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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 09:41
Chocs 2019 : 13 disques qui rendent heureux

Décembre : 13 disques enthousiasmants, 13 Chocs, pas un de plus, un choix subjectif correspondant à mes goûts et ce depuis les dix ans que ce palmarès existe. Les sélectionner n’est jamais facile. Il y en a beaucoup d’autres que j’apprécie, des disques dont la musique au-delà des notes parvient à envoûter. Il m'a été difficile de ne pas inclure “Changes” de Russ Lossing, un album du pianiste presque entièrement consacré à des standards, “Confort Zone” du guitariste Hugo Lippi, “53” de Jacky Terrasson et “The Sound The Rhythm”, un enregistrement en quartette du saxophoniste danois Jan Harbeck largement consacré au répertoire de Ben Webster.

 

Mais mon plus grand regret reste l’absence de “Characters On A Wall” un disque de Louis Sclavis reçu trop tard pour que j’en fasse une chronique. Les compositions qu’il contient répondent à des œuvres picturales de l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest, le clarinettiste imaginant une musique dans laquelle rythme et émotion, couleur et élégance cohabitent. C’est aussi la première fois que Louis Sclavis enregistre pour ECM un album dont l’instrumentation est celle d’un disque de jazz classique : piano (Benjamin Moussay), contrebasse (Sarah Murcia) et batterie (Christophe Lavergne) accompagnant ses clarinettes.   

 

ECM est toutefois loin d’être oublié dans ce palmarès. Le label vient de fêter son cinquantième anniversaire et a publié cette année de grands disques. Comme l’an dernier, les productions européennes représentent plus de 50% de cette sélection compte tenu que Dan Tepfer est un pianiste franco-américain et que “Groove du Jour” du Yes ! Trio est une production française. Enfin, mon intérêt pour le piano me conduit à privilégier des grands de l’instrument. J’en assume l’entière responsabilité et vous invite à les découvrir. Puissent ces 13 disques vous apporter autant de joie qu’ils m’en donnent.

11 nouveautés…

 

Franck AMSALLEM :

“Gotham Goodbye”

(Jazz&People / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 18 octobre

“Gotham Goodbye” est un adieu à New York, une ville que Franck Amsallem habita pendant 20 ans et dont le jazz moderne qu’elle engendre le marqua profondément. Enregistré avec le saxophoniste cubain Irving Acao et une section rythmique européenne, le bassiste suédois Victor Nyberg et le batteur français Gautier Garrigue, ce disque de compositions originales rassemble des ballades et des morceaux rapides aux métriques parfois impaires et inhabituelles. Seul standard de l’album, Last Night When We Were Young renferme une partie de piano d’une rare élégance. Jouant un magnifique piano, Franck Amsallem improvise sur les belles mélodies qu’il nous donne à entendre, les phrases sensuelles et chaudes d’Irving Acao leur donnant un brillant peu commun.

Yonathan AVISHAI :

“Joys and Solitudes”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°713 - février (Choc)

Deux albums pour le label Jazz&People, un enregistrement en duo avec le trompettiste Avishai Cohen, et ce disque sorti en début d’année suffisent à placer le pianiste franco-israélien Yonathan Avishai parmi les musiciens les plus attachants de l’instrument. Avec lui, point de cascades d’arpèges, de surabondance de notes, de virtuosité démonstrative, mais un piano aux couleurs souvent ellingtoniennes, un jeu économe qui place le silence au cœur de la musique. En trio avec Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie), musiciens avec lesquels il partage la simplicité de son approche musicale, Yonathan Avishai nous séduit par l’élégance des lignes mélodiques de son piano, les phrases tranquilles et chantantes de ses mélodies et sa version de Mood Indigo dont il nous offre une superbe relecture.

Chick COREA & The Spanish Heart Band : “Antidote”

(Concord Jazz / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 15 juillet

Dans “Antidote”, Chick Corea célèbre à nouveau ses origines latines, un héritage qu’il revendique et qui nourrit depuis longtemps ses visions musicales. L’un de ses albums s’intitule “My Spanish Heart” et Spain, l’une de ses plus célèbres compositions, s’inspire du “Concerto d’Aranjuez” de Joaquín Rodrigo. “Antidote” est aussi un hommage à Paco de Lucía (1947-2014) qui modernisa la guitare flamenca. “Touchstone”, un album de Corea, les a réuni en1982. Il contient The Yellow Nimbus, une danse ici réorchestrée. Enregistré avec des musiciens dont certains nous sont familiers – le flûtiste espagnol Jorge Pardo, le tromboniste Steve Davis, le batteur David Gilmore, le chanteur panaméen Rubén Blades – cet album solaire contient aussi quelques-uns des plus beaux arrangements du pianiste.

Laurent COULONDRE :

“Michel On My Mind”

(New World Production / L’Autre distribution)

Chronique dans le blog de Choc le 9 octobre

Michel, c’est bien sûr Michel Petrucciani. Sa musique n’a jamais cessé de faire chavirer le cœur de Laurent Coulondre. Enregistré en trio avec Jérémy Bruyère à la contrebasse et André Ceccarelli à la batterie, ce « tribute » au pianiste disparu en 1999 rassemble onze de ses compositions, un thème d’Eddy Louiss et deux originaux de Laurent. Ce dernier a choisi de conserver les arrangements initiaux de Michel pour mieux en faire chanter les notes. Empruntés à l’album “Music”, Memories of Paris, Looking Up et Bite bénéficient d’un merveilleux piano et c’est à l’orgue Hammond que Laurent Coulondre interprète Les Grelots d’Eddy Louiss. Enfin, Michel On My Mind qui donne son nom à l’album est joué avec une telle générosité qu’il met constamment en joie.

Giovanni GUIDI :

“Avec le temps”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°714 - mars (Choc)

 Dédiés à Léo Ferré et à Tomasz Stanko, Avec Le temps et Tomasz, pièces lentes et majestueuses qui encadrent le disque, font entendre Giovanni Guidi en trio avec Thomas Morgan à la contrebasse et João Lobo à la batterie, la section rythmique de deux des trois albums que le pianiste enregistra pour ECM. Leurs phrases chantantes révèlent la délicatesse de toucher d’un grand pianiste. Souvent riches en dissonances, en harmonies inattendues, les autres morceaux en quintette mettent en valeur le guitariste Roberto Cecchetto (Ti Stimo et sa mélodie inoubliable) et le saxophoniste Francesco Bearzatti dont le ténor inventif apporte beaucoup à une musique ouverte que structure magnifiquement le piano raffiné du leader.   

Joachim KÜHN :

“Melodic Ornette Coleman”

(ACT / Pias)

Chronique dans le blog de Choc le 25 mars

Instrumentiste controversé, Ornette Coleman n’en reste pas moins un compositeur important. Joachim Kühn, l’un des rares pianistes qui enregistra avec lui, reprend aujourd’hui des œuvres jamais publiées du saxophoniste que les deux hommes jouaient en concert. Ornette apportait les mélodies et Joachim, choisissait leurs accords, se basant sur des sons et non sur des notes pour les mettre en forme. Excepté Lonely Woman dont nous avons ici deux versions, c’est dans ces morceaux que Kühn a puisé le répertoire de ce disque enregistré à Ibiza. La Méditerranée, le bleu du ciel, la nature luxuriante de l’île semblent avoir eu une influence positive sur son jeu, son piano adamantin et virtuose, nourri par une longue pratique de la musique classique, s’ouvrant à la douceur.  

Enrico RAVA / Joe LOVANO :

“Roma”

(ECM / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 28 octobre

L’enregistrement d’un concert donné à Rome en novembre 2018 par le trompettiste italien Enrico Rava et le saxophoniste américain d’origine sicilienne Joe Lovano. Réunie par Giovanni Guidi, le meilleur des jeunes pianistes italiens, la section rythmique comprend le bassiste Dezron Douglas et le batteur Gerald Cleaver, tous deux américains. Au bugle, soufflant de longues phrases chantantes, Rava privilégie la mélodie. S’il fait merveille dans les ballades, Lovano trempe son saxophone ténor dans les accords du bop, nous offre une version particulièrement lyrique de Spiritual (John Coltrane) et donne de l’énergie à la musique, Guidi apportant à cette dernière des couleurs attrayantes, la jouant très librement. Il est seul au piano pour un Over the Rainbow d’une grande intensité poétique.

Nick SANDERS Trio :

“Playtime 2050”

(Sunnyside / Socadisc)

Chronique dans le blog de Choc le 9 avril

Aussi singulière soit-elle, cette musique ne tombe pas du ciel. Elle possède une grammaire, un vocabulaire et porte le poids du passé. Le jazz, Nick Sanders l’a étudié avec Ran Blake au New England Conservatory of Music de Boston. Danilo Perez, Jason Moran et Fred Hersch, qui a produit ses deux premiers disques, furent ses autres professeurs. Jouant aussi de la batterie, il introduit souvent ruptures et décalages rythmiques dans ses compositions. Enregistré avec ses musiciens habituels, le bassiste Henry Fraser et le batteur Connor Baker qui lui permettent de structurer un discours souvent imprévisible et de proposer un piano différent, “Playtime 2050” témoigne une fois encore de sa capacité à jouer une musique neuve possédant sa propre logique.

Mario STANTCHEV :

“Musica Sin Fin”

(Cristal / Believe Digital)

Chronique dans le blog de Choc le 16 avril

Depuis sa sortie en avril, “Musica Sin Fin” passe et repasse sur ma platine CD comme si ses trente-cinq minutes de musique n’allaient jamais s’arrêter et que la musique inoubliable du morceau qui donne son nom à l’album allait durer éternellement. Comment quitter ce disque de piano dont on adopte si bien la musique, des miniatures sonores d’une quasi perfection qui naviguent avec bonheur entre le classique et le jazz, la gaieté et la mélancolie. Ses douze morceaux en solo sont si enveloppants qu’il est bien difficile d’en abandonner l’écoute. Pianiste en pleine possession de son art, Mario Stantchev fait chanter son instrument et raconte des histoires dépourvues de fioritures et de notes inutiles. Un must tout simplement.

Dan TEPFER :

“Natural Machines”

(Sunnyside / Socadisc) 

Chronique dans le blog de Choc le 14 juin

L’instrument : un Disklavier, piano à queue relié et piloté par un ordinateur portable, soit une sorte de piano mécanique au sein duquel un programme informatique remplace les rouleaux mécaniques jadis utilisés. Celui qu’a créé Dan Tepfer, pianiste mais aussi astrophysicien de formation, permet de réagir en temps réel à ses improvisations. Des algorithmes analysent ce qu’il joue et renvoient une réponse au piano dont les touches s’activent d’elles-mêmes. La note jouée en actionne une autre sans que son doigt n’ait besoin de se poser sur le clavier. L’instrument peut jouer la même note une octave plus basse, le pianiste dialoguant ainsi avec lui-même. Enregistrés en une seule prise et ne posant aucune difficulté d'écoute, les onze morceaux de “Natural Machines”, disque insolite et neuf, sont remarquables d'invention et de musicalité.

YES ! Trio :

“Groove du jour”

(Jazz&People / Pias)

Chronique dans Jazz Magazine n°722 - novembre (Choc)

Deuxième album d’un trio dont les membres se connaissent depuis vingt-cinq ans, “Groove du jour” célèbre le swing et étale les belles couleurs d’une musique aux lignes mélodiques irriguées par le blues. Par sa technique, sa vivacité, Aaron Goldberg impressionne. Les doigts de ce pianiste virtuose courent souvent sur le clavier, mais Aaron nous séduit davantage encore lorsqu’il joue des notes délicates et les fait respirer. La contrebasse ronde et boisée d’Omer Avital, principal pourvoyeur de thèmes de la formation, les chante et leur donne un souple et subtil balancement. Entre les mains d’Ali Jackson, un simple tambourin suffit parfois à marquer les temps. Retrouvant le chemin des studios, Aaron Goldberg, Omer Avital et Ali Jackson réussissent un disque enthousiasmant.

…et 2 inédits

 

Paul BLEY, Gary PEACOCK, Paul MOTIAN :

“When Will the Blues Leave”

(ECM / Universal)

Chronique dans Jazz Magazine n°717 - juin (Choc)

Il existe peu d’albums réunissant Paul Bley, Gary Peacock et Paul Motian. Enregistré en 1998 pour ECM, “Not Two, Not One” est l’un d’entre eux. Il fut suivi par une tournée l’année suivante. Le concert qu’il donnèrent en mars 1999 à Lugano fut par bonheur capté par des micros. Si la plupart des thèmes nous sont familiers, il se révèle comme une des pièces maîtresse de la discographie du pianiste. Ce dernier jouait déjà When Will the Blues Leave en 1958 au Hillcrest Club de Los Angeles avec Ornette Coleman. Moor et Mazatlan datent des années 60. Mais ces nouvelles versions aux harmonies différentes sont loin de ressembler à celles déjà existantes. En osmose, les trois hommes prennent des risques et dialoguent en toute liberté. La musique inattendue qu’ils nous livrent réserve des moments inoubliables.

Stan GETZ Quartet :

“Getz at The Gate”

(Verve / Universal)

Chronique dans le blog de Choc le 8 juillet

Enregistrées le 26 novembre 1961 par Verve, sa compagnie de disques, lors du dernier des quatre concerts qu’il donna au Village Gate de New-York, ces faces inédites – près de 2h20 de musique et une excellente prise de son – témoignent du désir de Stan Getz de jouer un jazz plus moderne, John Coltrane venant de le détrôner dans les référendums des magazines. Son pouvoir de séduction reste intact dans les ballades, la sonorité moelleuse et suave de son saxophone ténor fait toujours battre les cœurs, mais le saxophoniste adopte aussi un jeu plus dur, souffle des notes agressives. Avec Steve Kuhn au piano, John Neves à la contrebasse et Roy Haynes à la batterie, il attaque ses notes avec une puissance inhabituelle, Getz, bopper tout feu tout flamme, se montrant ici plus proche de Charlie Parker que de Lester Young.

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