son répertoire comprend aussi Great Bird, un thème que Keith Jarrett enregistra pour Impulse, une version inattendue de What a Wonderful World et des musiques de Stephan qui écrit pour Susanne des mélodies douces et tendres, enveloppe sa voix de notes soyeuses et met en valeur son timbre aérien. Cette dernière y ajoute ses propres paroles ou met en musique des poèmes qu’elle affectionne, allongeant ou contractant leurs syllabes pour leur donner du rythme.

-Le 13 à 20h30, dans le cadre de la cinquième édition de son Tempo Jazz, l’Espace Sorano de Vincennes invite la pianiste Geri Allen et le trompettiste Enrico Rava, deux musiciens exceptionnels qui ne se sont jamais rencontrés, à constituer un duo inédit. Outre ses propres albums, en solo ou avec Ron Carter et Tony Williams, Charlie Haden et Paul Motian, cette grande dame du piano fit partie du groupe de Charles Lloyd et accompagna Ornette Coleman. Apôtre du free jazz dans les années 70, Enrico Rava préfère aujourd’hui souffler de la douceur et privilégier le lyrisme, sa trompette servant le cantabile avec une grande variété d’inflexions. Il s’est toujours entouré de bons pianistes – Franco d’Andrea, Stefano Bollani, Giovanni Guidi – jouant des mélodies très simples et très belles dont son association avec Geri Allen devrait bénéficier.

-Steve Kuhn au Sunside le 13 (19h00 et 21h30) et le 14 mai (20h00) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Le pianiste a une longue carrière et une impressionnante discographie derrière lui. Il a enregistré avec Scott LaFaro, accompagné Kenny Dorham, Stan Getz et Art Farmer et, de janvier à mars 1960, a même été le pianiste de John Coltrane auquel il a consacré un magnifique album en 2008. Ancrant son piano dans la tradition du bop, Steve Kuhn est aussi un musicien lyrique, un disciple de Bill Evans qui aime diversifier son jeu. Ses propres compositions révèlent le styliste aux harmonies élégantes qui excelle en solo. “Ecstasy”, un disque ECM de 1974, en témoigne.

-Le 17 mai à 20h00, le Mona Bismarck American Center (34 avenue de New York, 75116 Paris) accueille Jacky Terrasson en solo dans un programme entièrement consacré à des standards de l’histoire du jazz. Le pianiste excelle dans cet exercice qui le voit prendre des risques, greffer de nouvelles notes, de nouvelles harmonies sur de vieux thèmes indémodables. Il joue pourtant trop rarement en solo. Ne manquez pas cette rare occasion d’écouter ce face à face avec lui-même, son jeu physique ancré dans le blues, dans le rythme, la scène apportant une autre dimension à sa musique.

-Guitariste italien installé à Paris depuis plusieurs années, Federico Casagrande fêtera le 18 au Sunside (21h30) la sortie sur le label CAM Jazz de “Fast Forward”, un album en trio enregistré avec le bassiste américain Joe Sanders (remplacé par Simon Tailleu pour ce concert) et le batteur israélien Ziv Ravitz, compagnon de route de Yaron Herman. Né à Trévise, Federico Casagrande étudia la guitare au Berklee College of Music de Boston. Séduit par ses timbres et ses couleurs, Enrico Pieranunzi a enregistré en duo avec lui “Double Circle” en 2014. À la guitare acoustique Federico y révèle la finesse de son jeu, ses harmonies sophistiquées. On les retrouve intactes dans les deux plages acoustiques de son nouveau disque, un opus électrique tout aussi audacieux.

JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS - 17ème ÉDITION

-Le 18 également, le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas (92 rue d’Assas) accueillera Anne Ducros. Accompagnée par ses musiciens – Benoit De Mesmay (piano), Olivier Louvel (guitare), Gilles Nicolas (contrebasse et basse électrique), Bruno Castellucci (batterie) – et un orchestre symphonique, elle interprétera le répertoire de “Brother Brother !” (Adlib), son nouvel album, un florilège de chansons célèbres – You Are So Beautiful, La Bicyclette, Samba Saravah, Déshabillez moi – merveilleusement chantées et bénéficiant d’arrangements très soignées.

-Ce concert est donné dans le cadre de la 17ème édition du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés qui se déroulera cette année du 11 au 22 mai dans diverses salles et lieux des 5ème et 6ème arrondissements de Paris – Les églises de St. Germain et de Saint-Sulpice, la salle des fêtes de la mairie du 6ème, le Lucernaire, l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, la Maison des Océans – mais aussi au Sunside qui abritera les 13 et 14 mai le Tremplin Jeunes Talents.

 

-Un festival soutenu par la Fondation BNP Paribas et que créèrent Donatienne Hantin (co-fondatrice et co-directrice en charge de la production du festival) et Frédéric Charbaut (son co-fondateur, directeur en charge de l’artistique) avec le regretté Joël Leroy. Autour d’eux se bouge une équipe formidable. Je pense à Géraldine Santin la responsable de la communication qui est à droite sur la photo avec à son côté le pianiste Joran Cariou, vainqueur du Tremplin Jeunes Talents 2016 (Frédéric et Donatienne sont à gauche sur cette même photo), à Sophie Louvet l’attachée de presse, et à Véronique Tronchot dont le papa reste cher à mon cœur.

 

-Le programme est à découvrir sur le site internet du festival. Il y en a pour tous les goûts avec des concerts du pianiste Shahin Novrasli, du Stefano Di Battista / Flavio Boltro Quintet (qui invite la chanteuse Robin McKelle) de Baptiste Trotignon, du saxophoniste David Sauzay (en solo au Musée de Cluny le 20 mai à 21h00) et de la chanteuse Linda Lee Hopkins.

-L’un des points forts du festival sera le concert de sortie du nouvel album ECM du trompettiste Avishai Cohen, “Cross My Palm With Silver”, le 19 mai à 21h30 à la Maison des Océans, 195 rue Saint-Jacques. Déjà présents dans “Into The Silence” son disque précédent (Grand Prix 2016 de l’Académie du Jazz), le pianiste Yonathan Avishai et le batteur américain Nasheet Waits sont à nouveau de l’aventure, le bassiste Barak Mori indisponible se voyant remplacer par Yoni Zelnik. Les cinq compositions de ce nouvel opus laissent beaucoup de place à l’improvisation, la musique souvent modale restant largement confiée à la discrétion des musiciens qui y déposent leurs idées et concourent à la création de pièces ouvertes et subtilement interactives.

 

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-L’association « Partage dans le monde » que soutient activement le pianiste Nicola Sergio nous donne rendez-vous le dimanche 21 mai (18h00) au New Morning pour la 4ème édition de « Jazz pour le Népal », un concert de soutien en faveur des sinistrés des séismes de 2015 au Népal. Au programme le Nicola Sergio Quartet (avec Francesco Baerzatti au saxophone), Antoine Hervé en trio avec François et Louis Moutin et l’Orchestre Pee Bee. Les bénéfices de ce concert financeront des missions médicales et éducatives.

-Pat Metheny est attendu à l’Olympia le 23 à 20h00, avec un nouveau groupe comprenant Gwilym Simcock aux claviers, Linda Oh à la basse et Antonio Sanchez à la batterie, seul rescapé de sa formation précédente. Le prix des places : entre 117€ et 62€, cher pour un guitariste qui ces dernières années n’a pas toujours été au meilleur de sa forme. Mais sur scène Metheny se lâche, improvise tout feu tout flamme avec un lyrisme dont manque un peu ses derniers albums studio. Sans Chris Potter, saxophoniste parfois envahissant, et renouant avec la formule du quartette qui a fait son succès (ses grands disques avec Lyle Mays), Metheny devrait donner le meilleur de lui-même.

-Fred Hersch au Sunside le 23 (21h00) et le 24 (19h30 et 21h30) avec son trio habituel, John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie). Musicien inspiré, Hersch joue une musique si fluide que l’on ne perçoit pas l’immense technique qu’elle nécessite. Les standards qu’il reprend et actualise avec un grand souci de la forme révèlent la profonde intimité qu’il partage avec son piano. Rythmiquement, il fascine par son sens du tempo, sa conception très souple du rythme qui lui permet de passer du stride au boogie ou de jouer une bossa avec un brio sans pareil. Interprète coutumier de Thelonious Monk, les accords anguleux et abstraits, ne lui font pas peur. La contrebasse d’Hébert instaure avec lui une conversation quasi permanente. Quant à son batteur il adapte son jeu à toutes les situations. Des concerts incontournables.

-Au Sunset le 25, le trio AérophoneYoann Loustalot (trompette et bugle), Blaise Chevallier (contrebasse) et Frédéric Pasqua (batterie) – fêtera la sortie d’“Atrabile” (Bruit Chic / L’Autre Distribution), son troisième album, un opus au sein duquel le trio devient quartette avec l’arrivée de Glenn Ferris, tromboniste invité. Une musique plus riche sur le plan sonore, mais aussi sur celui des échanges en résulte. Assurant d’habiles contre-chants, les cuivres organisent une véritable polyphonie de timbres autour des compositions structurées de Loustalot, un répertoire souvent mélancolique dans lequel Ferris, qui sera présent au Sunset, se révèle l’interlocuteur idéal du trompettiste.

-Avec Stéphane Kerecki et Daniel Humair, Antonio Faraò était en février au Duc des Lombards. Il retrouvera le Sunside le 26 (à 21h00) et le 27 (à 21h30) avec un autre trio pour l’accompagner. Thomas Bramerie (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) poseront leurs tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies élégantes. Il peut aussi se montrer énergique, donner swing et intensité à ses notes et peindre des paysages plus durs et plus abstraits. Il reste toutefois attaché à la ligne mélodique des thèmes qu’il aborde et qu’il ré-harmonise. Avec lui, point de notes inutiles mais un jazz raffiné qui se laisse constamment fêter.

-Dans le cadre du festival Villette Sonique 2017, Annette Peacock se produira en solo le 27 (chant, piano & claviers) dans la salle des concerts de la Cité de la Musique. Figure lunaire du jazz et des musiques expérimentales, elle épousa le contrebassiste Gary Peacock puis devint la femme de Paul Bley avec lequel elle enregistra quelques albums de jazz électronique, elle-même utilisant un prototype de Mood Synthétiser. Elle a signé des thèmes inoubliables – Open To Love, Blood, Albert’s Love Theme, Touching – que la pianiste Marilyn Crispell a réuni en 1996 dans “Nothing Ever Was, Anyway”, un album ECM en trio. Son dernier disque, “An Acrobat’s Heart” (ECM) date de 2000. Un concert événement. 

-Le Triton : www.letriton.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-Mona Bismarck American Center : www.monabismarck.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-La Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits photos : Yves Rousseau / Christophe Marguet 5tet © Jérôme Prébois – Catherine Russell © Sandrine Lee – Bruno Angelini, Steve Kuhn, Fred Hersch, Antonio Faraò © Philippe Marchin – Stephan Oliva / Susanne Abbuehl / Øyvind Hegg-Lunde © Maxim François – "Un Premier mai très parisien", Geri Allen, Fredéric Charbaut / Donatienne Hantin / Joran Cariou /Géraldine Santin © Pierre de Chocqueuse – Jacky Terrasson © Jean-Baptiste Millot – Federico Casagrande © Boris Wilensky – Anne Ducros © Robert Pasquier / Ropas – Pat Metheny © J. Peden – Avishai Cohen, Aérophone, Annette Peacock © Photos X/D.R.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:13
Adieu Yoyo

Ma première rencontre avec Philippe Adler remonte à 1976. Journaliste à l’Express, il était venu interviewer Ringo Starr dans la suite qu’occupait ce dernier à l’hôtel George V. Alors attaché de presse, je ne me doutais pas que ma future passion pour le jazz et les hasards de la vie nous lieraient d’amitié. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de ce que nous nous sommes dit ce 17 septembre. Peu de choses probablement. Philippe Adler cachait sa timidité sous une certaine froideur, un aspect bourru qu’il réservait à ceux qu’il rencontrait la première fois. Sous cette carapace se dissimulait une âme sensible et généreuse. Je le découvris beaucoup plus tard. Philippe gardait une certaine réserve. Très jeune, j’étais moi-même peu assuré.

 

Je me revois chez lui à Paris, dans le jardin qui jouxtait son appartement de la rue du Ranelagh en 1986, par une belle journée de début d’été. Jazz Hot se cherchait un nouveau rédacteur en chef et quelques membres de la rédaction du journal dont moi-même souhaitions le voir en endosser l’habit. Monsieur Jazz à RTL  – il en dirigea également les programmes au début des années 70 –, puis à l’Express, Philippe Adler avait fondé Rock & Folk vingt ans plus tôt avec quelques amis. Auteur des paroles de Papa Tango Charly pour Mort Shuman, de celles de Destinée pour Guy Marchand, chanson que le film de Jean-Marie Poiré “Le Père Noël est une ordure” avait rendu célèbre, il était alors plongé dans l’écriture sous le regard attentif et bienveillant d’André Balland chez qui il avait publié deux romans débordant de tendresse et d’humour. Acceptant le poste qu’on lui offrait à Jazz Hot, il en ressuscita le courrier des lecteurs, répondant aux nombreuses lettres qu’il recevait par des phrases aussi brèves que percutantes. Il apporta à la revue un ton différent, celui d’une plume impertinente, irrévérencieuse et drolatique. Ses Hot News, 4 pages désopilantes d’informations et de photos aux légendes saugrenues, ne manquèrent pas de faire du bruit.

 

Philippe resta dix-huit mois à Jazz Hot, rajeunissant le lectorat du « vieux tramway bringuebalant et rouillé qui venait de traverser une zone de fortes turbulences », gagnant par l’humour de nouveaux lecteurs ouverts comme lui à d’autres musiques. S’il aimait surtout le jazz de Duke Ellington, de Count Basie, de Dizzy Gillespie et de Shorty Rogers, il appréciait le jazz moderne, les jeunes musiciens qui en faisaient l’histoire. Comment oublier nos journées de rires ponctuées de déjeuners pantagruéliques chez Marcel, restaurant de la rue Saint-Nicolas et proche du passage de la Boule Blanche dans lequel le journal s’était installé ? Comment oublier nos deux virées à Besançon, au festival Jazz en Franche-Comté, avec Patrick Tandin, Julien Delli-Fiori et Ferdinand Lecomte ?

 

Le cœur sur la main et attentif aux autres, Philippe s'amusait mais travaillait aussi beaucoup. Avec Jazz Hot sur les bras, il trouva le temps d‘écrire deux autres romans “Les amies de ma femme”, son plus grand succès adapté pour le cinéma par Didier Van Cauwelaert et “Graine de tendresse” dans lequel la rédaction de son journal devient celle du Serpent Charmeur, « une jolie bande de toqués sympathiques » dont un certain Calqueuse est le chef de pub. En 1987, Jean Drucker, PDG de M6 qui souhaitait pérenniser une émission de jazz sur la chaîne, le chargea de l’animer. Diffusé tous les lundis à une heure tardive, Jazz 6 connut une longévité exceptionnelle, l'émission s’arrêtant définitivement en 2008. Ne pouvant mener de front trois activités, Philippe organisa son départ de Jazz Hot. Il m’avait beaucoup encouragé à écrire. J’étais prêt. Il m’en remit les clefs.

 

Les années passaient, mon fils Julien grandissait. Philippe lui téléphonait au moment des fêtes et, prenant une autre voix, il devenait Yoyo, le lutin préféré du Père Noël. Julien avait-il été sage ? Tout tremblant au bout du fil, il lui assurait toujours que oui. Philippe publia trois autres romans et, en 1994, nous rédigeâmes à quatre mains “Passeport pour le Jazz” qui reçut éloges et critiques positives lors de sa parution l’année suivante. Largement remaniée et complétée, une seconde édition parut deux ans plus tard. Quittant son « coron » de Boulogne-Billancourt, Philippe s’était installé à Plaisir. Nous déjeunions ensemble lorsqu’il se rendait à Paris. Il finit par délaisser complètement la capitale et je prenais le train pour aller le voir. Il avait coupé sa moustache et pour le magazine gastronomique 3 Étoiles, réalisait des interviews de grands chefs étoilés. Il était particulièrement fier du long entretien que lui accorda Paul Bocuse en 2013 et dont ce blog se fit bien sûr l'écho.

 

Malade depuis plusieurs mois, il n’acceptait aucun visiteur, exceptés les membres de sa proche famille, son fils Jean-Christophe et sa fille Emmanuelle. C’est elle qui me prévint de son décès. Le 12 mars, jour de la fête de Pourim, le carnaval juif – cela ne pouvait mieux tomber –, Philippe, né le 16 juin 1937, retrouvait là-haut ses parents et amis disparus, Philippe Koechlin qu’il aimait beaucoup, les musiciens qu’il admirait, ses chats (Ellington, Thelonious, Dizzy...) qui le consolaient. Je l’imagine faire la fête avec eux autour d’une table bien garnie, du jazz plein les oreilles, son éternel cigare au bec, heureux sous la protection du Bon Dieu. Ce dernier n’est-il pas lui aussi un fumeur de havanes ?

 

-Après les pianistes Maurice Vander et Horace Parlan partis en février, Jean-Christophe Averty, Pierre Bouteiller, Tommy LiPuma (qui venait de produire le nouveau disque de Diana Krall) et Gérard Terronès nous ont aussi quittés en mars, mois tristement endeuillé.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Pour commencer, rendez-vous au Duc des Lombards. Benny Golson s’y produit les 3, 4 et 5 avril et il serait dommage de ne pas l’écouter. Né en 1929, créateur des standards inoubliables que sont Along Came Betty, I Remember Clifford ou de cette Blues March qui fut l’indicatif de “Pour ceux qui aiment le jazz”, le saxophoniste est une des dernières vraies légendes d’une musique à laquelle il contribua activement. Sa participation aux Jazz Messengers d’Art Blakey dont il assuma un temps la direction, le Jazztet qu’il codirigea avec Art Farmer furent quelques-uns de ses titres de gloire. On est surpris de l’entendre jouer aussi bien aujourd’hui. Sa sonorité reste moelleuse, chaude, généreuse, et son phrasé fluide. Depuis l’an dernier, il tourne en Europe avec Antonio Faraò au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Doug Sides (batterie). Ils seront avec lui au Duc pour servir sa musique.

-J’ai découvert Ben Rando en 2012 lorsqu’il officiait au piano au sein de Dress Code, un groupe qui nous laisse un album sur lequel plane fortement l’ombre du second quintette de Miles Davis. Benjamin Rando sort aujourd’hui un premier disque sous son nom. La musique en est très différente, du jazz teinté de folk, des chansons jazzifiés qui laissent beaucoup de place à l’improvisation des solistes, une jeune américaine, Sarah Elizabeth Charles, se chargeant de les chanter. On peut ne pas adhérer à son timbre de voix, mais les orchestrations très soignées de cet opus regorgent de belles couleurs et d’inventions mélodiques. Naguère membres de Dress Code, le saxophoniste Yacine Boularès et le batteur Cédric Bec sont de l’aventure, Sam Favreau à la contrebasse et l’excellent guitariste Federico Casagrande complétant la formation. Le 5 au New Morning, elle fêtera la sortie de “True Story” (Onde Music / InOuïe Distribution) sur lequel on prêtera attention.

-Le 7, le Gil Evans Paris Workshop au grand complet investit le New Morning à l’occasion de la parution de “Spoonful” (Jazz&People / PIAS) son premier disque, deux CD(s) renfermant une musique généreuse qui laisse également beaucoup de liberté aux solistes. À la tête d’une quinzaine de jeunes musiciens, Laurent Cugny reprend et modernise les arrangements de Gil Evans, propose ses propres compositions et des morceaux qu’il a lui-même arrangés, Lilia de Milton Nascimento, Manoir de mes rêves de Django Reinhardt, My Man’s Gone Now de George Gershwin bénéficiant des rythmes et des timbres élégants qu’offre l’instrumentation d’un grand orchestre. Citer les noms des musiciens qui entourent Laurent sur cette photo serait fastidieux pour le lecteur de ce blog. Vous les trouverez dans le livret de son album que vous allez sans tarder acquérir. Grâce à eux, le jazz rajeunit et continue d’exister.

-Avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), le pianiste Yonathan Avishai se produira en trio au Sunside le 14. Il enregistra avec eux “Modern Time”, premier de ses deux disques pour le label Jazz&People, la découverte d’un pianiste sensible qui joue peu de notes, mais les aère par une utilisation judicieuse du silence, sait bien les choisir et dont la musique, ancrée dans la tradition, relève bien du jazz. Avec César Poirier (clarinette et saxophone alto) qui le 15 s’ajoutera au trio du pianiste, la musique se teintera de couleurs néo-orléanaises. Avec Inor Sotolongo (percussions) indisponible ce soir là, César participa à l’enregistrement de “The Parade”, son deuxième album, réussite incontestable qui nous transporte dans les Caraïbes, et au sein duquel le boléro et l’habanera font bon ménage. Un de mes 13 Chocs 2016, un disque à écouter sans tarder.

-Fred Nardin au Duc des Lombards le 20. On l’y rencontre souvent, toujours prêt à tenir le piano du club. Prix Django Reinhardt 2016 de l’Académie du Jazz, Fred se prépare à enregistrer un disque en trio. C’est avec Or Bareket à la contrebasse et Leon Parker à la batterie que le Duc le programme. Pianiste de l’Amazing Keystone Big Band, il surprend par la modernité de son piano. Avec lui, l’instrument reste attaché au blues, à l’histoire du jazz, parle le swing et le bop. Enregistré en quartette en 2013 et publié en janvier 2016, “Watt’s ne reflète pas les progrès accomplis par le pianiste. On l’écoutera plutôt dans “Low Down”, un album plus récent du saxophoniste Jean-Philippe Scali et l’on attendra patiemment le sien dont la sortie nous est annoncée cette année.

-Monty Alexander à la Philharmonie de Paris, salle Pierre Boulez, le 23 à 18h00. Originaire de la Jamaïque, il se plaît à mêler le jazz de la grande Amérique au reggae de Kingston, sa ville natale. Vif, brillant, coloré et souvent percussif, son piano a souvent été comparé à celui d’Oscar Peterson. Les albums qu’il a enregistrés pour le label Motéma avec son Harlem-Kingston Express déménagent et contiennent d’étonnantes versions de The Harder They Come (Jimmy Cliff) et de No Woman No Cry (Bob Marley). Andy Bassford (guitare), Hassan Shakur (contrebasse) et Karl Wright (batterie) qui l’accompagnent à Paris jouent depuis longtemps avec lui. Wayne Escoffery au saxophone ténor et Andrae Murchison au trombone donneront d’autres couleurs à sa musique. Leon Duncan (contrebasse) et Jason Brown (batterie) doubleront la section rythmique ce qui promet une belle soirée.

-Houston Person en quartette au Duc des Lombards du 24 au 26 avril. Né en 1934, auteur d’une discographie riche d’une cinquantaine d’albums – il en enregistra une dizaine pour le label Prestige –, ce musicien originaire de la Caroline du Sud possède toujours une sonorité chaude et veloutée au saxophone ténor. Elle convient bien aux ballades qu’il reprend, à ses improvisations toujours mélodiques. J’ignore tout des musiciens qui l’accompagnent à Paris, la chanteuse et pianiste Dena DeRose, le bassiste Ignasi Gonzalez, le batteur Jo Krause, mais je recommande à vos oreilles attentives “Something Personnal”, un disque HighNote de 2015. L’énergie intacte, Houston Person tout feu tout flamme nous donne une leçon de lyrisme.

-Tony Palemaert au Studio de l’Ermitage le 25 (21h00). Il y fêtera la sortie de “Camera Obscura”, disque dont vous trouverez la chronique dans ce blog. Le pianiste apprécie toutes sortes de musiques et les fait siennes au sein d’un univers musical très riche qu’il orchestre avec beaucoup de cohérence. Relevant du jazz, ses improvisations reposent sur des mélodies attachantes qu’il harmonise avec beaucoup d’imagination, ses musiciens contribuant avec lui à la réussite d’une musique très soignée sur un plan sonore. Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), Nicolas Moreaux (contrebasse), Karl Jannuska (batterie) et deux des nombreux invités de l’album, Christophe Panzani (saxophone ténor) et Pierre Perchaud (guitare) seront sur scène pour l’interpréter, la recréer autrement. Le guitariste Federico Casagrande qui a enregistré un bel album avec le maestro Enrico Pieranunzi (“Double Circle” sur Cam Jazz) assurera la première partie du concert. Enregistré avec Joe Sanders (contrebasse) et Ziv Ravitz (batterie), “Fast Forward”, son nouveau disque, paraîtra le 19 mai.

-On retrouve Christophe Panzani, Pierre Perchaud et Karl Jannuska dans le sextet de Nicolas Moreaux attendu au Sunside le 26. Le bassiste m’était inconnu avant la parution de “Fall Somewhere”, grand prix du disque de l’Académie Charles Cros en 2013, un double CD atmosphérique et lyrique à la croisée du jazz et d’autres musiques populaires. Puis vint son “Belleville Project”, musique d’un film imaginaire co-signé avec le saxophoniste américain Jeremy Udden dans laquelle Pierre Perchaud assure les guitares et le banjo. Olivier Bogé au saxophone alto et Antoine Paganotti à la batterie complètent la formation d’un compositeur qui lui apporte de vraies mélodies, met en scène une musique inspirée évoquant des images, une musique sur laquelle il fait bon s’attarder.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

Crédits Photos : Philippe Adler © Pierre de Chocqueuse – Benny Golson Quartet © Marie-Colette Becker – Ben Rando © Jean-Baptiste Millot – Gil Evans Paris Workshop © Noé Cugny – Yonathan Avishai Trio © Eric Garault – Fred Nardin, Nicolas Moreaux © Philippe Marchin – Tony Palemaert © Sylvain Gripoix – Monty Alexander, Houston Person © Photo X/D.R.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 09:13

 

Mars : à la lecture des rares journaux de jazz qui existent encore, je ne peux m’empêcher de constater à quel point le « politiquement correct » empêche toute vraie critique de se faire entendre. On y découvre tous les mois les chroniques largement positives d’une cinquantaine d’album, voire davantage. Les musiciens s’en satisfont. Le moindre bémol adressé à leur travail provoque leur profond courroux. Tout va bien entre eux et les journalistes si ces derniers passent toujours la brosse dans le sens du poil, si leur talent n’est pas contesté. L’amateur de jazz qui cherche à s’informer, à acheter un album susceptible de lui plaire est souvent moins heureux. Comment choisir lorsque presque tous les disques qu’on lui présente bénéficient de bonnes chroniques ?  

 

Les mauvais disques existent-ils encore ? On peut en douter à la lecture de nos journaux de jazz, de ce blog qui met en avant les bons disques et ignore les autres, choix qualitatif impliquant que certains d’entre eux sont donc moins intéressants que d’autres. Selon certains, tout est affaire de goût, pure subjectivité rendant toute discussion impossible. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise musique. On aime tel disque parce qu’il parle à votre sensibilité ; on n’en apprécie pas tel autre car il est trop éloigné de votre esthétique. Or le goût s’affine par l’expérience, l’écoute et surtout la culture. N’émettre aucune critique, ce n’est pas rendre service au musicien qui conforté dans son ego, pourra difficilement faire progresser son œuvre. Au sein des rédactions, les chroniques des nouveautés et des rééditions sont confiées à ceux qui sont les plus capables de les apprécier. Normal, car il est toujours préférable de défendre un album que d’en dire du mal. Malheureusement pour le lecteur, le jugement positif que porte le chroniqueur est souvent loin de refléter la valeur musicale du disque qu’il commente. Sans vouloir provoquer de nouvelles batailles d’Hernani, je pense qu’il serait bon de multiplier les débats, les espaces de discussions, les « pour et les contre » sur des disques qui divisent les journalistes (il y en a, et même beaucoup) afin d’éclairer l’amateur de jazz sur une musique qui change, bouge, en digère de nouvelles sans trop savoir où elle va. Perdu, incapable de se faire une réelle opinion à la lecture des blogs, des journaux qui encensent, le jazzophile se voit obligé de bien connaître les goûts des chroniqueurs pour ne pas se tromper.

 

Il n’y a pas si longtemps, journalistes, musiciens et lecteurs s’éreintaient dans les pages des journaux. Souvenez-vous des prises de position de Boris Vian dans Jazz Hot, du courrier des lecteurs qu’y tenait Lucien Malson, du “Débloc-Notes de Siné dans ce même journal, de son “Sinépistolier dans Jazz Magazine et, plus près de nous, des “Hot News de Philippe Adler dont l’humour fit scandale dans Jazz Hot. Il y avait là une liberté de ton, une impertinence, qui n’est plus possible aujourd’hui. N’hésitez donc pas à contester les choix rédactionnels de ce blog que j’assume seul depuis bientôt neuf ans, à me donner votre point de vue, à me porter contradiction par des critiques constructives et motivées. J’attends vos commentaires avec impatience.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Enrico Pieranunzi au Sunside les 2 et 3 mars pour de nouvelles aventures avec Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie), section rythmique avec laquelle il a l’habitude de travailler. On les retrouve dans “Ménage à Trois” publié l’an dernier, disque consacré à des musiciens classiques qu’il affectionne, Eric Satie, Francis Poulenc et quelques autres. Le pianiste romain a également enregistré pour le label Cam Jazz “Americas”, un album en duo avec Bruno Canino qui fut le pianiste attitré de la cantatrice Cathy Berberian. Épouse de Luciano Berio, elle en fut l’interprète privilégiée. Astor Piazzolla, George Gershwin, Aaron Copland et Carlos Guastavino, un célèbre compositeur argentin qui écrivit beaucoup pour la voix et le piano y sont à l’honneur. Écoutez leur version poétique et émouvante de Milonga Del Ángel, pièce célèbre de Piazzolla ! On aurait tort de passer à côté de cet enregistrement dont le maestro est, à juste titre, particulièrement fier.

-Également les 2 et 3 mars, un quartette codirigé par le saxophoniste Olivier Temime et le pianiste Olivier Hutman, avec Samuel Hubert à la contrebasse et Steve Williams à la batterie, proposera au Duc des Lombards (deux concerts par soirée, 19h30 et 21h30) une relecture de “Glass Bead Games”, un double album qu’enregistra en 1973 le saxophoniste Clifford Jordan (1931-1993) pour le label Strata-East. Les pianistes Stanley Cowell et Cedar Walton, les bassistes Bill Lee et Sam Jones et le batteur Billy Higgins accompagnent Jordan dans cet opus, un des sommets de sa carrière. Deux quartettes s’expriment en alternance (Higgins faisant partie des deux ensembles) et font corps avec la musique. Le disque se veut une adaptation musicale du roman “Le Jeu des Perles de Verre” (“Glass Bead Games”), de l’écrivain Hermann Hesse. C’est aujourd’hui un album culte.

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-34ème édition de Banlieues Bleues du 3 au 31 mars. Quatorze villes à laquelle s’ajoute Paris représentée par L’Atelier du Plateau, une salle du 19ème, sont concernées par ce festival pas comme les autres. Rock, hip-hop, techno, world music, chants yéménites, swing libéré, musique afro-cubaine, chansons haïtiennes, rumba, électro-chaâbi, standards dissipés, grooves lancinants, rap pas McDo et un peu de jazz plutôt free avec quelques groupes qui interpellent dans un programme éclectique dont une bonne partie des intervenants de ce vaste monde me sont totalement inconnus.

Le 7 mars, Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Julian Sartorius sont attendus à la Marbrerie de Montreuil (20h30) autour d’un projet à géométrie variable intitulé “Les Démons de Tosca # 3”. Le livret de Giacomo Puccini semble inspirer les musiciens. Le défunt groupe Tethered Moon (Masabumi Kikuchi, Gary Peacock, Paul Motian) nous en donna une relecture intéressante en 2002 avec son album “Experiencing Tosca” sur Winter & Winter. Si la musique que fait Vincent Courtois ne relève pas toujours du jazz, ses disques, “West” notamment, méritent des écoutes attentives. “Asian Fields Variations”, un album de musique de chambre que le violoncelliste sort en mars sur ECM avec Louis Sclavis et Dominique Pifarély est également digne d’intérêt.

-Le 14, à la Dynamo de Banlieues Bleues de Pantin (20h30) c’est un concert de jazz que propose The Jazz Passengers, groupe fondé en 1987 par une bande de joyeux drilles qui dépoussièrent avec bonheur le jazz de leurs aînés tout en respectant le vocabulaire et la grammaire de cette musique. Roy Nathanson (saxophone et chant), Curtis Fowlkes (trombone et chant), Bill Ware (vibraphone, Fender Rhodes et chant), Sam Bardfeld (violon) Brad Jones (contrebasse et chant), E.J. Rodriguez (batterie, percussions) et Ben Perowsky (batterie) dynamitent le genre avec humour et savoir-faire. On s’attardera sur les arrangements sophistiqués de “Still Life With Trouble” (enja - Yellowbird), album aussi réjouissant que recommandable qui vient tout juste de paraître.

-Le 15 à l’espace 93 Victor Hugo de Clichy-Sous-Bois (20h30), le pianiste cubain Harold López-Nussa présentera la musique de son dernier album, “El Viaje” (Mack Avenue), publié l’an dernier. En trio avec le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant et son frère Ruy Adrián López-Nussa à la batterie et aux percussions. Natif du Sénégal, Wade apporte une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste qui délivre une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures, aux découvertes musicales que lui ont apportées ses voyages.

-On retrouve Pantin et la Dynamo de Banlieues Bleues le 16, toujours à 20h30, pour ce qui m’apparaît être Le concert du mois. “Ida Lupino”, un de mes 13 Chocs de 2016 donne son nom au quartette qui en est à l’origine. Il réunit le piano de Giovanni Guidi, le trombone de Gianluca Petrella, les clarinettes de Louis Sclavis et la batterie de Gerald Cleaver, et fait entendre un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens rendent singulièrement inventif. Guidi et Petrella se connaissent depuis longtemps et l’interaction complice de leurs instruments sont au cœur du dispositif orchestral de l’album, la présence de Sclavis aux clarinettes et de Cleaver à la batterie enrichissant une musique très libre que le jeu mélodique du pianiste rend souvent lyrique.

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-Theo Bleckmann au Duc des Lombards le 4 avec les musiciens qui l’accompagnent dans “Elegy” son nouvel album, le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM. Ben Monder, guitariste avec lequel il s’est produit en duo au Sunset en octobre dernier, Shai Maestro au piano, Chris Tordini à la contrebasse et son vieux complice John Hollenbeck à la batterie, son groupe « ambiant » comme il se plaît à l’appeler, donnent des couleurs à ses musiques, des peintures sonores d’une grande élégance. Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann s’est fait connaître auprès de Meredith Monk. La musique contemporaine est davantage son domaine que le jazz bien que le Refuge Trio dont il a été membre est loin de négliger le genre. Sa voix très pure de ténor léger lui a permis de chanter Robert Schumann, Hanns Eisler, Kurt Weill et  Charles Ives (avec le groupe Kneebody). Bleckmann a également consacré en 2011 un album aux chansons de Kate Bush.

-Pianiste – il a été élève de Samy Abenaïm et de Katy Roberts à la Bill Evans Piano Academy –, compositeur de musiques de films, de musiques pour le théâtre, Laurent Marode est aussi un jazzman attaché au be-bop et au swing. Après “Elephant Walk” en 2014, il publie aujourd’hui chez Black & Blue “This Way Please” un disque en nonet arrangé avec talent et de bonnes idées, la présence d’un vibraphone donnant à la musique une couleur singulière. “This Way Please” swingue avec élégance et réunit des musiciens que le pianiste affectionne. Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Luigi Grasso (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Frank Basile (saxophone baryton), Nicholas Thomas (vibraphone), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) seront avec lui au Sunset le 9 pour en fêter la sortie.

-Également le 9, Joe Lovano est attendu en quartette au New Morning avec Lawrence Fields au piano, Peter Slavov à la contrebasse et Otis Brown à la batterie. Publié l’an dernier, son dernier album est un enregistrement live de 2005 dans lequel le regretté Hank Jones officie au piano. “Sound Prints”, un live de 2015 enregistré avec Dave Douglas, trompettiste avec lequel il se produit fréquemment, est son album le plus récent. Découvert auprès du trompettiste Christian Scott, Lawrence Fields y tient également le piano. Le New Morning est donc une bonne opportunité de faire le point sur un saxophoniste dont la carrière impressionnante (des disques avec Carla Bley, John Scofield, Kenny Werner, Bill Frisell, Paul Motian, Michel Petrucciani, Henri Texier, Peter Erskine, Steve Kuhn, Marc Johnson, Eliane Elias) reste loin d’être terminée.

-Paul Lay au Café de la Danse le 15 pour le concert de sortie de deux albums qui paraissent simultanément. Réunissant autour du pianiste la chanteuse Isabel Sörling et le bassiste Simon Tailleu, “Alcazar Memories”, un voyage au sein de la chanson populaire, plus particulièrement provençale et suédoise, constituera la première partie du programme. C’est en trio que Paul Lay abordera la seconde, avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie pour jouer “The Party”, « illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d'une fête », disque pleinement réussi au sein duquel Paul prend des risques, tente des combinaisons harmoniques aussi belles qu’inattendues.

-On connaissait mal Nancy Harms avant la sortie l’an dernier de “Ellington at Night” consacré comme son nom l’indique au répertoire du Duke, un répertoire relu par des arrangements très originaux. Mal distribués en France, “In the Indigo et “Dreams in Apartments”, ses deux premiers disques, furent pourtant d’énormes succès aux Etats-Unis. Normal, la chanteuse possède une voix aussi expressive que séduisante. Organisée pour promouvoir le second, une tournée la conduisit en septembre 2014 à Paris, au New Morning, la sortie de “Ellington at Night” lui faisant retrouver cette même salle l’an passé. C’est le Duc des Lombards qui la programme le 17 au sein d’un quartette de musiciens français. Parmi eux, le pianiste Fred Nardin, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2016. Jérémy Bruyère (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) complètent la formation.

-Au Sunside le 17, Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva fêtent la sortie d’un disque depuis trop longtemps attendu. Enregistré en décembre 2015 au studio La Buissonne, “Gershwin”, un opus consacré aux œuvres du célèbre compositeur, devait sortir l’an dernier. Il bénéficia d’ailleurs d’une bonne chronique dans Jazz Magazine (un Choc tout à fait mérité). Mais s’il fut envoyé à la presse, l’album ne fut jamais commercialisé suite à des problèmes de distribution. Capiteuse et sensuelle, arbitrée par le silence dont elle semble naître, prenant son temps pour nous séduire, sa musique a donc eu bien du mal à parvenir jusqu’à nous, a longuement retenu son souffle pour se faire désirer. Elle sera enfin disponible le 31 mars, date à laquelle, toujours sur label Vision Fugitive, paraîtra un album de Stephan Oliva avec la chanteuse Susanne Abbuehl et Øyvind Hegg-Lunde aux percussions.

-Le même soir, mais au Sunset, Madeleine & Salomon interprètent “A Woman’s Journey, l’album envoûtant qu’ils ont sorti l’an dernier, un hommage à des chanteuses engagées et militantes qui troublèrent l’Amérique « bien pensante », celle qui aujourd’hui hélas a placé Donald Trump au pouvoir. Des œuvres de Billie Holiday, Nina Simone mais aussi de Janis Ian et de Mavin Gaye constituent leur épertoire élargi à la soul et à la folk music. Madeleine, c’est la chanteuse Clotilde Rullaud et Salomon le pianiste Alexandre Saada qui sait mettre constamment en valeur la puissante voix de velours de Clotilde. Frissons garantis !

-John Scofield retrouve le New Morning le 22 avec les mêmes musiciens que la dernière fois. Steve Swallow (basse électrique) et Bill Stewart (batterie) qui l’accompagnent dans “Country for Old Men” (Impulse !), son disque le plus récent. Un hommage à la country music qui, depuis toujours, inspire sa guitare. Il y reprend des chansons traditionnelles américaines et des compositions de Hank Williams, James Taylor et Merle Haggard. Scofield qui a grandi avec le rock et le blues a enregistré une bonne trentaine d’albums tout au long d’une carrière qui l’a vu jouer avec les jazzmen les plus exigeants. C’est toutefois sur scène qu’il faut l’écouter car il y donne le meilleur de lui-même. Le pianiste Gerald Clayton, récemment entendu Salle Pleyel au sein du quartette de Charles Lloyd complète sa formation.

-Ses derniers disques sont mal distribués en France ce qui n’empêche pas Wallace Roney de nous rendre visite de temps à autre. Il était au New Morning en 2011, faisant revivre la musique de “Bitches Brew” au sein d’un groupe monté à cette occasion : le Bitches Brew Beyond. Le Sunside l’a accueilli en octobre 2015 avec une rythmique de rêve : Buster Williams (contrebasse) et Lenny White (batterie), une rythmique de rêve. Le trompettiste revient au Sunside pour trois soirée, les 23, 24 et 25 mars, avec un groupe comprenant Benjamin Solomon au saxophone ténor, Oscar L. Williams Jr. au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Eric Allen à la batterie.

-À l’occasion de la journée mondiale de l’eau, Jacky Terrasson et ses amis nous donnent rendez-vous à Bobino le 27 (20h00) afin de soutenir Solidarités International dans son action en faveur de l’accès à l’eau pour tous. Jacky a confié la direction musicale de ce programme éclectique mêlant jazz, classique et chanson française à Lionel Belmondo. Outre ce dernier au saxophone et à la flûte et Jacky au piano, ce concert exceptionnel réunira Stéphane Belmondo à la trompette et au bugle, Thomas Bramerie à la contrebasse, Lukmil Perez à la batterie, le quatuor à cordes Equinoxe, la chanteuse Mathilde et des invités surprises. L’intégralité de la recette sera versée à Solidarités International. www.solidarites.org   

-J’apprends par un courriel de Jean-Pierre Vignola que les disques Black & Blue, dont le premier enregistrement réunissant Milt Buckner et Buddy Tate aux Studios Pathé Marconi de Boulogne Billancourt date de 1967, fêteront leur cinquantième anniversaire au Jazz Club Étoile le 30 à partir de 21h30. Trois formations sont au programme de ce jubilé : le trio du pianiste Philippe Duchemin avec Christophe et Philippe Le Van (contrebasse et batterie) ; le Mourad Benhammou Jazz Workers Quintet qui, outre Mourad à la batterie, réunit Fabien Mary (trompette), David Sauzay (saxophone), Guillaume Naud (piano) et Fabien Marcoz ; et le sextette du trompettiste François Biensan dont Michel Pastre (saxophone), Fred Nardin (piano), Stan Noubard Pacha (guitare), Jean-Pierre Rebillard (contrebasse) et François Laudet (batterie).

-Légitimes successeurs des célèbres Double-Six, les Voice Messengers, six chanteurs et chanteuses (Rose Kroner, Andrea Gomez, Vanina de Franco, Emmanuel Lanièce, Augustin Ledieu, Sylvain Bellegarde) qu’accompagnent une section rythmique (Raphaël Dever à la contrebasse et Frédéric Delestré à la batterie) et le piano de Thierry Lalo, fondateur et directeur artistique de la formation seront au Sunside le 31 (deux concerts, 20h00 et 22h00). Si le groupe de Mimi Perrin est souvent à l’honneur (Mimi Medley, un enchainement de huit titres sur lesquels Mimi rajouta naguère des paroles), le répertoire des Voice Messengers reste étonnamment jeune et éclectique. Leur album “Lumières d’Automne” (Black & Blue) reçut le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2008. Récompense méritée pour l’un des meilleurs groupes vocal de la jazzosphère. 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com

Crédits Photos : Enrico Pieranunzi, John Scofield, Wallace Roney © Philippe Marchin – Vincent Courtois © Tina Merandon – The Jazz Passengers © Dana Hall – Harold López-Nussa © Vincent Berthe – Giovanni Guidi & Gianluca Petrella © Riccardo Crimi – Theo Bleckmann Quintet © Caterina di Perri / ECM – Laurent Marode © Mygaloo Static – Joe Lovano © Jimmy Katz – Paul Lay © Jean-Baptiste Millot – Nancy Harms © Ken Shung – Stephan Oliva & Jean-Marc Foltz © Maxim François – Thierry Lalo © Christian Ducasse – Madeleine & Salomon © photo X/D.R.

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:44
Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Février : j’apprends tardivement la disparition de Lucien Malson né à Bordeaux le 14 mai 1926 et décédé à Paris le 27 janvier dernier. En 1964, il fit paraître chez Plon “Les Enfants sauvages”, ouvrage qui fut porté à l’écran par François Truffaut et connut de très nombreuses rééditions chez 10/18. C’est à cette collection qu’il confia en 1976 son “Histoire du jazz et de la musique afro-américaine” rééditée plus tard au Seuil. Dans les bureaux qu’occupait 10/18 au sein du groupe des Presses de la Cité rue Garancière, Annie Sissombat, une collaboratrice de Christian Bourgois, me présenta à Lucien dans les années 80. Outre son histoire du jazz, j’avais lu le petit livre qu’il avait publié aux PUF “Les Maîtres du jazz”, ouvrage qui m’avait permis de mieux connaître cette musique que le temps, la passion et de bons amis allaient me permettre d’approfondir. Mon activité principale consistait alors à chercher de nouveaux annonceurs pour Jazz Hot – j’étais chargé de la publicité du journal – qui connaissait ces années-là de sérieux problèmes financiers. Lucien y avait travaillé bien avant moi, ferraillant avec les lecteurs dans sa « revue de presse ». Il fut l’un de ceux qui rendirent adulte la critique de jazz, avec André Hodeir qui, au même moment, se penchait sur les problèmes techniques que posait cette musique. M’encourageant à persévérer dans ce travail ingrat, Lucien me témoigna très vite une discrète affection.

 

Docteur ès lettres et sciences humaines, agrégé de philosophie, journaliste et homme de radio – il créa en 1961 à la RTF le Bureau du Jazz –, il m’invita plusieurs fois à participer à son émission Black & Blue qu’il animait sur France Culture avec Alain Gerber. Lorsque je devins rédacteur en chef de Jazz Hot en 1988, j’eus l’occasion de le retrouver cette année-là à un cocktail organisé par les Éditions Jean-Michel Place pour fêter “Le Jazz”, livre qu’André Schaeffner en collaboration avec André Cœuroy avait publié en 1926 et se voyait réédité. Frank Ténot en avait rédigé la nouvelle préface, Lucien et Jacques B. Hess les postfaces. Tous les trois étaient présents ce jour là et leurs dédicaces ornèrent la page de garde de mon exemplaire. Celle de Lucien, « A Pierre que j’estime et j’aime beaucoup » m’alla droit au cœur. Nous nous étions perdus de vue, mais la disparition de ce « redoutable bretteur » (Alain Gerber le décrit ainsi dans sa préface du livre de Michel-Claude Jalard “Le jazz est-il encore possible ?) me touche profondément. 

 

François Truffaut n’était pas à l’affiche du festival Premiers Plans dont la 29ème édition s’est tenue en janvier à Angers. Consacré aux premiers films de jeunes réalisateurs, le festival propose aussi des hommages et des rétrospectives. Les frères Dardenne, Christian Mungiu et Andrea Arnold furent cette année à l’honneur. “Heartstone” de l’islandais Gudmundur Arnar Gudmundsson reçut le grand prix du Jury et le prix du Public dans la catégorie des longs métrages. Il sera projeté à Paris jeudi prochain au Forum des Images (20h30) avant de sortir sur les écrans en octobre. Je ne suis pas resté assez longtemps à Angers pour le voir, mais j’ai admiré une belle actrice, Margarita Breitkreiz, prix d’interprétation féminine pour “Marija” de Michael Koch, et découvert un étonnant film estonien quelque peu fantastique, “Pretenders” de Vallo Toomla. Un grand merci à Xavier Massé pour avoir facilité l’obtention de mon accréditation, à Phil Costing, mon chauffeur et ami, et à Marceline, mon hôtesse et dévouée accompagnatrice.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-On n’a pas oublié Lucky Dog, quartette réunissant Frédéric Borey au saxophone,Yoann Loustalot à la trompette et au bugle, Yoni Zelnik à la contrebasse et Frédéric Pasqua  à la batterie. Leur premier et unique CD a fait l'objet d’une chronique dans ce blog en mai 2014. Ils seront le 6 février à bord de la péniche Le Marcounet (Port des Célestins, Quai de l'Hôtel de ville, 75004 Paris) pour présenter le répertoire qu’ils enregistreront à Liège le 7 et le 8 dans le célèbre Jacques Pelzer Jazz Club qui programma naguère les américains de passage. Quartette sans piano, Lucky Dog séduit par les compositions pleines de swing de ses souffleurs, les moments intimes de ses pièces chorales, sa musique ouverte favorisant de nombreux dialogues.

-Antonio Faraò joue une musique souvent modale qui laisse un large espace de liberté aux solistes. S’il reprend des thèmes d'Herbie Hancock et de Tony Williams à la tête d’un quartette de musiciens italiens dans “Boundaries”, son album le plus récent, il aime également enregistrer et se produire en trio. “Domi” (2011) bénéficie ainsi de présence de Darryl Hall et d’André Ceccarelli. Mais c’est avec une autre section rythmique que le pianiste se produira au Duc des Lombards le 7. Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair poseront les bons tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies raffinées. Au service de la ligne mélodique des compositions qu’il aborde et qu’il harmonise avec finesse et sensibilité, Antonio Faraò peut tout aussi bien se montrer énergique, jouer des notes inhabituelles et peindre des paysages plus durs et plus abstraits beaucoup moins fréquentés.

-Habitué du Festival Jazz en Tête, Jeremy Pelt souffle les notes d’un bop moderne et réjouissant. Véloce, le trompettiste étonne par sa maîtrise technique, sa justesse. Ses notes jaillissent, sculptées par un souffle puissant. Il a enregistré dix albums sous son nom, a sévi dans nombre de big bands, accompagné de grands jazzmen et connaît le jazz et son histoire, la modernité de son jeu n’excluant pas de solides racines. Il sera au Sunside le 11 pour célébrer les 80 ans de Louis Hayes, batteur légendaire surtout connu pour sa collaboration avec Cannonball Adderley. Il sera là bien sûr, pour se voir fêter au sein d’un quartette qui, outre Jeremy Pelt, comprend Danny Grissett au piano et Dezron Douglas à la contrebasse.

-Les 16, 17 (à 21h00) et 18 février (21h30), le Sunside accueillera le Monk Trio de Laurent de Wilde. Avec le pianiste, Jérôme Regard (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), musiciens qu’il retrouve régulièrement pour célébrer Thelonious Monk, son musicien fétiche. Laurent prend un malin plaisir à jouer et à compliquer les partitions pleines de chausse-trappes de ce dernier. Ses arrangements de Off Minor et de Shuffle Boy placent constamment les musiciens en déséquilibre comme s’ils se retrouvaient dansant sur une corde raide. Les trois hommes n’ont peur de rien, Jérôme et Donald s’entendent pour ordonner le rythme, le dompter, le commenter. Le premier tient un rôle mélodique important ; le second marque les temps avec une telle légèreté que la musique s’écoule fluide, comme le sable du sablier.

-Une soirée placée sous l’égide du label Jazz & People le 22 au Studio de l’Ermitage (21h00). En première partie, le saxophoniste Christophe Panzani jouera des morceaux de l’album qu’il a enregistré l’an dernier avec sept pianistes qu’il affectionne. Certains d’entre eux seront présents ce soir là. Yonathan Avishai interprétera ensuite la musique colorée et épicée de “The Parade”, son second disque, un de mes 13 Chocs de l’année 2016, “Les âmes perdues” de Christophe Panzani faisant également partie de ma sélection. “The Parade” nous conduit dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans. César Poirier (saxophone alto et clarinette), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo (percussions) accompagnent un pianiste dont le jeu économe témoigne de l’importance qu’il accorde au silence, à la respiration de ses compositions, des ritournelles que des rythmes simples et efficaces rendent irrésistibles.

-Julie Saury et son sextette au Sunside le 24 pour fêter la sortie de “For Maxim” (Black & Blue) dont le sous titre « A Jazz Love Story », résume bien l’enthousiasme qui anime la batteuse de jazz. C’est bien sûr son père Maxim auquel elle rend hommage qui lui donna la passion de cette musique reçue en héritage. Julie Saury a toutefois grandi avec le jazz moderne de son époque, mais aussi par Michael Jackson, Prince, le funk, la musique cubaine, ce qui n’enferme pas sa musique dans le carcan du jazz traditionnel. Elle reprend de vieux standards que jouait son père pour les actualiser, en bousculer les codes, et greffe dessus sa propre histoire. Avec elle, des musiciens amis, certains d’entre eux officiant au sein du Duke Orchestra dont les battements de cœur sont étroitement associés à ses tambours, Aurelie Tropez (clarinettes), Shannon Barnett (trombone et chant), Frederic Couderc (saxophone ténor), Philippe Milanta (piano) et Bruno Rousselet (contrebasse). Il faut saluer Julie !

-David Linx au Duc des Lombards le 24 avec Armel Dupas (piano, claviers), Manu Codjia (guitare), Timothée Robert (basse) et Arnaud Dolmen (batterie). Au programme, “Chronicles”, nouvelle création qui a vu le jour au Théâtre Marni (Bruxelles) le 13 janvier dernier, un concert mêlant textes et musiques, chaque chanson racontant une histoire dans laquelle la mémoire, les souvenirs interviennent. Le chanteur se penche sur son passé pour mieux comprendre le futur, celui de nos enfants, de nos espoirs, et ose un nouveau langage, une nouvelle forme d’expression artistique.

-Constitué par le guitariste Pierre Perchaud (découvert au sein de l’ONJ de Daniel Yvinec et auteur de deux albums sur Gemini Records), le bassiste Nicolas Moreaux (deux albums sur Fresh Sound New Talent) et le batteur catalan Jorge Rossy (longtemps associé à Brad Mehldau), Fox un trio dont on trouvera dans ce blog la chronique de leur premier album publié en 2016, est attendu à l’Espace Sorano, 16 Rue Charles Pathé, 94300 Vincennes. Avec eux pour peaufiner un jazz raffiné et en apesanteur, deux invités prestigieux, le saxophoniste Chris Cheek (photo), un saxophoniste ténor à la sonorité suave et au lyrisme séduisant qui forgea son style auprès de l’Electric Bebop Band du défunt Paul Motian, et l’accordéoniste Vincent Peirani, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2013. Une belle soirée en perspective !

-Au Sunside le 25, le pianiste René Urtreger en trio avec Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, fidèles entre les fidèles, mais aussi avec Agnès Desarthe qui, l’an dernier, lui a consacré un livre, “Le Roi René aux Éditions Odile Jacob. René lui a confié de nombreux épisodes de sa vie, de ses années musique avec Bobby Jaspar,  Buck Clayton et Don Byas, Miles Davis, le trio H.U.M. avec Pierre Michelot et Daniel Humair, mais aussi Claude François dont il fut le pianiste. Son livre, Agnès Desarthe en lira des extraits. Peut-être chantera-t-elle aussi si René le lui demande. Elle l’a déjà fait lors de ses concerts, suivant un fil comme l’Ariane de la légende, un fil sonore fait de notes tendres et lyriques, un fil mélodique qui, relié aux racines du jazz, possède la mémoire du blues et du bop et n’oublie pas le swing.

-Péniche Le Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

 

Crédits Photos : Lucien Malson & André Hodeir, Paris 1998 © Christian Rose – Lucky Dog © Simon Dufour – Antonio Faraò & Daniel Humair, Laurent de Wilde, Christophe Panzani & Yonathan Avishai, Pierre Perchaud / Nicolas Moreaux / Jorge Rossy & Chris Cheek © Philippe Marchin – Jeremy Pelt, David Linx, René Urtreger © Pierre de Chocqueuse – Julie Saury © Zankovision.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 08:24
Blue Chet

Janvier : sa neige, ses vents soufflant en tempêtes, ses jours beaucoup trop courts. On s’est partagé en famille ou entre amis la galette des rois à l’Épiphanie le 8, on a adressé ses vœux (par e-mail, ce qui est bien pratique) à ses proches et rangé les boules multicolores du sapin jusqu’à l’année prochaine. Janvier, c’est aussi la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz dont j’assure traditionnellement le compte rendu dans ce blog et le Festival Sons d'Hiver (du 13 janvier au 5 février). C’est également le Festival Premiers Plans d’Angers consacré à la découverte des premiers films de réalisateurs européens. J’y ai découvert “Diamant Noir” d’Arthur Harari l’an dernier, “La Niña de Fuego” de Carlos Vermut il y a deux ans, des films forts qui témoignent du renouvellement du cinéma européen.

 

Je n’ai jamais beaucoup apprécié Dalida, les chansons de son répertoire, cette variété facile qui la rendit célèbre. Si le biopic que lui consacre Lisa Azuelos fait grand bruit, l’amateur de jazz se laissera tenter par “Born To Be Blue”, un film de Robert Budreau consacré à Chet Baker dont la sortie discrète (4 salles parisiennes le programment contre 28 pour “Dalida”) témoigne de la difficulté que rencontre le jazz à trouver un public. Quoiqu’il en soit et malgré ses défauts, ce biopic n’est pas sans intérêt. Il porte sur une période bien précise de la vie du trompettiste, entre son emprisonnement à Lucca en 1961 pour usage de stupéfiants – il y reste enfermé seize mois –, les premières scènes du film, son passage à tabac en 1968 en Californie qui lui brisa la mâchoire et son retour à la scène en 1973. Des retours aux années 50 filmés en noir et blanc, images s’inspirant de nombreuses photographies de William Claxton, en compliquent un peu la narration, le réalisateur n’hésitant pas à prendre des libertés avec la vérité historique.

 

“Born To Be Blue” est une fiction basée sur des faits réels. Jane et Elaine, les deux personnages féminins magnifiquement interprétés par Carmen Ejogo la révélation du film, incarnent ainsi à elles deux toutes les femmes que Chet a aimées dans sa vie – Helima que Claxton a souvent photographiée, Carol qui a réellement compté pour lui (Jane dans le film), Ruth que l’on voit beaucoup dans “Let’s Get Lost”, film incontournable que Bruce Weber réalisa en 1988, Diane qui fut sa dernière compagne. Si le personnage de Richard Bock qui produisit les premiers disques de Chet Baker sur son label Pacific Jazz est trop stéréotypé pour être crédible, Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker parvient à convaincre. Kevin Turcotte, un jazzman canadien, joue avec bonheur ses parties de trompette – il double aussi celles de Miles Davis et de Dizzy Gillespie qui apparaissent brièvement. Mais, nonobstant sa performance d’acteur, Ethan chante lui-même plusieurs ballades et se montre très émouvant dans ses interprétations de My Funny Valentine et de I’ve Never Been in Love Before, des morceaux que Chet se plaisait à reprendre.

 

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer Chet Baker lorsqu’il se produisait à Paris dans les années 80. Il pouvait se montrer agressif mais, lors de nos trop brèves rencontres, il ne manifesta jamais la moindre hostilité à mon égard. J’aimais le lamento de sa trompette, son jeu économe, aéré, main dans la main avec le silence, les moments magiques qu’il nous faisait partager lors de ses concerts au cours desquels il soufflait de longues phrases sensibles et délicates, des confidences mélodiques souvent douloureuses qui me touchaient profondément. Il jouait mieux que jamais, malgré ou grâce à la drogue (lui seul le savait), à sa force de caractère, un mental très solide qui lui permettait de tenir physiquement. Chet Baker, l’émotion à l’état pur que conserve ma mémoire, Chet en bleu et en jazz, éternellement.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Dans le cadre du Festival Sons d'Hiver, ne manquez pas le 17 à Arcueil (espace Jean Vilar, 20h30) le duo réunissant le trompettiste Wadada Leo Smith et le pianiste Vijay Iyer, complicité qui trouve son origine dans le Golden Quartet de Smith, formation à laquelle Iyer participa de 2005 à 2010. Un enregistrement ECM de 2016 actualise leurs recherches. 

-Publié il y a une quinzaine d’années, “Milagro”, premier album de Natalia M. King, chanteuse et guitariste américaine installée à Paris depuis 1998, fit l’effet d’une bombe : une voix forte, rageuse, expressive criant le blues, chantant le jazz et la soul, naissait au monde. D’autres albums suivirent dans l’indifférence presque générale jusqu’à “Soulblazz” (Jazz Village) en 2014, un disque enregistré avec la complicité de musiciens français (Stéphane Belmondo, Pierrick Pédron, Dominique Cravic). “BlueZzin T’ill Dawn” (“Le Blues jusqu’à l’aube”), un album en quintette de 2016 sur Challenge Records, confirma son retour. Natalia M. King sera sur la scène du Duc des Lombards le 17 et le 18 janvier (19h30 et 21h30). Avec elle : César Poirier (saxophone, clarinette, flûte), Fred Nardin (piano) et Anders Ulrich (contrebasse).

-Sarah Lenka au Sunset le 20 et le 21 avec Taokif Farah et Fabien Mornet aux guitares (ce dernier également au banjo), Malo Mazurié à la trompette et Manuel Marchès à la contrebasse. Après deux disques de jazz, “Am I Blue” en 2008 et “Hush” en 2012, la chanteuse a fait paraître l’an dernier sur le label Jazz & People “I Don’t dress Fine”, album entièrement consacré au répertoire de la grande Bessie Smith, un répertoire qu’elle aborde dans un registre folk / blues en libérant les émotions qui la traversent » tout en préservant la mélancolie de ces chansons par une voix rauque, délicieusement éraillée.

-Pierre de Bethmann et son Medium Ensemble au New Morning le 21. Créé en 2013, la formation aligne douze solistes de premier plan, huit d’entre eux officiant sur des instruments à vent, des musiciens sans lesquels la musique savante de Pierre – vaste toile mélodique, harmonique et rythmique – ne serait pas si fluide. Chloé Cailleton (voix) Stéphane Guillaume (flûtes), Sylvain Beuf (saxophone alto), David El-Malek (saxophone ténor), Thomas Savy (clarinette basse), Sylvain Gontard (trompette), Camille Lebréquier (cor), Bastien Ballasz (trombone), Bastien Stil (tuba), Simon Tailleu (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) entourent le pianiste souvent au Fender Rhodes pour apporter d’autres couleurs à ses arrangements sophistiqués. Après “Sisyphe” en 2014, le Medium Ensemble a récemment publié « Exo”, double CD édité sur Alea, label récemment fondé par Pierre pour développer ses projets musicaux en toute indépendance.

-Cécile McLorin Salvant au Trianon également le 21 (19h00), soirée patronnée par Jazz Magazine. Deux autres chanteuses dont l’une pour le moins discutable assurent la première partie. Qu’importe, car c’est bien Cécile qui nous intéresse. Elle possède une des plus belles voix que le jazz nous offre aujourd’hui, une voix de velours à la large tessiture. Avec elle, le pianiste Aaron Diehl, un orchestre à lui seul. Le blues plein les doigts, il apporte des couleurs et des harmonies contemporaines aux vieilles chansons que Cécile aime reprendre. Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie complètent sa formation. Ils l’entourent dans “For One to Love” (Mack Avenue), publié en 2015 et Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Pour ma part, je souhaiterais que la chanteuse s’ouvre à un répertoire plus moderne. Elle en a la capacité mais en a t-elle le désir ?

-Yotam Silberstein au Sunside le 26. Le guitariste y fêtera la sortie de “The Village” (Jazz & People), cinquième album publié sous son nom. Il y impose ses lignes mélodiques, son articulation fluide, son intérêt pour toutes sortes de musiques, la milonga argentine, le flamenco, la samba, sans oublier le jazz de Lennie Tristano qui le conduit à des exercices de haute voltige avec son pianiste. Natif de Tel Aviv et installé à New York depuis 2005, Yotam Silberstein bénéficie dans cet enregistrement d’une section rythmique exceptionnelle. Aaron Goldberg (piano), Reuben Rogers (contrebasse) et Greg Hutchinson furent naguère les accompagnateurs du saxophoniste Joshua Redman. Il n’était toutefois pas possible de les faire venir à Paris pour un seul concert. Yonathan Avishai (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Daniel Dor (batterie) seront donc ses partenaires au Sunside. Difficile donc de faire la fine bouche.

-Le 26, le pianiste Craig Taborn se produira en solo à Vincennes (auditorium Jean-Pierre Miquel, 20h30). Capable de dynamiter le tissu musical, abordant la musique avec une liberté pleine et entière, le pianiste est également capable de faire preuve de lyrisme. Publié sur le label ECM en 2011, “Avenging Angel” étonne par son approche mélodique, sa puissance, ses notes qui hypnotisent. 

-Élue en 2015 meilleure vocaliste de Jazz de l’année aux Parliamentary Jazz Awards, récipiendaire des très convoités BBC Jazz Awards en 2001, Norma Winstone se produira en trio au New Morning le 27 janvier (20h30). Glauco Venier (piano) et Klaus Gesing (clarinette basse et saxophone soprano) l’accompagnent dans ses trois derniers albums, tous enregistrés pour ECM : “Distances” (Prix du Jazz Vocal 2008 de l’Académie du Jazz), “Story Yet to Tell” (2010) et “Dance Without Answer” (2014), des opus sobrement arrangés et à la musique intimiste. Improvisant avec ses propres onomatopées, Norma Winstone possède un phrasé réellement personnel. Son talent, sa grande musicalité, lui permirent de mener à bien une carrière qu’on ne peut que lui envier. Les formations de Mike Westbrook, John Surman, Kenny Wheeler, Michael Gibbs et John Taylor qui fut un temps son mari accueillirent sa voix singulière. Ne manquez pas cette rare opportunité de l’entendre.       

-Festival Sons d'Hiver : www.sonsdhiver.org

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Trianon : www.letrianon.fr

 

Photos : Ethan Hawke & Carmen Ejogo : photo du film de Robert Budreau “Born To Be Blue” – Vijay Iyer & Wadada Leo Smith © John Rogers – Natalia M. King © Paul Bourdrel – Sarah Lenka © Hugues Anhès – Pierre de Bethmann Medium Ensemble © Tom Spianti – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton – Yotam Silberstein © Gulnara Khamatova – Craig Taborn © Rue Sakayama – Norma Winstone Trio © Glauco Comoretto.     

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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