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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 09:20

Féru de musique contemporaine, parisien depuis bientôt vingt ans, le pianiste américain Ronnie Lynn Patterson est un homme d’une rare discrétion. Auteur de « Mississipi », album paru en 2003 sur le label Night Bird Music, mais aussi d’un disque consacré au compositeur Morton Feldman dont il admire les œuvres, Ronnie Lynn n’oublie qu’une chose, c’est de faire parler de lui. La parution récente d’un nouvel album aussi bon qu’inattendu, et un concert au New Morning le 21 octobre prochain font ainsi figure d’évènements. « Freedom Fighters » confirme l’excellence d’un pianiste réservé qui loin de faire étalage d’un trop plein de savoir-faire, de notes savantes pleines de poudre aux yeux, construit un discours poétique et exigeant qui lui est infiniment personnel. Il contient deux pièces de ou arrangées par Keith Jarrett (l’un de ses principaux modèles), et la variation d’un thème  de Rachmaninov, mais surtout des compositions originales rigoureuses et diversifiées. Le pianiste possède un jeu aussi subtil que délicat et d’une grande richesse harmonique. Le suivre demande une écoute attentive et constante. La main gauche assure un parfait contrepoint à la droite, souvent proche des lignes du blues, et donne à la musique un très grand équilibre rythmique. Ronnie Lynn Patterson n’est pas le seul à fasciner : Stéphane Kerecki et Louis Moutin interpellent par leur pertinence. La contrebasse du premier trouv les notes justes pour répondre à celles, parfois abstraites, d’un piano fragile qui prend son temps pour révéler sa profondeur, un piano qui suggère, entrouvre pudiquement la porte de ses rêves.
Meilleurs morceaux : Freedom Fighters Adagio, Camariñas, Santa Fe.

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 18:53

Publié dans les premiers jours de juillet, ce disque de Bill Frisell m’a suivi en vacances, sa folie douce, sa diversité étonnante le rendant très attachant. Les cordes y occupent une place importante, celles de la guitare de Frisell, mais aussi celles qui se jouent avec un archet, le violon se faisant beaucoup entendre dans ce double album aux musiques très variées. Frisell n’est pas seulement un jazzman. Sa culture s’élargit au blues, à la soul, au folk, à une country music purement américaine, mais aussi à l’image. Après avoir improvisé sur des films de Buster Keaton, le guitariste met en musique le travail du dessinateur de BD Jim Woodring, d’où cette succession de pièces souvent concises, véritables morceaux d’un puzzle qui révèle progressivement son unité, Frisell ayant choisi de les découper pour en répéter les thèmes, les rendre récurrents. « History, Mystery » rassemble deux CD. Le premier contient dix-sept morceaux ; le second treize. La plage la plus courte dure 37 secondes et la plus longue près de 9 minutes. Il s’agit d’une reprise instrumentale de A Change is Gonna Come immortalisé par Sam Cooke en 1964, une plage enregistrée live. Ces deux disques en contiennent d’autres. Parmi elles, une reprise déjantée de Jackie-ing de Monk et le Sub-Conscious Lee de Konitz joué sur un tempo fiévreux , deux vrais morceaux de jazz dans un album fourre-tout abritant toutes sortes de musiques. Outre un trio de cordes, « History, Mystery » accueille le cornet de Ron Miles et les saxophones de Greg Tardy. Le bassiste (Tony Scherr) et le batteur (le fidèle Kenny Wollesen) jouent surtout des rythmes binaires. Rassurez-vous, Bill Frisell soigne les moindres détails de ses miniatures, de petites pièces lyriques et pleines d’humour qui bénéficient d’arrangements délicats et subtils. Une fois écouté, ce disque vous trotte dans la tête et vous accompagnera longtemps.
Meilleurs Morceaux : Struggle (parts 1 & 2), A Change is Gonna Come, Heal, Lazy Robinson (Parts 1 & 2), Monroe (parts 1 & 2), Waltz for Baltimore.

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 17:55

Consacré à la musique de G.I. Gurdjieff et complété par quelques pièces de Vassilis Tsabropoulos, « Chants, Hymns and Dances » pour violoncelle et piano fit sensation lors de sa parution en 2004. Dans « Melos », les œuvres du pianiste grec prédominent, celles de Gurdjieff n’ étant plus que trois, comme le nombre de musiciens en présence. Anja Lechner et Vassilis Tsabropoulos ont en effet enregistré ce nouvel album en trio. Bien que discret dans son approche rythmique, le batteur italien U.T. Gandi permet aux musiciens d’improviser davantage, Gift of Dreams et Vocalise se déployant en de splendides variations modales. Les belles mélodies greco-byzantines du pianiste se rapprochent ainsi du jazz, domaine que ces trois musiciens connaissent bien. Tsabropoulos est membre du trio d’Arild Andersen et Anja Lechner joue sur « Nostalghia – Song for Tarkovsky », magnifique album que François Couturier, fasciné par les films du célèbre metteur en scène, a enregistré. « Melos » n’est sans doute pas un disque de jazz. Il se situe au-delà d’une catégorie musicale précise et n’a point de frontières. L’Orient y rejoint l’Occident ; des danses s’y font entendre, rythmées et colorées, mais aussi une harmonie savante demandant une maîtrise instrumentale irréprochable, le jeu des musiciens s’inscrivant dans une approche classique de la musique.
Meilleurs morceaux : Melos, Gift of Dreams, Sayyid Dance, Promenade, Vocalise.

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 17:27

Le disque vocal de la rentrée ? Certainement le plus original. Enregistré en 2006, produit par ses soins sous la direction artistique de Philippe Ghielmetti (Sketch, Minium, Illusions), « Chronos in USA » a enfin trouvé un distributeur, une maison de disque plus courageuse que les autres pour héberger un ovni, un album confié à un petit groupe de musiciens de jazz dans lequel, entre de courtes séquences instrumentales presque classiques, se déploient des airs d’opéras saupoudrés d ‘effets électroniques. Jazz ? Musique contemporaine ? Marjolaine Reymond mêle habilement les deux genres. Elle s’est produite à Darmstadt, a chanté Berio, Ohana, Messiaen et Stockhausen avant d’apprendre à interpréter des standards du jazz, à se familiariser à une autre technique. Opéra en trois actes sur des textes empruntés à des poètes anglais et américains, « Chronos in USA » reflète parfaitement son désir d’improviser librement et innove ainsi sur le plan de la forme. Le sprechgesang des compositeurs viennois y croise des airs de bel canto. Une voix de tête jongle sur trois octaves, éructe, dérange ou se fait miel. C’est selon, chaque plage de cet album étant une aventure dont on sort difficilement indemne.

Meilleurs morceaux : On écoutera à la suite les trois actes de cet opéra. Sa durée (55 minutes environ) le permet aisément.

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 15:02

Un excellent disque que l’on n’attendait pas ! Il nous vient d’Argentine, d’un trio de jazzmen jouant des compositions de Lee Konitz, Warne Marsh, Billy Bauer et Lennie Tristano, pianiste virtuose et aveugle pour qui le jazz était avant tout une façon de sentir. Né en 1973, Ernesto Jodos ne cache nullement ce qu’il doit à ce dernier. Adoptant une esthétique linéaire, jouant de longues lignes mélodiques, le pianiste nous tient toujours en haleine par la construction savante de ses phrases qui, telles des histoires policières, conduisent à des dénouements surprenants ou abrupts. Le morceau d’ouverture, Subconscious-lee, certainement le plus abstrait du recueil, ne reflète pas vraiment ce que contient ce disque. Naguère d’avant-garde, la musique de Tristano et de ses élèves – Konitz et Marsh en furent les plus brillants – ne pose plus guère de difficultés d’écoute. De conception presque classique, elle s’inscrit dans l’évolution du bop, s’organise autour d’une contrebasse et d’une batterie (Hernan Merlo et Eloy Michelini) qui n’oublient jamais de marquer la cadence. Disposant d’une section rythmique confortable et par ailleurs étonnamment réactive (Subconscious-lee), Ernesto Jodos prend tout son temps pour choisir ses couleurs, organiser méthodiquement un discours aussi chaleureux que logique. Il  va jusqu’au bout de ses idées, économise ses notes (la main gauche, parcimonieuse, est souvent en attente) et parvient à les rendre essentielles.
Meilleurs morceaux : Dreams, Kary’s Trance, mais tous méritent une écoute attentive.

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 16:22

On peut l’écouter en simple fond sonore, mais il serait dommage de ne pas y prêter des oreilles attentives. Arrangeur de Diana Krall (« The Look of Love »), mais aussi des plus beaux albums d’Antonio Carlos Jobim, Claus Ogerman fait ici du bon boulot. Ses violons posent de douces couleurs sur des thèmes de Massenet, Sibelius, Rachmaninov, De Falla. Entouré d’une section rythmique superlative – Christian McBride à la contrebasse, Lewis Nash à la batterie et Luis Quintero (enthousiasmant) aux percussions - , Danilo Perez n’a plus qu’à poser ses doigts sur son magnifique piano. Les notes coulent comme une eau de source désaltérante, Perez improvisant des variations mélodiques autour des thèmes dont il s’écarte peu. Quelques passages sont un peu sucrés (Lazy afternoon ; l’intro de If I Forget You) et l’album un peu monochrome, le pianiste étant le seul soliste de ce beau disque accessible à un large public. Il accueille pour deux morceaux la voix de Cassandra Wilson, cette dernière magnifique dans (All of Sudden) My Heart Sings.
Meilleurs instrumentaux : Across the Crystal Sea, Rays and Shadows, The Purple Condor et The Saga of Rita Joe.

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 19:27

Ce premier album d’une jeune chanteuse Belge mérite toute votre attention. Sorti l’an passé en Belgique, il fut salué par une critique unanime et obtint la même année l’Octave de la Musique catégorie jazz. Une voix grave, sensuelle - on pense à Billie Holiday bien que le timbre soit quelque peu différent - chuchote des mélodies tendres, des textes mélancoliques, nous plonge dans de fascinantes ambiances nocturnes. Le disque bénéficie de compositions originales et d’arrangements inventifs. Piano acoustique et électrique (Pascal Mohy et Pascal Paulus, également responsables de la plupart des musiques), flûte ou saxophone confiés à Steve Houben, installent de mystérieux climats, brodent d’étonnantes variations sonores. Les tempos sont lents et la voix hypnotise, les plages les plus longues attachant davantage. Les Parisiens n’oublieront pas d’aller l’écouter au Sunset le 23 septembre.
Meilleurs morceaux : A Stomach is Burning, My Man’s Gone Now, Let Me Love You, Convictions.

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