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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 09:10
Émois de mai

Joli mois de mai dit la comptine, mais cette année un mois de tous les dangers pour une France mise à mal depuis des années par ses Politiques, grands privilégiés de notre République. On tremble à juste titre devant le péril dans lequel peut conduire ces élections présidentielles. Le pire peut encore arriver. J’en ai un avant-goût ce 1er mai avec la centaine d’enragés qui cassent, pillent, vocifèrent et tempêtent devant mes fenêtres (j’habite tout près de la Bastille), qui cherchent à en découdre avec la police, bouclier d’une société depuis longtemps désemparée, comme si le tout gratuit et les belles promesses d’un État-providence étaient encore possibles. Cocktails Molotov, mais aussi pierres, pavés, cailloux, boulons, tout ce qui peut tomber sous la main des agités pleut sur des CRS caparaçonnés comme des troupes au combat. Pessimiste de nature, ce tumulte me trouble moins que les jours à venir. En attendant, entre deux pétarades assourdissantes de bombes lacrymogènes, j’écoute de la musique, du jazz dont le bleu n’est pas du tout marine, “Bitter Ending”, “Jazz et Jazz”, “Anna Livia Plurabelle” qui, 50 ans après son premier enregistrement (1966), reste d’une modernité stupéfiante. Ces disques d’André Hodeir me donnent du baume au cœur, m’isolent du bruit et de la fureur de ces jours incertains.

 

Ces réécoutes attentives, je les dois à Pierre Fargeton, à la pertinence de ses commentaires et de ses analyses. Maître de conférences à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, titulaire d’un doctorat de musicologie consacré à la musique d’André Hodeir, il vient de faire paraître “André Hodeir le jazz et son double” aux Éditions Symétrie (préface de Martial Solal) un bouquin, lourd et épais, pas loin de 800 pages, une somme très complète et détaillée enrichie d’une abondante iconographie. Fargeton s’est livré à plusieurs entretiens avec Hodeir et a eu accès à ses archives ce qui rend son livre passionnant. J’y suis plongé depuis deux semaines, redécouvrant un des rares compositeurs français qui laisse une œuvre importante au regard de l’histoire du jazz.

 

Compositeur, homme de radio, fondateur du Jazz Groupe de Paris, auteur de nombreux articles (notamment dans Jazz Hot dont il fut dès après guerre un des plus éminents collaborateurs) et de plusieurs livres, les plus célèbres étant “Hommes et problèmes du jazz” et “Les Mondes du jazz”, ouvrages fondamentaux pour ceux qui veulent réfléchir sur le jazz, André Hodeir (1921-2011) est malheureusement trop oublié et trop peu joué. Le dernier concert donné autour de ses œuvres date du 3  décembre 2011. On le doit au Patrice Caratini Jazz Ensemble qui ce jour-là, dans le studio 105 Charles Trenet de Radio-France, interpréta quelques-unes de ses compositions (et arrangements) dont sa célèbre et admirable Jazz Cantata. Je ne vais pas vous détailler ici le livre de Pierre Fargeton qui malgré son prix (70€) et la difficulté de compréhension que pose une partie de l’ouvrage (sa deuxième et troisième partie, analyses des techniques du langage musical du compositeur), me semble incontournable. Je consacrerai prochainement un article à André Hodeir dans les pages de ce blog. Il vous faudra attendre un peu. La patience n’est-elle pas mère de toutes les vertus ?

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Concert de sortie au Triton le 4 mai de “Spirit Dance, nouveau disque d’Yves Rousseau (contrebasse) et de Christophe Marguet (batterie). Après 15 ans de complicité et de concerts partagés, ils ont réuni un nouvel orchestre pour jouer leurs musiques, de beaux thèmes brillamment orchestrés. Fabrice Martinez (trompette et bugle), David Chevallier (guitare électrique) et Bruno Ruder (piano & Fender Rhodes) créent avec eux une texture sonore plus ou moins électrique selon les plages. Certaines sont fondées sur la pulsion et l’énergie, d’autres privilégient la mélodie et le lyrisme. L’imagination fertile canalise les influences au profit d’une parfaite lisibilité du discours musical. Une formation à suivre assurément.

-Du 9 au 11 mai, Catherine Russell occupera la scène du Duc des Lombards. Mark Shane (piano), Matt Munisteri (guitare), Nicki Parrott (contrebasse) et Mark McLean l’accompagnent depuis longtemps et constituent un véritable groupe. Fille de Luis Russell qui fut l’un des pianistes et directeur musical de Louis Armstrong, la chanteuse travailla longtemps comme choriste avant de posséder sa formation. Sa voix chaude et sensuelle fait revivre d’anciennes mélodies de l’histoire du jazz, des joyaux de l’ère du swing et des blues éternels. Son album “Strictly Romancin a reçu en 2012 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz.

-Le 10, le pianiste Bruno Angelini présentera au Sunside Open Land, un quartette comprenant Régis Huby aux violons, Claude Tchamitchian à la contrebasse et Sylvain Darrifourq (remplaçant ce soir là Edward Perraud) à la batterie. La musique fait suite à celle de l’album “Instant Sharings” enregistré en 2014 avec les mêmes musiciens. Récompensé par un Choc dans le numéro de Jazz Magazine de juin 2015, ce disque inclassable réunit jazz moderne et musique contemporaine. Les compositions de Bruno voisinent avec des thèmes de Paul Motian, Wayne Shorter et Steve Swallow, la musique évoluant librement sous l’action collective des musiciens. Au Sunside, le groupe jouera également de nouvelles compositions, prélude à l’enregistrement d’un nouvel album en juin prochain à La Buissonne.

-Ne manquez pas le 12 au Duc des Lombards le concert de sortie de “Princess”, album réunissant le pianiste Stephan Oliva, la chanteuse suisse Susanne Abbuehl et le percussionniste norvégien Øyvind Hegg-Lunde. Largement consacré à la musique de Jimmy Giuffre peu interprétée par les jazzmen, son répertoire comprend aussi Great Bird, un thème que Keith Jarrett enregistra pour Impulse, une version inattendue de What a Wonderful World et des musiques de Stephan qui écrit pour Susanne des mélodies douces et tendres, enveloppe sa voix de notes soyeuses et met en valeur son timbre aérien. Cette dernière y ajoute ses propres paroles ou met en musique des poèmes qu’elle affectionne, allongeant ou contractant leurs syllabes pour leur donner du rythme.

-Le 13 à 20h30, dans le cadre de la cinquième édition de son Tempo Jazz, l’Espace Sorano de Vincennes invite la pianiste Geri Allen et le trompettiste Enrico Rava, deux musiciens exceptionnels qui ne se sont jamais rencontrés, à constituer un duo inédit. Outre ses propres albums, en solo ou avec Ron Carter et Tony Williams, Charlie Haden et Paul Motian, cette grande dame du piano fit partie du groupe de Charles Lloyd et accompagna Ornette Coleman. Apôtre du free jazz dans les années 70, Enrico Rava préfère aujourd’hui souffler de la douceur et privilégier le lyrisme, sa trompette servant le cantabile avec une grande variété d’inflexions. Il s’est toujours entouré de bons pianistes – Franco d’Andrea, Stefano Bollani, Giovanni Guidi – jouant des mélodies très simples et très belles dont son association avec Geri Allen devrait bénéficier.

-Steve Kuhn au Sunside le 13 (19h00 et 21h30) et le 14 mai (20h00) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Le pianiste a une longue carrière et une impressionnante discographie derrière lui. Il a enregistré avec Scott LaFaro, accompagné Kenny Dorham, Stan Getz et Art Farmer et, de janvier à mars 1960, a même été le pianiste de John Coltrane auquel il a consacré un magnifique album en 2008. Ancrant son piano dans la tradition du bop, Steve Kuhn est aussi un musicien lyrique, un disciple de Bill Evans qui aime diversifier son jeu. Ses propres compositions révèlent le styliste aux harmonies élégantes qui excelle en solo. “Ecstasy”, un disque ECM de 1974, en témoigne.

-Le 17 mai à 20h00, le Mona Bismarck American Center (34 avenue de New York, 75116 Paris) accueille Jacky Terrasson en solo dans un programme entièrement consacré à des standards de l’histoire du jazz. Le pianiste excelle dans cet exercice qui le voit prendre des risques, greffer de nouvelles notes, de nouvelles harmonies sur de vieux thèmes indémodables. Il joue pourtant trop rarement en solo. Ne manquez pas cette rare occasion d’écouter ce face à face avec lui-même, son jeu physique ancré dans le blues, dans le rythme, la scène apportant une autre dimension à sa musique.

-Guitariste italien installé à Paris depuis plusieurs années, Federico Casagrande fêtera le 18 au Sunside (21h30) la sortie sur le label CAM Jazz de “Fast Forward”, un album en trio enregistré avec le bassiste américain Joe Sanders (remplacé par Simon Tailleu pour ce concert) et le batteur israélien Ziv Ravitz, compagnon de route de Yaron Herman. Né à Trévise, Federico Casagrande étudia la guitare au Berklee College of Music de Boston. Séduit par ses timbres et ses couleurs, Enrico Pieranunzi a enregistré en duo avec lui “Double Circle” en 2014. À la guitare acoustique Federico y révèle la finesse de son jeu, ses harmonies sophistiquées. On les retrouve intactes dans les deux plages acoustiques de son nouveau disque, un opus électrique tout aussi audacieux.

JAZZ à SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS - 17ème ÉDITION

-Le 18 également, le grand amphithéâtre de l’Université Panthéon-Assas (92 rue d’Assas) accueillera Anne Ducros. Accompagnée par ses musiciens – Benoit De Mesmay (piano), Olivier Louvel (guitare), Gilles Nicolas (contrebasse et basse électrique), Bruno Castellucci (batterie) – et un orchestre symphonique, elle interprétera le répertoire de “Brother Brother !” (Adlib), son nouvel album, un florilège de chansons célèbres – You Are So Beautiful, La Bicyclette, Samba Saravah, Déshabillez moi – merveilleusement chantées et bénéficiant d’arrangements très soignées.

-Ce concert est donné dans le cadre de la 17ème édition du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés qui se déroulera cette année du 11 au 22 mai dans diverses salles et lieux des 5ème et 6ème arrondissements de Paris – Les églises de St. Germain et de Saint-Sulpice, la salle des fêtes de la mairie du 6ème, le Lucernaire, l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, la Maison des Océans – mais aussi au Sunside qui abritera les 13 et 14 mai le Tremplin Jeunes Talents.

 

-Un festival soutenu par la Fondation BNP Paribas et que créèrent Donatienne Hantin (co-fondatrice et co-directrice en charge de la production du festival) et Frédéric Charbaut (son co-fondateur, directeur en charge de l’artistique) avec le regretté Joël Leroy. Autour d’eux se bouge une équipe formidable. Je pense à Géraldine Santin la responsable de la communication qui est à droite sur la photo avec à son côté le pianiste Joran Cariou, vainqueur du Tremplin Jeunes Talents 2016 (Frédéric et Donatienne sont à gauche sur cette même photo), à Sophie Louvet l’attachée de presse, et à Véronique Tronchot dont le papa reste cher à mon cœur.

 

-Le programme est à découvrir sur le site internet du festival. Il y en a pour tous les goûts avec des concerts du pianiste Shahin Novrasli, du Stefano Di Battista / Flavio Boltro Quintet (qui invite la chanteuse Robin McKelle) de Baptiste Trotignon, du saxophoniste David Sauzay (en solo au Musée de Cluny le 20 mai à 21h00) et de la chanteuse Linda Lee Hopkins.

-L’un des points forts du festival sera le concert de sortie du nouvel album ECM du trompettiste Avishai Cohen, “Cross My Palm With Silver”, le 19 mai à 21h30 à la Maison des Océans, 195 rue Saint-Jacques. Déjà présents dans “Into The Silence” son disque précédent (Grand Prix 2016 de l’Académie du Jazz), le pianiste Yonathan Avishai et le batteur américain Nasheet Waits sont à nouveau de l’aventure, le bassiste Barak Mori indisponible se voyant remplacer par Yoni Zelnik. Les cinq compositions de ce nouvel opus laissent beaucoup de place à l’improvisation, la musique souvent modale restant largement confiée à la discrétion des musiciens qui y déposent leurs idées et concourent à la création de pièces ouvertes et subtilement interactives.

 

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-L’association « Partage dans le monde » que soutient activement le pianiste Nicola Sergio nous donne rendez-vous le dimanche 21 mai (18h00) au New Morning pour la 4ème édition de « Jazz pour le Népal », un concert de soutien en faveur des sinistrés des séismes de 2015 au Népal. Au programme le Nicola Sergio Quartet (avec Francesco Baerzatti au saxophone), Antoine Hervé en trio avec François et Louis Moutin et l’Orchestre Pee Bee. Les bénéfices de ce concert financeront des missions médicales et éducatives.

-Pat Metheny est attendu à l’Olympia le 23 à 20h00, avec un nouveau groupe comprenant Gwilym Simcock aux claviers, Linda Oh à la basse et Antonio Sanchez à la batterie, seul rescapé de sa formation précédente. Le prix des places : entre 117€ et 62€, cher pour un guitariste qui ces dernières années n’a pas toujours été au meilleur de sa forme. Mais sur scène Metheny se lâche, improvise tout feu tout flamme avec un lyrisme dont manque un peu ses derniers albums studio. Sans Chris Potter, saxophoniste parfois envahissant, et renouant avec la formule du quartette qui a fait son succès (ses grands disques avec Lyle Mays), Metheny devrait donner le meilleur de lui-même.

-Fred Hersch au Sunside le 23 (21h00) et le 24 (19h30 et 21h30) avec son trio habituel, John Hébert (contrebasse) et Eric McPherson (batterie). Musicien inspiré, Hersch joue une musique si fluide que l’on ne perçoit pas l’immense technique qu’elle nécessite. Les standards qu’il reprend et actualise avec un grand souci de la forme révèlent la profonde intimité qu’il partage avec son piano. Rythmiquement, il fascine par son sens du tempo, sa conception très souple du rythme qui lui permet de passer du stride au boogie ou de jouer une bossa avec un brio sans pareil. Interprète coutumier de Thelonious Monk, les accords anguleux et abstraits, ne lui font pas peur. La contrebasse d’Hébert instaure avec lui une conversation quasi permanente. Quant à son batteur il adapte son jeu à toutes les situations. Des concerts incontournables.

-Au Sunset le 25, le trio AérophoneYoann Loustalot (trompette et bugle), Blaise Chevallier (contrebasse) et Frédéric Pasqua (batterie) – fêtera la sortie d’“Atrabile” (Bruit Chic / L’Autre Distribution), son troisième album, un opus au sein duquel le trio devient quartette avec l’arrivée de Glenn Ferris, tromboniste invité. Une musique plus riche sur le plan sonore, mais aussi sur celui des échanges en résulte. Assurant d’habiles contre-chants, les cuivres organisent une véritable polyphonie de timbres autour des compositions structurées de Loustalot, un répertoire souvent mélancolique dans lequel Ferris, qui sera présent au Sunset, se révèle l’interlocuteur idéal du trompettiste.

-Avec Stéphane Kerecki et Daniel Humair, Antonio Faraò était en février au Duc des Lombards. Il retrouvera le Sunside le 26 (à 21h00) et le 27 (à 21h30) avec un autre trio pour l’accompagner. Thomas Bramerie (contrebasse) et Jean-Pierre Arnaud (batterie) poseront leurs tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies élégantes. Il peut aussi se montrer énergique, donner swing et intensité à ses notes et peindre des paysages plus durs et plus abstraits. Il reste toutefois attaché à la ligne mélodique des thèmes qu’il aborde et qu’il ré-harmonise. Avec lui, point de notes inutiles mais un jazz raffiné qui se laisse constamment fêter.

-Dans le cadre du festival Villette Sonique 2017, Annette Peacock se produira en solo le 27 (chant, piano & claviers) dans la salle des concerts de la Cité de la Musique. Figure lunaire du jazz et des musiques expérimentales, elle épousa le contrebassiste Gary Peacock puis devint la femme de Paul Bley avec lequel elle enregistra quelques albums de jazz électronique, elle-même utilisant un prototype de Mood Synthétiser. Elle a signé des thèmes inoubliables – Open To Love, Blood, Albert’s Love Theme, Touching – que la pianiste Marilyn Crispell a réuni en 1996 dans “Nothing Ever Was, Anyway”, un album ECM en trio. Son dernier disque, “An Acrobat’s Heart” (ECM) date de 2000. Un concert événement. 

-Le Triton : www.letriton.com

-Le Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset - Sunside : www.sunset-sunside.com

-Festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés : www.festivaljazzsaintgermainparis.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

-Mona Bismarck American Center : www.monabismarck.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-La Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

 

Crédits photos : Yves Rousseau / Christophe Marguet 5tet © Jérôme Prébois – Catherine Russell © Sandrine Lee – Bruno Angelini, Steve Kuhn, Fred Hersch, Antonio Faraò © Philippe Marchin – Stephan Oliva / Susanne Abbuehl / Øyvind Hegg-Lunde © Maxim François – "Un Premier mai très parisien", Geri Allen, Fredéric Charbaut / Donatienne Hantin / Joran Cariou /Géraldine Santin © Pierre de Chocqueuse – Jacky Terrasson © Jean-Baptiste Millot – Federico Casagrande © Boris Wilensky – Anne Ducros © Robert Pasquier / Ropas – Pat Metheny © J. Peden – Avishai Cohen, Aérophone, Annette Peacock © Photos X/D.R.

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:13
Adieu Yoyo

Ma première rencontre avec Philippe Adler remonte à 1976. Journaliste à l’Express, il était venu interviewer Ringo Starr dans la suite qu’occupait ce dernier à l’hôtel George V. Alors attaché de presse, je ne me doutais pas que ma future passion pour le jazz et les hasards de la vie nous lieraient d’amitié. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de ce que nous nous sommes dit ce 17 septembre. Peu de choses probablement. Philippe Adler cachait sa timidité sous une certaine froideur, un aspect bourru qu’il réservait à ceux qu’il rencontrait la première fois. Sous cette carapace se dissimulait une âme sensible et généreuse. Je le découvris beaucoup plus tard. Philippe gardait une certaine réserve. Très jeune, j’étais moi-même peu assuré.

 

Je me revois chez lui à Paris, dans le jardin qui jouxtait son appartement de la rue du Ranelagh en 1986, par une belle journée de début d’été. Jazz Hot se cherchait un nouveau rédacteur en chef et quelques membres de la rédaction du journal dont moi-même souhaitions le voir en endosser l’habit. Monsieur Jazz à RTL  – il en dirigea également les programmes au début des années 70 –, puis à l’Express, Philippe Adler avait fondé Rock & Folk vingt ans plus tôt avec quelques amis. Auteur des paroles de Papa Tango Charly pour Mort Shuman, de celles de Destinée pour Guy Marchand, chanson que le film de Jean-Marie Poiré “Le Père Noël est une ordure” avait rendu célèbre, il était alors plongé dans l’écriture sous le regard attentif et bienveillant d’André Balland chez qui il avait publié deux romans débordant de tendresse et d’humour. Acceptant le poste qu’on lui offrait à Jazz Hot, il en ressuscita le courrier des lecteurs, répondant aux nombreuses lettres qu’il recevait par des phrases aussi brèves que percutantes. Il apporta à la revue un ton différent, celui d’une plume impertinente, irrévérencieuse et drolatique. Ses Hot News, 4 pages désopilantes d’informations et de photos aux légendes saugrenues, ne manquèrent pas de faire du bruit.

 

Philippe resta dix-huit mois à Jazz Hot, rajeunissant le lectorat du « vieux tramway bringuebalant et rouillé qui venait de traverser une zone de fortes turbulences », gagnant par l’humour de nouveaux lecteurs ouverts comme lui à d’autres musiques. S’il aimait surtout le jazz de Duke Ellington, de Count Basie, de Dizzy Gillespie et de Shorty Rogers, il appréciait le jazz moderne, les jeunes musiciens qui en faisaient l’histoire. Comment oublier nos journées de rires ponctuées de déjeuners pantagruéliques chez Marcel, restaurant de la rue Saint-Nicolas et proche du passage de la Boule Blanche dans lequel le journal s’était installé ? Comment oublier nos deux virées à Besançon, au festival Jazz en Franche-Comté, avec Patrick Tandin, Julien Delli-Fiori et Ferdinand Lecomte ?

 

Le cœur sur la main et attentif aux autres, Philippe s'amusait mais travaillait aussi beaucoup. Avec Jazz Hot sur les bras, il trouva le temps d‘écrire deux autres romans “Les amies de ma femme”, son plus grand succès adapté pour le cinéma par Didier Van Cauwelaert et “Graine de tendresse” dans lequel la rédaction de son journal devient celle du Serpent Charmeur, « une jolie bande de toqués sympathiques » dont un certain Calqueuse est le chef de pub. En 1987, Jean Drucker, PDG de M6 qui souhaitait pérenniser une émission de jazz sur la chaîne, le chargea de l’animer. Diffusé tous les lundis à une heure tardive, Jazz 6 connut une longévité exceptionnelle, l'émission s’arrêtant définitivement en 2008. Ne pouvant mener de front trois activités, Philippe organisa son départ de Jazz Hot. Il m’avait beaucoup encouragé à écrire. J’étais prêt. Il m’en remit les clefs.

 

Les années passaient, mon fils Julien grandissait. Philippe lui téléphonait au moment des fêtes et, prenant une autre voix, il devenait Yoyo, le lutin préféré du Père Noël. Julien avait-il été sage ? Tout tremblant au bout du fil, il lui assurait toujours que oui. Philippe publia trois autres romans et, en 1994, nous rédigeâmes à quatre mains “Passeport pour le Jazz” qui reçut éloges et critiques positives lors de sa parution l’année suivante. Largement remaniée et complétée, une seconde édition parut deux ans plus tard. Quittant son « coron » de Boulogne-Billancourt, Philippe s’était installé à Plaisir. Nous déjeunions ensemble lorsqu’il se rendait à Paris. Il finit par délaisser complètement la capitale et je prenais le train pour aller le voir. Il avait coupé sa moustache et pour le magazine gastronomique 3 Étoiles, réalisait des interviews de grands chefs étoilés. Il était particulièrement fier du long entretien que lui accorda Paul Bocuse en 2013 et dont ce blog se fit bien sûr l'écho.

 

Malade depuis plusieurs mois, il n’acceptait aucun visiteur, exceptés les membres de sa proche famille, son fils Jean-Christophe et sa fille Emmanuelle. C’est elle qui me prévint de son décès. Le 12 mars, jour de la fête de Pourim, le carnaval juif – cela ne pouvait mieux tomber –, Philippe, né le 16 juin 1937, retrouvait là-haut ses parents et amis disparus, Philippe Koechlin qu’il aimait beaucoup, les musiciens qu’il admirait, ses chats (Ellington, Thelonious, Dizzy...) qui le consolaient. Je l’imagine faire la fête avec eux autour d’une table bien garnie, du jazz plein les oreilles, son éternel cigare au bec, heureux sous la protection du Bon Dieu. Ce dernier n’est-il pas lui aussi un fumeur de havanes ?

 

-Après les pianistes Maurice Vander et Horace Parlan partis en février, Jean-Christophe Averty, Pierre Bouteiller, Tommy LiPuma (qui venait de produire le nouveau disque de Diana Krall) et Gérard Terronès nous ont aussi quittés en mars, mois tristement endeuillé.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

 

-Pour commencer, rendez-vous au Duc des Lombards. Benny Golson s’y produit les 3, 4 et 5 avril et il serait dommage de ne pas l’écouter. Né en 1929, créateur des standards inoubliables que sont Along Came Betty, I Remember Clifford ou de cette Blues March qui fut l’indicatif de “Pour ceux qui aiment le jazz”, le saxophoniste est une des dernières vraies légendes d’une musique à laquelle il contribua activement. Sa participation aux Jazz Messengers d’Art Blakey dont il assuma un temps la direction, le Jazztet qu’il codirigea avec Art Farmer furent quelques-uns de ses titres de gloire. On est surpris de l’entendre jouer aussi bien aujourd’hui. Sa sonorité reste moelleuse, chaude, généreuse, et son phrasé fluide. Depuis l’an dernier, il tourne en Europe avec Antonio Faraò au piano, Gilles Naturel à la contrebasse et Doug Sides (batterie). Ils seront avec lui au Duc pour servir sa musique.

-J’ai découvert Ben Rando en 2012 lorsqu’il officiait au piano au sein de Dress Code, un groupe qui nous laisse un album sur lequel plane fortement l’ombre du second quintette de Miles Davis. Benjamin Rando sort aujourd’hui un premier disque sous son nom. La musique en est très différente, du jazz teinté de folk, des chansons jazzifiés qui laissent beaucoup de place à l’improvisation des solistes, une jeune américaine, Sarah Elizabeth Charles, se chargeant de les chanter. On peut ne pas adhérer à son timbre de voix, mais les orchestrations très soignées de cet opus regorgent de belles couleurs et d’inventions mélodiques. Naguère membres de Dress Code, le saxophoniste Yacine Boularès et le batteur Cédric Bec sont de l’aventure, Sam Favreau à la contrebasse et l’excellent guitariste Federico Casagrande complétant la formation. Le 5 au New Morning, elle fêtera la sortie de “True Story” (Onde Music / InOuïe Distribution) sur lequel on prêtera attention.

-Le 7, le Gil Evans Paris Workshop au grand complet investit le New Morning à l’occasion de la parution de “Spoonful” (Jazz&People / PIAS) son premier disque, deux CD(s) renfermant une musique généreuse qui laisse également beaucoup de liberté aux solistes. À la tête d’une quinzaine de jeunes musiciens, Laurent Cugny reprend et modernise les arrangements de Gil Evans, propose ses propres compositions et des morceaux qu’il a lui-même arrangés, Lilia de Milton Nascimento, Manoir de mes rêves de Django Reinhardt, My Man’s Gone Now de George Gershwin bénéficiant des rythmes et des timbres élégants qu’offre l’instrumentation d’un grand orchestre. Citer les noms des musiciens qui entourent Laurent sur cette photo serait fastidieux pour le lecteur de ce blog. Vous les trouverez dans le livret de son album que vous allez sans tarder acquérir. Grâce à eux, le jazz rajeunit et continue d’exister.

-Avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), le pianiste Yonathan Avishai se produira en trio au Sunside le 14. Il enregistra avec eux “Modern Time”, premier de ses deux disques pour le label Jazz&People, la découverte d’un pianiste sensible qui joue peu de notes, mais les aère par une utilisation judicieuse du silence, sait bien les choisir et dont la musique, ancrée dans la tradition, relève bien du jazz. Avec César Poirier (clarinette et saxophone alto) qui le 15 s’ajoutera au trio du pianiste, la musique se teintera de couleurs néo-orléanaises. Avec Inor Sotolongo (percussions) indisponible ce soir là, César participa à l’enregistrement de “The Parade”, son deuxième album, réussite incontestable qui nous transporte dans les Caraïbes, et au sein duquel le boléro et l’habanera font bon ménage. Un de mes 13 Chocs 2016, un disque à écouter sans tarder.

-Fred Nardin au Duc des Lombards le 20. On l’y rencontre souvent, toujours prêt à tenir le piano du club. Prix Django Reinhardt 2016 de l’Académie du Jazz, Fred se prépare à enregistrer un disque en trio. C’est avec Or Bareket à la contrebasse et Leon Parker à la batterie que le Duc le programme. Pianiste de l’Amazing Keystone Big Band, il surprend par la modernité de son piano. Avec lui, l’instrument reste attaché au blues, à l’histoire du jazz, parle le swing et le bop. Enregistré en quartette en 2013 et publié en janvier 2016, “Watt’s ne reflète pas les progrès accomplis par le pianiste. On l’écoutera plutôt dans “Low Down”, un album plus récent du saxophoniste Jean-Philippe Scali et l’on attendra patiemment le sien dont la sortie nous est annoncée cette année.

-Monty Alexander à la Philharmonie de Paris, salle Pierre Boulez, le 23 à 18h00. Originaire de la Jamaïque, il se plaît à mêler le jazz de la grande Amérique au reggae de Kingston, sa ville natale. Vif, brillant, coloré et souvent percussif, son piano a souvent été comparé à celui d’Oscar Peterson. Les albums qu’il a enregistrés pour le label Motéma avec son Harlem-Kingston Express déménagent et contiennent d’étonnantes versions de The Harder They Come (Jimmy Cliff) et de No Woman No Cry (Bob Marley). Andy Bassford (guitare), Hassan Shakur (contrebasse) et Karl Wright (batterie) qui l’accompagnent à Paris jouent depuis longtemps avec lui. Wayne Escoffery au saxophone ténor et Andrae Murchison au trombone donneront d’autres couleurs à sa musique. Leon Duncan (contrebasse) et Jason Brown (batterie) doubleront la section rythmique ce qui promet une belle soirée.

-Houston Person en quartette au Duc des Lombards du 24 au 26 avril. Né en 1934, auteur d’une discographie riche d’une cinquantaine d’albums – il en enregistra une dizaine pour le label Prestige –, ce musicien originaire de la Caroline du Sud possède toujours une sonorité chaude et veloutée au saxophone ténor. Elle convient bien aux ballades qu’il reprend, à ses improvisations toujours mélodiques. J’ignore tout des musiciens qui l’accompagnent à Paris, la chanteuse et pianiste Dena DeRose, le bassiste Ignasi Gonzalez, le batteur Jo Krause, mais je recommande à vos oreilles attentives “Something Personnal”, un disque HighNote de 2015. L’énergie intacte, Houston Person tout feu tout flamme nous donne une leçon de lyrisme.

-Tony Palemaert au Studio de l’Ermitage le 25 (21h00). Il y fêtera la sortie de “Camera Obscura”, disque dont vous trouverez la chronique dans ce blog. Le pianiste apprécie toutes sortes de musiques et les fait siennes au sein d’un univers musical très riche qu’il orchestre avec beaucoup de cohérence. Relevant du jazz, ses improvisations reposent sur des mélodies attachantes qu’il harmonise avec beaucoup d’imagination, ses musiciens contribuant avec lui à la réussite d’une musique très soignée sur un plan sonore. Julien Pontvianne (saxophone ténor et clarinette), Nicolas Moreaux (contrebasse), Karl Jannuska (batterie) et deux des nombreux invités de l’album, Christophe Panzani (saxophone ténor) et Pierre Perchaud (guitare) seront sur scène pour l’interpréter, la recréer autrement. Le guitariste Federico Casagrande qui a enregistré un bel album avec le maestro Enrico Pieranunzi (“Double Circle” sur Cam Jazz) assurera la première partie du concert. Enregistré avec Joe Sanders (contrebasse) et Ziv Ravitz (batterie), “Fast Forward”, son nouveau disque, paraîtra le 19 mai.

-On retrouve Christophe Panzani, Pierre Perchaud et Karl Jannuska dans le sextet de Nicolas Moreaux attendu au Sunside le 26. Le bassiste m’était inconnu avant la parution de “Fall Somewhere”, grand prix du disque de l’Académie Charles Cros en 2013, un double CD atmosphérique et lyrique à la croisée du jazz et d’autres musiques populaires. Puis vint son “Belleville Project”, musique d’un film imaginaire co-signé avec le saxophoniste américain Jeremy Udden dans laquelle Pierre Perchaud assure les guitares et le banjo. Olivier Bogé au saxophone alto et Antoine Paganotti à la batterie complètent la formation d’un compositeur qui lui apporte de vraies mélodies, met en scène une musique inspirée évoquant des images, une musique sur laquelle il fait bon s’attarder.

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Philharmonie de Paris : www.philharmoniedeparis.fr

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

 

Crédits Photos : Philippe Adler © Pierre de Chocqueuse – Benny Golson Quartet © Marie-Colette Becker – Ben Rando © Jean-Baptiste Millot – Gil Evans Paris Workshop © Noé Cugny – Yonathan Avishai Trio © Eric Garault – Fred Nardin, Nicolas Moreaux © Philippe Marchin – Tony Palemaert © Sylvain Gripoix – Monty Alexander, Houston Person © Photo X/D.R.

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 09:13

 

Mars : à la lecture des rares journaux de jazz qui existent encore, je ne peux m’empêcher de constater à quel point le « politiquement correct » empêche toute vraie critique de se faire entendre. On y découvre tous les mois les chroniques largement positives d’une cinquantaine d’album, voire davantage. Les musiciens s’en satisfont. Le moindre bémol adressé à leur travail provoque leur profond courroux. Tout va bien entre eux et les journalistes si ces derniers passent toujours la brosse dans le sens du poil, si leur talent n’est pas contesté. L’amateur de jazz qui cherche à s’informer, à acheter un album susceptible de lui plaire est souvent moins heureux. Comment choisir lorsque presque tous les disques qu’on lui présente bénéficient de bonnes chroniques ?  

 

Les mauvais disques existent-ils encore ? On peut en douter à la lecture de nos journaux de jazz, de ce blog qui met en avant les bons disques et ignore les autres, choix qualitatif impliquant que certains d’entre eux sont donc moins intéressants que d’autres. Selon certains, tout est affaire de goût, pure subjectivité rendant toute discussion impossible. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise musique. On aime tel disque parce qu’il parle à votre sensibilité ; on n’en apprécie pas tel autre car il est trop éloigné de votre esthétique. Or le goût s’affine par l’expérience, l’écoute et surtout la culture. N’émettre aucune critique, ce n’est pas rendre service au musicien qui conforté dans son ego, pourra difficilement faire progresser son œuvre. Au sein des rédactions, les chroniques des nouveautés et des rééditions sont confiées à ceux qui sont les plus capables de les apprécier. Normal, car il est toujours préférable de défendre un album que d’en dire du mal. Malheureusement pour le lecteur, le jugement positif que porte le chroniqueur est souvent loin de refléter la valeur musicale du disque qu’il commente. Sans vouloir provoquer de nouvelles batailles d’Hernani, je pense qu’il serait bon de multiplier les débats, les espaces de discussions, les « pour et les contre » sur des disques qui divisent les journalistes (il y en a, et même beaucoup) afin d’éclairer l’amateur de jazz sur une musique qui change, bouge, en digère de nouvelles sans trop savoir où elle va. Perdu, incapable de se faire une réelle opinion à la lecture des blogs, des journaux qui encensent, le jazzophile se voit obligé de bien connaître les goûts des chroniqueurs pour ne pas se tromper.

 

Il n’y a pas si longtemps, journalistes, musiciens et lecteurs s’éreintaient dans les pages des journaux. Souvenez-vous des prises de position de Boris Vian dans Jazz Hot, du courrier des lecteurs qu’y tenait Lucien Malson, du “Débloc-Notes de Siné dans ce même journal, de son “Sinépistolier dans Jazz Magazine et, plus près de nous, des “Hot News de Philippe Adler dont l’humour fit scandale dans Jazz Hot. Il y avait là une liberté de ton, une impertinence, qui n’est plus possible aujourd’hui. N’hésitez donc pas à contester les choix rédactionnels de ce blog que j’assume seul depuis bientôt neuf ans, à me donner votre point de vue, à me porter contradiction par des critiques constructives et motivées. J’attends vos commentaires avec impatience.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Enrico Pieranunzi au Sunside les 2 et 3 mars pour de nouvelles aventures avec Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie), section rythmique avec laquelle il a l’habitude de travailler. On les retrouve dans “Ménage à Trois” publié l’an dernier, disque consacré à des musiciens classiques qu’il affectionne, Eric Satie, Francis Poulenc et quelques autres. Le pianiste romain a également enregistré pour le label Cam Jazz “Americas”, un album en duo avec Bruno Canino qui fut le pianiste attitré de la cantatrice Cathy Berberian. Épouse de Luciano Berio, elle en fut l’interprète privilégiée. Astor Piazzolla, George Gershwin, Aaron Copland et Carlos Guastavino, un célèbre compositeur argentin qui écrivit beaucoup pour la voix et le piano y sont à l’honneur. Écoutez leur version poétique et émouvante de Milonga Del Ángel, pièce célèbre de Piazzolla ! On aurait tort de passer à côté de cet enregistrement dont le maestro est, à juste titre, particulièrement fier.

-Également les 2 et 3 mars, un quartette codirigé par le saxophoniste Olivier Temime et le pianiste Olivier Hutman, avec Samuel Hubert à la contrebasse et Steve Williams à la batterie, proposera au Duc des Lombards (deux concerts par soirée, 19h30 et 21h30) une relecture de “Glass Bead Games”, un double album qu’enregistra en 1973 le saxophoniste Clifford Jordan (1931-1993) pour le label Strata-East. Les pianistes Stanley Cowell et Cedar Walton, les bassistes Bill Lee et Sam Jones et le batteur Billy Higgins accompagnent Jordan dans cet opus, un des sommets de sa carrière. Deux quartettes s’expriment en alternance (Higgins faisant partie des deux ensembles) et font corps avec la musique. Le disque se veut une adaptation musicale du roman “Le Jeu des Perles de Verre” (“Glass Bead Games”), de l’écrivain Hermann Hesse. C’est aujourd’hui un album culte.

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-34ème édition de Banlieues Bleues du 3 au 31 mars. Quatorze villes à laquelle s’ajoute Paris représentée par L’Atelier du Plateau, une salle du 19ème, sont concernées par ce festival pas comme les autres. Rock, hip-hop, techno, world music, chants yéménites, swing libéré, musique afro-cubaine, chansons haïtiennes, rumba, électro-chaâbi, standards dissipés, grooves lancinants, rap pas McDo et un peu de jazz plutôt free avec quelques groupes qui interpellent dans un programme éclectique dont une bonne partie des intervenants de ce vaste monde me sont totalement inconnus.

Le 7 mars, Vincent Courtois (violoncelle), Daniel Erdmann (saxophone ténor) et Julian Sartorius sont attendus à la Marbrerie de Montreuil (20h30) autour d’un projet à géométrie variable intitulé “Les Démons de Tosca # 3”. Le livret de Giacomo Puccini semble inspirer les musiciens. Le défunt groupe Tethered Moon (Masabumi Kikuchi, Gary Peacock, Paul Motian) nous en donna une relecture intéressante en 2002 avec son album “Experiencing Tosca” sur Winter & Winter. Si la musique que fait Vincent Courtois ne relève pas toujours du jazz, ses disques, “West” notamment, méritent des écoutes attentives. “Asian Fields Variations”, un album de musique de chambre que le violoncelliste sort en mars sur ECM avec Louis Sclavis et Dominique Pifarély est également digne d’intérêt.

-Le 14, à la Dynamo de Banlieues Bleues de Pantin (20h30) c’est un concert de jazz que propose The Jazz Passengers, groupe fondé en 1987 par une bande de joyeux drilles qui dépoussièrent avec bonheur le jazz de leurs aînés tout en respectant le vocabulaire et la grammaire de cette musique. Roy Nathanson (saxophone et chant), Curtis Fowlkes (trombone et chant), Bill Ware (vibraphone, Fender Rhodes et chant), Sam Bardfeld (violon) Brad Jones (contrebasse et chant), E.J. Rodriguez (batterie, percussions) et Ben Perowsky (batterie) dynamitent le genre avec humour et savoir-faire. On s’attardera sur les arrangements sophistiqués de “Still Life With Trouble” (enja - Yellowbird), album aussi réjouissant que recommandable qui vient tout juste de paraître.

-Le 15 à l’espace 93 Victor Hugo de Clichy-Sous-Bois (20h30), le pianiste cubain Harold López-Nussa présentera la musique de son dernier album, “El Viaje” (Mack Avenue), publié l’an dernier. En trio avec le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant et son frère Ruy Adrián López-Nussa à la batterie et aux percussions. Natif du Sénégal, Wade apporte une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste qui délivre une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures, aux découvertes musicales que lui ont apportées ses voyages.

-On retrouve Pantin et la Dynamo de Banlieues Bleues le 16, toujours à 20h30, pour ce qui m’apparaît être Le concert du mois. “Ida Lupino”, un de mes 13 Chocs de 2016 donne son nom au quartette qui en est à l’origine. Il réunit le piano de Giovanni Guidi, le trombone de Gianluca Petrella, les clarinettes de Louis Sclavis et la batterie de Gerald Cleaver, et fait entendre un matériel thématique très largement improvisé que les musiciens rendent singulièrement inventif. Guidi et Petrella se connaissent depuis longtemps et l’interaction complice de leurs instruments sont au cœur du dispositif orchestral de l’album, la présence de Sclavis aux clarinettes et de Cleaver à la batterie enrichissant une musique très libre que le jeu mélodique du pianiste rend souvent lyrique.

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-Theo Bleckmann au Duc des Lombards le 4 avec les musiciens qui l’accompagnent dans “Elegy” son nouvel album, le premier qu’il enregistre sous son nom pour ECM. Ben Monder, guitariste avec lequel il s’est produit en duo au Sunset en octobre dernier, Shai Maestro au piano, Chris Tordini à la contrebasse et son vieux complice John Hollenbeck à la batterie, son groupe « ambiant » comme il se plaît à l’appeler, donnent des couleurs à ses musiques, des peintures sonores d’une grande élégance. Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann s’est fait connaître auprès de Meredith Monk. La musique contemporaine est davantage son domaine que le jazz bien que le Refuge Trio dont il a été membre est loin de négliger le genre. Sa voix très pure de ténor léger lui a permis de chanter Robert Schumann, Hanns Eisler, Kurt Weill et  Charles Ives (avec le groupe Kneebody). Bleckmann a également consacré en 2011 un album aux chansons de Kate Bush.

-Pianiste – il a été élève de Samy Abenaïm et de Katy Roberts à la Bill Evans Piano Academy –, compositeur de musiques de films, de musiques pour le théâtre, Laurent Marode est aussi un jazzman attaché au be-bop et au swing. Après “Elephant Walk” en 2014, il publie aujourd’hui chez Black & Blue “This Way Please” un disque en nonet arrangé avec talent et de bonnes idées, la présence d’un vibraphone donnant à la musique une couleur singulière. “This Way Please” swingue avec élégance et réunit des musiciens que le pianiste affectionne. Fabien Mary (trompette), Jerry Edwards (trombone), Luigi Grasso (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Frank Basile (saxophone baryton), Nicholas Thomas (vibraphone), Fabien Marcoz (contrebasse) et Mourad Benhammou (batterie) seront avec lui au Sunset le 9 pour en fêter la sortie.

-Également le 9, Joe Lovano est attendu en quartette au New Morning avec Lawrence Fields au piano, Peter Slavov à la contrebasse et Otis Brown à la batterie. Publié l’an dernier, son dernier album est un enregistrement live de 2005 dans lequel le regretté Hank Jones officie au piano. “Sound Prints”, un live de 2015 enregistré avec Dave Douglas, trompettiste avec lequel il se produit fréquemment, est son album le plus récent. Découvert auprès du trompettiste Christian Scott, Lawrence Fields y tient également le piano. Le New Morning est donc une bonne opportunité de faire le point sur un saxophoniste dont la carrière impressionnante (des disques avec Carla Bley, John Scofield, Kenny Werner, Bill Frisell, Paul Motian, Michel Petrucciani, Henri Texier, Peter Erskine, Steve Kuhn, Marc Johnson, Eliane Elias) reste loin d’être terminée.

-Paul Lay au Café de la Danse le 15 pour le concert de sortie de deux albums qui paraissent simultanément. Réunissant autour du pianiste la chanteuse Isabel Sörling et le bassiste Simon Tailleu, “Alcazar Memories”, un voyage au sein de la chanson populaire, plus particulièrement provençale et suédoise, constituera la première partie du programme. C’est en trio que Paul Lay abordera la seconde, avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie pour jouer “The Party”, « illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d'une fête », disque pleinement réussi au sein duquel Paul prend des risques, tente des combinaisons harmoniques aussi belles qu’inattendues.

-On connaissait mal Nancy Harms avant la sortie l’an dernier de “Ellington at Night” consacré comme son nom l’indique au répertoire du Duke, un répertoire relu par des arrangements très originaux. Mal distribués en France, “In the Indigo et “Dreams in Apartments”, ses deux premiers disques, furent pourtant d’énormes succès aux Etats-Unis. Normal, la chanteuse possède une voix aussi expressive que séduisante. Organisée pour promouvoir le second, une tournée la conduisit en septembre 2014 à Paris, au New Morning, la sortie de “Ellington at Night” lui faisant retrouver cette même salle l’an passé. C’est le Duc des Lombards qui la programme le 17 au sein d’un quartette de musiciens français. Parmi eux, le pianiste Fred Nardin, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2016. Jérémy Bruyère (contrebasse) et Benjamin Henocq (batterie) complètent la formation.

-Au Sunside le 17, Jean-Marc Foltz (clarinettes) et Stephan Oliva fêtent la sortie d’un disque depuis trop longtemps attendu. Enregistré en décembre 2015 au studio La Buissonne, “Gershwin”, un opus consacré aux œuvres du célèbre compositeur, devait sortir l’an dernier. Il bénéficia d’ailleurs d’une bonne chronique dans Jazz Magazine (un Choc tout à fait mérité). Mais s’il fut envoyé à la presse, l’album ne fut jamais commercialisé suite à des problèmes de distribution. Capiteuse et sensuelle, arbitrée par le silence dont elle semble naître, prenant son temps pour nous séduire, sa musique a donc eu bien du mal à parvenir jusqu’à nous, a longuement retenu son souffle pour se faire désirer. Elle sera enfin disponible le 31 mars, date à laquelle, toujours sur label Vision Fugitive, paraîtra un album de Stephan Oliva avec la chanteuse Susanne Abbuehl et Øyvind Hegg-Lunde aux percussions.

-Le même soir, mais au Sunset, Madeleine & Salomon interprètent “A Woman’s Journey, l’album envoûtant qu’ils ont sorti l’an dernier, un hommage à des chanteuses engagées et militantes qui troublèrent l’Amérique « bien pensante », celle qui aujourd’hui hélas a placé Donald Trump au pouvoir. Des œuvres de Billie Holiday, Nina Simone mais aussi de Janis Ian et de Mavin Gaye constituent leur épertoire élargi à la soul et à la folk music. Madeleine, c’est la chanteuse Clotilde Rullaud et Salomon le pianiste Alexandre Saada qui sait mettre constamment en valeur la puissante voix de velours de Clotilde. Frissons garantis !

-John Scofield retrouve le New Morning le 22 avec les mêmes musiciens que la dernière fois. Steve Swallow (basse électrique) et Bill Stewart (batterie) qui l’accompagnent dans “Country for Old Men” (Impulse !), son disque le plus récent. Un hommage à la country music qui, depuis toujours, inspire sa guitare. Il y reprend des chansons traditionnelles américaines et des compositions de Hank Williams, James Taylor et Merle Haggard. Scofield qui a grandi avec le rock et le blues a enregistré une bonne trentaine d’albums tout au long d’une carrière qui l’a vu jouer avec les jazzmen les plus exigeants. C’est toutefois sur scène qu’il faut l’écouter car il y donne le meilleur de lui-même. Le pianiste Gerald Clayton, récemment entendu Salle Pleyel au sein du quartette de Charles Lloyd complète sa formation.

-Ses derniers disques sont mal distribués en France ce qui n’empêche pas Wallace Roney de nous rendre visite de temps à autre. Il était au New Morning en 2011, faisant revivre la musique de “Bitches Brew” au sein d’un groupe monté à cette occasion : le Bitches Brew Beyond. Le Sunside l’a accueilli en octobre 2015 avec une rythmique de rêve : Buster Williams (contrebasse) et Lenny White (batterie), une rythmique de rêve. Le trompettiste revient au Sunside pour trois soirée, les 23, 24 et 25 mars, avec un groupe comprenant Benjamin Solomon au saxophone ténor, Oscar L. Williams Jr. au piano, Curtis Lundy à la contrebasse et Eric Allen à la batterie.

-À l’occasion de la journée mondiale de l’eau, Jacky Terrasson et ses amis nous donnent rendez-vous à Bobino le 27 (20h00) afin de soutenir Solidarités International dans son action en faveur de l’accès à l’eau pour tous. Jacky a confié la direction musicale de ce programme éclectique mêlant jazz, classique et chanson française à Lionel Belmondo. Outre ce dernier au saxophone et à la flûte et Jacky au piano, ce concert exceptionnel réunira Stéphane Belmondo à la trompette et au bugle, Thomas Bramerie à la contrebasse, Lukmil Perez à la batterie, le quatuor à cordes Equinoxe, la chanteuse Mathilde et des invités surprises. L’intégralité de la recette sera versée à Solidarités International. www.solidarites.org   

-J’apprends par un courriel de Jean-Pierre Vignola que les disques Black & Blue, dont le premier enregistrement réunissant Milt Buckner et Buddy Tate aux Studios Pathé Marconi de Boulogne Billancourt date de 1967, fêteront leur cinquantième anniversaire au Jazz Club Étoile le 30 à partir de 21h30. Trois formations sont au programme de ce jubilé : le trio du pianiste Philippe Duchemin avec Christophe et Philippe Le Van (contrebasse et batterie) ; le Mourad Benhammou Jazz Workers Quintet qui, outre Mourad à la batterie, réunit Fabien Mary (trompette), David Sauzay (saxophone), Guillaume Naud (piano) et Fabien Marcoz ; et le sextette du trompettiste François Biensan dont Michel Pastre (saxophone), Fred Nardin (piano), Stan Noubard Pacha (guitare), Jean-Pierre Rebillard (contrebasse) et François Laudet (batterie).

-Légitimes successeurs des célèbres Double-Six, les Voice Messengers, six chanteurs et chanteuses (Rose Kroner, Andrea Gomez, Vanina de Franco, Emmanuel Lanièce, Augustin Ledieu, Sylvain Bellegarde) qu’accompagnent une section rythmique (Raphaël Dever à la contrebasse et Frédéric Delestré à la batterie) et le piano de Thierry Lalo, fondateur et directeur artistique de la formation seront au Sunside le 31 (deux concerts, 20h00 et 22h00). Si le groupe de Mimi Perrin est souvent à l’honneur (Mimi Medley, un enchainement de huit titres sur lesquels Mimi rajouta naguère des paroles), le répertoire des Voice Messengers reste étonnamment jeune et éclectique. Leur album “Lumières d’Automne” (Black & Blue) reçut le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz en 2008. Récompense méritée pour l’un des meilleurs groupes vocal de la jazzosphère. 

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Banlieues Bleues : www.banlieuesbleues.org

-New Morning : www.newmorning.com

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com

Crédits Photos : Enrico Pieranunzi, John Scofield, Wallace Roney © Philippe Marchin – Vincent Courtois © Tina Merandon – The Jazz Passengers © Dana Hall – Harold López-Nussa © Vincent Berthe – Giovanni Guidi & Gianluca Petrella © Riccardo Crimi – Theo Bleckmann Quintet © Caterina di Perri / ECM – Laurent Marode © Mygaloo Static – Joe Lovano © Jimmy Katz – Paul Lay © Jean-Baptiste Millot – Nancy Harms © Ken Shung – Stephan Oliva & Jean-Marc Foltz © Maxim François – Thierry Lalo © Christian Ducasse – Madeleine & Salomon © photo X/D.R.

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 11:44
Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Lucien Malson (à gauche) et André Hodeir en 1998. Photo © Christian Rose.

Février : j’apprends tardivement la disparition de Lucien Malson né à Bordeaux le 14 mai 1926 et décédé à Paris le 27 janvier dernier. En 1964, il fit paraître chez Plon “Les Enfants sauvages”, ouvrage qui fut porté à l’écran par François Truffaut et connut de très nombreuses rééditions chez 10/18. C’est à cette collection qu’il confia en 1976 son “Histoire du jazz et de la musique afro-américaine” rééditée plus tard au Seuil. Dans les bureaux qu’occupait 10/18 au sein du groupe des Presses de la Cité rue Garancière, Annie Sissombat, une collaboratrice de Christian Bourgois, me présenta à Lucien dans les années 80. Outre son histoire du jazz, j’avais lu le petit livre qu’il avait publié aux PUF “Les Maîtres du jazz”, ouvrage qui m’avait permis de mieux connaître cette musique que le temps, la passion et de bons amis allaient me permettre d’approfondir. Mon activité principale consistait alors à chercher de nouveaux annonceurs pour Jazz Hot – j’étais chargé de la publicité du journal – qui connaissait ces années-là de sérieux problèmes financiers. Lucien y avait travaillé bien avant moi, ferraillant avec les lecteurs dans sa « revue de presse ». Il fut l’un de ceux qui rendirent adulte la critique de jazz, avec André Hodeir qui, au même moment, se penchait sur les problèmes techniques que posait cette musique. M’encourageant à persévérer dans ce travail ingrat, Lucien me témoigna très vite une discrète affection.

 

Docteur ès lettres et sciences humaines, agrégé de philosophie, journaliste et homme de radio – il créa en 1961 à la RTF le Bureau du Jazz –, il m’invita plusieurs fois à participer à son émission Black & Blue qu’il animait sur France Culture avec Alain Gerber. Lorsque je devins rédacteur en chef de Jazz Hot en 1988, j’eus l’occasion de le retrouver cette année-là à un cocktail organisé par les Éditions Jean-Michel Place pour fêter “Le Jazz”, livre qu’André Schaeffner en collaboration avec André Cœuroy avait publié en 1926 et se voyait réédité. Frank Ténot en avait rédigé la nouvelle préface, Lucien et Jacques B. Hess les postfaces. Tous les trois étaient présents ce jour là et leurs dédicaces ornèrent la page de garde de mon exemplaire. Celle de Lucien, « A Pierre que j’estime et j’aime beaucoup » m’alla droit au cœur. Nous nous étions perdus de vue, mais la disparition de ce « redoutable bretteur » (Alain Gerber le décrit ainsi dans sa préface du livre de Michel-Claude Jalard “Le jazz est-il encore possible ?) me touche profondément. 

 

François Truffaut n’était pas à l’affiche du festival Premiers Plans dont la 29ème édition s’est tenue en janvier à Angers. Consacré aux premiers films de jeunes réalisateurs, le festival propose aussi des hommages et des rétrospectives. Les frères Dardenne, Christian Mungiu et Andrea Arnold furent cette année à l’honneur. “Heartstone” de l’islandais Gudmundur Arnar Gudmundsson reçut le grand prix du Jury et le prix du Public dans la catégorie des longs métrages. Il sera projeté à Paris jeudi prochain au Forum des Images (20h30) avant de sortir sur les écrans en octobre. Je ne suis pas resté assez longtemps à Angers pour le voir, mais j’ai admiré une belle actrice, Margarita Breitkreiz, prix d’interprétation féminine pour “Marija” de Michael Koch, et découvert un étonnant film estonien quelque peu fantastique, “Pretenders” de Vallo Toomla. Un grand merci à Xavier Massé pour avoir facilité l’obtention de mon accréditation, à Phil Costing, mon chauffeur et ami, et à Marceline, mon hôtesse et dévouée accompagnatrice.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-On n’a pas oublié Lucky Dog, quartette réunissant Frédéric Borey au saxophone,Yoann Loustalot à la trompette et au bugle, Yoni Zelnik à la contrebasse et Frédéric Pasqua  à la batterie. Leur premier et unique CD a fait l'objet d’une chronique dans ce blog en mai 2014. Ils seront le 6 février à bord de la péniche Le Marcounet (Port des Célestins, Quai de l'Hôtel de ville, 75004 Paris) pour présenter le répertoire qu’ils enregistreront à Liège le 7 et le 8 dans le célèbre Jacques Pelzer Jazz Club qui programma naguère les américains de passage. Quartette sans piano, Lucky Dog séduit par les compositions pleines de swing de ses souffleurs, les moments intimes de ses pièces chorales, sa musique ouverte favorisant de nombreux dialogues.

-Antonio Faraò joue une musique souvent modale qui laisse un large espace de liberté aux solistes. S’il reprend des thèmes d'Herbie Hancock et de Tony Williams à la tête d’un quartette de musiciens italiens dans “Boundaries”, son album le plus récent, il aime également enregistrer et se produire en trio. “Domi” (2011) bénéficie ainsi de présence de Darryl Hall et d’André Ceccarelli. Mais c’est avec une autre section rythmique que le pianiste se produira au Duc des Lombards le 7. Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair poseront les bons tempos sur son phrasé fluide, ses harmonies raffinées. Au service de la ligne mélodique des compositions qu’il aborde et qu’il harmonise avec finesse et sensibilité, Antonio Faraò peut tout aussi bien se montrer énergique, jouer des notes inhabituelles et peindre des paysages plus durs et plus abstraits beaucoup moins fréquentés.

-Habitué du Festival Jazz en Tête, Jeremy Pelt souffle les notes d’un bop moderne et réjouissant. Véloce, le trompettiste étonne par sa maîtrise technique, sa justesse. Ses notes jaillissent, sculptées par un souffle puissant. Il a enregistré dix albums sous son nom, a sévi dans nombre de big bands, accompagné de grands jazzmen et connaît le jazz et son histoire, la modernité de son jeu n’excluant pas de solides racines. Il sera au Sunside le 11 pour célébrer les 80 ans de Louis Hayes, batteur légendaire surtout connu pour sa collaboration avec Cannonball Adderley. Il sera là bien sûr, pour se voir fêter au sein d’un quartette qui, outre Jeremy Pelt, comprend Danny Grissett au piano et Dezron Douglas à la contrebasse.

-Les 16, 17 (à 21h00) et 18 février (21h30), le Sunside accueillera le Monk Trio de Laurent de Wilde. Avec le pianiste, Jérôme Regard (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), musiciens qu’il retrouve régulièrement pour célébrer Thelonious Monk, son musicien fétiche. Laurent prend un malin plaisir à jouer et à compliquer les partitions pleines de chausse-trappes de ce dernier. Ses arrangements de Off Minor et de Shuffle Boy placent constamment les musiciens en déséquilibre comme s’ils se retrouvaient dansant sur une corde raide. Les trois hommes n’ont peur de rien, Jérôme et Donald s’entendent pour ordonner le rythme, le dompter, le commenter. Le premier tient un rôle mélodique important ; le second marque les temps avec une telle légèreté que la musique s’écoule fluide, comme le sable du sablier.

-Une soirée placée sous l’égide du label Jazz & People le 22 au Studio de l’Ermitage (21h00). En première partie, le saxophoniste Christophe Panzani jouera des morceaux de l’album qu’il a enregistré l’an dernier avec sept pianistes qu’il affectionne. Certains d’entre eux seront présents ce soir là. Yonathan Avishai interprétera ensuite la musique colorée et épicée de “The Parade”, son second disque, un de mes 13 Chocs de l’année 2016, “Les âmes perdues” de Christophe Panzani faisant également partie de ma sélection. “The Parade” nous conduit dans les Caraïbes et à la Nouvelle-Orléans. César Poirier (saxophone alto et clarinette), Yoni Zelnik (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie) et Inor Sotolongo (percussions) accompagnent un pianiste dont le jeu économe témoigne de l’importance qu’il accorde au silence, à la respiration de ses compositions, des ritournelles que des rythmes simples et efficaces rendent irrésistibles.

-Julie Saury et son sextette au Sunside le 24 pour fêter la sortie de “For Maxim” (Black & Blue) dont le sous titre « A Jazz Love Story », résume bien l’enthousiasme qui anime la batteuse de jazz. C’est bien sûr son père Maxim auquel elle rend hommage qui lui donna la passion de cette musique reçue en héritage. Julie Saury a toutefois grandi avec le jazz moderne de son époque, mais aussi par Michael Jackson, Prince, le funk, la musique cubaine, ce qui n’enferme pas sa musique dans le carcan du jazz traditionnel. Elle reprend de vieux standards que jouait son père pour les actualiser, en bousculer les codes, et greffe dessus sa propre histoire. Avec elle, des musiciens amis, certains d’entre eux officiant au sein du Duke Orchestra dont les battements de cœur sont étroitement associés à ses tambours, Aurelie Tropez (clarinettes), Shannon Barnett (trombone et chant), Frederic Couderc (saxophone ténor), Philippe Milanta (piano) et Bruno Rousselet (contrebasse). Il faut saluer Julie !

-David Linx au Duc des Lombards le 24 avec Armel Dupas (piano, claviers), Manu Codjia (guitare), Timothée Robert (basse) et Arnaud Dolmen (batterie). Au programme, “Chronicles”, nouvelle création qui a vu le jour au Théâtre Marni (Bruxelles) le 13 janvier dernier, un concert mêlant textes et musiques, chaque chanson racontant une histoire dans laquelle la mémoire, les souvenirs interviennent. Le chanteur se penche sur son passé pour mieux comprendre le futur, celui de nos enfants, de nos espoirs, et ose un nouveau langage, une nouvelle forme d’expression artistique.

-Constitué par le guitariste Pierre Perchaud (découvert au sein de l’ONJ de Daniel Yvinec et auteur de deux albums sur Gemini Records), le bassiste Nicolas Moreaux (deux albums sur Fresh Sound New Talent) et le batteur catalan Jorge Rossy (longtemps associé à Brad Mehldau), Fox un trio dont on trouvera dans ce blog la chronique de leur premier album publié en 2016, est attendu à l’Espace Sorano, 16 Rue Charles Pathé, 94300 Vincennes. Avec eux pour peaufiner un jazz raffiné et en apesanteur, deux invités prestigieux, le saxophoniste Chris Cheek (photo), un saxophoniste ténor à la sonorité suave et au lyrisme séduisant qui forgea son style auprès de l’Electric Bebop Band du défunt Paul Motian, et l’accordéoniste Vincent Peirani, Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2013. Une belle soirée en perspective !

-Au Sunside le 25, le pianiste René Urtreger en trio avec Yves Torchinsky à la contrebasse et Eric Dervieu à la batterie, fidèles entre les fidèles, mais aussi avec Agnès Desarthe qui, l’an dernier, lui a consacré un livre, “Le Roi René aux Éditions Odile Jacob. René lui a confié de nombreux épisodes de sa vie, de ses années musique avec Bobby Jaspar,  Buck Clayton et Don Byas, Miles Davis, le trio H.U.M. avec Pierre Michelot et Daniel Humair, mais aussi Claude François dont il fut le pianiste. Son livre, Agnès Desarthe en lira des extraits. Peut-être chantera-t-elle aussi si René le lui demande. Elle l’a déjà fait lors de ses concerts, suivant un fil comme l’Ariane de la légende, un fil sonore fait de notes tendres et lyriques, un fil mélodique qui, relié aux racines du jazz, possède la mémoire du blues et du bop et n’oublie pas le swing.

-Péniche Le Marcounet : www.peniche-marcounet.fr

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Espace Sorano : www.espacesorano.com

 

Crédits Photos : Lucien Malson & André Hodeir, Paris 1998 © Christian Rose – Lucky Dog © Simon Dufour – Antonio Faraò & Daniel Humair, Laurent de Wilde, Christophe Panzani & Yonathan Avishai, Pierre Perchaud / Nicolas Moreaux / Jorge Rossy & Chris Cheek © Philippe Marchin – Jeremy Pelt, David Linx, René Urtreger © Pierre de Chocqueuse – Julie Saury © Zankovision.

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 08:24
Blue Chet

Janvier : sa neige, ses vents soufflant en tempêtes, ses jours beaucoup trop courts. On s’est partagé en famille ou entre amis la galette des rois à l’Épiphanie le 8, on a adressé ses vœux (par e-mail, ce qui est bien pratique) à ses proches et rangé les boules multicolores du sapin jusqu’à l’année prochaine. Janvier, c’est aussi la traditionnelle remise des prix de l’Académie du Jazz dont j’assure traditionnellement le compte rendu dans ce blog et le Festival Sons d'Hiver (du 13 janvier au 5 février). C’est également le Festival Premiers Plans d’Angers consacré à la découverte des premiers films de réalisateurs européens. J’y ai découvert “Diamant Noir” d’Arthur Harari l’an dernier, “La Niña de Fuego” de Carlos Vermut il y a deux ans, des films forts qui témoignent du renouvellement du cinéma européen.

 

Je n’ai jamais beaucoup apprécié Dalida, les chansons de son répertoire, cette variété facile qui la rendit célèbre. Si le biopic que lui consacre Lisa Azuelos fait grand bruit, l’amateur de jazz se laissera tenter par “Born To Be Blue”, un film de Robert Budreau consacré à Chet Baker dont la sortie discrète (4 salles parisiennes le programment contre 28 pour “Dalida”) témoigne de la difficulté que rencontre le jazz à trouver un public. Quoiqu’il en soit et malgré ses défauts, ce biopic n’est pas sans intérêt. Il porte sur une période bien précise de la vie du trompettiste, entre son emprisonnement à Lucca en 1961 pour usage de stupéfiants – il y reste enfermé seize mois –, les premières scènes du film, son passage à tabac en 1968 en Californie qui lui brisa la mâchoire et son retour à la scène en 1973. Des retours aux années 50 filmés en noir et blanc, images s’inspirant de nombreuses photographies de William Claxton, en compliquent un peu la narration, le réalisateur n’hésitant pas à prendre des libertés avec la vérité historique.

 

“Born To Be Blue” est une fiction basée sur des faits réels. Jane et Elaine, les deux personnages féminins magnifiquement interprétés par Carmen Ejogo la révélation du film, incarnent ainsi à elles deux toutes les femmes que Chet a aimées dans sa vie – Helima que Claxton a souvent photographiée, Carol qui a réellement compté pour lui (Jane dans le film), Ruth que l’on voit beaucoup dans “Let’s Get Lost”, film incontournable que Bruce Weber réalisa en 1988, Diane qui fut sa dernière compagne. Si le personnage de Richard Bock qui produisit les premiers disques de Chet Baker sur son label Pacific Jazz est trop stéréotypé pour être crédible, Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker parvient à convaincre. Kevin Turcotte, un jazzman canadien, joue avec bonheur ses parties de trompette – il double aussi celles de Miles Davis et de Dizzy Gillespie qui apparaissent brièvement. Mais, nonobstant sa performance d’acteur, Ethan chante lui-même plusieurs ballades et se montre très émouvant dans ses interprétations de My Funny Valentine et de I’ve Never Been in Love Before, des morceaux que Chet se plaisait à reprendre.

 

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer Chet Baker lorsqu’il se produisait à Paris dans les années 80. Il pouvait se montrer agressif mais, lors de nos trop brèves rencontres, il ne manifesta jamais la moindre hostilité à mon égard. J’aimais le lamento de sa trompette, son jeu économe, aéré, main dans la main avec le silence, les moments magiques qu’il nous faisait partager lors de ses concerts au cours desquels il soufflait de longues phrases sensibles et délicates, des confidences mélodiques souvent douloureuses qui me touchaient profondément. Il jouait mieux que jamais, malgré ou grâce à la drogue (lui seul le savait), à sa force de caractère, un mental très solide qui lui permettait de tenir physiquement. Chet Baker, l’émotion à l’état pur que conserve ma mémoire, Chet en bleu et en jazz, éternellement.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

-Dans le cadre du Festival Sons d'Hiver, ne manquez pas le 17 à Arcueil (espace Jean Vilar, 20h30) le duo réunissant le trompettiste Wadada Leo Smith et le pianiste Vijay Iyer, complicité qui trouve son origine dans le Golden Quartet de Smith, formation à laquelle Iyer participa de 2005 à 2010. Un enregistrement ECM de 2016 actualise leurs recherches. 

-Publié il y a une quinzaine d’années, “Milagro”, premier album de Natalia M. King, chanteuse et guitariste américaine installée à Paris depuis 1998, fit l’effet d’une bombe : une voix forte, rageuse, expressive criant le blues, chantant le jazz et la soul, naissait au monde. D’autres albums suivirent dans l’indifférence presque générale jusqu’à “Soulblazz” (Jazz Village) en 2014, un disque enregistré avec la complicité de musiciens français (Stéphane Belmondo, Pierrick Pédron, Dominique Cravic). “BlueZzin T’ill Dawn” (“Le Blues jusqu’à l’aube”), un album en quintette de 2016 sur Challenge Records, confirma son retour. Natalia M. King sera sur la scène du Duc des Lombards le 17 et le 18 janvier (19h30 et 21h30). Avec elle : César Poirier (saxophone, clarinette, flûte), Fred Nardin (piano) et Anders Ulrich (contrebasse).

-Sarah Lenka au Sunset le 20 et le 21 avec Taokif Farah et Fabien Mornet aux guitares (ce dernier également au banjo), Malo Mazurié à la trompette et Manuel Marchès à la contrebasse. Après deux disques de jazz, “Am I Blue” en 2008 et “Hush” en 2012, la chanteuse a fait paraître l’an dernier sur le label Jazz & People “I Don’t dress Fine”, album entièrement consacré au répertoire de la grande Bessie Smith, un répertoire qu’elle aborde dans un registre folk / blues en libérant les émotions qui la traversent » tout en préservant la mélancolie de ces chansons par une voix rauque, délicieusement éraillée.

-Pierre de Bethmann et son Medium Ensemble au New Morning le 21. Créé en 2013, la formation aligne douze solistes de premier plan, huit d’entre eux officiant sur des instruments à vent, des musiciens sans lesquels la musique savante de Pierre – vaste toile mélodique, harmonique et rythmique – ne serait pas si fluide. Chloé Cailleton (voix) Stéphane Guillaume (flûtes), Sylvain Beuf (saxophone alto), David El-Malek (saxophone ténor), Thomas Savy (clarinette basse), Sylvain Gontard (trompette), Camille Lebréquier (cor), Bastien Ballasz (trombone), Bastien Stil (tuba), Simon Tailleu (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) entourent le pianiste souvent au Fender Rhodes pour apporter d’autres couleurs à ses arrangements sophistiqués. Après “Sisyphe” en 2014, le Medium Ensemble a récemment publié « Exo”, double CD édité sur Alea, label récemment fondé par Pierre pour développer ses projets musicaux en toute indépendance.

-Cécile McLorin Salvant au Trianon également le 21 (19h00), soirée patronnée par Jazz Magazine. Deux autres chanteuses dont l’une pour le moins discutable assurent la première partie. Qu’importe, car c’est bien Cécile qui nous intéresse. Elle possède une des plus belles voix que le jazz nous offre aujourd’hui, une voix de velours à la large tessiture. Avec elle, le pianiste Aaron Diehl, un orchestre à lui seul. Le blues plein les doigts, il apporte des couleurs et des harmonies contemporaines aux vieilles chansons que Cécile aime reprendre. Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie complètent sa formation. Ils l’entourent dans “For One to Love” (Mack Avenue), publié en 2015 et Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. Pour ma part, je souhaiterais que la chanteuse s’ouvre à un répertoire plus moderne. Elle en a la capacité mais en a t-elle le désir ?

-Yotam Silberstein au Sunside le 26. Le guitariste y fêtera la sortie de “The Village” (Jazz & People), cinquième album publié sous son nom. Il y impose ses lignes mélodiques, son articulation fluide, son intérêt pour toutes sortes de musiques, la milonga argentine, le flamenco, la samba, sans oublier le jazz de Lennie Tristano qui le conduit à des exercices de haute voltige avec son pianiste. Natif de Tel Aviv et installé à New York depuis 2005, Yotam Silberstein bénéficie dans cet enregistrement d’une section rythmique exceptionnelle. Aaron Goldberg (piano), Reuben Rogers (contrebasse) et Greg Hutchinson furent naguère les accompagnateurs du saxophoniste Joshua Redman. Il n’était toutefois pas possible de les faire venir à Paris pour un seul concert. Yonathan Avishai (piano), Yoni Zelnik (contrebasse) et Daniel Dor (batterie) seront donc ses partenaires au Sunside. Difficile donc de faire la fine bouche.

-Le 26, le pianiste Craig Taborn se produira en solo à Vincennes (auditorium Jean-Pierre Miquel, 20h30). Capable de dynamiter le tissu musical, abordant la musique avec une liberté pleine et entière, le pianiste est également capable de faire preuve de lyrisme. Publié sur le label ECM en 2011, “Avenging Angel” étonne par son approche mélodique, sa puissance, ses notes qui hypnotisent. 

-Élue en 2015 meilleure vocaliste de Jazz de l’année aux Parliamentary Jazz Awards, récipiendaire des très convoités BBC Jazz Awards en 2001, Norma Winstone se produira en trio au New Morning le 27 janvier (20h30). Glauco Venier (piano) et Klaus Gesing (clarinette basse et saxophone soprano) l’accompagnent dans ses trois derniers albums, tous enregistrés pour ECM : “Distances” (Prix du Jazz Vocal 2008 de l’Académie du Jazz), “Story Yet to Tell” (2010) et “Dance Without Answer” (2014), des opus sobrement arrangés et à la musique intimiste. Improvisant avec ses propres onomatopées, Norma Winstone possède un phrasé réellement personnel. Son talent, sa grande musicalité, lui permirent de mener à bien une carrière qu’on ne peut que lui envier. Les formations de Mike Westbrook, John Surman, Kenny Wheeler, Michael Gibbs et John Taylor qui fut un temps son mari accueillirent sa voix singulière. Ne manquez pas cette rare opportunité de l’entendre.       

-Festival Sons d'Hiver : www.sonsdhiver.org

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Le Trianon : www.letrianon.fr

 

Photos : Ethan Hawke & Carmen Ejogo : photo du film de Robert Budreau “Born To Be Blue” – Vijay Iyer & Wadada Leo Smith © John Rogers – Natalia M. King © Paul Bourdrel – Sarah Lenka © Hugues Anhès – Pierre de Bethmann Medium Ensemble © Tom Spianti – Cécile McLorin Salvant © Mark Fitton – Yotam Silberstein © Gulnara Khamatova – Craig Taborn © Rue Sakayama – Norma Winstone Trio © Glauco Comoretto.     

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:15
Tombe la neige

Décembre, mois du passage au solstice d’hiver, période au cours de laquelle nos nuits sont les plus longues de l’année. Nettoyée par le froid, l’atmosphère montre le ciel sous son plus bel aspect. Rigel, Aldébaran, Bételgeuse brillent d’un éclat plus lumineux. Contempler ces étoiles nous console un peu de l'année mouvementée qui s’achève. Comment ne pas penser aux massacres perpétués sur notre sol. Après les attentats de 2015, celui du 7 janvier qui nous priva d'une partie de la rédaction de Charlie Hebdo, de Cabu, un grand ami du jazz, et ceux du 13 novembre qui firent de nombreuses victimes, les assassins nous frappèrent durement à Nice le 14 juillet dernier. L’état d’urgence a été maintenu et la présence de militaires en armes patrouillant dans nos rues nous rappelle que le pire peut à nouveau arriver.

 

L’on ressent donc un certain malaise à l'approche de ces Fêtes de fin d’année, moments de paix, de trêve, de temps partagés en famille. Non, le cœur n’y est pas. Les gesticulations de nos hommes politiques, fiers de leurs bilans pitoyables, ne nous font pas rire. Mais déjà les élections présidentielles occupent leurs esprits. On s’agite, on prépare les coups bas, on étale les peaux de bananes pour faire trébucher l’adversaire. Ont-ils compris que les Français ne veulent plus d’eux, réclament d’autres visages ? Tous veulent être califes à la place du Calife et nous promettent monts et merveilles. Seuls les enfants croient encore au Père Noël. Triste époque qui voit Paris devenir une ville de plus en plus sale et malodorante. Seul un blanc manteau de saison pourrait en dissimuler les miasmes, la rendre plus pure, immaculée. Y-aura-t-il de la neige à Noël ?

 

On nous annonce un biopic sur Chet Baker pour le 11 janvier. Son titre : “Born to Be Blue”. Lionel Eskenazi en dit grand bien dans Jazz Magazine. Robert Budreau son réalisateur a placé la musique au centre d’un film qui « évite clichés et pièges mélodramatiques ». Ethan Hawke en est l’acteur principal.

 

Comme chaque année ce blog sera mis en sommeil autour du 20 décembre jusqu’à la mi-janvier. Auparavant, vous seront dévoilés mes « Chocs de l’année », 12 nouveautés et un inédit. Patience…

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-A l’occasion de la publication de l’album “Jazz, 100 photos pour la liberté de la presse” en vente le 1er décembre  – photos de Guy Le Querrec, Dennis Stock, Leonard Freed, Burt Glinn, Robert Capa, Philippe Halsman, Wayne Miller et de la collection Frank Driggs ; textes de Pierre Assouline, Jacques Gamblin, Francis Marmande, Jean-Pierre Marielle, Michel Butor, Reporters sans frontières, la Fondation BNP Paribas et France Musique organisent un concert pour la liberté de la presse, le mardi 6 décembre 2016 au Studio 104 de la Maison de la Radio (19h45).

 

-Un All Stars de 22 musiciens confié au saxophoniste Pierre Bertrand (direction musicale) et soutenu par la Fondation BNP Paribas en assurera la première partie – avec Airelle Besson, Sylvain Beuf, Emanuel Bex, Julien Charlet, Ablaye Cissoko, Jean-Pierre Como, Laurent Cugny, Sophia Domancich, Thomas Enhco, Stéphane Guillaume, Stéphane Huchard, François Moutin, Louis Moutin, Murat Öztürk, Anne Paceo, Manuel Rocheman, Olivier Temime, Baptiste Trotignon, Jacques Vidal, Christophe Wallemme et Louis Winsberg. Le pianiste Shai Maestro et son trio compléteront ce programme.

 

-Une exposition de photographies de Guy Le Querrec et de Patrick Zachmann (Magnum Photos) consacrée au jazz sera également présentée dans la nef et le hall Seine de la Maison de la Radio du 5 au 23 décembre 2016.

-Patricia Barber au New Morning le 7. Aujourd’hui moins médiatisée, on l’a un peu perdue de vue. La chanteuse de Chicago qui est aussi une très bonne pianiste se fit remarquer par ses albums et ses textes dès le début dès années 90. “Distorsion of Love”, son disque premier date de 1992. On découvrit une voix grave et envoûtante, une vraie présence qu’elle manifeste également sur scène. La consécration survint lorsqu’elle devint une artiste Blue Note. “Live, A Fortnight in France” (2004) obtint le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz. “Smash”, son dernier enregistrement officiel pour le label Concord, date de 2013. Elle nous rend visite en trio, Patrick Mulcahi (contrebasse) et Jon Deitemyer (batterie) complétant sa formation.

 

-Le 12, “You & The Night & The Music” (14ème édition), grand concert de jazz qu’organise chaque année en décembre la radio TSF verra l’Olympia accueillir 12 formations. Il y en aura pour tous les goûts, mais The Amazing Keystone Band, Mark Turner & Avishai Cohen, Bireli Lagrene, Marquis Hill (trompettiste vainqueur en 2014 de la Thelonious Monk Competition), Laurent de Wilde & Ray Lema (tous deux au piano), Jacky Terrasson & Stéphane Belmondo, le Laurent Courthaliac Octet, Fred Nardin & Jon Boutellier valent le déplacement.

-Un concert de Fred Hersch est toujours un événement. Le pianiste retrouve le Duc des Lombards les 15 et le 16 décembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) pour des concerts en solo, exercice sans filet dans lequel il excelle. Son disque “Solo” (Palmetto) obtint l’an dernier le Grand Prix de l’Académie du Jazz. Outre des reprises de quelques-uns de ses thèmes, le pianiste y reprend des mélodies d’Antonio Carlos Jobim, Thelonious Monk, Jerome Kern et Joni Mitchell, les rend sensibles et rêveuses, espiègles et fluides. Ses choix harmoniques, sa capacité à faire vivre simultanément plusieurs lignes mélodiques, ses longues tapisseries de notes contrapuntiques révèlent la profonde complicité qui l’unit à son piano.

-Géraldine Laurent retrouve le Sunside le 16 avec les musiciens de “At Work(Gazebo / L'autre distribution), album qui obtint également en 2015 le Prix du Disque Français de l’Académie du Jazz. Avec elle, Paul Lay au piano (Prix Django Reinhardt la même année), Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontomanou à la batterie. Brillante saxophoniste, Géraldine aime la scène, le contact direct avec le public. Le jazz moderne qu’elle propose s’inscrit dans la continuité des années 50 et 60. Charlie Parker, Johnny Hodges et Paul Desmond se font entendre dans son alto qui en conserve la mémoire.

-Après des concerts très remarqués avec le saxophoniste Dave Liebman, notre pianiste de jazz le plus célèbre, Martial Solal, revient les 17 et 18 décembre au Sunside nous faire tourner la tête en compagnie d’un pianiste qui lui ressemble quelque peu. Comme lui, Jean-Michel Pilc aime masquer les thèmes qu’il reprend, les truffer de citations. Tout standard est le point de départ d’une nouvelle aventure, d’un nouveau morceau. Audaces harmoniques, cascades d’arpèges et de notes perlées, netteté de l’attaque, phrasé fluide, les deux hommes se plaisent à surprendre, à jouer les prestidigitateurs avec humour et logique. Deux concerts par soirée : 19h30 et 21h30 le 17, 18h30 et 20h30 le 18.

-Le Fred Nardin / Jon Boutellier 4tet au Duc des Lombards le 17. Respectivement pianiste et saxophoniste au sein du Amazing Keystone Big Band, ils ont publié cette année  “Watt’s” (Gaya) avec Patrick Maradan (contrebasse), Romain Sarron (batterie) et quelques invités. Deux plages bénéficient ainsi de la voix chaude de Cécile McLorin Salvant. Bon musicien, Jon Boutellier est aussi un arrangeur talentueux. On s’en rendra compte le 19 au Duc lors d’une soirée consacrée à une relecture du “West Side Story de Leonard Bernstein par le Amazing Keystone Septet, David Enhco (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Jean-Philippe Scali (saxophone baryton) et Florent Nisse (contrebasse) rejoignant Fred Nardin, Jon Boutellier et Romain Sarron.

-Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo au Sunside du 27 au 30 décembre inclus (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30). Publié en septembre, leur disque “Mother” rassemble quatorze morceaux dont de nombreux standards, des ballades essentiellement, morceaux mélancoliques qui traduisent son atmosphère feutrée. Stéphane joue du bugle mais aussi beaucoup de trompette. Le piano de Jacky se fait rêveur et tendre, puissant et énergique selon les plages, des compositions originales, mais aussi First Song de Charlie Haden, Que reste-t-il de nos amours que chantait Charles Trenet, You are The Sunshine of My Life de Stevie Wonder et La Chanson d'Hélène, extraite du film “Les Choses de la vie” que Jacky sait si bien enrichir d’harmonies délicates. Un must à découvrir sur scène.

-New Morning : www.newmorning.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

 

Photos : Miles Davis © Magnum Photos – Patricia Barber © Jimmy Katz – Fred Hersch © Vincent Soyez – Géraldine Laurent, Fred Nardin / David Enhco / Jon Boutellier, Stéphane Belmondo & Jacky Terrasson © Philippe Marchin – Paris sous la neige, Martial Solal & Jean-Michel Pilc © Photos X/D.R.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 10:53
Jazz au Japon

Trois semaines au Japon, pays de forts contrastes au sein duquel tradition et modernité font bon ménage. A Tokyo, mégalopole la plus moderne de la planète, des immeubles gigantesques voisinent avec des parcs et des temples plusieurs fois centenaires. Dans les couloirs du métro de Kyoto, on croise des femmes en kimono, l’avance technologique du pays n’empêchant pas le vieux Japon d’y avoir toute sa place. Sa découverte ne m’a pas empêché de faire vivre ce blog. Des chroniques des nouveaux disques de Steps Ahead et de Laurent Courthaliac ont été mises en ligne pendant mon voyage. Visiter le pays, ses temples, ses musées, ses jardins, ne m’a pas coupé du jazz. Moins présent aujourd’hui que pendant les années d’après-guerre, il reste toutefois apprécié par de nombreux japonais.

Le soir même de mon arrivée à Kyoto, mes yeux se posèrent par hasard sur l’enseigne lumineuse du ZACBARAN, un club de jazz au sous-sol assez vaste pour contenir un orchestre, un bar, quelques tables. Au programme, une jam-session réunissant quelques-uns des bons musiciens de la ville, certains américains, des joueurs de claquettes rythmant la musique, du bop modernisé, des standards sur lesquels bâtir des improvisations. Si le Blue Note de Tokyo est hors de prix (Il faut compter 10.000 yens / 90,00 euros pour un concert d’une heure, consommations non comprises), je ne me suis pas privé d’arpenter les disquaires des grandes villes, ceux de Pontocho et du Nishiki Marquet à Kyoto, de Shibuya et de Shinjuku à Tokyo. Nombreux sont les musiciens américains qui ont enregistré des disques au Japon, disques que l’on peine à obtenir en Europe. Bien sûr, on trouve (presque) tout sur le net, mais où est le plaisir ? Un clic ne remplacera jamais la découverte d’un disque rare dans le bac d’un disquaire.

Les japonais classent les disques des jazzmen américains ou européens par instruments et par les prénoms des musiciens. Ne cherchez pas Enrico Pieranunzi à la lettre P, mais à E, à Enrico. Même chose pour Michel Sardaby, pianiste vénéré au Japon dont on trouve partout à la lettre M une section à son nom. Trouver des CD(s) de musiciens japonais est encore plus difficile. Le classement se fait par le nom de famille, pas par le prénom. Les albums du pianiste Masabumi Kikuchi sont ainsi rangés à la lettre K, mais tout est écrit en japonais. Les dénicher demande du temps, d’autant plus que les rééditions à petits prix sont parfois classées à part. J’ai toutefois trouvé quelques perles : un Super Audio CD de Paul Bley avec le batteur Masahiko Togashi de 1999 dont j’ignorai l’existence ; un enregistrement en trio de Richie Beirach avec Dave Holland et Jack DeJohnette réalisé pour le Japon en 1993, plusieurs opus de Renee Rosnes et de Junko Onishi qui me manquaient. C’est toutefois “Ginkai” (“Silver World”), un disque de Masabumi Kikuchi enregistré en quartette en 1970 avec Gary Peacock, le batteur Hiroshi Murakami et le flûtiste japonais Hozan Yamamoto (au shakuhachi) qui me semble le mieux refléter le Japon, un pays qui, après avoir assimilé certains éléments de la culture chinoise, a sût habilement mêler à sa propre culture ce que lui a apporté l’occident.  

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT   

-Vincent Peirani (accordéon) et Michael Wollny (piano) au New Morning le 6 pour fêter la sortie de “Tandem” (ACT), un disque enregistré trois ans après “Thrill Box”, un album en trio avec Michel Benita à la contrebasse. Leur nouvel opus traduit une grande variété d’inspiration. Des compositions personnelles mais aussi des reprises de Björk (Hunter), Tomas Gubitch (Travesuras), Samuel Barber (Adagio for Strings), Gary Peacock (Vignette) témoignent de cet éclectisme. Les deux hommes prennent des risques, improvisent, n’ont nul peur des dissonances, ni de séduire par leur lyrisme.

-Apprécié des amateurs exigeants de piano, Steve Kuhn revient jouer au Duc des Lombards les 7 et 8 novembre (deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30) avec David Wong à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie. Il a enregistré beaucoup de disques dont certains comptent dans l’histoire du jazz moderne : “Ecstasy” (1974) en solo, “Mostly Ballads” (en solo et en duo avec Harvie Swartz à la contrebasse), “Remembering Tomorrow” (1996) et plus récemment “Mostly Coltrane” (2009) sont de grandes réussites.

-Le Gil Evans Paris Workshop de Laurent Cugny au Jazz Club Étoile le 10 novembre. Seize jeunes musiciens prometteurs qui privilégient harmonies et couleurs et font revivre des arrangements de Gil Evans (Time of the Barracudas) ou des compositions arrangées par ses soins (Goodbye Pork Pie Hat de Charles Mingus, Blues in Orbit de George Russell, King Porter Stomp de Jelly Roll Morton), Laurent glissant quelques-unes de ses propres compositions dans ce répertoire. Ce dernier rencontra Gil Evans à Paris en 1986, lors de la rédaction de “Las Vegas Tango”, livre publié chez P.O.L., et enregistra deux albums avec lui l’année suivante. Au sein de l’orchestre, Andy Sheppard occupait le pupitre du saxophone ténor. Laurent l’invite à se joindre à l’orchestre qui gagnera Londres le lendemain pour un second concert donné dans le cadre du London Jazz Festival.

-Né à Bali le 25 juin 2003, le jeune pianiste Joey Alexander, 13 ans, effectue une tournée mondiale à la tête de son trio et sera à Paris, le 12, au Café de la Danse (20h00). Précocement surdoué, le phénomène stupéfie par une technique prodigieuse. Plébiscité par de nombreux festivals, ce protégé de Wynton Marsalis faisait ses débuts sur la scène du Lincoln Center à l’âge de 9 ans. Après un premier disque quelque peu inégal l’an dernier, “Countdown”, son nouvel opus sur Motéma montre les progrès accomplis. On jugera sur place et en direct.

-Joshua Redman et Brad Mehldau en duo à la Philharmonie le 14 (20h30). “Nearness” (Nonesuch), l’album qu’ils ont récemment sorti sous leurs deux noms contient de beaux échanges mais n’est pas exempte de longueurs (les solos parfois interminables de Redman au saxophone soprano, alors qu’il maîtrise mieux le ténor). Quant à Brad, il joue un magnifique piano, notamment dans In Walked Bud de Monk, fait preuve d’un grand lyrisme et éblouit par un jeu inventif et inattendu. Laissez-vous donc tenter.

-Le 14 également, Laurent De Wilde et Ray Lema se produiront à la Fondation Cartier, 261 boulevard Raspail 75014 Paris (20h00) dans le cadre de ses Soirées Nomades (des artistes de la scène investissent le temps d’une soirée les espaces d’exposition et, si le temps le permet, le jardin de la Fondation). Un duo de piano pas comme les autres, le but recherché : éviter les bavardages pour se consacrer à la musique, faire simple pour en dégager la beauté. Au programme “Riddles” (One Drop / Gazebo), le premier disque qu’ils ont enregistré ensemble et qui vient de paraître. Des plages rythmées et lyriques dans lesquelles souffle l’esprit de la danse, et du bonheur plein les oreilles.

-La grande René Marie avec son groupe, Experiment of TruthJohn Chin (piano), Elias Bailey (contrebasse), Quentin Baxter (batterie) – au Duc des Lombards les 14 et 15 novembre (2 concerts par soir, 19h30 et 21h30). Elle s’y est produite deux fois, (novembre 2013 et octobre 2014) subjuguant le public du club par sa voix chaude, son jeu de scène félin et sensuel. Après “I Wanna Be Evil” disque consacré au répertoire d’Eartha Kitt qui manqua de peu le Prix du Jazz Vocal 2013 de l’Académie du Jazz, elle a récemment publié “Sound of Red” (Motéma), un opus largement autobiographique dont elle a écrit toutes les chansons, l’un des meilleurs albums de jazz vocal publié cette année.

-Ambrose Akinmusire et son quartette au Sunside le 15 (2 concerts : 19h30 et 21h30). Sur la souple trame rythmique que lui apportent  Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie, le trompettiste fascine par la justesse de ses longues notes détachées, ses tutti, ses phrases mélodiques parfaitement ciselées. Au piano, Sam Harris, le membre le plus récent d’un groupe avec lequel Akinmusire se produit depuis longtemps. Avec eux, il prend des risques, jongle avec d’improbables métriques, explore un jazz moderne imprégné de tradition. La scène est un laboratoire qui permet l’expérimentation, l’invention permanente en temps réel. Spontanée et changeante, la musique naît et grandit naturellement.

-Kandace Springs au Jazz Club Étoile le 16 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Bonne pianiste habile capable d’écrire de bonnes chansons, cette protégée de Prince qui l’aida à sortir de l’anonymat revendique l'influence de Billie Holiday, Nina Simone, Roberta Flack ou Norah Jones. Très bien produit, bénéficiant dans quelques morceaux de la trompette de Terence Blanchard, “Soul Eyes”, son premier album pour Blue Note au sein duquel jazz, folk et soul font bon ménage, mêle habilement standards et compositions originales. Une chanteuse à suivre que l’on découvrira en trio, Jesse Bielenberg (contrebasse) et Dillon Treacy (batterie) constituant sa section rythmique.

-The Aziza Quartet de Dave Holland au New Morning le 17. Occasion de découvrir le nouvel All Stars d’un contrebassiste qui a marqué l’histoire du jazz. Avec lui son vieux complice Chris Potter au saxophone ténor, Lionel Loueke à la guitare et Eric Harland à la batterie, quatre virtuoses de leurs instruments respectifs, Loueke apportant une touche africaine à la musique d’un groupe qui vient de faire paraître sur Dare Records son tout premier album.

-Cyrus Chestnut au Sunside le 18 mais au sein d’un trio accompagnant l’excellente chanteuse italienne Chiara Pancaldi. Cette dernière, une élève de Sheila Jordan et de Rachel Gould avait enregistré un premier album lorsque le pianiste l’invita à se produire au Dizzy’s Club de New York en janvier 2013. Cyrus Chestnut joue aussi dans son second disque “I Walk a Little Faster” sorti en 2015 sur le label Challenge Records. Chiara Pancaldi s’est également produite au Sunside l’an dernier, avec Olivier Hutman au piano et Darryl Hall à la contrebasse qui une fois encore se verra confier l’instrument, le batteur autrichien Bernd Reiter complétant la formation.

-Le quartette de Charles Lloyd Salle Pleyel le 19 dans le cadre du Blue Note Xperia Lounge Festival. Le saxophoniste a toujours très bien choisi ses pianistes. C’est aujourd’hui Gerald Clayton qui occupe le poste. Si Reuben Rogers assure toujours à la contrebasse, Kendrick Scott est le nouveau batteur d’une formation perméable à des métriques inhabituelles. Un groupe capable de refaçonner le répertoire du saxophoniste, de développer un jeu collectif et interactif parfaitement cohérant. Lloyd aime donner des versions différentes des morceaux qu’il aborde, se promener sur des morceaux qu’il réinvente. Il peine un peu à souffler des notes justes, mais qu’importe. Singulièrement profonde et toujours ancrée dans la tradition, sa musique parle le langage de l’âme. En première partie, Mare NostrumRichard Galliano (accordéon), Paolo Fresu (trompette et bugle), Jan Lundgren (piano) –, voyages sonores imaginés dans une Europe multiculturelle et sans frontières.

-Al Jarreau à l’Olympia le 22, toujours dans le cadre du Blue Note Festival, dans un programme entièrement consacré à Duke Ellington. Une idée de Jörg Joachim Keller, le chef du NDR Big Band, l’orchestre de la radio et de la télévision de Hambourg qui aligne vingt musiciens. Hambourg : la ville où, 37 ans plus tôt, la carrière du chanteur décolla lorsqu’il interpréta à l’Onkel Pö’s Carnegie Hall sa version de Take Five qui, en quelques jours, le rendit célèbre en Allemagne. Ce n’est pas la première fois qu’Al Jarreau travaille avec cet orchestre. Pour le centenaire de George Gershwin en 1998, l’orchestre lui avait proposé un arrangement de “Porgy and Bess”, programme que les parisiens purent découvrir en 2007 au Palais des Congrès.

-Antonio Faraò au Sunside les 25 et 26 novembre avec Stéphane Kerecki (contrebasse) et Daniel Humair (batterie). Le pianiste séduit par la vivacité de sa musique, un jazz souvent modal au lyrisme convaincant. Avec lui, point de notes inutiles mais, un phrasé fluide, une technique toujours au service d’une ligne mélodique qu’il se plaît à raffiner. L’influence de Bill Evans mais aussi d’Herbie Hancock est perceptible dans son piano, dans ses choix harmoniques. Il peut aussi se montrer énergique, attaquer ses notes avec agressivité, leur donner du swing et du poids. Nul doute que l’excellente section rythmique qui va l’accompagner saura servir intelligemment sa musique.

-Harold López-Nussa au New Morning le 30 avec son jeune frère Adrián Ruy López-Nussa à la batterie et aux percussions et le sénégalais Alune Wade à la basse et au chant, ce dernier apportant une touche africaine bienvenue au jazz afro-cubain du pianiste. Il enrichit beaucoup “El Viaje”, le nouvel album d’Harold, son meilleur, celui dans lequel il parvient à nous faire voyager, à nous dépayser. Une musique rythmée et élégante, enracinée dans la tradition cubaine mais ouverte à d’autres cultures.

-New Morning : www.newmorning.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Jazz Club Étoile : www.jazzclub-paris.com/fr

-Café de la Danse : www.cafedeladanse.com

-Philharmonie : www.philharmoniedeparis.fr

-Fondation Cartier : www.fondation.cartier.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Salle Pleyel : www.sallepleyel.com

-Olympia : www.olympiahall.com

-Blue Note Xperia Lounge Festival : www.bluenotefestival.fr

 

Crédits Photos : Kyoto / Métro / Kimono, Zacbaran Kyoto, Tower Records Tokyo © Pierre de Chocqueuse –Michael Wollny & Vincent Peirani © Joerg Steinmetz / ACT – Joey Alexander © Motéma Records –  Joshua Redman & Brad Mehldau © Michael Wilson – Laurent De Wilde & Ray Lema © Olivier Hoffschirf – René Marie © John Abbott – Ambrose Akinmusire © Autumn De Wilde – Chiara Pancaldi © Mali Erotico – Cyrus Chestnut © HighNote Records – Al Jarreau © Marina Chavez – Antonio Faraò © Roberto Cifarelli – Harold López-Nussa © Eduardo Rawdriguez – Steve Kuhn, Laurent Cugny, Kandace Springs, The Aziza Quartet, Daniel Humair, Stéphane Kerecki © Photo X/D.R.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 09:00
Voyage à Tokyo

En 1953, Yasujiro Ozu réalisait “Voyage à Tokyo”, son film le plus célèbre. Les belles images qu’il nous en montre n’ont plus grand chose à voir avec le Tokyo d’aujourd’hui, une mégalopole de plus de treize millions d’habitants auxquels il faut ajouter la population de sa vaste banlieue, soit quarante-deux autres millions de japonais, la capitale nippone étant ainsi l’aire urbaine la plus peuplée au monde. Le Japon a toujours fasciné le voyageur occidental. L’écrivain irlandais Lafcadio Hearn (1850-1904) prit même la nationalité japonaise sous le nom de Yakumo Koizumi. L’auteur de “Madame Chrysanthème”, Pierre Loti, y débarqua en 1885. Rudyard Kipling qui admirait le pays et son peuple, le visita en 1889. Plus proche de nous, le suisse Nicolas Bouvier lui consacra sa “Chronique japonaise”, Roland Barthes son “Empire des signes”, et Marguerite Yourcenar qui avait traduit en français plusieurs nôs de Yukio Mishima écrivit sur lui une longue monographie : “Mishima ou la vision du vide”.   

 

Les japonais, un peuple d’esthètes fabriquant laques, soies, porcelaines, estampes et œuvres d’art, inspirèrent bien des peintres, à commencer par les Nabis. Pierre Bonnard était même surnommé par ses confrères « le nabi très japonard ». Grâce à une bourse offerte par le généreux mécène Albert Kahn, le peintre breton Mathurin Méheut parcourut le Kansai entre avril et août 1914 et en ramena de magnifiques dessins et aquarelles. Enfin, Henri Rivière s’efforça de découvrir les secrets des imprimeurs japonais. Ses “Trente-six vues de la tour Eiffel” sont un hommage explicite aux “Trente-six vues du mont Fuji” de Katsushika Hokusai.

 

Avec l’occupation américaine, les japonais vont découvrir le jazz et beaucoup l’apprécier. Créé en 1947, Swing Journal devient la bible des magazines de jazz. Les disques de jazz américains les plus introuvables sont réédités avec leurs pochettes originales. Les grandes villes japonaises possèdent leurs bars, leurs clubs de jazz. Des séances de studio sont organisées à l’occasion des tournées qu’effectuent les jazzmen américains. Keith Jarrett, Brad Mehldau, Herbie Hancock et Richie Beirach y ont enregistré de très grands disques en solo. Les pianistes Toshiko Akiyoshi, Junko Onishi, Makoto Ozone, Masabumi Kikuchi, le trompettiste Terumasa Hino et le saxophoniste Sadao Watanabe nous sont désormais familiers.

 

Aujourd’hui, « l’honorable visiteur » ne débarque plus à Nagasaki. Moyen de transport plus rapide, son avion atterrit à Haneda ou à Narita s’il se rend à Tokyo. Je serai au Japon une grande partie du mois d’octobre. À Tokyo, mais aussi à Kyoto et à Kamakura, petite ville côtière à 1 heure de Tokyo qui fut la capitale du Japon de 1192 à 1338. Les cendres de Yasujiro Ozu que j’évoque en ouverture y reposent sous un bloc de granit. Malgré mon absence, ce blog restera en activité, mais il me sera impossible de vous faire parvenir mes habituels messages via internet. Qui veut voyager loin modère ses bagages et l’ordinateur n’en fera pas partie. Si vous souhaitez être prévenu de la mise en ligne d’un article, il vous faudra vous abonner à la newsletter du blogdeChoc. Votre e-mail, puis un simple clic. C’est fait ? Arigatô gozaimasu !    

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Voyage à Tokyo

-Yoann Loustalot (trompette et bugle), François Chesnel (piano) et Antoine Paganotti au Sunside le 4. Ils se sont retrouvés en 2015 sur la scène du Petit Faucheux (Tours) pour enregistrer “Pièces en forme de flocons” (Bruit Chic), un disque distillant une mélancolie douce et floconneuse, une musique blanche de temps d'hiver. Ce jazz de chambre n’oublie jamais d’être mélodique et s’écoute oreilles grandes ouvertes afin d’en percevoir toutes les nuances. Il fait bon s’y pencher.

Voyage à Tokyo

-Du 7 au 22 octobre se tiendra la 5ème édition du festival Jazz sur Seine. 25 clubs et salles de Paris et de la région parisienne y sont associés. 450 musiciens et150 concerts parmi lesquels ceux de Ricky Ford, John Surman, Marquis Hill, Theo Bleckmann & Ben Monder et Enrico Pieranunzi dont vous trouverez ici les annonces détaillées sont au programme de cette manifestation organisée par l’association Paris Jazz Club qui célèbre ses dix ans d’existence. Ne manquez pas la soirée du 11 : en partenariat avec l’ADAMI, 18 showcases sont prévus dans les clubs de la rue des Lombards. Ils permettront de repérer les talents de demain.

Voyage à Tokyo

-Ricky Ford au Sunside le 7. Son vieux complice Kirk Lightsey indisponible, Ronnie Lynn Patterson tiendra le piano. Nul doute qu’il enrichira la musique du saxophoniste (ténor et soprano) avec ses harmonies aussi subtiles et colorées. Darryl Hall (contrebasse) et John Betsch (batterie) compléteront la section rythmique. Styliste unique et musicien sous estimé, Ricky Ford donne toujours sur scène le meilleur de lui-même. Le son dense, volumineux, de son saxophone ténor couvre une large tessiture. Ford déploie une énergie titanesque dans ses improvisations, des notes qu’il sculpte et étrangle et dans lesquels il insuffle tout l’air que contiennent ses poumons.

Voyage à Tokyo

-Invité à se joindre au Duke Orchestra lors de la soirée anniversaire de l’Académie du Jazz le 8 février dernier, John Surman séduisit le public du théâtre du Châtelet par son interprétation au saxophone soprano de Passion Flower de Duke Ellington. Il reçut à cette occasion le Prix du Jazz Européen pour l’ensemble de son œuvre et se promit de rejouer au plus vite à Paris. Le théâtre du Châtelet lui en offre à nouveau l’occasion le 8 octobre (20h00). Il invite pour la circonstance le batteur Jack DeJohnette, le bassiste Chris Laurence, la chanteuse norvégienne Karin Krog et une formation de cordes, le Trans4mation String Quartet, déjà présente dans deux de ses disques ECM : “Coruscating” et “The Spaces in Between”.

Voyage à Tokyo

-Marquis Hill au Duc des Lombards le 14 (19h30 et 21h30) et à Clermont-Ferrand (Jazz en Tête) le 18 à 20h00. Originaire de Chicago, âgé de 29 ans, vainqueur en 2014 de la Thelonious Monk Trumpet Competition, Hill est un trompettiste au jeu puissant qui sait se faire miel dans les ballades. Les musiciens avec lesquels il nous visite sont ceux qui l’accompagnent dans son nouvel album, le premier qu’il enregistre pour le label Concord. “The Way We Play” réunit Christopher McBride au saxophone alto, Justin Thomas au vibraphone, Joshua Ramos à la contrebasse et Makaya McCraven à la batterie. D’autres invités se joignent à eux dans un disque de hard bop moderne mêlant compositions originales et standards (Maiden Voyage, Straight No Chaser). L’amateur de jazz ne sera pas déçu.

Voyage à Tokyo

-Theo Bleckmann et Ben Monder en duo au Sunset le 16 dans le cadre du Festival Jazz sur Seine. Né en Allemagne et installé à New York depuis 1987, Theo Bleckmann a longtemps travaillé au sein du groupe vocal qui entoure Meredith Monk. Eclectique, il chante aussi bien de la musique contemporaine que du jazz. Membre du Refuge Trio, souvent associé à John Hollenbeck, il chante Charles Ives avec le groupe Kneebody, mais aussi Kate Bush, Hanns Eisler et Kurt Weill avec une belle voix de ténor léger. Né à New York, Ben Monder est un guitariste très demandé. Il tient l’instrument sur “Blackstar”, le dernier disque du regretté David Bowie et a enregistré plusieurs albums avec Bleckmann. Son dernier disque “Amorphae” est paru sur ECM en janvier 2016.

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Voyage à Tokyo

-Du mardi 18 au samedi 22 octobre se tiendra à Clermont-Ferrand (Maison de la Culture, salle Jean Cocteau) la 29ème édition de Jazz en Tête. Concocté par son directeur musical Xavier « Big Chief » Felgeyrolles, un connaisseur, le programme en est particulièrement réjouissant. Le trompettiste Marquis Hill en quintette (voir encadré) et le trio de Kenny Barron le 18 ; Jacky Terrasson & Stéphane Belmondo puis le Christian McBride Trio le 29 ; Keith Brown en quartette et Cécile McLorin Salvant accompagnée par le trio du pianiste Aaron Diehl le 20 ; Laurent de Wilde en duo avec Ray Lema puis John Scofield et son groupe (voir encadré) le 21 ; enfin le quartette de Julien Bertrand (un trompettiste qui teinte parfois son hard bop de reggae et de hip hop) puis Isaiah Sharkey (un guitariste lié à la scène néo soul que les fidèles de Jazz en Tête découvrirent il y a 5 ans au sein du groupe du batteur Chris Dave) le 22 y sont prochainement attendus.

Jazz en Tête a l’habitude de surprendre par la qualité et la richesse de sa programmation. Aujourd’hui célébrés, Roy Hargrove, Robert Glasper, Lionel Loueke, Ambrose Akinmusire, Gregory Porter et Cory Henry y ont donné leur premier concert en France. Sélectionné par l’Express dans le « Top 10 » des festivals de jazz les plus importants, Jazz en Tête est bien le seul festival de l’hexagone qui fait encore la distinction entre le jazz et la musique improvisée, privilégie le jazz qui ressemble à du jazz. Il fidélise de ce fait un public d’amateurs enthousiastes et fêtera l’an prochain ses 30 ans avec un programme à faire perdre la tête.

 

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Voyage à Tokyo

-John Scofield au New Morning le 20 et à Clermont-Ferrand (Jazz en Tête) le 21 avec Gerald Clayton (piano), Steve Swallow (basse électrique) et Bill Stewart (batterie). Swallow et Stewart jouent dans son nouvel album “Country for Old Men” (Impulse !) consacré à des reprises de Hank Williams, James Taylor, Merle Haggard et à des chansons traditionnelles américaines. Un hommage à la country music qui semble avoir particulièrement inspiré sa guitare.

Voyage à Tokyo

-Enrico Pieranunzi retrouve le Sunside pour trois soirs (20, 21 et 22 octobre). Avec lui une section rythmique qu’il apprécie. Diego Imbert (contrebasse) et André Ceccarelli (batterie) connaissent bien son piano flamboyant, son aptitude à faire chanter et respirer une simple phrase musicale, à l’enrichir de notes émouvantes. Le maestro se permet bien des audaces, change de route et de tempo, cultive l’humour, l’inattendu. Il joue ses compositions mais aussi de très nombreux standards qu’il rajeunit, trempe dans un grand bain de soleil. Ses doigts en or harmonisent et colorent des mélodies superbes, des ballades qu’il effleure d’un toucher sensible pour en poétiser les timbres et les mettre en lumière.

Voyage à Tokyo

-Ne manquez pas le pianiste Laurent Courthaliac au Sunside les 27 et 28 octobre. Deux concerts données à l’occasion de la sortie de “All My Life” (Jazz & People), son nouveau disque, double hommage à Woody Allen et au « Great American Song Book » dans lequel le cinéaste puise les musiques de ses films, des chansons de George Gershwin (essentiellement) que Laurent affectionne et qu’il reprend avec bonheur, leur offrant de nouveaux arrangements. Avec lui, les souffleurs de l’album, Fabien Mary (trompette), Bastien Ballaz (trombone), Dmitry Baevsky (saxophone alto), David Sauzay (saxophone ténor), Xavier Richardeau (saxophone baryton) et une section rythmique de remplacement comprenant Geraud Portal à la contrebasse et Romain Sarron à la batterie.

Voyage à Tokyo

-Après des concerts très remarqués en décembre dernier au Sunside, Martial Solal et Dave Liebman se produiront à nouveau le 29 au studio 104 de la Maison de Radio France (20h00) dans le cadre de l’émission Jazz sur le Vif animée par Arnaud Merlin. Pianiste espiègle et prestidigitateur plein d’humour, Martial Solal nous fait tourner la tête par des myriades de notes, fragmente et masque les thèmes qu’il reprend, invente de nouvelles mélodies et s’amuse à nous surprendre. Au ténor qu’il utilise aujourd’hui davantage ou au soprano dont il tire une sonorité qui lui est propre, Dave Liebman excelle. Son jeu peut être âpre, tranchant comme un rasoir. Musicien de la (dé)mesure, il sait aussi faire délicieusement chanter ses instruments, souffler de longues phrases lyriques et enveloppantes. Son duo avec Martial Solal est bien sûr très attendu.

-Festival Jazz sur Seine : www.jazzsurseine.fr

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Théâtre du Châtelet : www.chatelet-theatre.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-Festival Jazz en Tête : www.jazzentete.com

-New Morning : www.newmorning.com

-Maison de Radio France : www.maisondelaradio.fr

 

Crédits Photos : Yoann Loustalot / François Chesnel / Antoine Paganotti © Rémi Angeli – Ricky Ford, John Surman, Enrico Pieranunzi / Diego Imbert / André Ceccarelli, Laurent Courthaliac © Philippe Marchin – Marquis Hill © Deneka Peniston – John Scofield © Nicolas Suttllow – Martial Solal & Dave Liebman © Jean-Baptiste Millot – Theo Bleckmann & Ben Monder © Photo X/D.R.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 10:10
Été meurtrier

Drôle de rentrée : cet été, quelques grands noms du jazz ont rejoint les étoiles, tiré leur révérence à ce bas-monde en ébullition. Leurs sorties – leurs toutes dernières, hélas! – pèsent lourd dans un paysage jazzistique de plus en plus diversifié, de plus en plus désertifié. Bobby Hutcherson décédé le 15 août, Louis Smith le 20, Toots Thielmans le 22, étaient irremplaçables. Avec eux disparaît un peu de la mémoire du jazz, une musique aux profondes racines dont l’histoire peu à peu s’estompe, se brouille, une époque où le jazz ressemblait encore à du jazz. Tous partis à des âges respectables après nous avoir beaucoup donné : 75 ans pour le vibraphoniste, 85 pour Smith trompettiste trop méconnu, 94 pour Toots dont on n’est pas prêt d’oublier l’harmonica dans “Affinity”, un des chefs-d’œuvre de Bill Evans. Ajoutons à cette liste André Clergeat, coauteur du Dictionnaire du Jazz et membre fondateur de l’Académie du Jazz, disparu le 23 juillet à 89 ans ; Rudy Van Gelder le sorcier d’Hackensack, parti le 25 août, fermement décidé à 91 ans de poursuivre là haut ses enregistrements. La veille, l’écrivain Michel Butor, 89 ans, s’éteignait. Je l’entends encore réciter ses poèmes sur la scène du Réservoir, une salle de la rue de la Forge Royale, en novembre 2012, Marc Copland les colorant de notes tintinnabulantes, d’harmonies féériques. Leur disque qui s’intitule “Le long de la plage” me le fait beaucoup regretter.

 

Malgré toutes ces sorties, c’est la rentrée avec comme chaque année l’incontournable festival de Jazz à la Villette (du 30 août au 11 septembre) et les Trophées du Sunside du 5 au 7 septembre, l’occasion de découvrir de jeunes et talentueux musiciens qui demain peut-être assureront la relève. Les disques aussi font leur rentrée. ECM fait paraître un nouveau disque du pianiste Giovanni Guidi en quartette. Un coffret Keith Jarrett est prévu en octobre. Intitulé “A Multitude of Angels”, il réunit en 4 CD des concerts donnés en 1996 à Modène, Ferrare, Turin et Gênes. Les nouveaux albums de Jacky Terrasson / Stéphane Belmondo, de John Scofield et un inédit du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden sont attendus sur Impulse. Steps, le groupe du vibraphoniste Mike Mainieri bénéficie du WDR Big Band de Cologne dans un enregistrement époustouflant et dans “Riddles”, associé au pianiste Ray Lema, Laurent De Wilde tricote des rythmes subtropicaux. Pas de doute, l’automne sera très chaud.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

Été meurtrier

-Dans le cadre du festival Jazz à la Villette, la Cité de la Musique fêtera le 2 juillet les 30 ans de l’Orchestre National de Jazz en présence des chefs qui l’ont dirigé depuis 1986, François Jeanneau, Antoine Hervé, Claude Barthélemy, Denis Badault, Laurent Cugny, Didier Levallet, Paolo Damiani, Franck Tortiller, Daniel Yvinec et Olivier Benoit. Après une première partie consacrée à la suite orchestrale “Europa Berlin”, l’ONJ aujourd’hui confié à Olivier Benoit reprendra onze morceaux puisés dans le répertoire des formations précédentes, Elise Caron et Yael Naim se chargeant des parties vocales. Il sera accompagné de dix musiciens, élèves ou anciens élèves du CNSM de Paris et de la Norges Musikkhøgskole, l’Académie Norvégienne de Musique.

Été meurtrier

-Baptiste Herbin au Sunside le 2 et le 3. Avec lui deux des musiciens de “Brother Stoon”, un disque que je préfère à “Interférences”, son second album, à savoir Pierre de Bethmann au piano et Sylvain Romano à la contrebasse. Le batteur Rémi Vignolo complète le quartette du saxophoniste que l’on croise souvent rue des Lombards avec ses instruments (alto et soprano). Car, Baptiste aime les rencontres imprévues, les musiques qui s’improvisent dans le feu de l’action. Il n’hésite jamais à faire le bœuf avec les musiciens qu’il croise et apprécie. Son retour au Sunside est à suivre de près.

Été meurtrier

-Sous l’intitulé Under the Radar, Jazz à la Villette assure un « off » dans différentes salles de la capitale. Le Studio de l’Ermitage accueille ainsi le 4 à partir de 17h00 le Régis Huby Quartet Régis Huby (violon et électronique), Marc Ducret (guitare), Bruno Angelini (piano, Fender Rhodes), Michele Rabbia (percussions, électronique) – puis en duo les pianistes Stephan Oliva et François Raulin qui viennent de sortir un nouvel opus sur le label Abalone. Disque hommage à quelque unes de leurs « figures » inspiratrices, “Correspondance” est un grand coup de chapeau à Martial Solal, György Ligeti, Randy Weston, Henri Dutilleux, Paul Bley, Colon Nancarrow et quelques autres. Un disque parfois difficile mais qui recèle bien des surprises, l’inattendu étant souvent convié dans cet enregistrement plein de couleurs et de fantaisie.

Été meurtrier

-Tête d’affiche de cette édition 2016 du festival Jazz à la Villette, le pianiste Chick Corea se produira en duo avec Gary Burton au vibraphone le 4 à la grande halle (17h00), le quartet Flash Pig se chargeant de leur première partie, et retrouvera le 5 à la Philharmonie (20h00) le bassiste Avishai Cohen qui fut membre de son New Trio en 2001, l’excellent batteur Marcus Gilmore rythmant leurs retrouvailles. Écoutez ou réécoutez “Past, Present & Futures” enregistré cette année-là avec Jeff Ballard à la batterie. Avishai Cohen n’a pas encore enregistré les disques insipides qui lui ont apporté la notoriété. Avec Chick, il invente de solides lignes de basse et enrichit avec bonheur les compositions du pianiste. On attend beaucoup de cette rencontre. Souhaitons-la prometteuse.

Été meurtrier

-Le Gustave Reichert Project, Nefertiti, Steak, le PMC Quintet, les formations de Julien Marga, de Laura David, Maxime Berton, Pierre Marcus et le trio EYM sont au programme de la 16ème édition des Trophées du Sunside, du 5 au 7 septembre inclus, trois chaudes soirées musicales pendant lesquelles l’entrée sera libre et les consommations obligatoires. Qui remportera cette année le Prix de Groupe, celui de Soliste et de Composition ? Avant eux des groupes, des musiciens alors inconnus gagnèrent cette compétition. Yaron Herman, Leila Olivesi, Scott & Tony Tixier, Fiona Monbet et Chloé Cailleton lui doivent le démarrage de leur carrière.

Été meurtrier

-Le 6, dans la grande halle de La Villette, le pianiste cubain Chucho Valdés fera revivre la musique d’Irakere (Jungle en Yoruba), formation qu’il mit sur pied en 1973 et avec laquelle il rénova la musique cubaine, par l’introduction de nouveaux rythmes. Avec lui, une formation comprenant trois trompettistes, trois saxophonistes avec Kenny Garrett spécialement invité pour ce concert, un bassiste, un batteur, et deux percussionnistes, l’un d’entre eux, Dreiser Durruthy Bombalé assurant également les parties vocales. Outre les morceaux emblématiques d’Irakere (Bacalao Con Pan, Misa Negra), Chucho proposera des compositions plus récentes et des « classiques » de la musique cubaine (Tabú, Los Caminos), morceaux que l’on peut découvrir dans son dernier album, “Tribute to Irakere (Jazz Village), enregistré live à Marciac en août 2015.

Été meurtrier

-Un double plateau le 7 à la Cité de la Musique. Jacky Terrasson retrouve son complice Stéphane Belmondo, histoire de fêter la sortie de l’album qu’ils ont enregistré en duo pour le label Impulse ! “Mother”, une composition que Jacky a déjà enregistrée avec Stéphane en 2012, l’un des plus beaux morceaux de “Gouache”, donne son nom à ce nouvel album. Stéphane y joue davantage de trompette que de bugle. Jacky accompagne, son piano se faisant rêveur ou mélancolique, puissant et énergique selon les besoins d’un répertoire mêlant standards et compositions originales. En quartette avec Yonathan Avishai (piano), Barak Mori (contrebasse) et Nasheet Waits (batterie), le trompettiste Avishai Cohen assurera la seconde partie du concert. Économisant ses notes, l’utilisation fréquente de la sourdine donnant à son instrument une sonorité ample et profonde, Avishai joue de longues phrases tranquilles et aérées. Modale, mélancolique, jamais tributaire des barres de mesure, la musique de son dernier disque ECM accueille constamment le silence.

Été meurtrier

-Si vous avez manqué le concert de sortie d’album que Manuel Rocheman donna le 22 juin dernier au Duc des Lombards (avec Mathias Allamane à la contrebasse et Matthieu Chazarenc à la batterie), sachez que le pianiste se produira au Sunside le 9 et le 10 avec le même trio. Au programme, les compositions du nouveau disque “misTeRIO” (Bonsaï Records), des pièces vives, savamment architecturées et aux harmonies chatoyantes.

Été meurtrier

-Le 11 à 17h00, à la Philharmonie, Echoes with a friend réunit Geri Allen et Craig Taborn autour d’un autre pianiste, McCoy Tyner né en décembre 1938, Gerald Cannon (contrebasse) et Francisco Mela (batterie) complétant la formation. Découvert au sein du Jazztet d’Art Farmer et Benny Golson, puis pianiste attitré de John Coltrane, McCoy, apporta au piano jazz sa couleur modale. Disposant d’une solide main gauche, appréciant ornementations et arabesques, son jeu exubérant, puissant et percussif est également d’une grande invention mélodique. Geri Allen qui ne lui a jamais caché son admiration lui rend hommage dans “Flying Toward The Sound”, un album solo de 2010. Quant à Craig Taborn, il s’est fait connaître auprès de James Carter qu’il accompagne dans ses premiers disques. Pianiste associé à l’avant-garde new-yorkaise, il recherche l’abstraction, la liberté tonale, mais attache beaucoup d’attention aux timbres et aux harmoniques, ses improvisations souvent oniriques tempérant la modernité de son piano.

Été meurtrier

-Double plateau le 21 au Studio de l’Ermitage qui accueille quelques artistes du collectif Le Maxiphone possédant désormais son propre label, des musiciens de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente associés à la scène conventionnée de Tulle. Si le disque de jazz rock du groupe Mental Medication ne m’a point convaincu, celui en solo du pianiste Didier Fréboeuf, m’incite à vous conseiller ce concert. Loin de jouer des notes inutiles, Didier Fréboeuf poétise chacune de ses notes, parvient à les rendre constamment fluides, lisibles et attachantes, sa technique servant la musique, rien que la musique. Ne laissez pas passer l’opportunité de découvrir ce musicien sur une scène parisienne.

Été meurtrier

-Ils étaient le 15 juin dernier au New Morning. Ils sont attendus au Sunside le 23. Madeleine, c’est la chanteuse Clotilde Rullaud et Salomon le pianiste Alexandre Saada. Ils se sont associés à l’occasion d’une tournée en Asie. Élargissant au folk et à la soul un répertoire de « protest songs » – Strange Fruit que chantait Billie Holiday, Four Women de Nina Simone, At Seventeen de Janis Ian –, ils rendent hommage à des chanteuses engagées et militantes, des battantes qui dérangèrent l’Amérique bien pensante. Le piano aux harmonies délicates d’Alexandre valorise la voix de Clotilde, donne du poids à ses murmures. Leur album s’intitule “A Woman’s Journey”. Laissez-vous envoûter !

Été meurtrier

-On a peu vu Harold Mabern sur une scène parisienne avant 2009. C’est pourtant une légende vivante du piano jazz. Depuis, le Sunside et le Duc des Lombards l’ont souvent accueilli. C’est ce dernier club qui le programme en trio en septembre, les 22, 23 et 24, six concerts, deux par soirée (à19h30 et 21h30). Les noms de ses musiciens ne nous ont pas été communiqués. Né à Memphis en 1936, Mabern joue un bop puissant, possède une main gauche percussive, ce qui ne l’empêche pas de jouer d’élégantes lignes mélodiques, des harmonies sophistiquées à l’instar de Phineas Newborn son mentor. Harold Mabern a joué avec Miles Davis, Lee Morgan, Sonny Rollins et fut un temps le pianiste du Jazztet, regrettée formation d’Art Farmer et de Benny Golson.

Été meurtrier

-Le saxophoniste Dave Liebman au New Morning le 28 pour célébrer Elvin Jones au sein d’un quartette réunissant Adam Niewood, saxophoniste « en accord parfait avec le passé, le présent et le futur de la musique », le bassiste Gene Perla et le batteur Adam Nussbaum qui rejoignit le quintette de Liebman en 1977. Perla et Liebman accompagnent Jones dans “Live at The Lighthouse », un disque Blue Note enregistré en septembre 1972 au Lighthouse Café d’Hermosa Beach (Californie). Enrichi en CD par de nombreux inédits, ce double album d’Elvin Jones sera le fil conducteur de ce concert.

-Festival Jazz à la Villette : www.jazzalavillette.com

-Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

-Studio de l’Ermitage : www.studio-ermitage.com

-Duc des Lombards : www.ducdeslombards.com

-New Morning : www.newmorning.com

 

Crédits Photos : Marc Copland & Michel Butor © Pierre de Chocqueuse – Orchestre National de Jazz (les chefs) © Denis Rouvre – Baptiste Herbin, Manuel Rocheman, Harold Mabern © Philippe Marchin – Chucho Valdés © Francis Vernhet – Stéphane Belmondo & Jacky Terrasson © Philippe Levy-Stab – McCoy Tyner © Kimberly Paynter – Didier Fréboeuf © Pierrick Aubouin – Alexandre Saada & Clotilde Rullaud (Madeleine & Salomon) © Sylvain Gripoix – Dave Liebman © CT Konieczny – Stephan Oliva & François Raulin, Chick Corea © Photos X/D.R.

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 10:00
Repos obligatoire !

Août : se baigner en mer, marcher dans l’eau sur des galets, sur de vastes plages de sable, se promener en montagne sous un ciel toujours bleu, prendre le temps de lire, d’écouter des disques, non pour en parler mais pour le seul plaisir d'en apprécier les musiques, faire la sieste, beaucoup de siestes, dormir sous les étoiles par une belle nuit d'été…

Repos obligatoire !

En août, le blogueur de Choc prend des vacances et met son blog en sommeil. Rendez-vous en septembre avec de nouvelles chroniques, le festival Jazz à la Villette (Chick Corea, Gary Burton, Chucho Valdés, McCoy Tyner, Geri Allen, Craig Taborn, les 30 ans de l'ONJ…) et des concerts qui interpellent. Bel été à tous.

Under the Umbrella : Montage Pierre de Chocqueuse - Photo © Julie Jacobson

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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