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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 10:55
C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)
C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Décédé en juillet 2014, Charlie Haden a toujours apprécié les chants révolutionnaires espagnols et latino-américains. La musique cubaine l’a également fasciné. En 1986, invité au Jazz Plaza Festival de la Havane avec son Liberation Music Orchestra, il découvre enthousiasmé Gonzalo Rubalcaba qui s'y produit avec son groupe. Le pianiste cubain a déjà enregistré trois albums pour le label allemand Messidor et quelques autres dans son île natale. Trois ans plus tard, le 3 juillet 1989 il joue avec Haden et le batteur Paul Motian au Festival de Montréal. Enregistré par Radio Canada et publié en CD, le concert révèle un virtuose au toucher percussif et à la technique stupéfiante. Comme nombre de musiciens cubains, le pianiste emprunte ses harmonies raffinées à la musique classique européenne, à Chopin et à Liszt, à Ravel et à Debussy. Le trio triomphe l‘année suivante au Festival de Montreux. Toshiba-EMI / Blue Note offre au pianiste un contrat d’enregistrement et édite le concert. En 1991 paraît “The Blessing”. Enregistré en studio à Toronto avec Charlie Haden et le batteur Jack DeJohnette, il contient Sandino, depuis longtemps au répertoire du Liberation Music Orchestra. “Tokyo Adagio” en donne une version apaisée et lyrique. Le pianiste efface son aspect latin, l’habille d’harmonies élégantes. Il a canalisé sa fougue, détache chacune de ses notes, les fait chanter et respirer. Les combinaisons d’accords, de couleurs, le préoccupent bien davantage que le rythme. Nous sommes en 2005. Gonzalo Rubalcaba et Charlie Haden se produisent au Blue Note de Tokyo. Ils ont fait d'autres disques ensemble. En 2000, Profitant d'un séjour à Miami, ils gravent avec quelques musiciens amis parmi lesquels Joe Lovano, Pat Metheny et David Sanchez, une douzaine de boléros, des ballades cubaines et mexicaines particulièrement appréciées du bassiste.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

L’album s’intitule “Nocturne” et sa première plage, En la Orilla del Mundo, un thème de Martín Rojas guitariste et bassiste né à La Havane en 1944, est aussi la première de “Tokyo Adagio”. Les deux hommes prennent leur temps pour en exposer la mélodie. Gonzalo l’introduit seul. Chaque note est une couleur. Haden sollicite le registre grave et médium de sa contrebasse, cale son tempo infaillible sur un piano sobre et lyrique qu’il laisse improviser. Il fait de même dans Transparence, un thème que Rubalcaba a enregistré plusieurs fois et dont “Nocturne” renferme une version. Le bassiste se réserve pour le morceau suivant, My Love and I écrit par David Raksin pour le film “The Apache”, une de ses mélodies préférées. “Today and Now”, un disque Impulse de Coleman Hawkins acheté au début des années 60 la lui révéla. Il aime cette mélodie et semble mettre toute son âme dans les notes que font naître et vibrer ses cordes. Le bassiste la reprend avec son Quartet West dans “Sophisticated Ladies” et invite Cassandra Wilson à la chanter.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Né en 1937 dans l’Iowa, Charlie Haden passe sa jeunesse à Springfield dans le Missouri. Installé à Los Angeles, il a vingt ans en 1957 lorsqu’il joue avec Art Pepper et Hampton Hawes. L’année suivante, il intègre le quintette de Paul Bley qui se produit au Hilcrest, un des clubs de la ville. Le saxophoniste du groupe, Ornette Coleman, s’apprête à faire bouger le jazz et Haden sera bientôt son bassiste. Le turbulent saxophoniste vient de publier son premier disque et “Something Else !!!!” révèle un compositeur profondément original. Nombre de ses thèmes deviendront des standards. Il contient When Will the Blues Leave que Haden et Rubalcaba interprètent dans “Tokyo Adagio”. Le pianiste en expose le thème malicieux et laisse la contrebasse le développer. Haden privilégie la concision. Sa sonorité pleine, son tempo métronomique font merveille dans ces lignes de blues que Rubalcaba reprend avec beaucoup de naturel. La prise de son met en valeur sa sonorité brillante, la découpe rythmique de son phrasé fluide.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

En 2003, lors un concert donné à Austin, Charlie Haden rencontre la fille du compositeur mexicain José Sabre Marroquín (1909-1995). “Nocturne” comprend une de ses œuvres et pour le remercier, elle lui confie des partitions de son père. Enregistré en décembre 2003 à New York et publié l’année suivante, “Land of The Sun” contient huit de ses thèmes arrangés par Rubalcaba. C’est toutefois une chanson d’Agustín Lara, le célèbre Solamente Una Vez (Frank Sinatra et Elvis Presley l’ont chanté en anglais sous le titre de You Belong to My Heart) que Haden et Rubalcaba reprennent à Tokyo. Les deux hommes l’abordent sur un tempo encore plus lent. Le thème très émouvant est esquissé par un piano qui en détache toutes les notes. Tout aussi recueilli, le bassiste improvise longuement tout en ne perdant jamais de vue la ligne mélodique du morceau, comme s’il souhaitait la garder constamment en mémoire. Il existe probablement d’autres inédits de Charlie Haden, mais la musicalité de “Tokyo Adagio”, un grand disque, le rend inoubliable.

C. HADEN / G. RUBALCABA : “Tokyo Adagio” (Impulse !/Universal)

Photos : Gonzalo Rubalcaba & Charlie Haden © Philippe Etheldrède – Gonzalo Rubalcaba & Charlie Haden au Blue Note de Tokyo © Yasuhisa Yoneda 

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