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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 10:07
On peut saluer Marie...

Troisième album de René Marie pour le label Motéma, le dixième de sa carrière démarrée tardivement, “I Wanna Be Evil (With Love to Eartha Kitt)” reprend des morceaux du répertoire d’Eartha Mae Kitt (1927-2008), « the most exciting woman in the world » pour Orson Wells qui, au théâtre, lui fit jouer Hélène de Troie dans une adaptation du “Docteur Faustus” sur une scène parisienne, ville dans laquelle elle séjourna au début des années 50.

Chanteuse, danseuse et actrice, membre de la Women’s International League for Peace and Freedom, cette femme courageuse s’opposa à la guerre du Vietnam et fut contrainte de s’exiler à l’étranger entre 1968 et 1974 pour y travailler sans censure.

On peut saluer Marie...

René Marie a 10 ans lorsqu’elle la remarque dans une série télévisée. Eartha Kitt est la femme chat, la Catwoman sensuelle et envoûtante de quelques épisodes de Batman. Ce n’est qu‘en 1999, au Carlyle Hôtel de Manhattan, qu’elle découvre la chanteuse, qui, comme elle, est aussi une actrice. Bien que mal distribués, les premiers disques de René séduisirent l’Académie du Jazz, notamment “Vertigo” (MaxJazz) qui reçut en 2002 le Prix du Jazz Vocal. Elle était à Paris le 12 novembre pour y chanter son disque.

Très à l’aise sur scène, elle sut mettre dans sa poche le public exigeant du Duc des Lombards (1). Sa voix chaude, sa mobilité féline, son sourire solaire furent les autres atouts de son tour de chant. Il débuta avec I’d Rather Be Burned as a Witch qui ouvre ce nouveau disque que je vais détailler.

René MARIE : “I Wanna Be Evil (With Love to Eartha Kitt)”

(Motéma / Harmonia Mundi)

On peut saluer Marie...

Ses musiciens sont bien sûr étroitement associés à cette réussite. Outre sa section rythmique habituelle – Kevin Bales au piano, Elias Bailey à la contrebasse et Quentin Baxter à la batterie – René bénéficie de trois souffleurs, dont une vieille connaissance, le tromboniste Wycliffe Gordon que Wynton Marsalis fit beaucoup travailler. Avec lui, Adrian Cunningham au saxophone ténor, flûte et clarinette. Etienne Charles assure les parties de trompette et signe les arrangements. Pris sur un tempo rapide, I’d Rather Be Burned as a Witch révèle son habileté : les trois souffleurs mêlent leurs timbres et font couler le swing. C’est si bon : la voix se fait sensuelle et gourmande. Composée en 1947, Suzy Delair l’interpréta l’année suivante au premier Festival de Jazz de Nice. Présent au concert, Louis Armstrong en acquit les droits et l’enregistra. Eartha Kitt le popularisa en 1953. La version qu’en donne René Marie ruissèle d’élégance grâce à une clarinette chantante qui improvise avec goût. Avec Oh, John, la sensualité est toujours au rendez-vous. René puise en elle-même l’émotion avec laquelle il convient de chanter cette chanson. Wycliffe Gordon y prend un chorus inventif et multiplie les effets de growl. Introduit par le piano, puis porté par l’ostinato qu’assure la contrebasse, Let’s Do It de Cole Porter se prête aux nombreuses interventions du trombone. Dans Oh, John, ce dernier y excelle, répond à la chanteuse qui instaure avec lui un saisissant dialogue. Joué en quartette, la contrebasse assurant un solo à l’archet, Peel me a Grape fascine par un scat combinant murmures et cris. La clarinette s’envole à nouveau sur un My Heart Belongs to Daddy à l’arrangement très soigné. Des riffs de cuivres efficaces le ponctuent et font de même dans I Wanna be Evil qui lui succède.

Come-on-a my House est un duo voix / percussions qui plonge loin dans les racines africaines du jazz (2). René reprend bien sûr Santa Baby qu’Eartha Kitt enregistra à New York en 1953, un grand classique. Etienne Charles assure magnifiquement chorus et obbligatos. Le disque se referme sur une émouvante composition de René en quartette qui fait tourner la tête. Au piano, Kevin Bales joue des accords mélancoliques, prend enfin un solo. Discrètement, par petites touches, il pose de belles notes aux bons moments, apporte à cet enregistrement, l’une des grandes réussites vocales de cette année 2013, un accompagnement aussi raffiné que discret.

(1) Franck Amsallem (piano), Sylvain Romano (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie) l’accompagnaient. Le pianiste se montra particulièrement inspiré.

(2) Au Duc, le morceau fit l’objet d’un duo voix et batterie très réussi.

 

PHOTOS : René Marie © MaryLynn Gillaspie – Eartha Kitt © Photo X/ D.R.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

Phil Costing 22/11/2013 11:14

On regrette vraiment de ne pas avoir écouté et vue René Marie au Duc des Lombards !!! Quand revient-elle ?