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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 10:02
En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

Le plein de concerts en mai avec un soleil espiègle qui aime les escapades et entre dans les Gémeaux, constellation habitée par Castor et Pollux, deux frères nés d’un œuf de cygne. Ils possèdent le don d’apaiser les tempêtes. Donc, en mai, le ciel se découvre, des vents plus doux chassent les nuages. L’air plus chaud invite à arpenter les rues, les parcs, à courir la prétentaine. Les parisiennes vous invitent à sortir et les clubs de jazz à entrer. Ma plume écrirait bien toute seule si elle le pouvait, mais les concerts qui interpellent prennent ce mois-ci beaucoup de place et je me suis promis d’écourter cet édito. Difficile de ne pas vous donner des nouvelles de Monsieur Michu. Elles sont mauvaises. Le pauvre homme ne s’est jamais remis de sa dernière attaque. Un coup dur pour Jean-Paul qui lui est très attaché. Il se repose en province, passe ses journées dans une chaise roulante, a perdu ses dents, ses cheveux, et parle difficilement. Le pire, c’est sa surdité persistante. Pas question pour lui d’aller entendre Bill Carrothers à Coutances le 29 mai dans “D-Day”, œuvre pour quintette et chœur commémorant le 70ème anniversaire du débarquement. Elle sera également jouée à Caen et à Sainte-Mère-Église. Une commande du festival Jazz Sous les Pommiers qui propose aussi le 31 Brad Mehldau en solo, lui donnant l'occasion de vérifier que ces arbres déploient bien leur floraison printanière. Monsieur Michu va aussi manquer le festival Jazz à Saint-Germain-Des-Prés qui invite cette année la belle Eliane Elias qu’il souhaitait tant rencontrer. Quatorze ans déjà que ce festival existe, donne un surplus de vie au Quartier Latin avec des conférences, des expositions, un grand bal swing, mais surtout de la musique : Youn Sun Nah, Paul Lay, Thomas Enhco en solo, le Duke Orchestra que dirige Laurent Mignard à Saint-Sulpice, Daniel Humair, Eric Truffaz, il y en a pour tous les goûts. Du 24 au 31 mai, à Coutances, le jazz sent bon la pomme. Du 15 au 25 mai, à Paris, il s’installe dans les prés. Allongez-vous dans l’herbe tendre, respirez par les oreilles et écoutez la différence : le jazz comme le ciel est plus bleu.

 

QUELQUES CONCERTS QUI INTERPELLENT

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Ravi Coltrane au New Morning le 6. Son dernier album “Spirit Fiction” (Blue Note) n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait. Le musicien n’en reste pas moins un bon saxophoniste ténor. Le fils de John Coltrane aime prendre des risques et possède une personnalité attachante. On attend beaucoup de David Virelles, pianiste subtil qui fait merveille dans “Wislawa”, splendide opus que le trompettiste Tomasz Stanko publia l’an dernier. Dezron Douglas à la contrebasse et Johnathan Blake à la batterie complètent la formation.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Née à Albi, élevée en Algérie et amoureuse du Brésil, Do Montebello a enfin enregistré un premier album qui devrait la sortir de l’ombre. Sergio Farias (guitare), Patrick Favre (piano), Ricardo Feijão (baixolão), Christophe de Oliveira (batterie) et Julio Gonçalves (percussion) l’accompagnent dans “Adamah”, disque aux compositions et aux arrangements soignés qu’éclaire le piano lumineux de Favre, musicien que l’on souhaiterait écouter plus souvent. Do y chante les arbres, le vent, les océans, les déracinés d’une terre malmenée, mais qui porte la vie. On les retrouvera à l’Européen le 7, Sandro Zerafa (guitare) remplaçant Sergio Farias malheureusement indisponible.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Infatigable, en trio avec Eric Dervieu son batteur de toujours et Yves Torchinsky son fidèle bassiste, René Urtreger vient donner deux concerts au Sunside les 9 et 10 mai. Personne ne s’en plaindra. Les vrais amateurs de jazz seront même à la fête, car insensible aux modes, et au jazz bling bling, le pianiste propose un bop toujours aussi réjouissant. S’il joue ses propres compositions, il reste fidèle au répertoire des grands musiciens qui l’ont précédé, reprend leurs œuvres, les rend toujours actuelles et vivantes. René Urtreger : un grand jazzman tout simplement !

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Cécile McLorin Salvant à la Cigale le 12. L’année 2013 fut exceptionnelle pour cette jeune chanteuse qui la termina en tournée avec l’orchestre de Wynton Marsalis. “WomanChild” son premier vrai disque reçut le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz, Cécile manquant de peu le prestigieux Prix Django Reinhardt. Après un concert au Carré Belle Feuille en janvier dernier, elle revient se produire à Paris avec Aaron Diehl, pianiste jouant aussi bien du jazz traditionnel que du bop, Paul Sikivie à la contrebasse et Pete Van Nostrand à la batterie. Le même soir, Stacey Kent s’offre le théâtre du Châtelet en compagnie du quatuor Ébène et de Bernard Lavilliers. Entre jazz et bossa nova.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Publié en 2013, “Magnetic”, le dernier disque de Terence Blanchard pour Blue Note compte parmi les grandes réussites du jazz afro-américain. Entouré de ses musiciens habituels et de quelques invités, le trompettiste innove, modernise sa musique et la rend passionnante. Brice Winston son saxophoniste depuis bientôt quinze ans, Fabian Almazan au piano, Joshua Crumbly à la contrebasse et Kendrick Scott, batteur puissant et énergique, seront avec lui le 13 pour mettre le New Morning sous tension et faire battre les cœurs.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Ouverture du festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés le 15 avec Youn Sun Nah en l’église du même nom. Son répertoire éclectique et sa voix d’une tessiture exceptionnelle ont séduit un large public. Sur scène, elle irradie, ensorcelle et s’étonne d’être applaudie. On attend d’elle un vrai disque de jazz. Elle préfère chanter les mélodies qu’elle affectionne. Avec elle pour concélébrer la messe, Ulf Wakenius (guitare), Vincent Peirani (accordéon) et Simon Tailleu (contrebasse). Leur approche minimaliste de la musique convient bien à Youn. Un beau concert en perspective.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Le 15 toujours, Marjolaine Reymond monte à bord de l’Improviste, péniche toujours amarrée quai d’Austerlitz, pour chanter son dernier album “To Be an Aphrodite or Not To Be”, un oratorio en trois parties consacré à la poétesse Emily Dickinson (1830-1886). La musique très soignée que propose Marjolaine relève autant de la musique contemporaine que du jazz et mérite une écoute attentive. Pour l’interpréter, en faire ressortir les couleurs et les nuances, la chanteuse sera entourée de Julien Pontvianne (saxophone ténor) David Patrois (vibraphone et marimba), Xuan Lindenmeyer (contrebasse) et Stefano Lucchini (batterie).

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Légende du saxophone, Lew Tabackin, soixante-quatorze ans bientôt, reste surtout connu pour son association avec la pianiste Toshiko Akiyoshi, son épouse avec laquelle il codirigea un grand orchestre. Très demandé en studio, Lew poursuivit également une carrière sous son nom, tant au ténor qu’à la flûte, son second instrument. Prenant le risque de se produire en trio, il affrontera le public exigeant du Sunset le 16, avec comme partenaires Raphaël Dever à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Concerts évènements pour la batteuse Terri Lyne Carrington invitée à se produire au Duc des Lombards les 27 et 28 mai. Elle interprétera son dernier disque “Money Jungle / Provocative in Blue”, consacrée comme son nom l’indique à l’album que Duke Ellington enregistra en 1962 pour United Artists avec Charles Mingus et Max Roach. Avec elle, d’autres musiciens que ceux de son disque. Aaron Parks, un excellent pianiste, remplacera Gerald Clayton et Zach Brown se verra confier la contrebasse que jouait Christian McBride. Ajoutons un saxophoniste, Antonio Hart, pour faire bonne mesure, apporter une relecture décalée du répertoire ellingtonien.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Le 29, c’est au tour d’Alexandre Saada de s’installer devant le piano du Duc. Il a l'habitude de l'exercice et sait apprivoiser l'instrument. On peut compter sur lui pour donner vie à des paysages mélancoliques remplis de brume de petit matin, jouer des phrases tranquilles, privilégier les couleurs, le bleu du ciel, l’émotion. Je recommande son dernier disque, “Continuation to the End”, un opus en solo dans lequel Alexandre nous confie ses rêves, ses impressions intimes, au piano devient poète.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Deux concerts pour Catherine Russell. Le Festival Têtes de Série l’accueille à Roland Garros le 29 et elle retrouve le Sunside le 30. Deux occasions d'aller écouter cette chanteuse à la voix chaude et sensuelle. Son album “Strictly Romancin’” a obtenu en 2013 le Prix du Jazz Vocal de l’Académie du Jazz ainsi que le Grand Prix du Hot Club de France. Depuis, elle en a enregistré un autre, “Bring it Back”, qui est tout aussi bon. La fille de Luis Russell qui fut l’un des pianistes de Louis Armstrong puise dans l’héritage de son père, reprend des joyaux de l’âge d’or du swing et des blues immortels. Avec elle, Mark Shane (piano) et Matt Munisteri (guitare) qui l’accompagnent dans ses disques et un nouveau bassiste, Tal Ronen pour cadrer le tempo d’une musique intimiste.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Le 30, au Duc des Lombards, Laurent de Wilde retrouve une rythmique américaine pour un concert acoustique que l’amateur de jazz que je suis affectionne. Car avec Ira Coleman à la contrebasse et Billy Drummond à la batterie, la musique du trio peut s’élever jusqu’à une splendeur insoupçonnable. Comme un magicien (on le dit un peu sorcier), Laurent parvient toujours à surprendre. Sous hypnose, nous visitons des paysages dans lesquels se déclinent toutes sortes de bleus. Monk s’y promène des musiques plein la tête. On y croise aussi Ellington et quelques autres. Laurent connaît bien leurs musiques. Son piano chante les rythmes et le blues, mais Laurent compose aussi des thèmes superbes, efficaces contre le stress. On en trouve plusieurs dans “Over the Clouds”, un disque de 2012 qu'il fait bon écouter.

En mai, les prés du jazz peuvent aussi sentir la pomme

-Billy Hart au Duc des lombards le 31. Avec lui depuis 2003, une poignée de musiciens fidèles jouent et peaufinent la musique d’un véritable groupe. Leur dernier album s’intitule “One is the Other”. Mark Turner en est le saxophoniste, Ethan Iverson le pianiste et Ben Street le bassiste. Si le batteur reste le principal pourvoyeur de thèmes, Iverson et Turner contribuent aussi au répertoire. Mais surtout les musiciens aiment prendre des risques, leurs compositions ouvertes offrant un vaste champ d’investigation à leurs recherches harmoniques et rythmiques.

New Morning : www.newmorning.com

L’Européen : www.leuropeen.info

La Cigale : www.lacigale.fr

Sunset-Sunside : www.sunset-sunside.com

Jazz à Saint-Germain-des-Prés : www.festivalsaintgermainparis.com

L’Improviste : www.improviste.fr

Jazz sous les Pommiers : www.jazzsouslespommiers.com

 

CRÉDITS PHOTOS : Ravi Coltrane © Blue Note Records – René Urtreger © Philippe Marchin – Cécile McLorin Salvant © John Abbott – Terence Blanchard © Nitin Vadukul – Youn Sun Nah © Sung Yull Nah – Marjolaine Reymond © Bernard Minier – Lew Tabackin © Dirk Stockmans – Terri Lyne Carrington © Annette Brown – Alexandre Saada © Vincent Breton – Catherine Russell © Pierre de Chocqueuse – Laurent De Wilde © Sylvain Gripoix – Billy Hart Quartet © John Rogers.

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Edito tout beau
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