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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 09:20
Paul Lay : “The Party” (Laborie Jazz / Socadisc)

Que de progrès accomplis entre “Unveiling”, son premier disque en 2010, et “The Party”, son troisième qui paraît aujourd’hui. Album inégal, “Unveiling”, atteste du savoir-faire, de la solide technique acquise par Paul Lay lors de ses très sérieuses études musicales au Conservatoire de Toulouse, puis au CNSM de Paris, département Jazz et Musiques Improvisées. Dotées de mélodies pas toujours évidentes, des métriques complexes compliquant inutilement la musique, ses compositions personnelles peinent encore à convaincre, mais ce premier opus interpelle par la maîtrise peu commune des couleurs et de l’harmonie d’un pianiste qui ne joue déjà pas comme les autres, Haïku, abordé en solo, révélant son talent.

Beaucoup plus conséquent, “Mikado”, Grand Prix du disque de Jazz de l’Académie Charles Cros en 2014, révèle un arrangeur, un organisateur de sons qui attache de l’importance à la forme. Paul Lay écrit mieux comme en témoignent Dolphins et Chao Phraya, de vraies réussites mélodiques. Avec Clemens Van Der Feen à la contrebasse et Dré Pallemaerts à la batterie, il s’est trouvé une section rythmique qui interroge son piano, libère son imagination. Membre de plusieurs formations – Ping Machine, le quartette d’Eric Le Lann, le quintette de Riccardo Del Fra  –, Paul va beaucoup jouer avec Géraldine Laurent, participant en 2015 à l’enregistrement de “At Work”. Il s’y révèle puissamment créatif, se lâche, s’abandonne, enrichissant la musique par des dissonances, des clusters, jouant des notes surprenantes comme si l’ange du bizarre habitait son piano. La même année, il reçoit le Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz, récompense méritée pour un début de carrière pour le moins prometteur.

Un nouveau chapitre s’ouvre aujourd’hui avec “The Party”, le disque de la maturité. Paul Lay l’a conçu « comme une illustration sonore de scènes cinématographiques qui se déroulent lors d'une fête (…) Chaque pièce caractérise un personnage, une situation, ou encore un échange de regards, une danse, et bien d’autres mouvements. » Loin d’être une fête bruyante, cette « Party » privilégie la retenue. On y danse des valses lentes et rouges, on s’isole à distance du tumulte. Attribuant à ses compositions des titres énigmatiques –  Langueurs, Murmures, Regards croisés –, Paul entretient le mystère, leur contenu musical s’attachant à décliner des atmosphères (À distance du tumulte). Certains titres restent toutefois obscurs au regard de la musique. Relevant du bop, l’énergique M. Birdy fait-il référence à une scène de “The Party”, le film de Blake Edwards ? Qu’importe, car la musique nous emporte dès l’ouverture du disque, The Party Begins. Avec elle, le piano nous saisit dans un filet de notes espiègles, colorées, rythmées avec souplesse par Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts qu’il faut étroitement associer à cette réussite. Difficile de conseiller un morceau plutôt qu’un autre. Paul Lay joue ici un magnifique piano, étonne par ses mises en couleurs, ses choix harmoniques aussi beaux qu’inattendus, ses phrases gorgées de swing et de blues. A Letter est un régal d’harmonies flottantes que le piano installe par petites touches avant de saturer de notes l’espace sonore. Dance For Three surprend par la cohérence de ses voicings, l’interaction qui règne entre les instruments. L’étonnant Regards croisés s’organise autour de la rythmique, contrebasse et piano se rejoignant pour improviser ensemble, le piano utilisé comme un instrument de percussion concluant seul la pièce. Les ballades enchantent par leur simplicité, leur respiration naturelle. Langueurs et Murmures révèlent ainsi leur élégance. Avec I Fall in Love Too Easily qui conclut le disque, une pièce en solo, on tombe bien sûr en amour avec ce piano qui, enraciné dans l’histoire du jazz, aborde sereinement le futur.

 

Concert de sortie le 15 mars au Café de la Danse.

 

Photos © Jean-Baptiste Millot

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Published by Pierre de Chocqueuse - dans Chroniques de disques
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commentaires

Angelilie 28/02/2017 17:03

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.