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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 09:56
Sur quelques disques déjà parus (2)

Second volet consacré à des chroniques d’albums déjà disponibles que l’ouverture tardive de mon blog le 1er octobre a quelque peu retardées. “Masters in Paris” réunissant Martial Solal et Dave Liebman est paru au début de l’été et “Valentine” de Bill Frisell le 14 août. Le vendredi 18 septembre “More Morricone” du duo Ferruccio Spinetti / Giovanni Ceccarelli et “Lonely Shadows” de Dominik Wania étaient mis en vente. Une semaine plus tard, le 25 septembre, sortait “Mondenkind”, un album solo de Michael Wollny.  Tous ces enregistrements sont à écouter sans modération.    

Martial SOLAL / Dave LIEBMAN : “Masters in Paris ”

(Sunnyside / Socadisc)

J’aime beaucoup Martial Solal. Âgé de 93 ans, c’est un charmant vieux monsieur qui se déplace avec quelque difficulté, mais conserve intacte sa mémoire, son humour et son piano. Lorsqu’il pose ses doigts sur un clavier, on peine à croire qu’il puisse jouer toutes ces notes, jongler avec elles sur des rythmes changeants et surprenants qui font battre nos cœurs. Martial est un sorcier. On le sait depuis longtemps, mais les rares concerts qu’il donne sont encore de grands moments d’étonnement. Celui-ci date du 29 octobre 2016. Presque trois mois se sont donc écoulés depuis sa prestation bordelaise du 4 août publiée par Sunnyside sous le nom de “Masters in Bordeaux”. Né un 23 août, le pianiste a donc 89 ans lorsqu’il retrouve Dave Liebman sur la scène du studio 104 de Radio France. Ce dernier sait qu’il a intérêt à être au meilleure de sa forme, Martial en embuscade ne lui fera pas de cadeaux. Dave a vingt ans de moins que son illustre aîné qui l’oblige à se surpasser. Son soprano caresse les mélodies de Stella By Starlight, Satin Doll et Summertime avant d’en violenter les notes aigües, registre que le saxophoniste affectionne. Son ténor leur tord le cou avec rage et véhémence. Un festival de passe d’armes à fleurets mouchetés nous est donc donné à entendre, nos escrimeurs rivalisant d’adresse pour remettre à neuf, non sans les avoir désossés, sept standards archi-célèbres, et pour interpréter avec brio trois de leurs compositions.

Bill FRISELL : “Valentine” (Blue Note / Universal)

Enregistré en trois jours à Portland (Oregon) après deux ans de concerts et un engagement de deux semaines au Village Vanguard de New York, “Valentine” réunit pour la première fois autour du guitariste Bill Frisell, le bassiste Thomas Morgan et le batteur Rudy Royston. Avec Morgan, Frisell a enregistré deux albums pour ECM. Il apprécie cette contrebasse qui se projette souvent en amont de la musique comme si elle savait quelles notes sa guitare allait jouer. Rudy Royston qui passa comme lui sa jeunesse dans le Colorado ne fige jamais un tempo mais commente avec sensibilité une musique ouverte, jouée rubato et largement improvisée. Car Frisell n’est pas un jazzman comme les autres. Sa guitare aux notes économes dispose dans l’espace des sons aériens très travaillés. Le folk et la country music, mais aussi le blues et le rock nourrissent sa musique, onirique et profondément américaine. Nombreuses dans ce nouveau disque, ses compositions séduisent par la sonorité inimitable, les harmonies qu’il leur apporte. Le morceau Valentine est un clin d’œil à Thelonious Monk. Écrit pour un film de Bill Morrison, Levees baigne dans blues et une nouvelle et splendide version de Winter Always Turns to Spring interpelle. Des thèmes de Billy Strayhorn, Burt Bacharach, du chanteur malien Boubacar Traore, et un classique de la country music, Wagon Wheels, complètent cet album au répertoire éclectique. Une magnifique interprétation de We Shall Overcome le conclut en beauté.    

Ferruccio SPINETTI & Giovanni CECCARELLI : “More Morricone”

(Bonsaï Music / L’autre distribution)

Pour rendre hommage et célébrer les musiques d’Ennio Morricone qu’il admirait depuis ses jeunes années, Pierre Darmon, le producteur de cet album, eut l’idée de réunir en 2019, plusieurs mois avant la disparition du compositeur, deux musiciens italiens, Ferruccio Spinetti et Giovanni Ceccarelli. Tous deux sélectionnèrent le répertoire avec Massimo Cardinaletti, un ami de Morricone connaissant bien son œuvre, Pierre Darmon s’impliquant également dans ce choix. Outre de la contrebasse, Ferruccio Spinetti joue de basse électrique, de la guitare et du bouzouki. Giovanni Ceccarelli utilise de nombreux claviers acoustiques et électriques et la chanteuse belge Chrystel Wautier interprète trois morceaux, My Heart and I restant le plus émouvant. Si les deux hommes se partagent donc de nombreux instruments, quelques notes de piano suffisent à traduire la noirceur de Ricatto, à reconnaître Le clan des siciliens ou le magnifique Nuovo Cinéma Paradisio dont le Tema d’Amore, simplement joué par un piano et une contrebasse, est inoubliable. Comme le sont à jamais les thèmes choisis d’“Il était une fois la révolution” (I Figli Morti) et d’“Il était une fois en Amérique” (Poverty), mon film préféré de Sergio Leone car porté par l’une des plus belles musiques d’Ennio Morricone.

Dominik WANIA : “Lonely Shadows” (ECM / Universal)

En Pologne – il y est né en 1981 –, Dominik Wania a été l’un des pianistes du trompettiste Tomasz Stanko qui savait fort bien les choisir. Il travaille aujourd’hui avec le compositeur Zbigniew Preisner (“La double vie de Véronique”, “Trois couleurs”) et est membre du quartette du saxophoniste Maciej Obara qui a gravé deux disques pour ECM. La qualité de son piano sur ces enregistrements n’a pas échappé à Manfred Eicher qui lui a proposé d’en faire un en solo. Wania qui a étudié l’instrument à Cracovie puis à Boston possède une solide formation classique. Composés entre 1904 et 1906, les Miroirs de Maurice Ravel ont d’ailleurs été les principales sources d’inspiration de “Ravel”, son premier album. Dans Lonely Shadows, un morceau d’un grand raffinement qui ouvre ce premier opus en solo, il convoque les ombres des compositeurs du début du XXème siècle qu’il admire, Ravel mais aussi Erik Satie et Claude Debussy. La main gauche installe un doux balancement hypnotique, la droite de subtiles variations harmoniques. Car c’est un piano très maîtrisé que joue Dominik Wania dans ces onze pièces improvisées dans le silence de l’auditorium Stelio Molo de Lugano. Inspiré par la sonorité magnifique de son instrument, le pianiste fait surgir de ses doigts des musiques aux tempos et aux climats variés, certaines vives et aux notes cristallines (Liquid Fluid), d’autres recueillies et plus sombres (Towards the Light, AG76 dédié au peintre Zdzislaw Beksiński), toutes en profonde résonnance avec lui-même.

Sur quelques disques déjà parus (2)

Michael WOLLNY : “Mondenkind” (ACT / Pias)

Cet album en solo, son premier, Michael Wollny l’a enregistré en deux jours en avril dernier dans la solitude d’un vaste studio berlinois. En pleine période de confinement, le pianiste s’est souvenu de Michael Collins, l’un des trois astronautes d’Apollo 11 qui, resté seul dans la navette spatiale Columbia, perdait tout contact avec la terre à chaque passage orbital autour de la lune pendant 46 minutes et 38 secondes, la durée exacte de ce disque. Après une courte introduction, “Mondenkind” (Enfant de la lune) s’ouvre sur Father Lucifer, un morceau au thème séduisant de la chanteuse Tori Amos sur lequel le pianiste brode de délicates variations. Car ses propres musiques, Michael Wollny les réunit ici à des compositions empruntées à des musiciens qu’il admire. Des pièces du répertoire classique, Schliesse mir die Augen beide d’Alban Berg, le deuxième mouvement de la septième sonatine de Rudolf Hindemith (1900-1974), le jeune frère de Paul Hindemith, côtoient ainsi des compositions du groupe de folk rock canadien Timber Timbre et du chanteur Sufjan Stevens. Reprenant Mercury, une des plages du “Planetarium” de Stevens, le pianiste offre un grand raffinement harmonique à une mélodie lumineuse. Tirant une grande dynamique de son instrument, Wollny mêle ici des pièces lentes et expressives souvent en mode mineur, à des morceaux plus sombres, de courtes pièces abstraites. De ses notes surgissent des paysages, des atmosphères rêveuses, des moments inquiétants. En pleine possession de ses moyens, un musicien inventif donne vie à un opus majeur de sa discographie.

 

Crédits Photos :  Martial Solal & Dave Liebman © Jean-Baptiste Millot – Michael Wollny © Jörg Steinmetz / ACT.  

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